Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1595, 20 Septembre 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1595, 20 Septembre 1873

Author: Various

Release Date: November 11, 2014 [EBook #47329]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 1595, 20 ***




Thanks to Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1595
SAMEDI 20 SEPTEMBRE 1873

[Illustration.]

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.

[Illustration: L'VACUATION.--Le dernier corps d'occupation allemand
sortant de Verdun.]



SOMMAIRE

Texte: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert
Audebrand.--Nos gravures.--Curieux problme. --La libration du
territoire.--La Cage d'or, nouvelle, par M. G. de Cherville
(fin).--Bulletin bibliographique.

Gravures: L'vacuation: le dernier corps d'occupation allemand sortant
de Verdun.--Verdun.--Scnes de l'vacuation de Verdun.--Souvenirs de la
captivit: l'excution.--Types et physionomies d'Irlande: meurtre d'un
landlord par son tenancier.--Nuka-Hiva; la valle des Taons.--Profit
nukahivien.--L'arbre de la reine.--Main de la reine Vakhu. --Musiciens
chinois.--Joueurs de dames.--L'vacuation en 1818, d'aprs
Marlet.--Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

La libration du territoire est un fait accompli. Verdun a t vacu
samedi dernier, et  l'heure o ces lignes paratront, le dernier soldat
allemand aura pass la frontire. On trouvera plus loin des dtails sur
cet vnement, ainsi qu'un rsum historique o il nous a paru
intressant de mettre en regard de l'invasion de 1870-71 celle de 1816,
et de comparer les moyens employs par la France  ces deux poques pour
payer sa ranon aux vainqueurs. Cette comparaison est fconde en
enseignements, et nos lecteurs nous sauront gr de la leur avoir mise
sous les yeux.

Nous n'avons pas fait mention, dans notre prcdent bulletin, de
l'agitation que quelques journaux s'taient efforcs de faire natre au
sujet d'un mandement de Mgr l'archevque de Paris, contenant, sur la
situation faite au Saint-Pre par l'occupation italienne de Rome, et sur
le rle de la France  cet gard, des apprciations de nature  alarmer
les partisans du _statu quo_ et de la politique de non-intervention.
L'incident ayant t port devant la commission de permanence, nous ne
pouvons le passer sous silence. M. de Broglie a rpondu, 
l'interpellation qui lui tait adresse  ce sujet, que le langage de
Mgr Guibert n'engageait que lui-mme, et que le gouvernement ne saurait
en tre responsable.

La question ainsi carte par le gouvernement a t pose aux organes
lgitimistes, auxquels plusieurs journaux ont demand si eux, du moins,
approuvaient les paroles du prlat, et si l'avnement du comte de
Chambord serait le signal d'une guerre avec l'Italie. La polmique dure
encore, et il est bon de noter que ce sont les organes bonapartistes qui
s'y montrent le plus acharns. L'alliance du 24 mai est donc bien
dcidment rompue, du moins en ce qui concerne le groupe de l'Appel au
peuple, et la droite devra rester plus unie que jamais devant cette
dfection, si elle veut conserver la majorit dans l'Assemble.


ESPAGNE

Une dpche de Madrid annonce que le bombardement de Carthagne a
commenc lundi. Le blocus de la ville tait tabli du ct de la terre,
mais l'entre et la sortie du port taient libres, ce dont les insurgs
profitaient pour envoyer leurs navires se procurer des vivres sur divers
points de la cte. L'amiral anglais, dcid  empcher tout
bombardement, faisait surveiller les dmarches de ces navires. Les
insurgs taient parvenus  garnir les forts de canons  longue porte
et se prparaient  une vigoureuse rsistance. Peut-tre, dans
l'emploi de ces mots, faut-il faire la part de l'exagration espagnole;
en tout cas, il est probable que la capitulation, qu'on regarde comme
invitable, n'aura lieu qu'aprs un succs du gnral Martinez Campos.

Avec le commencement du bombardement de Carthagne, premier acte
d'nergie du ministre Castelar, concide l'adoption par les Corts de
la proposition qui remet en vigueur l'ordonnance militaire sur la peine
de mort.

On sait que c'est au sujet de cette dernire proposition qu'a clat
entre les Corts et le prdcesseur de M. Castelar le diffrend qui a
caus sa chute. Le cabinet nouveau parat aussi dcid  appliquer la
mesure que vient d'approuver l'assemble, qu'il s'est montr ardent  la
soutenir; il y a donc lieu d'esprer que le rtablissement de la
discipline va faire enfin sortir l'arme de cet tat de dsorganisation
qui a t jusqu' prsent le plus grand obstacle au rtablissement de
l'ordre.


ITALIE

Le roi Victor-Emmanuel a quitt mardi sa capitale pour se rendre 
Vienne et de l  Berlin. Sa Majest tait accompagne de son ministre
des affaires trangres, M. Visconti-Venosta. D'aprs une dpche
expdie le mme jour de Rome, les diplomates allemands et italiens
seraient en ce moment en pourparlers au sujet d'une visite de l'empereur
d'Allemagne  Rome, qui aurait lieu aprs la visite de Victor-Emmanuel 
Berlin.



COURRIER DE PARIS

Trois ou quatre jours de la semaine, quatre peut-tre, ont t consacrs
 un scandale. Il s'agit de l'aventure d'un papillon qui touchait de
prs ou de loin, je ne sais, au beau monde de la finance. Eh bien, oui,
rien de plus vrai: le galant a lev le pied (vieux style). Il a fait ce
que ne font pas ces pauvres diables de bohmes contre lesquels il a
toujours t de bon ton de s'emporter. Il s'en est l, par del la
frontire belge, laissant derrire lui un trou  la lune de 800,000
francs, disent les uns; les autres soutiennent que le dficit ne serait
que de moiti. Mais tous se sont accords pour plaindre une jeune et
jolie actrice qu'il avait enchsse dans ses magnificences d'un moment.
Ce qui faisait qu'ils se lamentaient, ce n'tait pas l'absence du
fugitif, mais simplement l'embarras d'argent dans lequel il a laiss
cette Ariane d'un nouveau genre. Est-ce qu'on abandonne une femme  la
plume des huissiers? s'criaient tels et tels. Le propos est des plus
chevaleresques. Mais voyons, pourtant, n'est-il pas de toute justice que
ces dames ressentent parfois le contre-coup des sinistres qu'elles
causent? Il serait aussi par trop commode qu'elles ne trouvassent pas
une seule pine en remuant leurs bouquets. Chez les boursiers et parmi
les gens de thtre o le roman en question a fait du bruit, on s'est
dit que c'tait la faute du galant si l'actrice avait une maison monte
sur un trop haut pied. Il faudra en rabattre! II faudra redevenir
simple! Vtue de soie ou de velours, orne de diamants, ombrage de
plumes, il poussait la sclratesse, ce monsieur, jusqu' la nourrir de
bec-figues ou de faisans.

Apprenez que ce ne sont l de bonnes faons que lorsqu'on a un assez bon
sac pour y donner suite. Il est malsant d'inculquer de ces habitudes,
si l'on ne peut les continuer. Voyez-vous ce malotru qui donne  une
femme  la mode des camristes, un cordon-bleu, des valets, un cocher,
un groom et qui, en s'en allant, expose l'intressante personne  vendre
tout  coup sa voiture! Une voiture vendue juste au moment o la saison
des pluies va commencer!

La conduite de ce Mondor pour rire ne trouvera pas en nous un
approbateur, vous le croyez bien. Tel proverbe populaire lui serait
applicable, si la forme n'en tait pas un peu trop gauloise. Il a voulu
dorer ses amours plus qu'il ne le pouvait. C'est plus qu'un tort, c'est
un ridicule. Mais, au bout du compte, la famille, qui est riche, promet
de payer. De cette faon il ne restera presque plus rien de la
faute.--Mon Dieu, si! riposteront les Amadis du boulevard; il restera
toujours le crime d'avoir forc une jolie femme  descendre trop
brusquement du luxe sur lequel on l'avait juche. Le crime, c'est le mot
que nous avons entendu dire. Telle est la morale qui a cours
aujourd'hui. Vingt ans d'un sybaritisme sans frein nous ont absolument
masculs. Ainsi l'ordre du jour est de ne pas exposer une actrice 
recevoir du papier timbr et  fermer son curie.

Presque  la mme heure o se droulait sous nos yeux cette comdie de
paravent, on annonait le dcs d'une des marquises de la fourchette les
plus clbres. Celle-l s'en est alle mourir  Amlie-les-Bains. Depuis
la chute de l'empire, il n'tait plus question d'elle. Malade, fltrie
par la phthisie, perdant d'heure en heure sa beaut d'autrefois qui
tait relle, pauvre, ayant, parat-il, 200,000 francs de dettes, dj
oublie, elle a vu bien autre chose autour de sa personne qu'un Turcaret
aux souliers vernis! Pendant les vingt annes que je rappelais tout 
l'heure, elle avait t la plus fte. Mlle Emma Cruch, je veux dire
Cora Pearl elle-mme, ne venait qu'en sous-ordre aprs elle. A cette
abandonne d'hier, il fallait, raconte-t-on, trois cent mille francs par
an pour soutenir l'clat de son rang, et elle finissait toujours par les
trouver. Nulle n'avait plus bel air. Les grandes dames  noms armoris
voulaient qu'on taillt leurs toilettes sur la sienne. Avant qu'une robe
figurt en haut lieu, il tait dit qu'elle en aurait essay le dessin.
Aussitt qu'on jouait une nouveaut, drame ou opra, elle se montrait
aux avant-scnes, brillante, pare, la lorgnette  l'oil, l'ventail 
la main, et la chronique, attentive  tout ce qui se passait de notable
 cette poque, n'omettait jamais de mettre son nom en vedette dans les
comptes rendus,  ct des noms d'ambassadrices et des altesses. On
allait jusqu' raconter ses grandes entres dans un palais, aujourd'hui
brl mais qu'on restaure. Ah! ce palais, ancienne rsidence au Rgent,
 la vrit, en a bien vu d'autres! Mais les petites gazettes ajoutaient
en guise de circonstances attnuantes;

--Dame, c'est le prince qui lui a achet sa premire voiture.

En gnral, toute jeune femme qui dbute au thtre ou qui figure dans
le monde de la haute galanterie fait un rve, le jour mme o elle est
cite par les gazettes. Ce rve consiste en ces six mots:

--J'aurai bientt ma premire voiture.

La premire voiture d'une femme  la mode est souvent une plus grande
affaire pour elle qu'une premire passion. Que de choses on se promet 
ce sujet! Un huit-ressorts, vu les temps de confusion o nous sommes, il
ne faut que cela aujourd'hui pour avoir l'air d'une grande dame. Une
fois assise sur un coussin que quatre roues rapides emportent au bois,
il n'y a plus de rivalit  craindre. On est dj si loign du pass
qu'on ne le voit dj plus, ce qui porte  l'oublier tout  fait. Une
mondaine  laquelle on vient de donner sa premire voiture se trouve
tout  fait dans la situation d'un jeune dput qui devient ministre par
le fait d'un coup de d parlementaire. Elle se croit arrive. Oui, mais
il y a le revers de la mdaille comme en toute chose. Il serait
difficile d'numrer ici les nuits blanches, les dmarches, les lettres
 recevoir et  rpondre, les prires, les soupirs, les larmes
qu'entrane aprs elle la possession de la premire voiture. Il faut
d'abord dcider le style dans lequel elle sera conue et la couleur
qu'elle aura. Ayez-la  la mode, d'abord, mais pourtant diffrente de
toutes celles qu'on rencontre autour du lac, sans quoi vous passerez
pour une grue sans originalit et sans got. Ces premiers soins
deviennent dj une vive inquitude. --Si ma voiture n'avait pas de
succs,  que deviendrais-je, grands dieux? On la fait dessiner dix
fois et colorier aussi souvent. Ds qu'elle est convenue, le souci
change de forme et se multiplie  l'infini. Question d'curie, de
cocher, de fourrage et de chevaux. Ah! les chevaux, vous ignorez
peut-tre que c'est l ce qui agite le plus, le sommeil de ces dames! Il
faut les avoir bons, assortis, bien portants, toujours prts  sortir.
Il est indispensable d'avoir des valets dont la main leur convienne.
Par-dessus tout, il y a le chapitre de la paille frache, du foin et de
l'avoine, problme terrible et qui se renouvelle tous les jours. La
nourriture des chevaux est le ver rongeur qui mine secrtement ces
belles filles d've. Au fond d'une loge,  l'Opra, vous croyez qu'elles
coutent le nouveau tnor au moment de son air de bravoure. Point du
tout; elles se disent tout bas; --Baptiste a-t-il pu avoir de l'avoine
 crdit? A la Maison-d'Or, en dcoupant un perdreau, c'est encore 
cela qu'elles songent. Un fils de pair de France, aux trois quarts
ruin, adressait un madrigal  l'une d'elles. La voyant distraite, il la
pressa de questions..

--Qu'est-ce qui vous proccupe si fort? disait-il.

--Ah! mon Dieu, c'est bien simple, rpondit-elle avec une navet tout
agreste; c'est qu'il n'y a plus de loin au rtelier pour mes btes.

Les choses se passaient dj de cette faon  l'poque o le vieux
Sbastien Mercier crivait le _Tableau de Paris._ Ces gunippes,
disait-il, elles ont des dentelles, des diamants, une maison monte, de
la valetaille, des amants dors, et elles mettent souvent tout cela en
gage pour nourrir deux chevaux maigres et poussifs qui sont leur plus
vive tendresse. Cela date de 1787 et l'on pourrait croire que c'est
d'aujourd'hui.

Philibert Audebrand.



NOS GRAVURES


vacuation de Verdun

L'occupation allemande a cess en France. Le 13 septembre,  sept heures
du matin, toute la garnison, cinq mille hommes environ, se runissait
sur l'esplanade de la citadelle,  l'endroit appel la Roche. Sur ce
vaste quadrilatre rendu tout boueux par la pluie, les troupes
allemandes taient ranges en deux lignes profondes. L'infanterie
d'abord, puis l'artillerie avec ses deux batteries de campagne atteles
de vigoureux chevaux, et derrire les uhlans, dont les lances dominaient
la foule.

Le gnral Manteuffel voulait donner  ce dernier acte de l'vacuation
une importance toute spciale; aussi avait-il annonc qu'il passerait en
revue les rgiments.

A huit heures, le commandant en chef de l'arme d'occupation arriva 
cheval, suivi de son tat-major. Aprs avoir pass dans les rangs, il se
plaa devant les troupes. Brusquement il tira son sabre du fourreau, et
poussa trois hourrahs auxquels les troupes rpondirent.

Puis le signal donn, les soldats dfilrent devant l'tat-major,
passant  ct de la citadelle, sombre et vaste monument qui plonge sur
tous les environs et que le bombardement a en partie dtruit. Rien de
plus grand que l'aspect de cette massive forteresse, de ces ruines qui
attestent l'acharnement de l'ennemi et l'nergie de la dfense.

A leur sortie de l'esplanade, les troupes gagnrent la porte Chausse
par laquelle passe la route d'Etain. Au moment mme o le dernier
Allemand franchissait le pont-levis, le drapeau tait hiss au sommet de
la cathdrale.

En se retournant, les Prussiens purent voir une dernire fois cette
ville qui leur avait si longtemps rsist. Les canons taient sur les
remparts, comme pour attester le courage de la garnison, qui n'avait
consenti  se rendre  la dernire extrmit qu' la condition expresse
que le matriel de guerre serait rendu  la France aprs la conclusion
de la paix, condition que les Allemands ont d'ailleurs scrupuleusement
observe.

Aprs le dpart des Allemands, la ville entire se pavoise: drapeaux
tricolores et bannires d'Alsace-Lorraine, la hampe couverte d'un crpe,
sont suspendus  toutes les maisons. C'est qu'il ne s'agit pas seulement
de fter le dpart des Prussiens, mais de clbrer encore l'arrive des
Franais, qui entrent dans la ville le jour mme.

A midi moins le quart, le train entre en gare. Les deux locomotives sont
couvertes de feuillage et le drapeau aux trois couleurs flotte firement
 l'avant.

Pendant que le maire et le conseil municipal souhaitent la bienvenue au
colonel du 94e et  l'tat-major du rgiment, nos soldats sautent
lestement  terre et se rangent en bataille sur le quai. Les clairons
sonnent, les portes de la gare s'ouvrent toutes grandes; les troupes
dfilent.

Tous les habitants sont accourus. Grimps sur les talus, sur les
remparts, ils saluent le bataillon, tandis qu'une foule nombreuse
l'escorte  la citadelle.

La musique de la ville, la _Verdunoise_, s'est arrte  la porte de la
ville, o elle reoit nos soldats.

Le soir, malgr un temps pouvantable et une pluie continuelle, tous les
difices, toutes les maisons sont illumins. La place Chevert notamment
prsente un splendide coup d'oeil: les fuses d'un feu d'artifice
jettent une vive clart sur la foule qui s'est amasse sur le pont. Au
milieu, la statue du marchal Chevert est orne de drapeaux.

C'est pour la dernire fois heureusement que nous avons  parler
d'vacuation. La France est enfin dlivre de la prsence de l'tranger.

A. L. F.


Scnes de la captivit: l'excution

La scne que reprsente aujourd'hui notre dessin, c'est l'odieux dans le
tragique. Qu'a fait ce malheureux que les Prussiens vont passer par les
armes? Obsd par le souvenir de la patrie vaincue et foule aux pieds,
rvolt des outrages qu' chaque heure du jour lui font subir d'indignes
vainqueurs experts en l'art de tuer  petit feu et  petits coups, il a
tent de s'vader. Surpris dans sa tentative et maltrait, il s'est
dfendu. Aussi va-t-il mourir; mais c'est debout, la tte haute, en
crasant sous le mpris de son regard ses ignobles vainqueurs, qu'il
subira la mort. Il ne se plaint pas, il ne rclame pas. Un Franais n'a
rien  demander  un Prussien. Mme vaincu, mme en mourant, il reste
encore son matre et lui fait la leon. Sang ou argent, en effet, quelle
que soit sa dette, il ne mendie pas de remise, lui, il paie!

L. C.


Notes sur l'Irlande

LES EXPULSIONS.

On s'apitoie volontiers dans les romans anglais sur le sort que font aux
paysans la plupart des propritaires irlandais.  entendre les Levor,
les Trollope, les Lover et autres nouvellistes de la verte rin, on
croirait que le seul fait de possder quelques hectares de terrain du
mauvais ct de la mer d'Irlande suffit pour transformer les anges en
ogres. Il faut attribuer l'_absenteeism_ et tout ce qui s'ensuit  des
causes moins phnomnales. En Irlande les grands centres de vie manquent
presque entirement. La plupart des institutions provinciales: les
comices agricoles, les meetings politiques, les _plaider shoud_, les
expositions, les thtres, etc., y sont encore  l'tat d'embryon. Les
grandes villes comme Belfast et Cork ne sont pas plus animes qu'un
bourg anglais de 10,000 habitants. Leur commerce s'teint, leur
population augmente; mais ce sont toujours des petites villes de
province, dans la plus triste acception du mot. Dublin est encore plus
provincial. Toute capitale de vice-roi qu'elle soit, York la
mpriserait, Brives-la-Gaillarde la saluerait comme soeur. L'acte de
l'union a t l'arrt de mort de toute cette activit provinciale, de
tout ce mouvement local et indpendant qui fait de
l'Angleterre,--socialement parlant,--une vritable fdration de petits
tats. Les Anglais ont dot le pays tributaire d'un systme
administratif qu'ils refusent pour eux-mmes,--la centralisation.--Et le
centre n'est pas en Irlande, c'est  Londres, au bureau du Secretary
for Ireland. Tout vient de Londres, les chartes, les journaux, les
couteaux de table et les chevaux de selle, les mets de luxe et les
dessins de modes, les policemen et les montres en aluminium. Un vieux
proverbe dit qu'un Dublinois ne connat l'heure que par l'horloge de
l'Exchange,  Londres. Le moyen avec cela de rester en Irlande,--quand
on a les moyens d'en sortir! tre bourgeois de Dublin, c'est dj tre
mort; le propritaire rsident,--de Tipperary, par exemple,--est de
plus, enterr. Il en rsulte que ds qu'un Anglais ou qu'un Irlandais
devient possesseur d'une certaine fortune territoriale, il s'en va, il
court le continent, il devient le d'Hozier et l'almanach de Gotha d'un
petit Spa allemand (les petits hobereaux irlandais tiennent normment 
leur gentilhommerie et connaissent le _Peerage_ par coeur), ou
l'Anglo-Parisien du quartier Saint-Honor. Beaucoup parmi le lauded
gentry sont en outre, officiers dans l'arme ou dans la marine royale
(un tiers des soldats de terre sont Irlandais). Il reste chez eux pour
les reprsenter des _agents_,--avous sans affaires, petits
boutiquiers qui ont fait faillite, commis-priseurs; ex-intendants de
bonne maison, etc.,--tous gens sans scrupules et d'une honntet toute
relative. Les proprits qui ne sont pas administres par ces messieurs
subissent le rgime des squires et tombent tt ou tard au pouvoir de la
Cour de la Chancellerie. Un acte spcial ordonne en effet que toute
proprit greve d'hypothques, dont les cranciers veulent rgler les
affaires, soit,  la requte de ceux-ci, mise  la disposition de la
Cour. Elle envoie ses receveurs, ses officiers, qui vrifient les
dettes, les titres, recouvrent les loyers, administrent la proprit
jusqu' ce que les cranciers soient indemniss. Il arrive souvent que
cette liquidation dure plus de cinq ans. Elle pse durement sur les
pauvres paysans, dshabitus sous le rgime prcdent de toute espce
d'ordre et d'conomie. Le _rent-role_ (papier censier) tait tenu d'une
faon large et librale; les loyers taient pays (quand on les payait)
en espces,--en cochons, en avoine, en bas et vareuses tricots, etc.

Les _squatters_ (ou nomades qui vont de proprit en proprit en qute
de logements gratuits) taient tolrs; c'tait le rgime du bon
plaisir, il est vrai, mais le paysan y trouvait son profit. Puis, voil
tout  coup un monsieur de Londres qui dbarque, qui rclame les
arrrages, prcise les limites des fermes, vrifie les baux. Les verres
de _whisky_ ne l'adoucissent pas plus que ne fait le _blarney_,--dont
les Irlandais ont seuls le secret,--cette flatterie douce, extravagante,
pittoresque, qui n'a de nom que dans leur langue. On est tout drout.
On a affaire  un comit impalpable sigeant  Londres, sur lequel la
clinerie personnelle n'a pas de prise.

Alors commencent les expulsions. Elles sont justes, ncessaires dans
bien des cas, mais impossible de faire comprendre cela  des victimes
auxquelles une tolrance hrditaire a en quelque sorte assur la paix
et l'indemnit. On ne se rsigne pas facilement; on lutte, on oppose aux
rclamations, aux poursuites des receveurs une rsistance sourde et
implacable. Les journaux irlandais sont remplis de ces contentions. J'ai
assist, dans le Tipperary,  une lutte entre les receveurs de la Cour
de la Chancellerie et les petits fermiers d'une proprit situe dans le
_Golden Valley_ (la Valle-d'Or), le district le plus fertile du sud.
Les paysans compromis ne payaient pas de loyers depuis plus de dix ans.
Le prt de quelques petites sommes qu'ils avaient fait au propritaire
leur assurait la tranquillit. Le receveur n'entendait pas les choses
ainsi. Il les appela devant le _county court_, o ils furent condamns 
payer un lover de dix ans, chose manifestement impossible. Aussi les
dbiteurs ne firent-ils aucune attention  l'dit de la cour. Mais
depuis cela, aux alentours des fermes, on voyait une vritable chane de
sentinelles qui, postes dans les arbres et  califourchon sur les murs,
guettaient l'arrive des huissiers et de leurs aides. Quatre fois on
tenta d'oprer la saisie. La campagne entire prenait cause pour les
Martins,--le nom des plus audacieux rebelles. A un signal donn, hommes
et femmes sortaient de toutes les maisons avoisinantes; en un clin
d'oeil tout le btail tait assembl et conduit en lieu de sret. On
sut un jour que la rcolte allait tre saisie. Cette nuit-l une
vingtaine de paysans se levrent et fauchrent les champs menacs au
clair de lune. Il fallait user de moyens extrmes. L'expulsion fut
prononce. Mais comme on sait que les _Tipperary boys_ n'apportent pas
trop de douceur dans leurs relations avec les gens de justice, une forte
escouade de mounted constabulary fut requise. On trouva la chaumire
barricade. Il fallut attendre, la loi ne permettait pas l'effraction.
On resta trois jours devant cette pauvre bicoque; les voisins venaient
crier: Shame! shame! (Honte! honte!) Le troisime jour la garnison se
rendit; elle avait mang jusqu'aux pelures de pommes de terre destines
aux cochons.

Tout passa  l'acquittement des arrrages. La famille, dnue de tout,
erra pendant trois semaines de cabine en cabine. Il fallut que le cur
organist une qute pour lui donner les moyens d'migrer. Les Martins
doivent tre citoyens des tats-Unis  l'heure qu'il est. Et ceci se
passe continuellement dans presque tous les comts d'Irlande, de
l'Irlande prospre et satisfaite, au dire de M. Gladstone.

E. J.


Nuka-Hiva

Le nom seul de Nuka-Hiva entrane avec lui l'ide de pnitencier et de
dportation,--bien que rien ne justifie plus aujourd'hui cette
impression fcheuse. Depuis longues annes, les condamns ont quitt ce
beau pays, et l'inutile citadelle de Taoha n'est dj plus qu'une
ruine.

Libre et sauvage jusqu'en 1812, cette le appartient depuis cette poque
 la France; entrane dans la chute de Tahiti, des les de la Socit
et des Pomotous, elle a perdu son indpendance en mme temps que ces
archipels abandonnaient volontairement la leur.

Taoha, capitale de l'le, renferme une douzaine d'Europens, le
gouverneur, le pilote, l'vque missionnaire et les frres, quatre
soeurs qui tiennent une cole de petites filles,--et enfin quatre
gendarmes.

Au milieu de tout ce monde, la reine dpossde, dpouille de son
autorit, reoit du gouvernement une pension de 600 francs, plus la
ration des soldats pour elle et sa famille.

Les btiments baleiniers affectionnaient autrefois Taoha comme point
de relche, et ce pays tait expos  leurs vexations; des matelots
indisciplins se rpandaient dans les cases indignes et y faisaient
grand tapage.

Aujourd'hui, grce  la prsence imposante des quatre gendarmes, ils
prfrent s'battre dans les les voisines.

Les insulaires de Nuka-Hiva taient nombreux autrefois, mais de rcentes
pidmies, d'importation europenne, les ont plus que dcims.

La beaut de leurs formes est clbre, et la race des les Marquises est
rpute une des plus belles du monde.

Il faut quelque temps nanmoins pour s'habituer  ces visages singuliers
et leur trouver du charme. Ces femmes, dont la taille est si gracieuse
et si parfaite, ont les traits durs, comme taills  coups de hache, et
leur genre de beaut est en dehors de toutes les rgles.

Elles ont adopt  Taoha les longues tuniques de mousseline en usage 
Tahiti; elles portent les cheveux  moiti courts, bouriffs,
crpus,--et se parfument au sandal.

Mais dans l'intrieur du pays, ces costumes fminins sont singulirement
simplifis.

[Illustration: VERDUN.]

[Illustration: SCNES DE L'VACUATION DE VERDUN.]

Les hommes se contentent partout d'une mince ceinture, le tatouage leur
paraissant un vtement tout  fait convenable.

Aussi sont-ils tatous avec un soin et un art infini; mais, par une
fantaisie bizarre, ces dessins sont localiss sur une seule moiti du
corps, droite ou gauche,--tandis que l'autre moiti reste blanche ou peu
s'en faut.

Des bandes d'un bleu sombre qui traversent leurs visages, leur donnent
un grand air de sauvagerie, et font trangement ressortir le blanc des
yeux et l'mail blouissant des dents.

Dans les les voisines, rarement en contact avec les Europens, toutes
les excentricits des coiffures en plumes sont encore en usage, ainsi
que les dents enfiles en longs colliers et les touffes de laine noire
attaches aux oreilles.

A quatre lieues de Taoha, une longue et sinueuse valle s'ouvre sur la
baie Tchitchagov.

Cette rgion sauvage est ferme par deux remparts d'inaccessibles
montagnes; une tranquille, rivire y entretient une fracheur de verdure
inaltrable.

La tribu des Taoas habite cet Eden; des cases parpilles sous bois
dpendent d'un chef admirablement tatou et d'une rare beaut, qui nous
fit lui-mme les honneurs de son district, et se constitua le guide de
nos excursions.

Cette nature est d'une tranget saisissante; des mornes  pic
surplombent les forts, hrisss de pointes aigus; on est l comme aux
pieds de cathdrales fantastiques, dont les flches accrochent les
nuages au passage.

A mesure qu'elles s'loignent du rivage, ces deux ranges d'difices se
rapprochent et se resserrent; au fond de la valle, quelque cinquante
mtres seulement les spare, et le soleil pntre  peine dans ces
profondeurs. De nombreuses cascades y dgringolent en pluie perptuelle
et l'humidit y dveloppe une tonnante vgtation.

Julien V...


Types chinois, musiciens et Joueurs de dames

Le Chinois est joueur. Le jeu est, en Chine, une passion commune 
toutes les classes de la socit. Du plus petit au plus grand, tout le
monde joue. On rencontre dans les rues de Pkin une foule de petits
tripots ambulants, o l'ouvrier ne perd que trop souvent le soir le
fruit de son travail de la journe. Les marchands, les gens riches se
runissent, pour jouer, dans les maisons de th, qui sont, dans le
Cleste-Empire, ce que sont chez nous les cafs.

Plus ou moins luxueuses, suivant leur clientle habituelle, ces maisons
se reconnaissent au laboratoire qui occupe le fond de la salle
principale, et qui est garni d'immenses bouilloires et de thires non
moins grandes. Les habitus y passent une partie des nuits, sinon la
nuit entire,  jouer aux cartes, aux ds, aux dominos et aux dames.

A l'inverse de chez nous, les cases du damier chinois sont rondes et les
dames carres.

Mais ce n'est pas le jeu des joueurs de profession. Ceux-ci prfrent
les ds. Ils se ruinent intrpidement  ce jeu.

Lorsqu'ils n'ont plus d'argent, ils jouent leurs proprits; les
proprits perdues, ils veulent les regagner; alors c'est leur famille
qui devient l'enjeu de la partie avant leurs propres personnes, qui
finit aussi par y passer.

Le jeu n'est pas la seule distraction que trouvent les Chinois dans les
maisons de th; ils y vont aussi fumer l'opium. Pour cela il y a,
attenant  la salle, de petits cabinets garnis de nattes et d'oreillers,
o ils se retirent pour se plonger dans cette fatale ivresse. Beaucoup
de ces maisons possdent encore un thtre, o se donnent des
reprsentations dramatiques, pour lesquelles les Chinois ont un got
assez vif, qu'ils ne peuvent satisfaire que l, ou sur les places
publiques, les jours de fte, car il n'y a pas de thtres permanents 
Pkin, et tout le inonde n'est pas assez riche pour en avoir un chez
soi. Il est juste d'ajouter que, chaque fois qu'un personnage loue une
troupe d'acteurs pour donner une reprsentation sur son thtre, il y
laisse entrer librement la foule.

La reprsentation est toujours prcde d'une ouverture, d'aprs
laquelle on peut juger du misrable tat de l'art musical en Chine, car
tous les instruments connus dans le Cleste-Empire y figurent. Ils ne
sont pas nombreux. Lorsque nous aimons mentionn la flte, la guitare,
le violon  une corde, le tambour, et une sorte de petite harpe pose
horizontalement sur une table, nous aurons tout dit, ou peu s'en faut.
Quant  l'effet produit par ces ustensiles divers, n'en parlons pas...

L. C.



CURIEUX PROBLME

Les derniers trains qui viennent de partir pour la Prusse, emportant
vers le Rhin nos fourgons chargs d'espces d'or et d'argent, ont
complt la runion fabuleuse des 5 milliards de notre ranon. Dj
l'_Illustration_ a mis en vidence le poids fantastique de ce capital et
son volume non moins inou, malgr la facilit avec laquelle le chiffre
de _milliards_ est entr depuis la guerre dans la conversation, tandis
qu'il y a seulement dix ans on parlait  peine, et sans bien en sentir
la valeur, de simples centaines de millions. La marche des langues
ressemble un peu  celle des impts. Tels mots, auxquels on n'avait
jamais song, prennent subitement place dans le langage en vertu de
l'actualit, et une fois tablis ils s'y fixent pour n'en plus sortir.
Tels impts paraissaient absolument imaginaires: une loi les vote; ils
sont, sinon bien reus, du moins supports, et dsormais les voil
tablis pour ne plus disparatre. Seulement il est probable que si les
langues s'enrichissent par le dveloppement de leur vocabulaire, les
nations s'puisent finalement par l'accroissement dmesur de leurs
besoins.

Ce payement prodigieux des 5 milliards a remis sur le tapis une question
curieuse, dont la solution a toujours paru vritablement imaginaire.
C'est celle de la somme qui serait actuellement produite par les
intrts composs de _cinq centimes_ placs  la naissance de
Jsus-Christ. Lorsqu' l'occasion de l'indemnit du milliard aux migrs
propose par le gouvernement de la Restauration, le gnral Kov s'cria
que 1 milliard de minutes ne s'tait pas coul depuis la naissance de
Jsus-Christ, il faisait comprendre la valeur de ce chiffre, si
lgrement rpt aujourd'hui. Eh bien! ce chiffre n'est rien  ct de
celui qui rpond  la question que nous venons de rappeler.

En effet, ce n'est pas 1 milliard, ni 5 milliards qui seraient produits
par la mdiocre somme de 5 centimes placs au commencement de notre re.
Ce ne sont pas non plus des dizaines de milliards ni des centaines de
milliards, ni des milliers de milliards. C'est bien autre chose. Tous
les chemins de fer du monde, seraient-ils couverts de wagons, ne
suffiraient pas pour porter cette somme en argent, ni en or, ni mme en
billets de banque. La France entire ne serait pas assez vaste pour
contenir les pices d'or qui la reprsenteraient, ces pices
fussent-elles empiles en une pyramide aussi haute que la puissance
humaine pourrait l'lever. Les Alpes et les Pyrnes seraient-elles des
mines d'or sans dchet ne suffiraient pas non plus  fournir une
pareille somme. Que dis-je? la terre entire, en la supposant d'or
massif, n'quivaudrait pas  cette somme fabuleuse!

5 centimes placs au taux de 5 p. 100,  la naissance de Jsus-Christ,
se seraient multiplis pendant mille huit cent soixante-treize ans,
suivant une progression telle qu'aujourd'hui ils seraient arrivs 
ormer le capital de:
243,516,800,000,000,000,000,000,000,000,000,000,000 francs,
c'est--dire de 243 undcillions, 510 dcillions, 800 nonillions de
francs, en nombre rond.

C'est l un chiffre qui n'a jamais t exprim, mme dans les rgions
transcendantes de l'astronomie sidrale qui compte par trillions de
lieues.

Veut-on se reprsenter le poids et le volume de cette somme en or?

Le kilogramme d'or valant 3,400 francs, notre capital pserait:
71,622,588,000,000,000,000,000,000,000,000,000
ou 71 dcillions, 622 nonillions, 588 octillions de kilogrammes.

Nous avons dit que la Terre entire, ft-elle d'or massif, ne suffirait
pas pour payer cette somme. En effet, notre globe, qui a 3000 lieues de
diamtre, pse 5875 sextillions de kilogs. S'il tait compos d'or
massif, il serait trois fois et demi plus lourd et pserait 20,502
sextillions de kilogs. Il faut encore multiplier ce nombre par
3,480,000,000 pour former l'effroyable quantit dont il s'agit.

Ainsi, les 243 undcillions de francs qui seraient produits aujourd'hui
par le placement de 5 centimes sous le rgne de Tibre formeraient un
poids de 71 dcillions de kilogs d'or, poids gal  12,100 millions de
fois celui de la Terre telle qu'elle est, et  3,486 millions de fois le
poids d'un globe d'or de la dimension de la Terre.

Si donc notre plante tait forme d'or massif, il faudrait _trois
milliards quatre cent quatre-vingt-six millions de globes gaux_ pour
obtenir une valeur capable de payer ce fameux capital!

En imaginant qu'il tombe du ciel chaque minute un lingot d'or de la
dimension de la Terre, il en tomberait 1440 par jour et 520,070 par an.
Il faudrait que cette chute se continue pendant plus de six mille ans,
pendant. 6,626 ans et 8 mois pour arriver  constituer la somme totale!!

Je n'ai jamais prsent le rsultat de ce calcul sans voir le doute
errer au coin des lvres ou dans le regard des personnes qui m'avaient
cout. Et, en effet, cette somme est tellement monstrueuse qu'elle
parat difficile  accepter. C'est pourquoi j'ajouterai ici, comme pice
de conviction, la mthode du calcul que chacun pourra rpter.

La formule la plus expditive est celle qui se base sur les proprits
des logarithmes. Chacun sait que les intrts composs se calculent
comme ceci:

Log x = log A + n log (n + r/100)

formule dans laquelle x reprsente le produit de la somme A, place
pendant n annes au taux de r.

Pour 5 centimes placs  la naissance de Jsus-Christ, la somme produite
en 1873 s'exprime donc par:

        Or  { Log x      =   log. 0,05 + 1873 log (l + s/100)

              { Log 1,05 =   0,0211893.

        1873 Log 1,05 = 39,6875589.

                 Log 0,05 =   2,6989700.

                                    __________

                      Log x = 38,3865289.

dont le nombre correspondant est 2435168 x 10e32.

Pardon de tous ces chiffres! mais il tait ncessaire de les reproduire
pour convaincre ceux qui douteraient de l'authenticit des conclusions
prcdentes. Chacun peut ainsi refaire le calcul.

Les lecteurs qui ne se servent pas volontiers de logarithmes
arriveraient au mme rsultat en remarquant qu'un capital plac  5 p.
100,  intrts composs, se double dans l'espace de quatorze ans, ou,
plus exactement 14,21. Nos 5 centimes ainsi placs en l'an 0 deviennent
donc 10 centimes l'an 14; 20 centimes l'an 28; 40 centimes au bout de
quatorze nouvelles annes; 80 centimes aprs un mme intervalle; 1 fr.
60 l'an 71; 3 fr. 20 l'an 85, et ainsi de suite en doublant toujours.

La progression, qui commence assez lentement, comme en le voit, monte
bientt avec une rapidit effrayante. Pendant les cent premires annes,
la somme n'arrive, il est vrai, qu' 6 fr. 40 c. Mais  la fin du IIe
sicle, elle est de 819 fr. 20;  la fin du IIIe sicle, elle est de
104,857 fr. 00;  la fin du IVe, elle est de 13,421,772 fr. 80. Nous
voici dj aux millions. La somme doublant toujours de quatorze en
quatorze annes, on arrive vite aux centaines de millions et aux
milliards. Et comme elle continue toujours de doubler, on atteint
rapidement les dizaines et centaines de milliards, puis les trillions,
les quatrillions, et ainsi de suite. On arrive de la sorte  former pour
le commencement de notre sicle (1803) le chiffre de 7,610 dcillions,
qui deviennent 15 undcillions, en 1817, puis 30, puis 60, puis 121 en
1859 et 243 en notre anne de ranon, 1873.

Depuis que ce nombre de 39 chiffres a scintill dans mon cerveau, je ne
puis plus prendre de monnaies romaines entre mes mains sans les voir se
multiplier comme dans un rve. Cette pice d'Auguste, que tous les
collectionneurs classent assez indiffremment sur leurs cartons entre
Csar et Tibre, en la soupesant de la main droite, je me suis pris
quelquefois  regretter qu'un gnie bienveillant ne l'et pas place
comme patrimoine d'une famille gallo-romaine de mes anctres. La
statistique des mariages prouve qu'en France aprs dix-huit sicles,
nous sommes tous cousins au trente-troisime degr. Quelque soit le
nombre des hritiers d'un pareil patrimoine on le partagerait volontiers
mme entre tous les habitants du globe, car la Terre entire n'a que
1,300 millions d'habitants, et chacun, homme, femme ou enfant, aurait
encore pour sa part la jolie somme de 187,320,610,000 milliards de
francs. Mais sur quelle compagnie d'assurances, sur quelle banque
nationale ou internationale aurait-on pu fonder une pareille opration
financire qui laisse loin derrire elle tous les rves d'or rvs
jusqu' ce jour? C'est ici que nous remontons forcment sur l'chelle
des chiffres aux grandeurs astronomiques. Il n'y aurait, en effet,
qu'une combinaison de toutes les banques plantaires qui aurait pu parer
 une telle ventualit. Et encore, peut-tre, faudrait-il adjuger le
Soleil lui-mme. Et ce ne serait pas suffisant. L'analyse spectrale nous
apprend qu'il n'y a pas d'or dans le Soleil, si ce n'est dans ses
profondeurs. L'chance d'une pareille note ne pourrait donc tre
raisonnablement paye que dans les toiles, c'est--dire dans l'autre
monde.

Camille Flammarion.



LA LIBRATION DU TERRITOIRE

1815-1818

A propos de l'vacuation du territoire, nous avons cru devoir tracer une
courte histoire de l'invasion de 1815 et de ses suites. Nous n'avons pas
 dmontrer l'intrt d'actualit qui s'attache  ce travail, certains
que nous sommes d'avance que le lecteur y trouvera matire  plus d'un
rapprochement aussi curieux qu'instructif.


L'INVASION

Dans la nuit du 31 dcembre au 1er janvier 1814, deux armes ennemies
avaient envahi la France.

Schwartzenberg, entrant par la Suisse et le Haut-Rhin, menaait les
valles du Doubs et de la Sane.

Blcher, franchissant le Rhin, se dirigeait sur la Meuse.

Aucun obstacle ne s'oppose d'abord  cette irruption: la France n'a plus
d'armes, l'empereur se recueille pour savoir o il faut porter ses
coups, lequel de ces ennemis il faut craser.

De tous cts, en effet, l'tranger menace notre frontire; ce ne sont
plus seulement Schwartzenberg et Blcher: en Italie, le prince Eugne
est repouss par les Autrichiens; 160,000 Anglais, Espagnols, Portugais
franchissent les Pyrnes avec Wellington; enfin Bernadotte commande
l'arme du Nord, qui descend par la Hollande et la Belgique.

La France est entoure de toutes parts: pourtant l'empereur ne la laisse
pas accabler: c'est l'heure de la lutte suprme, et jamais son gnie
militaire ne s'est montr plus lev.

Mais les dfaites ne peuvent arrter les masses ennemies sans cesse
renouveles. Il faut cder au nombre; le trait de Fontainebleau est
sign: l'empereur part pour l'Ile d'Elbe; Louis XVIII remonte sur le
trne.


LES CHARGES DE LA PREMIRE RESTAURATION.

Le trait du 11 avril 1814 tait moins onreux pour la France qu'on ne
pouvait le craindre.

Les Prussiens avaient bien demand une indemnit de guerre dont ils
fixaient le chiffre  470,000 millions; mais Louis XVIII et son conseil
avaient oppos  cette prtention un nergique refus, et l'intervention
de l'empereur de Russie obligea le roi de Prusse  retirer sa demande.

En outre, l'vacuation du territoire avait eu lieu presque
immdiatement, en vertu de la convention du 23 avril, et de ce ct
encore nous n'avions eu aucun frais  payer.

Cependant, la situation tait difficile: la France, il est vrai, n'tait
tenue  remplir aucune obligation vis--vis de l'tranger; mais ses
charges personnelles allaient lourdement peser sur l'avenir.

Tout d'abord il fallait compter avec l'arrir laiss par l'Empire.

Pour faire face  ces guerres incessantes, pour solder ces armes
toujours victorieuses, mais qu'il n'en fallait pas moins entretenir,
Napolon avait d crer un dficit considrable qui, estim d'abord 
1,300 millions, put tre ramen  700, puis  500 millions seulement.

Quelques-uns des conseillers du roi proposaient de ne pas reconnatre
ces dettes; mais le ministre des finances, le baron Louis, repoussa
nergiquement la proposition, et le principe du payement intgral de
toutes les dettes fut dfinitivement pos.

C'est l un fait considrable, dcisif: ce premier pas assure le succs
de tous les autres. Si la Restauration put triompher des charges
excessives que les Cent-Jours allaient faire peser sur elle, si elle put
mener  bien cette oeuvre de libration si difficile et si ardue, c'est
au baron Louis qu'en revient le premier honneur, c'est  cette parole si
profondment honnte qui, en inspirant confiance  l'Europe, nous assura
un crdit qui allait devenir notre unique ressource.


LES CENT JOURS.

Le 1er mars Napolon dbarquait en France, le 20 il entrait aux
Tuileries que venait d'abandonner le roi Louis XVIII, et ds le 25
l'alliance de Chaumont tait renoue entre les diverses puissances.

Seul, peut-tre, l'empereur se faisait illusion, et esprait encore
amener l'Europe  la paix.

Ds le 4 avril, il fait une tentative personnelle auprs des cours
trangres et leur adresse une lettre autographe. En mme temps,
Caulaincourt envoie une circulaire aux principaux cabinets: C'est  la
dure de la paix que tient l'accomplissement des plus nobles voeux de
l'empereur.

La paix! hlas! nul n'y songe en Europe!

A Berlin,  Vienne,  Ptersbourg,  Londres, partout, on arme avec une
fivreuse activit, et la cour des Tuileries acquiert bientt la
conviction qu'il faut se prparer  une lutte suprme.

Mais toutes les ressources de la nation sont puises: la France a donn
jusqu'au dernier de ses enfants, et tous les efforts sont inutiles.
C'est  grand-peine que l'on parvient  runir quelques troupes, mlange
de vieux soldats et d'enfants.

Pourtant, cette volont indomptable surmonte tous les obstacles, elle
cre une arme, la dernire que la nation puisse fournir.

Le 1er juin, Napolon, en costume imprial, entour des dignitaires de
l'empire, se rend au Champ de Mars, o 25,000 gards nationaux se
trouvent runis  25,000 soldats.

Le 11 juin, il quitte Paris pour rejoindre son arme: le 18, tout tait
fini. Waterloo avait vu le dernier effort de la France.


LES NGOCIATIONS.

Napolon, arriv  l'Elyse le 20, se dcida  signer son abdication: le
29, il quittait Paris.

La Chambre nomma aussitt une commission excutive de sept membres
charge du gouvernement; en mme temps, des ngociateurs se rendaient
au-devant des allis. Il n'tait que temps, d'ailleurs, car sans prendre
conseil des autres gnraux, Blcher se dirigeait sur Paris: le 2
juillet, on entendit le canon.

Le lendemain, un armistice fut sign, et le 6 toutes les barrires de la
capitale furent remises aux allis: le roi rentra le 8 dans Paris.

Les difficults qui se prsentaient,  ce moment, taient immenses: il
fallait traiter avec un ennemi qui ne dissimulait pas ses prtentions,
et qui ne se montrait nullement dispos  se contenter, comme en 1811,
de garanties purement morales.

Mais, avant tout, il fallait se dbarrasser des Prussiens:  tait le
plus grand danger,

La difficult, crivait lord Castlereagh, est de faire garder quelque
mesure aux Prussiens et  Blcher.

Et Wellington ajoutait:

Ils ressemblent  des gens qui ayant pris un gteau, veulent  la fois
le garder et le manger.

Le premier soin de Blcher, en entrant  Paris, avait t de frapper une
contribution de guerre de cent millions que l'empereur Alexandre avait
fait rduire  dix; il voulut faire sauter le pont d'Ina, fit mme une
tentative qui ne russit heureusement pas, et ne s'arrta que devant
cette belle parole de Louis XVIII:

Dites au gnral prussien que je vais me rendre sur le pont d'Ina.

Aprs lui, les diplomates et les gnraux allemands ne dissimulaient pas
leur haine et leurs exigences. Ils voulaient que l'on changet tous les
noms de rues qui leur dplaisaient; ils revendiquaient les tableaux, les
statues de nos muses; ils taient les matres, enfin, et ils
prtendaient agir suivant leur fantaisie, sans mme consulter leurs
allis.

Livre  ces mains avides, la France et t perdue sans l'empereur
Alexandre et sans le duc de Wellington.

Ce fut de la part de ces deux hommes une lutte incessante contre les
prtentions chaque jour renouveles non-seulement de la Prusse mais
encore de tous les petits tats allemands, qui ne se montraient pas les
moins pres  la cure.

Une confrence put tre enfin runie, et les plnipotentiaires des
diverses puissances furent invits  examiner les rclamations, 
discuter les mmoires soumis  la confrence.

De la part de la Prusse, c'tait une vritable avalanche; tous les
hommes d'tat, les gnraux, adressaient note sur note; les plus
modestes rclamaient l'Alsace, d'autres voulaient la Lorraine. Le
chancelier de Hardenberg demandait l'Alsace et les forteresses des
Pays-Bas, de la Meuse, de la Moselle et de la Sarre. Le comte de
Munster, ministre du roi de Hanovre, le comte Wentzengerode, ministre de
Wurtemberg, M. de Gagern et vingt autres, rduisaient la France  merci.

--Tenez, mon cher duc, disait l'empereur Alexandre au duc de Richelieu,
voil la France telle que mes allis voulaient la faire, il n'y manque
que ma signature, et je vous promets qu'elle manquera toujours.

La volont de l'empereur Alexandre fut nettement affirme dans une note
de Capo d'Istria: Ce serait dtruire ds son principe la restauration
de cette monarchie, que d'obliger le roi  des concessions qui
donneraient au peuple franais la mesure de la mfiance avec laquelle
les puissances europennes envisagent la stabilit de leur propre
ouvrage.

Cette note produisit une profonde irritation en Allemagne: Les Russes,
disait-on, veulent que l'Allemagne demeure vulnrable.

Pourtant l'Angleterre, la Russie, et en dernier lieu l'Autriche, s'tant
rallies au mme projet, la Prusse dut cder. Le langage des
plnipotentiaires tait tel d'ailleurs, que Gervinus crivit cette
phrase dans son histoire: L'opinion de lord Claucarty tait que ces
discussions ne pourraient tre termines que par une guerre avec la
Prusse.

Tous les obstacles paraissaient donc carts; il en restait cependant
un, le choix mme du ngociateur franais.

Talleyrand n'tait sympathique  personne, et l'empereur de Russie lui
tmoignait une froideur marque. Le diplomate ne se sentant pas soutenu
par le roi offrit sa dmission, dans l'espoir sans doute de la voir
refuse. Elle fut accepte.

Louis XVIII se tourna alors vers le duc de Richelieu, qui s'tait retir
en Russie pendant la guerre et avait t gouverneur d'Odessa. Il ne
pouvait tre fait un meilleur choix, car l'empereur Alexandre avait une
grande estime pour le duc.

--Le roi, disait Talleyrand dpit, a choisi l'homme de France qui
connat le mieux Odessa.

Le 20 novembre, enfin, le trait de Paris fut sign. Aprs y avoir mis
son nom, le duc rentra dans son cabinet et dit  M. de Barante: Je
viens de signer un trait pour lequel je devrais porter ma tte sur
l'chafaud.

Il crivait en mme temps  M. Decaze:

Tout est consomm; j'ai appos hier, plus mort que vif, mon nom  ce
fatal trait. J'avais jur de ne pas le faire, et je l'avais dit au roi.
Ce malheureux prince m'a conjur, en fondant en larmes, de ne pas
l'abandonner, et ds ce moment je n'ai plus hsit.


LE TRAIT DE PARIS.

Les conditions taient singulirement dures, surtout si on les rapproche
de celles que les allis nous avaient imposes en 1814.

Voici en quoi elles consistaient:

Les frontires de la France taient rtablies telles qu'elles taient en
1790. Les districts de la Belgique, de l'Allemagne et de la Savoie,
ajouts en 1814  l'ancien territoire franais, en taient spars.
Landau, Philippeville, Sarrelouis, Marienbourg taient abandonns aux
allis. Huningue tait dmantel. La France renonait  tout droit sur
Monaco. Elle avait  payer une indemnit de guerre de 700 millions et
subissait  ses frais une occupation de 150,000 hommes sur les
frontires du nord et de l'est.

Au trait du 20 novembre taient jointes des conventions militaires et
financires que nous allons successivement examiner.


CONVENTIONS MILITAIRES.

La convention relative  la partie militaire dbutait par le considrant
suivant: L'tat d'inquitude et de fermentation dont aprs tant de
secousses violentes et surtout aprs la dernire catastrophe, la France
doit se ressentir encore, exigeant pour la sret des tats voisins des
mesures de prcaution et de garantie temporaire, il a t jug
indispensable de faire occuper, pendant un certain temps, par un corps
de troupes allies, des positions militaires le long de la frontire de
la France...

C'est l le caractre distinctif de ce trait. En 1871, c'est pour
garantir le payement de l'indemnit de guerre que l'occupation a lieu;
en 1815, c'est uniquement par suite de considrations politiques.

Cette convention ne laissait  la France qu'un dlai de dix jours pour
remettre entre les mains de leurs nouveaux possesseurs les places qui
nous taient enleves.

L'arme d'occupation, forte de 150,000 hommes, tait ainsi compose:
l'Autriche, l'Angleterre, la Russie, la Prusse donnrent chacune 30,000
hommes, la Bavire 10,000, le Danemarck, la Saxe, le Wurtemberg chacun
5,000 hommes.

La ligne militaire que ces troupes devaient occuper s'tendait le long
des frontires qui sparent les dpartements du Pas-de-Calais, du Nord,
des Ardennes, de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, de l'intrieur
de la France. Chaque corps d'arme tranger tait autant que possible
plac de faon  conserver les lignes de communication avec son pays.

Les Prussiens espraient, sans doute, que l'honneur de commander en chef
l'arme d'occupation reviendrait  un de leurs gnraux, Blcher par
exemple; mais, heureusement pour la France, leur attente fut due:
c'est le duc de Wellington qui fut choisi. Son autorit tait d'ailleurs
plutt nominative qu'effective; il n'avait, en effet, le droit
d'intervenir vis--vis des soldats des puissances allies que dans un
intrt stratgique. Pour tout ce qui concernait la discipline,
l'administration, les divers corps d'arme n'avaient  recevoir d'ordres
que de leurs chefs respectifs.

[Illustration: SOUVENIRS DE LA CAPTIVIT.--L'Excution.]

[Illustration: TYPES ET PHYSIONOMIES D'IRLANDE.--Meurtre d'un landlord
par son tenancier.]

Dans le but d'viter tout conflit entre l'arme d'occupation et les
troupes franaises, on dcida l'tablissement d'une zone neutre qui
comprenait la partie du dpartement de la Somme, situe au nord de cette
rivire, les districts de Saint-Quentin, Vervins, Laon, Reims,
Sainte-Menehould, Vitry, Saint-Dizier, Joinville, Toul, Dieuze,
Sarrebourg, Blamont, Saint-Di, Baugres; Remiremont, Lure et
Saint-Hippolyte.

Un article spcial autorisait le gouvernement franais  entretenir,
dans les lignes situes entre les territoires occups, des troupes dont
l'effectif tait dtermin.

La convention arrte et signe, l'ordre d'vacuation fut donn. Certes,
ce n'tait pas encore la libration, puisque pendant cinq annes encore,
la France devait supporter la prsence de l'tranger; c'tait du moins
un adoucissement notable.

Le duc de Wellington fut charg de se concerter avec le gouvernement
franais pour acclrer le plus possible le dpart des innombrables
troupes qui se trouvaient en France; il fut convenu que cette vacuation
serait faite dans un dlai de vingt et un jours,  compter de la
signature du trait de Paris. Ce n'est cependant que vers la fin de
dcembre 1815 que l'vacuation fut enfin termine.

Les troupes allies, officiers et soldats, montraient peu d'empressement
 abandonner cette riche terre de France.


CONVENTIONS FINANCIRES.

Deux conventions financires taient annexes au trait: l'une stipulait
au profit des puissances allies une contribution de guerre de sept
cents millions; l'autre tait relative aux rclamations des sujets des
diverses nations, par suite de rquisitions, d'emprunts, de dommages
provenant du fait des armes franaises.

Sur le premier point, l'indemnit de guerre devait tre paye en cinq
annes au moyen de bons au porteur sur le Trsor, payables de quatre
mois en quatre mois; aucun intrt n'tait exig de la France. Les
payements devaient se monter par anne  270 millions, sur lesquels 140
taient affects  l'indemnit et 130  l'entretien de l'arme
d'occupation. Ce dernier chiffre n'tait qu'approximatif, il fut
malheureusement dpass.

Un article supplmentaire permettait, il est vrai, au gouvernement
franais de s'en tenir au versement annuel de 270 millions, les sommes
restant dues pouvant tre payes aprs la priode de cinq annes.

Il serait facile de rechercher  quel emploi tait destins les 700
millions exigs de la France. Nous trouvons,  cet gard, dans
l'_Observateur autrichien_ de 1815 un protocole sign entre les
ministres des puissances allies et qui porte que: Vu la ncessit
d'assurer la tranquillit des pays limitrophes de la France, le quart
de la contribution de guerre sera rserv pour lever des fortifications
sur la frontire. Dans ce trait, la Belgique est la plus favorise des
puissances: sa part se monte  60 millions, la Prusse n'a droit qu' 20
millions.

La convention spcialement destine  indemniser les sujets des
puissances allies des pertes que la France avait pu leur faire prouver
pendant les guerres de l'Empire, stipulait pour le gouvernement franais
l'obligation d'inscrire immdiatement sur le grand livre une rente de 3
millions 500,000 francs, reprsentant un capital de 70 millions; dans le
cas, o aprs rglement, cette somme serait insuffisante, elle devait
tre augmente de faon  dsintresser tous les cranciers. Cette
hypothse devait malheureusement se raliser.

On conoit sans peine, en effet, combien il tait difficile, quel que
fut l'esprit de justice qui animt les lgislateurs, de s'y reconnatre
au milieu de rclamations anciennes, bases le plus souvent sur des
titres irrguliers. Sans entrer  ce sujet dans des dtails par trop
spciaux, nous dirons que le _Moniteur_ du 26 avril 1818 fait connatre
que la totalit des rclamations s'leva d'abord  1 milliard 600
millions. Des traits particuliers conclus avec chaque puissance,  la
date du 15 juin 1818, rduisirent sensiblement ces rclamations
intresses et les fixrent  une somme approximative de 500 millions.

Dans ce chiffre, il faut comprendre, il est vrai, le remboursement aux
sujets anglais de toutes les valeurs mobilires et immobilires qui leur
avaient t confisques depuis 1793. 11 fut ncessaire en outre de
consentir  la restitution intgrale des rentes appartenant  des
Anglais qui, comme toutes les autres rentes franaises, avaient en 1707
subi la rduction au tiers. Pour cette seule crance, il fallut inscrire
au grand livre,  titre de garantie, une rente de 3 millions 500,000
francs, reprsentant un capital de 70 millions.

L'Angleterre, si conciliante quand il s'agissait de cession territoriale
qui ne pouvait lui profiter, se montra inflexible sur les questions
d'argent.


LES CHARGES DE LA FRANCE.

Il nous est maintenant possible d'tablir quelles taient les charges
financires qui pesaient sur la nation et qu'il allait falloir acquitter
dans un temps relativement court.

Elles se composaient:
1 de l'indemnit de guerre, de                                           700 millions.
2 De l'entretien des troupes trangres, qui se monta        633      
3 Payement aux sujets des puissances allies                     500      
4 L'arrir, qui aprs les Cent jours s'levait                     650      .

Le gouvernement de la Restauration avait donc  pourvoir  un passif de
2 milliards 500 millions.


LIQUIDATION FINANCIRE.

Il tait temps d'aviser et de ramener la confiance, car la rente que
nous avons vue  80 francs le 1er mars 1815, tait tombe le 1er
dcembre de la mme anne  52 francs.

Pour se rendre un compte exact de la situation, il suffit de se reporter
au rapport du ministre des finances, on y trouve ces lignes: Lorsque,
aprs avoir puis toutes les combinaisons, ou pour mieux dire tous les
expdients pour obtenir des ressources, nous tions parvenus  assurer
les payements de la journe, nos voeux taient remplis. Le lendemain
nous apportait les mmes anxits et nous imposait les mmes devoirs.

Pour faire face aux besoins immdiats du Trsor, une ordonnance royale
du 16 aot 1815 imposa aux dpartements, en proportion de leurs
ressources, une contribution force de 100 millions.

C'tait l d'ailleurs plutt un emprunt qu'une contribution, car une loi
du 26 avril 1816 ordonna le remboursement intgral de ces 100 millions.

Les impts existants furent maintenus, et des centimes additionnels
ajouts aux quatre contributions. De nouveaux impts portrent sur les
droits d'enregistrement et de timbre, sur les traitements, les douanes,
etc.

En mme temps qu'on augmentait les recettes, on s'efforait de rduire
les dpenses. C'est le budget de la guerre et de la marine qui fut
surtout atteint: de 251 millions, il fut ramen  228 millions.

Nous avons vu prcdemment, qu'en 1814, le baron Louis avait d lutter
contre les conseils mmes du roi, pour assurer le payement des dettes
contractes sous l'empire. M. Corvetto, son successeur, fut moins
heureux devant les chambres: mais en 1817, M. Louis, alors prsident de
la commission du budget, fit reconnatre ces crances par la loi du 25
mars 1817, et assura l'acquittement rgulier et intgral de l'arrir.


LES EMPRUNTS.

On conoit sans peine qu'il tait impossible avec un budget qui montait
en 1814  637 millions au chapitre des dpenses, et  814 millions en
1815, de faire lace aux exigences de la situation. Il tait donc
indispensable de faire appel au crdit.

Dj, il avait t ncessaire d'inscrire au grand livre des titres de
rentes pour une somme approximative de 36 millions de revenu, afin de
donner aux puissances allies la garantie stipule au trait de paix.

Cette opration ne constitua,  vrai dire, qu'une remise de rentes.

Ce n'est qu'en mai 1810 que le premier emprunt fut mis: il tait de 6
millions de rentes 5 pour 100 au prix moyen de 57 fr. 20 c.

Une loi du 25 mars 1817 autorisait un second emprunt de 30 millions de
rentes. Aprs une longue discussion lgislative, le ministre des
finances, M. Corvetto, fut autoris  traiter avec la maison Hope et
Baring (de Londres et d'Amsterdam), par oprations successives. Ces
ngociations produisirent un capital de 345 millions. L'emprunt
ressortait  8 fr. 00 pour 100 en moyenne, tandis que le premier s'tait
lev  9 francs.

Le 9 mai 1818, un troisime emprunt de 14 millions 800 francs de rentes
fut mis sous une forme nouvelle. Les souscriptions publiques devaient
tre de 5,000 francs de rentes au moins: quant au prix, il n'tait pas
fix, et ne devait l'tre qu'aprs le relev des demandes. Malgr la
forme singulire de cet emprunt, qui fut d'ailleurs vivement critiqu 
l'poque et donna lieu  plusieurs discussions au sein des chambres, le
rsultat surpassa tout ce que l'on attendait: pour 14 millions 600
francs de renies demands aux capitalistes, on eut 163 millions de
soumissions; l'emprunt fut donc couvert onze fois environ.

Le quatrime emprunt fut conclu le 9 octobre 1818 avec la maison Hope et
Baring, au cours de 67 francs; il produisit 105 millions de francs
destins  nous acquitter en partie de la contribution de guerre.

Ce payement effectu, nous ne restions plus dbiteurs vis--vis de
l'tranger que d'une somme de 100 millions. L'article 14 du trait du 20
novembre 1815 autorisant la France  s'acquitter des 100 derniers
millions par la remise d'un litre de rente au cours moyen d'alors, le
gouvernement franais inscrivit au grand livre un nouveau titre de plus
de 6 millions 500,000 francs, au cours de 75 fr. 57. Les puissances
trangres vendirent ce titre  la maison Hope et Baring.

Malheureusement, il survint  ce moment  la Bourse de Paris une crise
tellement violente que de plus de 75 francs, la rente tomba alors  60
francs. La maison Hope et Baring fit alors observer que comme il lui
tait impossible de garder en portefeuille toutes ces rentes, elle
allait surcharger le march et amener une baisse plus considrable. Le
trait fut alors rsili; la rente de 6 millions 615,000 francs fut
rendue  la France, qui acquitta les 100 millions dont elle tait
redevable en bons du Trsor.

La liquidation financire n'tait pas encore termine, et puisque nous
avons numr les charges qui pesaient sur la France aprs les
Cent-Jours, il nous faut suivre jusqu' la fin ces oprations.

La loi de 1817, vote grce  l'intervention du baron Louis, portait que
l'arrir serait pay par des reconnaissances de liquidation que le
Trsor acquitterait par cinquimes,  partir de 1821. A cette poque, le
ministre des finances, M. Roy, offrit aux cranciers de les payer, soit
en numraire, soit en annuits 6 pour 100, soit en annuits 4 pour 100
avec 2 pour 100 de lots et de primes  leur choix. L'arrir  payer
cette anne tant de 60 millions, 50 millions d'annuits 4 pour 100 avec
lois furent rclams.

Ce rsultat, peut-tre inattendu, mritait d'tre signal dans ce rapide
rcit de la liquidation financire de 1815. Il constitue, en effet, un
prcdent instructif, et servit de base  une combinaison propose plus
tard, et que nous retrouverons lorsque nous aurons  raconter les
efforts que la France dut faire une fois encore pour remdier aux
dsastres de la plus terrible des invasions.

En 1821, un cinquime emprunt de 12 millions 514,000 francs de rentes
fut adjug  MM. Hottinger, Hope et Delessert.

Enfin, en 1823, eut lieu le dernier emprunt. Il s'levait  23 millions
114,000 francs de rentes, mais 19 millions 514,000 francs seulement
taient imputables  la liquidation antrieure; il fut adjug  MM.
Rothschild au taux de 89 fr. 55.

La liquidation financire de 1815 tait termine.


RSUM.

Quelque arides que soient ces matires, il nous semble utile d'en faire
ressortir les points principaux: il y a l un prcdent qui nous sera
plus tard utile; et d'ailleurs, au milieu de nos dsastres,
n'prouve-t-on pas une consolation relle  voir cette activit de la
nation, cette vitalit inoue qui rsiste  toutes les charges, et
rpare en si peu de temps des ruines que l'on croyait impossible de
relever?

Six emprunts ont d tre mis pour nous acquitter vis--vis de
l'tranger, le premier est  57 fr. 26, le dernier  89 fr. 55.

Les rentes inscrites au grand livre se divisent en deux parties:

1 Rentes mises par voie d'emprunt, soit 91 millions 830,000 francs de
rentes reprsentant un capital de 1 milliard 334 millions.

2 Rentes remises aux puissances trangres, soit 36 millions 658,000
francs de rentes reprsentant un capital de 733 millions.

A ces chiffres il convient d'ajouter les 100 millions de contribution
force, les aggravations d'impts, etc.; on arrive ainsi  un total
exact et dfinitif de 2 MILLIARDS 90 MILLIONS.

C'est ce que nous cotait l'invasion de 1815.

Le 1er dcembre 1815, le cours de la rente 5 pour 100 tait tomb  52
fr. 30. En 1818, il tait  75 fr. 57, il dpassait 100 francs en 1824.

Pour complter ce trop rapide rcit, ajoutons que l'amortissement fond
en 1816 avait dj, en 1825, rachet plus de 37 millions de rentes, pour
un capital de plus de 700 millions.


RORGANISATION MILITAIRE.

Il nous faut maintenant revenir en arrire, et pour donner une ide plus
exacte et plus complte de l'oeuvre entreprise, dire quelques mots de la
rorganisation des forces militaires de la France, due principalement au
marchal Gouvion Saint-Cyr.

Au moment de la signature de l'armistice, l'arme franaise tait au
del de la Loire: Par ses sentiments, par ses traditions, dit le
marchal Davout dans ses Mmoires, elle tait l'arme du pays, et
pourtant elle ne savait  qui obir, au service de quelle cause mettre
son dvouement.

Faut-il croire, comme l'indique M. Gay de Vernon dans sa biographie du
marchal Gouvion Saint-Cyr, que le ministre de la guerre ait un instant
song  conserver cette arme,  la fondre au besoin avec les Vendens,
afin de donner  la France une force suffisante pour obtenir de
l'tranger des conditions moins lourdes?

Quoi qu'il en soit de cette hypothse, les puissances allies
signifirent au roi que si l'arme n'tait pas immdiatement licencie,
on allait donner l'ordre  300,000 hommes de passer la Loire et de
reprendre les hostilits.

Force fut donc au marchal de promulguer une ordonnance de licenciement
qui avait t rendue  Lille le 23 mars.

Mais en mme temps qu'il licenciait l'arme, le marchal ouvion
Saint-Cyr concevait l'ide patriotique de reconstituer une nouvelle
force militaire, et d'assurer  la France des institutions capables de
lui rendre le rang qu'elle avait momentanment perdu.

N'est-ce pas vraiment un fait digne de remarque que cette audacieuse
tentative de reconstitution de nos forces nationales, avant mme que le
trait de paix ne fut sign?

La _Gazette officielle_ du 11 aot 1815 contient une ordonnance qui
dbute par cette phrase:

... Considrant que la nouvelle organisation doit se faire sur des
bases qui assurent  la France son indpendance au dehors et la
tranquillit au dedans...

L'arme tait dispose en 80 lgions d'infanterie, 12 d'artillerie, 47
rgiments de cavalerie, en y comprenant les carabiniers royaux.

Chaque lgion, divise en bataillons, tait forte de 1,687 hommes, dont
103 officiers.

Ce qu'il y a surtout  remarquer dans ce projet si promptement appliqu,
c'est l'organisation rgionale de notre force arme, tentative hardie 
une poque o l'esprit de parti, l'animosit politique pouvaient faire
craindre des dangers srieux.

En outre, l'ordonnance portait qu' chaque lgion on pourrait ajouter
une compagnie de cavalerie et une d'artillerie, ce qui, d'ailleurs, ne
ft jamais excut. N'y avait-il pas l, sinon une tendance  faire de
chacune de ces lgions une unit pouvant se suffire  elle-mme, du
moins  les considrer comme des cadres propres,  un moment donn, 
recevoir un nombre d'hommes plus considrable, de faon  augmenter
singulirement en puissance? Le nombre exagr des officiers (103 pour
1584 hommes) tend  justifier cette supposition qu'il n'est pas inutile
de rapprocher de l'ide de rsistance prte au marchal Gouvion
Saint-Cyr par son biographe.

L'article 12 de la charte de 1814 ayant aboli la conscription, on
composa les lgions des soldats qui avaient t renvoys dans leurs
foyers sans tre cependant librs. L'engagement volontaire devait
combler les vides.

En outre, 3 rgiments du gnie furent crs.

Enfin, sous l'influence du marchal Marmont, on organisa une garde
royale compose de 2 divisions d'infanterie et de 2 divisions de
cavalerie, plus l rgiment d'artillerie  cheval et 1  pied, soit
environ 26,000 hommes.

Le total gnral de nos forces tait de 220,000 hommes:  ce nombre, il
convient d'ajouter 17 lgions de gendarmerie.

Cette rorganisation militaire fut acheve en six semaines.

Ce n'tait l d'ailleurs qu'une rorganisation provisoire qui ne devait
durer que jusqu'en 1818; elle avait l'avantage de permettre une
exprience srieuse et prparait cette loi militaire si connue et qui
porte si justement le nom de son auteur, le marchal Gouvion Saint-Cyr.


L'OCCUPATION.

Nous avons dit que le trait du 20 novembre 1815 stipulait l'occupation
de certaines provinces de la France par une arme compose de troupes
allies. Le commandement en chef tait remis au duc de Wellington. Les
Anglais, les Hollandais, les Belges, les Hanovriens et les Brunswickois,
sous les ordres directs de Wellington, taient cantonns en Flandre,
Artois, Picardie, Ile de France. Les Prussiens en Normandie, Maine,
Anjou, Bretagne; les Autrichiens, les Bavarois, les Wurtembergeois, les
Hessois, principalement en Bourgogne; les Russes en Lorraine et en
Champagne, les Badois en Alsace.

L'occupation tait lourde  supporter, car les allis frappaient le pays
de contributions chaque jour renouveles, s'emparaient des caisses
publiques, chassaient les prfets, refusaient de leur obir, chargeaient
 coups de sabre les populations et mettaient le feu aux maisons.

En Lorraine, la brutalit naturelle des Russes tait svrement rprime
par leur chef. Alexandre avait l'me trop haute pour autoriser de basses
reprsailles.

La conduite des Autrichiens, dans leur cantonnement de Bourgogne, tait
relativement modre.

Les plus acharns contre nous, ceux qui respectaient le moins les
proprits et les personnes, et que la lgende devait  jamais fltrir
dans nos campagnes, c'taient les Prussiens. Leur chef, le feld-marchal
Blcher leur avait donn l'exemple des violences, en leur montrant que
la France tait corvable  merci.

Quant aux troupes anglaises, elles taient maintenues par Wellington
dans la plus stricte discipline. Le gnral ordonnait  ses soldats et 
ses officiels d'observer fidlement les lois franaises.

Grce  cette autorit, ds le commencement de 1810 un ordre relatif
commena  rgner. L'administration civile, celle de la justice, et la
perception des contributions, ainsi que les douanes restaient entre les
mains des agents franais. La gendarmerie, reconnue ncessaire au
maintien de l'ordre et de la tranquillit, put reprendre ses fonctions
dans les pays occups.

Les violences des premiers temps ne se produisirent plus qu' l'tat de
faits isols; s'il n'tait le plus souvent pas possible d'en obtenir
satisfaction, du moins elles n'taient plus encourages par les chefs.


L'VACUATION.

Le trait du 20 novembre, en stipulant que l'occupation du territoire
franais par une arme allie de cent cinquante mille hommes durerait
cinq annes, avait reconnu la possibilit de rduire, soit le temps
d'occupation, soit le nombre des troupes trangres.

D'aprs l'esprit mme du trait de Paris, ce n'tait pas accessoirement,
et pour garantir le payement de l'indemnit de guerre, que le territoire
franais devait tre occup. Le but principal des allis tait de
maintenir en France la tranquillit publique; et l'on conoit sans peine
quelle tait l'exacte signification de ces mots. On se souvenait des
vnements accomplis en 1814, dit dbarquement de l'empereur et de la
facilit avec laquelle il avait pu marcher jusqu'aux Tuileries; on
voulait prendre des garanties suffisantes pour rendre impossible le
retour de semblable bouleversement.

Ds l'anne 1816, le gouvernement franais s'effora d'obtenir des
concessions et de faire diminuer l'arme d'occupation. La rcolte avait
t exceptionnellement mauvaise, et par suite le trsor public se
trouvait hors d'tat de faire face aux engagements pris par le trait.

Les allis consentirent facilement  une suspension momentane des
paiements, mais ils se refusrent absolument  restreindre l'arme
d'occupation. Seules, la Russie et l'Autriche appuyrent la demande du
duc de Richelieu; l'Angleterre s'y opposa formellement, et le duc de
Wellington, jusque-l si bienveillant, dclara que la tranquillit ne
lui semblait pas suffisamment garantie pour qu'il fut possible d'accder
 la demande de la France.

Ce premier chec ne dcouragea pas le ministre franais. Ds le
commencement de 1817, les ngociations furent reprises, et l'Angleterre,
une fois encore, se montra peu dispose  accueillir la proposition qui
lui tait faite. Fort heureusement, la Russie ne se laissa pas arrter
par le peu d'empressement de l'ambassadeur anglais, sir Charles Stuart;
il fut dcid que dans le cas o l'emprunt que le gouvernement franais
cherchait  contracter en ce moment viendrait  russir, l'arme
d'occupation serait rduite. L'accord ayant t conclu le 18 fvrier
entre le ministre des finances et la maison Hope et Baring, comme nous
l'avons expos dans un chapitre prcdent, il fut rsolu que trente
mille hommes quitteraient la France le 1er avril.

Cette nouvelle, porte  la Chambre des dputs par le duc de Richelieu,
excita un vif enthousiasme.


LA LIBRATION.

Le moment tait enfin arriv o l'occupation trangre allait cesser. Le
succs des emprunts prcdents, la fidlit de la France  tenir ses
engagements, enfin la tranquillit dont jouissait le pays, ne
permettaient pas aux souverains trangers de refuser d'appliquer la
clause contenue dans le trait de Paris, et d'aprs laquelle
l'vacuation du territoire franais pouvait tre accorde au bout de
trois ans. La Russie avait tout d'abord accueilli cette proposition, 
laquelle l'Angleterre ne tarda pas  se rallier. Les cabinets de Vienne
et de Berlin, moins bienveillants pour la France, proposrent de
maintenir encore l'arme d'occupation, ou tout au moins de laisser en
Allemagne pendant quelque temps, concentres  peu de distance de la
frontire, les troupes que l'on voulait retirer, mais cette solution ne
put prvaloir.

Quoique tout ft ainsi arrang en principe, il restait cependant 
rgler les conditions et la forme de l'vacuation dfinitive. Il
fallait, en outre, traiter une question plus difficile, celle de la
position qui serait faite  la France au milieu des puissances allies.

On convint donc de runir les plnipotentiaires des divers tats, pour
arriver  une solution. Une circulaire en date du 25 mai annona que la
runion serait convoque  Aix-la-Chapelle.

Le 30 septembre eut lieu la premire sance du congrs, le duc de
Richelieu y assistait au nom de la France. Ds le 2 octobre, le principe
de l'vacuation fut reconnu dans un protocole.

Tout n'tait pas cependant encore entirement termin. Avant de retirer
leurs troupes du territoire franais, les souverains allis voulaient
que l'on rglt dfinitivement les crances que les sujets trangers
avaient, d'aprs le trait, le droit de faire valoir contre la France.

Cette ngociation ne retint d'ailleurs pas longtemps le congrs, car ds
le 8 octobre une convention particulire tait signe par le duc de
Richelieu avec chacun des tats. Nous avons vu prcdemment que le
chiffre total des rclamations acceptes et reconnues se montait 
environ 500 millions.

Le 18 du mme mois eut lieu la ratification des conventions prcdentes,
et ds le mme jour, sans attendre l'issue des ngociations qui se
poursuivaient pour aboutir  un trait d'alliance entre la France et les
grandes puissances europennes, le duc de Wellington donna tous les
ordres pour le dpart des troupes.


LA SECONDE LIBRATION


L'INVASION.

Le 19 juillet 1870 la guerre est dclare; nos rgiments sont, en toute
hte, envoys  la frontire; malgr l'infriorit du nombre on espre
pouvoir prendre l'offensive.

Mais le temps s'coule, et nous ne parvenons pas  organiser nos forces.
Vivres, munitions, soldats, tout manque  la fois.

En Allemagne, au contraire, tout est prvu, prpar de longue date.

Nous sommes crass  Wissembourg,  Worth,  Forbach.

L'invasion est commence.

Pour la premire fois, depuis plus de cinquante ans, la victoire nous
abandonne.

Du moins, la lutte sera acharne et ce n'est que pas  pas que l'ennemi
pourra avancer.

Un instant surprises, nos troupes se reforment: deux armes sont sur
pied.

L'une,  Metz, triomphe  Borny et  Rezonville, mais voit le cercle
allemand se reformer autour d'elle aprs Gravelotte.

L'autre, aprs une rsistance dsespre, est force de dposer les
armes  Sedan.

La France n'a plus d'armes; ses gnraux sont prisonniers.

Les armes, les soldats, l'argent, tout manque  la fois.

N'importe: pendant quinze ans la France a lutt contre toute l'Europe;
elle ne peut succomber ainsi.

Paris ferme ses portes et arme ses remparts, la province tout entire se
soulve.

En quelques mois, en quelques jours, de nouvelles troupes sont leves.
Ce ne sont plus, hlas! les soldats de Rezonville et de Wissembourg.
Mais le Franais se forme vite au feu.

Il faudra cinq mois encore aux Prussiens pour triompher de cette
rsistance. Ces bataillons de conscrits, mal arms,  peine quips,
leur tiendront tte, et plus d'une fois l'Allemand tonn sera oblig de
s'arrter dans cette course  travers la France.

N'importe, il faut se rendre.

Paris ne peut plus continuer la lutte: nos armes, successivement
crases par l'ennemi, ont recul  l'extrmit de la France.

Le 28 janvier 1871, les forts de la capitale cessent de tirer: la guerre
a dur six mois.

(_La fin prochainement._)



NUKA-HIVA

[Illustration: La valle des Taons.]

[Illustration: Profil Nuka-Huvien.]

[Illustration: L'arbre de la reine.]

[Illustration: Main de la reine Vakhu.]

[Illustration: La valle des Taons.]

[Illustration: MUSICIENS CHINOIS.]

[Illustration: JOUEURS DE DAMES]



LA CAGE D'OR

NOUVELLE

(Fin)

Aprs avoir donn au rideau un coup d'oeil qui indiquait qu'il n'tait
pas sans avoir entendu quelque chose de la conversation des deux poux,
il s'avana d'un pas leste et dgag vers Alexandra, de plus en plus
dcontenance, lui prit la main et la conduisit  un fauteuil, 
l'extrmit du salon et  une assez grande distance de l'embrasure de la
fentre dans laquelle Nicolas tait rfugi.

Celui-ci n'en pouvait croire ses yeux; quoi qu'il en ft, il lui
semblait dsormais impossible qu'un entretien, qui dbutait si galamment
et une issue fatale; il commena  se rassrner; il respira
longuement, largement, presque bruyamment, et, une soif ardente tant
pour le moment la consquence des motions qu'il venait de traverser, il
acheva de se remettre en croquant quelques fraises qu'il puisait dans
son panier.

--Madame, dit le jeune comte  Alexandra, devant laquelle il tait rest
debout, et avec l'accent d'un profond respect, j'ai bien des pardons 
obtenir de votre indulgence. Ma premire requte, la plus importante,
aura pour objet le subterfuge que j'ai t rduit  employer...

--Quoi, monsieur? s'cria Alexandra, dont une recrudescence
d'indignation empourpra les joues, cette lettre odieuse, c'est vous qui
l'avez crite.

--Pardonnez-moi l'offense, madame; si respectueusement, si humblement
que j'eusse sollicit l'honneur de vous recevoir dans ma demeure, vous
ne me l'eussiez jamais accord.

--Mais ce nom de Laptioukine dont le billet tait sign.

--Ce nom est le mien, madame, comme il tait celui de mon oncle qui, je
le reconnais, a eu de grands torts envers vous et votre mari; mais,
ajouta-t-il en souriant et en baissant de plus en plus la voix, qu'un
accs de goutte a heureusement soustrait au lgitime chtiment que vous
lui rserviez.

Alexandra se mordit les lvres avec dpit. Son agitation tait extrme;
elle avait plus d'une cause.

Quant  Nicolas, il avait fait un trou dans le rideau avec la pointe de
son poignard, et ce trou lui permettait de suivre tous les mouvements
des acteurs de cette scne; mais leurs paroles, arrtes par l'paisseur
de la soyeuse draperie, ne parvenaient qu'assez confusment  ses
oreilles. Jugeant au calme relatif qui avait succd  l'exaltation de
sa femme que celle-ci avait renonc  ses rsolutions meurtrires, il ne
s'inquitait que mdiocrement de la conversation.

--Madame, avait repris le jeune homme, cette entrevue que vous m'eussiez
refuse, j'avais bien des raisons de la dsirer. Instruit de votre
jalouse susceptibilit, en tout ce qui touche  votre honneur, et aussi
de la haine particulire que vous portiez  ce nom de Laptioukine, je me
suis servi de ces deux sentiments pour vous attirer ici, o, lorsque je
vous aurai renouvel mes humbles et bien sincres excuses, vous voudrez
bien me permettre de me fliciter d'avoir si bien russi.

--Quelque soient les motifs qui m'ont amene dans cette maison, rpliqua
Alexandra avec sa fiert ordinaire, j'espre encore, monsieur, que vous
ne me ferez pas regretter d'y tre venue.

--II vous suffirait, madame, de daigner vous souvenir pour que ce doute
injurieux disparaisse de votre esprit, dit le gentilhomme avec un lger
accent de reproche.

Alexandra avait tressailli  cette invocation au pass; son inquitude
n'avait point chapp  son interlocuteur, qui ajouta avec vivacit et
aprs avoir jet sur le rideau un nouveau coup d'oeil.

--Oh! rassurez-vous madame, moi-mme je ne me souviens plus que de ce
qui ne saurait vous offenser, de la grandeur d'me avec laquelle vous
tes venue en aide  un proscrit, de la gnrosit que vous avez montre
en essayant de l'arracher  son sort. L'air de la Sibrie, d'o
j'arrive, est souverain contre les folies de toutes les espces; il ne
gurit pas seulement de la fivre de la politique, mais de cette maladie
de la jeunesse qu'on appelle l'amour et dont le plus frquent rsultat
est l'abandon de la pauvre femme qui en a t le prtexte.--Ce langage
vous tonne, madame, poursuivit le comte avec gaiet, on vous aura dit
qu'il n'tait point dans mes habitudes.--Oh! n'essayez pas de le nier,
ce n'est mme pas de la mdisance!

--Je pensais jadis tout autrement, mais l'cole de philosophie que Sa
Majest le tsar entretient  Tobolsk est fconde en prodiges; si mes
adorations d'autrefois en sortent intactes, elles en sortent aussi
tempres, pures, transformes par le respect, l'estime, la
reconnaissance que m'inspirent celle qui en reste l'objet; cette
mtamorphose me laisse avec deux ambitions, celle de suivre la personne
dont je parle dans ce sentier du devoir o je l'ai vue, non sans
admiration, marcher d'un pas si sr et si ferme, celle de racheter les
torts qu'elle m'a reprochs et d'acquitter la dette sacre que j'ai
contracte envers elle en assurant son bonheur.

Ce petit discours avait profondment troubl la jeune Moscovite, elle
tait sous le coup d'une vive motion. Chez une femme ordinaire un dpit
vulgaire eut peut-tre ressuscit le secret penchant contre lequel elle
avait si longtemps lutt et qui deux jours auparavant lui avait inflig
de si cruelles preuves; mais avec l'amour du bien et la force d'me qui
taient les traits distinctifs de son caractre elle ne pouvait pas
rester au-dessous de la sagesse, de la noblesse de sentiments dont ce
jeune homme lui avait donn l'exemple.

--Le bonheur de celle-l, monsieur, lui rpondit-elle avec dignit,
repose tout entier sur cette passion du devoir dont vous parliez tout 
l'heure et que vous avez bien voulu lui reconnatre; il est galement
dans les mains de l'honnte homme auquel elle est autant attache par la
tendresse que par ses serments; tout en vous sachant un grand gr de
l'intrt que vous prenez  ce bonheur, peut-tre vous exagrez-vous un
peu l'influence que vous pouvez exercer sur lui.

--Je suis presque certain que ce ne sera pas votre avis tout  l'heure,
madame; je rends aux qualits de votre mari la justice qui leur est due,
il est clair qu'il doit tre parfait, puisque vous l'aimez; cependant il
faut bien qu'il leur manque quelque chose, car si je suis bien
renseign, et je dois l'tre, votre mnage ne serait pas... un mnage
comme tous les autres.

Le visage d'AIexandra s'tait color de tous les tons de l'incarnat.

--Monsieur! par piti, murmura-t-elle.

--Ne vous irritez pas de cette allusion, madame, j'ai assez risqu pour
mettre fin  cette honteuse servitude pour que vous ne pensiez pas que
l'nergique rpulsion que vous aurez tmoigne pour elle m'inspire un
autre sentiment que celui d'une admiration pleine de dfrence. Si j'ai
accus la situation qu'elle vous a impose, c'est afin qu'il ft tabli
que j'aurai fait de mon mieux pour acquitter la dette dont je vous
parlais tout  l'heure. Je me serais libr plus tt, madame, mais il
n'y a que peu d'instants que j'ai t mis au courant de certaines
dispositions du feu comte Laptioukine, qu'il m'tait indispensable de
connatre.

--Et ces dispositions, monsieur? dt Alexandra en proie  une
douloureuse inquitude.

--Ces dispositions, je ne vous dissimulerai pas qu'elles sont de nature
 contrarier votre voeu bien lgitime de possder un mari au complet. Je
ne sais pas comment on a pu s'y prendre pour amener mon pauvre oncle,
qui tait le plus dbonnaire de tous les hommes,  cette exaspration
d'outre-tombe, mais elle se traduit par une clause de ses dernires
volonts qui spcifie que je perdrais tous mes droits  l'hritage dans
le cas o, cdant aux offres magnifiques d'un serf  obrosk nomm
Nicolas Makovlof, je me dcidais  lui rendre sa libert.

--Grand Dieu!

--Tranquillisez-vous, madame, je suis trop Russe pour ne pas avoir
dcouvert une subtilit qui me permettra de tourner la difficult par
laquelle je ne veux pas tre arrt. Ce qui m'est dfendu pour un de mes
serfs en particulier ne l'a pas t pour leur ensemble. C'est
trs-clair; si ce n'est pas trs-clair, c'est du moins une
interprtation sujette  litige. Ou je ne connais pas la justice de mon
pays, ou un pareil procs durera une douzaine d'annes; trois fois plus
qu'il n'en faut pour que le reste de la succession soit mang. Cette
dernire considration a suffi pour me dcider en sa faveur, et j'ai
fait deux mille trois cent soixante-dix-sept heureux d'un seul coup;
j'ai affranchi tout le domaine; mais ce n'est pas tout, le mot vendre la
libert est dment crit dans le papier susdit; je ne la vends pas, je
la donne  Nicolas Makovlof, et j'ai deux fois raison, vous le voyez,
madame, contre ceux qui s'aviseront de me contredire.

--Par saint Isaac, quoique vous ne m'ayez pas trs-bien reu, j'avais vu
tout de suite que vous tiez un bon et brave jeune homme!

Cette exclamation venait du marchand qui, tant sorti en tapinois de son
asile, avait entendu ces derniers mots; en mme temps il s'tait jet au
col du gentilhomme, et il lui exprimait sa reconnaissance par une
treinte des plus nergiques.

--Peste! dit celui-ci en se dgageant, le poignard tait de trop; tes
mains suffisaient pour avoir raison de moi, Nicolas.

Puis se retournant vers Alexandra:

--Il me reste, madame, ajouta-t-il,  vous supplier de vouloir bien
faire honneur  l'invitation dont la formule vous a paru si insolite.
J'y tiens d'autant plus que je n'ai plus que quelques heures  passer 
Moskow. Il est vrai que je suis guri, ajouta-t-il avec un reste de
mlancolie et en se penchant vers la jeune femme; mais c'est gal! j'ai
besoin de soigner la convalescence.

La belle Moscovite soupira, mais elle ne rpondit pas, ce qui semblait
indiquer qu'elle partageait l'avis du jeune homme.

--Nous acceptons! s'cria Nicolas qui, ayant ouvert une porte et jetant
un coup d'oeil dans la salle  manger, n'avait entendu que la premire
phrase; tiens, mais je ne vois que deux couverts.

--C'est, comme moi, dit le comte en faisant un effort pour dissiper le
nuage qui venait d'assombrir sa physionomie; je t'ai fait libre, mais je
n'ai pas encore aperu les fraises qui devaient tre le prix de notre
march.

Nicolas Makovlof tourna et retourna le panier qu'il tenait toujours sous
son bras et qui paraissait singulirement allg.

--C'est trop juste, s'cria-t-il; mais c'est qu'il n'en reste presque
plus de fraises! C'est un peu votre faute, monsieur le comte; je
m'ennuyais horriblement sous ce rideau d'o je n'entendais pas un mot de
ce que vous disiez, et je n'avais qu'elles pour me distraire.

--Allons! repartit philosophiquement le jeune homme en offrant son bras
 Alexandra, tout est pour le mieux, et la volont de mon oncle n'en
aura t que plus strictement excute.

--Dsormais, ajouta le marchand en les suivant dans la salle  manger,
la cage d'or n'aura plus rien  envier  la branche verte.

G. de Cherville.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Les Intermdes_, par M. Edmond Cottinet (1 vol., librairie des
Bibliophiles).--C'est un volume de vers, un joli volume, non-seulement
par le papier, la typographie, les fleurons artistiques de Claudius
Popelin,--un matre,--mais par le ton des vers, l'inspiration, le charme
qui se dgage des uns et l'amertume qui coule des autres. M. Edmond
Cottinet est un auteur dramatique que nous ne souponnions pas d'tre un
pote. Il avait rim, pour lui-mme ou pour des amis, deux cents pages
de vers qu'il prsente aujourd'hui au public. C'est ce qu'il appelle
_Les Intermdes_ de sa vie. Le titre est fort agrablement expliqu,
on le voit, et M. Cottinet avait le droit d'tre moins modeste.

La premire partie de ces _Intermdes_ a pour titre _Jeunesse
lointaine_. Ce sont des vers de la vingtime anne, trs-sincres et
trs-mus, ne se piquant point d'tre rims selon les rgles svres
d'aujourd'hui, mais sentis, mais touchants, et d'un accent trs-juste.
Les souvenirs d'amiti et d'amour ont ici un ton de vrit qui plat et
sduit. Le nom de M. Jules Barbier revient souvent dans les vers de M.
Cottinet, qui cite lui-mme des pices excellentes de l'auteur des
_Chants d'un franc-tireur._

Ce dernier titre m'amne  dire que ce qui m'a surtout sembl bon dans
les _Intermdes_ de M. Cottinet, ce sont (outre des sonnets
remarquables) deux pices, des odes et pomes, qu'il appelle _Au bois._
Cela est poignant. Tous nos souvenirs, toutes nos esprances, tous nos
rves du sige de Paris nous sont revenus en lisant cela. Il y a l des
trouvailles de sentiment, comme ce retour de la pense de l'auteur vers
sa femme et son enfant renvoys en province:

        O mes pauvres amis! vos _bouches inutiles_
        Rien que de leurs baisers auraient pu me nourrir!

Et quelle mlancolie dans ce tableau du _Bois_, qui a cess d'tre
militaire, et qui est redevenu mondain:

        On ne sent presque plus, au vent des casemates,
        L'odeur des vilains morts que l'on dut y murer.
        La cocotte qui chasse aux riches diplomates
        Met dans l'air le parfum qu'il faut pour l'purer.

Il y a donc encore des coeurs qui sentent, des honntets, qui
s'meuvent, des patriotes qui se souviennent? Voil ce que j'ai constat
avec plaisir en lisant ce volume de M. Cottinet, si joli qu'il pourrait
se passer d'tre bon.

Jean de Thommeray, par Jules Sandeau (1 vol., Michel Lvy).--Voici un
volume qui fait et fera grand bruit. M. mile Augier, sduit par le
dnouement de Jean de Thommeray et par le spectacle nouveau qu'il peut
offrir au thtre, a tir de la nouvelle de M. Jules Sandeau cinq actes
qui ont t lus et seront reprsents bientt  la Comdie-Franaise.
Sans doute M. Augier ajoutera bien des dtails nouveaux  l'oeuvre de M.
Sandeau, son collaborateur pour le _Gendre de M. Poirier_, car _Jean de
Thommeray_ ne saurait, tel qu'il est, fournir une longue comdie. J'ai
dit que c'tait une nouvelle et j'ajoute que c'est une des meilleures
nouvelles qu'ait crites la plume dlicate et tendre de M. Jules
Sandeau.

Le sujet est bien simple. Un jeune gentilhomme breton, naf et sincre,
arrive  Paris, avec toutes ses croyances, sa foi robuste, son
ingnuit. Il se trouve entran dans un milieu qui n'est pas le sien,
frquentant des femmes du monde qui sont bizarres, des demi-journalistes
et mme une demoiselle  la mode que l'auteur a eu tort d'appeler
_Fiammetta_, ce qui donne une date  son rcit et le vieillit. Jean de
Thommeray ne tarde pas  se corrompre, ou du moins  douter de tout et
de lui-mme, dans cette atmosphre malsaine. Il a des duels et des
aventures; il joue, il se ruine et pendant ce temps son pre et ses deux
frres mnent, sans se plaindre, une vie laborieuse dans leur manoir
breton. Gentilshommes campagnards, ils ont pour loi le travail et le
pre n'entend plus revoir ce Jean de Thommeray qui n'a pour existence
que le hasard.

La guerre arrive. Jean de Thommeray est dcid  fuir Paris, dont il a
le dgot. Un jour, un bataillon de mobiles bretons arrive et se masse
dans la cour du Louvre. Le commandant, entour de ses deux fils, fait
l'appel. C'est M. de Thommeray le pre. Lorsqu'il a fini, un jeune homme
s'avance: Qui tes-vous?--Un homme qui a mal vcu!--Que
voulez-vous?--Bien mourir! Et le commandant appelle: Jean de
Thommeray!--Une voix mle rpond: prsent!

Tel est ce rcit sobre, mouvant, magistral. Il est suivi d'une jolie
nouvelle, _Le colonel Evrard_. C'est un livre  lire.

Jules Claretie.



[Illustration: L'VACUATION EN 1818, D'APRS MARLET.]



RBUS

[Illustration.]

EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Dans divers cas, rflchis avant de prendre un parti dcisif.






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1873, by Various

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