The Project Gutenberg EBook of De la dmonialit des animaux incubes et
succubes, by Louis Marie Sinistrari d'Ameno

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Title: De la dmonialit des animaux incubes et succubes

Author: Louis Marie Sinistrari d'Ameno

Translator: Isidore Liseux

Release Date: September 10, 2013 [EBook #43686]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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DE LA
DMONIALIT

[Marque d'imprimeur]


DE LA
Dmonialit
_ET DES ANIMAUX_
INCUBES ET SUCCUBES


_o l'on prouve qu'il existe sur terre des cratures
raisonnables autres que l'homme, ayant comme lui
un corps et une me, naissant et mourant comme
lui, rachetes par N. S. Jsus-Christ et capables
de salut ou de damnation,_

Par le R. P.
Louis Marie SINISTRARI d'Ameno
de l'Ordre des Mineurs Rforms de l'troite Observance
de Saint-Franois (XVIIe sicle)

_Publi d'aprs le Manuscrit original dcouvert
 Londres en 1872 et traduit du Latin par_
ISIDORE LISEUX
SECONDE DITION

PARIS
_Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe_
_1876_




_La premire dition de cet ouvrage, publie il y a quelques mois 
peine, est aujourd'hui puise._

_En le rimprimant, l'diteur est heureux de pouvoir remercier les
lecteurs d'lite qui ont si favorablement accueilli, ds son apparition,
le chef-d'oeuvre du Pre Sinistrari. Comme il fallait s'y attendre,
une bonne part de ces remercments revient au Clerg catholique: avec
leur perspicacit habituelle, les Ecclsiastiques rguliers et sculiers
ont compris ce qu'un tel livre ajoutait d'clat  l'enseignement de
l'glise Romaine; leur concours seul devait suffire pour en assurer le
succs._

_Mais ce qui a le plus touch l'diteur, il l'avoue ingnument, c'est le
tmoignage tout spontan de satisfaction qui lui a t adress par l'un
des suprieurs de l'Ordre mme auquel appartenait son auteur, par le R.
P. Provincial des Capucins pour la province de P..... On trouvera  la
fin du volume la lettre du Rvrend Pre A.....: elle est de nature 
clairer les personnes dfiantes qui, ne voulant croire  la sincrit
de cette publication, avaient os formuler leurs soupons par le vilain
mot de factie bibliographique. Ces hommes de peu de foi sont
excusables peut-tre de ne pas pousser le Christianisme jusqu' dire
avec Saint Augustin, _Credo quia absurdum_: ils devraient au moins ne
pas se montrer plus incrdules que la sagesse payenne, et observer avec
Horace qu'il ne faut s'tonner de rien, _nil admirari_._

Mai 1876.


AVANT-PROPOS

DE LA PREMIRE DITION (_Paris, 1875_)




J'tais  Londres en l'anne 1872, et j'y bouquinais,

  Car que faire _l-bas_,  moins qu'on ne _bouquine_?

Les vieux livres me faisaient vivre dans les ges passs, heureux
d'chapper au prsent, d'changer les petites passions du jour contre la
tranquille intimit des Alde, des Dolet ou des Estienne.

Un de mes libraires favoris tait M. Allen, respectable vieillard,
tabli dans l'_Euston Road_, presque  la porte de _Regent's Park_. Non
que sa boutique ft particulirement riche en bouquins poudreux: au
contraire, elle tait fort petite, et cependant jamais remplie. A peine
quatre ou cinq cents volumes  la fois, bien poussets, bien luisants,
rangs avec symtrie sur des rayons  porte de la main; ceux du haut
restaient vides. A droite, la Thologie;  gauche, les Classiques Grecs
et Latins, en majorit, avec quelques livres Franais et Italiens; car
telles taient les spcialits de M. Allen: on et dit qu'il ignorait
absolument Shakespeare et Byron, et que la littrature de sa nation
n'allait pas pour lui au del des sermons de Blair ou de Macculloch.

Ce qui, au premier coup d'oeil, frappait dans ces livres, c'tait la
modicit de leur prix, compare  leur excellent tat de conservation.
videmment ils n'avaient pas t achets au tas, au mtre cube, comme
les rebuts des ventes publiques, et pourtant les plus beaux, les plus
anciens, les plus vnrables par leur format, in-folio ou in-quarto,
n'taient pas cots plus de 2  3 shillings; les in-octavo se vendaient
1 shilling, les in-douze six pence: chacun suivant sa taille. Ainsi le
dcidait M. Allen, homme mthodique s'il en fut, et bien il s'en
trouvait, car sa clientle de _clergymen_, de _scholars_ et de
_collectors_ lui restant fidle, son _stock_ se renouvelait avec une
rapidit que des spculateurs plus prtentieux eussent peut-tre envie.

Mais comment se procurait-il ces volumes bien relis et bien conservs,
qui, partout ailleurs, eussent t cots cinq ou six fois plus cher?
Ici, encore, M. Allen avait sa mthode, sre et rgulire. Personne ne
suivait plus assidment que lui les ventes publiques qui se font chaque
jour  Londres: sa place tait marque au bas du pupitre de
l'_auctioneer_. Les livres les plus rares, les plus prcieux, passaient
devant lui, disputs  des prix souvent fabuleux par les Quaritch, les
Sotheran, les Pickering, les Toovey, et autres bibliopoles de la
capitale Britannique; M. Allen souriait de ces folies: une fois
l'enchre mise par tout autre, il n'et pas ajout un _penny_, se ft-il
agi d'un _Gutenberg_ inconnu ou du Boccace de _Valdarfer_. Mais si de
temps  autre, soit distraction, soit lassitude, la concurrence des
acheteurs faiblissait (_habent sua fata libelli_), M. Allen tait l:
_six pence!_ murmurait-il, et parfois l'article lui restait; parfois
mme, deux numros conscutifs, runis faute de trouver acheteur
isolment, lui taient adjugs, toujours pour ce minimum de _six pence_,
qui tait,  lui, son maximum.

Beaucoup de ces ddaigns mritaient sans doute leur sort; mais il
pouvait s'en glisser dans le nombre qui n'taient pas indignes des
honneurs du catalogue, et que,  tout autre moment, des acheteurs plus
attentifs ou moins capricieux eussent peut-tre couverts d'or. Ceci,
toutefois, n'entrait pour rien dans les calculs de M. Allen: la seule
rgle de son estimation, c'tait le format.

Or, un jour qu' la suite d'une vente publique considrable, il avait
exhib dans sa boutique des achats plus nombreux que d'ordinaire, je
remarquai spcialement quelques Manuscrits en langue Latine, dont le
papier, l'criture, la reliure, dnotaient une origine Italienne, et qui
pouvaient avoir deux cents ans d'existence. L'un avait pour titre, je
crois: _De Venenis_, un autre: _De Viperis_, un troisime (c'est le
prsent ouvrage): _De Dmonialitate_, _et Incubis_, _et Succubis_. Tous
trois, d'ailleurs, d'auteurs diffrents, et indpendants l'un de
l'autre. Poisons, vipres, dmons, que d'horreurs runies! pourtant, ne
ft-ce que par politesse, il fallait acheter quelque chose; aprs un peu
d'hsitation, ce fut le dernier que je choisis: Dmons il est vrai, mais
Incubes, mais Succubes, le sujet n'est pas vulgaire, et moins vulgaire
encore tait la faon dont il me semblait trait. Bref, j'eus le volume
pour _six pence_ (63 centimes), un prix de faveur pour un in-quarto: M.
Allen jugeait sans doute ce gribouillage au-dessous du tarif de la
lettre moule.

Ce manuscrit, en papier fort du XVIIe sicle, reli en parchemin
d'Italie, et d'une conservation parfaite, a 86 pages de texte. Le titre
et la premire page sont de la main de l'auteur, une criture de
vieillard; le reste est fort nettement crit par une autre main, mais
sous sa direction, comme en tmoignent des additions et rectifications
_autographes_ rpandues dans tout le corps de l'ouvrage. C'est donc bien
le Manuscrit original, selon toute apparence unique et indit.

Notre bouquiniste avait fait cette acquisition quelques jours auparavant
 la salle _Sotheby_, o avait eu lieu (du 6 au 16 Dcembre 1871) la
vente des livres du baron Seymour Kirkup, collectionneur Anglais, mort 
Florence. Le Manuscrit tait ainsi indiqu dans le Catalogue de la
vente:


  N 145. AMENO (_R. P. Ludovicus Maria_ [Cotta] de).
    De Dmonialitate, et Incubis, et Succubis, _Manuscript_.
    _Sc. XVII-XVIII._


Quel est cet crivain? a-t-il laiss des ouvrages imprims? c'est une
question que j'abandonne aux bibliographes, car, malgr de nombreuses
recherches dans les Dictionnaires spciaux, je n'ai rien pu apprendre 
cet gard. Brunet (_Manuel du libraire_, art. Cotta d'Ameno) souponne
vaguement son existence, mais il le confond avec son homonyme, et sans
doute aussi son compatriote, Lazaro Agostino Cotta d'Ameno, avocat et
littrateur Novarais. L'auteur, dit-il, dont,  ce qu'il parat, les
vritables prnoms seraient _Ludovico-Maria_, a crit plusieurs ouvrages
srieux... L'erreur est vidente. Ce qui est certain, c'est que notre
auteur vivait dans les dernires annes du XVIIe sicle, comme il
rsulte de son propre tmoignage, et qu'il avait profess la thologie 
Pavie.

Quoi qu'il en soit, son livre m'a paru trs-intressant  divers points
de vue, et je le donne en toute confiance  ce public choisi, pour qui
le monde invisible n'est pas une chimre. Je serais fort tonn qu'aprs
l'avoir ouvert  une page quelconque, on ne ft pas tent de revenir sur
ses pas et d'aller jusqu'au bout. Le philosophe, le confesseur, le
mdecin, y trouveront, avec la foi robuste du Moyen-ge, des aperus
neufs et ingnieux; le lettr, le curieux apprcieront la solidit du
raisonnement, la clart du style, la gat des rcits (car il y a des
historiettes, et finement contes). Tous les thologiens ont consacr
plus ou moins de pages  la question des rapports matriels de l'homme
avec le dmon; de gros volumes ont t crits sur la sorcellerie, et le
mrite de ce travail serait assez mince s'il se bornait  dvelopper la
thse ordinaire; mais tel n'est pas son caractre. Le fond de l'ouvrage,
ce qui lui donne un cachet vraiment original et philosophique, c'est la
dmonstration toute nouvelle de l'existence des Incubes et des Succubes
en tant qu'animaux raisonnables, corporels  la fois et spirituels comme
nous, vivant au milieu de nous, naissant et mourant comme nous, comme
nous enfin rachets par les mrites de Jsus-Christ et capables de salut
ou de damnation. Pour le Pre d'Ameno, ces cratures doues de sens et
de raison, entirement distinctes des Anges ou des Dmons purs esprits,
ne sont autres que les Faunes, les Sylvains, les Satyres du paganisme,
continus par nos Sylphes, nos Lutins, nos Follets; et ainsi se trouve
renoue la chane des croyances. A ce titre seulement, et sans parler de
l'intrt des dtails, ce livre appellerait l'attention des lecteurs
srieux: je suis persuad qu'elle ne lui fera pas dfaut.

I. L.

_Mai 1875._

* * * * *

L'Avertissement qui prcde tait _compos_  l'imprimerie et prt 
mettre sous presse, lorsque, en me promenant sur les quais, je
rencontrai par hasard un exemplaire de l'_Index librorum prohibitorum_.
Machinalement je l'ouvris, et la premire chose qui me tomba sous les
yeux fut l'article suivant:

  de Ameno Ludovicus Maria. _Vide_ Sinistrari.

Mon coeur battait trs-fort, je l'avoue. tais-je enfin sur la trace
de mon auteur? tait-ce la _Dmonialit_ que j'allais voir cloue au
pilori de l'_Index_? Je courus aux dernires pages du redoutable volume,
et je lus:

  SINISTRARI (Ludovicus Maria) de Ameno, De Delictis
    et Poenis Tractatus absolutissimus. _Donec corrigatur.
    Decr. 4 Martii 1709._

  _Correctus autem juxta editionem Romanam anni
    1753 permittitur._

C'tait bien lui. Le vrai nom du Pre d'Ameno tait _Sinistrari_, et je
possdais le titre d'un au moins de ces ouvrages srieux auxquels le
bibliographe Brunet faisait allusion. Ce titre mme, _De Delictis et
Poenis_, n'tait pas sans rapport avec celui de mon Manuscrit, et
j'avais lieu de supposer que la _Dmonialit_ tait au nombre des dlits
examins et jugs par le Pre Sinistrari: en d'autres termes, ce
manuscrit, en apparence indit, se trouvait peut-tre publi dans le
volumineux ouvrage qui m'tait rvl; peut-tre encore tait-ce  cette
monographie de la _Dmonialit_ que le _Tractatus de Delictis et
Poenis_ devait sa condamnation par la Congrgation de l'_Index_. Tous
ces points taient  vrifier.

Mais il faut avoir tent des investigations de ce genre pour en
connatre les difficults. J'interrogeai les Catalogues de livres
anciens qui me tombrent sous la main; je fouillai les arrire-boutiques
des bouquinistes, des _antiquaires_, comme on dit en Allemagne,
m'adressant particulirement aux deux ou trois maisons qui exploitent 
Paris la vieille Thologie; j'crivis aux principaux libraires de
Londres, de Milan, de Florence, de Rome, de Naples: le tout sans
rsultat; le nom mme du P. Sinistrari d'Ameno semblait inconnu.
J'aurais d sans doute commencer par une enqute  notre Bibliothque
Nationale; force me fut d'y recourir, et l du moins j'eus un
commencement de satisfaction. On me prsenta deux ouvrages de mon
auteur: un in-4 de 1704, _De Incorrigibilium expulsione ab Ordinibus
Regularibus_, et le premier tome d'une collection de ses OEuvres
compltes: _R. P. Ludovici Mari Sinistrari de Ameno Opera omnia (Rom,
in domo Caroli Giannini_, 1753-1754, 3 vol. in-folio). Malheureusement
ce premier tome ne contenait que la _Practica Criminalis Minorum
illustrata_: le _De Delictis et Poenis_ faisait l'objet du tome
troisime, et ce dernier volume, aussi bien que le second, manquait  la
Bibliothque.

J'avais cependant un renseignement positif, et je continuai mes
recherches. Peut-tre serais-je plus heureux  la Bibliothque du
Sminaire de Saint-Sulpice. Elle n'est pas publique, il est vrai, mais
les Pres Sulpiciens sont hospitaliers: n'ont-ils pas jadis donn asile
 Des Grieux repentant, et Manon Lescaut elle-mme n'a-t-elle pas foul
les dalles de leur parloir? J'osai donc m'aventurer dans cette sainte
Maison; il tait midi et demi, le dner finissait; je demandai le
bibliothcaire, et au bout de quelques minutes, je vis venir  moi un
petit vieillard d'une politesse irrprochable, lequel me fit traverser
le parloir commun pour m'introduire dans un autre beaucoup plus troit,
une simple cellule donnant sur un corridor, vitre dans toute sa largeur
et ouverte ainsi  tous les yeux. Prcaution ingnieuse dont l'vasion
de Des Grieux avait bien montr l'urgence. Ce ne fut pas sans peine que
je fis comprendre au bon pre, qui tait sourd et myope, le but de ma
visite. Il me laissa pour se rendre  la bibliothque, et revint
bientt, mais les mains vides: l aussi, dans ce sanctuaire de la
Thologie Catholique, le Pre Sinistrari d'Ameno tait entirement
ignor. Je n'avais plus qu'une ressource: c'tait d'aller trouver ses
frres en Saint Franois, les Pres Capucins, en leur couvent de la Rue
de la Sant! Cruelle extrmit, on en conviendra, car j'avais peu de
chance d'y rencontrer comme ici l'ombre aimable de Manon.

Enfin, une lettre de Milan vint me tirer d'embarras. Le livre
introuvable tait trouv; je recevais  la fois la premire dition du
_De Delictis et Poenis_ (_Venetiis, apud Hieronymum Albriccium,
1700_), et l'dition de _Rome, 1754_.

C'est un trait complet, _tractatus absolutissimus_, de tous les crimes,
dlits, pchs imaginables; mais, htons-nous de le dire, dans l'un
comme dans l'autre de ces volumineux in-folio, la _Dmonialit_ occupe 
peine cinq pages, sans aucune diffrence de texte entre les deux
ditions. Et ces cinq pages ne sont mme pas un rsum de l'ouvrage
manuscrit que je donne aujourd'hui au public, elles en comprennent
seulement l'exposition et la conclusion (Ns 1  27 et 112  115). Quant
 ce qui fait l'originalit du livre:  savoir, la thorie de ces
animaux raisonnables, incubes et succubes, dous comme nous de corps et
d'me et capables de salut ou de damnation, on l'y chercherait
vainement. Ainsi, aprs tant d'efforts, j'tais fix sur tous les points
que je m'tais propos d'lucider: j'avais dcouvert l'identit du Pre
d'Ameno;[1] la comparaison des deux ditions du _De Delictis et
Poenis_, la premire condamne, la seconde permise par la Congrgation
de l'_Index_, m'avait appris que les fragments imprims de la
_Dmonialit_ n'taient pour rien dans la condamnation du livre,
puisqu'ils n'avaient subi aucune correction; enfin, j'tais arriv  la
conviction que, sauf pour quelques pages, mon Manuscrit tait absolument
indit. Heureuse terminaison de cette Odysse bibliographique, qu'on me
pardonnera d'avoir conte tout au long pour l'esbattement des
Bibliophiles et non aultres.

I. L.

_Aot 1875._




NOTE

[1] Voir la notice biographique  la fin de ce volume.

* * * * *




DMONIALIT
ou
INCUBES ET SUCCUBES


DMONIALITAS


_Vocabulum _Dmonialitatis_ primo inventum reperio a Jo. Caramuele in
sua _Theologia fundamentali_, nec ante illum inveni Auctorem, qui de hoc
crimine tanquam distincto a _Bestialitate_ locutus sit. Omnes enim
Theologi Morales, secuti D. Thomam, 2.2., q. 154. _in corp._, sub
specie _Bestialitatis_ recensent _omnem concubitum cum re non ejusdem
speciei_, ut ibi loquitur D. Thomas, et proinde Cajetanus, in
Commentario illius qustionis et articuli, 2.2., q. 154., ad 3. dub.,
coitum cum Dmone ponit in specie Bestialitatis; et Cajetanum sequitur
Silvester, v _Luxuria_, Bonacina, _de Matrim._, q. 4., et alii._


DMONIALIT


Le premier auteur qui,  ma connaissance, ait imagin le mot de
_Dmonialit_, est Jean Caramuel, dans sa _Thologie fondamentale_, et
personne avant lui ne me parat avoir distingu ce crime de celui de
_Bestialit_. En effet, tous les Thologiens Moralistes,  la suite de
S. Thomas (2, 2, question 154), comprennent, sous le titre spcifique de
_Bestialit_, _toute sorte de commerce charnel avec un objet quelconque
d'espce diffrente_: ce sont les propres termes de S. Thomas. Cajetan,
par exemple, dans son Commentaire sur cette question, classe le commerce
avec le Dmon dans l'espce de Bestialit; de mme Sylvestre, au mot
_Luxuria_, Bonacina, _de Matrimonio_, question 4, et les autres.

_2. Sed revera D. Thomas in illo loco considerationem non habuit ad
coitum cum Dmone: ut enim infra probabimus, hic coitus non potest in
specie specialissima _Bestialitatis_ comprehendi; et ut veritati
cohreat sententia S. Doctoris, dicendum est, quod in citato loco,
quando ait, quod peccatum contra naturam, _alio modo si fiat per
concubitum ad rem non ejusdem speciei vocatur Bestialitas_: sub nomine
_rei non ejusdem speciei_ intellexerit animal vivens, non ejusdem
speciei cum homine: non enim usurpare potuit ibi nomen _rei_ pro re,
puta, ente communi ad animatum et inanimatum: si enim quis coiret cum
cadavere humano, concubitum haberet ad rem non ejusdem speciei cum
homine (maxime apud Thomistas, qui formam corporeitatis human negant in
cadavere), quod etiam esset si cadaveri bestiali copularetur; et tamen
talis coitus non esset bestialitas, sed mollities. Voluit igitur ibi D.
Thomas prcise intelligere concubitum cum re vivente non ejusdem speciei
cum homine, hoc est cum bruto, nullo autem modo comprehendere voluit
coitum cum Dmone._

2. Cependant il est certain que S. Thomas, dans le passage en question,
n'a eu nullement en vue le commerce avec le Dmon. Comme je le prouverai
plus loin, ce commerce ne peut tre compris dans l'espce trs-spciale
de la _Bestialit_; et, pour faire cadrer avec le vrai cette sentence du
saint Docteur, il faut admettre qu'en disant du pch contre nature, que
_lorsqu'il se commet par commerce avec un objet d'espce diffrente, il
prend le nom de Bestialit_, sous cette dnomination _d'objet d'espce
diffrente_, S. Thomas entend dsigner un animal vivant, d'une autre
espce que l'homme; car il n'a pu employer ici le mot _objet_ ou _chose_
dans son sens le plus gnral, pour exprimer indiffremment un tre
anim ou inanim. Qu'un homme, en effet, s'avise de forniquer _cum
cadavere humano_, il aura affaire  un objet d'une autre espce que lui
(surtout pour les Thomistes, qui refusent au cadavre la forme de
corporit humaine); mme chose _si cadaveri bestiali copularetur_; et
pourtant _talis coitus_ ne sera pas bestialit, mais pollution ou
mollesse. Ce que S. Thomas a donc voulu prciser ici, c'est le commerce
charnel avec un objet vivant d'une autre espce que l'homme,
c'est--dire avec une bte, et il n'a pas song le moins du monde au
commerce avec le Dmon.

_3. Coitus igitur cum Dmone, sive Incubo, sive Succubo (qui proprie est
Dmonialitas), specie differt a Bestialitate, nec cum ea facit unam
speciem specialissimam, ut opinatus est Cajetanus: peccata enim contra
naturam specie inter se distingui contra opinionem nonnullorum
Antiquorum, et Caramuelis, Summ. Armill., v. _Luxur._ n. 5., Jabien.,
eo. v. n. 6., Asten. lib. 2. tit. 46. art. 7., Caram. _Theol. fundam._
post Filliucium, et Crespinum a Borgia, est opinio communis; et
contraria est damnata in proposit. 24. ex damnatis ab Alexandro VII.;
tum quia singula continent peculiarem, et distinctam turpitudinem
repugnantem castitati, et human generationi; tum quia quodlibet ex iis
privat bono aliquo secundum naturam, et institutionem actus venerei,
ordinati ad finem generationis human; tum quia quodlibet ipsorum habet
diversum motivum, per se sufficiens ad privandum eodem bono diversimode,
ut optime philosophatur Filliuc., tom. 2. c. 8. tract. 30. qu. 3. n
142.; Cresp., q. mor. sel. contro.; Caramuel. q. 5. _per tot.__

3. Donc, le commerce avec le Dmon, soit Incube, soit Succube (qui est
proprement _Dmonialit_), diffre en espce de la Bestialit, et ne
saurait tre confondu avec ce dernier crime, comme le pense  tort
Cajetan, sous la qualification d'espce trs-spciale; car, malgr qu'en
aient dit quelques Anciens, et aprs eux Caramuel, dans sa _Thologie
fondamentale_, les pchs contre nature sont entre eux d'espce bien
distincte. C'est du moins la doctrine gnrale, et l'opinion contraire a
t condamne par Alexandre VII: d'abord, parce que chacun de ces pchs
porte avec lui sa turpitude particulire et distincte, contraire  la
chastet et  la gnration humaine; ensuite, parce qu'en le commettant,
on sacrifie chaque fois quelque avantage naturellement attach 
l'institution de l'acte vnrien, lequel a pour but normal la gnration
humaine; enfin, parce que tous ont un motif diffrent, mais suffisant en
soi pour produire de diverses manires la privation du mme bien, comme,
le dduisent excellemment Filliucius, Crespin et Caramuel.

_4. Ex his autem infertur, quod etiam Dmonialitas specie differt a
Bestialitate: singula enim ipsarum peculiarem, et distinctam
turpitudinem castitati, ac human generationi repugnantem involvit;
siquidem Bestialitas est copula cum bruto vivente, ac sensibus et motu
proprio prdito: Dmonialitas autem est commixtio cum cadavere (stando
in sententia communi, quam infra examinabimus), nec sensum, nec motum
vitalem habente; et per accidens est, quod a Dmone moveatur. Quod si
immunditia commissa cum brutali cadavere, vel humano, differt specie a
Sodomia et Bestialitate, ab ista differt pariter specie etiam
_Dmonialitas_, in qua, juxta communem sententiam, homo cum cadavere
concumbit accidentaliter moto._

4. Il suit de l que la Dmonialit diffre en espce de la Bestialit,
car chacune d'elles a sa turpitude particulire et distincte, contraire
 la chastet et  la gnration humaine. La Bestialit est l'union avec
une bte vivante, doue de sentiments et de mouvements qui lui sont
propres: la Dmonialit, au contraire, est la copulation avec un cadavre
(au moins d'aprs la doctrine gnrale, que j'examinerai ci-aprs),
lequel cadavre n'a ni sentiment ni mouvement, et ne se trouve m
qu'accidentellement, par un artifice du Dmon. Or, si la fornication
commise avec un cadavre d'homme, de femme ou de bte, diffre en espce
de la Sodomie et de la Bestialit, la mme diffrence existe pour la
_Dmonialit_ qui, dans l'opinion commune, est le commerce de l'homme
avec un cadavre m accidentellement.

_5. Et confirmatur: quia in peccatis contra naturam, seminatio
innaturalis (hoc est, ea ad quam regulariter non potest sequi generatio)
habet rationem generis; subjectum vero talis seminationis est
differentia constituens species sub tali genere, unde si seminatio fiat
in terram, aut corpus inanime, est mollities: si fiat cum homine in vase
prpostero, est Sodomia; si fiat cum bruto, est bestialitas; qu absque
controversia inter se specie differunt, eo quod terra, seu cadaver,
homo, et brutum, qu sunt subjecta talis seminationis, specie differunt
inter se. Sed Dmon a bruto non solum differt specie, sed plusquam
specie: differunt enim per corporeum, et incorporeum, qu sunt
differenti generic. Sequitur ergo quod seminationes fact cum aliis
differunt inter se specie, quod est intentum._

5. Autre preuve: dans les pchs contre nature, la smination
anti-naturelle (c'est--dire qui ne peut tre rgulirement suivie de
gnration) constitue un genre; mais le sujet de cette smination est la
diffrence qui constitue les espces classes sous le genre. Ainsi, que
la smination ait lieu sur la terre, ou sur un corps inanim, c'est
pollution; qu'elle s'opre _cum homine in vase prpostero_, c'est
Sodomie; avec une bte, c'est bestialit: tous crimes qui, sans
contredit, diffrent en espce entre eux, par la mme raison que la
terre, le cadavre, l'homme et la bte, sujets passifs _talis
seminationis_, sont entre eux d'espce diffrente. Mais la diffrence du
Dmon avec la bte n'est pas seulement spcifique, elle est plus que
spcifique: la nature de l'une est corporelle, l'autre incorporelle, ce
qui tablit une diffrence gnrique. D'o il suit _quod seminationes_
pratiques sur des sujets diffrents diffrent en espce entre elles; ce
qu'il fallait dmontrer.

_6. Pariter, trita est doctrina Moralistarum fundata in Tridentino,
sess. 14. c. 5. D. Th. in 4. dist. 16. q. 3. art. 2., Vasquez, q. 91.
art. 1. dub. 2. n. 6., Reginald. Valenz. Medin. Zerola. Pesant. Sajir.
Sott. Pitig. Henriquez apud Bonac. _de Sac._ disp. 5. q. 5. sect. 2.
punct. 2.  3. diffic. 3. n. 5., et tradita per Theologos, quod in
confessione manifestand sint tantum circumstanti qu mutant speciem
peccatorum. Si igitur Dmonialitas et Bestialitas sunt ejusdem speciei
specialissim, sufficit in confessione dicere: _Bestialitatis peccatum
commisi_, quantumvis confitens cum Dmone concubuerit. Hoc autem falsum
est: igitur non sunt ejusdem speciei specialissim._

6. J'invoquerai encore la doctrine bien connue des Moralistes, tablie
dans le Concile de Trente, session 14, et admise par les Thologiens, 
savoir: que, dans la confession, il suffit d'noncer les circonstances
qui modifient l'espce des pchs. Si donc la Dmonialit et la
Bestialit sont d'une mme espce trs-spciale, il suffira au pnitent,
chaque fois qu'il aura forniqu avec le Dmon, de dire  son confesseur:
_J'ai commis le pch de Bestialit_. Or, ceci est faux: donc ces deux
pchs ne sont pas de mme espce trs-spciale.

_7. Quod si dicatur, aperiendum esse in confessione circumstantiam
concubitus cum Dmone ratione peccati contra Religionem: peccatum contra
Religionem committitur, aut ex cultu, aut ex reverentia, aut ex
deprecatione, aut ex pacto, aut ex societate cum Dmone (D. Thomas, 2.
2. q. 90. art. 2. et q. 95. art. 4. in corp.); sed, ut infra dicemus,
dantur Succubi, et Incubi, quibus nullum prdictorum exhibetur, et tamen
copula sequitur: igitur respectu istorum nulla intervenit
irreligiositas, et commixtio cum istis nullam habebit rationem
ulteriorem, quam puri et simplicis coitus, qui, si est ejusdem speciei
cum _Bestialitate_, sufficienter exprimetur dicendo: _Bestialitatem
commisi_; quod tamen falsum est._

7. On dira peut-tre que si les circonstances du commerce avec le Dmon
doivent tre rvles au confesseur, c'est  cause de l'atteinte qu'il
porte  la Religion; cette atteinte rsulte, en effet, soit du culte
rendu au Dmon, soit des hommages ou des prires qu'on lui adresse, soit
du pacte de socit conclu avec lui (_S. Thomas_, quest. 90). Mais,
comme on le verra dans la suite, il est des Incubes et des Succubes
auxquels rien de tout cela ne s'applique, et cependant _copula
sequitur_. Il n'y a donc, dans ce cas spcial, aucun lment d'impit,
aucun caractre autre _quam puri et simplicis coitus_; et, s'il est de
mme espce que la _Bestialit_, on l'noncera suffisamment en disant:
_J'ai commis le pch de Bestialit_, ce qui est faux.

_8. Ulterius in confesso est apud omnes Theologos Morales, quod longe
gravior est copula cum Dmone, quam cum quolibet bruto; in eadem autem
specie specialissima peccati non datur unum peccatum gravius altero, sed
omnia que gravia sunt; perinde enim est coire cum cane, aut asina, aut
equa; sequitur ergo, quod si _Dmonialitas_ est gravior Bestialitate,
non sint ambo ejusdem speciei. Nec dicendum gravitatem majorem in
_Dmonialitate_ petendam esse ab irreligiositate, seu superstitione ex
societate cum Dmone, ut scribit Cajetanus ad 2. 2. q. 154., ar. 11. 
ad 3. in fine, quia hoc fallit in aliquibus Succubis et Incubis, ut
supra dictum est; tum quia gravitas major statuitur in _Dmonialitate_
pr Bestialitate, in genere vitii contra naturam: major autem gravitas
in illa supra istam ratione irreligiositatis exorbitat ex illo genere,
proinde non facit in illo genere, et ex se graviorem._

8. En outre, de l'aveu de tous les Thologiens Moralistes, _copula cum
Dmone_ est beaucoup plus grave que pareil acte commis avec n'importe
quelle bte. Or, dans une mme espce trs-spciale de pch, un pch
n'est pas plus grave qu'un autre, mais tous sont galement graves: c'est
mme chose d'avoir commerce avec une chienne, ou une nesse, ou une
jument; d'o il suit que, si la _Dmonialit_ est plus grave que la
Bestialit, ces deux actes ne sont pas de mme espce. Et qu'on ne
prtende pas, comme le fait Cajetan, attribuer plus de gravit  la
_Dmonialit_,  cause de l'outrage que recevrait la Religion du culte
rendu au Dmon ou du pacte de socit conclu avec lui: ceci, en effet,
on l'a vu plus haut, ne se rencontre pas toujours dans le commerce de
l'homme avec les Incubes et les Succubes; de plus si, dans le genre du
pch contre nature, la _Dmonialit_ est plus grave que la Bestialit,
l'outrage  la Religion n'est pour rien dans cette aggravation,
puisqu'il est tranger  ce genre lui-mme.

_9. Statuta igitur differentia specifica _Dmonialitatis_ a
Bestialitate, ut gravitas illius percipiatur in ordine ad poenam de
qua principaliter nobis tractandum est, est necessarium inquirere
quotupliciter _Dmonialitas_ accidat. Non desunt qui sibi nimis scioli
negant quod gravissimi Auctores scripsere, et quod quotidiana constat
experientia, Dmonem scilicet tum Incubum, tum Succubum, non solum
hominibus, sed etiam brutis carnaliter conjungi. Aiunt proinde esse
hominum imaginationem, phantasmatibus a Dmone perturbatis lsam, seu
dmoniaca esse prstigia: sicuti etiam Sag, seu Striges, sola
imaginatione perturbata a Dmone, sibi videntur assistere ludis,
choreis, conviviis, et conventibus nocturnis, et carnaliter Dmoni
commisceri; nullo vero reali modo deferuntur corpore ad ejusmodi loca,
et actiones, prout textualiter dicitur in quodam Capitulo, ac duobus
Conciliis. _Cap. Episcop._ 26. q. 5., _Conc. Ancyr._ c. 24., _Conc.
Rom._ 4. _sub Damaso_, c. 5. _apud Laur. Epitom._ v _Saga_._

9. Or, ayant tabli la diffrence spcifique de la _Dmonialit_ d'avec
la Bestialit, de telle sorte qu'on puisse en apprcier la gravit et
dterminer le degr de pnitence qu'elle mrite (ce qui, pour nous, est
le point capital), il nous faut maintenant rechercher de combien de
manires diffrentes ce pch de _Dmonialit_ peut tre commis. Il ne
manque pas de gens, trop infatus de leur petit savoir, qui osent nier
ce qu'ont crit les plus graves Auteurs et ce qu'atteste l'exprience de
chaque jour:  savoir que le Dmon, soit Incube, soit Succube, s'unit
charnellement, non-seulement aux hommes ou aux femmes, mais aussi aux
btes. A les en croire, tout cela n'a de fondement que dans
l'imagination humaine, trouble par l'artifice du Dmon; ce ne sont que
fantasmagories et prestiges diaboliques. Pareille chose, disent-ils,
arrive aux Sorcires ou Sagas qui, sous l'empire d'une illusion produite
par le Dmon, s'imaginent assister aux jeux, danses, festins et sabbats
nocturnes, et avoir avec le Dmon un commerce charnel, sans y tre en
ralit prsentes ou agissantes de corps, ainsi que l'ont textuellement
dfini un Capitule et deux Conciles.

_10. Sed non negatur, quin aliquando muliercul, illus a Dmonibus,
videantur nocturnis Sagarum ludis corporaliter interesse, dum tamen sola
imaginaria visione ipsis hoc accidit: sicut etiam in somnis videtur
nonnullis cum foemina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non
tamen concubitus ille realis est, sed tantum phantasticus, paratus non
raro per illusionem diabolicam; et in hoc verissimum est quod habent
citatum Capitulum et Concilia. Sed hoc non semper est; sed ut in
pluribus, corpore deferuntur Sag ad ludos nocturnos, et vere carnaliter
corpore conjunguntur Dmoni, et Malefici non minus Dmoni succubo
miscentur, et hc est sententia Theologorum, et jure consultorum
Catholicorum, quos abunde citat Frater Franciscus Maria Guaccius in suo
libro intitulato _Compendium Maleficarum_; Grilland. Remig. Petr.
Damian. Sylvest. Alphon. a Cast. Abul. Cajet. Senon. Crespet. Spine.
Anan. apud Guaccium, _Comp. Malef._, c. 15. _ Altera, quam
verissimam_... n. 69. lib. p.; qu sententia confirmatur decem et octo
exemplis, ibidem allatis et relatis per viros doctos et veridicos de
quorum fide ambigendum non est, quibus probatur Maleficos et Sagas
corporaliter ad ludos convenire, et cum Dmonibus succubis et incubis
corporaliter turpissime commisceri. Et pro omnibus sufficere debet
auctoritas Divi Augustini, qui loquens de concubitu hominum cum
Dmonibus, sic ait lib. 15. de _Civitate Dei_, c. 23.:_ Et quoniam
creberrima fama est, multique se expertos, vel ab eis qui experti
essent, de quorum fide dubitandum non est, audivisse confirmant,
Sylvanos et Faunos, quos vulgo Incubos vocant, improbos spe extitisse
mulieribus, et earum appetiisse et peregisse concubitum. Et quosdam
Dmones, quos Dusios Galli nuncupant, hanc assidue immunditiam et
tentare et efficere, plures talesque asseverant, ut hoc negare
impudentia videatur. _Hc Augustinus._

10. Mais, sans doute, on ne conteste pas que parfois de jeunes femmes,
trompes par le Dmon, se figurent prendre part, en chair et en os, aux
sabbats nocturnes des Sorcires, sans qu'il y ait l autre chose qu'une
vision imaginaire. C'est ainsi qu'en rve, on s'imagine assez souvent
_cum foemina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen
concubitus ille realis est_, mais seulement fantastique et frquemment
l'oeuvre d'une illusion diabolique: en quoi le Capitule et les
Conciles ci-dessus cits ont parfaitement raison. Mais ceci n'est pas
toujours le cas; il arrive, au contraire, le plus souvent, que les
Sorcires sont bien prsentes de corps aux sabbats nocturnes, qu'elles
ont avec le Dmon un commerce parfaitement charnel et corporel, et que
tout pareillement les Sorciers s'accolent au Dmon femelle ou succube.
C'est l l'opinion des Thologiens comme des Jurisconsultes catholiques,
qu'on trouvera cits tout au long dans le _Compendium Maleficarum_, ou
_Rpertoire des Sorcires_, de Frre Franois-Marie Guaccius. On y verra
cette doctrine confirme par dix-huit exemples tirs des rcits d'hommes
savants et vridiques, dont le tmoignage est au-dessus du soupon, et
qui prouvent que les Sorciers et Sorcires sont bien prsents de corps
aux sabbats, et font bel et bien l'oeuvre de chair avec les Dmons
incubes ou succubes. En dfinitive, nous avons, pour trancher la
question, l'autorit de S. Augustin, lequel, parlant du commerce charnel
des hommes avec le Dmon, s'exprime ainsi au livre 15, chap. 23, de la
_Cit de Dieu_: _C'est une opinion trs-rpandue, et confirme par les
tmoignages directs ou indirects de personnes absolument dignes de foi,
que les Sylvains et les Faunes, vulgairement appels Incubes, ont
souvent tourment les femmes, sollicit et obtenu d'elles le cot. Il y
a mme des Dmons, nomms par les Gaulois Duses (_ou_ lutins), qui se
livrent trs-rgulirement  ces pratiques impures: ceci est attest par
des autorits si nombreuses et si graves, qu'il y aurait impudence 
vouloir le nier._ Tels sont les propres termes de S. Augustin.

_11. Prout autem apud diversos Auctores legitur, et pluribus
experimentis comprobatur, duplici modo Dmon hominibus carnaliter
copulatur: uno modo quo Maleficis et Sagis jungitur, alio modo quo aliis
hominibus minime maleficis miscetur._

11. Or divers Auteurs nous enseignent, et leur opinion est confirme par
de nombreuses expriences, que le Dmon a deux manires de s'unir
charnellement aux hommes ou aux femmes: l'une qu'il emploie  l'gard
des Sorciers ou des Sorcires, l'autre  l'gard d'autres hommes ou
femmes parfaitement trangers  toute sorcellerie.

_12. Quantum ad primum modum, non copulatur Dmon Sagis, seu Maleficis,
nisi prmissa solemni professione, qua iniquissimi homines Dmoni
addicuntur; qu professio, ut ex variis Auctoribus referentibus
confessiones Sagarum judiciales in tormentis factas, quas collegit
Franciscus Maria Guaccius, _Comp. Malef._, c. 7., lib. 1., consistit in
undecim ceremoniis._

12. Dans le premier cas, le Dmon ne s'accole aux Sorcires ou aux
Sorciers qu'aprs une profession solennelle, en vertu de laquelle ces
misrables cratures humaines s'abandonnent  lui. Suivant plusieurs
auteurs, qui ont rapport les aveux judiciaires arrachs aux Sorcires
dans les tortures, et dont les rcits ont t recueillis par
Franois-Marie Guaccius, _Compend. Malef._, livre Ier, chap. 7, cette
profession consiste en onze crmonies:

_13. Primo, ineunt pactum expressum cum Dmone, aut alio Mago seu
Malefico vicem Dmonis gerente, et testibus prsentibus, de servitio
diabolico suscipiendo: Dmon vero viceversa honores, divitias, et
carnales delectationes illis pollicetur. _Guacc._ loc. cit. fol. 34._

13. Premirement, les Novices doivent conclure un pacte exprs avec le
Dmon, ou avec quelque autre Sorcier ou Magicien agissant au lieu et
place du Dmon, par quoi, en prsence de tmoins, ils s'enrlent au
service du Diable. Le Dmon, de son ct, leur garantit honneurs,
richesses et plaisirs charnels.

_14. Secundo, abnegant catholicam fidem, subducunt se obedienti Dei,
renuntiant Christo, et protectioni Beatissim Virginis Mari, ac
Ecclesi omnibus sacramentis. _Guacc._ loc. cit._

14. Deuximement, ils abjurent la foi catholique, se soustraient 
l'obissance de Dieu, renoncent au Christ et  la protection de la
Trs-Bienheureuse Vierge Marie, et  tous les Sacrements de l'glise.

_15. Tertio, projiciunt a se Coronam, seu Rosarium B. V. M., Chordam S.
P. Francisci, aut Corrigiam S. Augustini, aut Scapulare Carmelitarum, si
quod habent, Crucem, Medaleas, Agnos Dei, et quidquid sacri aut
benedicti gestabant, et pedibus ea proculcant. _Guacc._ loc. cit. fol.
35. Grilland._

15. Troisimement, ils jettent loin d'eux la Couronne ou le Rosaire de
la Trs-Bienheureuse Vierge Marie, le Cordon de S. Franois d'Assise ou
la Courroie de S. Augustin, ou le Scapulaire des Carmlites, selon
qu'ils appartiennent  tel ou tel ordre, la Croix, les Mdailles, les
_Agnus Dei_, enfin tout ce qu'ils pouvaient porter de saint ou de bnit,
et ils foulent tout cela aux pieds.

_16. Quarto, vovent in manibus Diaboli obedientiam, et subjectionem,
eique prstant homagium et vassallagium, tangendo quoddam volumen
nigerrimum. Spondent, quod nunquam redibunt ad fidem Christi, nec Dei
prcepta servabunt, nec ulla bona opera facient, sed ad sola mandata
Dmonis attendent, et ad conventus nocturnos diligenter accedent.
_Guacc._ loc. cit. fol. 36._

16. Quatrimement, ils jurent entre les mains du Diable obissance et
soumission; ils lui rendent hommage et vasselage, les doigts poss sur
un certain volume trs-noir. Ils s'engagent  ne jamais revenir  la foi
du Christ,  ne tenir aucun compte des prceptes divins,  ne faire
aucune bonne oeuvre, mais  obir au Diable seul, et  frquenter
assidment les runions nocturnes.

_17. Quinto, spondent se enixe curaturos, et omni studio ac sedulitate
procuraturos adducere alios mares et foeminas ad suam sectam, et
cultum Dmonis. _Guacc._ loc. cit._

17. Cinquimement, ils promettent de faire tous leurs efforts,
d'employer tout leur zle et tous leurs soins, pour enrler dans leur
secte, au service du Diable, d'autres cratures mles et femelles.

_18. Sexto, baptizantur a Diabolo sacrilego quodam baptismo, et
abnegatis Patrinis et Matrinis baptismi Christi, et Confirmationis, et
nomine, quod sibi fuit primo impositum, a Diabolo sibi assignantur
Patrinus et Matrina novi, qui ipsos instruant in arte maleficiorum, et
imponitur nomen novum, quod plerumque scurrile est. _Guacc._ loc. cit._

18. Siximement, le Diable leur administre une sorte de baptme
sacrilge, et, aprs avoir reni les Parrains et Marraines qu'ils ont
eus au Baptme du Christ et  la Confirmation, ils se font assigner par
le Diable un Parrain et une Marraine nouveaux, chargs de les instruire
dans l'art des malfices; ils quittent le nom qu'ils portaient avant et
en reoivent un nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet bouffon.

_19. Septimo, abscindunt partem propriorum indumentorum, et illam
offerunt Diabolo in signum homagii, et Diabolus illam asportat, et
servat. _Guacc._ loc. cit. fol. 38._

19. Septimement, ils coupent une partie de leurs propres vtements pour
l'offrir au Diable en signe d'hommage, et le Diable l'emporte et la
garde.

_20. Octavo, format Diabolus circulum super terram, et in eo stantes
Novitii Malefici et Sag firmant juramento omnia, qu ut dictum est
promiserunt. _Guacc._ loc. cit._

20. Huitimement, le Diable trace sur la terre un cercle, et dans ce
cercle se tiennent les Novices, Sorciers et Sorcires, pour y confirmer
tous les serments qu'ils ont faits comme il est dit ci-dessus.

_21. Nono, petunt a Diabolo deleri a libro Christi, et describi in libro
suo, et profertur liber nigerrimus, quem tetigerunt prstando homagium,
ut dictum est supra, et ungue Diaboli in eo exarantur. _Guacc._ loc.
cit._

21. Neuvimement, ils demandent au Diable de les rayer du livre du
Christ, et de les immatriculer dans le sien. Alors parat ce livre
trs-noir qu'ils ont touch en rendant hommage (voyez plus haut), et
dans ce livre ils sont enregistrs par la griffe du Diable.

_22. Decimo, promittunt Diabolo statis temporibus sacrificia, et
oblationes; singulis quindecim diebus, vel singulo mense saltem necem
alicujus infantis, aut mortale veneficium, et singulis hebdomadis alia
mala in damnum humani generis, ut grandines, tempestates, incendia,
mortem animalium, etc. _Guacc._ loc. cit. fol. 40._

22. Diximement, ils promettent au Diable,  des poques dtermines,
des sacrifices et des offrandes: tous les quinze jours, ou au moins tous
les mois, le meurtre de quelque enfant, ou un sortilge homicide, et
chaque semaine d'autres mfaits au prjudice du genre humain, tels que
grles, temptes, incendies, pizooties, etc.

_23. Undecimo, sigillantur a Dmone aliquo caractere, maxime ii, de
quorum constantia dubitat. Caracter vero non est semper ejusdem form,
aut figur: aliquando enim est simile lepori, aliquando pedi bufonis,
aliquando arane, vel catello, vel gliri; imprimitur autem in locis
corporeis magis occultis: viris quidem aliquando sub palpebris,
aliquando sub axillis, aut labiis, aut humeris, aut sede ima, aut alibi;
mulieribus autem plerumque in mammis, aut locis muliebribus. Porro
sigillum, quo talia signa imprimuntur, est unguis Diaboli. Quibus
peractis ad instructionem Magistrorum qui Novitios initiarunt, hi
promittunt denuo, se nunquam Eucharistiam adoraturos; injuriosos Sanctis
omnibus, et maxime B. V. M. futuros; conculcaturos ac conspurcaturos
Sacras Imagines, Crucem, ac Sanctorum Reliquias; nunquam usuros
Sacramentis, aut sacramentalibus, nisi ad maleficia; integram
confessionem sacramentalem sacerdoti nunquam facturos, et suum cum
Dmone commercium semper celaturos. Et Diabolus vicissim pollicetur, se
illis semper prsto futurum; se in hoc mundo votis eorum satisfacturum,
et post mortem illos esse beaturum. Sic peracta professione solemni,
assignatur singulis eorum Diabolus, qui appellatur _Magistellus_, cum
quo in partes secedunt, et carnaliter commiscentur: ille quidem in
specie foemin, si initiatus est vir; in forma autem viri, et
aliquando satyri, aliquando hirci, si foemina est saga professa.
_Guacc._ loc. cit. fol. 42 et 43._

23. Onzimement, ils sont marqus par le Dmon de quelque signe, ceux
surtout dont la constance lui est suspecte. Ce signe, du reste, n'est
pas toujours de mme forme ou figure: tantt c'est l'image d'un livre,
tantt une patte de crapaud, tantt une araigne, un petit chien, un
loir. Il s'imprime dans les endroits du corps les plus cachs: chez les
hommes, sous les paupires, ou sous l'aisselle, ou sur les lvres, sur
l'paule, au fondement ou ailleurs; quant aux femmes, c'est gnralement
aux seins ou aux parties sexuelles. Maintenant, le cachet qui imprime
ces marques n'est autre que la griffe du Diable. Tout ceci tant
accompli suivant les instructions des Matres qui ont initi les
Novices, ces derniers, pour conclure, promettent de n'adorer jamais
l'Eucharistie; d'accabler d'insultes tous les Saints et surtout la
Trs-Bienheureuse Vierge Marie; de fouler aux pieds et vilipender les
Saintes Images, la Croix et les Reliques des Saints; de ne jamais faire
usage des Sacrements ou crmonies sacramentelles, sinon pour les
malfices; de ne jamais faire au prtre la confession sacramentelle
complte, et de lui cacher toujours leur commerce avec le Dmon. Le
Dmon, de son ct, s'engage  leur donner toujours prompte assistance;
 combler leurs voeux en ce monde, et  les rendre heureux aprs leur
mort. La profession solennelle ainsi accomplie, chacun d'eux se voit
assigner un Diable, appel _Magistelle_ ou Petit-Matre, avec lequel il
se retire en particulier pour consommer l'union charnelle; ce Diable,
naturellement, a la forme d'une femme si l'initi est un homme: ou la
forme d'un homme, et quelquefois d'un satyre, quelquefois d'un bouc, si
c'est une femme qui est reue sorcire.

_24. Quod si quratur ab Auctoribus, quomodo possit Dmon, qui corpus
non habet, corporalem commixtionem habere cum homine? Respondent
communiter, quod Dmon aut assumit alterius maris, aut foemin, juxta
exigentiam, cadaver, aut ex mixtione aliarum materiarum effingit sibi
corpus, quod movet, et mediante quo homini unitur. Et subdunt, quod
quando foemin gaudent imprgnari a Dmone (quod non fit, nisi in
gratiam foeminarum hoc optantium), Dmon se transformat in succubam,
et juncta homini semen ab eo recipit; aut per illusionem nocturnam in
somnis procurat ab homine pollutionem, et semen prolectum in suo nativo
calore, et cum vitali spiritu conservat, et incubando foemin infert
in ipsius matricem, ex quo sequitur conceptio. Ita multis citatis docet
Guaccius, l. 1. c. 12., per totum, qui prdicta multis exemplis
desumptis a variis Doctoribus confirmat._

24. Mais, demandera-t-on aux Auteurs, comment se fait-il que le Dmon,
qui n'a pas de corps, ait cependant avec l'homme ou la femme un commerce
charnel? Ils vous rpondent tout d'une voix que le Dmon emprunte le
cadavre d'un autre tre humain, mle ou femelle, suivant le cas, ou bien
qu'il se forme avec d'autres matires un corps  l'aide duquel il s'unit
 l'homme. Et lorsqu'il prend aux femmes la fantaisie de concevoir des
oeuvres du Dmon (ce qui n'a lieu que du consentement et suivant le
dsir exprs desdites femmes), le Dmon se transforme en succube
femelle, _et juncta homini semen ab eo recipit_; ou bien, il provoque
chez cet homme, dans son sommeil, quelque rve lascif suivi de
pollution, _et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali
spiritu conservat, et incubando foemin infert in ipsius matricem_,
d'o rsulte la conception. C'est l ce qu'enseigne _Guaccius_, livre I,
chap. 12, en apportant  l'appui de sa thse une foule de citations et
d'exemples emprunts  divers Docteurs.

_25. Alio modo jungitur Dmon tum Incubus, tum Succubus, hominibus,
foeminis aut maribus, a quibus nec honorem, nec sacrificia,
oblationes, maleficia, qu a Sagis et Maleficis, ut supra dictum est,
prtendit, recipit; sed ostendens deperdite amorem, nil aliud appetit,
quam carnaliter commisceri cum iis quos amat. Multa sunt de hoc exempla,
qu ab Auctoribus referuntur, ut Menippi Lycii, qui fuit sollicitatus a
quadam foemina ad sibi nubendum, postquam cum ea multoties coivit; et
detecta foemina qunam esset a quodam Philosopho, qui convivio
nuptiali intererat, et Menippo dixit illam esse _Compusam_, puta Dmonem
succubam, statim ejulans evanuit, ut narrat Coelius Rodiginus,
_Antiq._ lib. 29, c. 5. Pariter adolescens quidam Scotus a Dmone
succuba omnium gratissima, quas vidisset, forma, qu occlusis cubiculi
foribus ad se ventitabat, blanditiis, osculis, amplexibus per multos
menses fuit sollicitatus, ut secum coiret, ut scribit Hector Boethius,
_Hist. Scotor._ lib. 8., quod tamen a casto juvene obtinere non potuit._

25. D'autres fois aussi le Dmon, soit incube, soit succube, s'accouple
avec des hommes ou des femmes dont il ne reoit rien des hommages,
sacrifices ou offrandes qu'il a coutume d'imposer aux Sorciers et aux
Sorcires, comme on l'a vu plus haut. C'est alors simplement un amoureux
passionn, n'ayant qu'un but, un dsir: possder charnellement la
personne qu'il aime. Il y a de ceci une foule d'exemples, qu'on peut
trouver dans les Auteurs, entre autres celui de Menippus Lycius, lequel,
aprs avoir maintes et maintes fois paillard avec une femme, en fut
pri de l'pouser; mais un certain Philosophe, qui assistait au repas de
noces, ayant devin ce qu'tait cette femme, dit  Menippus qu'il avait
affaire  une _Compuse_, c'est--dire  une Diablesse succube: aussitt
notre marie de s'vanouir en gmissant..... Lisez l-dessus Coelius
Rodiginus, _Antiq._, livre 29, chap. 5. Hector Boethius, _Hist. Scot._,
raconte aussi le cas d'un jeune cossais qui, pendant plusieurs mois,
reut dans sa chambre, quoique les portes et fentres en fussent
hermtiquement fermes, les visites d'une Diablesse succube, de la plus
ravissante beaut; caresses, baisers, embrassements, sollicitations,
cette Diablesse mit tout en oeuvre _ut secum coiret_: ce qu'elle ne
put toutefois obtenir de ce vertueux jeune homme.

_26. Similiter, multas foeminas legimus ab Incubo Dmone expetitas ad
coitum, ipsisque repugnantibus facinus admittere, precibus, fletibus,
blanditiis, non secus, ac perditissimus amasius procurasse animum
ipsarum demulcere, et ad congressum inclinare; et quamvis aliquoties hoc
eveniat ob maleficium, ut nempe Dmon missus a maleficis hoc procuret:
tamen non raro Dmon ex se hoc agit, ut scribit Guaccius, _Comp. Mal._,
lib. 3. c. 8., et non solum hoc evenit cum mulieribus, sed etiam cum
equabus, cum quibus commiscetur; qu si libenter coitum admittunt, ab eo
curantur optime, ac ipsarum jub varie artificiosis et inextricabilibus
nodis texuntur; si autem illum adversentur, eas male tractat, percutit,
macras reddit, et tandem necat, ut quotidiana constat experientia._

26. On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicites au cot
par le Dmon Incube, et qui, si elles rpugnent d'abord  sauter le pas,
se laissent bientt flchir par ses prires, ses larmes, ses caresses;
c'est un amoureux fou, il faut lui cder. Et quoique ceci rsulte
parfois des malfices de quelque sorcier, qui emploie le Dmon comme
intermdiaire, il n'est point rare cependant que le Dmon agisse pour
son propre compte, comme l'crit Guaccius; et ce n'est pas seulement aux
femmes qu'il s'attaque, mais aussi aux juments: sont-elles dociles  ses
dsirs, il les accable de soins, de caresses, il tresse leur crinire en
une infinit de noeuds inextricables; mais si elles rsistent, il les
maltraite, les frappe, leur donne la morve, et finalement les tue, comme
il est constat par l'exprience de chaque jour.

_27. Et quod mirum est, et pene incapabile, tales Incubi, qui Italice
vocantur _Folletti_, Hispanice _Duendes_, Gallice _Follets_, nec
Exorcistis obediunt, nec exorcismos pavent, nec res sacras reverentur ad
earum approximationem timorem ostendendo, sicuti faciunt Dmones, qui
obsessos vexant; quantumvis enim maligni Spiritus sint obstinati, nec
parere velint Exorcist prcipienti, ut exeant a corporibus qu
obsident, tamen ad prolationem Sanctissimi Nominis Jesu, aut Mari, aut
aliquorum Versuum Sacr Scriptur, impositionem Reliquiarum, maxime
Ligni Sanct Crucis, approximationem Sacrarum Imaginum, ad os obsessi
rugiunt, strident, frendent, concutiuntur, et timorem, ac horrorem
ostendunt. Folletti vero nihil horum, ut dictum est, ostendunt, nec a
divexatione, nisi post longum tempus, cessant. Hujus rei testis sum
oculatus, et historiam recito qu reipsa humanam fidem superat: sed
testis mihi sit Deus quod puram veritatem multorum testimonio
comprobatam describo._

27. Enfin, chose prodigieuse et presque incomprhensible, ces Incubes,
qu'on appelle en Italien _Folletti_, en Espagnol _Duendes_, en Franais
_Follets_, n'obissent pas aux Exorcistes, n'ont aucune peur des
exorcismes, aucune vnration pour les objets sacrs,  l'approche
desquels ils ne manifestent pas la moindre frayeur: bien diffrents en
cela des Dmons qui tourmentent les possds; car, si obstins que
soient ces malins Esprits, si rtifs qu'ils se montrent  l'injonction
de l'Exorciste qui leur commande de dloger du corps du possd, il
suffit pourtant de prononcer le trs-saint nom de Jsus ou de Marie ou
quelques versets des Saintes critures, d'imposer des Reliques,
principalement le Bois de la Sainte Croix, ou d'approcher les Saintes
Images, pour qu'aussitt on les entende rugir  la bouche du possd, et
qu'on les voie grincer des dents, s'agiter, frmir, montrer, en un mot,
tous les signes de la crainte et de l'horreur. Mais ces coquins de
Follets, rien de tout cela n'a d'effet sur eux: s'ils discontinuent
leurs vexations, ce n'est qu'aprs longtemps et quand ils le veulent
bien. De ceci je suis tmoin oculaire, et je vais en conter une histoire
qui rellement passe toute croyance humaine: mais, que Dieu m'en soit
tmoin! c'est la pure vrit, confirme d'ailleurs par de nombreux
tmoignages.

_28. Viginti quinque abhinc annis plus, minusve, dum essem Lector Sacr
Theologi in Conventu Sanct Crucis Papi, reperiebatur in illa civitate
honesta qudam foemina maritata optim conscienti, et bonum habens ab
omnibus eam agnoscentibus, maxime Religiosis, testimonium, qu vocabatur
Hieronyma; et habitabat in Parochia Sancti Michaelis. Hc quadam die
domi su panem pinserat, et per furnarium miserat ad illum decoquendum.
Reportat panes coctos furnarius, et cum illis grandem quamdam placentam
curiose elaboratam, conditam butyro, et pastulis Venetis, ut in ea
civitate solent fieri placent hujusmodi. Renuit illa placentam
recipere, dicens, se talem nullam fecisse. Replicat furnarius, se illa
die alium panem coquendum non habuisse, nisi illum quem ab ea habuerat;
oportere proinde, etiam placentam a se fuisse factam, licet minime de
illa recordaretur. Acquievit foemina, et placentam cum viro suo, filia
quam habebat triennem, et famula comedit. Sequenti nocte, dum cubaret
mulier cum viro suo, et ambo dormirent, expergefacta est a quadam
tenuissima voce, velut acutissimi sibili ad ipsius aures susurrante,
verbis tamen distinctis: interrogavit autem foeminam, _num placenta
illi placuisset_? Pavens foemina coepit se munire signo Crucis, et
invocare spius nomina Jesu et Mari. Replicabat vox, ne paveret, se
nolle illi nocere, immo qucumque illi placerent paratum exequi, esse
filo captum pulchritudinis su, et nil amplius desiderare, quam ejus
amplexu frui. Tum foemina sensit aliquem suaviantem ipsius genas, sed
tactus ita levis, ac mollis, ac si esset gossipium subtilissime
carminatum id, a quo tacta fuit. Respuit illa invitantem, nec ullum
responsum illi dedit: sed jugiter nomen Jesu, et Mari repetebat, et se
Crucis signo muniebat, et sic per spatium quasi hor dimidi tentata
fuit, et postea abscessit tentator._

28. Il y a environ vingt-cinq ans, alors que j'tais Professeur de
Thologie Sacre au couvent de Sainte-Croix,  Pavie, habitait dans
cette ville une femme marie, d'excellentes moeurs, et dont tous ceux
qui la connaissaient, principalement les Moines, disaient le plus grand
bien. Elle se nommait Hieronyma, et demeurait sur la paroisse de
Saint-Michel. Un jour, cette femme avait ptri chez elle du pain,
qu'elle confia ensuite au fournier pour le faire cuire. Le fournier lui
rapporte le pain cuit, et en mme temps une grande galette de forme
trs-curieuse, arrange au beurre et aux ptes de Venise, comme on a
coutume de faire les gteaux dans ce pays-l. Elle refuse de recevoir
cette galette, disant qu'elle n'a rien fait de pareil. Mais, dit le
fournier, je n'ai pas eu aujourd'hui d'autre pain  cuire que le vtre:
il faut bien que la galette aussi vienne de chez vous; votre mmoire est
en dfaut. Notre bonne dame se laisse convaincre; elle accepte la
galette, et la mange en compagnie de son mari, de sa petite fille ge
de trois ans et de sa servante. La nuit d'aprs, tandis qu'elle tait
couche avec son mari et que tous deux dormaient, la voici qui s'veille
au son d'une voix extrmement fine, quelque chose comme un sifflement
aigu, mais qui cependant lui murmurait  l'oreille des paroles
trs-distinctes: cette voix lui demandait si le gteau avait t de son
got. Effraye, notre bonne dame commence  se munir du signe de la
Croix, et  invoquer coup sur coup les noms de Jsus et de Marie, Ne
crains rien, disait la voix, je ne te veux pas de mal; bien au
contraire, il n'est rien que je ne fasse pour t'tre agrable, je suis
pris de ta beaut, et mon plus grand dsir, c'est de jouir de tes
embrassements. En mme temps, elle sentait quelqu'un qui lui baisait
les joues, mais si lgrement, si mollement, qu'elle se serait crue
frle par un duvet de coton de la plus extrme finesse. Elle rsista,
sans rien rpondre, se bornant  rpter maintes et maintes fois le nom
de Jsus et de Marie, et  faire le signe de la Croix: la tentation dura
ainsi prs d'une demi-heure, aprs quoi le tentateur se retira.

_Sequenti mane fuit mulier ad Confessarium virum prudentem ac doctum, a
quo fuit in fide confirmata et exhortata, ut viriliter, sicut fecerat,
resisteret, et sacris Reliquiis se muniret. Sequentibus noctibus par
priori fuit tentatio, et verbis, et osculis, et par etiam in muliere
constantia. Hc pertsa talem ac tantam molestiam, ad Confessarii
consultationem, et aliorum gravium virorum, per Exorcistas peritos fecit
se exorcizare ad sciendum, num esset obsessa; et cum invenissent a nullo
malo spiritu possideri, benedixerunt domui, cubiculo, lecto, et
prceptum Incubo fecerunt, ne auderet molestiam amplius mulieri inferre.
Sed omnia incassum; siquidem tentationem inceptam prosequebatur, ac si
pr amore langueret, ploratus, et ejulatus emittebat ad mulierem
demulcendam, qu tamen gratia Dei adjuta semper viriliter restitit.
Renovavit Incubus tentationem, ipsi apparens interdiu in forma pusionis,
seu parvi homunculi pulcherrimi, csariem habens rutilam et crispam,
barbamque fulvam ac splendentem velut aurum, glaucosque oculos, ut flos
lini, incedebatque indutus habitu Hispanico. Apparebat autem illi
quamvis cum ea alii morarentur; et questus, prout faciunt amantes,
exercens, et jactando basia, solitasque preces repetendo tentabat
mulierem, ut ad illius amplexus admitteretur. Videbatque, et audiebat
illa sola prsentem ac loquentem, minime autem cteri adstantes._

Le matin venu, la dame alla trouver son Confesseur, homme grave et
savant, lequel la confirma dans la foi, et l'exhorta  continuer la
rsistance vigoureuse qu'elle avait faite et  se munir de quelques
saintes Reliques. Les nuits suivantes, pareille tentation, avec paroles
et baisers de mme sorte; pareille constance aussi chez la dame.
Fatigue cependant d'preuves si pnibles et si prolonges, elle prit le
parti, sur le conseil de son Confesseur et d'autres hommes srieux, de
se faire exorciser par des Exorcistes expriments pour savoir si, par
hasard, elle n'tait pas possde. Les Exorcistes, n'ayant rien trouv
en elle qui indiqut la prsence de l'Esprit malin, bnirent la maison,
la chambre  coucher, le lit, et firent injonction  l'Incube d'avoir 
cesser ses importunits. Mais chansons que tout cela! la tentation
continua de plus belle; le galant faisant mine de mourir d'amour, et
pleurant, et gmissant pour attendrir la dame, qui pourtant, avec la
grce de Dieu, resta invincible. L'Incube, alors, s'y prit d'une autre
manire: il apparut  sa belle sous la forme d'un jeune garon ou petit
homme de la plus grande beaut,  la chevelure dore et frise,  la
barbe blonde et resplendissante comme l'or, aux yeux glauques pareils 
la fleur du lin, et, pour ajouter au charme, lgamment vtu 
l'Espagnole. D'ailleurs, il ne laissait pas de lui apparatre, malgr
qu'elle se trouvt en compagnie; il se plaignait, comme font les amants,
il pleurait, il lui envoyait des baisers, employait en un mot tous les
moyens de sduction possibles pour obtenir ses faveurs. Elle seule le
voyait et l'entendait: pour tout autre qu'elle, il n'y avait rien.

_Perseverabat in illa constantia mulier, donec contra eam iratus
Incubus, post aliquos menses blanditiarum novum persecutionis genus
adortus est. Primo abstulit ab ea crucem argenteam plenam Reliquiis
Sanctorum, et ceram benedictam, sive Agnum papalem B. Pontificis Pii V.,
qu secum semper portabat; mox etiam annulos et alia jocalia aurea et
argentea ipsius, intactis seris, sub quibus custodiebantur, in arca
suffuratus est. Exinde coepit illam acriter percutere, et apparebant
post verbera contusiones, et livores in facie, brachiis, aliisque
corporis partibus, qu per diem unum, vel alterum perdurabant, mox in
momento disparebant contra ordinem contusionis naturalis, qu sensim
paulatimque decrescit. Aliquoties ipsius infantulam lactentem cunis
eripiebat, et illam, nunc super tecta in limine prcipitii locabat, nunc
occultabat, nihil tamen mali in illa apparuit. Aliquoties totam domus
supellectilem evertebat; aliquoties ollas, paropsides, et alia vasa
testea minutatim frangebat, subinde fracta restituebat integra. Semel
dum ipsa cum viro suo cubaret, apparens Incubus in forma solita, enixe
deprecabatur ab ea concubitum, et dum ipsa de more constans resisteret,
in furorem actus Incubus abscessit, et infra breve temporis spatium
reversus est, secum ferens magnam copiam laminarum saxearum, quibus
Genuenses in civitate sua et universa Liguria domos tegunt, et ex ipsis
fabricavit murum circa lectum tant altitudinis, ut ejus conopeum
adquaret, unde necesse fuit scalis uti, si debuerunt de cubili surgere.
Murus autem fuit absque calce, et ipso destructo, saxa in angulo
seposita, qu ibi per duos dies remanserunt visa a multis, qui ad
spectaculum convenerant; et post biduum disparuerunt._

Notre bonne dame, donc, persvrait dans cette admirable constance,
quand enfin, au bout de quelques mois, l'Incube irrit recourut  un
nouveau genre de perscutions. D'abord il lui enleva une croix d'argent
remplie de saintes Reliques, et une cire bnite ou Agneau papal du
Bienheureux Pontife Pie V, qu'elle portait toujours sur elle; puis, ce
fut le tour des bagues et autres bijoux d'or et d'argent, qu'il droba,
sans toucher aux serrures, dans la cassette o ils taient enferms.
Ensuite il commena  la frapper cruellement, et aprs chaque vole de
coups on lui voyait  la figure, au bras et  d'autres endroits du
corps, des contusions et des bleus qui duraient un jour ou deux, et tout
 coup disparaissaient en un moment, au rebours des contusions
naturelles, qui dcroissent peu  peu et par degrs. Quelquefois, tandis
qu'elle donnait  teter  sa petite fille, il la lui enlevait de dessus
ses genoux, pour la placer sur le toit, au bord de la gouttire, ou bien
il la cachait, mais sans jamais lui occasionner aucun mal. Tantt il
mettait sens dessus dessous tout le mnage, tantt il cassait en mille
pices les marmites, les assiettes et autres vases de terre, et en un
clin d'oeil les rtablissait dans leur tat primitif. Une nuit qu'elle
tait couche avec son mari, l'Incube, lui apparaissant sous sa forme
habituelle, la pria nergiquement de se laisser faire; elle rsista
comme de coutume. Furieux, l'Incube se retire et, fort peu de temps
aprs, le voici qui rentre avec une charge norme de ces plaquettes de
pierre, dont les habitants de Gnes et de la Ligurie en gnral se
servent pour couvrir leurs maisons. De ces pierres, il btit autour du
lit un mur si lev qu'il en atteignait le ciel et que nos poux, pour
en sortir, eurent besoin de se faire apporter une chelle. Ce mur, du
reste, tait construit sans chaux; on le dtruisit, et on mit les
pierres dans un coin, o elles restrent exposes  tous les regards
pendant deux jours, aprs quoi elles disparurent.

_Invitaverat Maritus ejus in die S. Stephani quosdam amicos viros
militares ad prandium, et pro hospitum dignitate dapes paraverat; dum de
more lavantur manus ante accubitum, disparet in momento mensa parata in
triclinio; disparent obsonia cuncta, olla, caldaria, patin, ac omnia
vasa in coquina; disparent amphor, canthari, calices parati ad potum.
Attoniti ad hoc stupent commensales, qui erant octo, inter quos Dux
peditum Hispanus ad alios conversus ait: Ne paveatis, ista est illusio,
sed pro certo mensa in loco in quo erat, adhuc est, et modo modo eam
tactu percipiam. Hisque dictis circuibat coenaculum manibus extentis
tentans mensam deprehendere, sed cum post multos circuitus incassum
laborasset, et nil prter rem tangeret, irrisus fuit a cteris; cumque
jam grandis esset prandii hora, pallium proprium eorum unusquisque
sumpsit propriam domum petiturus. Jam erant omnes prope januam domus in
procinctu eundi associati a marito vexat mulieris, urbanitatis causa;
cum grandem quendam strepitum in coenaculo audiunt. Subsistunt
parumper ad cognoscendum causam strepitus, et accurrens famula nuntiat
in coquina vasa nova obsoniis plena apparuisse, mensamque in coenaculo
jam paratam esse restitutam. Revertuntur in coenaculum, et stupent
mensam mappis et manutergiis insolitis, salino, et lancibus insolitis
argenteis, salsamentis, ac obsoniis, qu domi parata non fuerant,
instructam. A latere magna erecta erat credentia, supra quam optimo
ordine stabant calices crystallini, argentini, et aurei cum variis
amphoris, lagenis, cantharis plenis vinis exteris, puta Cretensi,
Campano, Canariensi, Rhenano, etc. In coquina pariter in ollis, et vasis
itidem in ea domo nunquam visis varia obsonia. Dubitarunt prius nonnulli
ex iis eas dapes gustare, sed confirmati ab aliis accubuerunt, et
exquisitissime omnia condita repererunt; ac immediate a prandio, dum
omnes pro usu illius temporis ad ignem sedent, omnia ustensilia cum
reliquiis ciborum disparuere, et repert sunt antiqu domus
supellectiles simul cum dapibus, qu prius parat fuerant; et quod mirum
est, conviv omnes saturati sunt, ita ut nullus eorum coenam sumpserit
pr prandii lautitia. Quo convincitur cibos appositos reales fuisse, et
non ex prstigio reprsentatos._

Le jour de la Saint-Etienne, le mari avait invit  dner quelques
braves militaires de ses amis, et, pour faire honneur  ses htes, avait
prpar un repas respectable. Tandis que, suivant l'usage, on se lave
les mains avant de s'asseoir, zest! voil tout  coup la table disparue:
disparus aussi tous les mets, les marmites, les chaudrons, les plats et
toute la vaisselle dans la cuisine; disparus les cruches, les flacons,
les verses. Je vous laisse  penser l'tonnement, la stupeur de nos
convives; ils taient huit, et dans le nombre un capitaine d'infanterie
Espagnol, lequel, se tournant vers ses camarades, leur dit: N'ayez pas
peur, c'est une farce, mais sacrebleu! il y avait une table ici, elle y
est encore; minute, je vais la retrouver. Ceci dit, notre brave fait le
tour de la salle, les mains tendues, essayant de saisir la table; mais
aprs bien des tours, voyant qu'il n'arrivait  rien qu' toucher de
l'air, les autres se moqurent de lui; et comme il tait dj grand
temps de dner, chacun prit sa capote et se mit en devoir de rentrer
chez soi. Ils taient dj tous  la porte de la maison avec le mari
qui, par politesse, leur faisait un bout de conduite, lorsqu'ils
entendent un grand bruit dans la salle  manger. Ils s'arrtent pour en
savoir la cause, et bientt la servante accourt leur annoncer que la
cuisine est pleine de vases nouveaux chargs de mets, et que la table
est remise en place dans la salle  manger. Ils y reviennent, et ne sont
pas peu surpris de voir la table couverte de nappes, de serviettes, de
salires, de plateaux qui n'appartenaient pas  la maison, et de mets
qui n'y avaient pas t prpars. Sur le ct tait une grande crdence,
o l'on admirait, disposs dans le meilleur ordre, des calices de
cristal, d'argent et d'or, avec toutes sortes d'amphores, de flacons, de
coupes, remplis de vins trangers: vin de Crte, de Campanie, des
Canaries, du Rhin, etc. Dans la cuisine aussi, une abondante varit de
mets dans des marmites et des plats qu'on n'avait jamais vus. Plusieurs
de nos convives hsitrent d'abord  goter de ces mets; toutefois,
encourags par d'autres, ils se mirent  table, et tous eurent bientt
fait leur affaire du repas, qu'ils trouvrent exquis. Immdiatement
aprs, comme ils taient assis devant le feu suivant l'habitude de la
saison, tout disparut  la fois, vaisselle et desserte, et  la place
reparut l'ancien couvert du logis avec les plats qui avaient t
prpars; mais, chose tonnante, tous les convives taient rassasis, si
bien que personne n'eut envie de souper aprs un dner de cette
magnificence. Ce qui prouve assez que les mets substitus aux premiers
taient rels et non imaginaires.

_Interea effluxerant multi menses, ex quo coeperat hujusmodi
persecutio: et mulier votum fecit B. Bernardino Feltrensi, cujus sacrum
corpus veneratur in Ecclesia S. Jacobi prope murum illius urbis,
incedendi per annum integrum indutam panno griseo, et chordulato, quo
utuntur Fratres Minores, de quorum ordine fuit B. Bernardinus, ut per
ipsius patrocinium a tanta incubi vexatione liberaretur. Et de facto die
28. Septembris, qui est pervigilium Dedicationis S. Michaelis
Archangeli, et festum B. Bernardini, ipsa veste votiva induta est. Mane
sequenti, quod est festum S. Michaelis, ibat vexata ad ecclesiam S.
Michaelis, qu ut diximus erat parochialis ipsius, circa medium mane,
dum frequens populus ad illam confluebat; et cum pervenisset ad medium
plate ecclesi, omnia ipsius indumenta et ornamenta ceciderunt in
terram et rapta vento statim disparuerunt, ipsa relicta nuda. Adfuerunt
sorte inter alios duo equites viri longvi, qui factum videntes dejectis
ab humero propriis palliis mulieris nuditatem, ut potuerunt, velarunt,
et rhed impositam ad propriam domum duxerunt. Vestes et jocalia qu
rapuerat Incubus, non restituit nisi post sex menses._

Cependant il y avait plusieurs mois que durait cette perscution,
lorsque la dame s'adressa au Bienheureux Bernardin de Feltre, dont on
vnre le corps dans l'glise de Saint-Jacques,  une petite distance
des murs de la ville. Elle lui fit voeu de rester une anne entire
revtue d'un froc gris, serr avec une corde, pareil  ceux que portent
les Frres Mineurs,  l'Ordre desquels appartenait ce Bienheureux
Bernardin, esprant, par son intercession, tre enfin dlivre des
perscutions de l'Incube. Et de fait, le 28 septembre, qui est la Vigile
de la Ddicace de Saint-Michel Archange, et la fte du Bienheureux
Bernardin, elle revtit la robe votive. Le lendemain matin, fte de
Saint-Michel, notre afflige prit le chemin de l'glise de Saint-Michel,
qui tait, comme je l'ai dit, sa propre paroisse; c'tait vers les dix
heures, au moment o une foule norme se rendait  la messe. Or, la
pauvrette n'eut pas plutt mis le pied sur le parvis de l'glise, que
tout  coup ses vtements et ornements tombrent  terre, et disparurent
enlevs par le vent, la laissant elle-mme nue comme la main. Il se
trouva l fort heureusement, parmi la foule, deux cavaliers d'un ge
mr, lesquels, voyant la chose, s'empressrent de quitter leurs
manteaux, pour en cacher tant bien que mal la nudit de cette femme; et,
l'ayant mise dans une voiture, la reconduisirent chez elle. Quant aux
vtements et aux bijoux drobs par l'Incube, il ne les rendit qu'au
bout de six mois.

_Multa alia, et quidem stupenda operatus est contra eam Incubus, qu
tdet excribere, et per multos annos in ea tentatione permansit,
tandemque Incubus videns operam in ea perdere, destitit a tam importuna
et insolita vexatione._

Bref, je pourrais vous conter bien d'autres tours, et des plus drles,
que lui joua encore cet Incube, mais il y a terme  tout. Qu'il suffise
de savoir que, pendant nombre d'annes, il persista dans sa tentation;
mais, enfin, voyant qu'il y perdait son temps et sa peine, force lui fut
de lever le sige.

_29. In hoc casu, et similibus qui passim audiuntur et leguntur, Incubus
ad nullum actum contra Religionem tentat, sed solum contra castitatem.
Hinc fit quod ipsi consentiens non peccat irreligiositate, sed
incontinentia._

29. Dans le cas ci-dessus, comme dans quelques autres de mme sorte
qu'on peut lire ou entendre raconter de temps en temps, l'Incube ne fait
tentation d'aucun acte contraire  la Religion, mais seulement  la
chastet. En consquence, si l'on cde  la tentation, on ne pche point
par impit, mais par incontinence.

_30. In confesso autem est apud Theologos et Philosophos, quod ex
commixtione hominis, cum Dmone aliquoties nascuntur homines et tali
modo nasciturum esse Antichristum opinantur nonnulli Doctores: Bellarm.,
lib. 1. _de Rom. Pont._ cap. 12., Suarez, tom. 2. disp. 54. sec. 1.;
Maluend., _de Antichr._ l. 2. c. 8. Immo observant, quod, qui gignuntur
ab hujusmodi Incubis, naturali causa etiam evenit, ut nascantur grandes,
robustissimi, ferocissimi, superbissimi, ac nequissimi ut scripsit
Maluenda, _loc. cit.  Ad illud_; et hujus rationem recitat ex Vallesio
Archiat. Reggio. _Sac. Philosoph._ c. 8., dicente quod Incubi
_summittunt in uteros non qualecumque, neque quantumcumque semen, sed
plurimum, crassissimum, calidissimum, spiritibus affluens et seri
expers. Id vero est eis facile conquirere, deligendo homines calidos,
robustos, et abundantes multo semine, quibus succumbant, deinde, et
mulieres tales, quibus incumbant, atque utrisque voluptatem solito
majorem afferendo, tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum
majori voluptate excernitur_. Hc Vallesius. Confirmat vero Maluenda
supradicta, probando, ex variis et classicis Auctoribus, ex hujusmodi
concubitu natos: Romulum ac Remum, Liv. _decad. 1._; Plutarch. _in vit.
Romul., et Parallel._; Servium Tullium, sextum regem Romanorum, Dionys.
Halicar. lib. 4., Plin. lib. 36. c. 27.; Platonem Philosophum, Laer. l.
9. de _Vit. Philos._, D. Hyeron. l. 1. _Controvers. Jovinian._;
Alexandrum Magnum, Plutarch., _in vit. Alex. M._; Quint. Curt., l. 4.
_de Gest. Alex. M._; Seleucum, regem Syri, Just., _Hist._ l. 15.,
Appian., _in Syriac._; Scipionem Africanum Majorem, Liv., _decad._ 3.
lib. 6.; Csarem Augustum Imperatorem, Sueton., _in Octa._ c. 94.;
Aristomenem Messenium, strenuissimum ducem Grcorum, Strabo, _de Sit.
Orb._ lib. 8., Pausan. _de Rebus Grcor._ lib. 3.; et Merlinum, seu
Melchinum Anglicum ex Incubo et Filia Caroli Magni Moniali, Hauller,
volum. 2. Generat. 7.; quod etiam de Martino Luthero, perditissimo
Heresiarca, scribit Cocleus apud Maluendam, de _Antich._ lib. 2. c. 6.
_ Cterum_._

30. Or, il est avr pour les Thologiens et les Philosophes, que de la
copulation de l'homme, mle ou femelle, avec le Dmon, naissent
quelquefois des hommes; et c'est de la sorte que doit natre
l'Antechrist, suivant bon nombre de Docteurs: Bellarmin, Suarez,
Maluenda, etc. Ils observent en outre que, par une cause toute
naturelle, les enfants ainsi procrs par les Incubes, sont grands,
trs-robustes, trs-audacieux, trs-superbes et trs-mchants. Voyez
l-dessus Maluenda; quant  la cause en question, il nous la donne
d'aprs Vallesius, Archiatre de Reggio. Ce que les Incubes introduisent
_in uteros_, n'est pas _qualecumque, neque quantumcumque semen_, mais
abondant, trs-pais, trs-chaud, trs-charg d'esprits et sans aucune
srosit. Ceci est d'ailleurs pour eux chose facile: ils n'ont qu'
choisir des hommes chauds, robustes, _et abundantes multo semine, quibus
succumbant_; puis des femmes de mme temprament, _quibus incumbant_, en
ayant soin de procurer aux uns et aux autres _voluptatem solito majorem,
tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum majori voluptate
excernitur_. Tels sont les termes de Vallesius. Maluenda confirme ce
qui a t dit plus haut, prouvant, par le tmoignage de divers Auteurs,
classiques la plupart, que c'est  pareilles unions que doivent leur
naissance: Romulus et Rmus, d'aprs _Tite-Live_ et _Plutarque_;
Servius-Tullius, sixime roi des Romains, d'aprs _Denys d'Halicarnasse_
et _Pline l'Ancien_; Platon le Philosophe, d'aprs _Diogne Larce_ et
_Saint Jrme_; Alexandre le Grand, d'aprs _Plutarque_ et
_Quinte-Curce_; Sleucus, roi de Syrie, d'aprs _Justin_ et _Appien_;
Scipion l'Africain, premier du nom, d'aprs _Tite-Live_; l'empereur
Csar-Auguste, d'aprs _Sutone_; Aristomne de Messnie, illustre
gnral Grec, d'aprs _Strabon_ et _Pausanias_. Ajoutons encore
l'Anglais Merlin ou Melchin, n d'un Incube et d'une Religieuse, fille
de Charlemagne; et, enfin, comme l'crit Cocleus, cit par Maluenda, ce
damn Hrsiarque, qui a nom Martin Luther.

_31. Salva tamen tot, et tantorum Doctorum, qui in ea opinione
conveniunt, reverentia, non video, quomodo ipsorum sententia possit
subsistere; tum quia, ut optime opinatur Pererius, tom. 2. _in Genes._
cap. 6. disp. 5., tota vis et efficacia humani seminis consistit in
spiritibus, qui difflantur, et evanescunt, statim ac sunt extra
genitalia vasa, a quibus foventur, et conservantur, ut scribunt Medici.
Nequit proinde Dmon semen acceptum conservare, ita ut aptum sit
generationi, quia vas, quodcumque sit illud, in quo semen conservare
tentaret, oporteret, quod caleret calore assimetro a nativo organorum
human generationis; similarem enim a nullo alio prterquam ab organis
ipsis habere potest. In vase autem non calente vi tali calore, sed
alieno, spiritus resolvuntur, nec sequi potest generatio. Tum quia
generatio actus vitalis est, per quem homo generans de propria
substantia semen defert per organa naturalia ad locum generationi
congruentem. In casu autem delatio seminis non potest esse actus vitalis
hominis generantis, quia ab eo non infertur in matricem; proinde nec
dici potest, quod homo cujus est semen, generet foetum, qui ex eo
nascitur. Neque Incubus ipsius pater dici potest; quia de ipsius
substantia semen non est. Hinc fiet, quod nascetur homo, cujus nemo
pater sit, quod est incongruum. Tum quia in patre naturaliter generante
duplex causalitas concurrit, nempe materialis, quia semen, quod materia
generationis, ministrat, et efficiens, quia agens principale est in
generatione, ut communiter statuunt Philosophi. In casu autem nostro
homo ministrando solum semen, puram materiam exhiberet absque ulla
actione in ordine ad generationem; proinde non posset dici pater filii,
qui nasceretur: et hoc est contra id, quod homo genitus ab Incubo non
est illius filius, sed est filius ejus viri, a quo Incubus semen
sumpsit._

31. Cependant, sauf le respect d  tant et de si grands Docteurs, je ne
vois pas comment leur opinion pourrait rsister  l'examen. En effet,
comme l'observe trs-bien Pererius, dans son _Commentaire sur la Gense,
chap. 6_, toute la force, toute l'efficacit du sperme humain consiste
dans les esprits, qui s'vaporent et s'vanouissent aussitt sortis des
vases gnitaux, o ils taient chaudement emmagasins: les Mdecins sont
d'accord l-dessus. Il n'est donc pas possible au Dmon de conserver le
sperme qu'il a reu, dans un tat d'intgrit suffisant pour produire
gnration; car, quel que soit le vase o il essayerait de le retenir,
il faudrait que le vase et une chaleur gale  la chaleur naturelle des
organes gnitaux humains, laquelle ne se trouve nulle part que dans ces
mmes organes. Or, dans un vase o cette chaleur n'est pas naturelle,
mais factice, les esprits se rsolvent, et aucune gnration n'est
possible. Une seconde objection, c'est que la gnration est un acte
vital par lequel l'homme, engendrant de sa propre substance, introduit
le sperme, au moyen d'organes naturels, dans le lieu propre  la
gnration. Au contraire, dans le cas spcial qui nous occupe,
l'introduction du sperme ne peut pas tre un acte vital de l'homme
engendrant, puisque ce n'est point par lui qu'il est introduit dans la
matrice; et, par la mme raison, on ne peut pas dire que l'homme,  qui
appartenait le sperme, ait engendr le foetus qui en est procr.
L'Incube, non plus, ne saurait tre considr comme son pre, puisque le
sperme n'est pas de sa propre substance. Voil donc un enfant mis au
monde, et n'ayant personne pour pre, ce qui est absurde. Troisime
objection: quand le pre engendre naturellement, il y a concours de deux
causalits: l'une matrielle, car il fournit le sperme, qui est la
matire de la gnration; l'autre efficiente, car il est l'agent
principal dans la gnration, suivant l'opinion commune des Philosophes.
Mais, dans notre espce, l'homme, se bornant  fournir le sperme, ne
ferait l'apport que d'une matire pure et simple, sans aucune action
tendant  gnration; donc, il ne pourrait tre considr comme le pre
de l'enfant procr dans ces circonstances: et ceci est contraire  la
notion que l'enfant engendr par un Incube n'est pas le fils de
l'Incube, mais le fils de l'homme dont cet Incube a emprunt le sperme.

_32. Prterea omni probabilitate caret quod scribit Vallesius, et ex eo
recitavimus supra n 30.; mirorque a doctissimi viri calamo talia
excidisse. Notissimum enim est apud Physicos, quod magnitudo foetus
non est a quantitate molis, sed est a quantitate virtutis, hoc est
spirituum in semine: ab ea enim tota generationis ratio dependet, ut
optime testatur Michael Ettmullerus, _Instit. Medic. Physiolog._ car.
22. thes. 1. fol. m. 39., scribens: _Tota generationis ratio dependet a
spiritu genitali sub crassioris materi involucro excreto; ista materia
seminis crassa nullo modo, vel in utero subsistente, vel ceu materia
foetum constituente: sed solus spiritus genitalis maris unitus cum
spiritu genitali mulieris in poros uteri, seu quod rarius fit in tubos
uteri se insinuat, indeque uterum fecundum reddit_. Quid ergo facere
potest magna quantitas seminis ad foetus magnitudinem? Prterea nec
semper verum est, quod tales geniti ab Incubis magnitudine molis
corpore insignes sint: Alexander enim Magnus, qui, ut diximus, natus
taliter scribitur, statura pusillus erat; unde carmen,_

  Magnus Alexander corpore parvus erat.

32. En outre, ce qu'crit Vallesius, et que nous avons cit d'aprs lui
(voir plus haut, n 30), n'a pas la moindre probabilit; et je m'tonne
qu'une telle normit ait pu tomber de la plume d'un si docte
personnage. Les Mdecins, en effet, savent parfaitement que la grandeur
du foetus ne tient pas  la quantit de matire, mais  la quantit
de vertu, c'est--dire d'esprits contenus dans la semence; l est tout
le secret de la gnration, comme le remarque trs-bien Michel
Ettmuller, _Institut. Medic. Physiolog._: La gnration, dit-il,
dpend entirement de l'esprit gnital contenu dans une enveloppe de
matire plus paisse; cette matire spermatique ne reste pas dans
l'utrus, et ne contribue en rien  former le foetus; seul,
l'esprit gnital du mle, uni  l'esprit gnital de la femme, pntre
dans les pores, ou, plus rarement, dans les tubes de l'utrus, qu'il
fconde par ce moyen. Quel peut donc tre l'effet d'une grande quantit
de sperme, au point de vue de la grandeur du foetus? De plus, il
n'est pas toujours vrai que les hommes ainsi engendrs par des Incubes,
soient remarquables par la grandeur de leur corps; Alexandre le Grand,
par exemple, qu'on raconte tre n de cette manire, comme nous l'avons
dit, tait de fort petite taille, d'o ce vers:

  _Magnus Alexander corpore parvus erat._

_Item quamvis taliter concepti supra cteros homines excellant, non
tamen hoc semper est in vitiis, sed aliquando in virtutibus etiam in
moralibus, ut patet in Scipione Africano, Csare Augusto, et Platone
Philosopho, de quibus Livius, Suetonius et Laertius respective scribunt,
quod optimi in moribus fuere; ut proinde arguere possimus, quod si alii
eodem modo geniti pessimi fuere, hoc non fuerit ex hoc, quod fuerint ab
Incubo geniti, sed quia tales ex proprio arbitrio extitere._

Enfin, quoique les personnages conus dans ces conditions soient
gnralement suprieurs aux autres hommes, ce n'est pas toujours dans
les vices qu'ils excellent, mais quelquefois aussi dans les vertus, mme
morales; exemple: Scipion l'Africain, Csar-Auguste et Platon le
Philosophe, qui, d'aprs les tmoignages respectifs de Tite-Live,
Sutone et Diogne Larce, taient de moeurs excellentes. De quoi nous
pouvons conclure que si d'autres individus, engendrs de mme manire,
ont t de parfaits coquins, ce n'est pas parce qu'ils devaient la vie 
un Incube, mais parce que, de leur libre arbitre, il leur avait plu
d'tre tels.

_Pariter ex textu Sacr Scriptur, _Gen._ c. 6. v. 4., habemus quod
gigantes nati sunt ex concubitu filiorum Dei cum filiabus hominum, et
hoc ad litteram sacri textus. Gigantes autem homines erant _statura
magna_, ut eos vocat Baruch, c. 3. v. 26, et excedente communem hominum
proceritatem. Monstruosa statura, robore, latrociniis, et tyrannide
insignes; unde Gigantes per sua scelera fuerunt maxima, et potissima
causa Diluvii, ait Cornelius a Lapid. _in Gen._ c. 6. v. 4. _
Burgensis_. Non quadrat autem quorumdam expositio, quod nomine filiorum
Dei veniant filii Seth, et vocabulo filiarum hominum fili Cain, eo quod
illi erant pietati, Religioni, et cteris virtutibus addicti,
descendentes autem a Cain viceversa: nam salva opinantium, Chrysost.
Cyrill. Theodor. Rupert. Ab., et Hilar. in Psalm. 132. apud Cornel. a
Lap. c. 6. G. v. 2. _ Verum dies_, reverentia, talis expositio non
cohret sensui patenti litter; ait enim Scriptura, quod ex conjunctione
talium nati sunt homines monstruos proceritatis corpore: ante illam
ergo tales gigantes non extiterunt: quod si ex ea orti sunt, hoc non
potuit esse ex eo, quod filii Seth coivissent cum filiabus Cain, quia
illi erant statur ordinari, prout etiam fili Cain, unde oriri ex his
naturaliter non potuerunt, nisi filii statur ordinari; si ergo
monstruosa statura filii nati sunt ex tali conjunctione, hoc fuit, quia
non fuerunt prognati ex ordinaria conjunctione viri cum muliere, sed ex
Incubis dmonibus qui ratione natur ipsorum optime possunt vocari filii
Dei, et in hac sententia sunt Philosophi Platonici, et Franciscus
Georgius Venetus, tom. 1. problem. 74.: nec dissentiunt ab eadem Joseph.
Hebrus, Philo Judus, S. Justinus Martyr, Clemens Alexandrinus, et
Tertullianus. Joseph. Hebrus, _Antiq._ l. 1., Philo, l. _de Gigant._,
S. Justinus M., _Apolog._ 1., Clemens Alex., lib. 3., Tertull., lib. _de
Habit. Mul._, apud Cornel., loc. cit., Hugo de S. Victor., _Annot. in
Gen._, c. 6., qui opinantur illos fuisse Angelos quosdam corporeos qui
in luxuriam cum mulieribus delapsi sunt, ut enim infra ostendemus ist
du sententi in unam, et eamdem conveniunt._

On lit aussi dans la Sainte criture, _Gense, chap. 6, verset 4_, que
des gants sont ns du commerce des fils de Dieu avec les filles des
hommes: ceci est la lettre mme du texte sacr. Or, ces gants taient
des hommes de _grande stature_, comme il est dit dans _Baruch, chap. 3,
verset 26_, et de beaucoup suprieurs aux autres hommes. Outre cette
taille monstrueuse, ils se signalaient encore par leur force, leurs
rapines, leur tyrannie; aussi est-ce aux crimes des Gants qu'il
convient d'attribuer la cause premire et principale du Dluge, suivant
Cornelius a Lapide, dans son _Commentaire sur la Gense_. Quelques-uns
prtendent que, sous le nom de Fils de Dieu, il faut entendre les fils
de Seth, et, sous celui de Filles des hommes, les filles de Can, parce
que les premiers pratiquaient la pit, la religion et toutes les autres
vertus, au rebours des enfants de Can, qui se signalaient par tout le
contraire; mais, sauf le respect d  Chrysostome, Cyrille, Hilaire et
autres qui partagent cette opinion, on avouera qu'elle est en dsaccord
avec le sens patent du texte. Que dit en effet l'criture? Que de la
conjonction des susdits sont ns des hommes d'une monstrueuse grandeur
corporelle: donc, ces gants n'existaient pas auparavant; et si leur
naissance a t le rsultat de cette union, il n'est pas admissible
qu'on puisse l'attribuer au commerce des fils de Seth avec les filles de
Can, lesquels, tant eux-mmes de taille ordinaire, n'ont pu procrer
que des enfants de taille ordinaire. Par consquent, si la conjonction
dont il s'agit a donn le jour  des tres d'une monstrueuse stature, il
faut y voir, non le commerce ordinaire de l'homme avec la femme, mais
l'opration des Dmons Incubes, qui,  raison de leur nature, peuvent
trs-bien tre appels fils de Dieu. Cet avis est celui des Philosophes
Platoniciens et de Franois Georges de Venise; et il n'est pas en
contradiction avec celui de Josphe l'Historien, Philon de Jude, S.
Justin martyr, Clment d'Alexandrie et Tertullien, d'aprs lesquels ces
Incubes seraient des Anges corporels qui se sont laisss glisser dans le
pch de luxure avec les femmes. En effet, comme nous le montrerons plus
loin, il n'y a l, sous une apparence double, qu'une seule et mme
opinion.

_33. Si ergo Incubi tales, ut fert communis sententia, Gigantes
genuerunt, accepto semine ab homine, juxta id, quod supra dictum est,
non potuerunt ex illo semine nasci nisi homines ejusdem statur plus,
minusve, cum eo a quo semen acceptum est: nec enim facit ad altiorem
corporis staturam major seminis quantitas, ita ut attracta insolite a
Dmone, dum succubus fit homini, augeat ultra illius staturam enormiter
corpus ab eo geniti; quia, ut supra diximus, hoc residet in spiritu, et
non in mole seminis: ut proinde necesse sit concludere, quod ab alio
semine, quam humano hujusmodi gigantes nati sint, et proinde Dmon
Incubus non humano, sed alio semine utatur ad generationem. Quid igitur
dicendum?_

33. Si donc ces Incubes, d'aprs l'avis commun, ont engendr des Gants
au moyen de sperme emprunt  l'homme ainsi qu'il a t dit plus haut,
il est impossible qu'il soit n de ce sperme autre chose que des hommes
de mme taille, plus ou moins, que celui qui l'avait fourni; car ce
serait en vain que le Dmon, en jouant avec l'homme son rle de Succube,
lui soutirerait une dose extraordinaire de liqueur prolifique pour en
procrer des enfants de plus forte taille: la dose ici ne fait rien 
l'affaire, puisque, comme nous l'avons dit, tout dpend de la vitalit
de cette liqueur, non de sa quantit. Nous arrivons donc forcment 
cette conclusion: que les Gants sont ns d'un sperme autre que celui de
l'homme, et que, par consquent, le Dmon Incube, pour engendrer,
emploie un sperme qui n'est pas emprunt  l'homme. Mais alors, que
faut-il dire?

_34. Quantum ad hoc, sub correctione Sanct Matris Ecclesi, et mere
opinative dico, Incubum Dmonem dum mulieribus commiscetur, ex proprio
ipsius semine hominem generare._

34. Sous le contrle de Notre Sainte Mre glise, et  titre de simple
opinion, je dis que le Dmon Incube, dans son commerce avec les femmes,
engendre le foetus humain de sa propre semence.

_35. Paradoxa in fide, et parum sana nonnullis videbitur hc opinio; sed
lectorem meum deprecor, ut judicium non prcipitet de ea: ut enim
incivile est nondum tota lege perspecta judicare, ut Celsus, lib. 24.
ff. de legib. et S. C., ait, ita neque damnanda est opinio, nisi prius
examinatis, ac solutis argumentis, quibus innititur. Ad probandam igitur
supradatam conclusionem, nonnulla sunt necessario prmittenda._

35. Beaucoup de gens trouveront cette proposition htrodoxe et peu
sense, mais je supplie mon lecteur de ne pas la condamner  la lgre;
car si, comme l'observe Celse, il n'est pas convenable de prononcer un
jugement sans avoir examin la loi sous toutes ses faces, de mme il est
injuste de condamner une opinion avant d'avoir pes et rfut les
arguments sur lesquels elle s'appuie. Il s'agit donc de prouver ma
conclusion, et je dois ncessairement,  cet effet, entrer dans quelques
dveloppements.

_36. Prmittendum primo de fide est, quod dentur Creatur pure
spirituales nullo modo de materia corporea participantes, prout habetur
ex Concillio Lateranensi, sub Innocentio Tertio, c. Firm. de Sum. Trin.
et Fid. Cath. Conc. Eph. in Epist. Cyrill. ad Reggia, et alibi.
Hujusmodi autem sunt Angeli beati, et Dmones damnati ad ignem
perpetuum. Quamvis vero nonnulli Doctores, Bann. par. 1. q. 5. ar. 1.
Can. _de Loc. Theol._ l. 5. c. 5. Sixt. seu _Bibliot. San._ l. 5. annot.
8., Mirand. _Sum. Concil._ v. _Angelus_, Molina, p. 1. q. 50., a. 1.,
Carranz., _Annot. ad Synod._ 7., etiam post Concilium illud docuerint
spiritualitatem Angelorum et Dmonum non esse de fide, ita ut nonnulli
alii, Bonav. in lib. 2. sent. dist. 3. q. 1., Scot. _de Anim._ q. 15.,
Cajet. _in Gen._ c. 4., Franc. Georg. _Problem._ l. 2. c. 57., August.
Hyph., _de Dmon._, l. 3. c. 3., scripserint illos esse corporeos, et
proinde Angelos Dmonesque corpore et spiritu constare non esse
propositionem hreticam, neque erroneam probet Bonaventura Baro, _Scot.
Defens._ tom. 9. apolog. 2., act. 1., p.  7.: tamen quia Concilium
ipsum statuit de fide tenendum, _Deum esse Creatorem omnium visibilium,
et invisibilium, spiritualium, et corporalium, qui utramque de nihilo
condidit creaturam spiritualem et corporalem Angelicam, videlicet ut
mundanam_: ideo dico de fide esse quasdam creaturas dari mere
spirituales, et tales esse Angelos, non quidem omnes, sed quosdam._

36. En premier lieu, je constate, comme un article de foi, l'existence
de Cratures purement spirituelles, n'ayant aucun rapport avec la
matire corporelle, ainsi que l'a dcid le Concile de Latran, sous
Innocent III. Tels sont les Anges bienheureux, et les Dmons condamns
au feu ternel. Un certain nombre de Docteurs, il est vrai, ont
enseign, mme aprs ce Concile, que la spiritualit des Anges et des
Dmons n'tait pas article de foi; d'autres mme, allant plus loin, ont
affirm qu'ils taient corporels, d'o Bonaventure Baron a conclu qu'il
n'y avait rien d'hrtique ni d'incohrent  donner aux Anges et aux
Dmons une double substance, corporelle et spirituelle. Cependant, en
prsence de la dclaration formelle du Concile, qu'il est de foi que
_Dieu est le Crateur de toutes choses visibles et invisibles,
spirituelles et corporelles, qui a tir du nant toute crature
spirituelle et corporelle, Anglique ou terrestre_, je dis qu'il est de
foi d'admettre l'existence de certaines cratures purement spirituelles,
et que tels sont les Anges: non pas tous, mais un certain nombre.

_37. Inaudita forsan erit sententia hc, sed non destituta erit
probabilitate. Si enim a Theologis tanta inter Angelos diversitas
specifica, et proinde essentialis statuitur, ut in via D. Thom, p. p.,
q. 50., ar. 4., plures Angeli nequeant esse in eadem specie, sed
quilibet Angelus propriam speciem constituat, profecto nulla invenitur
repugnantia, quod Angelorum nonnulli sint purissimi spiritus, et proinde
excellentissim natur, alii autem corporei, et minus excellentes, et
eorum differentia petatur per corporeum, et incorporeum. Accedit quod
hac sententia facile solvitur alias insolubilis contradictio inter duo
Concilia OEcumenica, nempe Septimam Synodum generalem, et dictum
Concilium Lateranense: siquidem in illa Synodo, qu est secunda Nicna,
actione quinta, productus est liber Joannis Thessalonicensis scriptus
contra quemdam Philosophum gentilem, in quo ita habetur: _De Angelis, et
Archangelis, atque eorum Potestatibus, quibus nostras Animas adjungo,
ipsa Catholica Ecclesia sic sentit, esse quidem intelligibiles, sed non
omnino corporis expertes, et insensibiles, ut vos Gentiles dicitis,
verum tenui corpore prditos, et reo, sive igneo, sicut scriptum est:
qui facit Angelos suos spiritus, et ministros suos ignem urentem._ Et
infra: _Quamquam autem non sint ut nos, corporei, utpote ex quatuor
elementis, nemo tamen vel Angelos, vel Dmones, vel Animas dixerit
incorporeas: multoties enim in proprio corpore visi sunt ab illis,
quibus Dominus oculos aperuit._ Et cum omnia lecta fuissent coram
Patribus synodaliter congregatis, Tharasius, Patriarcha
Constantinopolitanus, poposcit adprobationem Sanct Synodi his verbis:
_Ostendit Pater, quod Angelos pingi oporteat, quoniam circumscribi
possunt, et ut homines apparuerunt_. Synodus autem uno ore respondit:
_Etiam, Domine_._

37. Ceci paratra trange peut-tre, mais on conviendra que ce n'est pas
improbable. Si en effet les Thologiens s'accordent  constater parmi
les Anges une diversit spcifique, et par suite essentielle, si grande
que,  en croire S. Thomas, il n'existe pas deux Anges de mme espce,
mais que chacun d'eux constitue une espce  lui seul, quelle difficult
trouvera-t-on  ce que certains Anges soient des esprits trs-purs,
consquemment de nature trs-suprieure, et qu'il y en ait d'autres qui
soient corporels et de nature moins parfaite, diffrant ainsi les uns
des autres par leur substance corporelle et incorporelle? Cette
doctrine, remarquons-le, a l'avantage de concilier aisment les
dcisions, autrement incompatibles, de deux Conciles OEcumniques,
savoir le Septime Synode Gnral, et le susdit Concile de Latran. En
effet, dans la cinquime sance de ce Synode, qui est le deuxime de
Nice, on produisit un livre de Jean de Thessalonique, crit contre un
Philosophe paen, o se trouvent les propositions suivantes: _A l'gard
des Anges, des Archanges et de leurs Puissances, auxquelles j'adjoindrai
nos propres Ames, l'avis rel de l'glise Catholique est que ce sont des
intelligences, mais non tout  fait dpourvues de corps et insensibles
comme vous autres Gentils le prtendez; elle leur reconnat au contraire
un corps subtil, de la nature de l'air ou du feu, suivant ce qui est
crit: Il fait des esprits ses Anges, et du feu ardent son Ministre._
Et encore: _Bien qu'ils ne soient pas corporels  notre manire,
c'est--dire composs des quatre lments, il est nanmoins impossible
de dire que les Anges, les Dmons et les Ames sont incorporels; car ils
sont apparus nombre de fois, revtus de leur propre corps,  ceux dont
le Seigneur a daign ouvrir les yeux._ Et aprs que ce livre eut t lu
dans son entier devant tous les Pres runis en synode, Tharasius,
Patriarche de Constantinople, le soumit en ces termes  l'approbation du
Saint Synode: _La dmonstration du Pre conclut  ce que les Anges
doivent tre reprsents en peinture, puisque leur forme est
circonscrite, et qu'on les a vus sous la figure humaine._ A quoi le
Synode, d'une voix unanime, rpondit: _Oui, Monseigneur._

_38. Hanc autem Conciliarem adprobationem de materia ad longum
pertractata a D. Joanne in libro coram Patribus lecto, statuere
articulum fidei circa corporeitatem Angelorum, perspicuum est: unde ad
tollendam contradictionem hujus, cum allata definitione Concilii
Lateranensis multum desudant Theologi. Unus enim, Suarez, _de Angelis_,
ait, quod Patres non contradixerunt tali asserto de corporeitate
Angelorum, quia non de illa re agebatur. Alius, Bann., in p. p. q. 10.,
ait, quod Synodus adprobavit conclusionem, nempe Angelos pingi posse,
non tamen adprobavit rationem, _quia corporei sunt_. Alius, Molin., in
p. p., q. 50. a. 1., ait, quod definitiones Conciliares in illa Synodo
fact sunt solum _actione septima_, proinde ea qu habentur in
actionibus prcedentibus non esse definitiones de fide. Alii, Joverc. et
Mirand., Sum. Conc., scribunt nec Nicnum, nec Lateranense Concilium
intendisse definere de fide qustionem; et Nicnum quidem locutum fuisse
juxta opinionem Platonicorum, qu ponit Angelos corporeos, et tunc
prvalebat; Lateranense autem locutum esse juxta mentem Aristotelis,
qui, l. 12. _Metaphys._, tex. 49., ponit intelligentias incorporeas, qu
sententia contra Platonicos apud plerosque Doctores invaluit expost._

38. Maintenant, que cette approbation par un Concile de la doctrine
expose tout au long dans le livre de Jean, constitue un article de foi
 l'gard de la corporit des Anges, ceci ne fait pas l'ombre d'un
doute: aussi les Thologiens suent-ils sang et eau pour enlever  cette
dcision ce qu'elle a de contradictoire avec la dfinition, rapporte
plus haut, du Concile de Latran. A en croire Suarez, si les Pres n'ont
pas contredit une telle assertion de la corporit des Anges, c'est que
ce n'tait pas de cela qu'il s'agissait. Un autre prtend que le Synode
a bien approuv la conclusion,  savoir qu'on pouvait peindre les Anges,
mais non le motif donn, _qu'ils sont corporels_. Un troisime, Molina,
fait observer que les dfinitions conciliaires mises par ce Synode,
l'ont t seulement dans _la septime sance_, d'o il conclut que
celles des sances prcdentes ne sont pas des dfinitions de foi.
D'autres, enfin, crivent que ni le Concile de Nice, ni celui de Latran
n'ont entendu dfinir une question de foi: le Concile de Nice ayant
parl suivant l'opinion des Platoniciens, qui fait des Anges des tres
corporels et qui prvalait alors; le Concile de Latran, au contraire,
ayant suivi l'autorit d'Aristote, lequel, au livre 12 de sa
_Mtaphysique_, tablit l'existence d'intelligences incorporelles,
doctrine qui, depuis, a eu gain de cause contre les Platoniciens auprs
de la plupart des Docteurs.

_39. Sed quam frigid sint ist responsiones nemo non videt, ac eas
minime satisfacere oppositioni palmariter demonstrat Bonaventura Baro,
_Scot. Defens._, tom. 9., apolog. 2., actio. 1.,  2. per totum. Proinde
ad tollendam contradictionem Conciliorum dicendum est, Nicnum locutum
esse de una, Lateranense autem de alia specie Angelorum, et illam quidem
corpoream, hanc vero penitus incorpoream; et sic conciliantur, aliter
irreconciliabilia Concilia._

39. Mais il est ais de voir combien ces rponses sont faibles, et
Bonaventure Baron (_Scot. Defens._, tome 9), dmontre jusqu' l'vidence
qu'elles ne supportent pas l'examen. Donc, pour mettre d'accord ces deux
Conciles, il faut dire que celui de Nice a voulu parler d'une espce
d'Anges, et celui de Latran d'une autre espce: la premire corporelle,
la seconde, au contraire, absolument incorporelle; et c'est ainsi que se
concilient deux Conciles autrement inconciliables.

_40. Prmittendum 2., nomen Angeli esse nomen officii, non natur, ut
concorditer scribunt S. S. Patres: Ambros. in c. 1. _epist. ad Hebr._,
Hilarius, l. 5. _de Trin._, Augustinus, lib. 15. _de Civit. Dei._ c.
23., Gregorius, _Hom. 34. in Evang._, Isidorus, l. _de Sum. Bonit._, c.
12.; unde prclare ait D. Ambrosius: Angelus non ex eo quod est
spiritus, ex eo quod agit, Angelus, quia _Angelus_ Grce, Latine
_Nuntius_ dicitur; sequitur igitur ex hoc, quod illi, qui ad aliquod
ministerium a Deo mittuntur, sive spiritus sint, sive homines, Angeli
vocari possunt; et de facto ita vocantur in Scripturis Sacris: nam de
Sacerdotibus, Concionatoribus, ac Doctoribus, qui tanquam Nuntii Dei
explicant hominibus divinam voluntatem, dicitur, _Malach._ c. 2. v. 7.:
_Labia Sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus,
quia Angelus Domini exercituum est_. D. Joannes Baptista ab eodem
Propheta, c. 3. v. 1., vocatur Angelus, dum ait: _Ecce ego mitto Angelum
meum, et prparabit viam ante faciem meam._ Et hanc prophetiam esse ad
litteram de S. Joanne Baptista testatur Christus Dominus in _Evangelio
Matthi_, 11., v. 10. Immo et ipse Deus, quia fuit missus a Patre in
mundum ad evangelizandum legem grati, vocatur Angelus. Ita in prophetia
Isai, c. 9. v. 6., juxta versionem Septuaginta: _Vocabitur nomen ejus
magni consilii Angelus_, et clarius in Malachi c. 3. v. 1.,: _Veniet ad
templum sanctum suum Dominator quem vos quritis, et Angelus testamenti,
quem vos vultis_. Qu prophetia ad litteram est de Christo Domino.
Sequitur igitur nullum absurdum sequi ex hoc, quod dicimus Angelos
quosdam esse corporeos, nam et homines, qui corpore constant, Angeli
vocabulo efferuntur._

40. En deuxime lieu, nous devons observer que le nom d'Ange ne
s'applique pas  la nature, mais  la fonction: l-dessus les Saints
Pres sont d'accord (S. Ambroise, sur l'_ptre aux Hbreux_; S.
Augustin, _Cit de Dieu_; S. Grgoire, _Homlie 34 sur les vangiles_;
S. Isidore, _de la Suprme Bont_). L'Ange, dit trs-bien S. Ambroise,
n'est pas ainsi appel pour sa qualit d'esprit, mais pour la fonction
qu'il remplit: [Grec: Angelos] en Grec, en Latin _Nuntius_, c'est--dire
_Envoy_; d'o il rsulte que ceux  qui Dieu confie quelque mission,
esprits ou hommes, peuvent recevoir la qualification d'Anges, et c'est
rellement ce qui a lieu dans les Saintes critures, o se lisent les
paroles suivantes appliques aux Prtres, aux Prdicateurs et aux
Docteurs qui, en qualit d'Envoys de Dieu, expliquent aux hommes la
volont divine (_Malachie_, chap. 2, v. 7): _Les lvres du prtre
seront les dpositaires de la science, et c'est de sa bouche qu'on
recherchera la connaissance de la loi, parce qu'il est l'Ange du
Seigneur des armes_. Le mme prophte, chap. 3, v. 1, donne le nom
d'Ange  S. Jean-Baptiste, dans ce passage: _Je vais vous envoyer mon
ange, qui prparera ma voie devant ma face._ Que cette prophtie se
rapporte  la lettre  S. Jean-Baptiste, c'est ce qu'atteste
Notre-Seigneur Jsus-Christ, _Evangile selon S. Mathieu_, 11, v. 10. Il
y a plus: Dieu lui-mme est appel Ange, parce qu'il a t envoy par
son Pre pour annoncer au monde la loi de grce. Tmoin la prophtie
d'Isae, chap. 9, v. 6, suivant la version des Septante: _Il sera
appel Ange de grand conseil._ Et plus clairement encore dans Malachie,
chap. 3, v. 1: _Le Dominateur que vous cherchez, et l'Ange de
l'alliance si dsir de vous, viendra dans son temple_, prophtie qui
s'applique littralement au Seigneur Christ. Il n'y a donc, de notre
part, aucune absurdit  dire que certains Anges sont corporels, puisque
ce nom d'Ange est donn  des hommes, qui, assurment, ont un corps.

_41. Prmittendum 3., nondum rerum naturalium, qu sunt in Mundo, satis
perspectam esse existentiam, aut naturam, ut proinde aliquid negandum
sit ex eo, quod de illo nunquam alias dictum, aut scriptum fuerit. Patet
enim tractu temporis detectas esse novas terras, quas Antiqui nostri
ignorarunt, novaque animalia, herbas, plantas, fructus, semina nunquam
alias visa; et si pervia esset Terra Australis incognita, cujus
indagatio, et lustratio a multis hucusque incassum tentata est, adhuc
nova nobis alia panderentur. Patet adhuc, quod per inventionem
Microscopii, et alias machinas, et organa Philosophi experimentales
modern, sicut etiam per exactiorem indaginem Anatomistarum, multarum
rerum naturalium existentiam, vires, naturamque tum innotuisse, tum
dietim innotescere, qu prcedentes Philosophi ignorarunt, ut patet in
auro fulminante, phosphoro, et centum aliis chymicis experimentis,
circulatione sanguinis, venis lacteis, vasis lymphaticis, et aliis
hujusmodi qu nuper Anatomist adinvenerunt. Proinde ineptum erit
aliquod exsibillare ex hoc quod de eo nullus Antiquorum scripserit,
attento maxime Logicorum axiomate, quod locus ab auctoritate negativa
non tenet._

41. En troisime lieu, il faut bien convenir que l'on n'a pas encore
assez scrut l'existence ni la nature des choses naturelles de ce monde,
pour qu'il soit permis de nier un fait, par cela seul que d'autres n'en
ont jamais rien dit ou crit. N'est-il pas avr que, dans le cours des
temps, de nouvelles terres ont t dcouvertes que nos Anciens avaient
ignores? de mme des animaux nouveaux, des herbes, des plantes, des
fruits, des semences que nulle part ailleurs on n'avait vus? Et si l'on
arrivait enfin  explorer cette mystrieuse Terre Australe, comme tant
de voyageurs l'ont vainement tent jusqu'ici, combien de choses
nouvelles nous seraient encore rvles! N'est-ce pas aussi un fait
avr que l'invention du Microscope et d'autres instruments employs par
la Philosophie exprimentale moderne, jointe aux procds
d'investigation plus exacts des Anatomistes, a mis ou met tous les jours
en lumire l'existence, les proprits, le caractre d'une foule de
choses naturelles inconnues aux anciens Philosophes, telles que l'or
fulminant, le phosphore, et cent autres compositions chimiques, la
circulation du sang, les veines lactes, les vases lymphatiques et
autres phnomnes semblables rcemment dcouverts par les Anatomistes?
Persifler une doctrine parce qu'on n'en trouve mention dans aucun auteur
ancien, est donc chose inepte, surtout si l'on veut bien tenir compte de
cet axiome de Logique: _locus ab auctoritate negativa non tenet_.

_42. Prmittendum 4., quod in Sacra Scriptura, et Ecclesiasticis
traditionibus non traditur nisi id, quod ad Anim salutem necessarium
est, quoad credendum, sperandum et amandum; unde inferre non licet ex
eo, quod nec ex Scriptura, nec ex traditione aliquod habetur, proinde
negandum sit, quod illud tale existat: aut nos quidem Fides docet, Deum
per Verbum suum omnia creasse visibilia, et invisibilia; pariterque ex
Jesu Christi Domini nostri meritis tum gratiam, tum gloriam omni, et
cuivis rationali creatur conferri. Num autem alius Mundus a nostro,
quem incolimus, sit; et in eo alii homines non ab Adam prognati, sed
alio modo a Deo creati existant (sicut ponunt illi, qui lunarem globum
habitatum opinantur); pariterque num in hoc Mundo, quem incolimus, ali
existant creatur rationales ultra homines, et Spiritus Angelicos, qu
regulariter hominibus sint invisibiles, et per accidens, et earum
executiva potentia fiant visibiles: hoc nullo modo spectat ad fidem, et
hoc scire, aut ignorare non est ad salutem hominis necessarium, sicut
nec scire rerum omnium physicarum numerum aut naturam._

42. En quatrime lieu, observons que la Sainte criture et les
traditions ecclsiastiques ne nous enseignent rien au del de ce qui est
ncessaire au salut de l'me, c'est--dire  la Foi,  l'Esprance et 
la Charit. Donc, de ce qu'une chose n'est constate ni par l'criture,
ni par la tradition, il ne faut pas conclure que cette chose n'existe
pas. Par exemple, la Foi nous enseigne que Dieu, par son Verbe, a cr
des choses visibles et invisibles; et pareillement, que toute crature
raisonnable obtient personnellement la grce et la gloire par les
mrites de Notre-Seigneur Jsus-Christ. Maintenant, qu'il existe un
Monde, autre que celui que nous habitons; que dans ce monde-l il y ait
des hommes non issus d'Adam, mais crs par Dieu de quelque autre
manire, comme le supposent ceux qui logent des habitants dans la lune;
ou encore, que dans ce Monde mme que nous habitons, il y ait des
cratures raisonnables indpendamment des hommes et des Esprits
Angliques, lesquelles cratures nous sont gnralement invisibles et ne
se dcouvrent  l'homme que par accident, par un acte de leur propre
puissance: tout cela n'a rien  faire avec la Foi, et le savoir ou
l'ignorer n'est pas plus ncessaire au salut de l'homme, que de savoir
le nombre ou la nature de toutes les choses physiques.

_43. Prmittendum 5., nullam inveniri repugnantiam, nec in Philosophia,
nec in Theologia, quod dari possint creatur rationales constantes
spiritu et corpore, ali ab homine, quia si esset repugnantia hoc esset
vel ex parte Dei (et hoc non quia ipse omnipotens est), vel ex parte rei
creabilis; et neque hoc, quia sicut creatura mere spiritualis, ut
Angeli, creata est, et mere materialis, ut Mundus, et partim
spiritualis, partim corporea, corporeitate terrestri, et crassa, ut
homo, ita creabilis est creatura constans spiritu rationali, et
corporeitate minus crassa, sed subtiliore, quam sit homo. Et profecto
post Resurrectionem Anima Beatorum erit unita corpori glorioso dote
subtilitatis donato: ut proinde concludi posset, potuisse Deum creare
creaturam rationalem corpoream, cui naturaliter indita sit corporis
subtilitas, sicut per gratiam corpori glorioso confertur._

43. En cinquime lieu, ni la Philosophie, ni la Thologie ne fournissent
aucune objection  cette donne de cratures raisonnables ayant esprit
et corps, et distinctes de l'homme. L'objection, en effet, ne saurait
tre qu'une impossibilit tire soit de Dieu (ce qui est faux puisque
Dieu est tout-puissant); soit de la chose  crer, ce qui est faux
encore, car, de mme qu'il existe des cratures purement spirituelles,
comme les Anges, ou purement matrielles, comme le Monde, ou enfin
moiti spirituelles, moiti corporelles, et d'une corporit terrestre
et paisse, comme l'homme, de mme peut-on admettre une crature doue
d'un esprit raisonnable, et d'une corporit moins paisse et plus
subtile que l'homme. Il n'est pas douteux d'ailleurs qu'aprs la
Rsurrection, l'me des Bienheureux sera unie  un corps glorieux et
subtil: d'o il est permis de conclure que Dieu a pu crer un tre
raisonnable et corporel, dont le corps est naturellement subtil comme le
corps glorieux transfigur par la grce.

_44. Astruitur autem magis talium creaturarum possibilitas ex solutione
argumentorum, qu contra positam conclusionem fieri possunt, pariterque
ex responsione ad interrogationes, qu possunt circa eam formari._

44. Mais, pour mieux tablir la possibilit de ces cratures, nous
allons rsoudre les arguments qu'on peut former contre notre conclusion
et rpondre aux questions qu'elle soulve.

_45. Prima interrogatio est, an tales creatur dicend essent animalia
rationalia? Quod si sic, quomodo different ab homine, cum quo communem
haberent definitionem?_

45. Premire question: ces cratures devraient-elles tre appeles
animaux raisonnables? et dans l'affirmative, en quoi diffreraient-elles
de l'homme, avec lequel cette dfinition leur serait commune?

_46. Respondeo quod essent animalia rationalia sensibus, et organis
corporis prdita, sicut homo: differrent autem ab homine non solum
ratione corporis tenuioris, sed etiam materi. Homo siquidem ex
crassiore elementorum omnium parte, puta ex luto, nempe aqua et terra
crassa formatus est, ut constat ex Scriptura, _Gen. 2._ v. 7.; ista vero
formata essent ex subtiliore parte omnium, aut unius, seu alterius
elementorum; ut proinde alia essent terrea, alia aquea, alia rea, et
alia ignea, et ut eorum definitio cum hominis definitione non
conveniret, addendum esset definitioni hominis crassa materialitas sui
corporis, per quam a dictis animalibus differret._

46. Je rponds: oui, ce seraient des animaux raisonnables, munis de sens
et d'organes corporels, ainsi que l'homme; toutefois, elles
diffreraient de l'homme, non-seulement par la nature plus subtile de
leur corps, mais par la matire. En effet, l'homme a t form, comme le
constate l'criture, de la partie la plus paisse de tous les lments,
c'est--dire de boue, mlange pais d'eau et de terre: ces cratures, au
contraire, seraient formes de la partie la plus subtile de tous les
lments, ou de l'un d'eux; ainsi les unes tiendraient de la terre, les
autres de l'eau, ou de l'air, ou du feu, et pour viter de les dfinir
dans les mmes termes que l'homme, il faudrait ajouter  la dfinition
de ce dernier la mention de la matrialit paisse de son corps, par o
il diffrerait de ces cratures.

_47. Secunda interrogatio est, quandonam hujus modi animalia fuissent
condita, et num cum brutis producta a terra, aut ab aqua, ut
quadrupedia, et aves respective; an vero a Domino Deo formata, ut fuit
homo?_

47. Seconde question: A quelle poque faudrait-il assigner l'origine de
ces animaux, et seraient-ils le produit de la terre ou de l'eau, comme
les btes, quadrupdes, oiseaux, etc.; ou, au contraire, auraient-ils
t crs, ainsi que l'homme, par le Seigneur Dieu?

_48. Respondeo quod de fide est, quod posito, quod existant de facto,
creata sint a principio Mundi: sic enim definitur a Concilia Lateranensi
(Firm. de Sum. Trinit. et Fide cathol.); nempe quod Deus sua omnipotenti
virtute simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit creaturam,
spiritualem et corporalem. Sub illa etenim Creaturarum generalitate
etiam illa animalia essent comprehensa. Quo vero ad eorum formationem,
decuisse ipsorum corpus a Deo ministerio Angelorum formatum fuisse,
sicut a Deo formatum legimus corpus hominis, quia ipsi copulandus erat
spiritus immortalis, quandoquidem spiritus incorporeus, et proinde
nobilissimus corpori pariter originaliter nobiliori cteris brutis
jungendus erat._

48. Je rponds: Il est de foi, et le Concile de Latran l'a expressment
dfini, que tout ce qui existe de fait et actuellement, a t cr ds
le commencement du monde. Par sa vertu toute-puissante, Dieu a tir
ensemble du nant,  l'origine des sicles, les deux ordres de
cratures, spirituelles et corporelles. Or, les animaux en question
seraient compris dans la gnralit des cratures. Quant  leur
formation, on pourrait dire que c'est Dieu lui-mme qui, par le
ministre des Anges, a fait leur corps comme il a fait celui de l'homme,
auquel devait tre uni un esprit immortel. En effet, ce corps tant, de
sa nature, plus noble que celui des autres animaux, il y avait lieu d'y
joindre un esprit incorporel et trs-noble.

_49. Tertia interrogatio, an talia animalia habuissent originem ab uno
solo, velut omnes homines ab Adam, an vero plura simul formata essent
sicut fuit de cteris animantibus a terra, et aqua productis, in quibus
fuerunt Mares, et Foemin qu speciem per generationem conservant? Et
si hoc oporteret inter talia animalia esse distinctionem sexus; ipsa
nasci, et interire; passionibus sensus affici, nutriri, crescere; et
tunc quo alimenta vescerentur, esset qurendum; prterea an vitam
socialem ducerent, ut homines; qua politica regerentur; num urbes ad
habitandum struxissent; num artes, studia, possessiones, et bella inter
ea essent, sicut est in hominibus._

49. Troisime question: Ces animaux descendraient-ils d'un seul
individu, comme tous les hommes d'Adam; ou, au contraire, y en aurait-il
eu plusieurs de crs en mme temps, comme dans les diffrentes espces
produites de la terre et de l'eau, o se sont trouvs des mles et des
femelles pour se perptuer par la gnration? Ensuite, y aurait-il entre
eux des distinctions de sexes? Seraient-ils sujets  natre et  mourir?
Auraient-ils des sens, des passions, besoin de nourriture, facult de
croissance? Et alors, quels seraient leurs aliments? Enfin,
vivraient-ils en socit, comme les hommes? Par quelles lois
seraient-ils rgis? Btiraient-ils des villes pour y habiter?
Cultiveraient-ils les arts et les lettres? Possderaient-ils des biens
et se feraient-ils la guerre entre eux, comme les hommes?

_50. Respondeo: potuit esse quod omnia ab uno, velut homines ab Adam,
sint progenita; potuit pariter esse, quod ex iis multi mares, et plures
foemin fuissent format, a quibus per generationem eorum species
essent propagat. Ultro admitteremus talia animalia oriri, et mori;
mares alios, alias foeminas inter ea esse; passionibus, sensibus
agitari velut homines; nutriri et crescere secundum molem sui corporis;
cibum autem ipsorum non crassum qualem requirit crassities corporis
humani, sed substantiam tenuem, et vaporosam emanantem per effluvia
spirituosa a rebus physicis pollentibus corpusculis maxime volatilibus,
ut nidor carnium maxime assatarum, vapor vini, fructuum, florum,
aromatum, a quibus copiosa hujusmodi effluvia usque ad totalem partium
subtiliorum, ac volatilium evaporationem scaturiunt. Talia autem
animalia civilem vitam ducere posse, et inter ea distinctos esse gradus
dominantium ac servientium pro conditione natur ipsorum, artesque,
scientias, ministeria, exercitia, loca, mansiones, ac alia necessaria ad
eorum conservationem, nullam penitus importat repugnantiam._

50. Je rponds: Il se peut que tous descendent d'un seul individu, comme
les hommes d'Adam; il se peut aussi qu'il en ait t cr, ds
l'origine, un certain nombre, mles et femelles, qui ont servi 
propager l'espce. Nous admettrons encore qu'ils naissent et qu'ils
meurent; qu'ils se divisent en mles et en femelles; qu'ils ont, comme
les hommes, des sens et des passions; que leur corps se nourrit et se
dveloppe: toutefois, leur nourriture ne doit pas tre grossire comme
celle qu'exige le corps humain, mais une substance dlicate et
vaporeuse, manant par effluves spiritueuses de tout ce qui, dans la
nature, abonde en corpuscules trs-volatils, comme le fumet des viandes,
et spcialement des viandes rties, la vapeur du vin, des fruits, des
fleurs, des aromates, d'o se dgagent des effluves de ce genre, jusqu'
vaporation parfaite des parties subtiles et volatiles. Que, du reste,
ils puissent vivre en socit; qu'il y ait entre eux diffrentes
conditions de rang et de prsance; qu'ils cultivent les arts et les
sciences; qu'ils exercent des fonctions, entretiennent des armes,
btissent des villes, et fassent enfin tout ce qui est ncessaire  leur
conservation: c'est  quoi je ne verrais, au fond, rien  objecter.

_51. Quarta interrogatio est, qualis esset eorum corporis figuratio, an
humanam, an aliam formam, et qualem haberent, et an partes corporis
ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cterorum
animalium, an vero accidentalem tantum, ut corpora fluidarum
substantiarum, ut olei, aqu, nubis, fumi, etc.; et num substanti
suarum partium organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in
quibus sunt ali partes crassissim, ut ossa, ali minus crass, ut
cartilagines, ali tenues, ut membran._

51. Quatrime question: Quelle serait la forme de leur corps? Serait-ce
la forme humaine ou quelque autre? Y aurait-il, entre les diverses
parties de leur corps, un ordre essentiel, comme on le voit dans les
autres animaux, ou seulement accidentel, comme dans les substances
fluides, telles que l'huile, l'eau, les nues, la fume, etc.? Ces
parties organiques seraient-elles composes de substances diffrentes,
comme les organes du corps humain, o se trouvent des parties
trs-paisses, telles que les os; d'autres moins paisses, telles que
les cartilages; et d'autres minces, telles que les membranes?

_52. Respondeo, quod quantum ad figuram corpoream nihil certi affirmare
debemus, aut possumus, cum talis figura non sit exacte nobis sensibilis,
nec quoad visum, nec quoad tactum pr sui corporis tenuitate, ac
perspicacitate; qualis proinde vere sit, noverent ipsi, aliique, qui
substantias immateriales intuitive cognoscere possunt. Quoad
congruentiam et probabilitatem dico, illa referre speciem corporis
humani, cum aliquo distinctivo a corpore humano, nisi forte ad hoc
sufficiat sua ipsorum tenuitas. Ducor, quia corpus humanum plasmatum a
Deo perfectissimum est, inter animalia quque, et cum ctera bruta in
terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut ait poeta
Ovid., _Metamorphos._:_

  Os homini sublime dedit, coelumque tueri
  Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus;

_quia anima hominis immortalis ordinata est ad coelestem mansionem.
Cum igitur animalia, de quibus loquimur, spiritum haberent immaterialem,
rationalem, ac immortalem, et proinde capacem beatitudinis, ac
damnationis, congruum est, quod corpus, cui talis spiritus copulatur,
simile sit omnium animalium nobilissimo, corpori humano. Ex hac
positione sequitur, quod ejus corporis partes ordinem inter se
essentialem habere deberent; nec enim pes capiti, aut ventri manus
conjungi deberet: sed congrua membrorum essentiali dispositione
ordinata, ut essent idonea ministeriis propriis perficiendis. Quo autem
ad partes componentes ipsarum organa, dico quod necessarium esset, ut
nonnull ipsarum essent solidiores, ali minus solid, ali tenues, ali
tenuissim pro necessitate operationis organic. Nec contra hanc
positionem facile potest asseri tenuitas ipsorum corporum: quippe
soliditas aut crassities organicarum partium, de qua dicimus, non esset
talis simpliciter, sed comparative ad alias partes tenuiores. Et hoc
patere potest in omnibus corporibus fluidis naturalibus, ut vino, oleo,
lacte, etc.; quantumvis enim omnes partes in ipsis videantur homogene,
ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars terrea, pars
aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, qu omnia
manipulatione spargirica oculis subjici possunt. Ita esset in casu
nostro: posito enim quod talium animalium corpora subtilia, et tenuia,
ut corpora naturalia fluida, velut aqua, et r, essent, non tamen
tolleretur, quin in ipsorum partibus divers inter se essent qualitates,
et aliqu ipsarum comparative ad alias essent solid, et ali tenuiores,
quamvis totum corpus ex ipsis compositum tenue dici posset._

52. Je rponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne
devons ni ne pouvons rien affirmer de certain, puisque cette forme ne
tombe pas sous nos sens, tant trop dlicate pour notre vue et notre
toucher. Laissons donc cette connaissance  eux-mmes et  ceux qui ont
le privilge de discerner intuitivement les substances immatrielles.
Mais, en tant que probabilit, je dis que cette forme doit se rapporter
 celle du corps humain, avec quelque particularit distinctive, si la
dlicatesse mme de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce qui me
confirme dans cette opinion, c'est de considrer que le corps humain, de
tous les ouvrages de Dieu, est le plus parfait; que, tandis que tous les
autres animaux, dont l'me est mortelle, sont courbs vers la terre,
Dieu, comme dit le pote Ovide, en ses _Mtamorphoses_,

  _A donn  l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le
    ciel,
  Et de tenir tes yeux levs vers les astres,_

et cela, parce que l'me de l'homme a t cre immortelle, en vue de la
demeure cleste. Or, les animaux dont nous parlons, possdant un esprit
immatriel, rationnel et immortel, consquemment capable de batitude et
de damnation, il est logique d'admettre que le corps, auquel cet esprit
est uni, soit semblable au corps le plus noble qui existe dans l'ordre
animal, c'est--dire au corps humain. D'o il suit que les diffrentes
parties de ce corps doivent avoir entre elles un ordre essentiel; que,
par exemple, le pied n'est pas un appendice de la tte, ni la main du
ventre, mais que chaque organe est bien  sa place, suivant les
fonctions auxquelles il est destin. Maintenant, pour ce qui est des
parties constitutives desdits organes, il est,  mon avis, ncessaire
qu'il y en ait de plus ou moins solides, de plus ou moins dlicates,
afin de rpondre aux exigences de l'opration organique. Et si l'on
objectait, sur ce point, la dlicatesse mme de leur corps, je dirais
que la solidit, la consistance des parties organiques dont nous
parlons, ne serait pas absolue, mais seulement relative aux autres
parties plus dlicates. C'est, d'ailleurs, ce qu'on peut observer dans
tous les corps fluides naturels, comme le vin, l'huile, le lait, etc.:
si homognes, si semblables entre elles que paraissent toutes les
parties dont ils se composent, il n'en est cependant pas ainsi; car les
unes sont argileuses, les autres aqueuses: il y a du sel fixe, du sel
volatil, du soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que
d'tre soumis  l'analyse chimique. De mme dans le cas qui nous occupe;
car, en supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et
dlicats comme les corps naturels fluides: l'eau, l'air, etc., il n'en
faudrait pas moins reconnatre des diffrences dans la qualit de leurs
parties constitutives, dont les unes seraient solides en comparaison
d'autres plus menues, sans que les corps ainsi composs, pris dans leur
ensemble, cessassent de pouvoir tre dits dlicats.

_53. Quod si dicatur, quod hc repugnant positioni supra firmat, circa
partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem videmus, quod in
corporibus fluidis, ac tenuibus una pars non servat ordinem essentialem
ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hc pars vini, qu modo alteri
parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri parti
unitur, et sic omnes partes diversam positionem habent quantumvis semper
idem vinum sit, et ex hoc sequeretur, quod talium animalium corpora
figurata stabiliter non essent, et consequenter, nec organica._

53. Mais, objectera-t-on, ceci rpugne  ce qui a t dit plus haut de
l'ordination essentielle des parties entre elles; car il est visible
que, dans les corps fluides et subtils, une partie n'est pas coordonne
essentiellement, mais seulement accidentellement avec une autre: ainsi,
telle partie de vin qui, tout  l'heure, tait contigu  telle autre
partie, se trouve bientt, soit qu'on renverse le vase ou qu'on agite le
vin, en contact avec une troisime; et toutes les parties changent  la
fois de position, quoique ce soit toujours le mme vin. D'o il suivrait
que les corps de ces animaux n'auraient pas de figure stable et,
consquemment, ne seraient pas organiques.

_54. Respondeo negando assumptum; etenim in corporibus fluidis, quamvis
non appareat, manet tamen essentialis partium ordinatio, qua stante stat
in suo esse compositum, et hoc patet manifeste in vino: expressum enim
ab uvis videtur liquor totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo
enim sunt partes crass, qu tractu temporis subsident in doliis: sunt
etiam partes tenues, qu evaporant: sunt partes fix, ut tartarus, sunt
partes volatiles, ut sulphur, sive spiritus ardens; sunt partes medi
inter volatile ac fixum, ut phlegma. Partes ist ordinem essentialem
inter se mutant; nam statim, ac expressum est ab uvis, et mustum dicitur
sulphur, sive spiritus volatilis, ita implicatum manet particulis
tartari, qui fixus est, ut nullo modo avolare valeat._

54. Ma rponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les
corps fluides, l'ordination essentielle des parties n'est pas apparente,
elle n'en est pas moins relle, et c'est par l qu'un corps compos
reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin:  peine exprim de la
grappe, on dirait une liqueur tout  fait homogne, et qui ne l'est
point pourtant; car il y a des parties paisses qui,  la longue,
dposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui
s'vaporent; des parties fixes, comme le tartre; des parties volatiles,
comme le soufre ou l'alcool; enfin des parties intermdiaires entre le
volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses parties ne gardent pas
respectivement un ordre essentiel; car, aussitt que le mot a t
exprim des grappes, et qu'il prend le nom de soufre ou esprit volatil,
il demeure si troitement li aux particules du tartre, qui sont fixes,
qu'il lui est impossible de s'chapper.

_55. Hinc est, quod a musto recenter ab uvis expresso nullo modo potest
distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur _aqua vit_: sed
post quadraginta dies fermentationis particul vini ordinem mutant, ita
ut spiritus, qui alligati erant particulis tartareis, et propria
volatilitate eas suspensas tenebant, et vicissim ab eis, ne possent
avolare detinebantur, ac tartareis particulis separantur, et divulsi, ac
confusi remanent cum partibus phlegmaticis, a quibus per actionem ignis
faciliter separantur, et avolant; sicque per distillationem fit aqua
vit, qu aliud non est quam sulphur vini volatile cum tenuiore parte
phlegmatis simul cum dicto sulphure vi ignis elevata. Post quadraginta
dies, alia incipit vini fermentatio, qu longiori, aut minus longo
tempore perficitur, pro vini perfectiori, aut imperfectiori maturitate,
et alio, atque alio modo terminatur, pro minore aut majore spiritus
sulphurei abundantia. Si enim abundat in vino sulphur, acescit
fermentatione, et evadit acetum; si autem parum sulphuris continet,
lentescit vinum, et Italice dicitur _vino molle_, aut _vino guasto_.
Quod si vinum maturum sit, ut cteris paribus est, vinum dulce breviori
tempore, aut acescit, aut lentescit, ut quotidiana constat experientia.
In dicta autem fermentatione ordo essentialis partium vini mutatur; non
enim ipsius quantitas, aut materia imminuitur, aut mutatur: videmus enim
lagenam vino plenam tractu temporis evadere plenam aceto, nullatenus
mutata circa quantitatem materi, qu prius ibi extabat, sed tantum
mutato partium essentiali ordine: nam sulphur, quod, ut diximus, erat
phlegmati unitum, ac a tartaro separatum, iterum tartaro implicatur, et
cum eo fixatur, et proinde si distilletur acetum, primo prodit phlegma
insipidum, et post spiritus aceti, qui est sulphur vini illaqueatum
particulis tartari minus fixi. Mutatio autem essentialis partium
supradictarum variat substantiam liquoris expressi ab uva, quod
manifeste patet ex variis, et contrariis effectibus, quos causant
mustum, vinum, et acetum, et vinum lentum, quod vocatur corruptum, ut
proinde duo prima apta materia sint ad consecrationem, secus alia duo.
Hanc porro vini economiam hausimus ab erudito opere Nicolai Lemerii,
Regis Galliarum Aromatarii, _Curs. de Chimi._, p. 2. c. 9._

55. C'est pour cela que le mot rcemment exprim des grappes, ne se
prte en aucune faon  la distillation de l'esprit sulfureux,
vulgairement nomm _eau-de-vie_; mais, aprs quarante jours de
fermentation, les particules du vin se dplacent; les esprits qui, tant
lis aux particules tartriques, les tenaient suspendues par leur propre
volatilit, tandis que celles-ci les retenaient eux-mmes, de manire 
en empcher l'vaporation, se sparent de ces particules, et demeurent
mls confusment aux parties flegmatiques, puis s'en dgagent
facilement par l'action du feu, et s'vaporent: ainsi, au moyen de la
distillation, se fait l'eau-de-vie, qui n'est pas autre chose que le
soufre contenu dans le vin, volatilis par la chaleur avec la partie la
plus dlicate du flegme. Au bout de quarante jours, commence une autre
fermentation qui se prolonge plus ou moins, suivant que la maturit du
vin est plus ou moins parfaite, et se termine d'une faon ou d'une
autre, selon que l'esprit sulfureux est plus ou moins abondant. En
effet, s'il y a dans le vin abondance de soufre, il s'aigrit par la
fermentation et tourne au vinaigre; si, au contraire, il contient peu de
soufre, le vin s'amollit, et c'est ce qu'on appelle en Italien: _vino
molle_, ou _vino guasto_. Si le vin est mr tout d'abord, comme il
arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux  l'aigre,
ou s'amollit, comme le dmontre l'exprience de chaque jour. Or, dans la
fermentation dont il est parl, l'ordre essentiel des parties du vin
subit un changement, mais non sa quantit ou sa matire, qui ne change,
ni ne diminue: une bouteille pleine de vin, par exemple, au bout d'un
certain temps, se trouve tre pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien
de chang quant  la quantit de matire; l'ordre essentiel des parties
est seul chang: le soufre qui, comme nous l'avons dit, tait uni au
flegme et spar du tartre, se mle de nouveau au tartre et reste fix
avec lui; de sorte que si l'on distille le vinaigre, il en sort d'abord
un flegme insipide, puis un esprit de vinaigre, qui est le soufre de vin
entreml de particules de tartre moins fixe. Or, la mutation
essentielle des susdites parties affecte la substance de la liqueur
exprime du raisin, comme le prouvent manifestement les effets
contraires et varis du mot, du vin, du vinaigre et du vin mou ou
corrompu; ce qui fait que les deux premiers sont matire propre  la
conscration, mais non les deux autres.--Nous avons emprunt cette
exposition de l'conomie du vin au savant ouvrage de Nicolas Lmery,
Parfumeur du Roi de France, _Cours de chimie_, p. 2. c. 9.

_56. Datam ergo naturalem doctrinam applicando consequenter dico, quod
data dictorum animalium corporeitate subtili, et tenui, sicut corpora
liquidorum, et data pariter eorundem organizatione et figuratione, qu
partium essentialem ordinationem exigunt, non sequerentur inconvenientia
ex adverso illata: nam sicut (quemadmodum dicebamus) ex confusione
partium vini, et diversa ipsarum accidentali positione non variatur
ordinatio earumdem essentialis, ita esset in corpore tenui dictorum
animalium._

56. Maintenant, si nous appliquons  notre sujet la doctrine naturelle
ci-dessus, je dis qu'tant donn la corporit subtile et dlicate des
animaux en question, analogue  la substance des liquides; tant donn
pareillement leur organisation et leur figure, qui exigent une
ordination essentielle des parties, il n'y aurait,  supposer le
contraire, aucun argument  lever contre leur existence: car de mme,
avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la diversit de
leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination
essentielle de ces parties, de mme il en serait  l'gard du corps
subtil de nos animaux.

_57. Quinta interrogatio est, an talia obnoxia essent gritudinibus, ac
aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut ignorantia, metu,
segnitie, sensuum impedimentis, etc.? An laborando lassarentur, et ad
virium reparationem egerent somno, cibo, ac potu, et quo? et
consequenter an interirent, et subinde, an a cteris animalibus casu,
aut ruina possent occidi?_

57. Cinquime question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et
autres infirmits dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la
peur, la paresse, la paralysie des sens, etc.? Se fatigueraient-ils par
le travail, et auraient-ils besoin, pour rparer leurs forces, de
dormir, de manger, de boire? Quelles seraient leur nourriture et leur
boisson? Seraient-ils destins  mourir, et pourraient-ils tre tus
soit par accident, soit par le fait d'autres animaux?

_58. Respondeo, quod ex quo corpora ipsorum, quamvis tenuia, essent
materiata, essent quidem corruptioni obnoxia; et ex consequenti possent
pati ab agentibus contrariis, et ita grotare, puta, aut simpliciter,
aut nisi gre, perverse, aut vitiose prstare non posse munera, ad qu
eorum organa essent ordinata; in hoc siquidem consistit animalium
quorumdam gritudo quvis: ut resolutive docet prstantissimus Michael
Ettmullerus, _Physiol._ c. 5., thes. 1. Verum est, quod ex eo, quod
tantam materi crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum
mixtione eorum corpus non constaret, et minus compositum esset, quam
humanum, non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot
gritudinibus velut homines essent obnoxia, et longiorem, etiam homine,
vitam ducerent: quo enim perfectius est animal, a tota specie, etiam
cteris, diutius vivit, ut patet de specie humana, cujus vita longior
cteris animalibus est. Nec enim admitto scularem vitam cornicum,
cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo fabulatur Plinius,
et ejus somnia sine prvia discussione secuti sunt cteri: quandoquidem
nullus est, qui talium animalium natale et interitum fideliter
adnotaverit, ut pari modo de eo scripserit; sed insolitam diu fabulam
quisque secutus est; sicut etiam illud, quod de Phoenice dicitur, quod
ut quid fabulosum, circa ejus vit spatium recenset Tacitus, l. 6.
_Annal._ Inferendum subinde esset quod illorum animalium vita etiam
humana deberet esse diuturnior: ut enim infra dicemus, illa essent
homine nobiliora, consequenter dicendum esset, quod essent obnoxia
cteris corporeis pathematis, et quiete, et cibo indigerent, quale
diximus supra n 50. Quia vero rationalia, et proinde disciplinabilia
essent, ex consequenti etiam capacia ignoranti, si eorum ingenia non
essent exculta studiis, et disciplina, et inter ea pro intellectus eorum
majori, et minori acumine essent aliqua magis, aliqua minus in scientiis
excellentia: universaliter vero, et a tota specie essent homine
doctiora, non ob eorum corpoream subtilitatem, tum forte, ob majorem
spirituum activitatem, tum ob diuturniorem vit durationem, in qua
plura, quam homines discere possent, quas causas assignat D. Augustinus,
lib. de _Divin. Dm._ c. 3. init. tom. 3., et lib. de _Spir. et Anima_,
c. 37., pro futurorum prnotione in Dmonibus. Ab agentibus autem
naturalibus pati quidem possent, ac difficulter occidi ratione
velocitatis, qua possunt se subtrahere a nocentibus; quapropter, nec a
brutis, nec ab homine armis naturalibus, seu artificialibus nisi maxima
difficultate possent occidi, aut mutilari, et maxima eorumdem velocitate
in declinando contrarium impetum. Possent vero in somno, aut in non
advertentia occidi, et mutilari a corpore solido, ut ense vibrato ab
homine, aut lapide delapso per ruinam, quia eorum corpus licet tenue,
tamen et quantum, et divisibile esset, velut r qui ferro, fuste, aut
alio corpore solido dividitur quamvis tenuis sit. Eorum autem spiritus
impartibilis esset, et ceu anima hominis totus in toto, et totus in
quavis corporis parte. Hinc fieret quod diviso corpore ipsorum, ut
prfertur, per aliud corpus, sequi posset mutilatio, et proinde etiam
mors: non enim fieri posset ut diviso corpore idem spiritus utramque
partem informaret, cum ipse indivisibilis esset. Verum est quod sicut
partes ris divis, per intermedium corpus, hoc sublato iterum uniuntur,
et evadit idem r, possent pariter partes corporis divis, ut supra
ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc modo
nequirent talia animalia ab agentibus naturalibus, aut artificialibus
occidi: sed rationabilior esset prima positio; ex hoc enim, quod
communicarent cum cteris in materia, quum est, ut a cteris, etiam
usque ad eorum interitum pati possent, ut fit cum cteris._

58. Je rponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient
matriels, ils seraient par cela mme sujets  corruption;
consquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par
suite, tre malades, c'est--dire que leurs organes se refuseraient 
remplir, ou ne rempliraient qu'avec peine et imparfaitement les
fonctions qui leur seraient assignes, car c'est en cela que consiste
toute maladie quelconque chez certains animaux, comme l'enseigne
doctoralement le trs-illustre Michel Ettmuller, _Physiologie_, c. 5,
thse 1. A la vrit, comme la matire de leur corps serait moins
paisse que celle du corps humain, comme elle serait forme de moins
d'lments mls ensemble, partant moins composite, ils ne souffriraient
pas aussi aisment de l'action des contraires, ils seraient donc moins
sujets que l'homme aux maladies, et leur vie serait aussi plus longue:
car, plus l'animal est parfait, pris dans son espce, plus il vit
longtemps, tmoin l'espce humaine, dont l'existence est plus longue que
celle des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie sculaire
des corneilles, des cerfs, des corbeaux et autres semblables, dont Pline
nous conte des fables  sa manire; et, quoique ses rveries aient t
reproduites, sans examen pralable, par divers auteurs, il n'en est pas
moins certain que personne, pour crire ainsi, n'a exactement pris note
de la naissance et de la mort de ces cratures: on s'est content
d'adopter la fable courante, comme on l'a fait  l'gard du Phnix, dont
la longvit est traite de conte par Tacite, _Annales_, l. 6. Il
faudrait donc infrer que les animaux dont nous parlons surpasseraient
l'homme lui-mme en longvit; car, ainsi que nous le dirons plus bas,
ils seraient plus nobles que l'homme; consquemment aussi, ils seraient
sujets aux autres affections corporelles, et auraient besoin de repos et
de nourriture comme nous l'avons dit au n 50. Maintenant, en leur
qualit d'tres raisonnables et, par suite, ducables, ils pourraient
aussi rester ignorants si leurs esprits n'taient pas cultivs par
l'tude et la discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou
moins verss dans les sciences, de plus ou moins habiles, suivant que
leur intelligence aurait t plus ou moins exerce. Toutefois,  les
prendre en gnral et dans l'universalit de leur espce, ils seraient
plus instruits que l'homme, non  cause de la subtilit de leur corps,
mais peut-tre soit parce que leur esprit serait plus actif, soit parce
que leur vie serait plus longue et leur permettrait d'apprendre plus de
choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignes
par Saint Augustin (_Divin. Dmon._, ch. 3, et de _l'Esprit et de
l'Ame_, ch. 37),  la prescience des choses futures chez les Dmons. Il
pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels, mais
difficilement tre tus,  cause de la vitesse avec laquelle ils
chappent au danger; aussi parat-il  peine concevable qu'ils puissent
tre tus ou mutils par les btes ou par l'homme, au moyen d'armes
naturelles ou artificielles, tant ils sont prompts  viter le coup qui
les menace. Cependant, ils pourraient tre tus ou mutils pendant leur
sommeil, ou dans un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide,
tel qu'une pe vibre par un homme ou une pierre lance avec force;
car, quoique subtil, leur corps serait divisible, comme l'air qui, tout
vaporeux qu'il soit, est cependant divis par une pe, un bton, ou
quelque autre corps solide. Quant  leur esprit, il serait indivisible
et, comme l'me humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du
corps. Consquemment, la division de leur corps effectue, comme il est
dit ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et mme la
mort, car il ne serait pas possible  l'esprit, qui est lui-mme
indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divis. Sans
doute, de mme que les parties de l'air, divises par l'intermdiaire
d'un corps, se runissent aussitt ce corps retir, pour former le mme
air qu'auparavant; de mme les parties du corps divis, comme il est dit
plus haut, pourraient se runir et revivre avec le mme esprit. Mais, de
cette manire, il faudrait conclure que nos animaux ne pourraient tre
tus par des agents naturels ou artificiels: il serait plus raisonnable
de nous en tenir  notre premire position; car, du moment qu'ils
seraient communs en matire avec les autres cratures, il est naturel
qu'ils soient exposs  souffrir du fait de ces cratures, suivant la
loi commune, et jusqu' la mort mme.

_59. Sexta interrogatio est, an ipsorum corpora possent alia corpora
penetrare, ut parietes, ligna, metalla, vitrum, etc., et an multa
ipsorum possent in eodem loco materiali consistere, et ad quantum
spatium extenderetur, seu restringeretur eorum corpus?_

59. Sixime question: Leur corps pourrait-il pntrer d'autres corps,
comme les murs, le bois, les mtaux, le verre, etc.? Pourraient-ils
rsider en grand nombre dans un mme lieu matriel, et  quel espace
s'tendrait ou se restreindrait leur corps?

_60. Respondeo, quod cum in omnibus corporibus quantumvis compactis
dentur pori, ut ad sensum patet in metallis, de quibus major esset
ratio, quod in ipsis non darentur pori: microscopio perfecte elaborato
discernuntur pori metallorum, cum suis diversis figuris, utique possent
per poros insinuari quibusvis corporibus, et hoc modo ista penetrare,
quantumvis tales pori penetrari non possent ab alio liquore, aut spiritu
materiali, aut vini, salis ammoniaci, aut similium, quia longe tenuiora
essent istis liquoribus illorum corpora. Quamvis autem plures Angeli
possint esse in eodem loco materiali, et etiam restringi ad locum
minorem minore non tamen in infinitum, ut probat Scotus in 2. dist. 2.
q. 6.  _Ad proposi._ et qust. 8., per totum, hoc tamen concedendum non
esset de corporibus talium animalium; tum quia corpora ipsa essent
quanta, et eorum dimensio non esset reciproce penetrabilis; tum quia si
duo corpora gloriosa non possunt esse in eodem loco, quamvis possint
simul esse gloriosum, et non gloriosum, ut voluit Gotofredus de
Fontibus, quodlibet 6. q. 5., a quo non discordat Scotus in 2. distinct.
2. q. 8. in fine; multo minus possent simul esse istorum corpora, qu,
licet subtilia, non tamen quarent subtilitatem corporis gloriosi. Quo
autem ad extensionem, et restrictionem dicendum esset, quod sicut ex
rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab
re, qui etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur,
quam sit su quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis
lusoriis, qu per fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his
siquidem r violenter immittitur, et constringitur, et ejus major ibi
continetur quantitas, quam naturalis pil capacitas exigat; ita
pariformiter talia corpora ex ipsorum naturali virtute possent ad majus
spatium non tamen excedens eorumdem quantitatem, extendi: ut pariter
etiam restringi, non tamen circa determinatum locum su quantitati
debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in hominibus est, essent
magna, et nonnulla parva, congruum esset, ut magna possent plus extendi,
quam parva et hc ad minorem locum restringi, quam magna._

60. Je rponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des
pores, tmoin les mtaux qui, plus que tous les autres, sembleraient
devoir en tre privs; en effet,  l'aide d'un microscope parfaitement
organis, on discerne les pores des mtaux, avec leurs diffrentes
figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores dans
d'autres corps quelconques et ainsi les pntrer, encore bien que ces
mmes pores soient impntrables  des liqueurs ou esprits matriels, de
vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce que leurs corps
seraient de beaucoup plus subtils que ces liqueurs. Cependant, quoique
plusieurs Anges puissent rsider dans un mme lieu matriel, et mme se
resserrer dans un espace de plus en plus troit, non toutefois jusqu'
l'infini, comme le prouve Scott, il serait tmraire d'accorder la mme
facult aux corps des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet,
sont dtermins en substance, impntrables l'un  l'autre; et si deux
corps glorieux ne peuvent tre dans un mme lieu, bien qu'un glorieux et
un non glorieux puissent s'y trouver ensemble, comme le veulent certains
docteurs, bien moins encore le pourraient les corps de ces animaux,
subtils sans doute, mais non jusqu' galer la subtilit du corps
glorieux. En ce qui regarde leur pouvoir d'extension ou de compression,
nous prendrions exemple de l'air, qui, rarfi et condens, occupe un
espace plus ou moins grand, et peut mme, par des moyens artificiels,
tre resserr au point de tenir dans un espace plus troit que son
volume naturel ne l'exigerait; c'est en effet ce qu'on voit dans ces
ballons qu'on enfle pour s'amuser, au moyen d'un chalumeau ou d'un tube:
l'air y est introduit et comprim violemment, et le ballon en contient
une quantit plus grande que sa capacit naturelle ne l'exigerait. Tout
pareillement, les corps des animaux dont il s'agit pourraient, par leur
vertu naturelle, s'tendre  un espace plus grand, mais qui n'excderait
pas cependant leur propre substance; ils pourraient aussi se comprimer,
mais non en de de l'espace dtermin exig par cette mme substance.
Et comme parmi eux, de mme que parmi les hommes, il y en aurait de
grands et de petits, il serait naturel que les grands pussent s'tendre
plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les grands.

_61. Septima interrogatio est, an hujusmodi animalia in peccato
originali nascerentur, et a Christo Domino fuissent redempta; an ipsis
conferretur gratia, et per qu sacramenta; sub qua lege viverent, et an
Beatitudinis, et Damnationis essent capacia?_

61. Septime question: Ces animaux natraient-ils dans le pch
originel, et auraient-ils t rachets par le Seigneur Christ? La grce
leur serait-elle confre, et par quels sacrements? Sous quelle loi
vivraient-ils, et seraient-ils capables de Batitude et de Damnation?

_62. Respondeo, quod articulus Fidei est, quod Christus Dominus pro
universa creatura rationali gratiam, et gloriam meruit. Pariter
articulus Fidei est, quod Creatur rationali gloria non confertur nisi
prcedat in ea gratia, qu est dispositio ad gloriam. Similis articulus
est quod gloria non confertur nisi per merita. Hc vero fundantur in
observantia perfecta mandatorum Dei adimpleta per gratiam. Ex his satis
fit positis interrogationibus. Incertum est an tales Creatur
originaliter peccavissent, necne. Certum tamen est, quod si ipsarum
Prothoparens peccasset, sicut peccavit Adam, ipsius descendentes in
peccato originali nascerentur, quemadmodum nascuntur homines. Et quia
Deus nunquam reliquit Creaturam rationalem sine remedio, dum ipsa est in
via; si hujusmodi creatur in peccato originali, aut actuali
inficerentur, Deus providisset illis de remedio, sed quale sit, an
fecisset, noverit Deus, noverint ips. Hoc certum est si inter ipsas
essent eadem, aut alia Sacramenta, ac sunt in Ecclesia humana militanti,
ipsa habuissent, et institutionem, et efficaciam a meritis Jesu Christi,
qui omnium creaturarum rationalium Redemptor, et Satisfactor universalis
est. Convenientissimum pariter, immo necessarium esset quod sub aliqua
lege a Deo sibi data viverent, ut per ipsius observantiam possent sibi
beatitudinem mereri; qunam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut
scripta, Mosaica, aut Evangelica, aut alia ab his omnibus differens,
prout Deo placuisset, hoc nobis incognitum. Quoquomodo autem fuisset,
nulla resultaret repugnantia possibilitatem talium creaturarum
excludens._

62. Je rponds: C'est un article de foi, que le Christ a mrit la grce
et la gloire pour toute crature raisonnable. C'est encore un article de
foi, que la gloire n'est confre  la crature raisonnable qu'autant
qu'elle a d'abord t dote de la grce, qui est la disposition  la
gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est confre que par les
mrites. Or ces mrites ont leur fondement dans l'observance parfaite
des commandements de Dieu, accomplie par la grce. Les questions
ci-dessus poses se trouvent ainsi rsolues. Maintenant, ces cratures
ont-elles pch originellement ou non, je ne saurais l'affirmer. Il est
certain, toutefois, que si leur premier Pre avait pch, comme a pch
Adam, ses descendants natraient dans le pch originel, comme y
naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remde la
crature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les
cratures en question taient entaches du pch, soit originel, soit
actuel, Dieu les aurait pourvues d'un remde; mais est-ce le cas et de
quelle sorte est ce remde, ceci est leur secret,  Lui et  elles.
Assurment, si elles disposaient de Sacrements identiques ou analogues 
ceux en usage dans l'glise humaine militante, elles en devraient
l'institution et l'efficacit aux mrites de Jsus-Christ, qui est le
Rdempteur et Sauveur universel de toutes les cratures raisonnables. Il
serait galement convenable, ncessaire mme, d'admettre qu'elles
vivraient sous quelque loi  elles donne par Dieu, et dont l'observance
leur pourrait mriter la batitude; mais quelle serait cette loi,
naturelle seulement ou crite, Mosaque ou vanglique, ou entirement
distincte et spcialement institue par Dieu, ceci nous est inconnu.
Quelle qu'elle ft cependant, il n'en rsulterait aucune objection
contre l'existence de ces cratures.

_63. Unicum porro argumentum, et quidem satis debile post longam
meditationem mihi subit contra talium creaturarum possibilitatem: et est
quod si tales creatur in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua
tradita fuisset a Philosophis, Sacra Scriptura, Traditione
Ecclesiastica, aut Sanctis Patribus; quod cum non fuerit, tales
creaturas minime possibiles esse concludendum est._

63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue mditation
me suggre contre la possibilit de ces cratures, c'est que, s'il en
existait rellement dans le Monde, nous les trouverions mentionnes
quelque part dans les Philosophes, la Sainte criture, la Tradition
Ecclsiastique ou les Saints Pres: pareille mention n'existant pas, il
faudrait conclure  l'impossibilit absolue de ces cratures.

_64. Sed hoc argumentum, quod revera magis pulsat existentiam, quam
possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis qu prmissimus
supra n 41. et 42. Argumentum enim ab auctoritate negativa non tenet.
Prterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum
Philosophi, tum Scriptura, tum Patres. Plato siquidem, ut refert
Apuleius _de Deo Socratis_ et Plutarchus _de Isid._ apud Baronem, _Scot.
Defens._, tom. 9. _Apparat._ p. 1. fol. 2., voluit Dmones esse animalia
genere, animo passiva, mente rationalia, corpore rea, tempore terna:
creaturasque istas nomine _Dmonum_ intitulavit; quod tamen nomen non
male sonat ex se: importat enim _plenum sapientia_; unde cum Diabolum
(Angelum nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter
Dmonem, sed _Cacodmonem_ vocant: sicut _Eudmonem_, quando bonum
Angelum volunt intelligi. Similiter in Scriptura Sacra et Patribus, de
dictis creaturis habetur mentio, et de hoc infra dicemus._

64. Mais cet argument qui, en ralit, attaque plutt leur existence que
leur possibilit, se rsout facilement par les prmisses que nous avons
poses ci-dessus, ns 41 et 42. En effet, un argument ne peut valoir par
autorit ngative. Ensuite, il est faux que ni les Philosophes, ni
l'criture, ni les Pres, ne nous disent rien  leur sujet. Platon,
comme le rapportent Apule (_Dmon de Socrate_) et Plutarque (_d'Isis et
d'Osiris_), dfinit ainsi les Dmons: des tres du genre animal, mes
passives, intelligences raisonnables, corps ariens, ternels quant  la
dure; et il donne  ces cratures le nom de _Dmon_, qui en lui-mme
n'a rien de malsonnant, car il signifie _plein de sagesse_; aussi
lorsque les auteurs veulent dsigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne
l'appellent pas simplement Dmon, mais _Cacodmon_, et ils disent de
mme _Eudmon_ lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant  la Sainte
criture et aux Pres, ils font galement mention de ces cratures,
comme nous le montrerons ci-aprs.

_65. Stabilita huc usque talium creaturarum possibilitate, ad earumdem
existentiam probandam descendamus. Supposita tot historiarum veritate de
coitu hujusmodi Incuborum et Succuborum cum hominibus et brutis, ita ut
hoc negare impudentia videatur, ut ait D. Augustinus quem dedimus, supra
n 10., ita arguo: Ubi reperitur propria passio sensus, ibidem
necessario reperitur sensus ipse, cum juxta principia philosophica
propria passio fluat a natura, sive ubi reperiuntur actiones, seu
operationes sensus, ibidem reperitur sensus ipse, cum operationes et
actiones sint a forma. Atqui in hujusmodi Incubis aut Succubis, sunt
actiones, operationes, ac propri passiones, qu sunt a sensibus; ergo
in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri nequit nisi adsint
organa composita, nempe ex potentia anim et determinata parte corporis:
ergo in iisdem reperiuntur corpus et anima; erunt igitur animalia: sed
etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes anim
rationalis: ergo eorum anima erit rationalis: et ita de primo ad ultimum
tales Incubi sunt animalia rationalia._

65. Maintenant que nous avons tabli la possibilit des cratures en
question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous admettons
d'abord la vracit des rcits qui nous sont faits touchant le commerce
des Incubes et des Succubes avec les hommes et les btes, rcits
tellement nombreux que ce serait impudence de nier le fait, comme dit S.
Augustin, dont le tmoignage est cit ci-dessus (n 10). Ceci pos, nous
arguons: L o est la passion propre du sens, l est ncessairement le
sens lui-mme, car, suivant les principes philosophiques, la passion
propre dcoule de la nature, c'est--dire que l o sont les actions ou
oprations du sens, l est le sens lui-mme, les oprations et actions
n'tant que sa forme extrieure. Or, chez les Incubes et les Succubes
qui nous occupent, on observe des actions, des oprations, des passions
propres qui viennent des sens: donc ils possdent le sens; mais le sens
ne peut exister sans accompagnement d'organes composites, sans une
combinaison d'me et de corps: donc ils ont un corps et une me, et
consquemment ce seront des animaux; mais leurs actions et oprations
sont aussi celles d'une me raisonnable: donc leur me sera raisonnable;
et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes sont des animaux
raisonnables.

_66. Minor probatur quoad singulas ejus partes. Passio siquidem
appetitiva coitus est passio sensus; moeror, ac tristitia, ac
iracundia et furor ex coitu denegato passiones sensus sunt, ut patet in
quibusvis animalibus; generatio per coitum est operatio sensus, ut notum
est. Hc porro omnia in Incubis sunt, ut enim probavimus supra a n 25.
et seq.; ipsi coitum muliebrem, et quandoque virilem appetunt,
tristantur, et furunt, ut amantes, amentes, si ipsis denegetur; coeunt
perfecte et quandoque generant. Concludendum ergo quod polleant sensu,
et proinde corpore; unde inferendum etiam perfecta animalia esse.
Pariter clausis ostiis ac fenestris intrant ubivis locorum: igitur
ipsorum corpus tenue est; item futura prnoscunt, annuntiant, componunt,
ac dividunt; qu operationes sunt propri anim rationalis: ergo anima
rationali pollent; et ita sunt vera animalia rationalia._

66. Notre mineure se dmontre facilement par l'analyse. En effet, la
passion apptitive du cot est une passion du sens; le chagrin, la
tristesse, la colre, la fureur causs par le refus de cot sont des
passions du sens, comme on le voit chez tous les animaux; la gnration
par le cot est videmment une opration du sens. Or tout cela s'observe
chez les Incubes, ainsi que nous l'avons prouv plus haut: ils
sollicitent les femmes, quelquefois mme les hommes; prouvent-ils un
refus, ils s'attristent, se mettent en fureur, comme les amants:
_amantes, amentes_; ils pratiquent parfaitement le cot, et engendrent
quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont dous de sens, et
consquemment qu'ils ont un corps; consquemment aussi, qu'ils sont des
animaux parfaits. Il y a plus: portes et fentres closes, ils entrent
partout  leur fantaisie, donc leur corps est subtil; enfin ils
connaissent et annoncent l'avenir, ils composent et ils divisent, toutes
oprations qui sont le propre d'une me raisonnable, donc ils sont dous
d'une me raisonnable, et ce sont bien, en ralit, des animaux
raisonnables.

_Respondent communiter Doctores, quod malus Dmon est ille qui tales
impudicitias operatur, quod passiones, nempe amorem, tristitiamque
simulat ex coitu denegato, ut animas ad peccandum alliciat, et eas
perdat; et si coit, et generat, hoc est ex semine, et in corpore alieno,
ut dictum fuit supra n 24._

A cela les Docteurs rpondent communment que ces actes impurs sont le
fait du Malin Esprit: lui seul simule les passions, l'amour, le chagrin
du refus de cot, afin de faire tomber les mes dans le pch et de les
perdre; et si parfois il pratique le cot, s'il engendre, c'est d'une
semence et  l'aide d'un corps emprunts, comme il a t dit plus haut
(n 24).

_67. Sed contra Incubi nonnulli rem habent cum equis, equabus, aliisque
etiam brutis, qu si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut
quotidiana constat experientia; sed in istis cessat ratio adducta, nempe
quod fingat appetitum coitus, ut animas perdat, cum anima brutorum
damnationis tern sit incapax. Prterea amoris et ir passiones in ipso
contrarios effectus reales producunt. Si enim aut mulier aut brutum
amatum illis morem gerant, optime ab Incubis tractantur; viceversa
pessime habentur, si ex denegato coitu irascantur et furant; et hoc
firmatur quotidiana experientia; ergo in ipsis sunt ver passiones
sensus. Insuper mali Dmones, ac incorporei, qui rem habent cum Sagis et
Maleficis, ipsas cogunt ad eorum adorationem, ad denegandam Fidem
Orthodoxam, ad maleficia et scelera enormia perpetranda tanquam pensum
infamis coitus, ut supra n 11. dictum fuit: nihil horum prtendunt
Incubi, ergo mali Dmones non sunt. Ulterius malus Dmon, ut ex Peltano
et Thyreo scribit Guaccius, _Compend. Malef._ lib. 1. c. 19. fol. 128.,
ad prolationem nominis Jesu aut Mari, ad formationem signi Crucis, ad
approximationem sacrarum Reliquiarum, sive rerum benedictarum, et ad
exorcismos, adjurationes, aut prcepta sacerdotum, aut fugit aut pavet,
concutiturque, et stridet, ut conspicitur quotidie in energumenis, et
constat ex tot historiis, quas recitat Guaccius, ex quibus habetur, quod
in nocturnis ludis Sagarum facto ab aliquo assistentium signo Crucis,
aut pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sag omnes disparuerunt.
Sed Incubi ad supradicta nec fugiunt, nec pavent, quandoque cachinnis
exorcismos excipiunt, et quandoque ipsos Exorcistas cdunt, et sacras
vestes discerpunt. Quod si mali Dmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad
ipsius nomen, Crucem, et res sacras pavent: boni autem Angeli eisdem
rebus gaudent, non tamen homines ad peccata et Dei offensam sollicitant:
Incubi vero sacra non timent, et ad peccata provocant, convincitur ipsos
nec malos Dmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod nec homines
sunt, cum tamen ratione utantur. Quid ergo erunt? Si in termino sunt, et
simplices spiritus sunt, erunt aut damnati aut beati: non enim in bona
Theologia dantur puri spiritus viatores. Si damnati, nomen et Crucem
Christi revererentur; si beati, homines ad peccandum non provocarent;
ergo aliud erunt a puris spiritibus; et sic erunt corporati, et
viatores._

67. Mais rpliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent  des
chevaux,  des juments ou  d'autres btes, et qui, s'ils les trouvent
rebelles  leur passion, les maltraitent, comme cela se voit tous les
jours: l, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que le Dmon
simule le dsir du cot afin de perdre les mes, puisque les mes des
brutes ne sont pas sujettes  damnation ternelle. De plus, l'amour et
la colre produisent chez eux des effets entirement opposs. Si, en
effet, la femme ou l'animal aim cdent  leurs caprices, ces Incubes
les traitent parfaitement; au contraire, il n'est pas de svices qu'ils
ne leur fassent subir sous l'impression de la colre, de la fureur
cause par le refus de cot: l'exprience de chaque jour le dmontre
assez. Donc ces Incubes ont rellement les passions du sens. En outre,
les Malins Esprits, les Dmons incorporels qui ont affaire aux Sorcires
et aux Possdes, les contraignent  les adorer,  renier la Foi
Orthodoxe,  commettre des malfices et des crimes normes, le tout
comme condition de l'infme cot, ainsi qu'il a t dit ci-dessus (n
11): or les Incubes n'exigent rien de pareil, donc ce ne sont pas de
Malins Esprits. Enfin, pour mettre en fuite le mauvais Dmon, pour le
faire trembler et frmir, il suffit, comme l'crit Guaccius, du nom de
Jsus ou de Marie, du signe de la Croix, de l'approche des saintes
reliques ou des objets bnits, des exorcismes, adjurations ou
injonctions des prtres; c'est ce qu'on voit tous les jours dans le cas
des nergumnes, et Guaccius en rapporte maints exemples tirs des jeux
nocturnes des Sorcires, o, au signe de la Croix form par l'un des
assistants, au nom de Jsus simplement prononc, Diables et Sorcires
disparaissent tous ensemble. Les Incubes, au contraire, soumis  ces
preuves, ne prennent nullement la fuite, ne manifestent aucune frayeur;
parfois mme c'est par des ricanements qu'ils accueillent les
exorcismes; il y en a qui battent les Exorcistes eux-mmes et dchirent
les vtements sacrs. Or, si les mauvais Dmons, subjugus par
Notre-Seigneur Jsus-Christ, tremblent d'effroi au bruit de son nom, 
la vue de la Croix et des objets sacrs; si, d'autre part, les bons
Anges se rjouissent des mmes choses, sans cependant exciter les hommes
 pcher et  offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant
aucune peur des choses sacres, provoquent au pch: il est clair que
ces Incubes ne sont ni de mauvais Dmons, ni de bons Anges; il est clair
galement que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient dous de
raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivs au terme, et de
purs esprits, ils seront damns ou bienheureux, car, en bonne Thologie,
il n'y a pas de purs esprits en voie de salut. Damns, ils auraient en
rvration le nom et la Croix du Christ; bienheureux, ils ne
provoqueraient pas les hommes au pch; donc ils seront autre chose que
de purs esprits, et, par consquent, ils auront un corps, et seront dans
la voie du salut.

_68. Prterea agens materiale non potest agere nisi in passum similiter
materiale; tritum siquidem est axioma philosophorum, quod agens, et
patiens debent communicare in subjecto; nec id quod materiatum est,
potest agere in rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia,
qu agunt contra hujusmodi Dmones Incubos; sequitur igitur quod isti
materiati, seu corporei sunt. Minor probatur ex iis qu scribunt
Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1. c. 100., Plinius, lib. 15. c. 4.,
Aristoteles, _Probl. 34._, et Apuleius, _l. De Virtute Herbarum_, apud
Guaccium, _Comp. Malef._, l. 3. c. 13. fol. 316., et confirmatur
experientia, nempe de pluribus herbis, lapidibus ac animalibus, qu
Dmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena, scordium, palma Christi,
centaureum, adamas, corallium, gagates, jaspis, pellis capitis lupi aut
asini, menstruum muliebre, et centum alia; unde habetur 26, q. 7. cap.
final.: _Dmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere sine
incantatione_. Ex quo habetur, petras aut herbas posse sua vi naturali
Dmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut
superstitiosum vetaret. Et de hoc luculentum exemplum habemus in Sacra
Scriptura, ubi Angelus Raphael dixit Tobi, c. 6. v. 8.: _cordis ejus_
(nempe piscis, quem a Tigri attraxerat) _particulam, si super carbones
ponas, fumus ejus extricat omne genus Dmoniorum_. Et ejus virtutem
experientia comprobavit: nam incenso jecore piscis, fugatus est Incubus,
qui Saram deperiebat._

68. Observons aussi qu'un agent matriel ne peut agir que sur un passif
galement matriel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien connu,
que l'agent et le patient doivent avoir un sujet commun: ce qui est
purement matire ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y
a des agents naturels qui agissent contre les Dmons Incubes en
question; il s'ensuit donc que ces Incubes sont matriels, ou corporels.
Notre mineure est prouve par les tmoignages de Dioscoride, de Pline,
d'Aristote et d'Apule, cits par Guaccius, _Comp. Malef._, l. 3, chap.
13, fol. 316; elle est confirme par la connaissance que nous avons de
plusieurs herbes, pierres et substances animales qui ont la vertu de
chasser les Dmons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la
germandre, le palma-christi, la centaure, le diamant, le corail, le
jais, le jaspe, la peau de la tte du loup ou de l'ne, les menstrues
des femmes et cent autres: pour quoi il est crit: _A celui qui soutient
l'assaut du Dmon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes,
mais sans recourir aux enchantements_. D'o il rsulte que les pierres
ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, matriser l'effort du
Dmon: autrement le Canon susvis n'en permettrait pas l'emploi, et
l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple clatant de
ce fait est celui que nous trouvons dans la Sainte criture, o l'Ange
Raphal dit  Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait
pch dans le Tigre: _Si tu jettes sur des charbons une parcelle de son
foie, la fume fera fuir toute espce de Dmons._ L'exprience dmontra
la vrit de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus tt
livr au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et disparut
pour ne plus revenir.

_69. Respondent ad hc communiter Theologi, quod talia agentia naturalia
inchoative tantum fugant Dmonem, completive autem vis supernaturalis
Dei aut Angeli, ita ut virtus supernaturalis sit causa primaria,
directa, et principalis, naturalis autem secondaria, indirecta, et minus
principalis. Unde ab probationem, qu supra adducta est de Dmone fugato
a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius, _De Sac.
Philosoph._, c. 28., quod tali fumo indita fuit a Deo vis supernaturalis
fugandi Incubum, sicut igni materiali Inferni data est virtus torquendi
Dmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet
Lyranus, et Cornelius ad c. 6. Tob. v. 8., Abulentis in 1. Reg. c. 16.
q. 46., Pererius in _Daniel._, pag. 272., apud Cornel. _loc. cit._,
fumum cordis piscis expulisse Dmonem inchoate vi naturali, sed complete
vi angelica et coelesti: naturali autem impediendo actionem Dmonis
per dispositionem contrariam, quia hic agit per naturales causas et
humores, quorum qualitates expugnantur a qualitatibus contrariis rerum
naturalium, qu dicuntur Dmones fugare; et in eadem sententia sunt
omnes loquentes de arte exorcista._

69. A cela les Thologiens rpondent d'ordinaire que ces agents naturels
chassent bien le Dmon, mais seulement inchoativement, et que l'effet
compltif est d  la force surnaturelle de Dieu ou de l'Ange: de telle
sorte que la force surnaturelle est la cause premire, directe et
principale, la force naturelle n'tant que secondaire, indirecte et
subordonne. Ainsi, pour expliquer comment la fume du foie de ce
poisson brl par Tobie put mettre le Dmon en fuite, Vallesius allgue
que cette fume avait reu de Dieu le pouvoir surnaturel de chasser
l'Incube, de mme que le feu matriel de l'Enfer a le pouvoir de
torturer les Dmons et les mes des Damns. D'autres, comme Lyranus et
Cornelius, enseignent que la fume du coeur du poisson a chass le
Dmon inchoativement par vertu naturelle, mais compltivement par vertu
anglique et cleste: par vertu naturelle, en opposant  l'action du
Dmon une action contraire, car l'Esprit Malin met en oeuvre des
causes et des humeurs naturelles, dont les qualits sont combattues par
les qualits contraires de choses naturelles que l'on sait capables de
chasser les Dmons; et cette opinion est partage par tous les auteurs
qui traitent de l'art des exorcismes.

_70. Sed hc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus
quadrare potest contra malos Dmones obsidentes corpora, aut per
maleficia inferentes ipsis gritudines, aut alia incommoda, sed nullo
modo facit ad propositum de Incubis: siquidem isti nec corpora obsident,
nec ipsis officiunt per gritudines habituales, sed ad plus ictibus et
percussionibus torquent. Quod si equas coitum adversantes macras
reddunt, hoc faciunt subducendo illis cibum, et hoc modo macrescere, et
tandem interire eas faciunt. Ad hc autem patranda non eget Incubus
alicujus rei naturalis applicatione (qua tamen eget malus Dmon inferens
gritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi organica naturali.
Pariter Dmon malus plerumque obsidet corpora, et infert gritudines ad
signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico, qu signa
multoties res naturales sunt, prdit vi nativa nocendi, quibus
naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrari virtutis. Incubus
vero non sic; quia ex se, et nulla concurrente aut Saga aut Malefico,
suas vexationes infert. Prterea res naturales fugantes Incubos suam
virtutem exercent, ac effectum sortiuntur absque interventu alicujus
exorcismi aut sacr benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga
Incubi inchoative sit a virtute naturali, completive autem a vi divina,
quia ibi nulla particularis intervenit divini nominis invocatio, sed est
purus effectus rei naturalis, ad quem non concurrit Deus, nisi concursu
universali, tanquam auctor natur, et causa universalis, et prima in
ordine efficientium._

70. Mais cette explication, si plausibles que soient les faits sur
lesquels elle se fonde, peut tout au plus tre admise  l'gard des
Esprits Malins qui obsdent les corps ou, au moyen de malfices, leur
communiquent des maladies ou autres infirmits. En ce qui est des
Incubes, elle manque absolument de porte. Ceux-ci, en effet, n'obsdent
pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur
mchancet se borne  des coups,  des mauvais traitements. S'ils font
maigrir les juments qui se refusent au cot, c'est en leur enlevant leur
nourriture, par suite de quoi elles dprissent et finissent par mourir.
Pour ce faire, l'Incube n'a pas besoin d'employer un agent naturel,
comme l'Esprit Malin lorsqu'il veut communiquer une maladie: il lui
suffit d'exercer sa force organique naturelle. De mme, quand l'Esprit
Malin obsde les corps et leur communique des maladies, c'est le plus
souvent  l'aide de signes convenus avec lui et disposs par une
sorcire ou un sorcier, lesquels signes sont gnralement des choses
naturelles, ayant en elles-mmes vertu de nuire, auxquelles on oppose
naturellement d'autres choses galement naturelles et doues de vertu
contraire. L'Incube, lui, procde diffremment: c'est de lui-mme, et
sans le concours d'aucun sorcier ou sorcire, qu'il inflige les mauvais
traitements. En outre, les choses naturelles qui mettent les Incubes en
fuite, exercent leur vertu et produisent ce rsultat sans l'intervention
d'aucun exorcisme ou bndiction; on ne saurait dire par consquent que
l'Incube soit chass inchoativement par vertu naturelle et
compltivement par force divine, puisqu'il n'y a ici aucune invocation
du nom divin, mais effet pur et simple d'une chose naturelle, auquel
Dieu ne concourt qu' titre d'agent universel, comme auteur de la
nature, cause universelle et premire dans l'ordre des efficientes.

_71. Duas circa hoc historias do, quarum primam habui a Confessario
Monialium, viro gravi, ac fide dignissimo. Alterius vero sum testis
oculatus._

71. Voici  ce sujet deux histoires: je tiens la premire d'un
Confesseur de Nonnes, homme grave et trs-digne de foi; quant  la
seconde, j'en suis tmoin oculaire.

_In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo qudam
nobilis tentata ab Incubo, qui diu noctuque ipsi apparebat, ipsam ad
coitum sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius pr amore
dementatus; ipsa tamen semper restitit tentanti gratia Dei, ac
sacramentorum frequentia roborata. Incassum abiere plures devotiones,
jejunia et vota facta a puella vexata, exorcismi, benedictiones, et
prcepta ab exorcistis facta Incubo, ut desisteret a molestia illa; nec
quidquam proficiebatur multitudo reliquiarum, aliarumque rerum
benedictarum disposita in camera virginis tentat, nec benedict candel
noctu ibidem ardentes impediebant, quominus juxta consuetum appareret ad
tentandum in forma speciosissimi juvenis. Consultas inter alios viros
doctos fuit quidam Theologus magn eruditionis: iste advertens virginem
tentatam esse temperamenti phlegmatici a toto, conjectavit Incubum esse
dmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, _Comp. Malefic._ l. 1.
c. 19. fol. 129., Dmones ignei, rei, phlegmatici, terrei, subterranei,
et lucifugi), et consuluit quod in camera virginis tentat continue
fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam figulinam
vitreatam; in hac ponitur calami aromatici, cubebarum seminis,
aristolochi utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris,
gingiberis, piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canell
caryophyllat, macis, nucum myristicarum, styracis calamit, benzoini,
ligni ac radicis rodi, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaqu
vit libr tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti
ascendat, et cella clausa tenetur. Facto suffimento advenit denuo
Incubus, sed ingredi cellam nunquam ausus est: sed si tentata extra eam
ibat, et per viridarium ac claustra spatiabatur, aliis invisibilis sibi
visus apparebat Incubus, et puell collo injectis brachiis violenter, ac
quasi furtive oscula rapiebat: quod molestissimum honest virgini erat.
Consultus denuo Theologus ille ordinavit puell, ut deferret pixidulas
unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi, ambr, zibetti, balsami
Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum fecisset, deambulanti per
viridarium puell apparuit Incubus faci minaci, ac furenti; non tamen ad
illam approximavit, sed digitum sibi momordit tanquam meditans
vindictam; tandem disparuit, nec amplius ab ea visus fuit._

Dans un monastre de saintes Religieuses vivait comme pensionnaire une
jeune vierge de noble famille, laquelle tait tente par un Incube qui
lui apparaissait jour et nuit, et, avec les plus instantes prires, avec
les allures de l'amant le plus passionn, la sollicitait sans cesse au
pch: elle cependant, soutenue par la grce de Dieu et la frquentation
des sacrements, demeurait ferme dans sa rsistance. Mais malgr toutes
ses dvotions, ses jenes, ses voeux; malgr les exorcismes, les
bndictions, les injonctions faites par les exorcistes  l'Incube de
renoncer  ses perscutions; en dpit de la multitude de reliques et
autres objets sacrs accumuls dans la chambre de la jeune fille, des
flambeaux ardents qu'on y entretenait toute la nuit, l'Incube n'en
persistait pas moins  lui apparatre comme de coutume sous la forme
d'un trs-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes personnages
consults  ce propos, se trouva un Thologien d'une grande rudition:
lequel, observant que la jeune fille tente tait d'un temprament tout
 fait flegmatique, conjectura que cet Incube devait tre un dmon
aqueux (il y a en effet, comme en tmoigne Guaccius, des dmons igns,
ariens, flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et
ordonna qu'on ft immdiatement dans la chambre de la jeune fille une
fumigation de vapeur. On apporte en consquence une marmite neuve en
terre transparente; on y met une once de canne aromatique, de poivre
cubbe, de racines d'aristoloche des deux espces, de cardamome grand et
petit, de gingembre, de poivre long, de caryophylles, de cinnamome, de
canelle caryophylle, de macis, de noix muscades, de storax calamite, de
benjoin, de bois d'alos, et de trisanthes, le tout dans trois livres
d'eau-de-vie demi-pure; on place la marmite sur des cendres chaudes,
afin de faire monter la vapeur fumigante, et l'on tient la chambre
close. La fumigation faite arrive l'Incube, mais qui, cette fois, n'osa
jamais pntrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en sortait
pour se promener dans le jardin ou dans le clotre, il lui apparaissait
aussitt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses bras
autour du cou, lui drobait ou plutt lui arrachait des baisers, ce qui
faisait cruellement souffrir cette honnte pucelle. Enfin, aprs
nouvelle consultation, notre Thologien ordonna  la jeune fille de
porter sur elle de petites boulettes composes de parfums exquis, tels
que musc, ambre, civette, baume du Prou et autres. Ainsi munie, elle
s'en alla se promener dans le jardin o sur-le-champ lui apparut
l'Incube, furieux et menaant; toutefois il n'osa point l'approcher, et
aprs s'tre mordill le doigt, comme s'il mditait une vengeance, il
disparut pour ne plus revenir.

_72. Alia historia est, quod in Conventu Magn Cartusi Ticinensis, fuit
quidam Diaconus, nomine dictus Augustinus, maximas, ac inauditas, et
pene incredibiles sustinens a quodam Dmone vexationes; qu tolli nullo
remedio spirituali (quamvis plura juxta plures exorcistas, qui
liberationem, sed incassum tentarunt, fuissent adhibita) potuerunt. Me
consuluit illius Conventus vicarius, qui curam divexati, utpote Clerici
ex officio habebat. Ego videns frustranea fuisse consueta exorcismorum
remedia, exemplo histori suprarecensit consului suffimentum simile
superiori, utque divexatus pixidulas odoramentorum supradictas deferret;
et quia tabacchi usum habebat, et aqua vit delectabatur, suasi, ut et
tabaccho et aqua vit moschata uteretur. Dmon illi apparebat diu,
noctuque ultra alias species, puta scheleti, suis, asini, Angeli, avis,
modo in forma unius, modo alterius ex suis Religiosis, et semel in forma
sui Prlati, nempe Prioris, qui hortatus est vexatum ad puritatem
conscienti, ad confidentiam in Deum, et ad frequentiam confessionis;
suasit ut sibi sacramentalem confessionem faceret, quod etiam fecit; et
expost Psalmos _Exsurgat Deus_ et _Qui habitat_, et mox Evangelium S.
Joannis simul cum vexato recitavit, et ad ea verba _Verbum caro factum
est_ genuflexit, et accepta stola, qu in cella erat, et aspergillo aqu
benedict benedixit cell, ac lecto vexati, et ac si revera fuisset
ipsius Prior prceptum fecit Dmoni, ne auderet illum suum subditum
amplius divexare, et post hc disparuit, sicque prodidit quisnam esset:
aliter vexatus illum suum Prlatum esse reputaverat. Postquam igitur
suffimentum, ac odores, ut supra dictum est, consulueram, non destitit
Dmon juxta solitum apparere; imo assumpta figura vexati fuit ad cameram
Vicarii, et ab eo petiit aquam vit, ac tabaccum moschatum, dicens sibi
talia valde placere. Vicarius utrumque illi dedit: quibus acceptis
disparuit in momento, quo facto cognovit Vicarius se fuisse illusum a
Dmone tali pacto: quod magis confirmavit assertum vexati, qui cum
juramento affirmavit, se illa die nullo modo fuisse in cella Vicarii.
Iste mihi totum retulit, et ex tali facto conjeci Dmonem illum non
fuisse aqueum, ut erat Incubus, qui virginem ad coitum sollicitabat, ut
dictum supra est, sed igneum, vel ad minus reum, ex quo gaudebat
vaporibus, ac odoribus, tabacco, et aqua vit, qu calida sunt. Et
conjectur vim addidit temperamentum divexati, quod erat colericum quo
ad prdominium cum subdominio, tamen sanguineo. Dmones enim tales non
accedunt nisi ad eos, qui secum in temperamento symbolizant; ex quo
validatur opinio mea de illorum corporeitate. Unde suasi Vicario, ut
acciperet herbas natura frigidas, ut nympham, hepaticam, portulacam,
mandragoram, sempervivam, plantaginem, hyoscyamum, et alias similes, et
ex iis compositum fasciculum fenestr, alium ostio cell suspenderet;
similibusque herbis, tum cameram, tum lectum divexati sterneret. Mirum
dictu! comparuit denuo Dmon, manens tamen extra cameram, nec ingredi
voluit, et cum divexatus illum interrogasset, quare de more intrare non
auderet, multis verbis injuriosis jactatis contra me, qui talia
consulueram, disparuit, nec amplius reversus est._

72. Voici l'autre histoire: dans le Couvent de la Grande Chartreuse de
Pavie vivait un Diacre nomm Augustin, lequel tait en butte, de la part
de certain dmon,  des vexations excessives, inoues et presque
incroyables; plusieurs exorcistes avaient tent en vain de le dlivrer:
tous les remdes spirituels taient rests sans effet. Le Vicaire du
couvent, qui avait la charge spirituelle de ce pauvre clerc, vint me
consulter. Moi, voyant l'inefficacit des exorcismes ordinaires, et me
rappelant l'exemple ci-dessus rapport, je conseillai une fumigation de
parfums semblable  celle dont il a t question, et ordonnai au diacre
de porter sur lui des boulettes odorifrantes de mme nature; de plus,
comme il avait l'usage du tabac et qu'il aimait beaucoup l'eau-de-vie,
je lui recommandai le tabac et l'eau-de-vie musque. Le dmon lui
apparaissait sous diffrentes formes: squelette, cochon, ne, Ange,
oiseau; ou bien il empruntait les traits de quelques Religieux du
couvent; une fois mme ce fut son propre Abb ou Prieur, lequel
l'exhorta  purifier sa conscience,  se confier en Dieu,  user
frquemment de la confession; il lui persuada de lui faire sa confession
sacramentelle, rcita avec lui les psaumes _Exsurgat Deus_ et _Qui
habitat_, et l'vangile de Saint Jean: aux mots _Verbum caro factum est_
il flchit le genou, puis saisissant une tole qui tait dans la cellule
et le goupillon d'eau bnite, il bnit la cellule et le lit, et, comme
s'il et t rellement le Prieur, il enjoignit au dmon de ne plus oser
 l'avenir tourmenter son subordonn: aprs quoi il disparut, trahissant
ainsi ce qu'il tait, car autrement le jeune diacre le prenait pour son
vritable Prieur. Or, nonobstant les fumigations et les parfums que
j'avais conseills, ce dmon n'en continua pas moins ses obsessions;
bien plus, il revtit les traits de sa victime pour se prsenter chez le
Vicaire, auquel il demanda de l'eau-de-vie et du tabac musqu, choses
qu'il aimait, disait-il, passionnment. Ayant obtenu l'un et l'autre, il
disparut en un clin d'oeil, montrant ainsi au Vicaire qu'il avait t
le jouet du Dmon: et ceci fut amplement confirm par le Diacre, qui
affirma avec serment qu'il n'tait pas all ce jour-l dans la cellule
du Vicaire. Le tout me fut rapport, d'o je conclus que loin d'tre
aqueux, comme l'Incube amoureux de la jeune fille dont il a t parl
plus haut, ce dmon tait ign ou tout au moins arien, puisqu'il se
dlectait de substances chaudes, comme vapeurs, parfums, tabac et
eau-de-vie. Le temprament du jeune diacre, bilieux et sanguin, mais o
le bilieux l'emportait, ne fit que fortifier mes conjectures, car ces
dmons ne s'attaquent jamais qu' ceux dont le temprament est conforme
au leur: nouvelle preuve de la vrit de mon opinion sur leur
corporit. Je recommandai en consquence au Vicaire de faire prendre 
son pnitent des herbes froides de leur nature, telles que nnuphar,
hpatique, euphorbe, mandragore, joubarde, plantain, jusquiame, et
autres semblables, pour en composer deux faisceaux dont il suspendrait
l'un  la fentre, l'autre  la porte de la cellule, ayant soin
galement d'en joncher sa chambre et son lit. Chose prodigieuse! le
Dmon apparut encore, mais en restant hors de la cellule, sans vouloir
entrer; et comme le diacre lui demandait la cause de cette rserve
inusite, pour toute rponse il se rpandit en injures contre moi qui
avais conseill ces moyens de dfense, puis il disparut et jamais plus
ne revint.

_73. Ex his duabus historiis apparet tales odores, et herbas respective
sua naturali virtute, nullaque interveniente vi supernaturali Dmones
propulisse; unde convincitur quod Incubi patiuntur a qualitatibus
materialibus, ut proinde concludi debeat, quod communicant in materia
cum iis rebus naturalibus, a quibus fugantur, et ex consequenti corpore
sint prditi, quod est intentum._

73. Ces deux histoires tablissent clairement la mise en fuite des
Dmons par la seule vertu naturelle des herbes ou des parfums, suivant
le cas, sans nulle intervention de force surnaturelle; donc les Incubes
sont sujets  tre affects par des qualits matrielles; donc ils
participent de la matire de ces mmes choses naturelles qui ont le
pouvoir de les mettre en fuite, et consquemment ils ont un corps, ce
que nous voulons dmontrer.

_74. Et magis conclusio firmatur, si impugnetur sententia Doctorum
supracitatorum, dicentium, Incubum abactum a Sara fuisse vi Angeli
Raphaelis, non vero jecoris piscis callionymi, qualis fuit piscis a
Tobia apprehensus ad ripam Tigris, ut cum Vallesio, _Sacr. Philos._, c.
42., scribit Cornelius a Lap. _in Tob._ c. 6., v. 2., _ Quarto ergo_:
salva enim tantorum Doctorum reverentia, talis expositio manifeste
adversatur sensui patenti Textus, a quo nullo modo recedendum est
dummodo non sequantur absurda. En verba Angeli ad Tobiam: _Cordis ejus
particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat omne genus
Dmoniorum, sive a viro, sive a muliere, ita ut ultra non accedant ad
eos, et fel valet ad unguendos oculos, in quibus fuerit albugo, et
sanabuntur._ (_Tob._, c. 6. v. 8. et 9.) Notetur, quso, assertio
Angeli absoluta, et universalis de virtute cordis, seu jecoris, et
fellis illius piscis: non enim dicit: _Si pones particulas cordis ejus
super carbones, fugabis omne genus Dmoniorum, et si felle unges oculos,
in quibus fuerit albugo, sanabuntur_: si enim ita dixisset congrua esset
expositio, quod nempe Raphael supernaturali sua virtute illos effectus
patrasset, ad quos perficiendos inepta esset applicatio fumi, et fellis:
sed non ita loquitur, sed ait talem esse virtutem fumi, et fellis
absolute._

74. Mais, pour mieux asseoir notre conclusion, il convient de signaler
l'erreur o sont tombs certains docteurs, comme Vallesius et Cornelius
a Lapide, quand ils prtendent que Sara fut dlivre de l'Incube par la
vertu de l'Ange Raphal, et non par celle du foie de ce poisson
callionyme que Tobie avait pris sur les bords du Tigre. En effet, sauf
le respect d  de si grands docteurs, une telle interprtation est
videmment contraire au sens prcis du Texte, dont il n'est jamais
permis de s'carter tant qu'il ne conduit pas  l'absurde. Or, voici les
paroles de l'Ange  Tobie: _Si tu jettes sur des charbons une parcelle
de son foie, la fume fait fuir toute espce de Dmons, et le possd,
homme ou femme, en est dbarrass pour toujours; quant  son fiel, il
est souverain pour la gurison des yeux atteints d'albugo._ (_Tobie_,
c. 6., v. 8 et 9.) Notez, je vous prie, que cette assertion de l'Ange
touchant la vertu du coeur ou du foie et du fiel de ce poisson, est
absolue, universelle; car il ne dit pas: _Si tu jettes sur des charbons
des parcelles de son foie, tu feras fuir toute espce de Dmons, et si
tu appliques son fiel sur des yeux atteints d'albugo, ils seront
guris._ S'il et dit cela, j'admettrais avec les commentateurs que
Raphal et ralis, par sa propre vertu surnaturelle, les effets que la
simple application de la fume et du fiel tait impuissante  produire:
mais il ne parle pas ainsi, il dit au contraire, et d'une faon absolue,
que telle est la vertu de la fume et du fiel.

_75. Quro modo, an Angelus veritatem puram dixerit de virtute rerum, an
mentiri potuerit; pariter an albugo ab oculis Tobi senioris ablata sit
vi naturali fellis piscis, aut virtute supernaturali Angeli Raphaelis?
Angelum mentiri potuisse blasphemia hreticalis est; sequitur igitur
puram veritatem fuisse ab eo assertam; talis autem non esset, si omne
genus Dmoniorum non extricaretur a fumo jecoris piscis nisi addita vi
supernaturali Angeli, maxime, si hc esset causa principalis talis
effectus, quemadmodum scribunt de hoc casu Doctores. Mentiretur absque
dubio medicus qui diceret, talis herba curat taliter pleuritidem, sive
epilepsiam, ut amplius non revertatur: si herba illa non curaret illas
gritudines nisi inchoate, et perfecta illarum sanatio esset ab alia
herba conjuncta priori; sic pari modo mentitus fuisset Raphael asserens
fumum jecoris extricare omne genus Dmoniorum ita ut ultra non accedant,
si talis effectus esset a fumo solum inchoate, principaliter vero, et
perfecte a virtute Angeli. Prterea talis fuga Dmonis, vel secutura
erat universaliter, et semper posito jecore piscis super carbones a
quoquam, vel debebat sequi in illo solummodo casu particulari, jecore
incusso a juniore Tobia. Si primum, ergo oportet, quod cuicumque talem
fumum per accensionem jecoris paranti, assistat Angelus qui
supernaturali virtute Dmonem miraculose abigat regulariter; et hoc est
absurdum; ad positionem enim rei naturalis deberet regulariter sequi
miraculum, quod est incongruum, et si absque Angeli operatione fuga
Dmonis non sequeretur, mentitus fuisset Raphael asserens eam esse
virtutem jecoris. Si autem effectus ille sequi non debeat, nisi in illo
casu particulari, mentitus fuisset Angelus enuncians universaliter
virtutem piscis, in fugando omni Dmoniorum genere, quod non est
dicendum._

75. On demandera si l'Ange a dit la vrit pure de la vertu des choses,
ou s'il a pu mentir; et pareillement, si l'albugo a t enleve des yeux
du vieux Tobie par l'effet du fiel du poisson, ou par la vertu
surnaturelle de l'Ange Raphal? Dire que l'Ange a pu mentir serait
blasphme et hrsie, donc il a exprim la vrit pure; mais ce ne
serait plus cette vrit si toute espce de dmons n'tait pas chasse
par la fume du foie du poisson sans l'intervention de la force
surnaturelle de l'Ange, et surtout si cette intervention tait la cause
principale de l'effet produit. Le mdecin qui dirait: telle herbe gurit
radicalement la pleursie ou l'pilepsie, mentirait sans aucun doute si
cette herbe ne gurissait que d'une faon inchoative et si, pour obtenir
la parfaite gurison, il fallait ajouter une autre herbe  la premire;
de mme que Raphal aurait menti en affirmant que la fume du foie
chassait toute sorte de dmons, sans qu'ils pussent revenir, si ce
rsultat tait obtenu par la fume d'une faon inchoative seulement, et
principalement, compltement, par la vertu de l'Ange. En outre, ce
phnomne de la mise en fuite du dmon devait se produire
universellement et par le seul fait du placement par n'importe qui du
foie du poisson sur des charbons ardents, ou bien il ne devait se
produire que dans ce seul cas particulier,  savoir du placement du foie
par le jeune Tobie. En admettant la premire hypothse, il faut supposer
que toute personne  qui il plaira de faire cette fume en brlant le
foie, sera assiste d'un Ange pour chasser le Dmon, par sa vertu
surnaturelle, miraculeusement et rgulirement tout ensemble: ce qui est
absurde, car, ou les mots n'ont plus de sens, ou un fait naturel ne
saurait tre rgulirement suivi de miracle; et si le Dmon n'tait pas
mis en fuite sans le secours de l'Ange, Raphal aurait menti en
affirmant que le foie avait cette vertu. Si au contraire l'effet en
question ne devait se produire que dans ce cas particulier, Raphal
aurait encore menti en attribuant  ce poisson, d'une manire gnrale
et absolue, la proprit de mettre en fuite le Dmon: or, que l'Ange ait
menti, cela ne se peut dire.

_76. Ulterius albugo oculorum detracta est ab oculis Tobi senioris, et
ipsius ccitas sanata est a virtute naturali fellis piscis illius, ut
Doctores affirmant (Liran. Dyonisius; et Seraci. _apud Cornel. in
Tobi._, c. 6. v. 9). Piscis enim Callionymus, qui vocatur Italice _bocca
in capo_, et quo usus est Tobias, fel habet pro celeberrimo remedio ad
detegendas albugines oculorum, ut scribunt concorditer Dioscorides, l.
1. c. 96., Galenus, _De Simpl. Medicam._, Plinius, l. 32. c. 7.,
Aclanius, _De Ver. Histor._, l. 13. c. 14. et Vallesius, _De Sacr.
Philos._, c. 47. Textus Grcus _Tobi_, c. 11. v. 13., habet:
_Inspersit fel super oculos patris sui, dicens: Confide, Pater; ut
autem erosi sunt, detrivit oculos suos, et disquamat sunt ab angulis
oculorum albugines._ Cum igitur eodem contextu Angelus aperuerit Tobi
virtutem jecoris, et fellis piscis, et hoc sua naturali virtute
ccitatem Tobi senioris curaverit, concludendum est, quod etiam fumus
jecoris sua naturali vi Incubum fugaverit: quod concludenter confirmatur
a Textu Grco, qui ad _Tobi_ c. 8. v. 2., ubi Vulgata habet: _Partem
jecoris posuit super carbones vivos_, sic habet: _Accepit cinerem,
sive prunam thimiamatum, et imposuit cor piscis, et hepar, fumumque
fecit, et quando odoratus est Dmon odores, fugit._ Et Textus Hebraicus
ita cantat: _Percepit Asmodeus odorem, et fugit._ Ex quibus textibus
apparet, quod Dmon fugit ad perceptionem fumi, sibi contrarii, ac
nocentis, non autem a virtute Angeli supernaturali. Quod si in tali
liberatione Sar ab impetitione Incubi Asmodei, ultra fumum jecoris
intervenit operatio Raphaelis, hoc fuit in alligatione Dmonis in
deserto superioris gypti, ut dicitur c. 8. v. 3. _Tobi_; fumus quippe
jecoris nequibat in tanta distantia agere in Dmonem, aut illum
alligare. Quod inservire potest pro concordia supracitatorum Doctorum
(qui voluerunt Saram perfecte liberatam a Dmone virtute Raphaelis) cum
sententia, quam tuemur: dico enim, quod ipsi senserint, quod perfecta
curatio Sar a Dmone fuerit in alligatione ejus in deserto, qu fuit ab
Angelo, quod et nos concedimus; sed extricatio, sive fugatio ejusdem a
cubiculo Sar fuerit a vi innativa jecoris piscis, quod nos tuemur._

76. Passons maintenant au vieux Tobie: l'albugo a t enleve de ses
yeux et sa ccit gurie par la vertu naturelle du fiel de ce mme
poisson, comme l'affirment les Docteurs. En effet le poisson callionyme,
appel en Italien _bocca in capo_, et dont s'est servi Tobie, possde un
fiel trs-renomm pour la gurison de l'albugo: l-dessus, tout le monde
est d'accord, Dioscoride, Galien, Pline, Aclanius, Vallesius, etc. Le
texte Grec de _Tobie_. c. 11, v. 13, porte ce qui suit: _Il rpandit le
fiel sur les yeux de son pre en disant: Ayez confiance, mon pre; et
comme il y avait rosion, il lui frotta les yeux et enleva l'albugo par
cailles aux angles des paupires._ Or, puisque, d'aprs le mme texte,
l'Ange a rvl  Tobie la vertu du foie et du fiel du poisson, et que
le fiel, par sa vertu naturelle, a guri la ccit du vieux Tobie, il
faut en conclure que c'est galement par sa force naturelle que la fume
du foie a mis en fuite l'Incube. Et ceci est confirm d'une faon
concluante par le texte Grec, qui, dans _Tobie_, c. 8., v. 2, au lieu de
cette leon de la Vulgate: _Il jeta des charbons ardents_, porte tout
au long: _Il prit de la cendre ou de la braise de parfums, y mit le
coeur et le foie du poisson, et fit de la fume: le Dmon n'eut pas
plutt senti l'odeur, qu'il s'enfuit._ Quant au texte Hbreu, il dit:
_Asmode sentit l'odeur et s'enfuit._ De tous ces textes, il rsulte
que le Dmon s'est sauv pour avoir senti une fume qui lui tait
contraire et nuisible, et nullement par l'effet de la vertu surnaturelle
de l'Ange. Que si, dans cette dlivrance de Sara des poursuites de
l'Incube Asmode, l'opration de la fume du foie fut suivie d'une
intervention de Raphal, ce fut pour enchaner le Dmon dans le dsert
de la Haute-gypte, comme il est dit dans _Tobie_, c. 8, v. 3; car, 
une si grande distance, la fume du foie ne pouvait agir sur le Dmon,
ni l'enchaner. Et ici nous avons un moyen de concilier notre opinion
avec celle des docteurs cits plus haut, lesquels attribuent la
dlivrance parfaite de Sara  l'opration de Raphal: en effet, pour ces
docteurs, Sara ne fut parfaitement gurie qu'aprs que le Dmon eut t
enchan dans le dsert, ce qui fut l'oeuvre de l'Ange, et nous le
concdons; mais la dlivrance proprement dite, l'expulsion de la chambre
 coucher de Sara, ce fut, nous le maintenons, l'effet direct de la
vertu native du foie du poisson.

_77. Probatur tertio principaliter nostra conclusio de existentia talium
animalium, seu de Incuborum corporeitate, ex auctoritate D. Hieronymi,
_in vita S. Pauli primi Eremit_. Refert is D. Antonium iter per
desertum arripuisse, ut ad visendum D. Paulum perveniret, et post
nonnullas ditas itineris Centaurum reperiisse, a quo cum fuisset
percontatus mansionem D. Pauli, et ille barbarum quid infrendens potius,
quam proloquens, dextr protensione manus iter D. Antonio demonstrasset,
in sylvam se abdidit cursu concitatissimo. Prosecutus iter S. Abbas in
quadam valle invenit haud grandem quemdam homunculum, aduncis manibus,
fronte cornibus asperata, cujus extrema pars corporis in caprarum pedes
desinebat. Ad ejus aspectum substitit Antonius, et timens Diaboli artes
signo Sanct Crucis se munivit. Ad tale signum nec fugit, nec metuit
homuncio ille, immo ad sanctum senem actu humili appropinquans palmarum
fructus ad viaticum quasi pacis obsides illi offerebat. Tum B. Antonius
quisnam esset interrogans, hoc ab eo responsum accepit: _Mortalis ego
sum, et unus ex accolis Eremi, quos vario errore delusa Gentilitas
Faunos, Satyros, et Incubos vocans colit; legatione fungor gregis mei;
precamur, ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute mundi
venisse cognovimus, et universam terram exiit sonus ejus._ Ad qu
gaudens D. Antonius de gloria Christi, conversus ad Alexandriam, et
baculo terram percutiens, ait: _Veh tibi, Civitas meretrix, qu pro
diis animalia veneraris!_ Hc D. Hieronymus, qui late prosequitur hoc
factum, ipsius virtutem longo comprobans sermone._

77. Une troisime preuve principale de notre conclusion touchant
l'existence des animaux dont il s'agit, en d'autres termes, touchant la
corporit des Incubes, c'est le tmoignage de S. Jrme dans la Vie de
S. Paul, le premier ermite. S. Antoine, raconte ce docteur, se mit un
jour en route pour aller voir S. Paul. Aprs plusieurs journes de
voyage, il rencontra un Centaure, auquel il demanda la demeure de
l'ermite: sur quoi le Centaure, en balbutiant quelques mots barbares et
 peine intelligibles, lui indiqua de la main la route de l'ermitage et
courut au galop se cacher dans la fort. Le saint Abb continua son
chemin: nouvelle rencontre, cette fois d'un petit homme, presque un
nain, au mains crochues, au front hriss de cornes, et dont l'extrmit
du corps se terminait en pieds de chvre. A cette vue, S. Antoine
s'arrta et, craignant les artifices du diable, se munit du signe de la
Sainte Croix. Mais, loin de fuir  ce signe, loin mme d'en paratre
effray, le petit homme s'approcha respectueusement du saint vieillard
et lui offrit des fruits de palmier, comme pour tmoigner de ses
intentions pacifiques. Alors le bienheureux Antoine lui ayant demand
qui il tait: _Je suis mortel_, rpondit-il, _et l'un des habitants
du Dsert, que la Gentilit, dans son erreur capricieuse, honore sous
les noms divers de Faunes, de Satyres et d'Incubes; je suis envoy en
mission par mon troupeau; nous venons te demander de prier pour nous le
Dieu commun, que nous savons tre descendu pour le salut du monde et
dont les louanges retentissent dans toute la terre._ A ces mots, 
cette glorification du Christ, S. Antoine, transport de joie, se tourna
vers Alexandrie, et, frappant la terre de son bton, s'cria: _Malheur
 toi, Ville prostitue, qui adores des animaux comme des dieux!_ Tel
est le rcit de S. Jrme, qui s'tend au long sur ce fait et en
dveloppe toutes les consquences.

_78. De hujus histori veritate dubitare temerarium est, cum eam
constanter referat SS. Ecclesi Doctorum maximus D. Hieronymus, de cujus
auctoritate nullus Catholicus dubitabit. Addit _fol. 21. 25._ Notand
proinde veniunt illius circumstanti, qu sententiam nostram
evidentissime confirmant._

78. Douter de la vrit de cette histoire, quand elle est affirme par
le plus grand des Docteurs de l'glise, par S. Jrme, dont aucun
catholique ne contestera jamais l'autorit, serait assurment chose
tmraire. Examinons-en donc les circonstances, et faisons voir  quel
point elles confirment notre opinion.

_79. Primo notandum est, quod si ullus Sanctorum artibus Dmonis
impetitus fuit; si ullus diversas ejus artes nocendi calluit; si ullus
victorias, ac illustria de eodem trophea reportavit, is fuit D.
Antonius, ut constat ex ejus vita a D. Athanasio descripta. Dum igitur
D. Antonius homunculum illum non tanquam Diabolum agnovit, sed animal
intitulavit dicens: _Veh tibi, Civitas meretrix, qu pro Diis animalia
veneraris!_ convincitur, quod ille nullo modo fuit Diabolus, seu purus
spiritus de coelo dejectus, ac damnatus, sed aliquod aliud animal. Et
confirmatur, quia D. Antonius erudiens suos monachos, eosque animans ad
metuendas Dmonis violentias, aiebat, prout habetur in lectionibus
Breviarii Romani _in festo S. Antonii Abb._ l. 1., qu recitantur in
festo ipsius: _Mihi credite, Fratres, pertimescit Satanas piorum
vigilias, orationes, jejunia, voluntariam paupertatem, misericordiam, et
humilitatem; maxime vero ardentem amorem in Christum Dominum, cujus
unico Sanctissim Crucis signo debilitatus fugit._ Dum igitur
homunculus ille, contra quem D. Antonius Crucis signo se munivit, ad
ejus aspectum, nec pavit, nec fugit, immo confidenter, humiliterque
accessit ad eum dactalos illi offerens, signum est, illum nullo modo
Diabolum fuisse._

79. Premirement, il faut noter que si jamais saint fut en butte aux
artifices du Dmon, pntra son art infernal et remporta sur lui
victoires et trophes,  coup sr ce fut S. Antoine, comme le constate
sa vie, crite par S. Athanase. Or S. Antoine ne reconnut pas un diable
dans ce petit homme, mais un animal, disant: _Malheur  toi, Ville
prostitue, qui adores des animaux comme des dieux!_, d'o il ressort
que ce n'tait nullement un diable ou pur esprit, chass du ciel et
damn, mais un animal quelconque. Il y a plus: S. Antoine instruisant
ses moines et les mettant en garde contre les entreprises du Dmon, leur
disait, comme le rapporte le Brviaire Romain (_fte de S. Antoine,
Abb_): _Croyez-moi, mes frres, ce que Satan redoute dans les hommes
pieux, ce sont les veilles, les prires, les jenes, la pauvret
volontaire, la misricorde, l'humilit: par-dessus tout, l'ardent amour
du Christ Notre-Seigneur, puisque, pour le mettre en fuite, il suffit du
signe de la Trs-Sainte Croix._ Or le petit homme en question, lorsque
S. Antoine crut devoir se munir contre lui du signe de la Croix, ne
montra aucune frayeur, ne songea nullement  s'enfuir; bien au
contraire, il s'approcha du saint d'un air confiant et respectueux, en
lui offrant des dattes: preuve certaine que ce n'tait pas un diable.

_80. Secundo notandum, quod homunculus ille dixit: _Mortalis et ego
sum_; ex quibus verbis docemur, quod ille erat animal morti obnoxium, et
proinde, quod per generationem esse accepit: spiritus enim immaterialis
immortalis est, quia simplex, et ideo non accipit esse per generationem
ex prjacente materia, sed per creationem; unde nec amittit esse per
corruptionem, qu dicitur mors, sed per annihilationem tantum potest
desinere esse. Quod si ille se mortalem esse dixit, professus est se
esse animal._

80. Secondement, il faut noter que ce petit homme dit: _Je suis mortel,
moi aussi_, d'o il rsulte que c'tait un animal sujet  la mort, et
qui avait reu l'tre par gnration; en effet, un esprit immatriel est
immortel parce qu'il est simple, et consquemment ne reoit pas l'tre
par gnration d'une manire prexistante, mais par cration;
consquemment encore, il ne perd pas l'tre par corruption, autrement
dite mort; et il ne saurait cesser d'tre que par annihilation. Donc, en
se disant mortel, il a dclar tre un animal.

_81. Tertio notandum, quod ait se cognovisse communem Deum in carne
humana fuisse passum. Ex his verbis convincitur illud fuisse animal
rationale: siquidem bruta nihil agnoscunt, nisi sensibile et prsens,
unde ab ipsis Deus nullo modo cognosci potest. Quod si homunculus ille
ait, se cum aliis suis cognovisse Deum in carne humana passum, hoc
probat, quod aliquo revelante habuit notitiam de Deo, sicut etiam nos
habemus de illo fidem revelatam; pariterque Deum carnem humanam
assumpsisse, et in ea passum: qu duo sunt articuli nostr Fidei
principales, nempe Dei unius, et Trini existentia, et ipsius Incarnatio,
Passio, et Resurrectio; ex quibus omnibus habetur, ut dicebam, illud
fuisse animal rationale capax divin cognitionis, per revelationem, ut
nos, et proinde pollens anima rationali, et ex consequenti immortali._

81. Troisime observation: Il sait, dit-il, que le Dieu commun a
souffert dans la chair de l'homme. Ces paroles prouvent que c'tait un
animal raisonnable. En effet, les btes ne connaissent rien au del du
sensible et du prsent, et ne peuvent consquemment avoir aucune
connaissance de Dieu. Si, comme le dit ce petit homme, lui et ses
pareils savent que Dieu a souffert dans la chair humaine, cela prouve
que, grce  quelque rvlation, il a eu connaissance de Dieu, de la
mme manire que nous en avons nous-mmes la foi rvle; et cette
notion, que Dieu a revtu la chair humaine et y a souffert, constitue
les deux principaux articles de notre Foi: d'abord, l'existence de Dieu
un et triple, puis son Incarnation, sa Passion et sa Rsurrection. Tout
cela dmontre, comme je l'ai dit, que c'tait un animal raisonnable,
capable de la connaissance divine par voie de rvlation, ainsi que
nous-mmes, dou d'une me raisonnable, et, par consquent, immortelle.

_82. Quarto notandum, quod oraverit nomine omnium gregis sui, cujus
legatione fungi se profitebatur, D. Antonium, ut communem Deum pro illis
deprecaretur. Ex his deducitur, quod homunculus ille capax erat
beatitudinis, et damnationis, et quod non erat in termino, sed in via:
ex hoc enim, quod, ut supra probatum est, se prodidit rationalem, et
anima immortali consequenter donatum, consequens est, quod, et
beatitudinis, et damnationis capax sit: hc enim propria passio est
Creatur rationalis, ut constat ex natura angelica, et humana. Item
deducitur, quod ipse erat in via, et proinde capax meriti, et demeriti:
si enim fuisset in termino, fuisset vel beatus, vel damnatus; neutrum
autem potuit esse, quia orationes D. Antonii, quibus se commendabat,
ipsi nullo modo prodesse potuissent, si fuisset finaliter damnatus; et
si beatus fuisset illis non eguisset. Quod ipsi se commendavit, signum
est eas sibi prodesse potuisse, et proinde in statu vi, et meriti._

82. Quatrime observation: Au nom de tout son troupeau, dont il se
dclare le dlgu, il demande  S. Antoine de prier pour eux le Dieu
commun. D'o je dduis que ce petit homme tait capable de batitude et
de damnation, et qu'il n'tait pas _in termino_, mais _in via_; en
effet, du moment qu'il est un animal raisonnable, et, consquemment,
dou d'une me immortelle, comme il a t prouv plus haut, la logique
veut galement qu'il soit capable de batitude et de damnation: c'est
l, effectivement, le propre de la crature raisonnable, ange ou homme.
De mme, je dduis qu'il tait dans la voie, _in via_, c'est--dire
capable de mrite et de dmrite; car, s'il et t au terme, _in
termino_, il et t ou bienheureux ou damn. Or, il ne pouvait tre ni
l'un, ni l'autre; car les prires de S. Antoine, auxquelles il se
recommandait, ne pouvaient lui tre d'aucun secours, s'il tait
dfinitivement damn; et, s'il tait bienheureux, il n'en avait pas
besoin. Puisqu'il se recommandait  ses prires, c'est qu'elles
pouvaient lui servir, et qu'il tait, par consquent, dans la voie du
salut, _in statu vi et meriti_.

_83. Quinto notandum, quod homunculus ille professus est, se esse
legatum aliorum su speciei, dum dixit _legatione fungor gregis mei_, ex
quibus verbis plura deducuntur. Unum est, quod homunculus ille non solus
erat, unde potuisset credi monstrum raro contingens, sed quod plures
erant ejusdem speciei; tum quia simul congregati gregem faciebant; tum
quia nomine omnium veniebat: quod esse non posset si multorum voluntates
in illum non convenissent. Aliud est, quod isti profitentur vitam
socialem: ex quo nomine multorum unus ex ipsis missus est. Aliud est,
quod quamvis dicantur habitare in Eremo, non tamen in eo fixa est eorum
permanentia: siquidem cum D. Antonius in illa eremo alias non fuisset
(distabat enim illa per multas dietas ab eremo D. Antonii), scire non
potuerunt quisnam ille esset cujusve sanctitatis; necessarium igitur
fuit, quod alibi eum cognoverint, et ex consequenti extra desertum illum
vagaverint._

83. Cinquime observation: Ce petit homme, en disant: _Je suis envoy
en mission par mon troupeau_, se dclare le dlgu d'autres cratures
de son espce. D'o nous pouvons tirer plusieurs consquences: d'abord,
que ce petit homme n'tait pas seul, c'est--dire un monstre
exceptionnel et rare, mais qu'il en existait plusieurs de mme espce,
puisque, runis ensemble, ils formaient un troupeau, et qu'il se
prsentait au nom de tous: ce qui n'et pas t vrai, si un grand nombre
de volonts n'eussent concouru  le dlguer. Ensuite, que ces animaux
vivent en socit, puisqu'ils envoient l'un d'eux pour les reprsenter
tous. Enfin que, tout en habitant le Dsert, ils n'y sont cependant pas
fixs  l'tat permanent: en effet, S. Antoine n'ayant jamais eu
jusqu'alors l'occasion de visiter cette solitude, qui tait
trs-loigne de son ermitage, ils n'auraient pu savoir qui il tait, ni
 quel degr de saintet il tait parvenu; il tait donc ncessaire
qu'ils l'eussent connu ailleurs, et, consquemment, qu'ils eussent
voyag hors de ce dsert.

_84. Ultimo notandum, quod homunculus ille ait esse ex iis, _quos cco
errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros et Incubos_ appellant; et ex
his verbis convincitur nostrum intentum principale, Incubos nempe esse
animalia rationalia beatitatis, et damnationis capacia._

84. Dernire observation: Ce petit homme dit tre de ceux que _les
Gentils, abuss par une erreur aveugle, appellent Faunes, Satyres et
Incubes_: ce qui prouve bien la vrit de notre thse principale,
savoir: que les Incubes sont des animaux raisonnables, capables de
batitude et de damnation.

_85. Talium homuncionum frequens est apparitio in metallorum fodinis, ut
scribit Gregorius Agricola, lib. _De Animal. subterran._, prope finem.
Isti nempe coram fossoribus minerarum comparent induti habitu, qualem
habent fossores ipsi, et jocantur inter se, tripudiantque, ac rident et
cachinnantur, parvosque lapides joco mittunt in metallarios, et tunc
signum est, ait Auctor prdictus, optimi proventus, ac inventionis
alicujus rami, aut trunci principalis arboris mineralis._

85. L'apparition de petits hommes de cette sorte est frquente dans les
mines mtalliques, comme l'enseigne Gregorius Agricola, dans son livre
_De Animal. subterran_. Ils se font voir aux mineurs vtus des mmes
habits qu'eux; ils jouent et badinent ensemble, rient, plaisantent,
jettent aux mineurs de petites pierres en manire de jeu; et c'est alors
bon signe, dit l'auteur prcit: on est sr de dcouvrir quelque riche
rameau ou mme un tronc d'arbre minral.

_86. Tales homunculos subterraneos negat Petrus Thyrus Novesianus, lib.
_De Terrificatio. Noctur._, c. 2., _per totum_, nixus argumentis sane
puerilibus, qu sunt hc: si darentur hujusmodi homunciones, ubinam
degunt, et qunam, et ubi habent sua domicilia, qua ratione genus suum
conservant, si per generationem, aut quomodo? si oriantur, et intereant,
quo cibo vitam suam sustentent; si beatitudinis, et damnationis capaces
sunt, et quibus mediis propriam salutem consequantur? Hc sunt argumenta
Thyri, quibus permotus negat talem existentiam._

86. Pierre Thyrus, de Neuss, dans son livre _De Terrification.
Nocturn._, nie l'existence de ces petits hommes, en s'appuyant sur des
arguments qu'on trouvera sans aucun doute purils. tant donn, dit-il,
de petits hommes de cette espce, o vivent-ils, comment et o
logent-ils? de quelle manire se perptue leur espce, par gnration ou
autrement? naissent-ils, meurent-ils, usent-ils de nourriture pour
soutenir leur vie? sont-ils capables de batitude et de damnation? et
par quels moyens obtiennent-ils leur salut? Tels sont les arguments qui
suffisent  Thyrus pour nier cette existence.

_87. Sed viri parum cordati est negare id, quod graves Aucthores,
fideque digni scribunt, quodque quotidiana constat experientia.
Argumenta Thyri nec minimum cogunt, ac ea solvimus supra a n 45. et
seq. Remanet solum satisfacere qustioni ubinam locorum habitent
hujusmodi homunculi, seu Incubi? Ad quod dico, quod ut supra dedimus n
71. ex Guaccio, istorum alii sunt terrei, alii aquei, alii rei, alii
ignei, quorum nempe corpora, aut constant ex talium elementorum
subtiliori parte, sive licet ex pluribus constent elementis, prvalet
tamen in iis, aut aqua, aut r pro ipsorum natura. Mansiones igitur, et
domicilia eorum erunt in elemento illo cujus natura in eorum corporibus
prvalet: ignei enim nisi violenter, et forte nullomodo in aquis aut
locis palustribus morabuntur, cum hc sint sibi contraria, nec aquei ad
superiorem theris partem ascendere poterunt ob sibi repugnantem
regionis illius subtilitatem, quod etiam videmus accidere hominibus, qui
ad quorumdam Alpium summa juga pervenire nequeunt pr summa ris
subtilitate, qu homines crassiori ri assuetos nutrire nequit._

87. Mais, on l'avouera, c'est faire preuve de peu de sens que d'oser
nier ce qu'ont crit des auteurs graves et dignes de foi, ce qu'atteste
d'ailleurs une exprience de chaque jour. Les arguments de Thyrus n'ont
pas la moindre porte, et nous les avons rsolus d'avance, ns 45 et
suivants. La seule question  laquelle il reste  satisfaire est
celle-ci: o demeurent ces petits hommes, ces Incubes? A cela je
rponds: ainsi qu'il a t expos plus haut (n 71) d'aprs Guaccius,
les uns sont terrestres, d'autres aqueux, d'autres ariens, d'autres
igns, c'est--dire que leurs corps sont composs de la partie la plus
subtile de l'un des lments, ou si plusieurs lments s'y trouvent
runis, il y en a pourtant un qui domine, soit l'eau, soit l'air,
suivant leur nature. Leurs demeures, consquemment, se trouveront dans
celui de ces lments qui entrera comme partie dominante dans la
composition de leur corps; les Incubes igns, par exemple, ne rsideront
pas volontiers ou mme ne rsideront jamais dans l'eau ou dans les
marcages, qui leur sont contraires, et les Incubes aqueux ne pourront
s'lever jusqu' la partie suprieure de l'ther, cette rgion tant
trop subtile pour leur nature. Ceci mme s'observe dans les hommes qui,
accoutums  un air pais, ne peuvent rsider sur certains sommets des
Alpes o l'air est trop subtil pour eux.

_88. Pluribus sanctorum Patrum auctoritatibus, quas congerit Molina in
p. p. D. Thom., q. 50., ar. 1. circa med., probare possemus Dmonum
corporeitatem; qu tamen stante determinatione Concilii Lateranensis de
incorporeitate Angelorum, ut dictum fuit supra n 37., exponi debent de
Dmonibus istis Incubis, ac viatoribus adhuc, non autem de Damnatis.
Tamen ne nimis longus sim, solius D. Augustini, summi Ecclesi Doctoris,
aucthoritates damus, quibus evidenter convincitur illum fuisse in
sententia, quam nos docemus._

88. Molina, dans son _Commentaire de S. Thomas_, runit plusieurs
tmoignages des Saints Pres, qui pourraient nous servir  prouver la
corporit des Dmons; mais, en prsence de la dcision du Concile de
Latran, rapporte plus haut (n 87), touchant l'incorporit des Anges,
nous devons entendre que les Saints Pres ont eu en vue ces Dmons
Incubes, qui sont encore dans la voie du salut, et non les Anges damns.
Cependant, sans aller plus loin, nous nous bornerons  citer S.
Augustin, ce grand Docteur de l'glise, et l'on verra  quel point sa
doctrine concorde avec la ntre.

_89. D. Augustinus igitur, lib. 2. _super Genesim_ ad litteram c. 17.
_de Dmonibus_, sic habet: _Qudam vera nosse, partim quia subtiliore
sensus acumine, partim quia subtilioribus corporibus vigent_, et lib.
3. c. 1., _etsi Dmones rea sunt animalia, quoniam corporum reorum
natura vigent_. Et Epistola 115. ad Hebridium affirmat, eos esse
_animantia rea, seu therea acerrimi sensus_. Et _de Civit. Dei_ lib.
11. c. 23, affirmat _Dmonem pessimum habere corpus reum_. Et lib.
21. c. 10. scripsit: _Sunt sua qudam etiam Dmonibus corpora, sicut
doctis hominibus visum est, ex isto re crasso et humido_. Et lib. 15.
c. 23. ait _se non audere definire, an Angeli corpore reo, ita
corporati possint etiam hanc pati libidinem, ut quomodo possint,
sentientibus foeminis misceantur_. Et in Enarrat. in Psal. 85. ait
_corpora beatorum futura post resurrectionem, qualia sunt corpora
Angelorum_; et Enarrat. in Psal. 14. 5. ait _corpus Angelicum inferius
esse anima_. Et lib. _De Divinit. Dmonum_, passim per totum, maxime c.
23., docet _Dmones subtilia habere corpora_._

89. S. Augustin donc, dans son _Commentaire de la Gense_, liv. 2, ch.
17, s'exprime ainsi au sujet des Dmons: _Ils connaissent certaines
vrits, soit parce que leurs sens sont plus vifs et plus subtils, soit
parce que leurs corps eux-mmes sont plus subtils_, et au livre 3, ch.
1er: _les Dmons sont des animaux ariens, parce qu'ils participent de
la nature des corps ariens_. Dans son pitre 115  Hebridius, il
affirme que ce sont _des animaux ariens, ou thrs, dous d'un sens
trs-dlicat_. Dans la _Cit de Dieu_, liv. 11, ch. 23, il dit que _le
pire Dmon a un corps arien_. Au livre 21, ch. 10, il crit:
_Certains Dmons ont mme des corps composs, comme l'ont cru des
philosophes, de l'air pais et humide que nous respirons_. Au livre 15,
ch. 23: _il n'ose dfinir si les Anges, dous d'un corps arien,
pourraient ressentir cette passion sensuelle qui les pousserait  s'unir
aux femmes_. Dans son commentaire du Psaume 85, il dit que _les corps
des bienheureux seront, aprs la rsurrection, pareils aux corps des
Anges_; au Psaume 14, il observe que _le corps des Anges est infrieur
 l'me_. Enfin, dans son livre de la _Divination des Dmons_,
notamment ch. 23, il enseigne que _les Dmons ont des corps subtils_.

_90. Potest etiam sententia nostra aucthoritatibus Sacr Scriptur
comprobari, qu licet ab Expositoribus aliter declarentur, non incongrue
tamen ad nostrum intentum possunt aptari. Prima est Psalmi 77., v. 24.
et 25., ubi habetur: _panem Angelorum manducavit homo, panem coeli
dedit eis_. Hic loquitur David de Manna, qua cibatus fuit Populus Israel
toto tempore, quo peregrinus fuit in deserto. Qurendum ergo venit, quo
sensu Manna dici possit _panis Angelorum_. Scio quidem plerosque
Doctores exponere hunc passum in sensu mystico, aientes in Manna
figuratam esse _Sacram Eucharistiam_, qu vocatur _panis Angelorum_,
quia Angeli fruuntur visione Dei, qui per concomitantiam in Eucharistia
reperitur._

90. Notre doctrine peut galement s'appuyer sur les tmoignages des
Saintes critures, quelque diverse que soit l'interprtation qu'en
donnent les Commentateurs. Nous avons d'abord le Psaume 77, v. 24 et 25,
o il est dit: _l'homme a mang le pain des Anges, il leur a donn le
pain du ciel_. David parle ici de la Manne, dont le peuple d'Isral
s'est nourri tout le temps qu'il a err dans le dsert. Or, on demandera
dans quel sens on peut dire de la Manne que c'est le _pain des Anges_.
La plupart des Docteurs, je ne l'ignore pas, interprtent ce passage
dans un sens mystique, disant que la Manne figure la _Sainte
Eucharistie_, appele aussi le _pain des Anges_, parce que les Anges
jouissent de la vue de Dieu, qui se trouve par concomitance dans
l'Eucharistie.

_91. Sed hc expositio aptissima est quidem, et quam amplectitur
Ecclesia in officio _Sanctissimi Corporis Christi_, sed in sensu
spirituali est. Ego autem quro sensum litteralem: neque enim in illo
Psalmo David loquitur prophetice de futuris, sicut facit in aliis locis,
ut proinde facile non sit sensum litteralem habere; sed loquitur
historice de prteritis. Ille enim Psalmus, ut patet legenti, est pura
anacephalestis, seu compendium omnium beneficiorum, qu contulit Deus
Populo Hebro ab egressu ipsius de Aegypto, usque ad tempus Davidis, et
in eo versu loquitur de Manna Deserti, ut proinde quratur quomodo, et
quo sensu Manna vocetur Panis Angelorum._

91. Cette interprtation est assurment trs-admissible, et elle est
adopte par l'glise dans l'office du _Trs-Saint Corps de
Jsus-Christ_, mais c'est l un sens spirituel. Or, ce que je cherche,
c'est le sens littral, car, dans ce psaume, David ne parle pas en
prophte de choses futures, comme il le fait dans d'autres endroits o
il est difficile de trouver un sens littral; il parle ici en historien,
de choses passes. Ce psaume, en effet, pour quiconque le lit, est une
pure anacphalose, soit une rcapitulation de tous les bienfaits
confrs par Dieu au peuple Hbreu depuis sa sortie d'gypte jusqu'au
temps de David, et il y est parl de la Manne du Dsert, qu'il appelle
le Pain des Anges: pourquoi et dans quel sens, voil la question.

_92. Scio alios, Lyran., Euthim., Bellarm., Titelman., Genebrard., in
Psal. 77. v. 24. et 25., interpretari Panem Angelorum Panem ab Angelis
paratum, seu Angelorum ministerio a Coelo demissum; Hugonem autem
Cardinalem Panem Angelorum exponere: quia ille cibus hoc efficiebat in
Judis, quod in Angelis efficit cibus illorum, pro parte: Angeli enim
non incurrunt infirmitatem. Voluerunt enim expositores Hebri, ut etiam
asseverat Josephus, quod Judi in Deserto vescentes manna, nec
senescerent, nec grotarent, nec lassarentur; proinde illa esset tanquam
panis, quo vescuntur Angeli, qui nec senio, nec gritudine, nec
lassitudine unquam laborant._

92. D'autres docteurs, je le sais encore, voient dans le _Pain des
Anges_ un pain prpar par les Anges, ou envoy du Ciel par le ministre
des Anges. Le cardinal Hugo explique cette qualification, en disant que
cette nourriture produisait en partie sur les Juifs l'effet que la
nourriture des Anges produit sur ces derniers. Les Anges, effectivement,
ne sont sujets  aucune infirmit; et d'un autre ct, les commentateurs
Hbreux, et Josphe lui-mme, affirment que tout le temps que les Juifs
sont rests dans le Dsert, se nourrissant de la manne, ils n'ont connu
ni vieillesse, ni maladie, ni fatigue; cette manne tait donc semblable
au pain dont se nourrissent les Anges, qui ne vieillissent pas et ne
sont sujets  aucune fatigue ni maladie.

_93. Istas quidem expositiones recipere quum est, utpote tantorum
Doctorum aucthoritate suffultas. Facessit tamen difficultatem, quod
ministerio Angelorum Hebris non minus parata fuere columna nubis, et
ignis, coturnices, et aqua de petra, quam manna; nec tamen ista dicta
fuere columna, aqua, aut potus Angelorum. Cur ergo potius vocari deberet
manna, quia parata ministerio Angelorum, _Panis Angelorum_, quam _Potus
Angelorum_ aqua eorumdem ministerio saxo educta? Insuper in sacra
Scriptura panis dum dicitur _panis alicujus_, dicitur _panis ejus_ qui
illo vescitur, non ejus qui illum parat, aut fabricat, et de hoc
infinita habemus exempla in sacra Scriptura: ut _Exod._ c. 23. v. 25.
_Benedicam panibus tuis, et aquis_; lib. 2. _Reg._ c. 12. v. 3. _De pane
illius comedens;_ _Tob._ c. 4. v. 17. _Panem tuum cum egenis comede;_ et
v. 18. _Panem tuum super sepulturam Justi constitue_; _Ecclesiast._ c.
11. v. 1. _Mitte panem tuum super transeuntes aquas_; _Isai._ c. 58. v.
7. _Frange esurienti panem tuum_; _Jerem._ c. 11. v. 19. _Mittamus
lignum in panem ejus_; _Matth._ c. 15. v. 26. _Non est bonum sumere
panem filiorum;_ _Luc._ c. 11. v. 3. _Panem nostrum quotidianum_. Ex
quibus locis patenter habetur, quod panis dicitur ejus, qui eo vescitur,
non vero, qui ipsum conficit, affert, aut parat. Commode igitur in loco
citato Psalmi accipi potest _Panis Angelorum_, cibus quo vescuntur
Angeli non quidem incorporei (isti enim materiali cibo non egent), sed
corporei, ista nempe rationalia animalia, de quibus hucusque
disseruimus, degentia in re, et qu ratione tenuitatis suorum corporum,
ac rationalis natur, quam maxime ad Angelos immateriales accedunt, ut
proinde nuncupentur._

93. Ces interprtations, assurment, mritent d'tre accueillies avec le
respect d  l'autorit de si grands Docteurs. Il y a cependant une
difficult: c'est que, indpendamment de la manne, le ministre des
Anges a galement procur aux Hbreux la colonne de nue et de feu, les
cailles, l'eau du rocher, et que l'criture ne dit pas: la colonne des
Anges, l'eau ou la boisson des Anges. Pourquoi donc appeler la manne le
_Pain des Anges_, parce qu'elle tait prpare par leur ministre, et ne
pas appeler _Boisson des Anges_ cette eau qui tait tire du roc aussi
par leur ministre? De plus, dans la Sainte criture, quand il est dit
d'un pain que c'est le _pain de quelqu'un_, c'est toujours le _pain de
celui_ qui s'en nourrit, non de celui qui le prpare ou le fabrique. Les
exemples en sont infinis: ainsi, dans l'_Exode_, ch. 23, v. 25: _Afin
que je bnisse ton pain et ton eau_; au livre 2 des _Rois_, ch. 12, v.
3: _Mangeant de son pain_; dans _Tobie_, ch. 4, v. 17: _Mange ton
pain avec les pauvres_, et v. 18: _Rpands ton pain sur la spulture
du Juste_; dans l'_Ecclsiaste_ ch. 11, v. 1; _Rpands ton pain sur
les eaux qui passent_; dans _Isae_, ch. 58, v, 7: _Romps ton pain
avec celui qui a faim_; dans Jrmie, c. 11, v. 19: _Mettons du bois
dans son pain_; dans _S. Mathieu_, ch. 15, v. 26: _Il n'est pas juste
de prendre le pain des enfants_; dans _S. Luc_, ch. 11, v. 3: _Notre
pain quotidien_. Tous ces passages dmontrent surabondamment que le
pain de quelqu'un, dans le langage des critures, c'est le pain de celui
qui s'en nourrit, et non de celui qui le fait, l'apporte ou le prpare.
Il est donc trs-naturel, dans l'endroit du Psaume que nous avons cit,
d'entendre par _Pain des Anges_, la nourriture dont se servent non pas
les Anges incorporels (puisque ceux-ci n'ont pas besoin de nourriture
matrielle), mais les Anges corporels, c'est--dire ces animaux
raisonnables dont nous traitons ici, qui vivent dans l'air, et qui, par
la subtilit de leurs corps et leur qualit d'tres raisonnables,
approchent de si prs des Anges immatriels, que la mme dnomination
leur est applique.

_94. Ducor, quia cum animalia sint, et ideo generabilia et
corruptibilia, egent cibo, ut restauretur substantia corporea, qu per
effluvia deperditur; vita enim sentientis non consistit nisi in motu
partium corporearum qu fluunt, ac refluunt, acquiruntur, ac
deperduntur, ac iterum reparantur; qu reparatio fit per substantias
spirituosas, materiales tamen, attractas a vivente, tum per ris
inspirationem, tum per fermentationem cibi, per quam substantia illius
spiritualizatur, ut rationatur doctissimus Ettmullerus, _Instit. Medic.
Physiolog._, c. 2._

94. Je dduis: tant des animaux, c'est--dire se reproduisant par
gnration et sujets  corruption, ils ont besoin de nourriture pour
restaurer leur substance corporelle, dont la dperdition a lieu par les
effluves: la vie de tout tre sentant ne consiste, en effet, que dans le
va-et-vient des lments corporels qui affluent et refluent,
s'acquirent, se perdent et se rparent, au moyen de substances
spiritueuses, matrielles pourtant, que l'tre vivant s'assimile soit
par la respiration de l'air, soit par la fermentation de la nourriture,
qui spiritualise sa substance, comme l'enseigne le trs-docte Ettmuller
(_Instit. Medic. Physiolog._, ch. 2).

_95. Quia autem eorum corpus tenue est, tenui pariter, et subtili eget
alimento. Hinc est quod sicut odoribus aliisque substantiis vaporosis,
ac volatilibus su natur contrariis lduntur ac fugantur, ut constat ex
historiis recitatis supra, n 71. et 72., ita paribus rebus sibi
convenientibus delectantur, et aluntur. Porro _manna non est aliud, quam
halitus aqu, terrque, solis calore exacte attenuatus et coctus, a
frigore secut noctis in unum coactus, densatusque_, ut scribit
Cornelius; manna dico, quam demissam de coelo comederunt Hebri, qu
toto coelo differt a manna nostrate, qu in medicinis adhibetur; nam
hc, ut scribit Ettmullerus Schroder, _Dilucid. Physiolog._, c. 1. _de
Manna_, fol. m. 154., _nihil aliud est, quam succus quarumdam arborum
tenuis, vel earum transsudatio, qu nocturno tempore permixta cum rore,
matutino tempore superventu caloris solis coagulatur, et inspissatur_.
Manna autem Hebrorum diversis orta principiis calore solis non
coagulabatur, sed vice versa liquefiebat, ut patet ex Scriptura, _Exod._
c. 16. v. 22. Manna ergo Hebrorum utpote constans ex halitibus tenuibus
terr et aqu, profecto tenuissim erat substanti, utpote, qu a sole
solvebatur, et disparebat; optime ergo potuit esse talium animalium
cibus, ita ut diceretur a David _Panis Angelorum_._

95. Or, comme leur corps est subtil, la nourriture qui lui convient doit
tre galement dlicate et subtile. Aussi, de mme que les parfums et
autres substances vaporeuses et volatiles, quand elles sont contraires 
leur nature, les offusquent et les mettent en fuite, tmoin ce que nous
avons racont ci-dessus (ns 71 et 72), de mme aussi, lorsque leur
nature y est conforme, ils se dlectent de ces substances ou autres
pareilles et en font leur nourriture. Or, _la manne n'est pas autre
chose_, comme l'crit Cornelius, _qu'une manation d'eau et de terre
raffine et cuite par la chaleur du soleil, puis coagule et condense
par la fracheur de la nuit_: je parle, bien entendu, de la manne
envoye du ciel pour la nourriture des Hbreux, laquelle diffre du tout
au tout de la manne nostrate ou mdicinale: celle-ci en effet, suivant
Ettmuller (_Dilucid. Physiol._, ch. 1), _n'est pas autre chose que le
suc ou la transsudation de certains arbres qui se mle la nuit  la
rose et, le matin venu, se coagule et s'paissit  la chaleur du
soleil_. La manne des Hbreux, au contraire, forme de principes
diffrents, loin de se coaguler, se liqufiait  la chaleur du soleil,
comme l'atteste l'criture, _Exode_, ch. 16, v. 22. Cette manne des
Hbreux tait donc une substance extraordinairement subtile, puisqu'elle
tait compose d'manations de terre et d'eau, et que le soleil la
faisait dissoudre et disparatre; il se peut donc trs-bien qu'elle soit
la nourriture des animaux en question, et qu'ainsi David l'ait appele
avec raison le _Pain des Anges_.

_96. Alia auctoritas habetur in Evangelio Joannis, in quo, _Joannes_, c.
10. v. 16., ita dicitur: _Alias oves habeo, qu non sunt ex hoc ovili,
et illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile,
et unus Pastor_. Si quramus qunam sint oves, qu non sunt ex hoc
ovili, et qualenam sit ovile de quo loquitur Christus Dominus,
respondent communiter Expositores unum ovile Christi esse Ecclesiam, ad
quam perducendi erant per prdicationem Evangelii Gentiles, qui erant
oves alterius ovilis, ab ovili Hebrorum: opinantur enim Synagogam esse
Christi ovile, quia dicebat David, _Psal._ 94. v. 9: _Nos populus ejus
et oves pascu ejus_; et quia Messias promissus fuerat Abraham et David
oriturus ex eorum semine, et a populo Hebro expectatus, et a Prophetis
qui Hebri erant vaticinatus, et ejus adventus, conversatio, passio,
mors et resurrectio in sacrificiis, cultu, et ceremoniis Hebrorum legis
erant prfigurata._

96. Nous avons de plus,  l'appui de notre thse, l'vangile de S. Jean,
ch. 10, v. 16, o il est dit: _J'ai encore d'autres brebis qui ne sont
pas de cette bergerie; il faut aussi que je les amne, et elles
entendront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul
berger_. Si nous demandons quelles peuvent tre ces brebis qui ne sont
pas de cette bergerie, et quelle est cette bergerie dont parle le
Seigneur Christ, tous les Commentateurs nous rpondent que la seule
bergerie du Christ, c'est l'glise,  laquelle la prdication de
l'vangile devait amener les Gentils, qui taient d'une autre bergerie
que celle des Hbreux. Pour eux, en effet, la bergerie du Christ,
c'tait la Synagogue, d'abord parce que David avait dit, _Psaume_ 94, v.
7: _Nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses
pturages_; puis, parce que la promesse avait t faite  Abraham et 
David que le Messie sortirait de leur race, parce qu'il tait attendu
par le peuple Hbreu, annonc par les Prophtes, qui taient Hbreux, et
que son avnement, ses actes, sa passion, sa mort et sa rsurrection
taient comme figurs d'avance dans les sacrifices, le culte et les
crmonies de la loi des Hbreux.

_97. Sed salva semper Sanctorum Patrum, ac aliorum Doctorum reverentia,
non videtur talis expositio ad plenum satisfacere. Habemus enim quod de
fide est a principio mundi Ecclesiam Fidelium extitisse unam, usque ad
finem sculi duraturam. Cujus Ecclesi caput est mediator Dei et hominum
Christus Jesus, cujus contemplatione creata sunt universa, et omnia per
ipsum facta. Fides enim unius Dei Trini (quamvis non ita explicite), et
Verbi Incarnatio revelata fuit primo homini, et ab ipso edocti ejus
filii, et ab iis descendentes. Hinc est quod quamvis plerique homines ad
idolatriam deflexerint, ac veram fidem deseruerint, multi tamen veram
fidem a patribus sibi traditam retinuerunt, et legem natur servantes in
vera Ecclesia Fidelium permanserunt, ut observat Cardinalis Toletus in
_Job_, c. 10. v. 16., et apparet in Job, qui inter Gentiles Idololatras
sanctus fuit. Quamvis autem Deus populo Hebro speciales favores
contulerit, peculiaremque legem, ac ceremonias illi prscripserit, ac a
Gentilibus segregaverit, non tamen ad eam legem Gentes tenebantur, nec
fideles Hebri aliam Ecclesiam constituebant ab Ecclesia Gentilium, qui
fidem unius Dei et Messi venturi profitebantur._

97. Mais, sauf le respect d aux Saints Pres et autres Docteurs, cette
explication n'est pas de tout point satisfaisante. Il est de foi en
effet que l'glise des Fidles a t une et a exist depuis le
commencement du monde, et qu'elle durera ainsi jusqu' la fin des
sicles. Le chef de cette glise est Jsus-Christ, mdiateur de Dieu et
des hommes, crateur et auteur de toutes choses. La foi dans la Trinit
divine, (quoique moins explicite) et l'Incarnation du Verbe ont t
rvles au premier homme, lequel en a instruit ses fils, et ceux-ci 
leur tour leurs descendants. Aussi, bien que la plupart des hommes se
fussent laiss garer dans l'idoltrie et eussent dsert la vraie foi,
beaucoup cependant gardrent cette foi qui leur venait de leurs pres,
et, observant la loi naturelle, restrent dans la vraie glise des
Fidles. C'est la remarque que fait le Cardinal Tolet,  propos de Job,
qui fut un saint au milieu des Gentils Idoltres. Et quoique Dieu et
confr des faveurs spciales au peuple Hbreu, qu'il et tabli pour
lui une loi et des crmonies spciales, et qu'il l'et spar des
Gentils, cette loi n'tait pas cependant obligatoire pour les Gentils,
et les Hbreux fidles ne constituaient pas une glise diffrente de
l'glise des Gentils qui professaient la foi en un seul Dieu et en la
venue du Messie.

_98. Hinc est, quod etiam ex Gentilibus fuere, qui Christi adventum, et
alia Christian fidei dogmata prophetarunt, ut patet de _Balaam,
Mercurio Trismegisto, Hydaspe_, ac _Sibyllis_ de quibus loquitur
Lactantius, lib. 1. c. 6., ut scribit Cardinalis Baronius in _Apparatu
Annal._ n 18. Et quod Messias erat a Gentilibus expectatus habet Isaias
in pluribus locis, et luculentum testimonium de hoc est prophetia
Patriarch Jacob de Messia, qu sic ait, _Gen._ c. 49. v. 10: _Non
auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui
mittendus est, et ipse erit expectatio Gentium_. Item Prophetia Aggi,
c. 2. v. 8: _Movebo omnes Gentes, et veniet desideratus cunctis
gentibus_, quem locum explicans Cornelius a Lap. _in Agg._ c. 2. v. 8.
 _Denique gentes_, ait: _Gentes ante Christum credentes in Deum lege
natur, que ac Judi expectabant ac desiderabant Christum_. Pariter
Christus ita se prodidit, et manifestavit Gentibus, sicut Judis: si
enim in ipsius nativitate per Angelum ejus notitia data fuit Pastoribus,
per stellam miraculosam ad sui adorationem vocavit Magos, qui cum essent
Gentiles fuerunt primiti Gentium in Christo agnoscendo, et adorando, ut
ait S. Fulgentius, _Sermon. 6. de Epiph._, sicut Pastores fuerunt
primiti Judorum. Itidem manifestatio adventus Christi per
prdicationem (non quidem Apostolorum) prius facta est Gentilibus, quam
Judis: siquidem ut scribit Ven. Mater Soror Maria de Agreda, in _Vita
J. C. et B. M. V._, p. 1. l. 4. c. 26. n. 664: _Quando B. M. Virgo cum
S. Joseph portavit Puerum Jesum in Aegyptum, fugiendo Herodis
persecutionem, mansit ibi per septennium: quo tempore ipsa Beatissima
Virgo prdicavit Aegyptiis veri Dei fidem, et Filii Dei in carne humana
adventum_. Ulterius in Christi nativitate multa fuere prodigia non solum
in Juda, sed in Aegypto, ubi corruerunt idola, ac oracula conticuere;
Rom ubi fons olei scaturiit; visus globus aurei coloris de coelo in
terram descendere; apparuere tres soles; ac contra naturam circulus
variegatus ad modum Iridis solis discum circumscripsit; in Grcia, ubi
oraculum Delphicum obmutuit, et interrogatus Apollo ab Augusto ipsi
sacrificante in proprio palatio, ubi eidem aram extruxerat, de causa
silentii sui, respondit, ut referunt Nicephorus, l. 1. c. 17., Suidas,
verbo _Augustus_, et Cedrenus, _Compend. Histor._:_

98. On remarquera de plus que, mme parmi les Gentils, il y en eut qui
prophtisrent la venue du Christ et les autres dogmes de la foi
Chrtienne, tmoin Balaam, Mercure Trismgiste, Hydaspe et les Sibylles,
dont parle Lactance, _livre 1, ch. 6_; voir aussi Baronius, _Apparat.
Annal., n 18_. Que le Messie ft attendu par les Gentils, nous en avons
la preuve dans plusieurs passages d'Isae, et surtout dans la Prophtie
du Patriarche Jacob touchant le Messie, ainsi conue, _Gense_, c. 49,
v. 10: _Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa
postrit, jusqu' ce que vienne celui qui doit tre envoy; et c'est
lui qui sera l'attente des nations_. De mme dans la prophtie d'Agge,
c. 2, v. 8: _J'branlerai toutes les Nations, et le dsir de toutes
les nations viendra_, ce que Cornelius _a Lapide_ commente en ces
termes: _Les Gentils antrieurs  la venue du Christ, qui croyaient en
Dieu et observaient la loi de nature, attendaient et dsiraient le
Christ aussi bien que les Juifs_. Le Christ lui-mme s'est annonc et
manifest aux Gentils ainsi qu'aux Juifs; car en mme temps que l'Ange
donnait aux bergers la nouvelle de sa nativit, au moyen de l'toile
miraculeuse il conviait  l'adorer les Mages qui, tant Gentils, furent
les premiers d'entre les Nations, comme les bergers le furent parmi les
Juifs,  reconnatre et adorer le Christ (voyez S. Fulgence, _Sermon sur
l'piphanie_). De mme, ce furent les Gentils qui, avant les Juifs,
connurent l'avnement du Christ par la prdication (je ne dis pas la
prdication des Aptres). En effet, comme l'crit la Vnrable Mre
Soeur Marie d'Agreda, dans sa _Vie de Jsus-Christ et de la
Bienheureuse Vierge Marie_: _Lorsque la Bienheureuse Vierge Marie,
fuyant avec S. Joseph la perscution d'Hrode, emporta en gypte
l'Enfant Jsus, elle y resta sept ans; et pendant ce temps-l la
Bienheureuse Vierge prcha elle-mme aux gyptiens la foi du vrai Dieu
et la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine_. En outre, lors de
la nativit du Christ, il y eut de nombreux prodiges, non-seulement en
Jude, mais en gypte, o les idoles s'croulrent et les oracles se
turent;  Rome, o jaillit une fontaine d'huile, o l'on vit un globe de
couleur d'or descendre du ciel sur la terre, o trois soleils
apparurent, et o un cercle extraordinaire, de nuances varies comme
l'arc-en-ciel, entoura le disque du soleil; en Grce, o l'oracle de
Delphes devint muet; au sujet de quoi Apollon, interrog par l'empereur
Auguste qui lui sacrifiait dans son propre palais, o il lui avait lev
un autel, rpondit:

Me puer Hebrus, Divos Deus ipse gubernans, Cedere sede jubet,
tristemque redire sub orcum; Aris ergo dehinc tacitis abscedito nostris.

_Un enfant Hbreu, qui commande aux Dieux et est Dieu lui-mme,
M'ordonne de quitter mon sige, et de rentrer dans les Enfers; Nos
autels sont muets maintenant, il faut t'en loigner._

_Et multa alia acciderunt prodigia, quibus prnuntiabatur Gentilibus
Filii Dei adventus, qu ex variis Aucthoribus recitat Baronius,
_Apparat. Annal. Eccles._ n 24. et seq., et Cornelius _in Agg._ c. 2.
v. 8._

Il y eut encore beaucoup d'autres prodiges annonant aux Gentils
l'avnement du Fils de Dieu: on les trouvera relats dans Baronius,
_Apparat. Annal. Eccles._, et dans Cornelius, _Commentaire d'Agge_.

_99. Ex istis patet, quod etiam Gentiles pertinebant ad ovile Christi
idem, ad quod spectabant Judi, puta ad Ecclesiam eamdem fidelem; igitur
non potest recte dici, quod illa verba Christi: _Alias oves habeo, qu
non sunt ex hoc ovili_, accipienda sint de Gentilibus, qui communem cum
Hebris habuerunt de Deo fidem, de Messia spem, prophetiam,
expectationem, et signa, et prdicationem._

99. De tout ceci il appert que les Gentils eux-mmes appartenaient,
comme les Juifs,  la bergerie du Christ, c'est--dire  la mme glise
des fidles. Par consquent, ces paroles du Christ: _J'ai d'autres
brebis qui ne sont pas de cette bergerie_, ne sauraient s'entendre des
Gentils qui eurent, de commun avec les Hbreux, la foi en Dieu,
l'esprance du Messie, les prophties, l'attente, les prodiges et la
prdication de son avnement.

_100. Dico igitur quod nomine _aliarum ovium_ commode possunt intelligi
Creatur ist rationales, sive animalia de quibus hucusque disseruimus.
Cum enim, ut diximus, capaces sint beatitudinis, et damnationis, et
Christus Jesus sit mediator Dei, et hominum, immo totius rationalis
Creatur (creatur enim rationales, qu beatitudinem consequuntur, hanc
obtinent intuitu meritorum Christi per ab eo sibi collatam gratiam, sine
qua nequit beatitudo obtineri), debuit omnis rationalis creatura de eo
venturo spem habere, sicut de uno Deo fidem, et de ipsius in carne
nativitate, et de prceptis legis grati manifestationem. Ist igitur
erant oves, qu non erant _ex hoc ovili humano_, et quas adducere
Christum oportebat, et qu ejus vocem nempe notitiam de ipsius adventu,
et de evangelica doctrina, quantum per se, tum per Apostolos Christus
erat manifestaturus audire debebant, et ex iis, ac hominibus in coelo
beatificatis fieri _unum ovile, et unus Pastor_._

100. Je dis donc que par ces mots: d'_autres brebis_, on peut fort bien
entendre ces cratures ou animaux raisonnables dont nous avons trait
jusqu'ici. En effet, nous avons tabli qu'elles sont capables de
batitude et de damnation; or Jsus-Christ tant mdiateur de Dieu et
des hommes, ainsi que de toute crature raisonnable (car c'est par
l'application des mrites du Christ que les cratures raisonnables
obtiennent la batitude, au moyen de la grce qu'il leur confre), il en
rsulte que toute crature raisonnable a d avoir, en mme temps que la
foi en un seul Dieu, l'esprance de l'avnement du Christ, et la
rvlation de sa naissance dans la chair et des prceptes de la loi de
grce. Voil donc les brebis qui n'taient pas _de cette bergerie
humaine_, et qu'il lui fallait amener; les brebis qui devaient entendre
sa voix, c'est--dire l'annonce de son avnement et de la doctrine
vanglique, soit directement de lui-mme, soit par l'intermdiaire des
Aptres; les brebis enfin qui, runies aux hommes dans la batitude
cleste, devaient raliser cette promesse _d'une seule bergerie et d'un
seul berger_.

_101. Huic expositioni quam incongruam non puto, vim addit id quod supra
n 77. ex D. Hieronymo retulimus de homunculo illo qui rogavit D.
Antonium, ut communem Deum, quem in carne humana esse passum cognoverat,
pro se et suis _deprecaretur_. Innuitur enim ex his, quod illi notitiam
habuerunt de adventu, et morte Christi, quem tamquam Deum optabant sibi
propitium, ut proinde ad hoc intercessionem D. Antonii expostularent._

101. Cette interprtation,  mon avis trs-raisonnable, tire une
nouvelle force de ce que nous avons rapport, d'aprs S. Jrme, de ce
petit homme qui demanda  S. Antoine de _prier_ pour lui et les siens le
Dieu commun, qu'il savait avoir souffert dans la chair humaine. Ceci
implique, en effet, qu'ils avaient connaissance de l'avnement et de la
mort du Christ, et qu'ils dsiraient, en sa qualit de Dieu, se le
rendre favorable, puisqu'ils recouraient, dans ce but,  l'intercession
de S. Antoine.

_102. Facit ad idem id, quod ex Eusebio de _Prparat. Evang._ l. 5. c.
9., et Plutarcho l. de _Defectu Oracul._, refert Cardinalis Baronius
_Appar. Annal._ n 129., et recenset inter prodigia, qu tempore mortis
Christi evenere. Recitat igitur ex citatis Aucthoribus quod Tiberii
Imperatoris, sub quo passus est Christus, tempore, navigantibus
nonnullis a Grcia in Italiam, circa Insulas Echinades, cessatis ventis,
noctu navigium appulit prope terram. Audita fuit ab omnibus vox magna
qu vocavit Tramnum. Erat is Nauclerus navigii, quo respondente _Adsum_,
replicavit vox: _Quando perveneris prope quandam paludem, annunciabis
MAGNUM PANA MORTUUM ESSE_: quod cum Tramnus fecisset, auditi sunt
repente multorum, imo multitudinis prope infinit gemitus, et ululatus.
Profecto isti fuerunt Dmones, seu Angeli corporei, seu animalia
rationalia prope paludem degentia, utpote aquea, qu audita morte
Christi, qui nomine magni Pan efferebatur, in lacrymas, et lamenta
effusa sunt; prout etiam Hebri nonnulli visa Christi morte percutientes
pectora sua revertebantur (_Luc._ c. 23. v. 48.). Ex hucusque igitur
deductis patet, quod dantur hujusmodi Dmones, succubi et incubi,
constantes sensu, et ipsius passionibus obnoxii, ut probatum est; qui
generantur, corrumpuntur, et capaces sunt beatitudinis, et damnationis,
et ratione corporis subtilioris, nobiliores homine sunt, et qui si cum
hominibus, maribus aut foeminis, carnaliter commiscentur, peccant, et
eo peccato, quo peccat homo jungendo se cum bruto, quod est homine
ignobilius; proinde non raro hi Dmones consuetudinem habentes cum
homine, equabus aut plurimum post longam habitam communicationem eas
interficiunt. Causa porro hujus est, quod si inter tales datur peccatum,
cum sint in via, dari etiam debet poenitentia; sicut ergo homini
peccanti consuetudinaliter cum bruto, ad tollendam occasionem
recidivandi, Confessarius injungit, ut brutum tollat de medio, ita tali
Dmoni consuetudinario in peccato, et tandem poenitenti accidit, ut
animal cum quo peccavit, sive homo, sive brutum fuerit, occidat; nec
enim tali Dmoni mors data homini peccatum erit, sicut mors data bruto
non imputatur tamquam peccatum homini: ratione enim essentialis
differenti inter Dmonem hujusmodi, et hominem, idem erit homo Dmoni,
quod est homini brutum._

102. Un autre fait  l'appui de ma conclusion, c'est celui que mentionne
le Cardinal Baronius (_Appar. Annal._, n 129), d'aprs Eusbe et
Plutarque, comme un des prodiges qui signalrent la mort du Christ. Au
temps de l'Empereur Tibre, sous qui eut lieu la passion du Christ, des
navigateurs allant de Grce en Italie et se trouvant la nuit, par un
temps calme, dans le voisinage des les chinades, leur navire vint 
toucher la terre. Alors une grande voix fut entendue de tous, qui
appelait Tramnus. C'tait le nocher: _Prsent_, rpondit-il; et la
mme voix rpliqua: _Lorsque tu seras arriv auprs de tel marais, tu
annonceras que_ LE GRAND PAN EST MORT. Tramnus obit, et tout  coup
une immense clameur s'leva comme d'une multitude infinie, clatant  la
fois en gmissements et en sanglots. Qui taient-ce donc, sinon des
Dmons ou Anges corporels, ou des animaux raisonnables habitant prs de
ces marais,  cause, sans doute, de leur nature aqueuse, et qui, 
l'annonce de la mort du Christ dsign par ce nom de Grand Pan, se
rpandaient en larmes et en lamentations? Ainsi, parmi les Juifs qui
avaient assist  la mort du Christ, il y en eut un grand nombre qui
s'en retournrent en se frappant la poitrine (_S. Luc_, c. 23, v. 48).
De toutes les dductions ci-dessus, il ressort donc qu'il existe des
Dmons de cette sorte, succubes et incubes, lesquels sont dous de sens,
et sujets aux passions des sens, comme il a t prouv; qui naissent par
gnration et meurent par corruption; qui sont capables de batitude et
de damnation; qui,  raison de la subtilit de leur corps, sont plus
nobles que l'homme, et qui, s'il leur arrive d'avoir un commerce charnel
avec l'homme ou la femme, commettent un pch analogue  celui dont
l'homme se rend coupable en s'unissant avec la brute, qui lui est
infrieure. Aussi n'est-il pas rare que ces dmons, aprs avoir
entretenu des rapports prolongs avec des hommes, des femmes ou des
juments, finissent par tuer leur complice, et cela s'explique: tant
sujets  pcher, ils doivent aussi, puisqu'ils sont dans la voie du
salut, _in via_, pouvoir se repentir; or, de mme que l'homme, qui pche
habituellement avec une bte, reoit de son confesseur l'injonction de
dtruire cette bte afin de supprimer les occasions de rcidive, de mme
il peut arriver au dmon repentant de tuer l'homme ou la bte avec qui
il pchait d'habitude; et ce dmon, en donnant ainsi la mort  un homme,
ne pchera pas, pas plus que ne pche l'homme en donnant la mort  une
bte: car, tant observ la diffrence essentielle qui spare de l'homme
un dmon de cette sorte, l'homme sera au dmon ce que la bte est 
l'homme.

_103. Scio multos, et forte plerosque, qui hc legerint, dicturos de me,
quod Epicurei, et Stoici Philosophi nonnulli dixerunt de Divo Paulo,
_Actor._ c. 17. v. 18.: _Novorum Dmoniorum videtur annunciator_, et
datam doctrinam exsibillabunt. Sed isti tenebuntur solvere argumenta
supra posita, et dicere quinam sint Dmones isti Incubi vulgo
_Folletti_, qui exorcismos, res sacras, et Christi Crucem non pavent, ac
alios effectus istorum, ac phnomena salvare, qu nos ex data doctrina
ostendimus._

103. Je sais que beaucoup de mes lecteurs, la plupart peut-tre, diront
de moi ce que les picuriens et bon nombre de Philosophes Stociens
disaient de S. Paul (_Actes des Aptres_, c. 17, v. 18): _Il semble
qu'il annonce des divinits nouvelles_, et tourneront ma doctrine en
ridicule. Mais ils n'en seront pas moins tenus de dtruire les arguments
qui prcdent, de nous dire ce que c'est que ces Dmons Incubes,
vulgairement appels _Follets_, qui n'ont peur ni des exorcismes, ni des
objets sacrs, ni de la Croix du Christ, et enfin de nous expliquer les
divers effets et phnomnes relats par nous dans l'exposition de cette
doctrine.

_104. Solvitur ergo ex his, qu hucusque deducta sunt, qustio, quam
proposuimus supra n 30. et n 34.: resolutive innuimus; quomodo mulier
potest ingravidari a Dmone Incubo. Non enim hoc prstare potest ex
semine sumpto ab homine, ut fert communis opinio, quam confutavimus n
31 et 32: sequitur ergo, quod ipsa imprgnatur a semine Incubi, cum enim
animal sit, et generet, proprio pollet semine: et hoc modo optime
salvatur generatio Gigantum secuta ex commixtione Filiorum Dei cum
Filiabus hominum; nati siquidem sunt ex tali concubitu Gigantes, qui
licet homini essent similes, corpore tamen erant majores: et quamvis a
Dmonibus geniti, viribus proinde pollerent, non tamen Dmonum vires et
potentiam quabant, ut sequitur in mulis, hinnis et burdonibus, qui
medii quodammodo sunt inter eas species animalium, a quibus promiscue
generantur, et superant quidem imperfectiorem, non attingunt autem
perfectiorem speciem generantium: mulus enim superat asinum, sed non
quat perfectionem equ, a quibus generatur._

104. Les arguments dduits ci-dessus nous amnent donc  une solution du
problme pos aux ns 30 et 34,  savoir: comment une femme peut tre
fconde par un Dmon Incube. Ceci, en effet, ne peut provenir de sperme
emprunt d'un homme, malgr l'opinion commune que nous avons rfute,
ns 31 et 32; il s'ensuit donc qu'elle est directement imprgne par le
sperme de l'Incube, lequel, tant animal et capable d'engendrer, dispose
d'un sperme qui lui est propre. Ainsi se trouve parfaitement explique
la gnration des Gants, rsultat du commerce des Fils de Dieu avec les
Filles des hommes: car, quoique semblables  l'homme, ces Gants taient
de plus haute stature; et quoique engendrs par des Dmons qui leur
communiquaient de leur force, ils ne les galaient pourtant ni en
vigueur, ni en pouvoir. C'est exactement le cas des mulets, des bardeaux
ou des muletons, qui tiennent en quelque sorte le milieu entre les
espces d'animaux dont ils sont engendrs, surpassant la plus
imparfaite, mais n'galant pas la plus parfaite: exemple le mulet,
produit de l'ne et de la jument, qui est suprieur au premier, mais
n'atteint pas  la perfection de la seconde.

_105. Confirmat autem hanc sententiam consideratio, quod animalia genita
ex commixtione diversarum specierum non generant; sed sunt sterilia, ut
patet in mulis. Gigantes autem non leguntur Gigantes generasse, sed
natos a Filiis Dei, puta Incubis, et filiabus hominum: cum enim concepti
fuerint ex semine Dmoniaco mixto cum humano, non potuerunt, tamquam
medi speciei inter Dmonem et hominem, generare._

105. A l'appui de cette conclusion, nous ferons observer que les animaux
engendrs de l'union d'espces diffrentes n'engendrent pas eux-mmes,
mais sont striles, comme on le voit dans les mulets. Or nous ne lisons
nulle part que les Gants aient t engendrs par d'autres Gants, mais
bien qu'ils sont ns des Fils de Dieu, c'est--dire des Incubes, et des
Filles des hommes: ainsi conus du sperme dmoniaque ml au sperme
humain, formant une espce mitoyenne entre le Dmon et l'homme, ils
n'avaient pas pouvoir d'engendrer.

_106. Dicetur fortasse contra hoc, non posse, ex semine Dmonum, quod
pro sui natura oportet esse tenuissimum, fieri mixturam cum semine
humano, quod crassum est; unde nec generatio sequi possit._

106. On objectera peut-tre que le sperme des Dmons qui, de sa nature,
doit ncessairement tre trs-fluide, ne saurait se mlanger avec le
sperme humain, qui est pais; et que, par consquent, il n'en pourrait
suivre aucune gnration.

_107. Respondeo quod, ut dictum fuit supra n 32: virtus generandi
consistit in spiritu, qui simul cum materia spumosa et viscida deciditur
a generante; sequitur ex hoc, quod semen Dmonis quantumvis tenuissimum,
quia tamen materiale, optime potest commisceri cum spiritu materiali
seminis humani, ac fieri generatio._

107. Je rponds, suivant ce qui a t dit plus haut, n 32: la vertu
gnratrice consiste dans l'esprit qui est rpandu par l'oprateur avec
la matire spumeuse et visqueuse; donc le sperme du Dmon, si fluide
qu'il soit, tant cependant matriel, peut trs-bien se mler avec
l'esprit matriel du sperme humain, et produire gnration.

_108. Replicabitur adhuc contra conclusionem, quod si vere fuisset
Gigantum generatio ex semine Incuborum et Mulierum, nunc quoque Gigantes
nascerentur, non desunt enim mulieres coeuntes cum Incubis, ut patet ex
gestis SS. Bernardi et Petri de Alcantara, et aliarum historiarum, qu
passim ab Auctoribus recitantur._

108. On rpliquera que si la gnration des Gants tait rellement
sortie du sperme combin des Incubes et des Femmes, il natrait
aujourd'hui encore des Gants; car il ne manque pas de femmes ayant
commerce avec les Incubes, comme on le voit dans les Gestes de S.
Bernard et de Pierre d'Alcantara, et d'autres histoires racontes par
divers auteurs.

_109. Respondeo, quod prout ex Guaccio dictum fuit supra n 81: alii
sunt hujusmodi Dmones terrei, alii aquei, rei alii, et alii ignei, qui
respective in propriis eorum elementis habitant. Videmus autem animalia
eo majora esse, quo majus est elementum in quo degunt, ut patet in
piscibus, inter quos licet multi sint minuti, ut etiam sunt plura
animalia terrestria minutissima, et tamen quia elementum aqu majus est
elemento terr (utpote continens majus semper est contento), ideo pisces
a tota specie superant in magnitudine molis animalia terrestria, ut
patet in balenis, orcynis, pistis seu pistricibus, thynnis, ac aliis
piscibus cetaceis, seu viviparis, qui quodvis animal terrestre longe
superant. Porro cum Dmones hujusmodi animalia sint, ut hucusque
probatum est, eo erunt majores in magnitudine quo elementum majus pro
sui natura inhabitabunt. Et cum r excedat aquam, et ignis re major
sit, sequitur, quod Dmones therei, ac ignei longe superabunt
terrestres et aqueos, tum in mole corporis, tum in virtute. Nec contra
hoc facit instantia de avibus, qui licet incolant rem, qui major est
aqua, tamen corpore minores sunt a tota specie piscibus et
quadrupedibus, quia aves licet per rem volatu spatientur, revera tamen
pertinent ad elementum terr, in qua quiescunt; aliter enim pisces
nonnulli qui volant, ut hirundo marina, et alii, dici deberent animalia
rea, quod falsum est._

109. Je rponds, suivant ce qui a t dit ci-dessus, n 81, d'aprs
Guaccius: des Dmons dont il s'agit, les uns sont terrestres, les autres
aqueux, les autres ariens, les autres igns, et chacun rside dans
l'lment qui lui est propre. Or un fait connu, c'est que les animaux
sont d'autant plus grands, que plus grand est l'lment o ils
demeurent, tmoin les poissons: beaucoup sans doute sont trs-petits,
comme il arrive pour les animaux terrestres, mais de mme que l'lment
aqueux est plus grand que l'lment terrestre (le contenant tant
toujours plus grand que le contenu), de mme les poissons dans toute
leur espce dpassent en grandeur la masse des animaux terrestres: ceci
est clair  voir les baleines, les thons, les cachalots et autres
poissons ctacs ou vivipares, qui l'emportent de beaucoup sur n'importe
quel animal terrestre. Consquemment, les Dmons dont il s'agit tant
des animaux, comme nous l'avons prouv, leur grandeur corporelle sera en
proportion de la grandeur de l'lment o ils habiteront suivant leur
nature. Et comme l'air l'emporte sur l'eau, et le feu sur l'air, il
s'ensuit que les Dmons thrs et igns l'emporteront de beaucoup sur
leurs congnres terrestres et aqueux, soit en grandeur corporelle, soit
en vigueur. On objectera peut-tre que les oiseaux, habitants de l'air,
qui est plus grand que l'eau, sont nanmoins, pris en gnral, plus
petits que les poissons et les quadrupdes; mais ceci ne prouve rien,
car les oiseaux, tout en parcourant l'air de leur vol, n'en
appartiennent pas moins  la terre, o ils se reposent; autrement il
faudrait classer certains poissons volants, comme l'hirondelle de mer,
parmi les animaux ariens, ce qui est faux.

_110. Advertendum autem, quod post diluvium r iste terraqueo globo
citissimus magis incrassatus est ex humiditate aquarum, quam fuerit ante
diluvium, et hinc forte est, quod ex tali humido, quod est principium
corruptionis, fiat, quod homines non tatem ita producant, ut faciebant
ante diluvium. Ex ista autem ris crassitie fit, quod Dmones therei,
ac ignei, cteris corpulentiores, nequeunt diutius manere in hoc re
crasso, et si descendunt aliquando hoc fit violenter, et eo modo quo
urinatores ad ima maris descendunt._

110. Maintenant, une remarque essentielle, c'est qu'aprs le dluge, cet
air qui enveloppe notre globe terrestre et aqueux est devenu, par suite
de l'humidit des eaux, plus pais qu'il n'tait avant le dluge; et
comme l'humidit est le principe de la corruption, c'est peut-tre pour
cela que la vie des hommes ne se prolonge plus autant que dans les ges
antdiluviens. Cette paisseur de l'air est aussi cause que les Dmons
thrs et igns, d'une corpulence plus forte que les autres, ne peuvent
plus demeurer dans cet air pais, et s'ils y descendent quelquefois,
c'est violemment et de la mme manire que les plongeurs descendent au
fond de la mer.

_111. Ante diluvium autem, cum adhuc r non ita crassus erat, veniebant
Dmones, et cum mulieribus miscebantur, et gigantes procreabant, qui
magnitudinem corpoream Dmonum generantium mulabantur. Nunc vero ita
non est: Dmones enim Incubi, qui foeminas incessunt, sunt aquei
quorum corporis moles magna non est: et proinde in forma homuncionum
apparent, et quia aquei etiam salacissimi sunt; luxuria enim in humido
est: ut proinde Venerem e mari natam Poet finxerint, quod Mythologi
explicant de libidine, qu oritur ab humiditate. Cum ergo Dmones, qui
corpore parvi sunt, his temporibus mulieres imprgnent, non gigantes,
sed statur ordinari filii nascuntur. Sciendum porro quod si miscentur
corporaliter cum mulieribus Dmones in sua ipsorum corpulentia naturali,
nulla facta immutatione aut artificio, mulieres illos non vident, nisi
tanquam umbram pne incertam, ac quasi insensibilem, ut patet in muliere
illa, de qua diximus supra n 28., qu osculabatur ab incubo, cujus
tactus vix ab ea sentiebatur. Quando vero volunt se visibiles amasiis
reddere, atque ipsis delectationem in congressu carnali afferre, sibi
indumentum visibile assumunt, et corpus crassum reddunt. Qua vero hoc
arte fiat, ipsi norunt. Nobis curta nostra Philosophia hoc non pandit.
Unum scire possumus, et est, quod tale indumentum seu corpus ex solo re
concreto constare nequiret, hoc enim esse deberet per condensationem, et
proinde per frigus; unde oporteret, quod corpus illud ad tactum esset
veluti glacies, et ita in coitu mulieres non delectaret, sed torqueret,
cum tamen contrarium eveniat._

111. Or avant le dluge, lorsque l'air n'tait pas encore aussi pais,
les Dmons venaient sur la terre et avaient commerce avec les femmes,
procrant de la sorte des Gants d'une stature presque gale  celle des
Dmons leurs pres. Mais  prsent il n'en est plus ainsi: les Dmons
Incubes qui accolent les femmes sont aqueux et de taille restreinte;
aussi les voit-on paratre sous la forme de petits hommes, et, par la
raison qu'ils sont aqueux, ils sont excessivement lascifs. Luxure et
humidit sont deux termes correspondants: ce n'est pas sans raison que
les Potes ont fait natre Vnus de la mer, voulant indiquer, comme
l'expliquent les Mythologues, que la luxure a sa source dans l'humidit.
Donc lorsque les Dmons, qui sont de petite stature, engrossent
aujourd'hui les femmes, ils leur font des enfants de taille ordinaire et
non des gants. Ici se place une observation: lorsque ces Incubes
s'unissent charnellement aux femmes dans leur corps propre et naturel,
sans mtamorphose ni artifice, les femmes ne les voient pas, ou, si
elles les voient, c'est comme une ombre presque incertaine et  peine
sensible: tel tait le cas de cette dame dont nous avons parl au n 28,
qui recevait les baisers d'un incube dont elle sentait  peine le
contact. Quand, au contraire, les galants veulent se rendre visibles 
leurs matresses, _atque ipsis delectationem in congressu carnali
afferre_, alors ils revtent une enveloppe visible, et leur corps
devient palpable. Par quel art, ceci est leur secret. Notre philosophie
 courte vue est impuissante  le dcouvrir. Tout ce que nous savons,
c'est que cette enveloppe ou ce corps ne pourrait consister seulement en
air concret, car ceci ne s'effectuerait que par la condensation, et
consquemment par le froid; un corps ainsi form produirait au toucher
l'effet de la glace; _et ita in coitu mulieres non delectaret_, il les
ferait plutt souffrir, lorsque cependant c'est le contraire qui arrive.

_112. Visa igitur differentia Dmonum spiritualium, qui cum sagis
coeunt, et Incuborum, qui cum foeminis minime sagis rem habent,
perpendenda est gravitas hujus criminis in utroque casu._

112. Etant donc admis la distinction des Dmons spirituels, qui ont
commerce avec les sorcires, et des Incubes, qui ont affaire  des
femmes pas du tout sorcires, il nous reste  peser la gravit du crime
dans l'un et l'autre cas.

_113. In coitu Sagarum cum Dmonibus, eo quia non fit nisi cum apostasia
a Fide, et Diaboli cultu, et tot aliis impietatibus quas recensuimus
supra a n 12. ad 24., est maximum quorumque peccatorum, qu ab
hominibus fieri possunt: et ratione tant enormitatis contra Religionem,
qu prsupponitur coitu cum Diabolo, profecto Dmonialitas maximum est
criminum carnalium. Sed spectato delicto carnis ut sic, et ut abstracto
a peccatis contra Religionem, Dmonialitas redigenda est ad simplicem
pollutionem. Ratio, et quidem convincentissima, est quia Diabolus, qui
rem habet cum sagis, purus spiritus est, et est in termino ac damnatus
ut dictum supra fuit; proinde si cum sagis coit, hoc facit in corpore
assumpto, aut a se formato, ut sentiunt communiter Theologi. Porro
corpus illud quamvis moveatur, non tamen vivens est; sequitur ergo quod
coiens cum tali corpore, sive mas sive foemina fuerit, idem delictum
committit, ac si cum corpore inanimato, aut cadavere coiret, quod esset
simplex mollities, ut alias demonstravimus. Verum est, quod, ut
observavit etiam Cajetanus, talis coitus effective potest habere
deformitates aliorum criminum juxta corpus a Diabolo assumptum, et vas:
si enim assumeret corpus virginis consanguine, aut sacr, effective
esset tale crimen incestus aut sacrilegium, et si in figura bruti
coiret, aut in vase prpostero, evaderet bestialitas, aut Sodomia._

113. Le commerce des Sorcires avec les Dmons, par les circonstances
qui l'accompagnent: apostasie de la Foi, culte du Diable, et tant
d'autres impits que nous avons numres plus haut, ns 12  24, est
le plus grand de tous les pchs qu'il soit donn  l'homme de
commettre; et si l'on considre l'normit de cet attentat contre la
Religion, que prsuppose le cot avec le Diable, assurment la
Dmonialit est le plus grand, de tous les crimes de la chair. Mais 
envisager le pch de la chair comme tel, et abstraction faite du pch
contre la Religion, la Dmonialit n'est plus que pollution simple. La
raison, et une raison trs-convaincante, c'est que le Diable qui a
affaire aux Sorcires, est un pur esprit, arriv au terme et damn,
comme il a t dit plus haut; consquemment, s'il paillarde avec les
Sorcires, c'est au moyen d'un corps emprunt, ou qu'il s'est form
lui-mme, suivant l'opinion commune des Thologiens. Or, quoique mis en
mouvement, ce corps, toutefois, n'est pas vivant; d'o suit que l'tre
humain, mle ou femelle, _coiens cum tali corpore_, commet le mme dlit
que s'il le faisait avec un corps inanim, un cadavre: ce qui serait
pollution simple ou mollesse, comme nous l'avons dmontr ailleurs. Il
est vrai, du reste, ainsi que l'a observ Cajetan, qu'un commerce de
cette nature peut trs-bien revtir les caractres honteux d'autres
crimes, suivant le corps emprunt par le Dmon et l'organe employ: car
s'il empruntait le corps d'une parente ou d'une religieuse, le crime
serait effectivement inceste ou sacrilge; et s'il paillardait sous la
forme d'une bte, ou _in vase prpostero_, ce serait bestialit ou
Sodomie.

_114. In coitu autem cum Incubo, in quo nulla habetur qualitas, vel
minima, criminis contra Religionem, difficile est rationem invenire, per
quam tale delictum Bestialitate et Sodomia gravior esset. Siquidem
gravitas Bestialitatis pr Sodomia, prout supra diximus, consistit in
hoc, quod homo vilificat dignitatem su speciei jungendose cum bruto,
quod est speciei longe inferioris sua. In coitu autem cum Incubo diversa
est ratio: nam Incubus ratione spiritus rationalis, ac immortalis,
qualis est homini; ratione vero corporis nobilioris, nempe subtilioris,
est perfectior, et dignior homine; et hoc modo homo jungens se Incubo
non vilificat, immo dignificat suam naturam, et ita, juxta hanc
considerationem, Dmonialitas nequit esse gravior Bestialitate._

114. Quant au commerce avec l'Incube, o ne se rencontre aucun lment,
si faible soit-il, d'offense contre la Religion, il est difficile de
voir pourquoi ce dlit serait plus grave que la Bestialit et la
Sodomie. En effet, si la Bestialit est plus grave que la Sodomie, comme
nous l'avons dit plus haut, c'est que l'homme avilit la dignit de son
espce en s'unissant avec la brute, qui est d'une espce bien infrieure
 la sienne. Mais dans le commerce avec l'Incube, c'est le contraire qui
a lieu: car l'Incube, du chef de son esprit raisonnable et immortel, est
gal  l'homme; du chef de son corps plus noble et plus subtil, il est
plus parfait et plus digne que l'homme. Consquemment, l'homme qui
s'unit  l'Incube n'avilit pas sa nature, il la dignifie plutt; et 
considrer la chose  ce point de vue, la Dmonialit ne saurait tre
plus grave que la Bestialit.

_115. Tamen gravior communiter censetur, et ratio, meo videri, potest
esse: quia peccatum contra Religionem est, quvis communicatio cum
Diabolo, sive ex pacto, sive non; puta habendo cum eo consuetudinem aut
familiaritatem, seu ab eo petendo auxilium consilium, favorem, aut ab
ipso qurendo revelationem futurorum, relationem prteritorum,
absentium, aut alias occultorum. Hujusmodi autem homines, seu mulieres,
concumbendo cum Incubis, quos nesciunt animalia esse, sed putant esse
diabolos, contra conscientiam erroneam delinquunt; et hoc modo ex
conscientia erronea ita peccant cum Incubis se jungendo, ac si cum
diabolis coirent: unde et gravitatem ejusdem criminis incurrunt._

_FINIS_

115. Cependant l'opinion commune veut qu'elle soit plus grave; et voici,
 mon sens, ce qui peut justifier cette manire de voir: c'est qu'il y a
pch contre la Religion dans toute communication avec le Diable, soit
en vertu d'un pacte, soit sans pacte, comme, par exemple, en ayant avec
lui des relations d'habitude ou de familiarit, ou en lui demandant
secours, avis, faveur, ou en cherchant  obtenir de lui la rvlation
des choses futures, la connaissance des choses passes, absentes ou
caches. Hommes et femmes, en s'unissant ainsi avec des Incubes qu'ils
ne savent pas tre des animaux, mais croient tre des diables, pchent
par intention ou erreur de conscience, _ex conscientia erronea_, et leur
pch est le mme en ayant affaire  des Incubes que s'ils avaient
commerce avec des diables; d'o il suit que la gravit de leur crime est
exactement la mme.

FIN.




APPENDICE


Le Manuscrit de la _Dmonialit_ s'arrte sur la conclusion qu'on vient
de lire. Au point de vue purement philosophique et thorique, l'oeuvre
est complte: car il suffisait  l'auteur de dterminer en termes
gnraux la gravit du crime, sans s'occuper de la procdure  suivre
pour en tablir la _preuve_, ni de la _peine_  dicter. Ces deux
questions, au contraire, avaient leur place naturellement marque dans
le grand ouvrage _De Delictis et Poenis_, qui est un vritable _Code
de l'Inquisiteur_; et le Pre Sinistrari d'Ameno ne pouvait manquer de
les y traiter avec tout le soin et toute la conscience dont il a donn
tant de preuves dans les pages qui prcdent.

On sera bien aise de trouver ici cette conclusion pratique de la
_Dmonialit_.

_(Note de l'diteur.)_


Probatio Dmonialitatis

SUMMARIUM


  1. De probatione criminis Dmonialitatis, distinguendum est.

  2. Indicia probantia coitum Sag cum Diabolo.

  3. Requiritur confessio ipsius malefici ad plenam probationem.

  4. Historia de Moniali habente consuetudinem cum Incubo.

  5. Si adsint indicia visa in recitata historia, potest ad torturam
deveniri.


_Preuve de la Dmonialit_

_SOMMAIRE_


  _1. Distinctions  tablir dans la preuve du crime de Dmonialit._

  _2. Indices servant  prouver le commerce d'une Sorcire avec
le Diable._

  _3. Pour la preuve absolue, l'aveu du Sorcier lui-mme est
indispensable._

  _4. Histoire d'une Nonne qui entretenait de relations avec un Incube._

  _5. Si l'accusation s'appuie sur des rcits de tmoins oculaires,
on peut recourir  la torture._




_1. Quantum ad probationem hujus criminis attinet, distinguendum est de
Dmonialitate, puta, vel ejus, qu a Sagis, seu Maleficis fit cum
Diabolis; sive de ea, qu ab aliis fit cum Incubis._

1. En ce qui touche la preuve de ce crime, il faut distinguer l'espce
de Dmonialit:  savoir celle qui se pratique entre Sorcires ou
Sorciers et le Diable, d'une part, et d'autre part, celle que d'autres
personnes pratiquent avec les Incubes.

_2. Quoad primam, probato crimine pacti facti cum Diabolo, probata
remanet _Dmonialitas_ ex consequentia necessaria; nam scopus tum
Sagarum, tum Maleficorum in ludis nocturnis, ultra convivia, et choreas,
est hujusmodi infamis congressus: aliter, illius criminis nullus potest
esse testis, quia Diabolus, qui Sag visibilis est, aliorum oculos
effugit. Verum est, quod aliquoties vis sunt mulieres in sylvis, agris,
et nemoribus, supin jacentes, ad umbilicum tenus denudat, et juxta
dispositionem actus venerei, divaricatis, et adductis cruribus, clunes
agitare, prout scribit Guacc., lib. p. cap. 12, v. _Sciendum est spius,
fol. 65_. Tali casu emergeret suspicio vehemens talis criminis, dummodo
esset aliunde adminiculata, et crederem talem actum per testes
sufficienter probatum, sufficere Judici ad indagandam tormentis
veritatem; et hoc maxime, si post aliqualem moram in illo actu, visus
fuisset a muliere elevari quasi fumus niger, et tunc mulierem surgere,
prout ibidem scribit Guaccius; talis enim fumus, aut umbra, Dmonem
fuisse concumbentem cum foemina inferre potest. Sicut etiam, si mulier
visa fuisset concumbere cum homine, qui post actum de repente evanuit,
ut non semel accidisse idem auctor ibidem narrat._

2. Quant  la premire, tant prouv le pacte fait avec le Diable, la
_Dmonialit_ se trouve par l mme prouve; car le but des Sorcires,
aussi bien que des Sorciers, dans leurs sabbats nocturnes, aprs les
festins et les danses, est le commerce infme dont il s'agit: autrement,
il ne peut exister aucun tmoin de ce crime, parce que le Diable, qui
est visible pour la Sorcire, se drobe aux yeux des autres.
Quelquefois, il est vrai, des femmes ont t vues dans les forts, dans
les champs, dans les bocages, couches sur le dos, _ad umbilicum tenus
nudat, et juxta dispositionem actus venerei_, les jambes _divaricatis
et adductis, clunes agitare_, ainsi que l'crit Guaccius, liv. 1, chap.
12, v. _Sciendum est spius_, fol. 65. En pareil cas, la prsomption du
crime de Dmonialit serait trs-forte, pourvu qu'il existt d'ailleurs
d'autres indices; et je croirais qu'un tel acte, suffisamment prouv par
tmoins, autoriserait le Juge  employer la torture pour connatre la
vrit; surtout si, peu aprs cet acte, on avait vu s'lever de la femme
comme une fume noire, et alors la femme se redresser, comme l'crit
encore _Guaccius_; car dans cette fume ou cette ombre on pourrait voir
le Dmon lui-mme, _concumbentem cum foemina_. Mme conclusion, si,
comme il est arriv plus d'une fois au rapport du mme auteur, on a vu
une femme _concumbere cum homine_, lequel, l'acte fini, disparat tout 
coup.

_3. Cterum, ad probandum concludenter aliquem esse Maleficum, seu
Maleficam, requiritur propria Confessio; nullus enim haberi potest de
hoc testis, nisi forte sint alii Malefici, qui in judicio deponunt de
complicibus; sed quia socii criminis sunt, eorum dictum non concludit,
nec etiam ad torturam sufficit, nisi alia exstent indicia, puta,
sigillum Diaboli impressum in eorum corpore, prout diximus supra _num.
23._; et in eorum domibus, facta perquisitione, inveniantur signa, ac
instrumenta artis diabolic, ut ossa mortuorum, prsertim calvariam;
crines artificiose contextos; nodos plumarum intricatos; alas, aut
pedes, aut ossicula vespertilionum, aut bufonum, aut serpentium; ignotas
seminum species; figuras cereas; vasculos plenos incognito pulvere, aut
oleo, aut unguentis minime notis, etc., ut ordinarie contingit reperiri
a Judicibus, qui, accepta accusatione de hujusmodi Sagis, ad capturam,
et domus visitationem deveniunt, ut scribit _Delbene_, de Off. S.
Inquis., _Par. 2. Dub. 206. num. 7_._

3. Du reste, pour prouver d'une manire concluante qu'un homme est un
Sorcier ou une femme une Sorcire, il faut avoir obtenu son propre aveu:
car il ne peut exister de ce fait aucun tmoin si ce n'est peut-tre
d'autres Sorciers qui dposent au procs contre leurs complices; mais,
par cela mme qu'ils sont associs dans le crime, leur dire n'est pas
concluant et ne suffit pas pour autoriser la torture. Il faudrait pour
cela qu'il y et d'autres indices, comme, par exemple, le cachet du
Diable imprim sur leur corps, ainsi que nous avons dit plus haut (n
23), ou qu'aprs perquisition faite dans leurs maisons, on et trouv
des signes et des instruments de l'art diabolique, tels que des os de
morts et surtout un crne; des cheveux artistement arrangs; des
noeuds de plumes embrouills; des ailes, ou des pieds, ou des
ossements de chauves-souris, de crapauds, de serpents; des sortes de
graines, des figures en cire, des vases remplis de poudre ou d'huile, ou
d'onguents inconnus, etc., comme en dcouvrent ordinairement les Juges
qui, sur une accusation de ce genre porte contre des Sorciers,
procdent  leur arrestation et  une visite domiciliaire.

_4. Quantum vero ad probationem congressus cum Incubo, par est
difficultas; non minus enim Incubus, ac alii Diaboli effugiunt, quando
volunt, visum aliorum, ut videri se faciunt a sola amasia. Tamen non
raro accidit, quod etiam visi sint Incubi modo sub una, modo sub alia
specie in actu carnali cum mulieribus._

4. Quant  la preuve du commerce avec un Incube, la difficult est la
mme; car l'Incube, tout aussi bien que les Diables, se rend quand il le
veut invisible  tout autre qu' sa matresse. Cependant, il arrive
encore plus d'une fois aux Incubes de se laisser surprendre, tantt sous
une forme, tantt sous une autre, en flagrant dlit de cohabitation
charnelle avec les femmes.

_In quodam Monasterio (nomen ejus et urbis taceo, ne veterem ignominiam
memori refricem) qudam fuit Monialis, qu cum alia Moniali, qu cellam
habebat su contiguam, simultatem ex levibus causis, ut assolet inter
Mulieres, maxime Religiosas, habebat. Hc sagax in observando quascunque
actiones Monialis sibi advers, per plures dies vidit, quod ista in
diebus stivis, statim a prandio non spatiabatur per viridarium cum
aliis, sed ab iis sequestra, se retrahebat in cellam, quam sera
obserabat. Observatrix igitur mula curiositate investigans, quid tali
tempore illa facere posset, etiam ipsa in propriam cellam se recipiebat;
coepit autem audire submissam quasi duorum insimul colloquentium vocem
(quod facile erat, nam cella parvo simplicis, scilicet lateris unius,
disterminio dividebatur), mox sonitum poppysmatum[1], concussionis
lecti, gannitus, ac anhelitus, quasi duorum concumbentium; unde aucta in
mula curiositate, accuratius stetit in observatione, ut sciret, quinam
in illa cella essent. Postquam autem per tres vices vidit, nullam aliam
Monialem egressam e cella illa, prter mulam, dominam cell, suspicata
est, Monialem in camera absconditum aliquem virum, clanculum introductum
retinere; unde et rem detulit ad Abbatissam, qu consilio habita cum
Discretis, voluit audire sonitus, et observare indicia relata ab
accusatrice, ne prcipitanter, et inconsiderate ageret. Abbatissa igitur
cum Discretis se receperunt in Cellam observatricis, et audierunt
strepitus, et voces, quas accusatrix detulerat. Facta igitur
inquisitione, an ulla Monialium potuisset secum in illa Cella clausa
esse, et reperto, quod non; Abbatissa cum Discretis fuit ad ostium Cell
claus, et pulsato frustra pluries ostio, cum Monialis nec respondere,
nec aperire vellet; Abbatissa minata est, se velle ostium prosterni
facere, et vecte aggredi opus fecit a quadam conversa. Tunc aperuit
ostium Monialis, et facta perquisitione, nullus inventus est in camera.
Interrogata Monialis cum quonam loqueretur, et de causa concussionis
lecti, anhelituum, etc., omnia negavit._

Dans un Monastre (je ne cite ni son nom, ni celui de la ville o il est
situ, pour ne pas rafrachir la mmoire d'un vieux scandale), il y
avait une Nonne, laquelle,  propos de riens, comme c'est l'habitude des
femmes, et surtout des Religieuses, s'tait brouille avec une autre
Nonne qui occupait la cellule contigu  la sienne. Celle-ci, fine
mouche, s'tant mise  pier tous les pas et dmarches de son ennemie,
remarqua plusieurs jours de suite, pendant l't, qu'au lieu de se
promener avec les autres dans le jardin au sortir de table, elle
s'loignait pour se retirer dans sa chambre, dont elle fermait la porte
 double tour. Vivement intrigue, notre observatrice voulut savoir ce
qu'elle pouvait bien faire tout ce temps-l, et dans ce but, elle
s'enferma de son ct dans sa cellule. Bientt, elle entendit comme deux
personnes qui parlaient ensemble  voix basse (c'tait facile, car les
deux cellules n'taient spares que par une simple cloison trs-mince);
puis certain bruit de frottement, des craquements de lit, des
gmissements, des soupirs, _quasi duorum concumbentium_; c'en tait
assez pour surexciter sa curiosit: elle redoubla d'attention, afin de
savoir qui tait dans la cellule. Mais, comme par trois fois elle n'en
vit sortir que la Nonne son ennemie, elle souponna qu'un homme s'y
tait secrtement introduit, et qu'elle l'y tenait cach. Alors elle
rapporta la chose  l'Abbesse qui, aprs avoir pris conseil de personnes
discrtes, voulut entendre les bruits et observer les indices qu'on lui
dnonait, de peur d'agir prcipitamment et sans rflexion. En
consquence, l'Abbesse et ses affides se postrent dans la chambre de
l'observatrice, d'o elles entendirent parfaitement les voix et autres
bruits signals. On fit une enqute pour s'assurer qu'aucune des
Religieuses ne pouvait tre enferme avec l'autre dans cette cellule, et
le rsultat se trouvant ngatif, l'Abbesse et sa suite se prsentrent 
la porte de la cellule ferme, o elles frapprent  plusieurs reprises,
mais en vain: la Nonne ne voulait ni rpondre, ni ouvrir. L'Abbesse dut
la menacer de faire enfoncer la porte, et ordonna mme  une soeur
converse de l'attaquer avec un levier. Sur cette menace, la Nonne ouvrit
sa porte: perquisition faite, on ne trouva rien. On l'interrogea: avec
qui parlait-elle? pourquoi ces craquements de lit, ces soupirs, etc.?
elle nia tout.

_Cum vero res perseveraret, accuratior, ac curiosior reddita Monialis
mula perforavit tabulas lacunaris, ut posset Cellam introspicere; et
vidit elegantem quemdam juvenem cum Moniali concumbentem, quem etiam
eodem modo ab aliis Monialibus videndum curavit. Delata mox accusatione
ad Episcopum, ipsaque Moniali omnia negante, tandem metu tormentorum
comminatorum adacta, confessa est, se cum Incubo consuetudinem
habuisse._

Enfin, comme le mange continuait de plus belle, la Nonne rivale devenue
plus attentive, plus curieuse que jamais, imagina de faire un trou  la
cloison, de manire  voir ce qui se passait dans la cellule; et que
vit-elle? un lgant jouvenceau couch avec la Religieuse. Les autres
Nonnes vinrent  la suite,  qui elle fit voir la mme chose.
L'accusation fut bientt porte devant l'vque: la Nonne coupable
voulut tout nier encore, mais, effraye par la menace de la torture,
elle finit par avouer qu'elle avait eu commerce avec un Incube.

_5. Quando igitur adessent talia indicia, sicut in recitata historia
intervenerunt, posset utique in rigoroso examine Rea constitui; sine
tamen ejus confessione, non censendum est delictum plene probatum,
quantumvis a testibus visus fuisset congressus; siquidem aliquando
accidit, quod Diabolus ut infamiam alicui innocenti pararet, prstigiose
talem concubitum reprsentaverit. Unde in his casibus debet Judex
Ecclesiasticus esse perfecte oculatus._

5. Lors donc qu'il existe des indices de la nature de ceux qui viennent
d'tre relats, il y aurait lieu, aprs un rigoureux examen,  prononcer
la mise en accusation; toutefois,  dfaut de l'aveu de l'accuse, le
dlit ne doit pas tre considr comme pleinement prouv, lors mme que
le congrs serait attest par des tmoins oculaires, car il arrive
parfois que le Diable, afin de perdre une innocente, simule ce congrs
par quelque apparence fantastique. C'est pourquoi le Juge Ecclsiastique
doit, en pareil cas, ne s'en rapporter qu' ses propres yeux.




Poen


_Quantum ad poenas _Dmonialitatis_, nulla lex Civilis, aut Canonica,
quam legerim, reperitur, qu poenam sanciat contra crimen hujusmodi.
Tamen, quia crimen hoc supponit pactum, ac societatem cum Dmone, ac
apostasiam a fide, ultra veneficia, atque alia infinita propemodum
damna, qu a Maleficis inferuntur, regulariter extra Italiam, suspendio,
et incendio punitur. In Italia autem, rarissime traduntur hujusmodi
Malefici ab Inquisitoribus Curi sculari._




_Peines_


Quant aux peines affrentes  la _Dmonialit_, aucune loi civile ni
canonique, que je sache, n'dicte de peine contre un crime de ce genre.
Cependant, comme un tel crime suppose pacte et socit avec le Dmon,
apostasie de la foi, sans parler des malfices et autres sclratesses
en nombre presque infini que commettent les Sorciers, il est puni
rgulirement, hors d'Italie, de la hart et du feu. Mais, en Italie, il
est trs-rare que les Inquisiteurs livrent ces malheureux au bras
sculier.




NOTICE BIOGRAPHIQUE[2]


Le Pre Louis Marie Sinistrari, de l'Ordre des Mineurs Rforms de
l'troite Observance de Saint-Franois, naquit  Ameno, petite ville du
district de Saint-Jules, dans le diocse de Novare, le 26 Fvrier 1622.
Il reut une ducation librale et fit ses humanits  Pavie, o il
entra, en 1647, dans l'Ordre des Franciscains. Se consacrant alors 
l'enseignement, il fut d'abord professeur de Philosophie; puis il
enseigna dans la mme ville la Thologie pendant quinze annes
conscutives, au milieu d'un concours nombreux d'tudiants que sa
rputation avait attirs de tous les pays de l'Europe. Ses prdications
dans les principales villes de l'Italie, en mme temps qu'elles firent
admirer son loquence, produisirent pour la pit les meilleurs
rsultats. galement cher au Sicle et  la Religion, il avait reu de
la nature les dons les plus brillants: stature carre, haute taille,
visage ouvert, front large, oeil vif, teint color, conversation
agrable et pleine de saillies;[3] mais ce qui tait plus prcieux, il
possdait aussi les dons de la grce, qui lui faisait supporter avec une
rsignation invincible les attaques d'une maladie arthritique  laquelle
il tait sujet; remarquable d'ailleurs par son humilit, sa candeur et
sa soumission absolue aux rgles de son Ordre. Homme de toutes
sciences,[4] il avait appris sans matre les langues trangres, et
souvent, dans les Comices gnraux de son Ordre, tenus  Rome, il
soutint des thses publiques _de omni scibili_. Toutefois, il s'adonna
plus particulirement  l'tude des Droits Civil et Canonique. Il occupa
 Rome le poste de Consulteur au Tribunal suprme de la Sainte
Inquisition; fut pendant prs de deux ans Vicaire-Gnral de
l'Archevque d'Avignon, et ensuite Thologien attach  l'Archevque de
Milan. En 1688, charg par les Comices gnraux des Franciscains de
compiler les statuts de l'Ordre, il s'acquitta de cette tche dans son
trait intitul _Practica criminalis Minorum illustrata_. Il mourut l'an
de grce 1701, le 6 Mars,  l'ge de soixante-dix-neuf ans.[5]




TABLE DES MATIRES


Avant-propos

Dmonialit: origine du mot--En quoi ce crime diffre de ceux de
Bestialit et de Sodomie.--Opinion de Saint Thomas. Ns 1  8.

Le commerce matriel avec les Incubes et les Succubes n'est pas
imaginaire; tmoignage de Saint Augustin. Ns 9 et 10.

Sorciers et Sorcires; leurs rapports avec le Diable; crmonies de leur
profession. Ns 11  23.

Artifices employs par le Diable pour se donner un corps. N 24.

Les Incubes ne s'attaquent pas seulement aux femmes. N 26.

Esprits _Follets_: n'ont aucune frayeur des exorcismes. N 27.

Histoire plaisante de la signora Hieronyma: le repas enchant. N 28.

Hommes procrs par les Incubes: Romulus et Rmus, Platon, Alexandre le
Grand, Csar-Auguste, Merlin l'Enchanteur, Martin Luther.--C'est d'un
Incube que doit natre l'Antechrist. N 30.

Les Incubes ne sont pas de purs esprits: ils engendrent, donc ils ont un
corps qui leur est propre.--Observation sur les Gants. Ns 31  33.

Les Anges ne sont pas tous de purs esprits: dcision conforme du
deuxime Concile de Nice. N 37.

Existence de cratures ou animaux raisonnables, autres que l'homme, et
ayant comme lui un corps et une me. Ns 38  43.

En quoi ces animaux diffrent-ils de l'homme? Quelle est leur origine?
Descendent-ils, comme tous les hommes d'Adam, d'un seul individu? Y
a-t-il entre eux distinction de sexes? Quelles sont leurs moeurs,
leurs lois, leurs habitudes sociales? Ns 44  50.

Quelles sont la forme et l'organisation de leur corps? Comparaison tire
de la formation du vin. Ns 51  56.

Ces animaux sont-ils sujets aux maladies, aux infirmits physiques et
morales,  la mort? Ns 57 et 58.

Naissent-ils dans le pch originel? Ont-ils t rachets par
Jsus-Christ, et sont-ils capables de batitude et de damnation? Ns 61
et 62.

Preuves de leur existence. Ns 65  70.

Histoire d'un Incube et d'une jeune nonne. N 71.

Histoire d'un jeune diacre. N 72.

Les Incubes sont affects par des substances matrielles: donc ils
participent de la matire de ces substances. N 73.

Exemple tir de l'histoire de Tobie: expulsion de l'Incube qui
tourmentait Sara; gurison du vieux Tobie. Ns 74  76.

Saint Antoine rencontre un Faune dans le dsert: leur conversation. Ns
77  84.

Autres preuves de la corporit des Incubes, notamment la Manne des
Hbreux ou Pain des Anges. Ns 90  95.

Comment il faut entendre ces paroles du Christ: _J'ai d'autres brebis
qui ne sont pas de cette bergerie_.--Discours d'Apollon  l'Empereur
Auguste: la fin des Dieux. Ns 96  101.

LE GRAND PAN EST MORT, ou la mort du Christ annonce aux Faunes,
Sylvains et Satyres; leurs lamentations. N 102.

Solution du problme: Comment une femme peut tre fconde par un
Incube.--Comparaison des Gants avec les mulets. Ns 104  105.

En quoi consiste la vertu gnratrice; pourquoi il ne nat plus de
Gants. _Luxuria in humido._ Ns 106  111.

Apprciation du crime de Dmonialit: 1 commis avec le Diable; 2
commis avec l'Incube. Ns 112  114.

La Dmonialit est-elle plus grave que la Bestialit?--Conclusion. N
115.

APPENDICE.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.




LETTRE
du
_R. P. PROVINCIAL DES CAPUCINS_
POUR LA PROVINCE DE P....

_P..., vendredi [8 octobre 1875]._
+
Pax

MONSIEUR ISIDORE LISEUX,
5, rue Scribe, Paris.

_J'ai parcouru l'ouvrage que vous m'avez envoy hier et, vraiment, j'ai
t content de l'dition; ce n'est pas encore le moment de donner mon
avis sur la valeur de l'oeuvre en elle-mme. Ici vous n'auriez
trouv, en fait d'ouvrages du R. P. Louis-Marie d'Ameno, que son livre:
_Practica criminalis Minorum_; le _De Delictis et Poenis_ se trouve,
je crois, dans un autre de nos couvents; mais vous auriez reu un
excellent accueil. Je crois que Des Grieux n'a gure habit le
Saint-Sulpice actuel, qui ne date que de 1816._

_J'ai remarqu,  la page 132-133, une erreur de traduction assez grave:
vous rendez _Carthusia Ticinensis_ par _Chartreuse du Tessin_, quand il
s'agit de la fameuse Chartreuse de Pavie, fort connue de tous les
voyageurs en Italie. Il y a aussi, autant qu'un coup d'oeil
superficiel m'a permis de m'en rendre compte, quelques autres erreurs;
mais, en somme, l'oeuvre est bonne, et vous pouvez recevoir les
flicitations de_

_Votre tout petit serviteur_,
_Fr. A....._
o. m. c.
m. p.

_Couvent des Capucins, rue..._


Paris.--Typographie MOTTEROZ, 31, rue du Dragon.




NOTES


[1] _Poppysmatum._ Cette expression tant peu usite, il n'est pas
inutile de consigner ici la dfinition qu'en donne le _Glossarium
eroticum lingu Latin_ (auctore P. P., _Paris_, 1826):

  POPPYSMA.--_Oris pressi sonus, similis illi quo
    permulcentur equi et canes. Obscene vero de
    susurro cunni labiorum, quum frictu madescunt._

Le P. Sinistrari, trs-vers dans la littrature classique, avait fait
son profit de l'pigramme suivante de Martial (l. VII, 18):

_IN GALLAM_

  _Quum tibi sit facies, de qua nec foemina possit
    Dicere, quum corpus nulla litura notet;
  Cur te tam rarus cupiat, repetat que fututor,
    Miraris? Vitium est non leve, Galla, tibi.
  Accessi quoties ad opus, mixtisque movemur
    Inguinibus, cunnus non tacet, ipsa taces.
  Di facerent, ut tu loquereris, et ipse taceret!
   Offendor cunni garrulitate tui.
  Pedere te mallem: namque hoc nec inutile dicit
    Symmachus, et risum res movet ista simul.
  Quis ridere potest fatui _poppysmata_ cunni?
    Quum sonat hic, eut non mentula mensque cadit?
  Dic aliquid saltem, clamosoque obstrepe cunno:
     Et si adeo muta es, disce vel inde loqui._
_(Note de l'diteur.)_

[2] Cette Notice est extraite du tome Ier des OEuvres compltes du P.
Sinistrari (_Rom_, 1753).

[3] Quadrato corpore, statura procera, facie liberali, fronte spatiosa,
oculis rutilantibus, colore vivido, jucund conversationis, ac lepidorum
salium.

[4] Omnium scientiarum vir.

[5] Les OEuvres compltes du P. Sinistrari (_Rom, Giannini_,
1753-1754, 3 vol. in-folio), comprennent les livres suivants:
_Practica criminalis Minorum illustrata,--Formularium criminale,--De
Incorrigibilium expulsione ab Ordinibus Regularibus,--De Delictis
et Poenis_, auxquels il convient d'ajouter le prsent ouvrage:
_De Dmonialitate_, publi pour la premire fois en 1875.





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et succubes, by Louis Marie Sinistrari d'Ameno

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