Project Gutenberg's Les Cent Nouvelles Nouvelles,  tome II, by Various

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Title: Les Cent Nouvelles Nouvelles,  tome II
       Publies d'aprs le seul manuscrit connu, avec introduction et notes

Author: Various

Editor: Thomas Wright

Release Date: September 15, 2012 [EBook #40768]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Note sur la Transcription

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  Marquage: _mots en italique_




    LES CENT NOUVELLES NOUVELLES




  Paris. Imprim par GUIRAUDET ET JOUAUST, 338, r. S.-Honor, avec les
  caractres elzeviriens de P. JANNET.




  LES CENT

  NOUVELLES

  NOUVELLES

  _Publies d'aprs le seul manuscrit connu_

  AVEC INTRODUCTION ET NOTES

  Par

  M. THOMAS WRIGHT

  Membre correspondant de l'Institut de France

  TOME II

  [Illustration]

  A PARIS

  Chez P. JANNET, Libraire


  MDCCCLVII




[Dcoration]

LA LIe NOUVELLE,

PAR L'ACTEUR.


A Paris n'a gures vivoit une femme qui en son temps fut marie  ung
bon simple homme, qui tout son temps fut de noz amys, si trsbien qu'on
ne pourroit plus. Ceste femme, qui belle et gente et gracieuse estoit ou
temps qu'elle fut noeve, car el avoit l'oeil au vent, fut requise
d'amours de pluseurs; et pour la grand courtoisie que nature n'avoit pas
oublie en elle, elle passa lgrement les requestes de ceulx qui mieulx
luy pleurent, et joyrent d'elle, et eut en son temps, tant d'eulx que de
son mary, xij ou xiiij enfans. Advint qu'elle fut malade trsfort et au
lit de la mort acouche; si eut tant de grace qu'elle eut temps et
loisir de se confesser et penser  ses pechez et disposer de sa
conscience. Elle voit, durant sa maladie, ses enfans trotter devant
elle, qui luy bailloient au cueur trsgrand regret de les laisser. Si se
pensa qu'elle feroit mal de laisser son mary charg de la pluspart
d'eulx, car il n'en estoit pas le pre, combien qu'il le cuidast et que
la tenist aussi bonne que nulle de Paris. Elle fist tant, par le moyen
d'une femme qui la gardoit, que vers elle vindrent deux hommes qui ou
temps pass l'avoient en amours bien servie. Et vindrent de si bonne
heure que son mary estoit en la ville, et  cest cop devers les medicins
et apothicaires, ainsi qu'elle luy avoit ordonn et pri. Quand elle vit
ces deux hommes, elle fit tantost venir touz ses enfans; si commence 
dire: Vous, ung tel, vous savez ce qui a est entre vous et moy du
temps pass, dont il me desplaist  ceste heure amerement. Et si n'est
la misericorde de nostre Seigneur,  qui me recommende, il me sera en
l'autre monde bien cherement vendu. Toutesfoiz, j'ay fait une folie, je
le cognois; mais de faire la secunde ce seroit trop mal fait. Vezcy
telz et telz de mes enfans; ilz sont vostres, et mon mary cuide qu'ilz
soient siens. Si feroye conscience de les laisser en sa charge; si vous
prie tant que je puis qu'aprs ma mort, qui sera brefment, vous les
prenez avecques vous et les entretenez, nourrissez et elevez, et en
faictes comme bon pre doit faire, car ilz sont vostres. Pareillement
dist  l'autre, et luy monstra ses aultres enfans: Telz et telz sont 
vous, je vous en asseure; je les vous recommende, en vous priant que
vous en acquictez; et s'ainsi le me voulez promectre, j'en mourray plus
aise. Et comme elle faisoit ce partage, son mary va revenir  l'ostel
et fut perceu par ung petit de ses filz qui n'avoit environ que iiij ou
vj ans, qui vistement descendit en bas encontre de luy effrayement, et
se hasta tant de devaler la monte qu'il estoit presque hors d'alayne.
Et comme il vit son pre,  quelque meschef que ce fut il dist: Helas!
mon pre, avancez vous tost, pour Dieu!--Quelle chose y a il de nouveau?
dit le pre; ta mre est elle morte?--Nenny, nenny, dit l'enfant; mais
avancez vous d'aller en hault, ou il ne vous demourra enfans nesun. Ilz
sont venuz deux hommes vers ma mre, mais elle leur donne tous mes
frres et mes seurs; si vous n'allez bien tost, elle donnera tout. Le
bon homme ne scet que son filz veult dire; si monta en hault et trouve
sa femme bien malade, sa garde, et deux de ses voisins, et ses enfans;
si demanda que signifie ce que ung tel de ses filz luy avoit dit du don
qu'elle fait de ses enfans. Vous le scerez cy aprs, dit elle. Il n'en
enquist plus avant pour l'heure, car il ne se doubtoit de rien. Ses
voisins s'en allrent et commendrent la malade  Dieu, et luy
promisrent de faire ce qu'elle leur avoit requis, dont elle les
remercya. Comme elle approucha le pas de la mort, elle crya mercy  son
mary, et luy dist la faulte qu'elle luy a fait durant qu'elle a est
allye avecques luy, et comment telz et telz de ses enfans sont  ung
tel, et telz et telz sont  ung tel, c'est assavoir  ceulz dont dessus
est touch, et que aprs sa mort ilz les prendront et n'en ara jamais
charge. Il fut bien esbahy d'oyr ceste nouvelle; nantmains il luy
pardonna tout, et puis elle mourut; et il envoya ses enfans  ceulx
qu'elle avoit ordonn, qui les retindrent. Et par ce point il fut quitte
de sa femme et de ses enfans; et si eut beaucop mains de regret de la
perte de sa femme que de celle de ses enfans.




LA LIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE LA ROCHE.


N'a gures que ung grand gentilhomme, sage, prudent, et beaucop
vertueux, comme il estoit au lit de la mort, et eust fait ses
ordonnances et dispos de sa conscience au mieulx qu'oncques peut, il
appella ung seul filz qu'il avoit, auquel il laissoit foison de biens
temporelz. Et aprs qu'il luy eut recommend son ame, celle de sa mre,
qui n'a gures estoit alle de vie par mort, et gnralement tout le
collge de purgatoire, il l'advisa trois choses pour la derrenire
doctrine que jamais luy vouloit baillier, en disant: Mon trscher filz,
je vous advise tout premier que jamais vous ne hantez tant en l'ostel de
vostre voisin que l'on vous y serve de pain bis. Secundement, je vous
enjoinctz que vous gardez trsbien de jamais courre vostre cheval en la
vale. Tiercement, que vous ne prenez jamais femme d'estrange nacion.
Souvienne vous de ces trois poins, et je ne doubte point que bien ne
vous en vienne; mais si vous faictes au contraire, soiez seur que vous
trouverez que la doctrine de vostre pre vous vaulsist mieulx avoir
tenue. Le bon filz mercya son pre de son bon advertissement, et luy
promect d'escripre ses enseignemens au plus profund de son entendement,
et si trsbien en aura memoire que jamais n'yra au contraire. Tantost
aprs son pre mourut, et furent faictes ses funerailles comme  son
estat et homme de tel lieu qu'il estoit appartenoit: car son filz s'en
voult bien acquitter, comme celuy qui bien avoit de quoy. Ung certain
temps aprs, comme l'on a accointance plus en ung lieu que en l'autre,
ce bon gentilhomme, qui estoit orphenin de pre et de mre et  marier,
et ne savoit que c'estoit de mesnage, s'accointa d'un voisin qu'il
avoit, et de fait la pluspart des jours buvoit et mengeoit lens. Son
voisin, qui mary estoit et avoit une trsbelle femme, se bouta en la
doulce rage de jalousie, et luy vindrent faire rapport ses yeulx
suspeonneux que nostre gentilhomme ne venoit en son hostel fors 
l'occasion de sa femme, et que vrayement il en estoit amoureux, et que 
la longue il la pourroit emporter d'assault. Si n'estoit pas bien  son
aise, et ne savoit penser comment il se pourroit honnestement de luy
desarmer, car luy dire la chose comme il la pense ne vauldroit rien; si
conclud de luy tenir telz termes petit  petit qu'il se pourra assez
percevoir, s'il n'est trop beste, que sa hantise si continuelle ne luy
plaist pas. Et pour executer sa conclusion, en lieu qu'on le souloit
servir de pain blanc, il fist mectre du pain bis. Et aprs je ne say
quants repas, nostre gentilhomme s'en donna garde, et luy souvint de la
doctrine de son pre; si congneut qu'il avoit err, si battit sa coulpe
et bouta en sa manche tout secrtement ung pain bis et l'apporta en son
hostel; et en remembrance le pendit en une corde dedans la grand sale,
et ne retourna plus  la maison de son voisin comme il avoit fait au
paravant. Ung jour entre les aultres, luy qui estoit homme de deduit,
comme il estoit aux champs, et eussent ses levriers mis ung livre en
chasse, il picque son cheval tant qu'il peut aprs, et vient rataindre
et livre et levriers en une grand vale, o son cheval, qui venoit de
toute sa force, faillit de quatre piez et tumbe, et se rompit le col, et
il fut trsbien esbahy, et fut bien eureux, quand il se vit gard de
mort ne de bleceure. Il eut toutesfoiz pour recompense le livre; et
comme il le tenist et regardast son cheval que tant amoit, il luy
souvint du second advisement que son pre luy bailla, et que, s'il en
eust eu bien memoire, il n'eust pas ceste perte, ne pass le dangier
qu'il a eu bien grand. Quand il fut  sa maison, il mist au prs du pain
bis,  une corde, en sa sale, la peau du cheval, en mmoire et
remembrance du secund advisement que son pre jadiz luy bailla. Ung
certain temps aprs il luy print volunt d'aller voyager et veoir pas,
si disposa ses besoignes ad ce, et fist sa finance, et sercha maintes
contres, et se trouva en diverses regions, et s'arresta en la fin et
fist residence en l'ostel d'un grand seigneur, d'une estrange et bien
loingtaine marche; et se gouverna si haultement et si bien lens que le
seigneur fut bien content de luy bailler sa fille en mariage, jasoit
qu'il n'eust cognoissance de luy fors de ses loables meurs et vertuz.
Pour abreger, il fiana la fille de ce seigneur, et vint le jour des
nopces. Et quand il cuyda la nuyt coucher avec elle, on luy dist que la
coustume du pays estoit de point coucher la premire nuyt avec sa femme,
et qu'il eust pacience jusqu'au lendemain. Puis que c'est la coustume,
dist il, je ne quiers j qu'on la rompe pour moy. Son espouse fut mene
coucher aprs les dances en une chambre, et il en une aultre, et de bien
venir n'y avoit que une paroy entre ces deux chambres, qui n'estoit que
de terre. Si s'advisa, pour veoir la contenance, de faire ung pertuys de
son espe par dedens la paroy, et vit trsbien  son aise son espouse se
bouter en son lit; et vit aussi, ne demoura gures aprs, le chapellain
de lens qui se vint bouter auprs d'elle pour luy faire compagnie affin
qu'elle n'eust paour; ou espoir pour faire l'essay ou prendre le disme
advenir, comme firent les cordeliers dont dessus est touch. Nostre bon
gentilhomme, quand il vit cest appareil, pensez qu'il eut bien des
estoupes en sa quenoille; et luy vint tantost en memoire le IIJe
advisement que son bon pre luy donna, lequel il avoit mal retenu. Il
se conforta toutesfoiz et dist bien en soy mesmes que la chose n'est pas
si avant qu'il n'en saille bien. Au lendemain, le bon chapellain, son
lieutenant pour la nuyt, et son predecesseur, se leva de bon matin, et
d'adventure il oblya ses brayes soubz le chevet du lit  l'espouse. Et
nostre bon gentilhomme, sans faire semblant de rien, vint au lit d'elle
et la salua gracieusement, comme il savoit bien faire, et trouva faon
de prendre les braies du prestre sans ce qu'il fust d'ame apperceu. On
fist grand chre tout ce jour; et quand vint au soir, le lit 
l'espouse fut par et ordonn tant richement que merveilles, et elle y
fut couche. Si dist on au sire des nopces que meshuy, quand il luy
plairast, pourra il aller coucher avecques sa femme. Il estoit fourny de
sa response, et dist au pre et  la mre et aux parens qui le voulrent
oyr: Vous ne savez qui je suis, et  qui vous avez donn vostre fille,
et en ce m'avez fait le plus hault honneur qui jamais fut fait  jeune
gentilhomme estrangier, dont je ne vous saroie assez mercier. Neantmains
toutesfoiz, j'ay conclud en moy mesmes, et suis ad ce resolu, de jamais
coucher avec elle si que luy auray monstr et  vous aussi qui je suis,
quelle chose j'ay et comment je suis logi. Le pre print tantost la
parolle et dist: Nous savons trsbien que vous estes noble homme et de
hault lieu, et n'a pas Dieu mis en vous tant de belles vertuz sans les
accompaigner d'amys et de richesses. Nous sommes contens de vous, ne
laissez j  parachever vostre mariage; tout  temps scerons nous plus
avant de vostre estre quand il vous plaira. Pour abrger, il voa et
jura de jamais coucher avec elle si n'estoit en son hostel, et l'y
amenerent son pre et sa mre, et pluseurs de ses parens et amys. Il
fist mettre son hostel  point pour les recevoir, et y vint ung jour
devant eulx. Et tantost qu'il fut descendu, il print les brayes du
prestre qu'il avoit, et les pendit en sa sale auprs du pain bis et de
la peau du cheval. Trsgrandement furent receuz et festoiez les parens
et amis de la bonne espouse; et furent bien esbahiz de veoir l'ostel
d'un tel jeune gentilhomme si bien fourny de vaisselle, de tapisserie et
de tout aultre meuble; et se reputoient trseureux d'avoir si bien
allye leur belle fille. Comme ilz regardoient par lens, ilz vindrent
en la grand sale, qui estoit pourtendue de belle tapisserie; si
perceurent au milieu le pain bis, la peau du cheval, et unes brayes qui
pendoient, dont ilz furent beaucop esbahiz, et en demandrent la
signifiance  leur hoste, le sire des nopces. Et il leur dit que
voluntiers et pour cause il leur diroit ce qui en est quand ilz auroient
mang. Le disner fut prest et Dieu scet qu'ilz furent bien serviz. Ilz
n'eurent pas si tost disn qu'ilz ne demandrent l'interpretacion et le
mistre du pain bis, de la peau du cheval, etc., et le bon gentilhomme
leur compta bien au long, et dist que son pre au lit de la mort, comme
dessus est narr, luy avoit baill trois advisemens. Le premier fut que
jamais ne se trouvast tant en ung lieu que l'on le servist de pain bis.
Je ne retins pas bien ceste doctrine: car depuis sa mort je hantay tant
ung mien voisin qu'il se bouta en jalousie pour sa femme, et, en lieu de
pain blanc que je y eu long temps, on me servit du bis; et en mmoire et
approbacion de la verit de cest enseignement, j'ay l fait mettre ce
pain bis. Le deuxiesme enseignement que mon pre me bailla fut que
jamais ne courusse mon cheval  la vale. Je ne le retins pas bien, ung
jour qui passa; si m'en print mal: car, en courant une vale aprs le
livre et mes chiens, mon cheval se rompit le col, et je fuz trsbien
bleci; et en memoire de ce est l pendue la peau du cheval qu'alors je
perdy. Le troisiesme enseignement que mon pre me bailla si fut que
jamais n'espousasse femme d'estrange rgion. Or y ay je failly, et vous
diray comment il m'en est prins. Il est vray que la premire nuyt que
vous me refusastes le coucher avecques vostre fille, qui cy est, je fu
logi en la chambre au plus prs de la sienne; et car la paroy qui
estoit entre elle et moy n'estoit pas trop forte, je la pertuisay de mon
espe, et vy venir coucher avec elle le chapellain de vostre hostel, qui
soubz le chevet du lit oublya ses braies le matin qu'il se leva;
lesquelles je recouvray, et sont celles que veez l pendues, qui
tesmoignent et approuvent la canonicque verit du troisiesme
enseignement que jadiz feu mon pre me bailla, lequel je n'ay pas bien
retenu; mais, affin que plus n'y renchoye en la faulte des deux advis
precedens, ces trois bagues que veez m'en feront doresenavant sage. Et
car, la Dieu mercy, je ne suis pas tant oblig  vostre fille qu'elle ne
me puisse bien quicter, je vous prie que la remenez et retournez en
vostre marche, car jour que je vive ne me sera de plus prs; mais pource
que je vous ay fait venir de loing et vous ay bien voulu monstrer que je
ne suis pas homme pour avoir le demourant d'un prestre, je suis content
de paier voz despens. Les aultres ne sceurent que dire, qui se veoient
conclus et leur tort, voyans aussi qu'ilz sont loing de leur pays, et
que la force n'est pas leur en ce lieu; si furent contens de prendre
argent pour leurs despens et s'en retourner dont ilz vindrent, et qui
plus y a mis plus y a perdu. Et par ce compte avez oy que les trois
advis que le bon pre bailla  son filz ne sont pas  oublier; si les
retienne chascun pour autant qu'il sentira qu'il luy peut toucher.




LA LIIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR L'AMANT DE BRUXELLES.


N'a gures que en l'glise de saincte Goule,  Bruxelles, estoient  ung
matin pluseurs hommes et femmes qui devoient espouser  la premire
messe, qui se dit entre quatre et cinq heures; et entre aultres qui
devoient emprendre ce doulx et seur estat de mariage, et promectre en la
main du prestre ce que pour rien ne vouldroient trespasser, il y avoit
ung jeune homme et une jeune fille qui n'estoient pas des plus riches,
mais bonne volunt avoient, qui estoient l'un prs de l'autre, et
n'attendoient fors que le cur les appellast pour espouser. Auprs
d'eulz aussi y avoit ung homme ancien et une femme vieille qui grand
chevance et foison de richesses avoient, et par convoitise et grand
desir de plus avoir avoient promis foy et loyault l'un  l'autre, et
pareillement attendoient  espouser  ceste premire messe. Le cur vint
et chanta ceste messe trsdesire; et en la fin, comme il est de
coustume, devant luy se misrent ceulx qui espouser devoient, dont y
avoit pluseurs, sans les quatre dont je vous ay compt. Or devez vous
savoir que ce bon cur, qui tout prest estoit devant l'aultier pour
faire et accomplir le mistre d'espousailles, estoit borgne, et avoit,
par ne say quel meschef, puis pou de temps perdu ung oeil. Et n'y avoit
aussi gures grand luminaire en la chapelle ne sur l'aultier; il estoit
aussi en yver, et faisoit fort brun et noir. Si faillit  choisir: car,
quand vint  besoignier et espouser, il print le vieil homme riche et la
jeune fille pouvre et les joignit par l'aneau du moustier ensemble.
D'aultre cost aussi il print le jeune homme pouvre et l'espousa  la
vieille femme riche, et ne s'en donnrent oncques garde en l'glise ne
les hommes ne les femmes, dont ce fut grand merveille, par especial des
hommes, car ilz osent mieux lever les yeux et la teste quand ils sont
devant le cur  genouz que les femmes, qui sont  cest cop simples et
coyes et n'ont le regard fich qu'en terre. Il est de coustume que, au
saillir des espousailles, les amis de l'espouse la prennent et mainent.
Si fut mene la pouvre jeune fille  l'ostel du riche homme, et
pareillement la vieille riche fut mene en la pouvre maisonnette du
jeune compaignon. Quand la jeune espouse se trouva en la court et en la
grand sale de l'ostel de l'homme qu'elle avoit par mesprise espous,
elle fut bien esbahie et cogneut bien qu'elle n'estoit pas partie de
lens ce jour. Quand elle fut arrire en la chambre  parer, qui estoit
bien tendue de belle tapisserie, elle vit le beau grand feu, la belle
table couverte o le beau desjuner estoit tout prest; elle vit le beau
buffet bien fourny de vaisselle: si fut plus esbahie que par avant, et
de ce se donne plus grand merveille qu'elle ne cognoist ame de ceulx
qu'elle ot parler. Elle fut tantost desarme de sa faille, o elle
estoit bien enferme et embronche, et comme son espous la vit 
descouvert, et les aultres qui l estoient, creez qu'ilz furent autant
souprins que si cornes leur venissent. Comment! dit l'espous, et est
cecy ma femme? Nostre Dame! je suis bien eureux! Elle est bien change
depuis hier, je croy qu'elle a est  la fontaine de Jouvence.--Nous ne
savons, dirent ceulx qui l'avoient amene, dont elle vient, ne qu'on
luy a fait; mais nous savons certainement que c'est celle que vous ayez
huy espouse, et que nous prismes  l'aultier, car oncques puis ne nous
partit des braz. La compaignie fut bien esbahie et longuement sans mot
dire; mais, que que fust simple et esbahy, la pouvre espouse estoit
toute desconforte, et ploroit des yeulx tendrement, et ne savoit sa
contenance; elle amast trop mieulx se trouver avecques son amy, qu'elle
cuidoit bien avoir espous ce jour. L'espous, la voyant se
desconforter, en eut piti et lui dist: M'amye, ne vous desconfortez
j, vous estes arrive en bon hostel, si Dieu plaist, et n'ayez doubte,
on ne vous y fera j desplaisir; mais dictes moy, s'il vous plaist, qui
vous estes, et  vostre advis dont vous venez cy. Quand elle l'oyt si
courtoisement parler, elle s'asseura ung peu et luy nomma son pre et sa
mre, et dist qu'elle estoit de Bruxelles, et avoit fianc ung tel
qu'elle luy nomma, et le cuidoit bien avoir espous. L'espous et tous
ceux qui l estoient commencrent  rire, et dirent que le cur leur a
fait ce tour. Or lo soit Dieu, dist de rechef l'espous, de ce change!
je n'en voulsisse pas tenir bien grand chose que Dieu vous a envoye 
moy, et je vous promet par ma foy de vous tenir bonne compaignie.--Nenny,
ce dit-elle en plorant, vous n'estes pas mon mary. Je veil retourner
devers celuy  qui mon pre m'avoit donne.--Ainsi ne se fera pas,
dit-il; je vous ay espouse en saincte eglise, vous n'y povez
contredire; vous estes et demourrez ma femme, et soiez contente, vous
estes bien eureuse. J'ay, la Dieu mercy! de biens assez, dont vous serez
dame et maistresse, et vous feray bien jolye. Il la prescha tant, et
ceux qui l estoient, qu'elle fut contente d'obir. Si desjunrent
legierement et puis se couchrent; et fist le vieil homme du mieux qu'il
sceut. Or retournons  nostre vieille et au jeune compaignon. Pour
abrger, elle fut mene  l'hostel du pre  la fille qui  ceste heure
est couche avecques le vieil homme. Quand elle se trouva lens, elle
cuida bien enrager, et dist tout haut: Et que fays je cens? Que ne me
maine l'on en ma maison, ou  l'ostel de mon mary? L'espous, qui vit
ceste vieille et l'oyt parler, fut bien esbahy; si furent son pre et sa
mre, et tous ceulx de l'assemble. Si saillit avant le pre et la mre
de lens, qui cogneut la vieille, et trsbien savoit  parler de son
mariage, et dit: On vous a baill, mon fils, la femme d'un tel, et
creez qu'il a la vostre; et ceste faulte vient par nostre cur, qui voit
si mal; et ainsi m'ast Dieu, jasoit que je fusse loing de vous quand
espousastes, si me cuiday je percevoir de ce change.--Et qu'en doy je
faire? dit l'espous.--Par ma foy, dist son pre, je ne m'y cognois pas
bien, mais je faiz grand doubte que vous ne puissez avoir aultre
femme.--Saint Jehan! dist la vieille, je ne le veil point, je n'ay cure
d'un tel chetif! Je seroye bien eureuse d'avoir ung tel jeune galant qui
n'aroit cure de moy, et me despendroit tout le mien, et, si j'en
sonnoye mot, encores aroie je la teste torche. Ostez, ostez, mandez
vostre femme, et me laissez aller o je doy estre.--Nostre Dame! dit
l'espous, si je la puis recouvrer, je l'ayme trop mieulx que vous,
quelque pouvre qu'elle soit; mais vous n'en irez pas, si je ne la puis
finer. Son pre et aucuns ses parens vindrent  l'ostel o la vieille
voulsist bien estre; et vindrent trouver la compaignie qui desjeunoit au
plus fort, et qui faisoient le chaudeau pour porter  l'espous et 
l'espouse. Ilz comptrent leur cas, et on leur respondit: Vous venez
trop tard: chacun se tienne  ce qu'il a; le seigneur de cens est
content de la femme que Dieu luy a donne, il l'a espouse et n'en veult
point d'aultre. Et ne vous en dolez j, vous ne fustes jamais si eureux
que d'avoir fille alye en si hault lieu; vous en serez une foiz tous
riches. Ce bon pre retourne en son hostel, et vient faire son rapport,
dont la vieille cuida bien enrager. Voire, dist elle, suis je en ce
point deceue? Par Dieu! la chose n'en demourra pas ainsi, ou la justice
me fauldra. Si la vieille estoit bien mal contente, encore l'estoit
bien autant ou plus le jeune espous, qui se veoit frustr de ses
amours; et encores l'eust il legerement pass s'il eust peu finer de la
vieille  tout son argent; mais nenny, il la faillit laisser aller  sa
maison, tant menoit laide vie. Si fut conseill de la faire citer
pardevant monseigneur de Cambray, et elle pareillement fist citer le
vieil homme qui ha la jeune femme; et ont encommenc ung gros procs
dont le jugement n'est encores rendu, si ne vous en say que dire plus
avant.




LA LIVe NOUVELLE.

PAR MAHIOT D'ANQUASMS.


Ung gentil chevalier de la cont de Flandres, jeune, bruyant, jousteur,
danseur et bien chantant, se trouva point ou pays de Haynault, en la
compaignie d'un aultre gentil chevalier de sa sorte, et demeurant ou dit
pays, qui le hantoit trop plus que la marche de Flandres o il avoit sa
residence et belle et bonne. Mais, comme souvent advient, amours estoit
cause de sa retenue, car il estoit feru et attaint bien au vif d'une
damoiselle de Maubeuge, et  ceste occasion Dieu scet qu'il faisoit.
Trssouvent joustoit, faisoit mommeries, bancquetz, et generalement tout
ce qu'il pensoit qui peust plaire  sa dame et  luy possible, il le
faisoit. Il fut assez bien en grce pour ung temps, mais non pas si
avant qu'il eust bien voulu. Son compaignon le chevalier de Haynau, qui
savoit tout son cas, le servoit au mieulx qu'il povoit, et ne tenoit pas
 sa diligence que ses besoignes ne fussent bien bonnes et meilleures
qu'elles ne furent. Qu'en vauldroit le long compte? Le bon chevalier de
Flandres ne sceut oncques tant faire, ne son compagnon aussi, qu'il
peust obtenir de sa dame le gracieux don de mercy, ainois la trouva
tout temps rigoreuse, puis qu'il tenoit langage sur ces termes. Force
luy fut toutesfoiz, ses besoignes estans comme vous oez, de retourner en
Flandres. Si print ung gracieux cong de sa dame, et luy laissa son
compaignon, promist aussi, s'il ne retournoit de bref, de luy souvent
escripre et mander de son estat. Et elle promist de sa part luy faire
savoir de ses nouvelles. Advint certain jour aprs que nostre chevalier
fut retourn en Flandres, que sa dame eut volunt d'aller en pelerinage,
et disposa ses besoignes ad ce. Et comme le chariot estoit devant son
hostel, et le charreton dedans, qui estoit ung trsbeau compaignon, fort
et viste, qui l'adouboit, elle luy gecta ung coussin sur la teste, et le
fist cheoir  pates, et puis commena  rire trsfort et bien hault. Le
charreton se sourdit et la regarda rire, et dist: Par Dieu,
madamoiselle, vous m'avez fait cheoir; mais creez que je m'en vengeray
bien, car avant qu'il soit nuyt je vous feray tumber.--Vous n'estes pas
si mal gracieux, dist elle. Et, en ce disant, elle prend ung aultre
coussin, que le charreton ne s'en donnoit garde, et le fait arrire
cheoir comme devant; et s'elle risit fort au par avant, elle ne s'en
faindit pas  ceste heure. Et qu'est cecy, dit le charreton,
madamoiselle? Vous en voulez  moy, faictes; par ma foy, si j'estoie
emprs vous, je n'attendroye pas de moy venger aux champs.--Et que
feriez vous? dit elle.--Se j'estoie en hault, je le vous diroye, dit
il.--Vous feriez merveilles, dit elle,  vous oyr; mais vous ne vous y
oseriez trouver.--Non, dit il, et vous le verrez. Il saulta jus du
chariot, entra dedans l'ostel, et monta en hault, o madamoiselle estoit
en cotte simple, tant joyeuse qu'on ne pourroit plus; il la commence 
assaillir, et, pour abreger le compte, elle fut contente qu'il luy
tollist ce que par honneur donner ne luy povoit. Cela se passa, et au
terme accoustum elle fist ung trsbeau petit charreton, ou pour mieulx
dire ung trsbeau filz. La chose ne fut pas si secrte que le chevalier
de Haynau ne le sceust tantost, dont il fut bien esbahy; il escripvit
bien  haste par ung propre message  son compaignon en Flandres comment
sa dame avoit fait ung enfant  l'ayde d'un charreton. Pensez que
l'autre fut bien esbahy d'oyr ces nouvelles; si ne demoura gures qu'il
ne vint en Haynau, devers son compaignon, et luy pria qu'ilz allassent
veoir sa dame, et qu'il la veult trop bien tancer et luy dire la
laschet et nant de son cueur. Combien que, pour son meschief advenu,
elle ne se monstra encores gures  ce temps, si trouvrent faon ces
deux chevaliers, par moyens, qu'ilz vindrent ou lieu o elle estoit.
Elle fut bien honteuse et desplaisante de leur venue, comme celle qui
bien scet qu'elle n'orra chose d'eulx qui luy plaise; au fort elle
s'asseura, et les receut comme sa contenance luy apporta. Ilz
commencrent  deviser d'unes et d'aultres matires; et nostre bon
chevalier de Flandres va commencer son service et luy dit tant de
villanie qu'on ne pourroit plus: Or estes vous, dist il, du monde la
femme plus reprouche et mains honore, et avez monstr la grand
laschet de vostre cueur, qui vous estes habandonne  ung meschant
villain charreton; tant de gens de bien vous ont offert leurs services
et vous les avez tous reboutez. Et pour ma part, vous savez que j'ay
fait pour vostre grce acquerir; et n'estois-je pas homme pour avoir ce
butin ou mieulx que ung paillard charreton qui ne fist oncques rien pour
vous.--Je vous requier, monseigneur, dit elle, ne m'en parlez plus, ce
qui est fait ne peut aultrement estre; mais je vous dy bien que si vous
fussez venu  l'heure du charreton, que autant euss je fait pour vous
que je feiz pour luy.--Est-ce cela? dit il. Saint Jehan! il vint  bonne
heure! Le dyable y ait part, que je ne fu si eureux que de savoir vostre
heure!--Vrayement, dit elle, il vint  l'heure qu'il falloit venir.--Au
dyable, dit il, soit l'heure, vous aussi, et vostre charreton! Et 
tant se part et son compaignon le suyt, et oncques depuis n'en tint
compte, et  bonne cause.




LA LVe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE VILLIERS.


L'anne du pardon de Romme n'a gures pass, estoit ou Daulphin la
pestilence si grande et si horrible que la pluspart des gens de bien
habandonnrent le pais. Durant ceste perscution, une belle fille, gente
et jeune, se sentit ferue de la maladie; et tout tantost se vint rendre
 une sienne voisine, femme de bien et de grand faon, et desj sur
l'eage, et lui compta son piteux cas. La voisine, qui estoit femme sage
et asseure, ne s'effraya de rien que l'autre luy comptast, mesme eut
bien tant de courage et d'asseurance en elle, qu'elle la conforta de
parolles et de tant pou de medicine qu'elle savoit. Hlas! ce dist la
jeune fille malade, ma bonne voisine, j'ay grand regret que force m'est
aujourd'huy habandonner ce monde et les beauls et bons passetemps que
j'ay euz longtemps; mais encores, par mon serment,  dire entre vous et
moy, mon plus grant regret si est qu'il fault que je meure avant que
savoir et sentir des biens de ce monde; telz et telz m'ont maintesfoiz
prie, et si les ay refusez tout plainement, dont me desplaist; et creez
que si j'en peusse finer d'un  ceste heure, il ne m'eschapperoit jamais
devant qu'il m'eust monstr comment je fuz gaigne. L'on me fait
entendre que la faon du faire est tant plaisante que je plains et
complains mon gent et jeune corps qu'il fault pourrir sans avoir eu ce
desir plaisir. Et  verit dire, ma bonne voisine, il me semble si je
peusse quelque pou sentir avant ma mort, ma fin en seroit plus aise et
plus legire  passer, et  mains de regret. Et que plus est, mon cueur
est  cela que ce me pourroit estre medicine et cause de garison.--Pleust
 Dieu, dist la vieille, qu'il ne tenist  autre chose, vous seriez tost
garie, ce me semble; car, Dieu mercy, nostre ville n'est pas encores si
desgarnye de gens qu'on n'y trouvast ung gentil compaignon pour vous
servir  ce besoing.--Ma bonne voisine, dit la jeune fille, je vous
requier que vous allez devers ung tel, qu'elle luy nomma, qui estoit ung
trsbeau gentilhomme, et qui aultrefoiz avoit est amoureux d'elle, et
faictes tant qu'il vienne icy parler  moy. La veille se mect au
chemin, et fist tant qu'elle trouva ce gentilhomme, qu'elle envoya en sa
maison. Tantost qu'il fut lens, la jeune fille malade, et  cause de sa
maladie plus et mieux colore, luy saillit au col et le baisa plus de
vingt foiz. Le jeune filz, plus joyeux qu'oncques mais de veoir celle
que tant avoit ame ainsi vers luy habandonne, la saysit sans demeure,
et luy monstra ce que tant desiroit assavoir. Elle ne fut pas honteuse
de le requerre et prier de continuer ce qu'il avoit encommenc. Et pour
abreger, tant luy fist elle recommencer qu'il n'en peut plus. Quand
elle vit ce, comme celle qui n'en avoit pas son saoul, el osa bien dire:
Mon amy, vous m'avez autresfoiz prie de ce dont je vous requier
aujourd'uy, vous avez fait ce qu'en vous est, je le say bien.
Toutesfoiz je ne say que j'ay ne qu'il me fault, mais je cognois que je
ne puis vivre se quelque ung ne me fait compaignie en la faon que
m'avez fait; et pourtant, je vous prie que veillez aller vers ung tel et
l'amenez icy, si cher que vous avez ma vie.--Il est bien vray, m'amye,
je le say bien il fera ce que vous vouldrez. Ce gentil homme fut
esbahy de ceste requeste; toutesfoiz, car il avoit tant labour que plus
ne povoit, il fut content d'aller querre son compaignon et l'amena
devers elle, qui tantost le mist en besongne, et le laissa ainsi que
l'autre. Quand elle l'eut matt comme son compaignon, elle ne fut pas
mains prive de luy dire son courage, mais luy prya, comme elle avoit
fait l'aultre, d'amener vers elle ung aultre gentilhomme, et il le fist.
Or sont j trois qu'elle a laissez et desconfiz par force d'armes; mais
vous devez savoir que le premier gentilhomme se sentit malade et fru de
l'epidimie tantost qu'il eut mys son compaignon en son lieu; si s'en
alla hastivement vers le cur, et tout le mieulx qu'il sceut se
confessa, et puis mourut entre les braz du cur. Son compaignon aussi,
le deuxiesme venu, tantost que au tiers il eut baill sa place, se
sentit desja trsmalade, et demandoit partout aprs celui qui desj
estoit mort; il vint rencontrer le cur plorant et demenant grand
dueil, qui luy compta la mort de son bon compaignon. Ha! monseigneur le
cur, je suis feru tout comme luy, confessez moy. Le cur en grand
crainte se despescha de le confesser. Et quand ce fut fait, ce
gentilhomme malade,  deux heures prs de sa fin, s'en vint  celle qui
luy avoit baill le cop de la mort, et  son compaignon, aussi, et l
trouva celuy qu'il y avoit amen, et luy dist: Maudicte femme! vous
m'ayez baill la mort et  mon compaignon aussi. Vous estes digne de
estre brulle et mise en cendre. Toutesfoiz je le vous pardonne, Dieu le
vous veille pardonner. Vous avez l'epydimie et l'avez baillie  mon
compaignon, qui en est mort entre les braz du prestre, et je n'en ay pas
mains. Il se partit  tant et s'en ala mourir une heure aprs, en sa
maison. Le IIJe gentilhomme, qui se voyoit en l'espreuve o ses deux
compaignons estoient mors, n'estoit pas des plus asseurez. Toutesfoiz il
print courage en soy mesmes et mist et paour et crainte arrire dos; et
s'asseura que celuy qui en beaucop de perilz et de mortelz assaulx
s'estoit trouv; et vint au pre et  la mre de celle qui l'avoit deceu
et fait morir ses deux compaignons, et leur compta la maladie de leur
fille et quon y prinst garde. Cela fait, il se conduisit tellement qu'il
eschappa du peril o ses deux compaignons estoient mors. Or devez vous
savoir que quand ceste ouvrire de tuer gens fut ramene en l'ostel de
son pre, tandiz qu'on luy faisoit ung lit pour reposer et la faire
suer, elle manda secretement le filz d'un cordonnier son voisin, et le
fist venir en l'estable des chevaulx de son pre et le mist en euvre
comme les aultres, mais il ne vesquist pas quatre heures aprs. Elle fut
couche en ung lit, et la fist on beaucop suer. Et tantost luy vindrent
quatre bosses dont elle fut depuis trsbien garie. Et tiens qui en aroit
 faire, qu'on la trouveroit aujourd'huy ou reng de noz cousines, en
Avignon,  Vienne,  Valence, ou en quelque aultre lieu ou Daulphin. Et
disent les maistres qu'elle eschappa de mort  cause d'avoir senty des
biens de ce monde, qui est notable et veritable exemple  pluseurs
jeunes filles de point refuser ung bien quand il leur vient.




LA LVIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE VILLIERS.


N'a gures que en ung bourg de ce royaume, en la duch d'Auvergne,
demouroit ung gentilhomme; et de son maleur avoit une trsbelle jeune
femme. De sa bont devisera mon compte. Ceste bonne damoiselle
s'accointa d'un cur qui estoit son voisin de demye lieue, et furent
tant voisins et tant privez l'un de l'autre que le bon cur tenoit le
lieu du gentilhomme toutes foiz qu'il estoit dehors. Et avoit ceste
damoiselle une chambrire qui estoit secrtaire de leur fait et portoit
souvent nouvelles au cur et l'advisoit du lieu et de l'heure pour
comparoir seurement vers sa maistresse. La chose ne fut pas en la parfin
si bien cele que mestier fut  la compaignie; car ung gentilhomme
prochain parent de celuy  qui ce deshonneur se faisoit fut adverty du
cas, et en advertit celuy  qui plus touchoit en la faon et manire
qu'oncques mieulx sceut et peut. Pensez que ce bon gentilhomme, quand il
entendit que  son absence sa femme se aidoit de ce cur, qu'il n'en fut
pas content, et si n'eust est son cousin, il en eust prins vengence
criminelle et de main mise, tantost qu'il en fut adverty. Toutesfoiz il
fut content de differer sa volunt jusques  tant qu'il eust prins au
fait et l'un et l'autre. Et conclurent, luy et son cousin, d'aller en
pelerinage  quatre ou six lieues de son hostel, et de y mener sa femme
et ce cur pour mieulx se donner garde des manires qu'ilz tiendront
l'un vers l'autre. Au retourner qu'ilz firent de ce pelerinage, o
monseigneur le cur servit amours le mieulx qu'il peut, c'est assavoir
de oeillades et d'autres menues entretenances, le mari se fist mander
querir par ung messagier affaicti, pour aller vers ung seigneur du
pais. Il fist semblant d'en estre mal content et de se partir  regret;
neantmoins, puisque le bon seigneur le mande, il n'oseroit desobeir. Si
part et s'en va, et son cousin, l'autre gentilhomme, dit qu'il luy fera
compaignie, car c'est assez son chemin pour retourner en son hostel.
Monseigneur le cur et mademoiselle ne furent jamais plus joyeux que
d'oyr cette nouvelle: si prindrent conseil et conclusion ensemble que le
cur se partira de lens et prendra son congi affin que nul de lens
n'ait suspicion de luy, et environ la mynuyt, il retournera et entrera
vers sa dame par le lieu o il a de coustume. Et ne demoura gures puis
ceste conclusion prinse que nostre cur se part de lens et dit son
adieu. Or devez vous savoir que le mary et le gentilhomme son parent
s'estoient embuschez en un destroict par o nostre cur devoit passer;
et ne povoit ne aller ne venir par ailleurs sans soy trop destourner de
son droit chemin. Il virent passer nostre cur, et leur jugeoit le cueur
qu'il retourneroit la nuyt dont il estoit party; et aussi c'estoit son
intencion. Ilz le laissrent passer sans arrester ne dire mot, et
s'advisrent de faire ung pige trsbeau,  l'aide d'aucuns paisans qui
les servirent  ce besoing. Ce pige fut en haste bel et bien fait, et
ne demoura gures que ung loup passant pays ne s'attrappa lens. Tantost
aprs, vezcy maistre cur qui vient, la robe courte vestue et portant
le bel espieu  son col. Et quand vint  l'endroit du pige, il tumbe
dedans, avecques le loup, dont il fut bien esbahy. Et le loup, qui avoit
fait l'essay, n'avoit pas mains paour du cur que le cur avoit de luy.
Quand noz deux gentilzhommes voyent que nostre cur est avecques le
loup log, ilz en firent joye merveilleuse; et dist bien celuy  qui le
fait touchoit plus, que jamais n'en partiroit en vie, et qu'il l'occira
lens. L'autre le blasmoit de ceste volunt et ne se veult accorder
qu'il meure, trop bien est il content qu'on luy trenche ses genitoires.
Le mary toutesfoiz le vouloit avoir mort. En cest estrif demourrent
longuement, en attendant le jour et qu'il feist cler. Tantdiz que ceste
attente se faisoit, madamoiselle, qui attendoit son cur, ne savoit que
penser qu'il tardoit tant; si se pensa d'y envoyer sa chambrire, affin
de le faire avancer. La chambrire, tirant son chemin vers l'ostel du
cur, trouva le pige et tumba avecques le loup et le cur. Qui fut
esbahy, ce fut la chambrire, de se trouver en la fosse emprs du loup
et du cur. Ha! dit le cur, je suis perdu, mon fait est descouvert;
quelque ung nous a pourchass ce passage. Et le mary et le gentilhomme
son cousin, qui tout entendoient et voient, estoient tant aises qu'on
ne pourroit plus; et se pensrent, comme si le saint esperit leur eust
revel, que la maistresse pourroit bien suyvir la chambrire, ad ce
qu'ilz entendirent de la chambrire, que sa maistresse l'envoyoit devers
le cur pour savoir qu'il tardoit tant de venir oultre l'heure prinse
entre eulx deux. La maistresse, voyant que le cur et la chambrire
point ne retournoient, et que le jour commenceoit  approucher, se
doubta que la chambrire et le cur ne feissent quelque chose  son
prjudice, et qu'ilz se pourroient entrerencontrer  petit bois qui
estoit  l'endroit o le pige estoit fait, si conclud qu'elle ira veoir
s'elle orra nulles nouvelles. Et tire pas vers l'ostel du cur, et elle
venue  l'endroit du pige, tumbe dedans la fosse avecques les aultres.
Il ne faut pas demander, quand ceste compaignie se voit ensemble, qui
fut le plus esbahy, et se chacun faisoit sa puissance de soy tirer hors
de la fosse; mais c'est pour nant; chacun d'eulx se rpute mort et
deshonor. Et les deux ouvriers, c'est asavoir le mary de la damoiselle
et le gentilhomme son cousin, vindrent au dessus de la fosse saluer la
compaignie, et leur disoient qu'ilz feissent bonne chre et qu'ilz
aprestoient leur desjuner. Le mary, qui mouroit de faire ung cop de sa
main, trouva faon d'envoyer son cousin veoir que faisoient leurs
chevaulx, qui estoient en ung hostel assez prs; et tantdiz qu'il se
trouva descombr de luy, il fist tant,  quelque meschef que ce fust,
qu'il eut de l'estrain largement et l'avala dedans la fosse, et y mist
le feu; et l brulla la compaignie, femme, cur, chambrire et loup.
Aprs ce, il se partit du pas et manda vers le roy querir sa remission,
laquelle il obtint de legier. Et disent les aucuns que le roy deut dire
qu'il n'y eut dommage que du pouvre loup qui fut brull, qui ne povoit
mais du meffait des aultres.




LA LVIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE VILLIERS.


Tantdiz que l'on me preste audience et que ame ne s'avance quand 
present de parfournir ceste glorieuse et edifiant euvre de cent
nouvelles, je vous compteray ung cas qui puis n'agures est advenu ou
Daulphin, pour estre mis ou reng et nombre des dictes nouvelles. Il est
vray que ung gentilhomme du dict Daulphin avoit en son hostel une
sienne seur environ de l'eage de XVIIJ  XX ans; et faisoit compaignie 
sa femme, qui beaucop l'amoit et tenoit chre, et comme deux seurs se
doivent contenir et maintenir ensemble se conduisoient. Advint que ce
gentilhomme fut semons d'un sien voisin, lequel demouroit  deux petites
lieues de luy, de le venir veoir, luy, sa femme et sa seur. Ilz y
allrent, et Dieu scet la chre; et comme la femme de celuy qui festioit
la compaignie menast  l'esbat la femme et la seur de nostre dit
gentilhomme, aprs soupper, devisant de pluseurs propos, elles se
vindrent rendre en la maisonnette du bergier de lens, qui estoit auprs
d'un large et grand parcq  mettre les brebiz, et trouvrent l le
maistre bergier qui besoignoit entour de ce parcq. Et, comme femmes
scevent enquerre de maintes et diverses choses, entre aultres luy
demandoyent s'il n'avoit point froit lens. Il respondit que non, et
qu'il estoit plus aise et mieulx  luy que ceulx qui ont leurs belles
chambres voirres, nattes, et tapisses. Et tant vindrent d'unes
parolles  aultres par motz couvers, que leurs devises vindrent 
toucher du train de derrire. Et le bon bergier, qui n'estoit fol ne
esperdu, leur dit que par la mort bieu il oseroit bien emprendre de
faire la besoigne VIIJ ou IX foiz pour nuyt. Et la seur de nostre
gentilhomme, qui oyoit ce propos, gectoit l'oeil souvent et menu sur ce
bergier; et de fait jamais ne cessa tant qu'elle vit son cop de luy dire
qu'il ne laissast pour rien qu'il ne venist la veoir en l'ostel de son
frre, et qu'elle luy feroit bonne chre. Le bergier, qui la vit belle
fille, ne fut pas moyennement joyeux de ces nouvelles et luy promist la
venir veoir. Et de bref, il fist ce qu'il avoit promis, et  l'heure
prinse d'entre sa dame et luy, se vint rendre  l'endroit d'une fenestre
haulte et dangereuse  monter; toutesfoiz,  l'ayde d'une corde qu'elle
luy devala, et d'une vigne qui l estoit, il fist tant qu'il fut en la
chambre, et ne fault pas dire qu'il y fut voluntiers veu. Il monstra de
fait ce dont il s'estoit vant de bouche, car avant que le jour venist
il fist tant que le cerf eut viij cornes acomplies, laquelle chose sa
dame print bien en gr. Mais vous devez savoir que le bergier, avant
qu'il peust parvenir  sa dame, luy failloit cheminer deux lieues de
terre et passer  nou la grosse rivire du Rone, qui battoit  l'ostel
o sa dame demouroit. Et quand le jour venoit, luy failloit arrire
repasser le Rone; et ainsi s'en retournoit  sa bergerie. Et continua
ceste manire de faire une grand espace de temps, sans qu'il fust
descouvert. Pendant ce temps pluseurs gentilzhommes du pas demandrent
ceste damoiselle, devenue bergire,  mariage; mais nul ne venoit  soit
gr, dont son frre n'estoit pas trop content, et luy disoit pluseurs
fois. Mais elle estoit tousjours garnye d'excusanses et responses
largement, dont elle advertissoit son amy le bergier, auquel ung soir
elle promist que, s'il vouloit, elle n'aroit jamais aultre mary que luy.
Et il dit qu'il ne demanderoit aultre bien: Mais la chose ne se
pourroit, dit il, conduire, pour vostre frre et aultres voz amys.--Ne
vous chaille, dit elle; laissez m'en faire, j'en cheviray bien. Ainsi
promisrent l'un  l'aultre. Neantmains toutesfoiz il vint ung
gentilhomme qui fist arrire requerre nostre damoiselle bergire, et la
vouloit seulement avoir vestue et habille comme  son estat
appartenoit, sans aultre chose. A laquelle chose le frre d'elle eust
voluntiers entendu, et cuida mener sa seur ad ce qu'elle se y
consentist, luy remonstrant ce qu'on scet faire en tel cas; mais il n'en
peut venir  chef, dont il fut bien mal content. Quand elle vit son
frre indign contre elle, elle le tira d'une part et luy dist: Mon
frre, vous m'avez beaucop presse et presche de moy marier  telz et 
telz, et je ne m'y suis voulu consentir; dont vous requier que ne m'en
sachez mal gr, et me veillez pardonner le maltalent qu'avez vers moy
conceu, et je vous diray la raison qui  ce me meut et contraint en ce
cas, mais que me veillez asseurer que ne m'en ferez ne vouldrez pis.
Son frre luy promist voluntiers. Quand elle se vit asseure, elle luy
dist qu'elle estoit marie autant vault, et que jour de sa vie aultre
homme n'aroit  mary que celuy qu'elle luy monstreroit ennuyt, s'il
veult. Je le veil bien veoir, dit il, mais qui est il?--Vous le verrez
par temps, dit elle. Quand vint  l'heure acoustume, vezcy bon
bergier qui se vint rendre en la chambre de sa dame, Dieu scet comment
mouilli d'avoir pass la rivire; et le frre d'elle regarde et voit
que c'est le bergier de son voisin; si ne fut pas pou esbahy, et le
bergier encores plus, qui s'en cuida fuyr quand il le vit. Demeure,
demeure, dist il, tu n'as garde. Est-ce, dit il  sa seur, celuy dont
vous m'avez parl?--Oy vrayement, mon frre, dit elle.--Or luy faictes,
dit il, bon feu, pour soy chaufer, car il en a bon mestier; et en pensez
comme du vostre; et vrayement, vous n'avez pas tort si vous luy voulez
du bien, car il se mect en grand dangier pour l'amour de vous. Et puis
que voz besoignes sont en telz termes, et que vostre courage est  cela
que d'en faire vostre mary,  moy ne tiendra, et maudit soit qui ne s'en
despesche.--Amen, dit elle,  demain qui vouldra.--Je le veil, dit il.
Et vous, dit il au bergier, qu'en dictes vous?--Tout ce qu'on
veult.--Il n'y a remde, dit il, vous estes et serez mon frre; aussi
suis je piea de la houlette, si doy bien avoir ung bergier  frre.
Pour abreger le compte du bergier, le gentilhomme consentit le mariage
de sa seur et du bergier, et fut fait, et les tint tous deux en son
hostel, combien qu'on en parlast assez par le pas. Et quand il estoit
en lieu que l'on en devisoit et on disoit que c'estoit merveille qu'il
n'avoit fait batre ou tuer le bergier, il respondoit que jamais ne
pourroit vouloir mal  rien que sa seur amast, et que trop mieulx
vouloit avoir le bergier  beau-frre, au gr de sa seur, que ung aultre
bien grand maistre au desplaisir d'elle. Et tout ce disoit par farce et
esbatement, car il estoit et a est toujours trsgracieux et nouveau et
bien plaisant gentilhomme; et le faisoit bon oyr deviser de sa seur,
voire entre ses amys et privez compaignons.




LA LVIIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR LE DUC.


Je congneuz au temps de ma verte et plus vertueuse jeunesse deux
gentilzhommes, beaulx compaignons, bien assovis et adressez de tout ce
qu'on doit ou peut loer ung gentilhomme vertueux. Ces deux estoient tant
amys, allyez, et donnez l'un  l'autre, que d'habillemens, tant pour
leurs corps, leurs gens, leurs chevaulx, tousjours estoient pareilz.
Advint qu'ilz devindrent amoureux de deux belles jeunes filles, gentes
et gracieuses, et le mains mal qu'ilz sceurent firent tant qu'elles
furent adverties de leur nouvelle emprinse, du bien, du service, et de
cent mille choses que pour elles faire vouldroient. Ilz furent escoutez,
mais aultre chose ne s'en ensuyvit. Espoir qu'elles estoient de
serviteurs pourveues, ou que d'amours ne se vouloient entremettre; car,
 la verit dire, ilz estoient beaulx compaignons tous deux, et valoient
bien d'estre retenuz serviteurs d'aussi femmes de bien qu'elles
estoient. Quoy que fust, toutesfoiz ilz ne sceurent oncques tant faire
qu'ilz fussent en grce, dont ilz passrent maintes nuiz, Dieu scet 
quelle peine, maudisans puis fortune, puis amours, et trssouvent leurs
dames qu'ilz trouvoient tant rigoreuses. Eulx estans en ceste rage et
desmesure langueur, l'un dit  son compaignon: Nous voyons  l'oeil
que noz dames ne tiennent compte de nous, et toutesfoiz nous enrageons
aprs, et tant plus nous monstrent de fiertez et de rigueurs, tant plus
les desirons complaire, servir, et obeyr, qui est, sur ma foy, une
haulte folye. Je vous requier que nous ne tenons compte d'elles ne
qu'elles font de nous, et vous verrez, s'elles pevent cognoistre que
nous soyons  cela, qu'elles enrageront aprs nous, comme nous faisons
maintenant aprs elles.--Helas! dit l'autre, le bon conseil, qui en
pourroit venir  chef!--J'ay trouv la manire, dit le premier; j'ay
tousdiz oy dire, et Ovide le mect en son livre du _Remde d'amours_, que
beaucop et souvent faire la chose que savez fait oublyer et pou tenir
compte de celle qu'on ayme, et dont on est fort feru. Si vous diray que
nous ferons: faisons venir  nostre logis deux jeunes filles de noz
cousines, et couchons avec elles, et leurs faisons tant la folye que
nous ne puissons les rains traisner, et puis venons devant noz dames; et
de nous au dyable qui en tiendra compte. L'aultre s'i accorda, et comme
il fut propos et deliber fut fait et accomply, car ilz eurent chacun
une belle fille. Et aprs ce, se vindrent trouver devant leurs dames, en
une feste o elles estoient, et faisoient bons compaignons la roe, et se
pourmenoient par devant elles, devisans d'un cost et d'aultre, et
faisans cent mille manires pour dire: Nous ne tenons compte de vous,
cuidans, comme ilz avoient propos, que leurs dames en deussent estre
mal contentes, et qu'elles les deussent rappeller ores ou aultrefoiz;
mais aultrement alla, car s'ilz monstroient semblant de peu tenir compte
d'elles, elles monstroient tout apertement de rien y compter, dont ilz
se perceurent trsbien et ne s'en savoient assez esbahir  l'heure. Si
dist l'un  son compaignon: Scez tu comment il est? Par la mort bieu,
noz dames ont fait la folie comme nous. Et ne voiz tu comment elles sont
fires? Elles tiennent toutes telles manires que nous faisons; si ne
me croy jamais s'elles n'ont fait comme nous. Elles ont prins chacune
ung compaignon et ont fait jusques  oultrance la folye; au deable les
crapaudes! laissez les l.--Par ma foy! dit l'autre, je le croy comme
vous le dictes, je n'ay pas aprins de les veoir telles. Ainsi pensrent
les compaignons que leurs dames eussent fait comme eulx, pource qu'il
leur sembla  l'heure qu'elles n'en tenissent compte, comme ilz ne
tenoient compte d'elles, combien qu'il n'en fust rien, et est assez
legier  croire.




LA LIXe NOUVELLE.

PAR PONCELLET.


En la ville de saint Omer avoit nagures ung gentil compaignon sergent
de roy, lequel estoit mari  une bonne et loyale femme qui aultresfoiz
avoit est marie, et luy estoit demour ung filz qu'elle avoit adresse
en mariage. Ce bon compaignon, jasoit ce qu'il eust bonne et preude
femme, neantmains toutesfoiz il s'employoit de jour et de nuyt de servir
amour partout o il povoit, et tant qu'il luy estoit possible. Et pour
ce que en temps d'yver sourdent pluseurs foiz les inconveniens plus de
legier qu'en aultre temps  poursuivir la queste loing, il s'advisa et
delibera qu'il ne se partiroit point de son hostel pour servir amours,
car il y avoit une trsbelle jeune et gente fille, chambrire de sa
femme, avecques laquelle il trouveroit manire d'estre son serviteur
s'il pouvoit. Pour abreger, tant fist par dons et par promesses qu'il
eut octroy de faire tout ce qu'il luy plairoit, jasoit que  grand
peine, pour ce que sa femme estoit tousjours sus eulx, qui congnoissoit
la condicion de son mary. Ce nonobstant, Amour, qui veult tousjours
secourir  ses vraiz servans, inspira tellement l'entendement du bon et
loyal servant qu'il trouva moien d'accomplir son jeu, car il faindit
estre trsfort malade de refroidement, et dist  sa femme: Trsdoulce
compaigne, venez a: je suis si trsmalade que plus ne puis; il me faut
aller coucher, et vous prie que vous faictes tous noz gens coucher,
affin que nul ne face noise ne bruit, et puis venez en nostre chambre.
La bonne damoiselle, qui estoit trsdesplaisante du mal de son mary,
fist ce qu'il luy commenda, et puis print beaulx draps et les chauffa et
mist sus son mary aprs qu'il fut couch. Et quand il fut bien eschauff
par longue espace, il dist: M'amye, il suffist, je suis assez bien,
Dieu mercy et la vostre, qui en avez prins tant de peine; si vous pry
que vous en venez coucher emprs moy. Et elle qui desiroit la sant et
le repos de son mary, fist ce qu'il lui commendoit et s'endormit et le
plus tost qu'elle peut, et assez tost aprs que nostre amoureux perceut
qu'elle dormoit, se coula tout doulcement jus de son lit, et s'en alla
combatre ou lit de sa dame la chambrire tout prest pour son veu
accomplir, o il fut bien receu et rencontr, et tant rompirent de
lances qu'ilz furent si las et recreuz qu'il convint qu'en beaux braz
ilz demourassent endormiz. Et comme aucunes foiz advient, quand on
s'endort en aucun desplaisir ou melencolie, au reveiller c'est ce qui
vient premier  la personne, et est aucunesfoiz mesme cause du reveil,
comme  la damoiselle advint. Et jasoit que grand soing eust de son
mary, toutesfoiz ne le garda elle pas bien, car elle trouva qu'il
s'estoit de son lit party. Et taste sur son oreiller, et en sa place
trouva qu'il y faisoit tout froit et qu'il avoit longtemps qu'il n'y
avoit est. Adonc, comme toute desespere saillit sus, et en vestant sa
chemise et sa cotte simple disoit  part elle: Lasse meschante, or es
tu une femme perdue et qui fait bien  reproucher, quand par ta
negligence as laiss cest homme perdre. Helas! pourquoy me suis-je
ennuyt couche pour ainsi moy habandonner  dormir? O vierge Marie!
veillez mon cueur resjoyr, et que par ma cause il n'ayt nul mal, car je
me tiendroye coulpable de sa mort. Et aprs ces regrets et
lamentacions, elle se part hastivement et alla querir de la lumire; et
affin que sa chambrire luy tinst compaignie  querir son mary, elle
s'en alla en sa chambre pour la faire lever, et l endroit trouva la
doulce paire, dormans  braz, et luy sembla bien qu'ils avoient
travaill cette nuyt, car ilz dormoient si bien qu'ils ne
s'esveillrent pour personne qui y entrast, ne pour lumire qu'on y
portast. Et de fait, pour la joye qu'elle eut de ce que son mary
n'estoit point si mal ne si desvoy qu'elle esperoit, ny que son cueur
luy avoit jugi, elle s'en alla querir ses enfans et les varletz de
l'ostel elles mena veoir la belle compaignie, et leur enjoignit
expressement qu'ilz n'en feissent aucun semblant; et puis leur demanda
en basset qui c'estoit ou lit de la chambrire qui l dormoit avec elle.
Et ses enfans respondirent que c'estoit leur pre, et les varletz que
c'estoit leur maistre. Et puis les ramena dehors, et les fist aller
recoucher, car il estoit trop matin pour eulx lever; et aussi elle s'en
alla elle pareillement rebouter en son lit, mais depuis ne dormit
gures, tant qu'il fut heure de lever. Toutesfoiz, assez tost aprs, la
compaignie des vraiz amans s'esveilla, et se despartirent l'un de
l'aultre amoureusement. Si s'en retourna nostre maistre en son lit,
enprs sa femme, sans dire mot; et aussi ne fist elle, et faignoit
qu'elle dormoist, dont il fut moult joyeulx, pensant qu'elle ne sceust
rien de sa bonne fortune; car il la cremoit et doubtoit  merveilles,
tant pour sa paix comme pour la fille. Et de fait se reprint nostre
maistre  dormir bien fort, et la bonne damoiselle, qui point ne
dormoit, si tost qu'il fut heure de descoucher, se leva, et pour
festoyer son mary et luy donner quelque chose confortative aprs la
medicine laxative qu'il avoit prinse celle nuyt, fist ses gens lever et
appella sa chambrire, et luy dist qu'elle prinst les deux meilleurs
chapons de la chaponnire de l'ostel, et les appoinctast trsbien, et
puis qu'elle allast  la boucherie querir le meilleur morseau de beuf
qu'elle pourroit trouver, et si cuisist tout  une bonne eaue pour
humer, ainsi qu'elle le saroit bien faire; car elle estoit maistresse et
ouvrire de faire bon brouet. Et la bonne fille, qui de tout son cueur
desiroit complaire  sa damoiselle et encores plus  son maistre,  l'un
par amours,  l'aultre par crainte, dist que trsvoluntiers le feroit.
Et tantdiz la bonne damoiselle alla oyr la messe, et au retour passa par
l'ostel de son filz, dont il a est parl, et luy dist que venist disner
 l'ostel avec son mary, et si amenast avec luy trois ou quatre bons
compaignons qu'elle luy nomma, et que son mary et elle les prioient
qu'ilz venissent disner avec eulx. Et puis s'en retourne  l'ostel pour
entendre  la cuisine, que le humet ne soit espandu comme par male garde
il avoit est la nuyte; mais nenny, car nostre bon mary s'en estoit
all  l'eglise. Et tantdiz, le filz  la damoiselle alla prier ceulx
qu'elle luy avoit nommez, qui estoient les plus grands farseurs de toute
la ville de saint Omer. Or revint nostre maistre de la messe, et fist
une grand brasse  sa femme, et luy donna le bon jour; et aussi fist
elle  luy. Mais pour ce ne pensoit point mains; toutesfoiz luy dist
elle qu'elle estoit bien joyeuse de sa sant, dont il la mercya et dist:
Voirement suis je assez en bon point, m'amye, auprs de la vespre, et
me semble que j'ay trsbon appetit; si vouldroye bien aller disner, si
vous vouliez. Et elle luy dist: J'en suis bien contente; mais il fault
ung peu attendre que le disner soit prest, et que telz et telz qui sont
priez de disner avecques vous soient venuz.--Priez, dit il, et  quel
propos? Je n'en ay cure, et amasse mieulx qu'ilz demourassent; car ilz
sont si grands farseurs que s'ils scevent que j'aye est malade, ilz ne
m'en feront que sorner. Au mains, belle dame, je vous prie qu'on ne leur
en die rien. Et si a une aultre chose: que mengeront ilz? Et elle dist
qu'il ne se souciast et qu'ilz aroient assez  menger, car elle avoit
fait appointer les deux meilleurs chapons de lens, et un trsbon
mousseau pour l'honneur de luy, dont il fut bien joieux et dist que
c'estoit bien fait. Et tantost aprs vindrent ceulx que l'on avoit
priez, avecques le filz de la damoiselle. Et quand tout fust prest, ilz
allerent seoir  table et firent trsbonne chre, et par especial
l'oste, et buvoient souvent, et d'autant l'un  l'autre. Et disoit
l'oste  son beau filz: Jehan, mon amy, je vous pry que vous buvez 
vostre mre, et faictes bonne chre. Et il dit que trsvoluntiers le
feroit. Et ainsi qu'il eut beu  sa mre, la chambrire, qui servoit,
survint  la table. A ce cop et lors la damoiselle l'appella et luy
dist: Venez , ma doulce compaigne, buvez  moy et je vous
plegeray.--Compaigne dya, dit nostre amoureux, et dont vient maintenant
celle grand amour? Que male paix y puist mettre Dieu, veezcy grand
nouvellet!--Voire vraiement, c'est ma compaigne certaine et loyale; en
avez vous si grand merveille?--Ha dya, Jehanne, gardez que vous dictes;
j penser pourroit on quelque chose entre elle et moy.--Et pourquoy ne
feroit? dist elle. Ne vous y ay je point ennuyt trouv couch en son lit
et dormant braz  braz?--Couch! dit il.--Voire, vraiement, dit
elle.--Et par ma foy, beaulx seigneurs, il n'en est rien, et ne le fait
que pour me faire despit, et  la pouvre fille blasme; car oncques ne
m'y trouva.--Non dya? fist elle; vous l'orrez dire tantost et le vous
feray dire par tous ceulx de cens. Adonc appella ses enfans et les
varletz qui estoient devant la table, et leur demanda s'ilz avoient
point veu leur pre couch avec la chambrire, et ilz dirent que oy. Et
leur pre respondit: Vous mentez, mauvais garons, vostre mre le vous
fait dire.--Sauf vostre grce, pre, nous vous y vismes couch; aussi
firent nos varletz.--Qu'en dictes vous? dit la damoiselle.--Vrayement il
est vray, dirent ilz. Et lors il y eut grand rise de ceux qui l
estoient, et le menrent terriblement aux abaiz, car la damoiselle leur
compta comment il s'estoit fait malade et toute la manire de faire,
ainsi qu'elle avoit est, et comment, pour le festoyer, elle avoit fait
appareiller le disner et prier ses amys, qui de plus en plus
renforcrent la chose, dont il fut si honteux que  peine savoit il
tenir manire, et ne se sceut aultrement sauver que de dire: Or avant,
puis que chacun est contre moy, il fault bien que je me taise et que
j'accorde tout ce qu'on veult, car je ne puis tout seul contre vous
tous. Aprs, commanda que la table fut oste, et incontinent graces
rendues, appella son beau fils et luy dist: Jehan, mon amy, je vous
prie que si les aultres m'accusent de cecy, que m'excusez en gardant mon
honneur, et allez veoir  ceste pouvre fille qu'on luy doit, et la paiez
si largement qu'elle n'ayt cause de soy plaindre, puis la faictes
partir; car je say bien que vostre mre ne la souffrera plus demourer
cens. Le beau filz alla faire ce qui luy estoit command, et puis
retourna aux compaignons qu'il avoit amenez, lesquelz il trouva parlans
 sa mre, et la remercyoient de ses biens, puis prindrent congi et
s'en allrent. Et les aultres demourrent  l'ostel; et fait  supposer
que depuis en eurent maintes devises ensemble. Et le gentil amoureux ne
beut point tout l'amer de son vaisseau  ce disner; et  ce propos peut
on dire de chiens, d'oiseaux, d'armes, d'amours: Pour ung plaisir mille
doleurs. Et pour ce nul ne s'i doit bouter s'il n'en veult  la foiz
gouster. Et ainsi doncques, comment qu'il en advenist, acheva le gentil
compaignon sa queste en ceste partie, par la manire que dit est.




LA LXe NOUVELLE.

PAR PONCELET.


N'a pas gures qu'en la ville de Malines avoit trois damoiselles, femmes
de trois bourgois de la ville, riches, puissans et bien aisiez,
lesquelles furent amoureuses de trois frres mineurs; et pour plus
celement et couvertement leur fait conduire, soubz umbre de dvocion se
levoient chacun jour une heure ou deux devant le jour, et quand il leur
sembloit heure d'aller veoir leurs amoureux, elles disoient  leurs
mariz qu'elles alloient  matines et  la premire messe. Et par le
grand plaisir qu'elles y prenoient, et les religieux aussi, souvent
advenoit que le jour les sourprenoit si largement qu'elles ne savoient
comment saillir de l'ostel que les aultres religieux ne s'en
apperceussent. Pourquoy, doubtans les grans perilz et inconveniens qui
en povoient sourdre, fut prinse conclusion par eulz tous ensemble que
chacune d'elles aroit habit de religieux, et feroient faire grands
corones sur leurs testes, comme s'elles estoient du convent de lens;
tant que finalement  ung certain jour qu'elles y retournrent aprs,
tantdiz que leurs mariz gures n'y pensoient, elles venues s chambres
de leurs amys, ung barbier secret fut mand, c'est asavoir ung des
frres de lens, qui fist aux damoiselles  chacune une corone sur la
teste. Et quand vint au departir, elles vestirent leurs habiz qu'on leur
avoit appareilliez, et en cest estat s'en retournrent devers leurs
hostelz et s'en allrent devestir, et mettre jus leurs habiz de devocion
sus certaines matrones affaictes, et puis retournrent emprs leurs
mariz. Et en ce point continurent grand temps sans ce que personne s'en
apperceust. Et pource que dommage eust est que telle devocion et
traveil n'eust est congneu, fortune promist et voult que  certain jour
que l'une de ces bourgoises s'estoit mise au chemin pour aller au lieu
accoustum, l'embusche fut descouverte, et de fait fut prinse  tout
l'abit dissimul par son mary, qui l'avoit poursuye, et luy dist: Beau
frre, vous soiez le trsbien trouv! je vous pry que retournez 
l'ostel, car j'ay bien  parler  vous de conseil. Et en cest estat la
remena, dont elle ne fist j feste. Or advint, quand ilz furent 
l'ostel, le mary commena  dire en manire de farse: Trs doulce
compaigne, dictes vous, par vostre foy, que la vraye devocion dont tout
ce temps d'yver avez est esprise vous fait endosser l'abit de saint
Franoys, et porter coronne semblable aux bons frres? Dictes moy, je
vous requier, qui a est vostre recteur, ou, par saint Franois, vous
l'amenderez. Et fist semblant de tirer sa dague. Adoncques la pouvrette
se jecta  genoux et s'escrya  haulte voix, disant: Hlas! mon mary,
je vous cry mercy, aiez piti de moy, car j'ay est seduicte par
mauvaise compaignie. Je say bien que je suis morte, si vous voulez, et
que je n'ay pas fait comme je deusse; mais je ne suis pas seule deceue
en celle manire, et si vous me voulez promettre que ne me ferez rien,
je vous diray tout. Adonc son mary s'i accorda. Et adonc elle luy dit
comment pluseurs foiz elle estoit all au dit monastre avec deux de ses
compaignes, desquelles deux des religieux s'estoient enamourez; et en
les compaignans aucunesfoiz  faire collacion en leurs chambres, le
tiers fut d'elle esprins d'amours, en luy faisant tant d'humbles et
doulces requestes, qu'elle ne s'en estoit sceu excuser; et mesmement par
l'instigacion et enortement de ses dictes compaignes, disans qu'elles
aroient bon temps ensemble, et si n'en saroit-on rien. Lors demanda le
mary qui estoient ses compaignes; et elle les nomma. Adonc sceut-il qui
estoient leurs mariz, et dit le compte qu'ilz buvoient souvent ensemble;
puis demanda qui estoit le barbier, et elle luy dit, et les noms des
trois religieux. Le bon mary, consyderant ces choses, avecques les
doloreuses ammiracions et piteux regretz de sa femmelette, dit: Or
garde bien que tu ne dyes  personne que je sache parler de ceste
matre, et je te promectz que je ne te feray j mal. La bonne
damoiselle luy promist que tout  son plaisir elle feroit. Et
incontinent se part et alla prier au lendemain au disner les deux mariz
et les deux damoiselles, les trois cordeliers et le barbier, et ilz
promisrent d'y venir. Lesquelz venuz, et eulx assis  table, firent
bonne chre sans penser  leur male adventure. Et aprs que les tables
furent ostes, pour conclure de l'escot, firent pluseurs manires de
faire mises avant joyeusement sur quoy l'escot seroit prins et soustenu;
ce toutesfoiz qu'ilz ne sceurent trouver, n'estre d'accord, tant que
l'oste dist: Puisque nous ne savons trouver moien de payer nostre escot
par ce qui est mis en termes, je vous diray que nous ferons: nous le
ferons paier  ceulx de la compaignie qui la plus grande coronne portent
sur la teste, reservez ces bons religieux, car ilz ne paieront rien 
prsent. A quoy ilz s'accordrent tous, et furent contens qu'ainsi en
fust, et le barbier en fut le juge. Et quand tous les hommes eurent
monstr leurs coronnes, l'oste dist qu'il falloit veoir si leurs femmes
en avoient nulles. Si ne fault pas demander s'il en y eut en la
compaignie qui eurent leurs cueurs estrains. Et sans plus attendre,
l'oste print sa femme par la teste et la descouvrit. Et quand il vit
ceste coronne, il fist une grand admiracion, faindant que rien n'en
sceust, et dist: Il fault veoir les aultres s'elles sont coronnes
aussi. Adonc leurs mariz les firent deffubler, qui pareillement furent
trouves coronnes comme la premire, de quoy ilz ne firent j trop
grand feste, nonobstant qu'ilz en feissent grandes rises, et tout en
manire de jouyeuset dirent que l'escot estoit gaign, et que leurs
femmes le devoient. Mais il failloit savoir  quel propos ces coronnes
avoient est encharges, et l'oste, qui estoit assez joyeux du mistre
et de leur adventure, leur compta tout le demen de la chose, sur telle
protestacion qu'ilz le pardonneroient  leurs femmes pour ceste foiz,
parmy la penitence que les bons religieux en porteroient en leur
presence; laquelle chose les deux mariz accordrent. Et incontinent
l'oste fist saillir quatre ou cinq roiddes galans hors d'une chambre,
tous advertiz de leur fait, et prindrent beaulx moynes, et leur
donnrent tant des biens de lens qu'ilz en peurent entasser sus leurs
dos, et puis les boutrent hors de l'ostel; et les aultres demourrent
illec encores une espace, en laquelle ne fault doubter qu'il n'y eust
pluseurs devises qui longues seroient  racompter: si m'en passe pour
cause de breft.




LA LXIe NOUVELLE.

PAR PONCELET.


Ung jour advint que en une bonne ville de Haynaut avoit ung bon marchant
mary  une vaillant femme, lequel trssouvent alloit en marchandise,
qui estoit par adventure occasion  sa femme qu'elle amoit aultre que
luy, en laquelle chose elle continua assez longuement. Nantmains
toutesfoiz l'embusche fut descouverte par ung sien voisin qui parent
estoit au mary, et demouroit  l'opposite de l'ostel du dit marchant,
dont il vit et apperceut souvent le galant entrer de nuyt, et saillir
hors de l'ostel au marchant. Laquelle chose venue  la cognoissance de
celuy  qui le dommage se faisoit, par l'advertissement du voisin, fut
moult desplaisant; et, en remerciant son parent et voisin, dit que
brefvement y pourvoiroit, et qu'il se bouteroit du soir en sa maison,
pour mieulx veoir qui yroit et viendroit en son hostel. Et finalement
faindit d'aller dehors et dist  sa femme et  ses gens qu'il ne savoit
quand il reviendroit; et luy, party au plus matin, ne demoura que
jusques  la vespre, qu'il bouta son cheval quelque part, et s'en vint
couvertement sus son cousin, et l regarda par une petite treille,
attendant s'il verroit ce que gures ne lui plairoit. Et tant attendit
que environ neuf heures de nuyt, le galand,  qui la damoiselle avoit
fait savoir que son mary estoit hors, passa ung tour ou deux par devant
l'ostel de la belle et regarda  l'huys pour veoir s'il y pourroit
entrer; mais encores le trouva il ferm. Se pensa bien qu'il n'estoit
pas heure, pour les doubtes; et ainsi qu'il varioit l entour, le bon
marchant, qui pensoit bien que c'estoit son homme, descendit et vint 
l'huys et dist: Mon amy, nostre damoiselle vous a bien oy, et pource
qu'il est encores temps assez, et qu'elle a doubte que nostre maistre ne
retourne, elle m'a requis que je vous mette dedens, s'il vous plaist.
Le compaignon, cuidant que ce fust le varlet, s'adventura et entra lens
avecques luy, et tout doulcement l'huys fut ouvert, et le mena tout
derrire en une chambre, o il avoit une moult grand huche, laquelle il
defferma et le fist entrer ens, que si le marchand revenoit, qu'il ne le
trouvast pas, et que sa maistresse le viendroit assez tost mettre hors
et parler  luy. Et tout ce souffrit le gentil galant pour mieulx avoir,
et aussi pour tant qu'il pensoit que l'autre dist verit. Et incontinent
se partit le marchand le plus celement qu'il peut, et s'en alla  son
cousin et  sa femme et leur dist: Je vous promectz que le rat est
prins; mais il nous fault adviser qu'il en est de faire. Et lors son
cousin, et par especial sa femme, qui n'aimoit point l'autre, furent
bien joyeulx de la venue, et dirent qu'il seroit bon qu'on le montrast
aux parens de la femme, affin qu'ils cognoissent son gouvernement. Et
celle conclusion prinse, le marchand alla  l'ostel du pre et de la
mre de sa femme et leur dist que si jamais ilz vouloient veoir leur
fille en vie qu'ilz venissent hastivement en son logis. Tantost
saillirent sus, et tantdiz qu'ilz s'appoinctoient, il alla pareillement
querir deux des frres et des seurs d'elle, et leur dist comme il avoit
fait au pre et  la mre. Et puis les mena tous en la maison de son
cousin, et illec leur compta toute la chose ainsi qu'elle estoit, et la
prinse du rat. Or convient il savoir comment le gentil galant, pendant
ce temps, se gouverna en celle huche, de laquelle il fut gaillardement
delivr, attendu l'adventure; et la damoiselle, qui se donnoit grands
merveilles se son amy ne viendroit point, alloit devant et derrire pour
veoir s'elle en orroit point de nouvelle. Et ne tarda gures que le
gentil compaignon, qui oyt bien que l'en passoit assez prs de luy, et
si le laissoit on l, print  hurter du poing  sa huche tant que la
damoiselle l'oyt qui en fut moult espoente. Neantmains demanda elle qui
c'estoit, et le compaignon luy respondit: Helas! trsdoulce damoiselle,
ce suis je qui me meurs icy de chault et de doute, et qui me donne grand
merveille de ce que m'y avez fait bouter, et si n'y allez ne venez. Qui
fort lors fut esmerveille, ce fut elle, et dist: Ha! vierge Marie! et
pensez vous, mon amy, que je vous y aye fait mectre?--Par ma foy, dit
il, je ne scay, au mains est venu vostre varlet  moy, et m'a dit que
luy aviez requis qu'il me mist en l'ostel, et que j'entrasse en ceste
huche, affin que vostre mary ne me trouvast, si d'adventure il
retournoit pour ceste nuyt.--Ha! dit elle, sur ma vie! ce a est mon
mary. A ce coup suis je une femme perdue, et est tout nostre fait sceu
et descouvert.--Savez vous qu'il y a? dit-il. Il convient que l'on me
mette dehors, ou je rompray tout, car je n'en puis plus endurer.--Par ma
foy! dit la damoiselle, je n'en ay point la clef, et si vous le rompez
je suis deffaicte, et dira mon mary que je l'aray fait pour vous
sauver. Finalement la damoiselle chercha tant qu'elle trouva des
vieilles clefs entre lesquelles en y eut une qui delivra le pouvre
prisonnier. Et quand il fut hors il troussa sa dame, et luy monstra le
courroux qu'il avoit sur elle, laquelle le print paciemment. Et  tant
se voult partir le gentil amoureux; mais la damoiselle le print et
accola, et luy dist que s'il s'en aloit ainsi, elle estoit aussi bien
deshonore que s'il eust rompu la huche: Qu'est-il donc de faire? dist
le galant.--Si nous ne mettons quelque chose dedans et que mon mary le
treuve, je ne me pourray excuser que je ne vous aye mis hors.--Et quelle
chose y mettra l'on? dit le galant, affin que je parte, car il est
heure.--Nous avons, dit-elle, en cest estable ung asne que nous y
mettrons, si vous me voulez aider.--Oy, par ma foy, dit il. Adonc fut
cest asne ject en la huche, et puis la refermrent, et le galant print
cong d'un doulx baiser et se partit en ce point par une yssue de
derrire, et la damoiselle s'en alla prestement coucher. Et aprs ne
demoura gures que le mary, qui, tantdiz que ces choses se faisoient,
assembla ses gens et les amena  l'ostel de son cousin, comme dit est,
o il leur compta tout l'estat de ce qu'on lui avoit dit, et aussi
comment il avoit prins le galant  ses barres. Et  celle fin, dit il,
que vous ne disiez que je veille imposer  vostre fille blasme sans
cause, je vous monstreray  l'oeil et au doy le ribauld qui ce
deshonneur nous a fait; et prie, avant qu'il saille hors, qu'il soit
tu. Adonc chacun dit que si seroit il. Et aussi, dit le marchant, je
vous rendray vostre fille pour telle qu'elle est. Et de l se partent
les aultres avecques luy, qui estoient moult dolens des nouvelles, et
avoient torches et flambeaulx pour mieulx choisir par tout, et que rien
ne leur peust eschapper. Et hurtrent  l'huys si rudement que la
damoiselle y vint premier avant que nul de lens s'esveillast, et leur
ouvrit l'huys. Et quand ilz furent entrez, elle ledangea son mary, son
pre, sa mre et les aultres, en monstrant qu'elle estoit bien
esmerveille quelle chose  celle heure les amenoit. Et  ces motz son
mary hausse et luy donne belle buffe, et luy dit: Tu le sceras tantost,
faulse telle et quelle que tu es.--Ha! regardez que vous dictes; amenez
vous pour ce mon pre et ma mre ici?--Oy, dist la mre, faulse garse
que tu es, on te monstrera ton loudier prestement. Et lors ses seurs
dirent: Et par Dieu, seur, vous n'estes pas venue de lieu pour vous
gouverner ainsi.--Mes seurs, dit elle, par tous les sains de Romme, je
n'ay rien fait que une femme de bien ne doyve et puisse faire, ne je ne
doubte point qu'on doye le contraire monstrer sur moy.--Tu as menty, dit
son mary, je le monstraray tout incontinent, et sera le ribauld tu en
ta presence. Sus tost, ouvre moy ceste huche.--Moy! dit elle; et en
verit je croy que vous resvez, ou que vous estes hors du sens; car
vous savez bien que je n'en portay oncques la clef, mais pend  vostre
cincture avecques les vostres ds le temps que vous y mettiez voz
estres. Et pourtant, si vous la voulez ouvrir, ouvrez la. Mais je prie 
Dieu que ainsi vrayement qu'oncques je n'euz compaignie avecques celuy
qui est l dedens enclos, qu'il m'en delivre  joye et  honneur, et que
la mauvaise envye qu'on a sur moy puisse icy estre avere et demonstre;
et aussi sera elle, comme j'ay bon espoir.--Je croy, dit le mary, qui la
veoit  genoux, plorant et gemissant, qu'elle scet bien faire la chate
moille, et, qui la vouldroit croire, elle sceroit bien abuser gens; et
ne doubtez, je me suis pie perceu de la trayne. Or sus, je vois
ouvrir la huche; si vous prie, messeigneurs, que chacun tienne la main 
ce ribauld, qu'il ne nous eschappe, car il est fort et roidde.--N'ayez
paour, dirent ilz tous ensemble, nous en scerons bien faire. Adonc
tirent leurs espes et prindrent leurs mailletz pour assommer le pouvre
amoureux, et luy dirent: Or, te confesse l, car jamais n'aras prestre
de plus prs. La mre et les seurs, qui ne vouloient point veoir celle
occision, se tirrent d'une part; et, ainsi que le bon homme eut ouvert
la huche, et que cest asne veist la lumire, il commena  recaner si
hideusement qu'il n'y eut l si hardy qui ne perdist sens et memoire. Et
quand ilz virent que c'estoit ung asne, et qu'il les avoit ainsi abusez,
ilz se vouldrent prendre au marchant, et luy dirent autant de honte
qu'oncques saint Pierre eut d'honneurs, et mesmes les femmes luy
vouloient courre sus. Et de fait, s'il ne s'en fust fuy, les frres de
la damoiselle l'eussent l tu, pour le grand blasme et deshonneur qu'il
luy avoit fait et voulu faire. Et finalement en eut tant  faire qu'il
convint que la paix et traicti en fussent refaiz par les notables de la
ville, et en furent les accuseurs tousjours en indignacion du marchant.
Et dit le compte que  celle paix faire y eut grand difficult et
pluseurs protestacions des amys de la damoiselle, et d'aultre part
pluseurs promesses bien estroictes du marchant, qui depuis bien et
gracieusement s'i gouverna, et ne fut oncques homme meilleur  femme
qu'il fut toute sa vie; et ainsi usrent leurs jours ensemble.




LA LXIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE QUEVRAIN.


Environ le mois de juillet, alors que certaines convencions et assemble
se tenoit entre la ville de Calais et Gravelinghes, assez prs du
chastel d'Oye,  laquelle assemble estoient pluseurs princes et grands
seigneurs, tant de la partie de France comme d'Angleterre, pour adviser
et traictier de la renon de monseigneur d'Orlans, estant lors
prisonnier du roy d'Angleterre; entre lesquels de la dicte partie
d'Angleterre estoit le cardinal de Viscestre, qui  ladicte convencion
estoit venu en grand et noble estat, tant de chevaliers, escuiers, que
d'autres gens d'glise. Et entre les autres nobles hommes avoit ung qui
se nommoit Jehan Stocton, escuier trenchant, et Thomas Brampton,
eschanson du dit cardinal, lesquels Jehan et Thomas Brampton se
entreaymoient autant ou plus que pourroient faire deux frres germains
ensemble; car de vestures, harnois et habillemens estoient tousjours
d'une faon au plus prs que ilz pouvoient; et la plus part du temps ne
faisoient que ung lict et une chambre, et oncques n'avoit on veu que
entr'eulx deux que aucunement y eut quelque courroux, noise ou
maltalent. Et quand le dit cardinal fut arriv au dit lieu de Calais, on
bailla pour le logis des ditz nobles hommes l'hostel de Richard Fery,
qui est le plus grand hostel de la dicte ville de Calais; et ont de
coustume les grands seigneurs, quand ilz arrivent au dit lieu passans et
revenans, d'y logier. Le dit Richard estoit mari, et estoit sa femme de
la nacion du pays de Hollande, qui estoit belle, gracieuse, et bien luy
advenoit  recevoir gens. Et durant la dite convencion,  laquelle on
fut bien l'espace de deux mois, iceulx Jehan Stocton et Thomas Brampton,
qui estoient si comme en l'aage de xxvij  xxviij ans, ayans leur
couleur de cramoisy vive, et en point de faire armes par nuyt et par
jour; durant lequel temps, nonobstant les privautez et amitiez qui
estoit entre ces deux seconds et compaignons d'armes, le dit Jehan
Stocton, au deceu du dit Thomas, trouva manire d'avoir entre et faire
le gracieulx envers leur dite hostesse, et y continuoit souvent en
devises et semblables gracieusetiez que on a de coustume de faire en la
queste d'amours; et en la fin s'enhardit de demander  sa dicte hostesse
la courtoisie, c'est asavoir, qu'il peust estre son amy et elle sa dame
par amours. A quoy, comme faindant d'estre esbahie de telle requeste,
lui respondit tout froidement que luy ne aultre elle ne haioit, ne ne
vouldroit hayr, et qu'elle amoit chacun par bien et par honneur. Mais il
povoit sembler  la manire de sa dicte requeste, qu'elle ne pourroit
ycelle accomplir que ce ne fut grandement  son deshonneur et scandale,
et mesmement de sa vie, et que pour chose du monde  ce ne vouldroit
consentir. Adonc le dit Jehan respliqua, disant qu'elle lui povoit
trsbien accorder: car il estoit celuy qui luy vouloit garder son
honneur jusqu' la mort, et ameroit mieulx estre pery et en l'autre
sicle tourment que par sa coulpe elle eust deshonneur; et qu'elle ne
doubta en rien que de sa part son honneur ne fut gard, luy suppliant de
rechef que sa requeste luy voulsist accorder, et  tousjours mais se
reputeroit son serviteur et loyal amy. Et  ce elle respondit, faisant
manire de trembler, disant que de bonne foy il luy faisoit mouvoir le
sang du corps, de crainte et de paour qu'elle avoit de luy accorder sa
requeste. Lors s'approucha d'elle, et luy requist ung baiser, dont les
dames et damoiselles du dit pays d'Angleterre sont asss liberales de
l'accorder; et en la baisant luy pria doulcement qu'elle ne fut
paoureuse et que de ce qui seroit entre eulx deux jamais nouvelle n'en
seroit  personne vivant. Lors elle lui dist: Je voys bien que je ne
puis de vous eschapper que je ne face ce que vous voulez; et puis qu'il
fault que je face quelque chose pour vous, sauf toutesfoiz tousjours mon
bon honneur, vous savez l'ordonnance qui est faicte de par les seigneurs
estans en ceste ville de Calais, comment il convient que chacun chief
d'hostel face une foys la sepmaine, en personne, le guet par nuyt, sur
la muraille de la dicte ville. Et pour ce que les seigneurs et nobles
hommes de monseigneur le cardinal, vostre maistre, sont cens logez en
grand nombre, mon mary a tant fait par le moien d'aucuns ses amis envers
mon dit seigneur le cardinal, qu'il ne fera qu'ung demy guet, et entens
qu'il le doit faire jeudy prochain, depuis la cloche du temps au soir
jusques  la mynuyt; et pour ce, tantdiz que mon dit mary sera au guet,
si vous me voulez dire aucunes choses, les orray trsvoluntiers, et me
trouverez en ma chambre, avecques ma chambrire, la quelle estoit en
grand vouloir de conduire et acomplir les volunts et plaisirs de sa
maistresse. Lequel Jehan Stocton fut de ceste response moult joyeux, et
en remerciant sa dicte hostesse luy dit que point n'y aroit de faulte
que au dit jour il ne venist comme elle luy avoit dit. Or se faisoient
ces devises le lundy precedent aprs disner, mais il ne fait pas 
oublier de dire comment le dit Thomas Brampton avoit ou desceu de son
dit compaignon Jehan Stocton fait pareilles diligences et requestes 
leur dicte hostesse, laquelle ne luy avoit oncques voulu quelque chose
accorder, fors luy bailler l'une foiz espoir, et l'autre doubte, en luy
disant et remonstrant qu'il pensoit trop peu  l'honneur d'elle, car
s'elle faisoit ce qu'il requeroit, elle savoit de vray que son mary et
ses parens et amys luy osteroient la vie du corps. Et ad ce respondit le
dit Thomas: Ma trsdoulce damoiselle et hostesse, pensez que je suis
noble homme, et pour chose qui me peust advenir ne vouldroye faire chose
qui tournast  vostre deshonneur ne blasme; car ce ne seroit point us
de noblesse. Mais creez fermement que vostre honneur vouldroye garder
comme le mien; et ameroye mieulx  morir qu'il en fust nouvelles, et
n'ay amy ne personne en ce monde, tant soit mon priv,  qui je
vouldroye en nulle manire descouvrir nostre fait. Laquelle, voyant la
singulire affection et desir du dit Thomas, luy dit le mercredy
ensuyvant que le dit Jehan avoit eu la gracieuse response cy dessus de
leur dicte hostesse, que, puis qu'el le voit en si grand volunt de luy
faire service en tout bien et en tout honneur, qu'elle n'estoit point
si ingrate qu'elle ne le vousist recognoistre. Et lors luy alla dire
comment il convenoit que son mary, lendemain au soir, allast au guet
comme les aultres chefz d'ostel de la ville, en entretenant l'ordonnance
qui sur ce estoit faicte par la seigneurie estant en la ville; mais, la
Dieu mercy, son mary avoit eu de bons amis entour monseigneur le
cardinal, car ilz avoient tant fait envers luy qu'il ne feroit que demy
guet, c'est assavoir depuis mynuyt jusques au matin seulement, et que si
ce pendant il vouloit venir parler  elle, elle orroit voluntiers ses
devises; mais pour Dieu qu'il y vint si secrtement qu'elle n'en peust
avoir blasme. Et le dit Thomas luy sceut bien respondre que ainsi
desiroit il de faire. Et  tant se partit en prenant congi. Et le
lendemain, qui fut le dit jour de jeudy, au vespre, aprs ce que la
cloche du guet avoit est sonne, le dit Jehan Stocton n'oblya pas 
aller  l'heure que sa dicte hostesse luy avoit mise. Et ainsi qu'il
vint vers la chambre d'elle, il entra et la trouva toute seulle;
laquelle le receut et luy fist trsbonne chre, car la table y estoit
mise. Lequel Jehan requist que avecques elle il peust soupper, affin de
eulx mieulx ensemble deviser, ce qu'elle ne luy voult de prime face
accorder, disant qu'elle pourroit avoir charge si on le trouvoit avec
elle. Mais il luy requis, tant qu'elle le luy accorda; et le soupper
fait, qui sembla estre audit Jehan moult long, se joignit avecques sa
dicte hostesse; et aprs ce s'esbatirent ensemble si comme nu  nu. Et
avant qu'il entrast en la dicte chambre, il avoit bout en ung de ses
doiz ung aneau d'or garny d'un beau gros dyamant qui bien povoit valoir
la somme de trente nobles. Et en eulx devisant ensemble, ledit aneau luy
cheut de son doy dedans le lit, sans ce qu'il s'en apperceust. Et quand
ilz eurent illec est ensemble jusques aprs la xj. heure de la nuyt, la
dicte damoiselle luy pria moult doulcement que en gr il voulsist
prendre le plaisir qu'elle luy avoit peu faire, et que  tant il fust
content de soy habiller et partir de la dicte chambre, affin qu'il n'y
fust trouv de son mary, qu'elle attendoit si tost que la mynuyt seroit
sonne, et qu'il luy voulsist garder son honneur, comme il luy avoit
promis. Lequel, ayant doubte que ledit mary ne retournast incontinent,
se leva, habilla et partit d'icelle chambre ainsi que xij heures
estoient sonnes, sans avoir souvenance de son dit dyamant qu'il avoit
laiss ou lit. Et en yssant hors de la dicte chambre et au plus prs
d'icelle, le dit Jehan Stocton encontra le dit Thomas Brampton, son
compaignon, cuidant que ce fust son hoste Richard. Et pareillement le
dit Thomas, qui venoit  l'heure que sa dame luy avoit mise,
semblablement cuida que le dit Jehan Stocton fust le dit Richard, et
attendit ung peu pour savoir quel chemin tiendroit celuy qu'il avoit
encontr. Et puis s'en alla et entra en la chambre de la dicte hostesse,
qu'il trouva comme entrouverte, laquelle tint manire comme toute
esperdue et effraye, en demandant au dit Thomas, en manire de grand
doubte et paour, s'il avoit point encontr son mary qui partoit d'illec
pour aller au guet. Lequel luy dist que trop bien avoit encontr ung
homme, mais il ne savoit qui il estoit, ou son mary ou aultre, et qu'il
avoit ung peu attendu pour veoir quel chemin il tiendroit. Et quand elle
eut ce oy, elle print hardiement de le baiser, et luy dist qu'il fust le
bien venu. Et assez tost aprs, sans demander qui l'a perdu ne gaign,
le dit Thomas trousse la damoiselle sur le lit en faisant cela. Et puis
aprs, quand elle vit que c'estoit,  certes se despoillrent et
entrrent tous deux ou lit, car ilz firent armes en sacrifiant au Dieu
d'amours et rompirent pluseurs lances. Mais en faisant les dictes armes
il advint au dit Thomas une adventure, car il sentit soubz sa cuisse le
dyamant que le dit Jehan Stocton y avoit laiss; et comme non fol ne
esbahy, le print et le mist en l'un de ses doiz. Et quand ilz eurent
est ensemble jusques  lendemain de matin, que la cloche du guet estoit
prochaine de sonner,  la requeste de la dicte damoiselle il se leva, et
en partant s'entreaccolrent ensemble d'un baisier amoureux. Ne demoura
gure que le dit Richart retourna du guet, o il avoit est toute la
nuyt, en son hostel, fort refroidy et escharg du fardeau de sommeil,
qui trouva sa femme qui se levoit; laquelle luy fist faire du feu, et
s'en alla coucher et reposer, car il estoit traveill de la nuyt. Et
fait  croire que aussi estoit sa femme: car, pour la doubte qu'elle
avoit eue du traveil de son mary, elle avoit bien peu dormy toute la
nuyt. Et environ deux jours aprs toutes ces choses faictes, comme les
Anglois ont de coustume aprs qu'ilz ont oy la messe de aller desjeuner
en la taverne, au meilleur vin, lesdictz Jehan et Thomas se trouvrent
en une compaignie d'aultres gentilzhommes et marchans, et allrent
ensemble desjeuner, et se assirent les dictz Stocton et Brampton l'un
devant l'autre. Et en mengeant, le dict Jehan regarda sur les mains du
dit Thomas, qui avoit en l'ung de ses doiz le dict dyamant. Et quand il
l'eut grandement advis, il luy sembloit vrayement que c'estoit celuy
qu'il avoit perdu, ne savoit en quel lieu et quand, et pria au dit
Thomas qu'il luy voulsist monstrer le dit dyamant, lequel luy bailla. Et
quand il l'eut en sa main, recongneut bien que c'estoit le sien, et
demanda au dit Thomas dont il luy venoit, et qu'il estoit sien. A quoy
le dit Thomas respondit au contraire que non, et que  luy appartenoit.
Et le dit Stocton maintenoit que depuis peu de temps l'avoit perdu, et
que, s'il l'avoit trouv en leur chambre o ilz couchoient, qu'il ne
faisoit pas bien de le retenir, attendu l'amour et fraternit qui
tousjours avoit est entre eulx deux; tellement que pluseurs haultes
parolles s'en ensuyvirent, et fort se animrent et courroussrent l'un
contre l'autre. Toutesvoies le dit Thomas vouloit tousjours ravoir le
dit dyamant; mais n'en peut finer. Et quand les aultres gentilzhommes et
marchans virent la dicte noise, chacun s'employa  l'accordement
d'icelle, pour trouver manire de les appaiser; mais rien n'y valoit,
car celuy qui perdu avoit le dit dyamant ne le vouloit laisser partir de
ses mains, et celuy qui l'avoit trouv le vouloit ravoir, et tenoit  la
belle adventure que l'avoir eu cest eur et avoir joy de l'amour de sa
dame; et ainsi estoit la chose difficile  appoincter. Finalement l'un
desdictz marchans, voyant que ou demen de la matre on n'y prouffitoit
en rien, si dist qu'il luy sembloit qu'il avoit advis ung aultre
expedient, dont les dictz Jehan et Thomas devroient estre contens; mais
il n'en diroit mot si les dictes parties ne se soubzmettoient, en peine
de dix nobles, que de tenir ce qu'il en diroit; dont chacun de ceulx
estans en la dicte compaignie dirent que bien avoit dit le marchant, et
incitrent les dictz Jehan et Thomas de faire la dicte soubzmission, et
tant en furent requis qu'ilz s'i accordrent. Lequel marchant ordonna
que le dit dyamant seroit mis en ses mains, puis que tous ceulx qui du
dit diffrent avoient parl et requis de l'appaiser n'en n'avoient peu
estre creuz, et que aprs ce, que, eulx partiz de l'ostel o ilz
estoient, au premier homme, de quelque estat ou condicion qu'il fust,
qu'ilz rencontreroient  l'yssue du dit hostel, compteroient toute la
manire du dit different et noise estant entre les ditz Jehan et
Thomas; et ce qu'il en diroit ou ordonneroit seroit tenu ferme et stable
par les dictes deux parties. Ne demoura gures que du dit hostel se
partit toute la compaignie, et le premier homme qu'ilz encontrrent au
dehors d'icelluy, ce fut le dit Richard, hoste des dictes deux parties;
auquel par le dit marchant fut dit et narr toute la manire du dit
diffrent. Lequel Richard, aprs ce qu'il eut tout oy et qu'il eut
demand  ceulx qui illec estoient presens si ainsi en estoit all, et
que les dictes parties ne s'estoient voulu laisser appoincter et
appaisier par tant de notables personnes, dist par sentence que le dit
dyamant luy demourroit comme sien et que l'une ne l'autre des parties ne
l'aroit. Et quand le dit Thomas vit qu'il avoit perdu l'adventure de la
treuve du dit dyamant, fut bien desplaisant. Et fait  croire que autant
estoit le dit Jehan Stocton, qui l'avoit perdu. Et lors requist le dit
Thomas  tous ceulx qui estoient en la compaignie, reserv leur dit
hoste, qu'ilz voulsissent retourner en l'ostel o ilz avoient desjeun,
et qu'ilz leur donneroit  disner, affin qu'ilz fussent advertiz de la
manire et comment le dit diamant estoit venu en ses mains; tous
lesquelx luy accordrent. Et en attendant le disner qui s'appareilloit,
leur compta l'entre et la manire des devises qu'il avoit eu avecques
son hostesse, comment et  quelle heure elle luy avoit mis heure pour se
trouver avecques elle, tantdiz que son mary seroit au guet, et le lieu
o le dyamant avoit est trouv. Lors le dit Jehan Stocton, oyant ce, en
fut moult esbahy, soy donnant grand merveille; et en soy signant, dist
que tout le semblable luy estoit avenu en la propre nuyt, ainsi que cy
devant est declar, et que il tenoit fermement avoir laiss cheoir son
dyamant o le dit Thomas l'avoit trouv, et qu'il luy devoit faire plus
mal de l'avoir perdu qu'il ne faisoit au dit Thomas, lequel n'y perdoit
rien, car il luy avoit chier coust. A quoy le dit Thomas respondit
qu'il ne le devoit point plaindre si leur hoste l'avoit adjug estre
sien, attendu que leur hostesse en avoit eu beaucop  souffrir, et qu'il
avoit eu le pucellaige de la nuyte; et le dit Thomas avoit est son
page et de son esquyrie et allant aprs luy. Et ces choses contentrent
assez bien le dit Jehan Stocton de la perte de son dyamant, pource que
aultre chose n'en pouvoit avoir. Et de ceste adventure tous ceulx qui
prsens estoient commencrent  rire et menrent grand joye. Et aprs ce
qu'ilz eurent disn, chacun retourna o bon lui sembla.




LA LXIIIe NOUVELLE.

PAR M. MONTBLERU.


Montbleru se trouva, a environ deux ans,  la foyre d'Envers, en la
compaignie de monseigneur d'Estampes, qui le deffrayoit, qui est une
chose qu'il prend assez bien en gr. Ung jour entre les aultres,
d'adventure il rencontra maistre Ymbert de Playne, maistre Roland Pipe,
et Jehan Le Tourneur, qui luy firent grand chre. Et pour ce qu'il est
plaisant et gracieux, comme chacun scet, ilz desirrent sa compaignie et
luy prirent de venir loger avec eulx, et qu'ilz feroient la meilleure
chre de jamais. Montbleru de prinsault s'excusa sur monseigneur
d'Estampes, qui l'avoit l amen, et dist qu'il ne l'oseroit
habandonner: Et la raison y est bonne, car il me deffraye de tout
point, dit-il. Nantmains toutesfoiz il fut content d'abandonner
monseigneur d'Estampes, ou cas que entre eulx le voulsissent deffrayer;
et eulx, qui ne desiroient que sa compaignie, accorderent legierement et
de bon cueur ce marchi. Or escoutez comment il les paya. Ces trois bon
seigneurs, maistre Ymbert, maistre Roland, et Jehan Le Tourneur,
demourerent  Envers plus qu'ilz ne pensoient quand ilz partirent de la
court, et soubz esperance de bref retourner, n'avoient apport chacun
qu'une chemise; si devindrent les leurs, leurs couvrechefz et petiz
draps, bien sales, et  grand regret leur venoit d'eulx trouver en ce
party, car il faisoit bien chault, comme en la saison de Penthecoste. Si
les baillrent  blanchir  la chambrire de leur logis ung samedy au
soir, quand ilz se couchrent, et les devoient avoir blanches au
lendemain,  leur lever. Et si eussent ilz, mais Montbleru les en garda
bien. Et pour venir au fait, la chambriere, quand vint au matin, qu'elle
eut blanchy ces chemises, couvrechefz et petiz draps, les sechez au feu,
et ploiez bien et gentement, elle fut appelle de sa maistresse pour
aller  la boucherie faire la provision pour le disner. Elle fist ce que
sa maistresse luy commenda, et laissa en la cuisine, sur une scabelle,
tout ce bagage, chemises, couvrechefz, et petiz draps, esperant  son
retour les retrouver;  quoy elle faillit, car Montbleru, quand il peut
veoir du jour, se lve de son lit et print une robe longue sur sa
chemise, et descendit en bas. Il vint veoir qu'on disoit en la cuisine,
o il ne trouva ame, fors seullement ces chemises, couvrechiefz, et
petiz draps, qui ne demandoient que marchand. Montbleru congneut tantost
que c'estoit sa charge, si y mist la main, et fut en grand effroy o il
les pourroit sauver. Une foiz il pensoit de les bouter dedans les
chaudires et grands potz de cuyvre qui estoient en la cuisine,
aultrefoiz de les bouter en sa manche; bref il les bouta en l'estable
de ses chevaulx, bien enfardeles dedans le fain et ung gros monceau de
fiens; et cela fait, il s'en revint coucher dont il estoit party
d'emprs de Jehan Le Tourneur. Or veezcy la chambriere retourne de la
boucherie, qui ne trouve pas ces chemises, qui ne fut pas bien contente,
et commence  demander par tout qui en scet nouvelles. Chacun  qui elle
en demandoit disoit qu'il n'en savoit rien, et Dieu scet la vie qu'elle
menoit. Et veezcy les serviteurs de ces bons seigneurs qui attendent
aprs leurs chemises, qui n'osent monter vers leurs maistres, et
enragent tous vifz, si font l'oste et l'ostesse et la chambriere. Quand
vint environ neuf heures, ces bons seigneurs appellent leurs gens, mais
nul ne vient, tant craindent  dire les nouvelles de ceste perte  leurs
maistres. Toutesfoiz en la fin, qu'il estoit entre xj et xij, l'oste
vint et les serviteurs; et fut dit  ces bons seigneurs comment leurs
chemises estoient desrobes, dont les aucuns perdirent pacience, comme
maistre Ymbert et maistre Roland. Mais Jehan Le Tourneur tint assez
bonne maniere, et n'en faisoit que rire, et appella Montbleru, qui
faisoit la dormeveille, qui savoit et oyoit tout, et luy dist:
Montbleru, vezcy compaignons bien en point: on nous a desrob noz
chemises.--Saincte Marie! que dictes vous? dit Montbleru, contrefaisant
l'endormy, vezcy mal venu. Quand on eut grand pice tenu parlement de
ces chemises perdues, dont Montbleru cognoissoit bien le larron, ces
bons seigneurs dirent: Il est j tard, nous n'avons encores point oy de
messe, et si est Dimanche; et si ne povons bonnement aller sans
chemises: qu'est il de faire?--Par ma foy, dist l'oste, je n'y say
d'aultre remde, que je vous preste chacun une chemise des miennes,
telles qu'elles sont; elles ne sont pas pareilles aux vostres, mais
elles sont blanches, et si ne povez mieulx faire. Ilz furent contens de
prendre ces chemises de l'oste, qui estoient courtes et estroictes, et
de dure et aspre toille, et Dieu scet qu'il les faisoit bon veoir. Ilz
furent prestz, Dieu mercy; mais il estoit si tard qu'ilz ne savoient o
ilz pourroient oyr messe. Alors dist Montbleru, qui tenoit trop bien
manire: Tant que d'oyr messe, il est meshuy trop tard; mais je say
une eglise en ceste ville o nous ne fauldrons point de veoir
Dieu.--Encores vault il mieulx que rien, dirent ces bons seigneurs.
Allons, allons, et nous avanons vistement, c'est trop tard: car perdre
noz chemises, et ne oyr point aujourdhuy de messe, ce seroit mal sur
mal; et pourtant il est temps d'aler  l'glise, si meshuy nous voulons
ouyr la messe. Montbleru les mena en la grand eglise d'Envers, o il y
a ung Dieu sur ung asne. Quand ilz eurent chacun dit une paternostre,
ilz dirent  Montbleru: O est ce que nous verrons Dieu?--Je le vous
monstreray, dit il. Alors il leur monstra ce Dieu sur l'asne, et leur
dist: Vezl Dieu: vous ne fauldrez jamais  quelque heure de veoir
Dieu cens. Ilz se commencrent  rire, jasoit ce que la doleur de
leurs chemises ne fust pas encores appaise. Et sur ce point ilz s'en
vindrent disner et furent depuis ne say quans jours  Envers; et aprs
se despartirent sans avoir leurs chemises, car Montbleru les mist en
lieu sauf, et les vendit depuis cinq escuz d'or. Or advint, comme Dieu
le voult, que en la bonne sepmaine de quaresme ensuyvant le mercredy,
Montbleru se trouva au disner avecques ces trois bons seigneurs dessuz
nommez; et entre aultres parolles il leur ramentut leurs chemises qu'ilz
avoient perdues  Envers, et dist: Hlas! le pouvre larron qui vous
desroba, il sera bien damn si son meffait ne lui est pardonn de par
Dieu, et de par vous; vous ne le vouldriez pas?--Ha! dit maistre Ymbert,
par dieu, beau sire, il ne m'en souvenoit plus, je l'ay pie
oubli.--Au mains, dit Montbleru, vous luy pardonnez, faictes
pas?--Saint Jehan, dist il, je ne vouldroye pas qu'il fust damn pour
moy.--Et par ma foy, c'est bien dit, dist Montbleru. Et vous, maistre
Roland, ne luy pardonnez vous pas aussi? A grand peine disoit-il le
mot; toutesfoiz il dist qu'il luy pardonnoit, mais pour ce qu'il pert 
regret, le mot luy coustoit plus  prononcer. Et vrayement, vous luy
pardonnerez aussi, maistre Roland, dist Montbleru; qu'avez vous gaign
d'avoir damn ung pouvre larron pour une meschante chemise et ung
couvrechef?--Et je luy pardonne vrayement, dist il lors, et l'en clame
quicte, puisqu'ainsi est que aultre chose n'en puis avoir.--Et par ma
foy, vous estes bon homme, dist Montblru. Or vint le tour de Jehan Le
Tourneur. Si luy dist Montbleru: Or a, Jehan, vous ne ferez pas pis
que les aultres, tout est pardonn  ce pouvre larron de chemises, si 
vous ne tient.--A moy ne tiendra pas, dit il, je luy ay pie pardonn,
et luy en baille de rechef absolucion.--On ne pourroit mieulx dire, dit
Montbleru, et par ma foy, je vous say trsbon gr de la quictance que
vous avez faicte au larron de voz chemises, et en tant qu'il me touche,
car je suis le larron mesmes qui vous desrobay voz chemises  Envers; je
prens ceste quictance  mon prouffit, et vous en mercye toutesfoiz, car
je le doy faire. Quand Montbleru eut confess ce larrecin, et qu'il eut
trouv sa quictance par le party qu'avez oy, il ne fault pas demander si
maistre Ymbert, maistre Roland et Jehan Le Tourneur furent bien esbahiz,
car ilz ne se fussent jamais doubtez qui leur eust fait ceste
courtoisie. Et luy fut bien reprouch, voire en esbatant, ce pouvre
larrecin. Mais luy, qui scet son entregens, se desarmoit gracieusement
de tout ce dont charger le vouloient; et leur disoit bien que c'estoit
sa coustume que de gaigner et de prendre ce qu'il trouvoit sans garde,
specialement  telles gens qu'ilz estoient. Ilz n'en firent que rire;
mais trop bien demandrent comment il les desroba. Et il leur declara
tout au long, et dist aussi qu'il avoit eu de tout ce butin cinq escuz,
dont ilz n'eurent ne demandrent aultre chose.




LA LXIVe NOUVELLE.

PAR MESSIRE MICHAULT DE CHANGY.


Il est bien vray que nagures, en ung lieu de ce pays que je ne puis
nommer, et pour cause; mais au fort, qui le scet si s'en taise comme je
fays, avoit ung maistre cur qui faisoit raige de confesser ses
parrochiennes. De fait, il n'en eschappoit pas une qui ne passast par
l, voire des plus jeunes. Au regard des veilles, il n'en tenoit compte.
Quand il eut longuement maintenu ceste saincte vie et ce vertueux
exercice, et que la renomme en fut espandue par toute la marche et s
terres voisines, il fut puny en la faon que vous orrez, et par
l'industrie de l'un de ses parrochiens,  qui toutesfoiz il n'avoit
encores rien meffait touchant sa femme. Il estoit ung jour au disner, et
faisoit bonne chre en l'ostel de son parrochien que je vous dy. Et
comme il estoient ou meilleur endroit de leur disner et qu'ilz faisoient
le plus grand het, veezcy leens venir ung homme qui s'appelle
Trenchecoille, lequel se mesle de taillier gens, d'arracher dens, et
d'un grand tas d'aultres brouilleries; et avoit ne say quoy  besoigner
 l'oste de lens. L'oste l'encueillit tresbien et le fist seoir, et
sans se faire beaucoup prier, il se fourre avecques nostre cur et les
aultres; et s'il estoit venu tard, il met peine d'aconsuyvir ceulx qui
le mieulx avoient viand. Ce maistre cur, qui estoit grand farseur et
fin homme, commence  prendre la parolle  ce trenchecoille et luy va
demander de son mestier et de cent mille choses, et le trenchecoille luy
respondoit au propos le mieulx qu'il savoit. A chef de pice, maistre
cur se vire verz l'oste et en l'oreille luy dist: Voulons nous bien
tromper ce trenchecoille?--Oy, je vous en prie, ce dit l'oste; mais en
quelle manire le pourrons-nous faire?--Par ma foy, dit le cur, nous le
tromperons trop bien, si vous me voulez aider.--Et je ne demande aultre
chose, dit l'oste.--Je vous diray que nous ferons, dit le cur: je
faindray avoir mal au coillon et marchanderay  lui de le m'oster, et me
feray lyer et mettre sur la table tout en point, comme pour le trencher.
Et quand il viendra prs et il vouldra veoir que c'est pour ouvrer de
son mestier, je me leveray et luy monstreray le derrire.--Et que c'est
bien dit, dist l'oste, qui  coup pensa ce qu'il vouloit faire; vous ne
feistes jamais mieulx; laissez nous faire entre nous aultres, nous vous
aiderons bien  parfaire la farce.--Je le veil, dit le cur. Aprs ces
paroles monseigneur le cur rassaillit nostre trenchecoille d'unes et
d'aultres, et en la parfin luy dist, pardieu, qu'il avoit bien mestier
d'un tel homme qu'il estoit, et qu'il avoit ung coillon tout pourry et
gast, et vouldroit qu'il luy eust coust bonne chose, et qu'il eust
trouv homme qui bien luy sceust oster. Et si froidement le disoit que
le le trenchecoille cuidoit veritablement qu'il deist voir. Lequel luy
respondit: Monseigneur le cur, je veil bien que vous sachez, sans nul
despriser, ne moy vanter de rien, qu'il n'y a homme en ce pays qui
mieulx que moi vous sceust aider; et pour l'amour de l'oste de ceens, je
vous feray de ma peine telle courtoisie, si vous vous voulez mettre en
mes mains, que par droit vous en devrez estre content.--Et vrayment, dit
maistre cur, c'est bien dit. Conclusion, pour abreger, ilz furent
d'accort. Et tost aprs fut la table oste, et commena maistre
trenchecoille  faire ses prparatoires pour besoigner; et d'aultre part
le bon cur se mettoit  point pour faire la farse, qui ne lui tourna
pas  jeu, et devisoit  l'oste et aux aultres comment il devoit faire.
Et tantdis que ces approuches d'un cost et d'aultre se faisoient,
l'oste de lens vint au trenchecoille, et luy dist: Garde bien, quelque
chose que ce prestre te dye, quand tu le tiendras pour ouvrer  ses
coillons, que tu les lui trenches tous deux rasibus, et n'y fay faulte,
si cher que tu as ton corps.--Saint Martin, si feray je, dist le
trenchecoille, puis qu'il vous plaist. J'ai ung instrument si prest et
si bien trenchant, que je vous feray present de ses genitoires avant
qu'il ait loisir de moy rien dire.--Or on verra que tu feras, dist
l'oste; si tu faulx, je ne te fauldray pas. Tout fut prest, et la table
apporte, et monseigneur le cur en pourpoint, qui bien contrefaisoit
l'adol, et promectoit bon vin  ce trenchecoille. L'oste aussi et les
serviteurs de lens, qui devoient tenir bon cur, qui n'avoient garde de
le laisser eschapper. Et affin d'estre plus seur, le lirent trop bien,
et luy disoient que c'estoit pour mieux faire la farce, et quand il
vouldroit ilz le laisseroient aller; et il les creut comme fol. Or vint
ce vaillant trenchecoille garny  la couverte main de son petit rasoir,
et commena  vouloir mettre les mains aux coillons de monseigneur le
cur: A dya! dit monseigneur le cur, faictes  traict et tout beau;
tastez les le plus doulcement que vous pourrez, et aprs je vous diray
lequel je veil avoir ost.--Trop bien, dit il: et lors tout souef lve
la chemise et prend ses maistres coillons, gros et quarrez, et sans en
plus enquerir, subitement les luy trencha tous deux d'un seul cop. Et
bon cur de cryer, et de faire la plus male vie que jamais fist homme.
Hola! hola, dist l'oste, pille la pacience, ce qui est fait est fait;
laissez-vous adouber. Alors le trenchecoille le mect  point du surplus
qui en tel cas appartient, et part et s'en va, attendant de l'oste il
savoit bien quoy. Or ne fault-il pas demander se monseigneur le cur fut
bien camus de se veoir ainsi desgarny. Et mectoit sus  l'oste qu'il
estoit cause de son meschef; mais Dieu scet qu'il s'en excusoit bien, et
disoit que si le trenchecoille ne se fust si tost sauv, qu'il l'eust
mis en tel estat que jamais n'eust fait bien aprs. Pensez vous, dit
il, qu'il ne me desplaist bien de vostre ennuy, et plus beaucop qu'il
est advenu en mon hostel? Ces nouvelles furent tost volles par toute
la ville; et ne fault pas dire que aucunes damoiselles n'en furent bien
marries d'avoir perduz les instrumens de monseigneur le cur; mais aussi
d'aultre part les dolens mariz en furent si joyeulx qu'on ne vous saroit
dire n'escripre la dixiesme partie de leur lyesse. Ainsi que vous avez
oy fut maistre cur puny, qui tant d'aultres avoit trompez et deceuz; et
oncques depuis ne se osa veoir entre gens, mais reclus et plain de
melencolie fina bien tost aprs ses dolens jours.




LA LXVe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR LE PRVOST DE WASTENNES.


Comme souvent l'on mect en terme pluseurs choses dont en la fin on se
repent, et  tard, advint nagures que ung gentil compaignon, demourant
en ung village assez prs du Mont-Saint-Michel, se devisoit  ung
soupper, present sa femme, et aucuns estrangiers et pluseurs de ses
voisins, d'un hostellain dudit Mont-Saint-Michel, et disoit, affermoit
et juroit sur son honneur, qu'il portoit le plus beau membre, le plus
gros et le plus quarr qui fust en toute la marche d'environ; et
avecques ce, qui n'empire pas le jeu, il s'en aidoit tellement et si
bien que les quatre, les v, les six foiz ne luy coustoient non plus que
s'on les prinst en la corne de son chaperon. Tous ceulx de la table
oyrent bien voluntiers le bon bruyt qu'on donnoit  cet hostellain du
Mont-Saint-Michel, et en parlrent chacun comme il l'entendoit. Mais qui
que y prinst garde, la dame de leens, femme au racompteur de l'ystoire,
y presta trsbien l'oreille, et luy sembla bien que la femme estoit
eureuse et bien fortune qui de tel mary estoit doue. Et pensa dslors
en son cueur que, s'elle povoit trouver honneste voye et subtille, elle
se trouvera quelque jour audit Saint-Michel, et  l'ostel de l'homme au
gros membre se logeroit; et ne tiendra que  luy qu'elle n'espreuve si
le bon bruyt qu'on luy donne est vray. Pour executer ce qu'elle avoit
propos et en son courage deliber, au chef de vj ou viij jours, elle
print cong de son mary, pour aller en pelerinage au Mont-Saint-Michel.
Et pour colorer l'occasion de son voyage, elle, comme femmes savent
bien faire, trouva une bourde toute affaicte. Et son mary ne luy refusa
pas le cong, combien qu'il se doubta tantost de ce qui estoit. Au
partir, son mary luy dist qu'elle feist son offrande  saint Michel, et
qu'elle se logeast  l'ostel dudit hostellain, et qu'elle le
recommendast  luy cent mille foiz. Elle promist de tout accomplir, et
sur ce prend cong, et s'en va, Dieu scet, desirant beaucop se trouver
au lieu de Saint-Michel. Tantost qu'elle fut partie, et bon mary de
monter  cheval, et par aultre chemin que sa femme tenoit picque tant
qu'il peut au Mont-Saint-Michel, et vint descendre tout secrtement
avant que sa femme  l'ostel de l'ostellain dessus dit, lequel
trslyement le receut, et luy fist grand chre. Quand il fut en sa
chambre, il dist  l'oste: Or a, mon hoste, vous estes mon amy de
pie, et je suis le vostre; je vous veil dire qui m'amaine en ceste
ville maintenant. Il est vray qu'environ v ou vj jours a, nous estions
au soupper, en mon hostel, un grant tas de bons compaignons; et comme
l'on entre en devises, je commenay  compter comment on disoit en ce
pays qu'il n'y avoit homme mieux oustill de vous; et au surplus luy
dist au plus prs qu'il peut toutes les parolles qui alors touchant le
propos furent dictes, et comme dessus est touch. Or est il ainsi, dit
il, que ma femme entre les aultres recueillit trsbien mes parolles, et
n'a jamais arrest tant qu'elle ayt trouv manire de imptrer son cong
pour venir en ceste ville. Et par ma foi, je me doubte fort et croy
veritablement que sa principale intencion est d'esprouver, s'elle peut,
si mes parolles sont vrayes que j'ay dictes touchant vostre gros membre.
Elle sera tantost ceens, je n'en doubte point, car il luy tarde de soy y
trouver; si vous prie, quand elle viendra, que la recueillez lyement et
luy faictes bonne chre, et luy demandez la courtoisie, et faictes tant
qu'elle le vous accorde. Mais toutesfoiz ne me trompez point: gardez
bien que vous n'y touchez; prenez terme d'aller vers elle quand elle
sera couche, et je me mettray en vostre lieu, et vous orrez aprs bonne
chose.--Laissez moy faire, par ma foy, dist l'ostellain, et je veil bien
et vous promectz que je feray bien mon personnage.--A dya, toutesfoiz,
dit l'autre, ne me faictes point de desloyaut; je sai bien qu'il ne
tiendra pas  elle que ne le facez.--Par ma foy, dist l'ostellain, je
vous asseure que je n'y toucheray; et non fist il. Il ne demoura gures
que vecy venir nostre gouge et sa chamberire, bien lasses, Dieu le
scet. Et bon hoste de saillir avant, et de recevoir la compaignie comme
il luy estoit enjoinct, et qu'il avoit promis. Il fist mener
madamoiselle en une trsbelle chambre, et luy faire du bon feu et
apporter tout du meilleur vin de leens, et alla querir de belles cerises
toutes fresches, et vint bancqueter avec elle, en attendant le soupper.
Il commence de faire ses approuches quand il vit son point; mais Dieu
scet comment on le gecta loing de prinsault. En la parfin toutesfoiz,
pour abreger, march fut fait qu'il viendroit coucher avec elle environ
la mynuyt tout secrtement. Et ce contract accord, il s'en vint devers
le mary de la gouge et luy compta le cas, lequel  l'heure prinse entre
elle et l'ostellain, il se vint bouter en son lieu et besongna le
mieulx qu'il peult, et se leva devant le jour, et se vint remettre en
son lit. Quand le jour fut venu, nostre gouge, toute melencolieuse,
pensive et despiteuse, car point n'avoit trouv ce qu'elle cuidoit,
appella sa chambrire, et se levrent, et le plus hastivement qu'elles
peurent s'abillrent, et voulrent paier l'oste et leur escot; mais
l'oste dist qu'il ne prendroit rien d'elle. Et sur ce, adieu, et se part
madamoiselle, sans aller ne oyr messe ne veoir saint Michel, ne
desjeuner aussi; et sans ung seul mot dire, s'en vint en sa maison. Mais
il vous fault savoir que son mary y estoit desj, qui luy demanda qu'on
disoit de bon  saint Michel. Elle, tant marrye qu'on ne pourroit plus,
 peine s'elle daignoit respondre. Et quelle chre, dit le mary, vous a
fait vostre hoste! Par Dieu, il est bon compaignon.--Bon compaignon!
dit-elle; il n'y a rien d'oultrage: je ne m'en saroie louer que tout 
point.--Non, dame, dist il; et par saint Jehan, je pensoye que pour
l'amour de moy il vous eust deu festoyer et faire bonne chre.--Il ne me
chault, dist-elle, de sa chre: je ne vois pas en pelerinage pour la
bonne chre de luy ne d'aultre; je ne pense qu' ma devocion.--Devocion!
dame, dit il, nostre Dame, vous y avez failly; je say trop bien
pourquoy vous estes tant raffroigne, et que le cueur avez tant enfl.
Vous n'avez pas trouv ce que vous cuidiez; il y a bien  dire une once,
largement. Dya, dya, madame, j'ay bien sceu la cause de vostre
pelerinage: vous cuidiez taster et esprouver le grand brichouart de
nostre hoste de saint Michel; mais, par saint Jehan, je vous en ay bien
garde, et garderay, si je puis. Et affin que vous ne pensiez pas que je
vous mentisse quand je vous disoye qu'il l'avoit si grand, par Dieu, je
n'ay dit chose qui ne soit vraye; mais il n'est j mestier que vous en
sachez plus avant que par oyr dire, combien que, s'il vous eust voulu
croire, et je n'y eusse contredit, vous aviez bonne devocion d'essayer
sa puissance. Regardez comment je say les choses. Et pour vous mettre
hors de suspection, sachez de voir que je vins ennuyt  l'heure que luy
aviez mise, et ay tenu son lieu; si prenez en gr ce que j'ay sceu
faire, et vous passez doresenavant de ce que vous avez. Pour ceste foiz
il vous est pardonn, mais de recheoir gardez vous en, pour autant qu'il
vous touche. La damoiselle, toute confuse et esbahie, voyant son tort
evident, quand elle peut parler, crya mercy, et promist de non plus
faire. Et je tiens que non fist elle de sa teste.




LA LXVIe NOUVELLE.

PAR PHILIPE DE LOAN.


N'a gures que j'estoie  Saint-Omer avec ung grand tas de gentilz
compaignons, tant de cens comme de Bouloigne et d'ailleurs, et aprs le
jeu de paulme nous allasmes soupper en l'ostel d'un tavernier qui est
homme de bien et beaucop joyeux; et a une trsbelle femme, et en grand
point, dont il a un trsbeau filz, environ de l'eage de six  sept ans.
Comme nous estions tous assis au soupper, le tavernier, sa femme, et
leur filz d'emprs elle, avecques nous, les aucuns commencrent 
deviser, les aultres  chanter, et faisions la plus grand chre de
jamais; et nostre hoste, pour l'amour de nous, ne s'i faindoit pas. Or
avoit est sa femme ce jour aux estuves, et son petit filz avecques
elle. Si bien s'advisa nostre hoste, pour faire rire la compaignie,
qu'il demanderoit  son filz de l'estat et gouvernement de celles qui
estoient aux estuves avecques sa mre. Si luy va dire: Vien , mon
filz; par ta foy, dy moy laquelle de toutes celles qui estoient aux
estuves avecques ta mre avoit le plus beau con et le plus gros.
L'enfant, qui se oyoit questionner devant sa mre, qu'il craindoit comme
enfans font de coustume, vers elle regardoit et ne disoit mot. Et le
pre, qui n'avoit pas aprins de le veoir si muet, luy dist de rechef:
Or me dy, mon filz, qui avoit le plus gros con? dy hardiment.--Je ne
say, mon pre, dit l'enfant, toujours virant le regart vers sa
mre.--Et par dieu, tu as menty, ce dist son pre; or le me dy, je le
veil savoir.--Je n'oseroye, dit l'enfant, pour ma mre; elle me
batteroit.--Non fera, non, dit le pre, tu n'as garde, je t'asseure. Et
nostre hostesse sa mre, non pensant que son fils deust dire ce qu'il
dist, luy dit: Dy, dy hardiment ce que ton pre te demande.--Vous me
batteriez, dit il.--Non feray, non. Et le pre, qui vit que son filz
eut cong de souldre sa question, luy demanda de rechef: Or a, mon
filz, par ta foy, as tu bien regard tous les cons de ces femmes qui
estoient aux estuves?--Saint Jehan, oy, mon pre.--Et y en avoit il
largement? dy, ne mens point.--Je n'en vy oncques tant: ce sembloit une
droicte garenne de cons.--Or , dy nous maintenant qui avoit le plus
bel et le plus gros.--Vrayment, ce dist l'enfant, ma mre avoit tout le
plus bel et le plus gros, mais il avoit un si grand nez.--Si grand nez?
dit le pre: va, va, tu es bon filz. Et nous commenceasmes tous  rire
et  boire d'autant, et parler de cest enfant qui caquetoit si bien.
Mais sa mre n'en savoit sa contenance, tant estoit honteuse, pource que
son filz avoit parl du nez; et croy bien depuis il en fut trsbien
torch, car il avoit encus le secret de l'escole. Nostre hoste fist du
bon compaignon; mais il se repentit assez depuis d'avoir fait la
question, dont la solucion le fist rougir. C'est tout pour le present.




LA LXVIIe NOUVELLE.

PAR PHILIPE DE LOAN.


Ores a trois ans ou environ que une assez bonne adventure advint  ung
chaperon fourr de parlement de Paris. Et affin qu'il en soit memoire,
j'en fourniray ceste nouvelle, non pas que je veille toutesfoiz dire que
tous les chaperons fourrez ne soient bons et veritables; mais car il y
eut non pas ung peu de desloyault en cestuy cy, mais largement, qui est
chose estrange et non accoustume, comme chacun scet. Or, pour venir au
fait, ce chaperon fourr, en lieu de dire ce seigneur de parlement,
devint amoureux  Paris de la femme d'un cordoannier qui estoit belle et
gente, et enlangage  l'advenant et selon le terrouer. Ce maistre
chaperon fourr fist tant, par moyens d'argent et aultrement, qu'il
parla  la belle cordoannire dessoubz sa robe et  part, et s'il avoit
d'elle est bien amoureux avant la joissance, encores en fut il trop
plus feru depuis, dont elle se parcevoit et donnoit trsbien garde, s'en
tenoit trop plus fire, et se faisoit acheter. Luy estant en ceste rage,
pour mandement, prire, promesse, don, ne requeste qu'il sceust faire,
elle s'appensa de non plus comparoir, affin encores de luy rengreger et
plus accroistre sa maladie. Et veezcy nostre chaperon fourr qui envoye
ses ambaxadeurs devers sa dame la cordoannire; mais c'est pour neant,
elle n'y viendroit pour morir. Finalement, pour abreger, affin qu'elle
voulsist venir vers luy comme aultresfoiz, il luy promist en la presence
de trois ou de iiij qui estoient de son conseil quant  telles
besoignes, qu'il la prendroit  femme si son mary terminoit vie par
mort. Quand elle eut ceste promesse, elle se laissa ferrer et vint,
comme elle souloit, au lever et aux aultres heures qu'elle povoit
eschapper, devers le chaperon fourr, qui n'estoit pas mains feru que
l'autre jadiz d'amours. Et elle, sentant son mary desj vieil et ancien,
et ayant la promesse desusdicte, se reputoit desj comme sa femme. Pou
de temps aprs, la mort trsdesire de ce cordoannier fut sceue et
publie; et bonne cordoannire se vient bouter de plain sault en l'ostel
du chaperon fourr, qui la receut joyeusement, promist aussi de rechef
qu'il la prendroit  femme. Or sont maintenant ensemble ces deux bonnes
gens, le chaperon fourr et sa dame la cordoannire. Mais, comme souvent
chose eue en dangier est trop plus cher tenue que celle qu'on a 
bandon, ainsi advint ycy; car nostre chaperon fourr se commena 
ennuyer et lasser de la cordoannire, et soy refroider de l'amour
d'elle. Et elle le pressoit tousjours de paraccomplir le mariage dont il
avoit fait la promesse, mais il luy dist: M'amye, par ma foy, je ne me
puis jamais marier, car je suis homme d'eglise et tiens benefices telz
et telz, comme vous savez; la promesse que je vous faiz jadis est nulle,
et ce que j'en feis lors estoit pour la grand amour que je vous portoye,
esperant aussi par ce moyen vous attraire plus legirement. Elle,
cuidant qu'il fust ly  l'eglise, et soy voyant aussi bien maistresse
de lens que s'elle fust sa femme espouse, ne parla plus de ce mariage
et alla son chemin accoustum. Mais nostre chaperon fourr fist tant par
belles parolles et pluseurs remonstrances, qu'elle fut contente de se
partir de luy et espouser ung barbier, leur voisin, auquel il donna iij
c. escuz d'or contens; et Dieu scet s'elle partit bien bague. Or, vous
devez savoir que nostre chaperon fourr ne fist pas legirement ceste
despartie ne ce mariage, et n'en fust point venu  bout si n'eust est
qu'il disoit  sa dame qu'il vouloit doresenavant servir Dieu et vivre
de ces benefices et soy du tout rendre  l'eglise. Or fist il tout le
contraire, quand il se vit desarm d'elle et allye au barbier; car il
fist secrtement traicter, environ ung an aprs, pour avoir en mariage
la fille d'un notable et riche bourgois de Paris. Et fut la chose faicte
et passe, et fut jour prins et assign pour les nopces; disposa aussi
de ses benefices, qui ne sont que  simple tonsure. Ces choses sceues
aval Paris et venues  la cognoissance de la cordoannire, maintenant
barbire, creez qu'elle fut bien esbahie: Voire, dist elle, le
traistre, m'a il en ce point deceue? il m'a laisse soubz umbre d'aller
servir Dieu et m'a baille  ung aultre. Et par nostre Dame de Clery, la
chose ne demourra pas ainsi. Non fist elle, car elle fist comparoir
nostre chaperon fourr devant l'evesque, et illec son procureur
remonstra bien et gentement sa cause, disant comment le chaperon fourr
avoit promis  la cordoannire, en presence de pluseurs, que si son mary
mouroit qu'il la prendroit  femme. Son mari mort, il l'a tousjours
tenue jusques environ  ung an qu'il l'a baille  ung barbier. Pour
abreger, les tesmoings ouy, et la chose bien debatue, l'evesque
adnichilla et jugea estre nul ledit mariage de ladicte cordoannire au
barbier, et enjoindit et commenda au chaperon fourr qu'il la prinst
comme sa femme; car elle estoit sienne, et de droit, puisqu'il avoit eu
compaignie charnelle avecques elle aprs la promesse dessus dicte. Ainsi
fut nostre chaperon fourr ramen des meures; il faillit d'avoir la
belle fille du bourgois, et si perdit ses iij c. escus d'or que le
barbier eut, et si luy maintint sa femme plus d'un an. Et s'il estoit
bien mal content d'avoir sa cordoannire, le barbier estoit aussi joyeux
d'en estre despesch. En la faon qu'avez oy s'est depuis nagures
gouvern l'un des chaperons fourr du parlement de Paris.




LA LXVIIIe NOUVELLE.

PAR MESSIRE CHRESTIAN DE DYGOYNE, CHEVALIER.

Il n'est pas chose pou acoustume ne de nouvel mise sus que femmes ont
fait leurs mariz jaloux, voire, par Dieu, et coux aussi. Si advint
nagures, en la ville d'Envers, ce propos, que une femme marie, qui
n'estoit pas des plus seures du monde, fut requise d'un tresgentil
compaignon de faire la chose que savez. Et elle, comme courtoise et
telle qu'elle estoit, ne refusa pas le service qu'on luy presentoit,
mais debonnairement se laissa ferrer, et maintint ceste vie assez et
longuement. En la parfin, comme fortune voult, qui ennemye et
desplaisante estoit de leur bonne chevance, fist tant que le mary trouva
la brigade en present meffait, dont en y eut de bien esbahiz. Ne say
toutesfoiz lequel, ou l'amant, ou l'amye, ou le mary; toutesfoiz,
l'amant,  l'aide d'une bonne espe  deux mains dont il estoit saisy,
se sauva sans nul mal avoir, et ne fut de ame poursuy. Or demourrent le
mary et la femme; de quoy leurs propos furent, il se peut assez penser.
Aprs toutesfoiz aucunes parolles dictes, et d'un cost et d'aultre, le
mary, pensant en soy mesmes, puis qu'elle avoit encommenc  faire la
folye, que fort seroit de l'en retirer, et quand plus elle n'en feroit,
si estoit tel le cas, que, venu  la cognoissance du monde, il en estoit
not comme deshonnor; consydera aussi de la batre ou injurier de
parolles que c'estoit peine perdue; si s'advisa  chef de pice qu'il la
chassera paistre ensus de luy, et ne sera jamais d'elle ordoye sa
maison au mains qu'il puisse. Si dist  sa femme assez doulcement: Or
c, je voy bien que vous ne m'estes pas telle que vous deussiez estre
par raison; toutesvoies, esperant que jamais ne vous adviendra, de ce
qui est fait ne soit il plus parl; mais devisons d'un aultre. J'ay ung
affaire qui me touche beaucop, et  vous aussi; si vous fault engager
tous noz joyaulx, et si vous avez quelque minot d'argent  part, il le
vous fault mettre avant; car le cas le requiert.--Par ma foy, dit la
gouge, je le feray volontiers et de bon cueur; mais que vous me
pardonnez vostre maltalent.--N'en parlez plus, dit il, nen plus que
moy. Elle, cuidant estre absolue et avoir remission de tous ses pechez,
pour complaire  son mary, aprs la noise dessus dicte, bailla ce
qu'elle avoit d'argent, ses verges, ses tixus, aucunes bourses estoffes
bien richement, ung grand tas de couvrechefs bien fins, pluseurs pennes
entires et de tresbonne valeur; bref, tout ce qu'elle avoit, et que son
mary voulut demander, elle luy bailla pour en faire son bon plaisir. En
dya, dist il, encores n'ay je pas assez. Quand il eut tout jusques  la
robe et la cotte simple qu'elle avoit sur elle, Il me fault avoir
ceste robe, dit il.--Voire, dit-elle, et je n'ay aultre chose  vestir;
voulez vous que je voise toute nue?--Force est, dit il, que vous la me
baillez, et la cotte simple aussi, et vous avancez; car, soit par amours
ou par force, il la me fault avoir. Elle, voyant que la force n'estoit
pas sienne, se desarma de sa robe et de sa cotte simple, et demoura en
chemise: Tenez, dit elle, fays je bien ce qu'il vous plaist?--Vous ne
l'avez pas tousjours fait, dit il; si  ceste heure vous m'obeissez,
Dieu scet si c'est de bon cueur; mais laissons cela, parlons d'ung
aultre. Quand je vous prins  mariage  la male heure, vous ne
apportastes gures avecques vous, et encore le tant peu que ce fut, si
l'avez vous et forfait et confisqu; il n'est j mestier que je vous
redye vostre gouvernement: vous savez mieulx quelle vous estes que nul
aultre; et pour telle que vous estes  ceste heure, je vous baille le
grand cong et vous dy le grand adieu; veezla l'huys, prenez garin, et
si vous faictes que sage, ne vous trouvez jamais devant moy. La pouvre
gouge, plus esbahie que jamais, n'osa plus demourer aprs ces horribles
parolles, aprs cest horrible ban, ains se partit et s'en vint rendre,
ce croy je,  l'ostel de son amy par amours, pour ceste premire nuyt,
et fist mettre sus beaucop d'ambaxadeurs pour ravoir ses bagues et
habillemens de corps; mais ce fut pour neant, car son mary, obstin et
endurcy en son propos, n'en voult oncques oyr parler, et encores mains
de la reprendre; si en fut il beaucop press, tant des amis de son cost
comme de ceulx de la femme; si fut sa bonne femme contrainte de gaigner
au mieulx qu'elle peut des aultres habillemens, et en lieu de mary user
d'amy, attendant le rappaisement de son dit mary, qui  l'heure de ce
compte estoit encores mal content de sa dicte femme, et aucunement ne la
vouloit veoir.




LA LXIXe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR.


Il n'est pas seullement cogneu de ceulx de la ville de Gand, o le cas
que j'ay  vous descripre n'a pas long temps advint, mais de la plus
part de ceulx de Flandres, et de vous qui estes cy presens, que  la
bataille qui fut entre le roy de Honagrie et monseigneur le duc Jehan,
que Dieu absoille, d'une part, et le grand Turc en son pais de Turquie
d'aultre, plusieurs chevaliers et escuiers franois, flamens, alemans et
picards furent prisonniers, dont les aucuns furent mors et executez,
present le dit Turc, les aultres en chartre  perpetuit, les aultres
condemnez  estre et faire office d'esclave, du nombre des quelx fut ung
gentil chevalier du dit pais de Flandres, nomm messire Clayz
Utenhoven. Et par pluseurs ans exercea ledit office, qui ne luy estoit
pas petit labeur, mais martire intollerable, attendu les delices o il
avoit est nourry et l'estat dont il estoit. Or devez vous savoir qu'il
estoit mari parde  Gand, et avoit espous une trsbelle et bonne
dame qui de tout son cueur l'amoit et tenoit cher, laquelle prioit Dieu
journellement que bref le peust ravoir et reveoir par de, si encores
il estoit vif; s'il estoit mort, que par sa grce luy voulsist ses
pechez pardonner et le mettre au nombre des glorieux martirs qui pour le
reboutement des infidles et l'exaltacion de sa saincte foy catholicque
se sont voluntairement offers et habandonnez  la mort temporelle. Ceste
bonne dame, qui riche, belle et bonne estoit, et de grans amys
continuellement presse estoit et assaillye de ces amys qu'elle se
voulsist remarier; lesquelx disoient et asseurement affermoyent que son
mary estoit mort, et que s'il fust vif il fut retourn comme les
aultres; s'il fust aussi prisonnier, on eust eu nouvelle de luy pour
faire sa finance. Quelque chose qu'on dist  ceste bonne dame, ne raison
qu'on luy sceust amener de apparence en cestuy fait, elle ne vouloit
condescendre  ce mariage, et au mieulx qu'elle savoit s'en excusoit.
Mais que luy valut ceste excusance, certes pou ou rien; car elle fut ad
ce mene de ses parens et amys qu'elle fut contente d'obir. Mais Dieu
scet que ce ne fut pas  pou de regret, et estoient environ neuf ans
passez qu'elle estoit prive de la presence de son bon et loyal mary,
lequel elle reputoit piea mort; et si faisoient la plus part, et
presque tous ceulx qui le cognoissoient. Mais Dieu, qui ses serviteurs
et champions garde et preserve, l'avoit aultrement dispos; car encores
vivoit, faisant son ennuyeux office d'esclave. Pour rentrer en matre,
ceste bonne dame fut marie  ung aultre chevalier, et fut environ demi
an en sa compaignie, sans aultres nouvelles oyr de son bon mary que les
precedentes, c'est asavoir qu'il toit mort. D'adventure, comme Dieu le
voult, ce bon et loyal chevalier messire Clays estant encore en Turquie
 l'heure que madame sa femme s'est ailleurs allye, faisant le beau
mestier d'esclave, fist tant par le moien d'aucuns crestians
gentilzhommes et marchans qu'il fut delivr, et se mist en leur gale,
et s'en retourna par de. Et comme il estoit sur son retour, il
rencontra et trouva, passant pays, pluseurs de sa congnoissance qui
trsjoyeux furent de sa delivrance: car  la vrit dire il estoit
trsvaillant homme, bien renomm et vertueux. Et tant s'espandit le
trsjoyeux bruit de sa dsire dlivrance qu'il parvint en France, en
Artoys et en Picardie, o ses vertuz n'estoient pas mains cogneues que
en Flandres, dont il estoit natif. Et de ces marches ne tarda gures
qu'elles vindrent en Flandres et jusques aux oreilles de sa trsbelle et
bonne dame et espouse, qu fut bien esbahie, et de tous ses sens tant
altere et soupprinse qu'elle ne savoit sa contenance. Ha! dist elle,
 chef de pice, quand elle sceut parler, mon coeur ne fut oncques
d'accord de faire ce que mes parens et amys m'ont  force contrainte de
faire. Hlas! et qu'en dira mon trsloyal seigneur et mary, auquel je
n'ay pas gard loyault comme je deusse, mais comme femme fresle, legre
et muable de courage, ay baill part et porcion  aultruy de ce dont il
estoit et devoit estre le seul seigneur et maistre? Je ne suis pas celle
qui doit ou ose attendre sa presence; je ne suys pas aussi digne qu'il
me doye ou veille regarder, ne jamais veoir en sa compaignie. Et ces
paroles dictes, accompaignes de grands larmes, son trshoneste,
trsvertueux et loyal cueur s'vanuyt, et cheut paulme. Elle fut prinse
et porte sur ung lit, et luy revint le cueur; mais depuis ne fut en
puissance d'homme ne de femme de la faire menger ne dormir, ainois fut
trois jours continuelz tousjours plorant, en la plus grand tristesse de
cueur que jamais femme fut. Pendant lequel temps elle se confessa et
ordonna comme bonne chrestienne, priant mercy  tout le monde,
specialement  monseigneur son mary. Et tost aprs elle mourut, dont ce
fut trsgrand dommage; et n'est point  dire le desplaisir qu'en print
mon dit seigneur son mary, quand il en sceut la nouvelle; et  cause de
son dueil fut en trsgrand danger de suyvir par semblable accident sa
trsloyale espouse; mais Dieu, qui l'avoit sauv d'aultres grands
perilz, le preserva de ce dangier.




LA LXXe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR.


Un gentil chevalier d'Alemaigne, grand voyageur, aux armes preux,
cortois, et de toutes bonnes vertuz largement dou, au retourner d'un
loingtain voiage, luy estant en ung sien chasteau, fut requis d'ung son
subject demourant en sa ville mesme d'estre parrain de tenir sur fons
son enfant, dont la mre s'estoit delivre droit  la coup du retour du
dit chevalier. Laquelle requeste fut au dit bourgois libralement
accorde, et jasoit que le dit chevalier eust en sa vie pluseurs enfans
tenuz sur fons, si n'avoit il jamais donn son entente aux sainctes
parolles par le prestre proferes ou mistre de ce saint et digne
sacrement, comme il fist  ceste heure; et luy semblerent, comme elles
sont  la verit, plaines de haulx et divins mistres. Ce baptesme
achev, comme il estoit liberal et courtois, affin d'estre veu de ses
hommes, demoura  disner en la ville, sans monter au chasteau, et luy
tindrent compaignie le cur, son compre, et aucuns aultres des plus
gens de bien, lesquels, aprs pluseurs devises, montrent en jeu d'unes
et d'aultres matres, tant que monseigneur commena  loer beaucop le
digne sacrement de baptesme, et dist hault et cler, oyans tous: Si je
savoye veritablement que  mon baptesme eussent est pronunces les
dignes et sainctes parolles que j'ay oyes  ceste heure au baptesme de
mon nouveau filleul, je ne craindroye en rien le dyable qu'il eust sur
moy puissance ne autorit, sinon seulement de moy tempter, et me
passeroye de faire le signe de la croix; non pas, affin que bien vous
m'entendez, que je ne sache trsbien que ce signe est suffisant 
rebouter le diable; mais ma foy est telle que les paroles dictes au
baptesme d'un chascun cristien, s'elles sont telles que aujourd'uy j'ay
oyes, sont valables  rebouter tous les dyables d'enfer, s'il en y avoit
encores autant.--En verit, respondit alors le cur, monseigneur, je
vous asseure, _in verbo sacerdotis_, que les mesmes paroles qui ont est
dictes aujourd'uy au baptesme de vostre filleul furent dictes et
celebres  vostre baptesme; je le say bien, car je mesmes vous
baptisay, et en ay aussi fresche memoire comme si ce eust hier est.
Dieu fasse mercy  monseigneur vostre pre; il me demanda le lendemain
de votre baptesme qu'il me sembloit de son nouveau fils; telz et telz
furent vos parrains, et telz et telz y estoient. Et racompta toute la
manire du baptisement, et le fist bien certain que mot avant ne mot
arrire n'eut en son baptisement de celuy  son filleul. Et
puisqu'ainsi est, dist alors ce gentil chevalier, je promectz  Dieu mon
createur tant honorer de ferme foy le saint sacrement de baptesme que
jamais, pour quelque peril, encontre ou assault que le dyable me face,
je ne feray le signe de la croix, mais par la seule memoire du sacrement
de baptesme l'en chasseray ensus de moy, tant ay ferme foy en ce divin
mistre; et ne me semblera jamais possible que le dyable puisse nuyre 
homme arm de tel escu; car il est tel et si ferme que seul y vault sans
aultre aide, voire acompaign de vraye foy. Ce disner se passa, et ne
say quants ans aprs, ce bon chevalier se trouva en une bonne ville en
Alemaigne, pour aucuns affaires qui l'y tirrent, et fut log en
l'hostellerie. Comme il estoit ung soir avec ses gens, aprs soupper,
devisant et esbatant avec eulx, fain luy print d'aller au retrait; et
car ses gens s'esbatoient, n'en voult nulz oster de l'esbat; si print
une chandelle et tout seul s'en va au retrait. Comme il entroit dedans,
il vit devant luy ung grand monstre horrible et terrible, ayant grandes
et longues cornes, les yeux plus alums que flambe de fornaise, les braz
gros et longs, les griffes aguez et trenchans, et bref c'estoit ung
monstre trsespoventable, et ung dyable, comme je croy. Et pour tel le
tenoit le bon chevalier, lequel de prinsault fut assez esbahi d'avoir
telle rencontre. Nantmains toutesfoiz print cueur, hardement et vouloir
de soy defendre s'il estoit assailly; et luy souvint du veu qu'il avoit
fait, et du saint et divin mistre de baptesme. Et en ceste foy marche
vers ce monstre, que j'appelle dyable, et luy demanda qui il estoit, et
qu'il demandoit. Ce dyable, sans mot dire, le commena  compter, et bon
chevalier de se defendre, qui n'avoit toutesfoiz pour toutes armeures
que ses mains, car il estoit en pourpoint comme pour aller coucher, et
son bon escu de ferme foy au saint mistre de baptesme. La lucte dura
longuement, et fut ce bon chevalier tant las que merveilles de soutenir
ce dur assault. Mais il estoit tant fort arm de son escu de foy que pou
luy nuysoient les coups de son ennemy. En la parfin que ceste bataille
eut bien dur une bonne heure, ce bon chevalier se print aux cornes de
ce dyable, et luy en esracha une dont il le bacula trop bien et malgr
luy. Comme victorieux se partit de luy, et le laissa l comme recrant,
et vint trouver ses gens qui s'esbatoient, comme ilz faisoient par avant
son partement, qui furent bien effraiez de veoir leur maistre en ce
point eschauff qu'il estoit tant esgratign le visage, le pourpoint,
chemises, chausses et tout desrompu et deschir, et comme tout hors
d'alaine. Ha! monseigneur, dirent-ilz, dont venez vous, et qui vous a
ainsi habill?--Qui? dit il; ce a est le deable,  qui je me suis tant
combatu que j'en suis tout hors d'alaine et en tel point que vous veez;
et vous asseure par ma foy que je tien veritablement qu'il m'eust
estrangl et devor, se  ceste heure ne me fust souvenu de mon baptesme
et du hault mistre de ce saint sacrement, et de mon veu que je feis
ores a ne sai quants ans; et creez que je ne l'ai pas fauls; car,
quelque danger que j'aye eu, oncques ne feis le signe de la croix, mais
souvenant du saint sacrement dessus dit, me suis hardyment defendu et
franchement eschapp, dont je loe et mercye nostre seigneur, qui par ce
bon escu de saincte foy m'a si sauvement preserv. Viennent tous les
aultres qui en enfer sont, tant que ceste enseigne demeure, je ne les
crains; vive, vive nostre benoist Dieu, qui ses chevaliers de telles
armes scet adouber! Les gens de ce bon seigneur, oyans leur maistre ce
cas racompter, furent bien joyeux de le veoir en bon point, mais esbahis
de la corne qu'il leur monstroit, qu'il avoit  ce dyable de la teste
esrache. Et ne savoient juger, non fist oncques personne qui depuis la
veist, de quoi elle estoit, si c'estoit os ou corne, comme aultres
cornes sont, ou que c'estoit. Alors ung des gens de ce chevalier dist
qu'il vouloit aller veoir se ce dyable estoit encores o son maistre
l'avoit laiss, et s'il le trouvoit il se combatroit  luy et luy
arracheroit l'aultre corne. Son maistre luy dist qu'il n'y allast point;
il dist que si feroit. N'en fay rien, dist son maistre, le peril y est
trop grand.--Ne m'en chault, dit l'autre, je y veil aller.--Si tu me
croiz, dit son maistre, tu n'yras pas. Quoy qu'il fust, il y voult
aller, et desobeir  son maistre. Il print en sa main une torche et une
grande hache, et vint au lieu o son maistre s'estoit combatu. Quelle
chose il y fist, on n'en scet rien, mais son maistre, qui de luy se
doubtoit, ne le sceut si tost suyr qu'il ne le trouva pas, ne le dyable
aussi, et n'oyt oncques puis nouvelles de son homme. En la fasson
qu'avez oy se combatit ce bon chevalier au dyable, et le surmonta par la
vertu du saint sacrement de baptesme.




LA LXXIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR LE DUC.


A Saint Omer n'a pas long temps advint une assez bonne histoire qui
n'est mains vraye que l'euvangile, comme il a est et est cogneu de
pluseurs notables gens, dignes de foy et de croire. Et fut le cas tel,
pour abreger: Ung gentilhomme, chevalier des marches de Picardie, pour
lors bruyant et frez, de grand autorit et de grand lieu, se vint loger
en une hostellerie qui par le fourrier de monseigneur le duc Phelippe de
Bourgoigne son maistre luy avoit est delivre. Tantost qu'il eut mis
pi  terre, comme il est de coustume aus dictes marches, son hostesse
luy vint au devant, et trsgracieusement, comme elle estoit coustumire
de ce faire, le receut et bienviengna; et luy, des courtois le plus
honorable, la baisa doulcement, car elle estoit belle et gente et en
bon point, et mise sur le bon bout, appellant sans mot dire trop bien
son marchant  son baisier et accolement, et de prinsault n'y eut celuy
des deux qui ne pleust bien  son compaignon. Si pensa le chevalier par
quel train et moien il parviendroit  la joissance de son hostesse, et
s'en descouvrit  ung de ses serviteurs, qui en peu d'heure tellement
batist les besoignes, qu'ilz se trouvrent ensemble. Quand ce gentil
chevalier vit son hostesse preste d'oyr, d'entendre et escouter ce qu'il
vouldroit dire, pensez qu'il fut joyeux oultre mesure, et de grand haste
et ardent desir qu'il eut d'entamer la matre qu'il vouloit ouvrir, il
oblya de serrer l'huys de la chambre, que son serviteur au partir de
leur assemblement laissa entrouverte, et commena sa harengue  l'heure,
sans regarder  aultre chose; et l'ostesse, qui ne l'oyoit pas  regret,
luy respondoit tout au propos, tant qu'ilz estoient si bien d'accord
qu'oncques musicque ne fut pour eulx plus doulce, instrumens ne
pourroient mieulx estre accordez que eulx deux, la mercy Dieu, estoient.
Or advint, ne say par quelle adventure, ou si l'oste de leens, mary de
l'ostesse, queroit sa femme pour aucune chose luy dire, en passant par
adventure par devant la chambre o sa femme avec le chevalier jouoit des
cimbales, il en oyt le son; si se tira vers le lieu o ce beau deduit se
faisoit, et au hurter qu'il fist  l'huys, il trouva l'atele du
chevalier et de sa femme, dont d'eulx il fut le plus esbahy de trop, et
en reculant subitement, doubtant les empescher et destourber de la
doulce oeuvre qu'ilz faisoient, leur dist, pour toutes menaces et
tenons: Et par la mort bieu, vous estes bien meschantes gens, et 
vostre fait mal regardans, qui n'avez eu tant de sens, quand vous voulez
faire telz choses, que de serrer et tirer les huys aprs vous. Or pensez
que c'eust est si ung aultre que moy vous eust trouvez! Et, par Dieu,
vous estiez gasts et perduz, et eust est vostre fait decel, et
tantost sceu par toute la ville. Faictes aultrement une aultre foiz, de
par le dyable! Et sans plus dire tire l'huys et s'en va; et bonnes gens
de raccorder leurs musettes, et de parfaire la note encommence. Et
quand ce fut fait, chacun s'en alla  sa chacune, sans faire semblant de
rien; et n'eust est, espoir, leur cas jamais descouvert ou au mains si
publicque que de venir  l'oreille de vous ne de tant d'aultres gens, si
n'eust est le mary, qui ne se doubtoit pas tant de ce qu'on l'avoit
fait coupaut que de l'huis qu'il trouva desserr.




LA LXXIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE QUIEVRAIN.


A propos de la nouvelle precedente, es marches de Picardie avoit
nagures ung gentilhomme, et tien que encores y soit il  ceste heure,
qui tant amoureux estoit de la femme d'un chevalier son voisin, qu'il
n'avoit ne bon jour ne bonne heure s'il n'estoit auprs d'elle, ou 
tout le mains qu'il en eust nouvelle, et il n'estoit pas mains cher tenu
d'elle, qui n'est pas pou de chose. Mais la doleur estoit qu'ilz ne
savoient trouver fasson ne manire d'estre  part et en lieu secret,
pour  loisir dire et deceler ce qu'ilz avoient sur le cueur que, pour
rien en la presence de nul, tant fust leur amy, n'eussent voulu
descouvrir. Au fort, aprs tantes males nuitz et jours doloureux, amour,
qui ses serviteurs loyaulx aide et secoure quand bien luy plaist, leur
appresta ung jour trsdesir, ou quel le doloreux mary, plus jaloux que
nul homme vivant, contrainct fut d'abandonner le mesnaige et aller aux
affaires qui tant luy touchoient, que sans y estre en personne il
perdoit une grosse somme de deniers, et par sa presence il la povoit
conquerir, ce qu'il fist; en laquelle gaignant, il conquist bien
meilleur butin, comme d'estre nomm coux, avec jaloux qu'il avoit nom
auparavant; car il ne fut pas si tost sailly de l'ostel, que le
gentilhomme, qui ne glatissoit aprs aultre beste, vint pour se fourrer
dedans, et, sans faire long sejour, incontinent executa ce pour quoy il
venoit, et print de sa dame tout ce que ung serviteur en ose ou peut
demander, si plaisantement et  si bon loisir qu'on ne pourroit mieulx
souhaitter. Et ne se donnrent garde que le mary les surprint; dont ne
se donnrent nul mal temps, esperans la nuyt parachever ce que le jour
trsjoieulx, et pour eulx trop court, avoyent encommenc, pensant  la
verit que le dyable de mary ne deust retourner jusques au lendemain au
disner, voire au plus tost. Mais aultrement alla, car les deables le
rapportrent  l'ostel, ne scay et aussi ne me chault de savoir comment
il sceut tant abreger ses besoingnes; assez souffist dire qu'il revint
le soir, dont la compaignie, c'est assavoir des deux amans, fut bien
esbahie; et furent si surprins, car point ne se doubtoient de ce dolent
retourner, que le pouvre gentilhomme n'eut aultre advis que de se bouter
ou retraict de la chambre, esperant en saillir par quelque voye que sa
dame trouveroit avant que le chevalier y mist le pi; dont il advint
tout aultrement, car nostre chevalier, qui pour ce jour avoit chevauch
xv ou xvj grosses lieues, estoit tant las qu'il ne povoit les rains
trayner; et voulut souper en sa chambre o il s'estoit deshous, et il
fist couvrir, sans aller en la sale. Pensez que le bon gentilhomme
rendoit bien gorge du bon temps qu'il avoit eu ce jour, car il mouroit
de faim, de froit et de paour. Et encores, pour plus enrager et engreger
son mal, une toux le va prendre si grand et horrible que merveille, et
ne failloit gures que chacun coup qu'il toussoit qu'il ne fust oy de la
chambre o estoit l'assemble du chevallier, de la dame et des aultres
gens de lens. La dame, qui avoit l'oeil et l'oreille tousjours  son
amy, l'entreoyt d'adventure, dont elle eut grand frayeur au cueur,
doubtant que son mary ne l'oyst aussi. Si trouva manire, tantost aprs
soupper, de se bouter seulette en ce retraict, et dist  son amy pour
Dieu qu'il se gardast d'ainsi tousser. Helas! dit il, m'amye, je n'en
puis mais; Dieu scet comment je suis puny; et, pour Dieu, pensez de moy
tirer d'icy.--Si feray je, dit elle. Et  tant se part, et bon escuyer
de recommencer sa chanson de tousser, voire si trshault qu'on l'eust
bien peu oyr de la chambre, si n'eussent est les devises que la dame
faisoit mettre en termes. Quand ce bon escuyer se vit ainsi assailly de
la toux, il ne sceut aultre remde, affin de non estre oy, que de bouter
sa teste ou pertuis du retrait, o il fut bien encens, Dieu le scet, de
la conficture de lens; mais encores amoit il ce mieulx que d'estre oy.
Pour abreger, il fut long temps la teste en ce retraict, crachant,
mouchant et toussant, et sembloit que jamais ne deust faire aultre
chose. Neantmains, aprs ce bon coup, sa toux le laissa, et se cuida
tirer dehors; mais il n'estoit en sa puissance de soy ravoir, tant
parestoit avant et fort bout leens. Pensez qu'il estoit bien  son
aise. Bref il ne savoit trouver fasson d'en saillir, quelque peine qu'il
y mist. Il avoit tout le col escorch et les oreilles detrenches. En la
parfin, comme Dieu le voulut, il s'effora tant qu'il eracha l'ays perc
du retrait, et le rapporta  son col; mais en sa puissance n'eust est
de l'en oster, et quoy qu'il luy fust ennuyeux, si amoit il mieux estre
ainsi que comme il estoit par avant. Sa dame le vint trouver en ce
point, dont elle fut bien esbahie, et ne luy sceut secourir, mais luy
dist, pour tous potages, qu'elle ne saroit trouver fasson du monde de le
traire de leens. Est-ce cela? dist il; hola, hola! par la mort bieu, je
suis assez arm pour en combatre ung aultre, mais que j'aye une espe en
ma main, dont il fut tantost saisy d'une trsbonne. La dame le voyant
en tel point, quoy qu'elle eust trsgrand doubte, ne se pouvoit tenir de
rire, ne l'escuyer aussi. Or ,  Dieu me commend, dist il lors, je
m'en voys essayer comment je passeray par cans; mais premier brouillez
moy le visage bien noir. Si fist elle, et le commenda  Dieu. Et bon
compaignon,  tout l'ays du retraict en son col, l'espe nue en sa main,
la face plus noire que charbon, commence  saillir en la chambre, et de
bonne adventure le premier qu'il encontra ce fut le dolent mary, qui eut
de le veoir si grand paour, cuidant que ce fust ung dyable, qu'il se
laissa tumber du hault de luy  terre que  pou qu'il ne se rompit le
col, et fut longuement comme tout paulm. Sa femme, l'oyant en ce point,
saillit avant, monstrant plus de semblant d'effroy qu'elle ne sentoit
beaucop, et le print aux braz, luy demandant qu'il avoit. A chef de
pice qu'il fut revenu  luy, il dist  voix casse bien piteuse: Et
n'avez vous veu ce dyable que j'ay encontr?--Certes si ay, dit elle; 
peu que je n'en suis morte, de la grand frayeur que j'ay eue  le
veoir.--Et dont peut il venir ceens, dit il, ne qui le nous a envoy? Je
ne seray de cest an ne de l'autre rasseur, tant ay est espovent.--Par
Dieu, ne moy aussi, dist la devote dame; creez que c'est signifiance
d'aucune chose. Dieu nous veille garder et defendre de toute male
adventure! Le cueur ne me gist pas bien de ceste vision. Alors tous
ceulx de l'ostel dirent chacun sa rastele de ce dyable, cuidans  la
verit que la chose fust vraye. Mais la bonne dame savoit bien la
trainne, qui fut bien joyeuse de les veoir tous en ceste opinion; et
depuis continua avec le dyable dessus dit le mestier que chacun fait
volentiers, au desceu du mary et de tous aultres, fors d'une chambrire
secretaire de leurs affaires.




LA LXXIIIe NOUVELLE.

PAR MAISTRE JEHAN LAUVIN.


En la bonne et doulce cont de saint Pol, nagures, en ung gros village
assez prochain de la ville de saint Pol, avoit ung bon simple laboureur
mari avec une femme belle et en grand point, de laquelle le cur du dit
village estoit tant amoureux que l'on ne pourroit plus. Et pour ce qu'il
se sentoit si esprins du feu d'amours et que difficile luy estoit de
servir sa dame sans estre sceu ou  tout le mains suspicionn, se pensa
qu'il ne povoit bonnement parvenir  la joissance d'elle sans premier
avoir celle du mary, mesmement que necessaire luy estoit ainsi faire.
Cest advis descouvrit  sa dame pour en avoir son oppinion, qui luy
conseilla souverainement estre propice et trs bonne pour mener  fin
leurs amoureuses intencions. Nostre cur donc, en ensuyvant le conseil
tant de sa dame comme le sien propre, se fist par gracieux et subtilz
moyens accoincte de celuy dont il vouloit estre compaignon ou
lieutenant, et tant bien se conduisit avec le bon homme qu'il ne buvoit
ne mangoit quelque jour, meismement quand aultre euvre faisoit, que
tousjours ne parlast de son bon cur; chacun jour de la sepmaine le
vouloit avoir  disner, ou  souper; bref riens n'estoit bien fait 
l'ostel du bon homme si le cur n'estoit present. Et  ce moien,
toutesfoiz qu'il vouloit, il venoit  l'ostel et  telle heure que bon
luy sembloit. Mais quand les voisins de ce simple laboureur, voyant par
adventure ce qu'il ne povoit veoir, obstant la credence et faeblet qui
luy avoient band et cach les yeulx, luy dirent qu'il ne luy estoit
honeste d'avoir ainsi journellement le repaire du cur, et que ce ne se
povoit ainsi continuer sans le grand deshonneur de sa femme, mesmement
que les aultres voisins et ses amis l'en notoient et parloient en son
absence. Quand le bon homme se sentit ainsi aigrement reprins de ses
voisins, et qu'ilz luy blasmoient le repaire de son cur en son hostel,
force luy fut de dire au cur qu'il se deportast de hanter en sa maison;
et de fait, luy defendit par motz exprs et menasses que jamais ne s'i
trouvast s'il ne luy mandoit, affermant par grands sermens que s'il l'y
trouvoit, il compteroit avecques luy et le feroit receveur oultre son
plaisir, et sans luy en savoir gr. La defense despleut au cur plus que
ne vous saroie dire; mais nonobstant qu'elle fust aigre, pourtant ne
furent les amourettes rompues, car elles estoient si parfond enracines
s cueurs des autres deux parties par les exploiz qui s'en estoient
ensuyz, que impossible estoit les desrompre ne desjoindre, quelque
menace qui sourdre prist. Or, oez comment nostre cur se gouverna aprs
que la defence luy fut faicte. Par l'ordonnance de sa dame, il print
rgle et coustume de la venir visiter toutes les foiz qu'il sentoit le
mary estre absent. Mais assez lourdement s'i conduisit, car il ne sceut
faire sa visitacion sans le sceu des voisins qui avoient est cause que
la defense avoit est faicte, ausquelx le fait autant desplaisoit que
s'il leur eust touch singulirement. Le bon homme fut de rechef adverty
par eulx, qui luy dirent que le cur avoit prins accoustumance d'aller
estaindre le feu en son hostel comme paravant la defense. Nostre simple
mary, oyant ces nouvelles, fut bien esbahy et encores plus courrouc la
moiti, lequel, pour y trouver expedient et convenable remde, pensa tel
moyen que je vous diray. Il dist  sa femme, sans monstrer aultre
semblant que tel qu'il avoit accoustum, qu'il vouloit aller, ung jour
tel qu'il nomma, mener  saint Omer une charrette de bl, et que pour
mieulx besoigner, il y vouloit mesmes aler. Quand le jour nomm qu'il
vouloit partir fut venu, il fist, ainsi qu'on a de coustume en Picardie,
et specialement entour saint Omer, charger son chariot de bl  mynuyt,
et  celle mesme heure voulut partir, et quand tout fut appareill et
prest, print cong  sa femme, et vuida avecques son chariot. Et si tost
qu'il fut hors de sa porte, elle la ferma et tous les huys de sa maison.
Or vous devez entendre que nostre marchant de bl fist son saint Omer de
l'ostel d'un de ses amys qui demouroit au bout de la ville, o il alla
arriver, et mist son chariot en la cour du dit amy, qui savoit toute la
traynne, et lequel il envoya pour faire le guet et escouter  l'entour
de sa maison pour veoir si quelque larron y viendroit. Ce bon voisin et
amy, quand il fut  l'endroit o il devoit asseoir son guet, il se tapit
au coing d'une forte haye espesse, duquel lieu luy apparoient toutes les
entres de la maison au dit marchant, dont il estoit serviteur et grand
amy en ceste partie. Gures n'eut escout que veezcy maistre cur qui
vient pour alumer sa chandelle, ou pour mieulx dire pour l'estaindre, et
tout coyement et doulcement hurte  l'huys de la court; lequel fut
tantost oy de celle qui n'avoit pas talent de dormir en celle attente:
c'estoit sa dame, laquelle sortit habilement en chemise, et vint mettre
ens son confesseur, et puis ferme l'huys, le menant au lieu o son mary
deust avoir est. Or revenons  nostre guet, qui, quand il parceut tout
ce qui fut fait, se leva de son guet, et s'en alla sonner sa trompette
et declara tout au bon mary. Sur quoy incontinent conseil fut prins et
ordonn en ceste manire: le marchand de bl faindit retourner de son
voyaige avecques son chariot de bl, pour certaines adventures qu'il
doubtoit luy advenir ou estre advenues; si vint hurter  sa porte et
hucher sa femme, qui se trouva bien esbahie quand elle oyt sa voix; et
tant ne le fut qu'elle ne print bien le loisir de mucer son amoureux le
cur en ung casier qui estoit en la chambre. Et pour vous donner 
entendre quelle chose c'est ung casier, c'est ung garde-mangier en la
faon d'une huche, long et estroict par raison et assez profund. Aprs
que le cur fut muss o l'on musse les oeufz, le beurre, le fourmage et
aultres telles vitailles, la vaillante mesnagire, comme moiti dormant,
moiti veillant, se presenta devant son mary, et luy dist: Helas! mon
bon mary, quelle adventure pouvez vous avoir, que si hastivement
retournez? certainement il y a aucune chose et meschef qui ne vous
laisse faire vostre voyage? Helas! pour Dieu, dictes le moy tost. Le
bon homme, qui ne povoit plus s'il n'enrageoit, combien que semblant ne
fist, voulut aller en sa chambre, et illec dire les causes de son hastif
retour. Quand il fut o il cuidoit trouver son cur, c'est assavoir en
sa chambre, commena  compter les raisons de la rompture de son
voyaige. Premier dit que pour la suspicion qu'il avoit de la desloyault
d'elle, craindoit trsfort estre du reng de bleuz vestuz, qu'on appelle
communement noz amis, et que au moien de ceste suspicion estoit il ainsi
tost retourn. Item, que ceste suspicion avoit si trsfort frapp et
hurt  son ymaginacion, que, quand il s'estoit trouv hors de sa
maison, aultre chose ne luy venoit au devant, que le cur estoit son
lieutenant tantdiz qu'il alloit marchander. Item, pour experimenter son
ymaginacion, dit qu'il estoit ainsi retourn, et  celle heure voulut
avoir la chandelle et regarder si sa femme osoit bien couscher sans
compaignie en son absence. Quand il eut achev les causes de son
retour, la bonne dame s'escrya, disant: Ha! mon bon mary, dont vous
vient maintenant ceste vaine jalousie? Avez vous perceu en moy aultre
chose qu'on ne doit veoir ne juger d'une bonne, loyale et preude femme?
Helas! que maudicte soit l'heure qu'oncques je vous cogneu, et que
l'alyance fut de moy avec vous, pour ainsi  tort estre suspicionne de
ce que mon cueur ne sceut oncques penser. Ha! vous me cognoissez encores
mal, et ne savez combien net et entier mon cueur veult estre et
demourer. Le bon marchant eust peu estre contraint de croire ses
bourdes, s'il n'eust rompu sa parolle; si dist qu'il vouloit averer son
ymaginacion. Incontinent, et sans plus la laisser sermonner, vint
sercher et visiter les angletz de sa chambre  tous lez au mieulx qu'il
luy fut possible; esquelx lieux, quand il les eut visitez et qu'il n'y
trouvoit point ce qu'il queroit, il se donna garde du casier, et jugea
qu'il convenoit que son compaignon y fust, et sans en monstrer semblant,
hucha sa femme et luy dist: M'amye, combien que sans cause et  grand
tort je vous suspicionne d'estre vers moy desloyale, et que telle ne
soiez que ma faulse ymaginacion m'apporte, toutesfoiz je suis si ahurt
et enclin  croire et m'arrester en mon opinion, que impossible m'est
d'estre jamais plaisamment avecques vous. Et pour ce je vous prie que
soiez contente que la divorce et separacion soit faicte de nous deux, et
que amoureusement partissons noz biens communs par egale porcion. La
gouge, qui desiroit assez ce march, affin que plus aisement se
trouvast avec son cur, accorda sans gures dissimuler  la requeste de
son mary, par telle condicion toutesfoiz qu'elle faisant la part des
meubles, elle commenceroit et feroit le premier choix. Et pour quelle
raison, dit le mary, voulez vous choisir la premire? c'est contre tout
droit et justice. Ilz furent longtemps en different pour choisir
premier; mais en la fin le mary vaincquit, qui print le premier et print
le casier, o il n'y avoit que flans, tartes et fourmages, et aultres
menues vitailles, entre lesquelx nostre cur estoit ensevely, et lequel
oyoit ces bons devis qui  sa cause se faisoient. Quand le mary eut
choisy le casier, la dame choisit la chaudire, puis le mary ung aultre
meuble, puis elle ung aultre, et ainsi consequemment jusques ad ce que
tout fut party et porcionn. Aprs laquelle parchon faicte le bon mary
dist: Je suis content que vous demourez en ma maison jusques ad ce que
aurez trouv logis pour vous; mais de ceste heure je veil emporter ma
part, et la mectre  l'ostel d'un de mes voisins.--Faictes en, dist
elle, vostre bon plaisir. Et il demanda une bonne longue corde, et en
lya et adouba son casier, puis fist venir son charreton,  qui fist
atteler son casier d'un cheval, et luy chargea qu'il le menast  l'ostel
d'un tel son voisin. La bonne dame, oyant ceste deliberacion, laissoit
tout convenir, car de donner conseil au contraire ne s'osoit avancer,
doubtant que le casier ne fust ouvert; ainsi abandonna tout  telle
adventure que advenir povoit. Le casier, ainsi que dit est, fut attel
au cheval, et men par la rue, pour aller o le bon homme l'avoit
ordonn. Mais gures n'ala loing que le maistre cur,  qui les oeufz et
le beurre crevoient les yeulx, cria pour Dieu mercy. Le charreton, oyant
ceste voix piteuse resonnant de ce casier, descendit tout esbahy, et
hucha les gens et son maistre, qui ouvrirent le casier, o ilz
trouvrent le pouvre prisonnier, dor et empapin d'oeufz, de fromaige,
de laict et aultres choses plus de cent. Ce pouvre amoureux estoit tant
piteusement appoinct qu'on ne savoit du quel il avoit le plus. Et quand
le bon mary le vit en ce point, il ne se peut tenir de rire, combien que
courrouss deust estre. Si le laissa courre, et vint  sa femme monstrer
comment il n'avoit eu trop grand tort d'estre suspicionneux de sa faulse
desloyaut. Elle, qui se vit par exemple vaincue, cria mercy, et il luy
fut pardonn par telle condicion que si jamais le cas luy advenoit, elle
fust mieulx advise de mettre son homme aultre part que ou casier, car
le cur en avoit eu sa robe en peril d'estre  tousjours gaste. Et
aprs ce, ilz demourrent ensemble long temps, et rapporta l'omme son
casier, et ne say point que son cur s'i trouvast depuis, lequel, au
moien de ceste adventure, fut, comme encores est, appell sire Baudin
casier.




LA LXXIVe NOUVELLE.

PAR PHILIPPE DE LOAN.


Ainsi que nagures monseigneur le seneschal de Boulennois chevauchoit
parmy le pays d'une ville  l'aultre, en passant par ung hamelet l'on y
sonnoit au sacrement, et pource qu'il avoit doubt de non povoir venir 
la vile o il contendoit en temps pour oyr messe, car l'heure estoit
prs de midy, il s'advisa qu'il descendroit audit hamelet pour veoir
Dieu en passant. Il descendit  l'huis de l'eglise, et puis s'en alla
rendre assez prs de l'aultier o l'on chantoit la grand messe, et si
prochain se mist du prestre qui celebroit, qu'il le povoit en celebrant
de cost percevoir. Quand il eut lev Dieu et calice, et fait ainsi
comme il appartient, pensant  part luy, aprs qu'il eut veu monseigneur
le seneschal estre derrire luy, et non sachant si  bonne heure estoit
venu pour veoir Dieu lever; ayant toutesfoiz opinion qu'il estoit venu
tard, il appella son clerc et luy fist alumer arrire la torche, puis en
gardant les cerimonies qu'il fault faire et garder, leva encores une
foiz Dieu, disant que c'estoit pour monseigneur le seneschal. Et puis ce
fait, proceda oultre jusques ad ce qu'il fust parvenu  son _agnus Dei_;
lequel quant il l'eut dit trois foiz, et que son clerc luy bailla la
paix pour baiser, la refusa, et, en rabrouant trsbien son clerc, disant
qu'il ne savoit ne bien ne honneur, la fist bailler  monseigneur le
seneschal, qui la refusa de tous poins deux ou trois foiz. Et quand le
prestre vit que monseigneur le seneschal ne vouloit prendre la paix
devant luy, il laissa Dieu qu'il tenoit en ses mains, et print la paix
et la porta  monseigneur le seneschal, et luy dist que s'il ne la
prenoit devant luy il ne la prendroit j luy mesmes: Ce n'est raison,
dist le prestre, que j'aye la paix devant vous. Adonc, monseigneur le
seneschal, voyant que sagesse n'avoit illec lieu, s'accorda au cur et
print la paix, puis le cur aprs; et ce fait, s'en retourna parfaire sa
messe de ce qui restoit  parfaire.




LA LXXVe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE THALEMAS.


Au temps de la guerre des deux partiz, les ungs nommez Bourgoignons, les
aultres Ermignacz, advint  Troyes, en Champaigne, une assez gracieuse
adventure, qui trsbien vault la racompter et mectre en compte, qui fut
telle. Ceulx de Troies, pour lors que par avant ilz eussent est
Bourgoignons, s'estoient tournez Ermignacz, et entre eulx avoit
convers ung compaignon  demy fol, non pas qu'il eust perdue l'entire
cognoissance de raison, mais  la verit il tenoit plus du cost de dame
folie que de raison, quoy que aucunesfoiz il executast, et de la main et
de la bouche, pluseurs besoingnes que plus sage de luy n'eust sceu
achever. Pour venir doncques au propos encommenc, le galant sus dit
estant en garnison avec les Bourgoignons  sainte Manehot, mist une
journe en termes avec ses compaignons, et dist que s'ilz le vouloient
croire, il leur bailleroit bonne doctrine pour attrapper ung grand ost
des loudiers de Troyes, lesquelx,  la verit, il haioit mortellement,
et ilz ne l'amoient gures, mais le menassoient tousjours de pendre
s'ilz le povoient tenir. Veezcy qu'il dist: Je m'en yrai vers Troyes et
m'approucheray des fauxbourgs, et feray semblant d'espier la ville, et
de tenter de ma lance les fossez, et si prs de la ville m'approucheray
que je seray prins. Je suis seur que si tost que le bon bailly me
tiendra, il me condemnera  pendre, et nul de la ville ne s'i opposera
pour moy, car ilz me hayent trestous. Ainsi seray-je bien matin men au
gibet, et vous serez embuschez au bosquet qui est au plus prs. Et
tantost que vous orrez venir moy et ma compaignie, vous sauldrez sur
l'assemble, et en prendrez et tiendrez  vostre volunt, et me
delivrerez de leurs mains. Tous les compaignons de la garnison s'i
accordrent, et dirent, puis qu'il osoit bien entreprendre ceste
adventure, ilz luy aideroient  la fournir. Et pour abreger, le gentil
folastre s'approucha de Troyes, comme il avoit devant dit, et, comme il
desiroit, fut prins, dont le bruyt s'espandit tost parmy toute la ville;
et n'y eut celuy qui ne le condemnast  pendre; mesme le bailly, si tost
qu'il le vist, dist et jura par ses bons dieux qu'il seroit pendu par la
gorge. Hlas! monseigneur, disoit-il, je vous requier mercy, je ne vous
ay rien meffait.--Vous mentez, ribauld, dist le bailly, vous avez guyd
les Bourgoignons en ceste marche, et avez encus les bon bourgois et
marchans de ceste ville; vous en aurez vostre payement, car vous en
serez au gibet pendu.--Ha! pour Dieu, monseigneur, dit nostre bon
compaignon, puis qu'il fault que je meure, au moins qu'il vous plaise
que ce soit bien matin, et que en la ville o j'ay eu tant de
cognoissance et d'accointance, je ne reoyve trop publicque
punicion.--Bien, bien, dist le bailly, on y pensera. Le lendemain, ds
le point du jour, le bourreau avec sa charette fut devant la prison, o
il n'eust gures est que veezcy venir le bailly  cheval et ses sergens
et grand nombre de gens pour l'acompaigner, et fut nostre homme mis,
trouss et ly sur la charette, et, tenant sa musette, dont il jouoit
continuellement, on le maine devers la Justice, o il fut plus
acompaign, quoy qu'il fust matin, que beaucoup d'aultres n'eussent
est, tant estoit hay en la ville. Or devez vous savoir que les
compaignons de la garnison de saincte Manehot n'oblirent pas de eulx
embuscher au bois auprs de la dicte Justice, ds la mynuyt, tant pour
sauver leur homme, quoy qu'il ne fust pas des plus sages, tant aussi
pour gaigner prisonniers et aultres choses s'ilz povoient. Eulz l
doncques venuz et arrivez, disposrent de leur fait comme de guerre et
ordonnrent une gaitte sur un arbre, qui leur devoit dire quand ceulx de
Troyes seroient  la Justice. Celle gaitte ainsi mise et loge dist
qu'elle feroit bon devoir. Or sont venuz et descenduz ceulx de la
Justice devant le gibet, et le plus abregement que faire se peut, le
bailly commende qu'on despesche nostre povre coquard, qui estoit bien
esbahy o ses compaignons estoient, qu'ilz ne venoient ferir dedans ces
ribaulx Erminacz. Il n'estoit pas bien  son aise, mais regardoit devant
et derrire, et le plus le boys; mais il n'oyoit ne veoit rien. Il se
confessa le plus longuement qu'il peut, toutesfoiz il fut ost du
prestre, et, pour abreger, monte sur l'eschelle, et luy l venu fut bien
esbahy, Dieu le scet, et regarde et veye tousjours vers ce bois; mais
c'estoit pour neant, car la gaitte ordonne pour faire saillir ceulx qui
rescourre le devoient toit sur cest arbre endormye; si ne savoit que
dire ne que faire ce pouvre homme, sinon qu'il pensoit estre  son
derrain jour. Le bourreau,  chef de pice, fist ses preparacions pour
luy bouter la hart au col pour le despescher. Et quand il vit ce, il
s'advisa d'un tour qui luy fut bien proufitable, et dist: Monseigneur
le bailly, je vous prie pour Dieu que avant que on mette plus avant la
main en moy, que je puisse jouer une chanson de ma musette, et je ne
vous demande plus; je suis aprs content de morir, et vous pardonne ma
mort et  tout le monde. Ceste requeste luy fut passe, et sa musette
luy fut en hault porte. Et quand il la tint, le plus  loysir qu'il
peut, il la commence  sonner, et joua une chanson que les compaignons
de l'embusche dessus dicte cognoissoient trsbien, et y avoit: Tu
demeures trop, Robinet, tu demeures trop. Et au son de la musette la
gaitte s'esveilla, et de paour qu'elle eut se laissa cheoir du hault en
bas de l'arbre o elle estoit, et dist: On pend nostre homme! Avant,
avant, hastez vous tost. Et les compaignons estoient tous prestz; et au
son d'une trompette saillirent du bois, et se vindrent fourrer sur le
bailly et sur tout le mesnage qui devant le gibet estoit. Et  cest
effroy, le bourreau fut tant esperdu et esbahy qu'il ne savoit et n'eut
oncques l'advis de luy bouter la hart au col, et le bouter jus, mais luy
pria qu'il luy sauvast la vie, ce qu'il eust fait trsvoluntiers; mais
il ne fut pas en sa puissance; trop bien fist il aultre chose et
meilleur, car luy, qui sur l'eschelle estoit, cryoit  ses compaignons:
Prenez chula c, prenez cestuy; ung tel est riche, ung tel est mauvais
garnement. Bref, les Bourgoignons turent un grand tas en venue de
ceulx de Troyes, et prindrent des prisonniers ung grand nombre, et
sauvrent leur homme en la faon que vous os, qui bien leur dist que
jour de sa vie n'eut si belles affres qu'il avoit  ceste heure eu.




LA LXXVIe NOUVELLE.

PAR PHILIPE DE LOAN.


L'on m'a pluseurs foiz dit et compt par gens dignes de foy ung bien
gracieux cas dont je fourniray une petite nouvelle, sans y descroistre
ne adjouster aultre chose que servant au propos. Entre les aultres
chevaliers de Bourgoigne ung en y avoit nagures, lequel, contre la
coustume et usage du pais, tenoit  pain et  pot une donzelle belle et
gente, en son chasteau que point ne veil nommer. Son chapellain, qui
estoit jeune et frez, voyant ceste belle fille, n'estoit pas si constant
que ne fust par elle souvent tent, et en devint trop bien amoureux. Et
quand il vit mieulx son point, compta sa rastele  madamoiselle, qui
estoit plus fine que moustarde; car la mercy Dieu elle avoit rendy et
couru pais tant que du monde ne savoit que trop. Elle pensoit bien en
soy mesmes que si elle accordoit au prestre sa requeste, son maistre,
qui veoit cler, quelque moien qu'elle trouvast, s'en donneroit bien
garde, et ainsi perdroit le plus pour le mains. Si delibera de
descouvrir l'embusche  son maistre, qui n'en fist que rire, car assez
s'en doubtoit, attendu les regards, devises et esbatemens qu'il avoit
veu entre eulx deux; ordonna neantmains  sa gouge qu'elle entretenist
le prestre, voire sans faire la courtoisie, et si fist elle si bien que
nostre sire en avoit tout au long du braz. Et nostre bon chevalier
souvent luy disoit: Par dieu! par dieu! nostre sire, vous estes trop
priv de ma chambrire; je ne say qu'il y a entre vous deux, mais si je
savoye que vous y pourchassissiez rien  mon desavantage, nostre Dame!
je vous punyroie bien.--En verit, monseigneur, respondit maistre
domine, je n'y calenge ne demande rien; je me devise  elle, et passe
temps, comme les aultres de ceans; jour de ma vie ne luy requis d'amours
ne d'aultre chose.--Pour tant le vous dy je, dist le seigneur; si
aultrement en estoit, je n'en seroie pas content. Si nostre domine
avoit bien poursuy au paravant de ces parolles, plus aigrement et 
toute force continua sa poursuite, car o qu'il rencontrast la gouge, de
tant prs la tenoit que contraincte estoit, voulsist ou non, donner
l'oreille  sa doulce requeste; et elle duicte et faicte  l'esperon et
 la lance, endormoit nostre prestre et l'assommoit, et en son amour
tant fort le boutoit qu'il eust pour elle ung Ogier combatu. Si tost que
de luy s'estoit sauve, tout le plaidoy d'entre eulx deux estoit au
maistre par elle racompt, qui grand plaisir en avoit. Et pour faire la
farse au vif, et bien tromper son chapellain, il commenda  sa gouge
qu'elle luy assignast journe d'estre en la ruelle du lit o ilz
couchoient, et luy dist: Si tost que monseigneur sera endormy, je feray
tout ce que vous vouldrez; rendez vous donc en la ruelle tout
doulcement. Et fault, dit il, que tu le laisses faire, et moy aussi: je
suis seur que quand il cuidera que je dorme, qu'il ne demourra gures 
t'enferrer, et j'aray apprest  l'environ de ton devant le las jolis o
il sera attrapp. La gouge en fut contente, et fist son rapport 
nostre sire, qui jour de sa vie ne fut plus joieux, et sans penser ne
ymaginer peril ne danger o il se boutoit, comme en la chambre de son
maistre, ou lit et  la gouge de son maistre, toute raison estoit de luy
 cest cop arrire mise; seullement luy chailloit d'accomplir sa folle
volunt, combien que naturelle et de pluseurs accoustume. Pour faire
fin  long procs, maistre prestre vint  l'heure assigne bien
doulcement en la ruelle, Dieu le scet; et sa maistresse luy dist tout
bas: Ne sonnez mot; quand monseigneur dormira, je vous toucheray de la
main et venez emprs moy.--En la bonne heure, ce dit il. Le bon
chevalier, qui  ceste heure ne dormoit mie, se tenoit  grand peine de
rire; toutesfoiz, pour faire la farse, il s'en garda, et, comme il avoit
propos et dit, il tendit son fil ou son las, lequel qu'on veult, tout
 l'endroit de la partie o maistre prestre avoit plus grand desir de
hurter. Or est tout prest, et nostre sire appell, et au plus
doulcement qu'il peut entre dedans le lit, et sans gures barguigner il
monte dessus le tas pour veoir plus loing. Si tost qu'il fut log, bon
chevalier tire bien fort son las, et dit tout hault: Ha! ribauld
prestre, estes vous tel? Et bon prestre de soy retirer. Mais il n'ala
gures loing, car l'instrument qu'il vouloit accorder au bedon de la
gouge estoit si bien du las encep, qu'il n'avoit garde de deslonger,
dont si trsesbahy se trouva qu'il ne savoit sa contenance ne que advenu
il luy estoit. Et de plus fort en plus fort tiroit son maistre le las,
qui grand douleur luy eust est, si paour et esbahissement ne luy
eussent tollu tout sentement. A chef de pice il revint  luy, et sentit
trsbien ces douleurs, et bien piteusement pria mercy  son maistre, qui
tant grand faim avoit de rire que  peine il savoit parler. Si luy dist
il neantmains aprs qu'il eust trsbien aval la chambre parbondy: Allez
vous en, nostre sire, et ne vous advienne plus; ceste foiz vous sera
pardonne, mais la seconde seroit irremissible.--Hlas! monseigneur, ce
respond il, jamais ne m'aviendra; elle fut cause de ce que j'ay fait. A
ce coup, il s'en alla, et monseigneur se recoucha, qui espoir acheva ce
que l'autre encommena. Mais sachez bien qu'oncques puis ne s'i trouva
le prestre au sceu du maistre. Bien peut estre qu'en recompense de ses
maulx la gouge en eut depuis piti, et, pour sa conscience acquitter,
luy presta son bedon, et tellement s'accordrent que le maistre en
valut pis tant en biens comme en honneurs. Et du surplus je me tais et 
tant.




LA LXXVIIe NOUVELLE.

PAR ALARDIN.


Ung gentilhomme des marches de Flandres, ayant sa mre bien ancienne et
trsfort debilite de maladie, plus languissant et vivant  malaise que
nulle aultre femme de son eage, esperant d'elle mieulx valoir et
amender, combien que s marches de France il feist sa residence, la
visitoit souvent; et  chacune foiz que vers elle venoit, tousjours
estoit tant de mal oppresse, qu'on cuidast bien que l'ame en deust
partir. Et une foiz entre les aultres, comme il l'estoit venu veoir,
elle au partir luy dist: Adieu, mon filz, je suis seure et me semble
que jamais vous ne me verrez; car je m'en vois morir.--Ha dya, ma mre,
respondit il, vous m'avez tant ceste leczon recorde que j'en suis saoul
et ennuy; deux ans, trois ans sont j passs et expirez que tousjours
ainsi m'avez dit, mais vous n'en avez rien fait; prenez bon jour, je
vous en prie, si n'y faillez point. La bonne damoiselle, oyant de son
filz la response, quoyque malade et vieille fust, en soubriant luy dist
adieu. Or se passrent puis ung an, deux ans, tousjours en languissant.
Ceste femme si fut arrire de son filz visite, et ung soir, comme en
son lit en l'ostel d'elle estoit couche, tant fort oppresse de mal
qu'on cuidoit bien qu'elle allast  Mortaigne, si fut ce bon filz appel
de ceulx qui gardoient sa mre, et luy dirent que bien  haste  sa mre
venist, car seurement elle s'en alloit. Dictes vous donc, dit il,
qu'elle s'en va? Par ma foy, je ne l'ose croire; tousjours dit elle
ainsi, mais rien n'en fait.--Nenny, nenny, dirent ses gardes, c'est 
bon escient; venez vous en, car on voit bien qu'elle s'en va.--Je vous
diray, dist il: allez devant et je vous suyz; et dictes bien  ma mre,
puis qu'elle s'en veult aller, que par Douay point ne s'en aille, car le
chemin est trop mauvais;  peu que davant hier moy et mes chevaulx n'y
demourasmes. Il se leva neantmains, et housse sa robe longue et se mect
en train pour aller veoir si sa mre feroit la derrenire et finable
grimace. Luy l venu, la trouva fort malade et que pass avoit une
subite faulte qui la cuidoit bien emporter; mais, Dieu mercy, elle avoit
ung petit mieulx. N'est ce pas ce que je vous dy? commence  dire ce
bon filz; l'on dit tousjours ceens, et si fait elle mesme, qu'elle s'en
va et qu'elle se meurt, et rien n'en fait. Prengne bon terme, de
pardieu, comme tant de foiz luy ay dit, et si ne faille point. Je m'en
retourne dont je vien; et si vous advise pour toutesfoiz que vous ne
m'appellez plus, s'elle s'en devoit aller toute seulle, si ne lui feray
je pas  ceste heure compaignie. Or appartient que je vous compte la
fin de mon emprinse. Ceste damoiselle ainsi malade que dit est revint de
ceste extreme maladie, et comme auparavant depuis vesquit en languissant
l'espace de trois ans, pendant lesquelx ce bon filz une foiz d'adventure
la vint veoir, et  ce coup qu'elle rendit l'esperit. Mais le bon fut
quant on le vint querir pour estre au trespas d'elle, qu'il vestoit une
robe neuve, et n'y vouloit aller. Message sur aultre venoit vers luy,
car sa bonne mre, qui tiroit  la fin, le vouloit veoir et recommender
aussi son ame. Mais tousjours aux messagiers respondoit: Je say bien
qu'elle n'a point de haste, qu'elle attendra bien que ma robe soit mise
 point. En la parfin tant luy fut dit et remonstr qu'il s'en alla
devers sa mre, sa robe neuve vestue sans les manches, lequel quand en
ce point fut d'elle regard, luy demanda o estoient les manches de sa
robe, et il dist: Elles sont l dedens, qui n'attendent estre
parfaictes sinon que vous nous descombrez la place.--Si seront donc
tantost achevez, ce dist la bonne damoiselle: car je m'en vois  Dieu,
au quel humblement mon ame recommende, et  toy, mon filz. Et lors cy
prins cy mis, la croix entre ses braz bien serrement reposant, rendit
l'ame  Dieu, sans plus mot dire; laquelle chose voyant son bon fils,
commena tant fort  plorer et soy desconforter que jamais ne fut veu
le pareil, et n'estoit nul qui conforter le sceust; tant fort mesmes le
print il au cueur que devant n'en tenoit compte par semblant, que au
bout de quinze jours de dueil il mourut.




LA LXXVIIIe NOUVELLE.

PAR JEHAN MARTIN.


Au pais de Brabant, qui est bonne marche et plaisante, fournye  droit
et bien garnye de belles filles, et bien sages coustumirement, et le
plus et des hommes on soult dire, et se trouve assez veritable, que tant
plus vivent et plus sont sotz, nagures advint que ung gentilhomme en ce
point n et desten s'avolenta d'aller voyager oultre mer en divers
lieux, comme en Cypre, en Rhodes, et s marches d'environ; et au
derrenier fut en Hierusalem, o il receut l'ordre de chevalerie. Pendant
lequel temps de son voyage, sa bonne femme ne fut pas si oiseuse qu'elle
ne presta son quoniam  trois compaignons ses voisins, lesquelx, comme 
court plusieurs servent par temps et termes, eurent leur audience. Et
tout premier ung gentil escuier frisque, frez et friant en bon point,
qui tant rembourra son bas  son chier coust, tant en substance de son
corps que en despence de pecune, car  la verit elle tant bien le pluma
qu'il n'y failloit point renvoier, qu'il s'ennuya et retira, et de tous
poins l'abandonna. L'aultre aprs vint, qui chevalier estoit et homme de
grand bruyt, qui bien joyeux fut d'avoir gaign la place, et besoigna au
mieulx qu'il peut en la faon comme dessus, moyennant de quibus, que la
gouge tant bien savoit avoir que nul aultre ne l'en passoit. Et bref, se
l'escuier qui paravant avoit la place avoit est rong et plum, damp
chevalier n'en eut pas mains. Si tourne bride et print garin, et aux
aultres la queste abandonna. Pour faire bonne bouche, la damoiselle d'un
maistre prestre s'accointa, et, quoy qu'il fust subtil et ingenieux et
sur argent bien fort luxurieux, si fut il ranonn de robes, de
vaisselles, et d'aultres bagues largement. Or advint, Dieu mercy, que le
vaillant mary de ceste gouge fist savoir sa venue, et comment en
Hierusalem avoit est fait chevalier; si fist sa bonne femme l'ostel
apprester, tendre, parer, nectoyer et orner au mieulx qu'il fut
possible. Bref, tout estoit bien net et plaisant, fors elle seulement,
qui en l'ostel estoit, car du pluc et butin qu'elle avoit  la force de
ses reins conquest avoit acquis vaisselle et tapisserie, linge et
aultres meubles en bonne quantit. A l'arriver que fist le doulx mary,
Dieu scet la joye et grand feste qu'on luy fist, celle en especial qui
mains en tenoit de compte, c'est asavoir sa vaillant femme. Je passe
tous ses bienviengnans, et vien ad ce que monseigneur son mary, quoy
que coquard fust et estoit, se donna garde de foison de meubles, courant
aval son hostel, qui avant son voyage n'estoit lens. Vint aux coffres,
aux buffetz, et en assez d'aultres lieux, et trouve tout multipli, dont
l'avertin luy monta en la teste, et de prinsault devyna ce qui estoit;
si s'en vint tost bien eschauf et trsmal meu devers sa bonne femme, et
demanda dont sourdoient tant de biens comme ceulx que j'ay dessus
nommez. Saint Jehan, ce dist ma dame, monseigneur, ce n'est pas mal
demand; vous avez bien cause d'en tenir telle manire, et il semble que
vous sois courrouss, qui vous voit.--Je ne suis pas trop  mon aise,
dit il, car je ne vous laissay pas tant d'argent  mon partir, et si
n'en povez tant avoir espergn que pour avoir acquis tant de vaisselle,
tant de tapisserie, et le surplus des bagues que je trouve cens; il
fault, et je n'en doubte, car j'ay cause, que quelqu'ung se soit de vous
accoint qui nostre mesnage ait ainsi renforc?--Et pardieu,
monseigneur, respond la simple femme, vous avez tort, qui pour bien
faire me mettez sus telle vilannie; je veil bien que vous le sachez que
je ne suis pas telle, mais meilleur en tous endroiz que  vous
n'appartient; et n'est-ce pas bien raison qu'avec tout le mal que j'ay
eu d'amasser et espergner, pour accroistre et embellir vostre hostel et
le mien, j'en soye reproche, lesdenge et tence? C'est bien loing de
recognoistre ma peine comme ung bon mary doit faire  sa bonne preude
femme. Telle l'avez-vous, meschant maleureux, dont c'est dommage. Ce
procs, quoy qu'il fust plus long, pour ung temps se cessa, et s'avisa
maistre mary, pour estre de l'estat de sa femme asseur, qu'il feroit
tant avec son cur, qui son trsgrand amy estoit, que d'elle orroit la
devote confession, ce qu'il fist au moien du cur, qui son fait
conduisit; car ung bien matin, en la bonne sepmaine que de son cur pour
soy confesser s'approucha, en une chapelle secrte devant il l'envoya,
et  son mary vint, qu'il adouba de son habit, et pour estre son
lieutenant l'envoya devers sa femme. Si nostre mary fut joyeux, il ne le
fault j demander. Quand en ce point il se trouva, il vint en la
chappelle, et ou sige du prestre sans mot dire entra; et sa femme
d'approcher, qui  genoux se mist devant ses piez, cuidant pour vray
estre son cur, et sans tarder commena sa confession et dist
_Benedicite_. Et nostre sire son mary respondit _Dominus_, et au mieulx
qu'il sceut, comme le cur l'avoit aprins, assovit de dire ce qui
affiert. Aprs que la bonne femme eut dit la confession generale,
descendit au particulier, et vint parler comment, durant le temps que
son mary avoit est dehors, ung escuier avoit est son lieutenant, dont
elle avoit en or, en argent et en bagues beaucop amend. Et Dieu scet
que en oyant ceste confession, le mary estoit bien  son aise; s'il eust
os, voluntiers l'eust tue  ceste heure; toutesfoiz, affin d'oyr
encores le surplus, s'il y est, aura il pacience. Quand elle eut dit
tout au long de cest escuier, du chevalier s'est accuse, qui comme
l'autre l'avoit bien bague. Et bon mary, qui de dueil se crve et fend,
ne scet que faire de soy descouvrir et bailler l'absolution sans plus
attendre; il n'en fist rien nantmains, et print loysir et pacience
d'escouter ce qu'il orra. Aprs le tour du chevalier, le prestre vint en
jeu, dont elle s'accusa bien humblement; mais, par nostre dame,  cest
coup, bon mary perdit pacience et n'en peut plus oyr, si jecta jus chape
et surplis, et se monstrant, luy dist: Faulse et desloyale, or voiz je
et cognois bien vostre grand trahison! et ne vous suffisoit-il de
l'escuier et puis du chevalier, sans  ung prestre vous donner, qui par
Dieu plus me desplaist et courrousse que tout ce que fait avez. Vous
devez savoir que de prinsault ceste vaillant femme fut esbahie et
soupprinse; mais le loysir qu'elle eut de respondre si trsbien
l'asseura et sa contenance de manire si bien ordonna, que,  l'oyr, sa
response estoit plus asseure que la plus juste de ce monde; faisoit 
Dieu son oroison; si respondit  chef de pice comme le saint esperit
l'inspira, et dist bien froidement: Pouvre coquard, qui ainsi vous
tourmentez, savez-vous bien au mains pour quoy? Or, oyez-moy, s'il vous
plaist; et pensez-vous que je ne sceusse trsbien que c'estiez vous 
qui me confessoie? Si vous ay servy comme le cas le requiert, et sans
mentir de mot vous ay confess tout mon cas; vezcy comment: De
l'escuier me suis accuse, et c'estes vous, mon doulx amy; quand vous
m'eustes en mariage, vous estiez escuier, et lors feistes de moy ce
qu'il vous pleut, et me fournistes, vous le savez, Dieu scet comment. Le
chevalier aussi dont j'ay touch et m'en suis encoulpit, par ma foy,
vous estes celuy, car  vostre retour vous m'avez fait dame. Et vous
estes aussi le prestre, car nul, si prestre n'est, ne peut oyr
confession.--Par ma foy, m'amye, dist lors le chevalier, or m'avez vous
vaincu et bien monstr que sage et trsbonne vous estes, et que sans
cause et  tort et trsmal adverty vous ay charge et dit du mal assez,
dont il me desplaist, et m'en repens, et vous en crye mercy, vous
promettant de l'amender  vostre dit.--Legirement il vous est pardonn,
ce dit la vaillant femme, puis que le cas vous cognoissez. Ainsi
qu'avez oy fut le bon chevalier deceu par le subtil et percevant engin
de sa desloyalle femme.




LA LXXIXe NOUVELLE.

PAR MESSIRE MICHAULT DE CHANGY.


Au bon pays de Bourbonnoys, o voluntiers les bonnes besoignes se font,
avoit l'aultre hier ung medicin, Dieu scet quel; oncques Ypocras ne
Gallien ne practicqurent ainsi la science comme il faisoit: car en lieu
de cyrops, de buvraiges, de doses, d'electuaires et de cent mille
aultres besoignes que medicins solent ordonner tant  conserver la sant
de l'homme que pour la recouvrer s'elle est perdue, il ne usoit
seullement que d'une manire de faire, c'est assavoir, de bailler
clistres. Quelque maladie qu'on luy apportast ou denunast, tousjours
faisoit bailler clistres, et toutesfoiz si bien luy venoit en ses
besoignes et affres que chacun estoit content de luy, et garisoit
chacun, dont son bruyt creut et augmenta qu'on l'appeloit par tout, tant
s maisons des princes et seigneurs comme en grosses abbayes et bonnes
villes. Et ne fut oncques Aristote ne Gallien ainsi autoris, par
especial du commun peuple, que ce bon maistre dessus dit. Et tant monta
sa renomme que pour toute chose l'on demandoit son conseil; et estoit
tant entonn incessamment qu'il ne savoit au quel entendre. Se une
femme avoit rude mary, fel et mauvais, elle venoit au remde  ce bon
maistre. Bref, de tout ce dont on peust demander conseil d'homme, nostre
bon maistre avoit la hue. Advint ung jour que ung bon simple homme
champestre avoit perdu son asne; et aprs la longue queste d'icelluy,
s'advisa de tirer vers ce maistre qui si trssage estoit; et  la coup
de sa venue il estoit tant avironn de peuple qu'il ne savoit au quel
entendre. Ce bon homme nantmains rompit la presse, et, quoy que le
maistre parlast et respondist  pluseurs, luy compta son cas, c'est
asavoir de son asne qu'il avoit perdu, priant pour Dieu qu'il luy
voulsist radressier et bailler chose dont il le peust recouvrer. Ce
maistre, qui plus aux aultres que  luy entendoit, quand le bruyt et son
de son langage, dont rien il n'avoit entendu, fut finy, se vira devers
luy, cuidant qu'il eust aucune enfermet; et affin d'en estre despesch,
dist  ses gens: Baillez luy clistre. Et ce dit, devers les aultres
se tourna. Et le bon simple homme qui l'asne avoit perdu, non sachant
que le maistre avoit dit, fut prins des gens du maistre, qui tantost,
comme il leur estoit charg, luy baillrent ung clistre, dont il fut
bien esbahy, car il ne savoit que c'estoit. Quand il eut ce clistre,
ds qu'il fut dedans son ventre, il picque et s'en va, sans plus
demander de son asne, cuidant certainement par ce le retrouver. Il n'eut
gures est avant que le ventre luy brouilla et grouilla tellement qu'il
fut contraint de soy bouter en une vieille masure inhabitable, pour
faire ouverture au clistre, qui demandoit la clef des champs. Et au
partir qu'il fist, il mena si grant bruyt que l'asne du pouvre homme,
qui passoit assez prs, comme esgar et venu d'adventure, commence 
racaner et cryer; et bon homme de s'avancer et lever sus et chanter _Te
Deum_, et venir  son asne, qu'il cuidoit avoir recouvert ou trouv par
le clistre que luy fist bailler le maistre, qui eut encores plus de
renomme sans comparaison que paravant. Car des choses perdues on le
tenoit vray enseigneur, et de toute science aussi le trsparfait
docteur, quoy que d'un seul clistre toute ceste renomme venist. Ainsi
avez oy comment l'asne fut trouv par ung clistre, qui est chose bien
apparente et qui souvent advient.




LA IIII^{xx}e NOUVELLE.

PAR MESSIRE MICHAULT DE CHANGY, GENTILHOMME DE LA CHAMBRE DE
MONSEIGNEUR.


Es marches d'Alemaigne, comme pour vray oy nagures compter  deux
gentilz seigneurs dignes de croire, advint que une fille, de l'eage
d'environ de xv.  xvj. ans, fut donne en mariage  ung bon gentil
compaignon, qui tout devoir faisoit de paier le deu que voluntiers
demandent femmes sans mot dire, quand en cest eage et tel estat sont.
Mais, quoy que le pouvre homme feist bien la besoigne et s'efforsast
espoir plus souvent qu'il ne deust, si n'estoit euvre qu'il fist
agrablement receu, et ne faisoit incessamment sa femme que rechigner,
et souvent ploroit bien tendrement comme si tous ses amys fussent mors.
Son mary, la voyant ainsi lamenter, ne se savoit assez esbahir quelle
chose luy povoit falloir, et luy demandoit doulcement: Helas! m'amye,
et qu'avez vous? Et n'estes vous pas bien vestue, bien loge, bien
servye, et de tout ce que gens de nostre estat pevent par raison desirer
bien convenablement partie?--Ce n'est pas l qu'il me tient, respondit
elle.--Et qu'est ce donc? dictes le moy, ce dit il, et si je y puis
remde mettre, pensez que je le feray pour y mettre et corps et biens.
Les plus des foiz elle ne respondoit mot, mais tousjours rechignoit et
de plus en plus triste chre et matte elle faisoit, que le mary ne
portoit pas bien paciemment, quand savoir ne povoit la cause de ceste
dolance. Tant en enquist que partie il en sceut, car elle luy dist
qu'elle estoit trop desplaisante qu'il estoit si petitement fourny de
cela que vous savez, c'est asavoir du baston de quoy on plante les
hommes, comme dit Bocace. Voire! dist il, et est ce cela dont tant vous
dolez? Et par mon serment, vous avez bien cause. Toutesfoiz il ne peut
estre aultre, et fault que vous en passez tel qu'il est, voire si vous
ne voulez aller au change. Ceste vie se continua ung grand temps, tant
que le mary, voyant l'extimacion d'elle, assembla ung jour  ung disner
ung grant tas des amys d'elle, et leur remonstra le cas comme il est icy
dessus touch, et disoit qu'il luy sembloit qu'elle n'avoit cause de se
douloir de luy en ce cas, car il cuidoit aussi bien estre party de
l'instrument naturel que voisin qu'il eust: Et affin, dist il, que j'en
soye mieulx creu, et vous voiez son tort evident, je vous monstreray
tout. Il mist sa denre avant sur la table, devant tous et toutes, et
dist: Veezci de quoy. Et sa femme de plorer de plus belle: Et par
saint Jehan, dirent sa mre, sa seur, sa tante, sa cousine, sa voisine,
m'amye, vous avez tort; et que demandez vous? voulez vous plus demander?
et qui est celle qui ne devroit estre contente d'ung mary ainsi estoff?
Ainsy m'ayde Dieu, je me tiendroye bien eureuse d'en avoir autant, voire
beaucop mains; appaisez vous, appaisez vous, et faictes bonne chre
doresenavant. Par dieu! vous estes la mieulx partie de nous toutes, ce
croy-je. Et la jeune espouse, oyant le collge des femmes ainsi
parler, leur dist, bien fort plorant: Vezcy le petit asnon de cans,
qui n'a gures d'aage avec demy an, et si a l'instrument grand et gros
de la longueur d'un bras. Et en ce disant, tenoit son braz destre par
le coute, et si le branloit trop bien. Et mon mary, qui a bien xxiiij
ans, n'en a que ce tant peu qu'il a monstr; vous semble-t-il que j'en
doyve estre contente? Chacun commena  rire, et elle de plus plorer,
tant que l'assemble longuement fut sans mot dire. Alors la mre print
la parolle, et  part dist  sa fille tant d'unes et d'aultres que
aucunement se contenta; mais ce fut  grand peine. Vezcy la cause des
filles d'Alemaigne; si Dieu plaist, bien tost seront ainsi en France.




LA IIII^{xx}Ie NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE VAURIN.


Puis que les comptes et histoires des asnes sont acevez, je vous feray
en bref et  la verit ung bien gracieux compte d'un chevalier que la
plus part de vous, mes bons seigneurs, congnoissez de pie. Il fut bien
vray que le dit chevalier s'adventura trsfort, comme il est assez de
coustume aux jeunes gens, d'une trsbelle, gente et jeune dame, et du
quartier du pays o elle se tenoit la plus bruyant et la plus renomme.
Mais toutesfoiz, quelque pourchaz, quelque semblant, quelque devoir
qu'il sceust faire pour obtenir sa grace, jamais il ne peut parvenir
d'estre serviteur retenu; dont il estoit mains que bien content, attendu
que tant ardemment, tant loyallement et tant entierement l'amoyt que
jamaiz femme ne le fut mieulx. Et n'est pas  oblier que autant faisoit
pour elle qu'oncques serviteur fist pour sa dame, comme de joustes,
d'habillemens; et nantmains, comme dit est, tousjours trouvoit sa dame
rude et mal tractable, et luy monstrant mains de semblant d'amour que
par raison ne deust: car elle savoit, et de vray, que loyallement et
cherement de luy estoit bien fort ayme. Et  dire la verit, elle luy
estoit trop dure, et fait assez  penser qu'il procedoit de fiert, dont
elle estoit plus que bon ne luy fust, comme on disoit, remplye. Les
choses estans comme dit est, une aultre dame voisine et amye de la
dessus dicte, voyant la queste du dit chevalier, fut tant esprise de son
amour que plus on ne pourroit, et, par trop bonne fasson qui trop longue
seroit  descripre, fist tant que ce bon chevalier s'en apperceut; dont
il ne se meut que bien  point, tant fort s'estoit donn  sa rebelle et
rigoreuse maistresse. Trop bien, comme gracieux qu'il estoit, tout
sagement entretenoit celle de luy esprinse, affin que si  la
cognoissance de l'autre fust parvenu, cause n'eust eu d'en rien blasmer
son serviteur. Or escoutez quelle chose advint de ces amours, et quelle
en fut la conclusion. Ce bon chevalier amoureux, qui pour la distance du
lieu ne povoit estre si souvent emprs sa dame que son loyal cueur et
trop amoureux desiroit, s'advisa ung jour de prier aucuns chevaliers et
escuiers, ses bons amys, qui toutesfois de son cas rien ne savoient,
d'aller esbattre, voler et querir les livres en la marche du pais o
sa dame se tenoit, sachant de vray par ses espies que le mary d'elle n'y
estoit point, mais estoit venu  court, o souvent se tenoit, comme
celluy de qui se fait ce compte. Comme il fut propos de ce chevalier
amoureux et de ses compaignons, se partirent le lendemain, bien matin,
de la bonne ville o la court se tenoit, et, tout querans les livres
passrent temps jusques  basse nonne, sans boire ne sans menger. Et en
grand haste vindrent repaistre en ung petit village; et aprs le disner,
qui fut court et sec, montrent  cheval et de plus belles s'en vont
querans les livres. Et le bon chevalier, qui ne tiroit qu' une, menoit
tousjours la brigade le plus qu'il povoit arrire de la bonne ville, o
ses compaignons avoient grand vouloir de retirer, et souvent luy
disoient: La vespre approuche, il est heure de retirer  la ville; si
nous n'y advisons, nous serons enfermez dehors, et nous fauldra gesir en
ung meschant village et tous morir de faim.--Vous n'avez garde, disoit
nostre amoureux, il est encore heure assez; et au fort je say ung lieu
en ce quartier o l'on nous fera trsbonne chre; et pour vous dire, si
 vous ne tient, les dames nous festieront. Comme gens de court se
trouvent voluntiers avec les dames, ilz furent contens de soy gouverner
 l'appetit de celuy qui les avoit mis en train, et passrent le temps
querans les livres et les perdris tant que le jour dura. Or vint
l'heure de venir au logis, si dist le chevalier  ses compaignons:
Tirons, tirons pais, je vous mainray bien. Environ une heure ou deux
de nuyt, ce bon chevalier et sa compaignie arrivrent  la place o se
tenoit la dame dessus dicte, de qui tant fort estoit feru la guide de la
compaignie, qui mainte nuyt en avoit laiss le dormir. On hurta  la
porte du chasteau, et varletz assez tost vindrent avant, qui demandoient
qu'on vouloit. Et celuy  qui le fait touchoit print la parolle et leur
dist: Messeigneurs, monseigneur et madame sont ilz cans?--En verit,
respondit l'un pour tous, monseigneur n'y est pas, mais madame y
est.--Vous luy direz, s'il vous plaist, que telz et telz chevaliers et
escuiers de la court, et moy ung tel, venons d'esbatre et querre les
livres en ceste marche, et nous sommes esgarez jusques  ceste heure,
qui est trop tard de retourner  la ville. Si luy prions qu'il luy
plaise nous recevoir pour ses hostes pour meshuy.--Voluntiers, dist il.
Il vint faire ce message  sa maistresse, laquelle cy prins cy mis fist
faire la response sans venir vers eulx, qui fut telle: Monseigneur, dit
le varlet, madame vous fait savoir que monseigneur son mary n'est pas
icy, dont il luy desplaist, car, s'il y fust, il vous feist bonne chre;
et en son absence elle n'oseroit recevoir personne; si vous prie que luy
pardonnez. Le chevalier meneur de l'assemble, pensez qu'il fut bien
esbahy et trshonteux d'oyr ceste response, car il cuidoit bien veoir 
loisir sa maistresse et deviser tout son cueur saoul, dont il se treuve
arrire et bien loing; et encores beaucop luy grve d'avoir amen ses
compaignons en lieu o il s'estoit vant de les bien faire festoyer.
Comme sachant et gentil chevalier, il ne monstra pas ce que son pouvre
cueur portoit; si dist de plain visage  ses compaignons: Messeigneurs,
pardonnez moy que je vous ay fait paier la be; je ne cuidoie pas que
les dames de ce pais fussent si peu courtoises que de refuser ung giste
aux chevaliers errans; prens en pacience. Je vous promectz par ma foy
de vous mener ailleurs, ung peu ensus de cans, o l'on nous fera toute
aultre chre.--Or avant donc, dirent les aultres, picquez avant: bonne
adventure nous doint Dieu. Ilz se mettent au chemin; et estoit
l'intencion de leur guide de les mener  l'hostel de la dame dont il
estoit le cher tenu, et dont mains de compte il tenoit que par raison il
ne deust; et conclud  ceste heure de soy oster de tous poins de l'amour
de celle qui si lourdement avoit refus la compaignie, et dont si peu de
bien luy estoit venu estant en son service; et se delibera d'amer,
servir et obir tant que possible luy seroit celle qui tant de bien luy
vouloit, et o, se Dieu plaist, se trouvera tantost. Pour abreger, aprs
la grosse pluye que la compaignie eut plus d'une grosse heure et demye
sur le dos, ont arriv  l'hostel de la dame dont nagures parloye; et
hurta l'on de bon het  la porte, car il estoit bien tard, environ neuf
ou dix heures de nuyt, et doubtoient fort qu'on ne fust couch. Varlez
et meschines saillirent dehors, qui s'en vouloient aller coucher, et
demandent qu'est ce l? Et on leur dist. Ilz vindrent  leur maistresse,
qui estoit j en cotte simple, et avoit mis couvrechef de nuyt; et luy
dirent: Madame,  la porte est monseigneur de tel lieu, qui veult
entrer, et avec luy aucuns aultres chevaliers et escuiers de la court,
jusques au nombre de trois.--Ilz soient les trsbien venuz, dist elle;
avant, avant, vous telz et telz, allez tuer chappons et poullailles, et
ce que nous avons de bon, et mectez en haste. Bref, elle disposa comme
femme de bien et de grant faon, comme elle estoit et encores est, tout
subit les besoignes comme vous orrez tantost. Et print bien  haste sa
robe de nuyt, et ainsi attourne qu'elle estoit, le plus gentement
qu'elle peut vint au devant des seigneurs dessusdis, deux torches devant
elle et une seulle femme avecques elle, trsbelle fille; les aultres
mettoient les chambres  point. Elle vint rencontrer ses hostes sur le
pont du chasteau, et le gentil chevalier qui tant estoit en sa grace,
comme des aultres la guide et le meneur, se mist en front devant, et en
faisant les recognoissances, il la baisa, et puis aprs tous les aultres
la baisrent pareillement. Alors, comme femme bien enseigne, dist aux
seigneurs dessus ditz: Messeigneurs, vous soiez les trsbien venuz;
monseigneur tel, c'est assavoir leur guide, je le cognois de pie, il
est, de sa grace, tout de cens; s'il luy plaist, il fera mes
accointances devers vous. Pour abreger, accointances furent faictes,
le soupper assez tost apprest, et chacun d'eulx logi en belle et bonne
chambre bien garnye de tapisserie et de toute aultre chose necessaire.
Si vous fault dire que tantdiz que le soupper s'apprestoit, la dame et
le bon chevalier se devisrent tant et si longuement, et se porta
conclusion entre eulx que pour la nuyt ilz ne feroient que ung lit, car
de bonne adventure le mary n'estoit point lens, mais plus de quarante
lieues loing. Or est heure, tantdiz que ce soupper s'appreste, que ces
devises se font, et que l'on souppe le plus joyeusement que l'on
pourroit. Aprs les adventures du jour, que je vous dye de la dame qui
son hostel refusa  la brigade dessus dicte, mesmes  celuy que bien
savoit qui plus l'amoit que tout le monde, et fut si mal courtoise
qu'oncques vers eulx ne se monstra. Elle demanda  ses gens, quand ilz
furent vers elle retournez de faire leur message, quelle chose avoit
respondu le chevalier. L'un luy dist: Madame, il le fist bien court:
trop bien dist il qui menoit ses gens en ung lieu en sus d'icy o l'on
leur feroit tout recueil et meilleure chre. Elle pensa tantost ce qui
estoit et dist en soy mesmes: Ha! il s'en est all  l'ostel d'une
telle, qui, comme bien say, ne le voit pas envis. Lens se tractera, je
n'en doubte point, quelque chose  mon prejudice. Et elle estant en
ceste ymaginacion et pense, subitement le dur courage que tant rigoreux
avoit envers son serviteur port fut tout chang et alter, et en
trscordial et bon vouloir transmu, dont envye pour ceste heure fut
cause et motif; conclusion oncques ne fut tant rigoreuse que  ceste
heure trop plus ne soit doulce et desireuse d'accorder  son serviteur
tout ce qu'il vouldroit requerir. Ainsi va la besoigne. Et doubtant que
la dame o la brigade estoit ne joyst de celuy que tant avoit traict
durement, escripvit unes lettres de sa main  son serviteur, dont la
plus part des lignes estoient de son precieux sang escriptes, qui
contenoit en effect que, tantost ces lettres veues, toutes aultres
choses mises arrire, il venist vers elle avecques le porteur tout seul,
et il seroit si agreablement receu que oncques serviteur ne fut plus
content de sa dame qu'il seroit. Et, en signe de plus grand verit, mist
dedans la lettre ung dyamant que bien cognoissoit. Ce porteur, qui
estoit seur, print la lettre et vint trouver au lieu dessus dit le
chevalier auprs de son hostesse au souper et toute l'assemble. Tantost
aprs graces, le tira d'un cost, et, en luy baillant la lettre, dist
qu'il ne feist semblant de rien, mais qu'il accomplist le contenu. Ces
lettres veues, le bon chevalier fut bien esbahy et encores plus joyeux;
car combien qu'il eust conclu et deliber de soy retirer de l'amour et
accointance de celle qui luy escripvoit, si n'estoit il pas si converty
que la chose que plus il desiroit ne luy fust par ceste lettre permise.
Il tira son hostesse  part, et luy dist comment son maistre le mandoit
hastivement, et que force luy estoit de partir tout  ceste heure, et
monstroit bien semblant que bien luy desplaisoit. Celle qui estoit
auparavant la plus joyeuse, attendant ce que tant avoit desir, devint
triste et ennuyeuse,  peu de monstre. Il monte  cheval et laisse ses
compaignons lens, et avec le porteur des lettres vient et arrive
tantost aprs mynuyt  l'ostel de sa dame, de laquelle le mary estoit
nagures retourn de court et s'apprestoit pour s'en aller coucher, dont
Dieu scet en quel point en estoit celle qui son serviteur avoit mand
querir par ces lettres. Ce bon chevalier, qui tout le jour avoit culett
la selle, tant en la queste des livres comme pour querir logis, sceut 
la porte que le mary de sa dame estoit arriv, dont il fut aussi joyeux
que vous povez penser. Si demanda  sa guide qu'il estoit de faire? Si
advisrent ensemble qu'il feroit semblant de soy estre esgar de ses
compaignons, et que de bonne adventure il avoit trouv ceste guide qui
lens l'avoit adress. Comme il fut dit il fut fait, en la male heure,
et vint trouver monseigneur et madame, et fist son personnage ainsi
qu'il sceut. Aprs boire une foiz, qui pou de bien luy fist, on le mena
en sa chambre pour coucher, o gures ne dormit la nuyt, et lendemain au
matin avec son hoste  la court retourna sans riens accomplir du contenu
de la lettre dessus dicte. Et vous dy que l ne  l'aultre oncques puis
ne retourna, car tost aprs la court se partit du pais, et il suyvit le
train, et tout fut mis en non challoir et oubly, comme souvent advient.




LA IIII^{xx}IIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE LAUNOY.


Or escoutez, s'il vous plaist, qu'il advint en nostre chastellenie de
Lisle, d'un bergier des champs et d'une jeune pastorelle qui ensemble ou
assez prs l'un de l'autre gardoient leurs brebiz. March se porta entre
eulx deux, une foiz entre les aultres,  la semonce de nature, qui desj
les avoit elevez en eage de cognoistre que c'est de ce monde, que le
bergier monteroit sur la bergire pour veoir plus loing, pourveu
toutesfoiz qu'il ne l'embrocheroit neant plus avant que le signe qu'elle
mesme fist sur son instrument naturel du bergier de sa main, qui estoit
environ deux doiz, la teste franche; et estoit le signe fait d'une more
noire qui croist sur les hayes. Cela fait, ilz se mettent  l'ouvrage de
par Dieu, et bon bergier se fourre dedens, comme s'il ne coutast rien,
sans regarder mercque, ne signe, ne promesse qu'il eust faicte  sa
bergire, car tout ce qu'il avoit ensevelit jusques au manche; et si
plus en eust eu, il trouva lieu assez pour le loger. Et la belle
bergire, qui jamais ne fut  telles nopces, tant aise se trouva que
jamais ne voulsist faire aultre euvre. Les armes furent acheves, et se
tira tantost chacun vers ses brebis, qui desj s'estoient d'eulx fort
esloignes,  cause de leur absence. Tout fut rassembl et mis en bon
train, et bon bergier, pour passer temps comme il avoit de coustume, se
mist en contrepoix entre deux haloz sur une balochoure, et l
s'esbatoit et estoit plus aise que ung roy. La bergire se mist  faire
ung chapelet de florettes sur la rive d'un foss assez loignet de la
balochore au bergier, et regardoit tousjours, disant la chansonnette
jolye, pour veoir s'il reviendrait point  la morse; mais c'estoit la
maindre de ses penses. Et quand elle vit qu'il ne venoit point, elle
commence  hucher tant qu'elle peut: Hau! Hacquin! Hacquin! Et il
respond: Que veulx tu? que veulx tu?--Vien , vien , dit elle, si
feras. Mais elle disoit tout oultre; et Hacquin, qui en avoit son
saoul, luy respondit: En nom Dieu, j'ay aussi cher que je ne face neant
que je face; je m'esbas bien ainsi. Et toute jour balochoit. Et dame
bergire rehuche de plus belle: Vien , Hacquin, je te laisseray tout
bouter plus avant, sans faire mercque n'enseigne, ainsi que tu
vouldras.--Saint Jehan! dit Hacquin, j'ay pass le seing de la more, et
bout tout ens jusques aux pennes; mais vous n'en arez plus aussi
maintenant. Si se reprint Hacquin  balocher, et laissa la bergire
faire son chapellet,  qui bien desplaisoit de ce qu'il la laissoit
oyseuse.




LA IIII^{xx}IIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE VAURIN.


Comme il est de coustume par tous pas que par les villes et villages
souvent s'espartent les religieux mendians, tant de l'ordre des
Jacobins, Cordeliers, Carmes, et Augustins, pour prescher les vices, les
vertuz exaulser et loer, advint que,  Libers, bonne petite ville en la
cont d'Artoys, arriva ung carme du couvent d'Arras, par ung dimenche
matin, ayant intencion d'y prescher, comme il fist bien et dvotement et
haultement; car il estoit bon clerc et trs beau langagier. Tantdiz que
le cur disoit la grand messe, maistre carme se pourmenoit, attendant
que quelqu'ung le feist chanter pour gaigner deux patars ou trois gros;
mais nul ne s'en avanoit. Et ce voyant une ancienne damoiselle vefve, 
qui print piti du pouvre religieux, luy fist dire messe, et par son
varlet bailler deux patars, et encores prier de disner. Et maistre moyne
happa cest argent, promectant de venir au disner, comme il fist tantost
qu'il eut presch et que la grand messe de la parroiche fut finie. La
damoiselle qui l'avoit fait chanter et semondre au disner se partit de
l'eglise, elle et sa chambrire, et vindrent  l'ostel faire tout prest
pour recevoir le prescheur, qui en la conduicte d'un serviteur de la
dicte damoiselle vint arriver  l'ostel, o il fut receu bien
honnestement; et, aprs les mains laves, la damoiselle luy assigna sa
place, et elle se tint auprs de luy, et le varlet et la chambrire se
misrent  servir, et de prinsault apportrent la belle pore avecques
beau lard, et belles trippes de porc, et une langue de beuf rostie. Dieu
scet comment, tantost que damp moyne vit la viande, il tire ung beau,
long et large cousteau, bien trenchant, qu'il avoit  sa cincture, tout
en disant _Benedicite_, et puis se mect en besoigne  la pore. Tout
premirement qu'il eut despesche, et le lard aussi, sy prins cy mis, de
l il se tire  ces trippes belles et grasses, et fiert dedans comme ung
loup dedans les brebis. Et avant que la bonne damoiselle son hostesse
eust  moiti meng sa pore, il n'y avoit ne trippe ne trippette dedans
le plat. Si se prend  ceste langue de beuf, et de son coulteau bien
trenchant en deffist tant de pices qu'il n'en demoura oncques lopin. La
bonne damoiselle, qui tout ce sans mot dire regardoit, souvent regardoit
l'oeil sur son varlet et sa chambrire, et eulx, en soubzriant tout
doulcement, pareillement la regardoient. Elle fist apporter une pice de
bon beuf sal et une belle pice de mouton de bon endroit, et mettre sur
la table. Et bon moine, qui n'avoit appetit nesq'un chien, s'apiert  la
pice de beuf, et s'il avoit eu peu de piti des trippes et de la langue
de beuf, encores en eut il mains de mercy de ce beau beuf entrelard.
Son hostesse, qui grand plaisir prenoit  le veoir menger, trop plus que
le varlet et la meschine, qui entre leurs dens le maudisoient, luy
faisoit tousjours emplir sa tasse si tost qu'elle estoit vuide. Et
pensez qu'il descouvroit bien viande, et point n'espargnoit le boire. Il
avoit si grand haste de fournir son pourpoint qu'il ne disoit mot, si
pou non. Quand la pice de beuf fut comme toute menge et despesche, et
plus part de celle de mouton, de laquelle l'ostesse avoit ung tantinet
meng, elle voyant que son hoste n'estoit encores saoul, fist signe  sa
chambrire qu'elle apportast ung gros jambon cuict du jour devant pour
la garnison de l'ostel. La chambrire, tout maudisant le prestre qui
tant gourmandoit, fist le commendement de sa maistresse, et mist le
jambon sur la table. Et bon moyne, sans demander qui vive, frappe sus et
le navra et affola; car de prinsault il luy trencha le jaret, et,
ensuyvant le termin propos, de tous poins le desmembra, et n'y laissa
que les os. Qui adonc veist rire le varlet et la meschine, il n'eust
jamais eu les fivres, car il avoit desgarny tout l'ostel, et avoient
grand doubte qu'il ne les mangeast aussi. Pour abrger, aprs tous les
mets dessusdiz, la dame fist mectre  la table ung trs beau fromage
gras, et ung plat bien fourny de tartes, de pommes, et de fromage,
avecques la belle pice de beurre frez, dont on ne rapporta si petit
non. Le disner fut fait ainsi qu'avez oy, et vint  dire graces, que
maistre prescheur pronuna enfl comme ung ticquet, et en l fin il dist
 son hostesse: Damoiselle, je vous mercye de voz biens; vous m'avez
tenu bien aise, la vostre mercy. Je prie  celuy qui repeut cinq mille
hommes de pains d'orge et de deux poissons, dont aprs qu'ilz furent
saoulez de menger, demoura de relief xij. corbeilles, qu'il le vous
veille rendre.--Saint Jehan, dist la meschine, qui s'avana de parler,
sire, vous en povez bien tant dire; je croy que, si vous eussez est
l'un de ceulx qui l furent repeuz, qu'on n'en eust point rapport de
relief, car vous eussez bien tout mang, et moy aussi se je y eusse
est.--Vrayement, m'amye, dit le moyne, qui estoit ung garin tout fait,
je ne vous eusse point menge, mais je vous eusse bien embroche et mise
en rost, ainsi que vous pensez qu'on fait. La dame commena  rire, et
si firent le varlet et la chambrire, malgr qu'ilz en eussent. Et
nostre moyne, qui avoit la panse farcye, mercya de rechef son hostesse,
qui si bien l'avoit repeu, et s'en alla en quelque aultre village
gaigner son soupper; je ne say s'il fut tel que le disner.




LA IIII^{xx}IIIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR LE MARQUIS DE ROTHELIN.


Tandiz que quelqu'ung s'avancera de dire quelque bon compte, j'en feray
ung petit qui ne vous tiendra gures, mais il est veritable et de nouvel
advenu. J'avoie ung mareschal qui bien et longuement m'avoit servy de
son mestier; il luy print volunt de soy marier; si le fut, et  la plus
devoie femme qui fust, comme on disoit, en tout le pas. Et quand il
cogneut que par beau ne par lait il ne la povoit oster de sa mauvaisti,
il l'abandonna, et ne se tint plus avec elle, mais la fuyoit comme
tempeste; car, s'il l'eust sceue en une place, jamais n'y eust tir,
mais tousjours au contraire. Quand elle vit qu'il la fuyoit ainsi, et
qu'elle n'avoit  qui tencer ne monstrer sa devoie manire, elle se
mist en la queste de luy et partout le suyvoit, Dieu scet disant quelx
motz; et l'aultre se taisoit et picquoit son chemin. Et elle tant plus
montoit sur son chevalet, et disoit de maulx et de maledictions  son
pouvre mary, plus que ung deable ne saroit faire  une ame damne. Un
jour entre les aultres, voyant que son mary ne respondoit mot  chose
qu'elle proposast, le suyvant par la rue, devant tout le monde cryoit
tant qu'elle povoit: Vien-, traistre! parle  moy; je suis  toy, je
suis  toy. Et mon mareschal, qui estoit devant, disoit  chacun mot
qu'elle disoit: J'en donne ma part au deable, j'en donne ma part au
deable. Et ainsi la mena tout du long de la ville de Lille toujours
cryant: Je suis  toy; et l'autre respondoit: J'en donne ma part au
deable. Tantost aprs, comme Dieu voulut, ceste bonne femme mourut, et
l'on demandoit  mon mareschal s'il estoit fort courrouci de la mort de
sa femme, et il disoit que jamais si grand eur ne luy vint, et que si
Dieu luy eust donn ung souhait  choisir, il eust demand la mort de sa
femme, laquelle, disoit il, estoit tant male et obstine en malice que,
si je la savoye en paradis, je n'y vouldroye jamais aller tant qu'elle y
fust, car impossible seroit que paix fust en nulle assemble o elle
fust. Mais je suis seur qu'elle est en enfer, car oncques choses cree
n'approucha plus  faire la manire des deables qu'elle faisoit. Et
puis on luy disoit: Et vrayement il vous fault remarier et en querre
une bonne, paisible et preude femme.--Maryer! disoit il; j'aymeroye
mieulx me aller pendre au gibet que jamais me rebouter ou dangier de
trouver enfer, que j'ay, la Dieu mercy,  ceste heure pass. Ainsi
demoura et est encores; ne say je qu'il fera.




LA IIII^{xx}Ve NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE SANTILLY.


Depuis cent ans en  ou environ, s marches de France est advenu, en
une bonne paroisse, une joyeuse adventure que je mettray ycy pour
croistre mon nombre, et pource qu'elle est digne d'estre ou reng des
aultres. En ladicte bonne ville avoit ung mary, de qui la femme estoit
belle, doulce et gracieuse, et avec tout ce trsamoureuse d'un seigneur
d'eglise, son propre cur et prochain voisin, qui ne l'aimoit rien mains
qu'elle luy; mais de trouver la manire comment ilz se pourroient
conjoindre bien amoureusement ensemble fut difficile, combien qu'en la
fin fust trouve, et par l'engin de la dame, en la fasson que je vous
diray. Le bon mary orfvre estoit, tant allum et ardent en convoitise
qu'il ne dormoit heure ne bon somme pour labourer. Chacun jour se levoit
une heure ou deux devant jour, et laissoit sa femme prendre la longue
crastine jusques  viij. ou  ix. heures, ou si longuement qu'il luy
plaisoit. Ceste bonne et entire amoureuse, voyant son mary chacun jour
continuer la diligence et entente de soy lever pour ouvrer et marteler,
s'advisa qu'elle employroit avecques son cur le temps qu'elle estoit
habandonne de son mary, et que  telle heure son dit amoureux la
pourroit visiter sans le sceu de son dit mary, car la maison du cur
tenoit  la sienne sans moyen. La bonne manire fut descouverte et mise
en termes  nostre cur, qui la prisa trsbien, et luy sembla bien que
trsaisment le feroit et secretement. Ainsi doncques que la faon fut
trouve et mise en termes, tout ainsi fut elle execute, et le plustost
que les amans purent, et la continurent par aucun temps qui dura assez
longuement. Mais comme fortune, envyeuse peut estre de leur bien et
doulx passetemps, le vouloit, leur cas fut descouvert maleureusement en
la manire que vous orrez. Cest orfvre avoit ung serviteur, qui estoit
amoureux et jaloux trsgrandement de sa dame; et pource que
trssubtilement avoit perceu nostre maistre cur parler  sa dame, il se
doubtoit trsfort de ce qui estoit. Mais la manire comment ce povoit
faire, il ne le pouvoit ymaginer, si n'estoit que le cur viensist 
l'heure qu'il forgeoit au plus fort avec son maistre. Ceste ymaginacion
lui hurta tant  la teste qu'il fist le guet et se mist aux escoutes
pour savoir la verit de ce qu'il ignoroit. Il fist si bon guet qu'il
perceut et eut vraye experience du fait; car, une matine, il vit le
cur venir tantost aprs que l'orfvre fut vuid de sa chambre, et y
entrer, puis fermer l'huys. Quand il fut bien asseur que sa suspicion
estoit vraye, il se descouvrit  son maistre, et luy dist en ceste
manire: Mon maistre, je vous sers, de vostre grce, non pas seulement
pour gaigner vostre argent, menger vostre pain, et faire bien et
loyalement vostre besoigne, mais aussi pour garder vostre honneur et
vostre dommage empescher; et si aultrement faisoie, digne ne seroye
d'estre vostre serviteur. J'ay eu ds pie suspicion que nostre cur
vous feist desplaisir, et le vous ay cel jusques ore que j'en ay eu la
vraye experience; et affin que vous ne cuidez que je vous veille en vain
tromper, je vous prie que nous allions en vostre chambre, et say que
l'on l'y trouvera maintenant. Quand le bon homme oyt ces nouvelles, il
se tint trsbien de rire, et fut content de visiter sa chambre en la
compaignie de son varlet, qui luy fist promectre qu'il ne tueroit point
le cur, car aultrement ne luy vouloit point tenir compaignie, mais trop
bien vouloit qu'il fust bien puny. Ilz montrent en la chambre, qui fut
tantost ouverte; et le mary entra le premier, et vit que monseigneur le
cur tenoit sa femme entre ses braz et forgeoit ainsi qu'il povoit; si
s'escrya disant: A mort,  mort, ribauld! Qui vous a cy bout? Qui fut
adoncques bien esbahy, ce fut maistre cur, et demanda mercy. Ne sonnez
mot, ribauld prestre, ou je vous tueray maintenant.--Ha! mon voisin,
pour Dieu mercy, dit le cur, faicte de moi vostre bon plaisir.--Par
l'ame de mon pre, avant que vous m'eschappez, je vous mettray en tel
estat que jamais n'arez volunt de marteler sur enclume femenine. Sus,
laissez vous manyer, si vous ne voulez morir. Le pouvre maleureux se
laissa lyer par ses deux ennemis sur ung bancq, le ventre dessus, et les
deux jambes esrailles en dehors du bancq. Si bien fut ly qu'il ne
povoit rien mouvoir que la teste; puis fut port ainsi marescauci en
une petite maisonnette qui estoit derrire l'ostel de l'orfvre, et
estoit la place o il fondoit son argent. Quand il fut ou lieu o l'on
le vouloit avoir, l'orfvre envoya querir deux grands clouz  large
teste, desquelx il attacha au bancq les deux marteaulx qui avoient en
son absence forg sur l'enclume de sa femme, et puis le deslya de tous
poins. Si print aprs une poigne d'estrain, et en bouta le feu en la
maisonnette, et habandonna nostre cur, et s'enfuyt en la rue crier au
feu. Quand le prestre se vit environn de feu, et que remde n'y avoit
qu'il ne luy faillist perdre les genitoires ou estre brull, se lve et
s'encourt, et laisse sa bourse cloe. L'effroy du feu fut tantost elev
par toute la rue; si venoient les voisins pour l'estaindre. Mais nostre
cur les faisoit retourner, disant qu'il en venoit, et que tout le
dommage qui en povoit advenir estoit j advenu, et que aider plus n'y
pouvoient; mais il ne leur disoit pas que le dommage luy competoit.
Ainsi fut le pouvre amoureux cur salari du service qu'il fist 
amours, par le moien de la faulse et traistresse alousie du varlet,
comme vous avez oy.




LA IIII^{xx}VIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR PHILIPE VIGNIER, ESCUIER DE LA CHAMBRE DE MONSEIGNEUR.


En la bonne ville de Rouen, puis peu de temps en , ung jeune homme
print  mariage une tendre jeune fille, aage de XV ans ou environ. Le
jour de leur grand feste, c'est assavoir des nopces, la mre de ceste
fille, pour garder et entretenir les cerimonies accoustumes en tel
jour, escolla et introduisit la dame des nopces, et luy aprint comment
elle se devoit gouverner pour la premire nuyt avec son mary. La belle
fille,  qui tardoit l'attente de la nuyt dont elle recevoit la
doctrine, mist grosse peine et grand diligence de retenir la leczon de
sa bonne mre; et luy sembloit bien que quand l'heure seroit venue o
elle devroit mettre  execution celle leczon, qu'elle en feroit si bon
devoir que son mary se loeroit d'elle, et en seroit trscontent. Les
nopces furent honorablement faictes en grand solennit, et vint la
desire nuyt; et tantost aprs la feste faillye, que les jeunes gens
furent retraiz et qu'ilz eurent prins congi du sire des nopces et de sa
dame, la bonne mre, les cousines, voisines et aultres prives femmes
prindrent nostre dame des nopces et la menrent en la chambre o elle
devoit coucher pour la nuyt avec son espous, o elles la desarmrent de
ses atours, joyaux, et la firent coucher ainsi qu'il estoit de raison;
puis luy donnrent bonne nuyt, l'une disant: M'amye, Dieu vous doint
joye et plaisir de vostre mary, et tellement vous gouverner avecques luy
que ce soit au salut de voz deux ames. L'autre disoit: M'amye, Dieu
vous doint telle paix et concordance avec vostre mary que puissez faire
euvre dont les sains cieulx soient remplis. Et ainsi chacune faisant sa
prire se partit. La mre, qui demoura la derrenire, reduist  memoire
son escoliere sur la doctrine et leczon que aprinse luy avoit, luy
priant que penser y voulsist. Et la bonne fille, qui, comme l'on dit
communement, n'avoit pas son cueur en sa chausse, respondit que
trsbonne souvenance avoit de tout, et que bien l'avoit, Dieu mercy,
retenu. C'est bien fait, dist la mre; or je vous laisse et vous
recommende  la grace de Dieu, luy priant qu'il vous donne bonne
adventure. Adieu, belle fille.--Adieu, bonne et sage mre. Si tost que
la maistresse de l'escole fut vuide, nostre mary, qui  l'huys
n'attendoit aultre chose, entra ens; et la mre l'enferma et tira
l'huys, et luy pria qu'il se gouvernast sagement avec sa fille. Il
promist que aussi feroit il; et si tost que l'huys fut ferm, il, qui
n'avoit que son pourpoint en son dos, le rue jus et monte sur le lit, et
se joinct au plus prs de sa dame la lance au poing, et luy presente la
bataille. A l'approucher de la barrire o l'escarmouche se devoit
faire, la dame prend et empoigne ceste lance droicte comme ung cornet de
vachier; et tantost qu'elle la sent aussi dure et de grosseur trsbonne,
s'escrye, disant que son escu n'estoit assez puissant pour recevoir les
horions de si gros fust. Quelque devoir que nostre mary peust faire, ne
peut trouver la manire d'estre receu  cest escu ne ceste jouste; la
nuyt se passa sans rien besoigner, qui despleut moult  nostre sire des
nopces. Mais au fort il print pacience, esperant recouvrer tout la nuyt
prochaine, o il fut autant oy que  la premire, et ainsi  la
troisiesme, quatriesme, et jusques  la quinziesme, o les armes furent
accomplies, comme je vous diray. Quand les xiij. jours furent passez que
noz deux jeunes gens sont mariez, combien qu'ilz n'eussent encores
ensemble tenu mesnage, la mre vint visiter son escolire, et, aprs
cent mille devises qu'elles eurent ensemble, luy demanda l'on de ce mary
quel homme il estoit, et s'il faisoit bien son devoir. Et la fille
disoit qu'il estoit trsbon homme, doulx et paisible. Voire mais,
disoit la mre, fait il bien ce que l'on doit faire?--Oy, disoit la
fille, mais...--Quelz mais? Il y a  dire en son fait, dit la mre, je
l'entends bien; dictes le moy et ne le me celez point. Est-il homme pour
accomplir le deu  quoy il est oblig par mariage et dont je vous ay
baill la leczon? La bonne fille fut tant presse qu'il luy convint
dire que l'on n'avoit encores rien besoign en son ouvrouer; mais elle
taisoit qu'elle fust cause de la dilacion, et que tousjours eust refus
la jouste. Quand la mre entendit ces doloreuses nouvelles, Dieu scet
quelle vie elle mena, disant que par ses bons dieux elle y mettroit
remde et bref, et que tant avoit de bonne accointance de monseigneur
l'official de Roen qu'il luy seroit amy et qu'il favoriseroit  son bon
droit. Or , ma fille, dist elle, il vous convient desmarier; je ne
fais nulle doubte que je n'en trouve bien la fasson; et soiez seure que
vous le serez ainois qu'il soit deux jours de ceste heure, et vous
feray avoir aultre homme qui si paisible ne vous lairra; laissez moy
faire. Ceste bonne femme,  demy hors du sens, vint compter ce grand
meschef  son mary, pre de la fille dont je fais mon compte, et luy
dist bien comment ilz avoient perdu leur fille, amenant les raisons pour
quoy et comment, et concluant aux fins de la desmarier. Tant bien compta
sa cause que son mary tira de son cost, et fut content que l'on feist
citer nostre nouveau mary, qui ne savoit rien de ce qu'ainsi on se
plaignoit de luy sans cause. Toutesfoiz il fut cit  personnellement
comparoir  l'encontre de monseigneur le promoteur,  la requeste de sa
femme, et par devant monseigneur l'official, pour quitter sa femme et
luy donner licence d'aultre part soy marier, ou alleguer les causes et
raisons pour quoy, en tant de jours qu'il avoit est avec elle, n'avoit
monstr qu'il estoit homme comme les aultres, et fait ce qu'il
appartient aux mariez. Quand le jour fut venu, les parties se
presentrent en temps et lieu; ils furent huchez  dire et plaidoyer
leur cause. La mre  la nouvelle marie commena  compter la cause de
sa fille, et Dieu scet comment elle alleguoit les loiz que l'on doit
maintenir en mariage, lesquelles son gendre n'avoit accomplies ne
d'elles us; pour quoy requeroit qu'il fust desjoinct de sa fille, et de
ceste heure mesme, sans faire long procs. Le bon jeune homme fut bien
esbahy quand ainsi oyt blasmer ses armes; gures n'attendit  respondre
aux allegations de son adversaire, et trsfroidement et de manire
rassise compter son cas, et comment la femme luy avoit tousjours fait
refus quand il avoit voulu faire le devoir. La mre, oyant ces
responses, plus marrye que devant, combien que  peine le vouloit elle
croire, demanda  sa fille s'il estoit vray ce que son mary avoit
respondu; et elle dist: Vrayement, mre, oy.--Ha! maleureuse, dist la
mre, comment l'avez vous refus? Que vous avoye dit et monstr pluseurs
foiz? Vous avoys je baill celle leczon? La pouvre fille ne savoit que
dire, tant estoit honteuse et desplaisante. Toutesfoiz, dist la mre,
je veil savoir la cause pour quoy vous avez fait le refus si vous ne me
voulez courousser mortellement, car je n'aray jamais bien, ou si saray
pour quoy et quelle raison vous n'avez voulu consentir  vostre mary.
La fille confessa tout, et dist ouvertement en jugement que pource
qu'elle avoit trouve la lance de son champion si grosse, ne luy avoit
os bailler l'escu, doubtant qu'il ne la tuast, comme elle encores en
doubtoit, et ne se vouloit desmouvoir de ceste doubte, combien que sa
mre luy disoit que doubter ne craindre n'en devoit. Et aprs ce,
adressa sa parolle au juge en disant: Monseigneur l'official, vous avez
oy la confession de ma fille et les defences de mon gendre; je vous
prie, appoinctez sur le different et rendez vostre sentence
diffinitive. Monseigneur l'official, pour appoinctement, fist couvrir
un lit en sa maison, et ordonna par arrest que les deux mariez yroient
coucher ensemble, enjoignant  la marie qu'elle empoignast baudement le
bourdon joustouer et le mist ou lieu o il estoit ordonn. Et quand
celle sentence fut rendue, la mre dist: Grand mercy, monseigneur
l'official, vous avez trsbien jug. Or avant, ma fille, faictes ce que
vous devez faire, et gardez de venir  l'encontre de l'appoinctement de
monseigneur l'official; mettez la lance ou lieu o elle doit estre.--Et
je suis au fort contente, dist la fille, de la mettre et bouter o il
faut, mais si elle y devoit pourrir, je ne l'en retireray j. Ainsi se
partirent de jugement, et allrent mettre  execution sans sergent la
sentence de monseigneur l'official, car eulx mesmes firent l'execution.
Et par ce moyen nostre gendre vint  chef de sa jousterie, dont il fut
plutost tann que celle qui n'y avoit voulu entendre.




LA IIII^{xx}VIIe NOUVELLE.

PAR MONSIEUR LE VOYER.


Au gent et plantureux pais de Hollande avoit, n'a pas cent ans, ung
gentil chevalier log en ung bel et bon hostel o il y avoit une
trsbelle jeune chambrire servant, de laquelle trsamoureux estoit, et
pour l'amour d'elle tant avoit fait au fourrier du duc de Bourgoigne,
que cest hostel luy avoit delivr, affin de mieulx pourchasser et
conduire sa queste, et venir aux fins et intencions o il entendoit et
o amours le faisoient encliner. Quand il eut est environ cinq ou vj.
jours en ceste hostelerie, luy survint par accident une maleureuse
adventure, car une maladie le print en l'oeil si grieve, qu'il ne le
povoit tenir ouvert, tant en estoit aspre la doleur. Et pour ce que
trsfort doubtoit de le perdre, mesmement que c'estoit le membre o il
devoit plus de guet et de soing, manda le cyrurgien de monseigneur le
duc, qui pour ce temps en la ville estoit. Et devez savoir que ledit
cyrurgien estoit ung trsgentil compaignon, le plus renomm du pais, et
le fist venir parler  luy. Et sitost que maistre cyrurgien vit cest
oeil il le jugea comme perdu, ainsi par adventure qu'ils sont
coustumiers de juger des maladies, affin que quand ilz les ont sanez,
ils en emportent plus de prouffit et de loenge. Le bon chevalier,  qui
desplaisoit d'oyr telles nouvelles, demandoit s'il y avoit nul remde
pour le garir; et l'autre dist que trsdifficile seroit, neantmoins il
oseroit bien entreprendre  garir avec l'ayde de Dieu, mais qu'on le
voulsist croire. Si vous me voulez garir et delivrer de ce mal sans la
perte de mon oeil, je vous donneray bon vin, dit le chevalier. Le
march fut fait, et entreprint garir net cest oeil, Dieu avant, et
ordonna les heures qu'il viendroit chacun jour pour le mettre  point.
Or entendez que chacune foiz que nostre cyrurgien venoit visiter son
malade, la belle chambrire le compaignoit et tenoit tousjours ou boitte
ou palette, et aidoit  remuer le pouvre patient, qui oublyoit la moiti
de son mal quand il sentoit la presence de sa dame. Si ce bon chevalier
estoit bien feru et avant de ceste chambrire, si fut le cyrurgien, qui,
toutes les foiz qu'il venoit faire sa visitacion, fichoit ses doulx
regards sur ce beau poly viaire de ceste chambrire, et tant s'i ahurta
qu'il luy declara son cas, et eut trsbonne audience, car de prinsaut on
luy accorda et passa ses doulces requestes; mais la manire comment on
pourroit actuellement et par effect mettre  execution ses ardans
desirs, l'on ne la savoit comment trouver. Or toutesfoiz,  quelque
peine que ce fut, la faon fut trouve par la prudence et subtilit du
cyrurgien, qui, fut telle: Je donneray, dist il,  entendre 
monseigneur mon patient que son oeil ne se peut garir si n'est que son
aultre oeil soit cach, car l'usage qu'il a  regarder empesche la
garison de l'autre malade. S'il est content, dit il, qu'il soit cach et
bend, ce nous sera la plus convenable voye du monde pour prendre nos
delicz et plaisances, et mesmement en sa chambre, affin que l'on y
prenne mains de suspicion. La fille, qui avoit aussi grant desir que le
cyrurgien, prisa trsbien ce conseil, ou cas que ainsi ce pourroit
faire. Nous l'essayerons, dit le cyrurgien. Il vint  l'heure
accoustume voir cest oeil malade, et quand il l'eut descouvert fist
bien de l'esbahy: Comment! dit il, je ne vis oncques tel mal; cest oeil
cy est plus lait qu'il y a xv. jours. Certainement, monseigneur, il sera
bon mestier que vous ayez pacience.--Comment? dit le chevalier.--Il
fault que vostre bon oeil soit couvert et cach tellement qu'il n'ayt
point de lumire une heure ou environ aprs que je aray assis
l'emplastre et ordonn l'autre; car en verit il l'empesche  garir sans
doubte. Demandez, disoit il,  ceste belle fille qui l'a veu chacun
jour, comment il amende. Et la fille disoit qu'il estoit plus lait que
paravant: Or , dit le chevalier, je vous habandonne tout; faictes de
moy tout ce qu'il vous plaist; je suis content de cligner tant que l'on
vouldra, mais que garison s'ensuive. Les deux amans furent adonc bien
joyeux, quand ilz virent que le chevalier fut content d'avoir l'oeil
cach. Quand il fut appoinct et qu'il eut les yeulx bandez, maistre
cyrurgien fainct de partir comme il avoit de coustume, promettant de
tantost revenir pour descouvrir cest oeil. Il n'ala gures loing, car
assez prs de son pacient, sur une couche jecta sa dame, et d'aultre
planecte qu'il n'avoit remu son chevalier visita les cloistres secrez
de la chamberiere. Trois, quatre, cinq, six foiz maintint ceste manire
de faire envers ceste belle fille, sans ce que le chevalier s'en donnast
garde, combien qu'il en oyst la tempeste, mais non sachant que ce
vouloit estre, jusques  six foiz qu'il se doubta pour la continuacion;
 laquelle foiz, quand il oyt le tamburch et noise des combattans,
esracha bandeaulx et emplastres, et rua tout au loing, et vit les deux
amoureux qui se demenoient tellement l'un contre l'autre qu'il sembloit
qu'ilz deussent menger l'un l'autre, tant mettoient et joindoient leurs
dens ensemble. Et qu'est ce l, dist-il, maistre cyrurgien? m'avez vous
fait jouer  la cligne musse pour me faire ce desplaisir? Doit estre mon
oeil gary par ce moien? Dictes, m'avez vous baill de ce jeu? Et, par
saint Jehan! je m'en doubtoie bien que j'estoie plus souvent visit pour
l'amour de ma chambrire que pour mes beaulx yeulx. Or, bien, bien, je
suis en vostre dangier, sire, et ne me puis encore venger; mais ung jour
viendra que je vous feray souvenir. Le cyrurgien, qui estoit le plus
gentil compaignon et des aultres le meilleur homme, commena  rire, et
firent la paix, et croy bien que tous deux, quand l'oeil fut gary,
s'accordrent  besoigner par terme.




LA IIII^{xx}VIIIe NOUVELLE.

PAR ALARDIN.


En une gente petite ville cy entour, que je ne veil pas nommer, est n'a
gures advenu adventure dont je vous fourniray une petite nouvelle. Il y
avoit ung bon, simple, rude paisant, mari  une plaisant et assez gente
femme, laquelle laissoit le boire et le menger pour amer par amours. Le
bon mary d'usage demouroit trssouvent aux champs, en une maison qu'il y
avoit, aucunesfoiz trois jours, aucunesfoiz quatre jours, aucunesfoiz
plus, aucunesfoiz mains, ainsi qu'il luy venoit  plaisir, et laissoit
sa femme prendre du bon temps  la bonne ville, comme elle faisoit; car
affin qu'elle ne s'espantast, elle avoit toujours ung homme qui gardoit
la place du bon homme et entretenoit son ouvrouer de paour que le rouil
ne s'i prenist. La rgle de ceste bonne bourgoise estoit de attendre
toutesfoiz son mary jusques ad ce qu'on ne voyoit gures, et jusques ad
ce qu'elle se tenoit seure de son mary qu'il ne retourneroit point ne
laissoit venir le lieutenant, de paour que tromp ne feust. Elle ne
sceut mettre si bonne ordonnance en sa veille ou rgle accoustume que
trompe ne fust; car une foiz, ainsi que son mary avoit demour deux ou
trois jours routiers, et pour le quatriesme avoit attendu aussi tard
qu'il estoit possible avant la porte clorre de la ville, cuidant que
pour ce jour ne deust point retourner, ferma l'huys et les fenestres
comme les aultres jours, et mist son amoureux au logis, et commencerent
 boire d'autant et faire grand chre. Gures n'avoient assis  la table
que nostre mary vint hucquer  l'huys, tout esbahi qu'il le trouva
ferm. Et quand la bonne dame l'oyt, fist sauver son amoureux et le fist
bouter soubz le lict, pour le plus abreger, puis vint demander  l'huys
qui avoit hurt: Ouvrez, ouvrez, dist le mary.--Ha mon mary, dit-elle,
estes vous l? Je vous devoye demain bien matin envoier ung message et
faire savoir que ne retournissiez point.--Comment! quelle chose y a il?
dit le bon mary.--Quelle chose? vrai Dieu de paradis! dit elle; helas!
les sergens ont est cans plus de deux heures et demye, pour vous mener
en prison.--En prison! dit il; comment, en prison? Quelle chose ay je
meffait! A qui dois-je? Qui se plaint de moy?--Je n'en scay rien, dit la
ruse, mais ilz avoient grand volunt de mal faire; ilz sembloit qu'ilz
voulsissent tuer quaresme.--Voire mais, disoit nostre ami, ne vous ont
ilz point dit quelle chose ilz me vouloient?--Nenny, dit elle, fors que
s'ilz vous tenoient, vous n'eschapperiez de la prison devant long
temps.--Ils ne me tiennent pas, Dieu mercy, encores! A dieu, je m'en
retourne.--O yrez vous? dit elle, qui ne demandoit aultre chose.--Dont
je viens, dit il.--Je yray doncques avec vous, dit-elle.--Non ferez;
gardez bien et gracieusement la maison, et ne dictes point que j'ay icy
est.--Puis que vous voulez retourner aux champs, hastez vous, dit elle,
avant que l'on ferme la porte; il est j tard.--Quand elle seroit
ferme, si feroit tant le portier pour moy qu'il reouvriroit
trsvoluntiers. A ces motz il se part, et quand il vint  la porte, il
la trouva ferme, et pour prire qu'il sceust faire, le portier ne la
voult ouvrir. Il fut bien mal content de ce qu'il convenoit qu'il
retournast  sa maison, doubtant les sergents; toutesfoiz falloit il
qu'il y retournast, s'il ne se vouloit coucher sur les rues. Il vint
arrire hurter  son huys, et la dame, qui s'estoit reatelle avecques
son amoureux, fut plus esbahie que devant; elle sault sus, et vint 
l'huys toute esperdue, disant: Mon mary n'est point revenu, vous perdez
temps.--Ouvrez, ouvrez, m'amye, dit le bonhomme, ce suis-je.--Hellas!
hlas! vous n'avez point trouv la porte ouverte. Je m'en doubtoye bien,
dit elle; veritablement, je ne voy remde en vostre fait que ne soiez
prins, car les sergens me dirent, il m'en souvient maintenant, qu'ilz
retourneroient sur la nuyt.--Or , dist-il, il n'est mestier de long
sermon; advisons qu'il est de faire.--Il vous faut musser quelque part
ceans, dit elle, et si ne say lieu ne retraict o vous puissez estre
bien asseur.--Seroye je point bien, dit l'autre, en nostre colombier?
qui me chasseroit l? Et elle, qui fut moult joyeuse de ceste invencion
et expedient trouv, feindant toutesfoiz, dist: Le lieu n'est grain
honneste; il y fait trop puant.--Il ne me chault, dit-il; j'ayme mieulx
me bouter l pour une heure ou deux et estre sauv, que en aultre
honeste lieu et estre trouv.--Or a, dit elle, puis que vous avez ce
ferme et bon courage, je suis de vostre opinion que vous y mussiez. Ce
vaillant homme monta en ce colombier, qui se fermoit par dehors  clef,
et se fist illec enfermer, et pria sa femme que si les sergens ne
venoient tantost aprs, qu'elle le mist dehors. Nostre bonne bourgoise
habandonna son mary, et le laissa toute la nuyt rencouller avec les
colons,  qui ne plaisoit gures, et n'estoit de mot sonn ne huch;
tousjours doubtoit ces sergens. Au point du jour, qui estoit l'heure que
l'amoureux se partoit du logis, ceste bonne femme vint hucher son mary
et luy ouvrit l'huys, qui demanda comment on l'avoit l laiss si
longuement tenir compagnie aux colons. Et elle, qui estoit faicte 
l'euvre, luy dist comment les sergens avoient toute nuyt veill autour
de leur maison, et que pluseurs foiz avoit  eulx devis, et qu'ilz ne
faisoient que partir, mais ilz avoient dit qu'ilz viendroient  telle
heure qu'ils le trouveroient. Le bon homme, bien esbahy quelle chose
ces sergens luy povoient vouloir, se partit incontinent et retourne aux
champs, promettant bien que de long temps ne reviendroit. Et Dieu scet
que la gouge le print bien en gr, combien qu'elle s'en monstrast
doloreuse. Et par tel moien elle se donna meilleur temps que devant, car
elle n'avoit quelque soing du retour de son mary.




LA IIII^{xx}IXe NOUVELLE.

PAR PONCELET.


En ung petit hamelet ou village de ce monde, assez loing de la bonne
ville, est advenue une petite histoire qui est digne de venir en
l'audience de vous, mes bons seigneurs. Ce village ou hamellet, ce m'est
tout ung, estoit habit d'un moncelet de bons, rudes et simples paysans
qui ne savoient comment ilz devoient vivre. Et si bien rudes et non
sachans estoient, leur cur ne l'estoit pas une once mains, car luy
mesme failloit  cognoistre ce qui est necessaire  tous generalement,
comme je vous en monstreray par l'experience, par ce qui luy advint.
Vous devez savoir que ce prestre cur, comme je vous ay dit, avoit sa
teste affule de simplesse si parfecte, qu'il ne savoit point annuncer
les festes des sains, qui viennent chacun an et  jour determin, la
plus part, comme chacun scet. Et quand ses parroissiens demandoient
quand la feste seroit, il failloit  la coup de le dire. Entre aultres
telles faultes qui souvent advenoient, en fist une qui ne fut pas
petite, car il laissa passer cinq sepmaines du quaresme sans point
l'annuncer  ses parroissiens. Mais entendez comment il perceut qu'il
avoit failly. Le samedy qui estoit la nuyt de la blanche Pasque, que
l'on dist Pasques flories, luy vint volunt d'aller  la bonne ville
pour aucune chose qu'il y besoignoit. Quand il entra en la bonne ville,
et qu'il chevauchoit parmi les rues, il perceut que les prestres
faisoient provision de palmes et aultres verdures, et veoit que au
march on les vendoit pour servir  la procession pour lendemain. Qui
fut bien esbahy, ce fut maistre cur, combien que semblant n'en fist. Il
vint aux femmes qui vendoient ces palmes ou boyz, faignant que ce fust
pour aultre chose n'estoit venu  la bonne ville, et puis hastivement
monte  cheval charg de sa marchandise, et picque en son village, et le
plustost que possible luy fut s'y trouva, et avant qu'il fust descendu
de son cheval rencontra aucuns de ses parroissiens auxquelx il commenda
que l'on allast sonner les cloches, et que chacun de ceste heure venist
 l'eglise, o il leur vouloit dire aucunes choses necessaires pour le
salut de leurs ames. L'assemble fut tantost faicte, et se trouva chacun
en l'eglise, o monseigneur le cur, tout hous et esperonn, vint bien
embesoign, Dieu le scet, et monta devant l'aultier, et dist les motz
qui s'ensuyvent: Mes bonnes gens, je vous signifie et vous faiz
assavoir que aujourd'uy a est la veille de la feste et solemnit de
Pasques flories, et de ce jour en huit prochain vous arez la veille de
la grand Pasque que l'on dit Pasques communiaulx. Quand ces bonnes gens
oyrent ces nouvelles, commencrent  murmurer, et eulx esbahir trsfort
comment se povoit ce faire. Ho, dist le cur, je vous appaiseray
tantost, et vous diray vraies raisons pour quoy vous n'avez que viij
jours de quaresme  faire voz penitences pour ceste anne; et ne vous
esmaiez j de ce que je vous diray, que le quaresme est ainsi venu tard.
Je tien qu'il n'y a celuy de vous qui ne sache bien et soit recors comme
ceste anne les froidures ont est longues et aspres, merveilleusement
plus que oncques mais; et long temps a qu'il ne fist aussi perilleux et
dangereux chevaucher comme il a fait tout l'yver, pour les verglaz et
neges qui ont longuement dur. Chacun de vous scet ceci estre vray comme
l'euvangile, pour quoy ne vous donnez merveilles de la longue demeure de
quaresme, mais emerveillez vous encores comment il est peu venir,
mesmement que le chemin est si long jusques  sa maison. Si vous prie
que le veillez excuser, et luy mesme vous en prie, car aujourdhuy j'ay
disn avecques luy. Et leur nomma le lieu, c'est assavoir la ville o
il avoist est. Et pourtant, dist-il, disposez vous de venir ceste
sepmaine  confesse, et de comparoir demain  la procession comme il
est de coustume cens. Et ayez pacience ceste foiz; l'anne qui vient,
si Dieu plaist, sera plus doulce, par quoy il viendra ainsi qu'il a
chacun an d'usage. Ainsi monseigneur le cur trouva le moien d'excuser
sa simplesse et ignorance, et, en donnant la beneisson, descendit de sa
predicacion, disant: Priez Dieu pour moy et je le prieray pour vous.
Et s'en alla  sa maison appoincter son boys et ses palmes, pour les
faire le lendemain servir  la procession.




LA XCe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE BEAUMONT.


Pour accroistre et amplier mon nombre des nouvelles que j'ay promis
compter et descripre, j'en monstreray cy une dont la venue est fresche.
Ou gentil pays de Brabant, qui est celuy du monde o les bonnes
adventures adviennent souvent, avoit ung bon et loyal marchant duquel la
femme estoit trsfort malade, en gisant, pour l'aigreur de son mal,
continuellement sans habandonner son lit. Ce bon homme, voyant sa bonne
femme ainsi attaincte et languissant, menoit la plus doloreuse vie du
monde, tant marry et desplaisant estoit qu'il ne povoit plus, et avoit
grand doubte que la mort ne l'en fist quicte. En ceste doleance
perseverant, et doubtant la perdre, se vint rendre aux piez d'elle et
luy donnoit esperance de garison, et la reconfortoit au mieulx qu'il
povoit, l'amonnestant de penser au sauvement de son ame. Et aprs qu'il
eut aucun petit de temps devis avec elle et fin ses amonnestemens et
exortacions, luy cria mercy, luy requerant que si aucune chose luy avoit
meffait, qu'il luy fust pardonn par elle. Entre les cas o il se
sentoit l'avoir courrousse, luy declara comment il estoit bien recors
qu'il l'avoit trouble pluseurs foiz, et trssouvent, de ce qu'il
n'avoit besoign sur son harnois, que l'on peut appeller cuirasses,
toutes les foiz qu'elle eust bien voulu; et mesmes que bien le savoit,
dont trshumblement luy requeroit pardon et mercy. Et la pouvre malade,
ainsi qu'elle povoit parler, luy pardonnoit les petiz cas et legiers;
mais ce derrain ne pardonnoit-elle point voluntiers sans savoir les
raisons qui avoient meu et induict son mary  non fourbir son harnois,
quand mesmes il savoit bien que c'estoit le plaisir d'elle, et que
aultre chose ne demandoit. Comment! dit-il, voulez vous morir sans
pardonner  ceulx qui vous ont meffait?--Je suis contente, dist elle, de
le pardonner, mais je veil savoir qui vous a meu; aultrement ne le
pardonneray je j. Le bon mary, pour trouver moien d'avoir pardon,
cuidant bien faire la besoigne, dist: M'amye, vous savez que pluseurs
foiz avez est malade et deshaite, combien que non pas tant que
maintenant je vous voy; et durant la maladie je n'ay jamais os presumer
de vous requerre de bataille, doubtant que pis vous en fust; et soyez
toute seure que ce que j'en ay fait, amour le m'a fait faire.--Taisez
vous, menteur que vous estes; oncques ne fus si malade ne si deshaite
pour quoy j'eusse fait refus de combatre; querez moy aultre moien, si
voulez avoir pardon, car cestuy cy ne vous aidera; et puis qu'il vous
convient tout dire, meschant et lasche bonhomme que vous estes, et
aultre ne fustes oncques, pensez vous qu'en ce monde cy soit medicine
qui plus puisse aider ne susciter la maladie d'entre nous femmes que la
doulce et amoureuse compaignie des hommes? Me voiez vous bien deffaicte
et seche par greft de mal? Aultre chose ne m'est mestier que compaignie
de vous.--Ho! dit l'aultre, je vous gariray prestement. Il sault sur le
lit, et besoigna le mieulx qu'il peut, et tantost qu'il eut rompu deux
lances, elle se lve et se mist sur ses piez. Puis demye heure aprs
alla par les rues, et ses voisines, qui la cuidoient comme morte, furent
trsesmerveilles jusques ad ce qu'elle leur dist par quelle voie elle
estoit ravive, qui dirent tantost qu'il n'y avoit que ce seul remde.
Ainsi le bon marchant aprint  garir sa femme, qui luy tourna  grand
prejudice, car souvent se faindoit malade pour recevoir la medicine.




LA XCIe NOUVELLE.

PAR L'ACTEUR.


Ainsi que j'estoye n'a gures en la cont de Flandres, en l'une des plus
grosses villes du pays, ung gentil compaignon me fist ung joyeux compte
d'un homme mary, de qui la femme estoit tant luxurieuse et chaulde sur
potage et tant publicque, que  paine estoit elle contente qu'on la
cuignast en plaines rues avant qu'elle ne le fust. Son mary savoit bien
que de telle condicion estoit, mais de subtilier ne querir remde pour
luy donner empeschement, il ne le savoit trouver, tant estoit  ce joly
mestier ruse. Il la menassoit de la batre, de la laisser seule ou de la
tuer; mais querez qui le face! autant eust il prouffit de menasser ung
chien enrag ou aultre beste. Elle se pourchassoit  tous lez et ne
demandoit que hutin; il y avoit peu d'hommes en toute la contre o elle
repairoit pour estaindre une petite estincelle de son grand feu; et
quiconques la barguignoit, il l'avoit aussi bien  creance que  argent
sec, fust l'homme vieil, layt, bossu, contrefait ou d'aultre quelque
deffigurance; bref, nul ne s'en alloit sans denre reporter. Le pouvre
mary, voyant ceste vie continuer, et que grosses menasses rien n'y
prouffitoient, il s'advisa qu'il l'espanteroit par une voye et manire
qu'il trouva. Quand il la peut avoir seulle en sa maison, il luy dist:
Or , Jehanne ou Betriz, ainsi qu'il l'appelloit, je voy bien que vous
estes obstine en vostre meschante vie, et que,  quelque menasse ou
punicion que je vous face, vous n'en comptez non plus que si je me
taisoie.--Helas! mon mary, dit elle, en verit, j'en suis plus
courrousse que vous n'estes, et trop plus me desplaist; mais je n'y
puis remde mettre, car je suis tellement ne soubz telle estoille pour
estre preste et servant aux hommes.--Voire dya, dist le mary, y estes
vous destine? Sur ma foy, j'ay bon remde et hastif.--Vous me tuerez,
dit elle, aultre n'y a.--Laissez moy faire, dist il, je say mieulx
beaucop.--Et quel, dit elle, que je le sache?--Par la mort bieu, dist
il, je vous hocheray tant ung jour que je vous bouteray ung quarteron
d'enfans ou ventre, et puis je vous habandonneray, et les vous lairray
seulle nourrir.--Vous! dit elle; mais o prins? Vous n'avez pour
commencer; telles menasses m'espantent pou, je ne vous crain. Touchez
cela; si j'en desmarche, je veil qu'on me tonde en croix; et s'il vous
semble que vous ayez puissance, avancez vous, et commencez tout
maintenant; je suis preste pour livrer le moulle.--Au deable telle
femme, dist le mary, qu'on ne peut par quelque voye corriger. Il fut
contraint de la laisser passer sa destine; trop plustost se fust
ecervel et rompu la teste pour la reprendre que luy faire tenir le
derrire coy, pour quoy la laissa courre comme une lisse entre deux
douzaines de chiens, et accomplir tous ses vouloirs et desordonnez
desirs.




LA XCIIe NOUVELLE.

PAR L'ACTEUR.


En la bonne cit de Mix, en Lorraine, avoit puis certain temps en  une
bonne bourgoise marye qui estoit tout oultre de la confrarie de la
houlette; et rien ne faisoit plus voluntiers que ce joly esbatement que
chacun scet; et o elle povoit desploier ses armes, elle se monstroit
vaillant et pou redoubtant horions. Or, entendez quelle chose luy advint
en exercent son mestier: elle estoit fort amoureuse d'un gros chanoine
qui avoit plus d'argent que ung vieil chien n'a de puces; mais pour ce
qu'il demouroit en lieu o les gens estoient  toutes heures, comme on
diroit  une gueule bae ou place publicque, elle ne savoit comment se
trouver avec son chanoine. Tant subtilia et pensa  sa besoigne, qu'elle
s'avisa qu'elle se descouvreroit  une sienne voisine qui estoit sa seur
d'armes touchant le mestier et usance de la houlette; et luy sembla
qu'elle pourroit aller veoir son chanoine accompaigne de sa voisine,
sans qu'on y pensast nul mal ou suspeonnast. Ainsi qu'elle advisa,
ainsi fist elle; et comme si pour une grosse matre fust alle devers
monseigneur le chanoine, ainsi honorablement et gravement y alla elle
accompaigne comme dit est. Pour estre bref, incontinent que noz
bourgoises furent arrives, aprs toutes salutacions, ce fut la
principale qui s'encloit avec son amoureux le chanoine, et fist tant
qu'il luy bailla une monteure, ainsi qu'il peut. La voisine, voyant
l'autre avoir l'audience et gouvernement du maistre de lens, n'en eut
pas peu d'envye, et luy desplaisoit que l'on ne luy faisoit ainsi comme
 l'autre. Au vuider de la chambre, celle qui avoit sa pitance dist:
a, voisine, en yrons-nous?--Voire, dit l'autre, s'en va l'on ainsi? Si
l'on ne me fait la courtoisie comme  vous, par dieu, j'accuseray la
compaignie et le mesnage; je ne suis pas icy venue pour chaufer la
cire. Quand l'on perceut sa bonne volunt, on luy offrit le clerc de ce
chanoine, qui estoit ung fort et roidde galant, et homme pour la
trsbien fournir; de quoy elle ne tint compte, mais le refusa de tous
poins, disant que aussi bien vouloit-elle avoir le maistre que l'autre,
aultrement ne seroit-elle contente. Le chanoine fut contraint, pour
sauver son honneur, de s'accorder. Quand ce fut fait, elle voulut bien
adonc dire  Dieu et se partir. Mais l'autre ne le voulut pas, ains dist
toute courrousse que elle qui l'avoit amene et estoit celle pour qui
l'assemble estoit faicte devoit estre mieulx partie que l'autre, et
qu'elle ne se partiroit point qu'elle n'eust encores ung picotin. Le
chanoine fut bien esbahy quand il entendit les nouvelles, et combien
qu'il priast celle qui vouloit avoir le surcroiz, toutesfoiz, ne se
voult rendre contente. Or a, de par Dieu, dist il, puisqu'il fault que
ainsi soit, je suis content, mais plus n'y revenez pour tel pris. Quand
les armes furent accomplies, celle damoiselle au surcroiz  dire adieu
dist  son chanoine qu'il leur falloit donner aucune chose gracieuse
pour souvenance. Et sans se faire trop importuner ne traveiller de
requestes, et aussi pour estre delivr d'elles, il avoit ung demeurant
de couvrechefz qu'il leur donna, et la principale receut le don, et en
remercyant dirent adieu. C'est, dist-il, ce que je vous puis maintenant
donner; prenez chacune en gr, je vous en prie. Elles ne furent gures
loing alles, qu'en plaine rue la voisine qui avoit eu sans plus ung
picotin dist  sa compaigne qu'elle vouloit avoir sa part de leur don.
Et bien, dit l'autre, je suis contente; combien en voulez vous
avoir?--Fault-il demander cela? dit elle; j'en doy avoir la moiti et
vous autant.--Comment osez vous demander, dist l'autre, plus que vous
n'avez deservy? Avez vous point de honte? Vous savez que vous n'avez
est qu'une foiz avecques le chanoine, et moy deux foiz; et pardieu, ce
n'est mie raison que vous soiez partie aussi avant que moy.--Par dieu,
j'en aray autant que vous, dit l'autre; ay je pas fait mon devoir aussi
avant que vous?--Comment l'entendez vous?--N'est ce pas autant d'une
foiz que de deux? Et affin que vous cognoissez ma volunt, sans tenir cy
halle de neant, je vous conseille que me baillez ma part justement de la
moiti, ou vous arez incontinent hutin; me voulez vous ainsi
gouverner?--Voire dya, dist sa compaigne, y voulez-vous proceder d'euvre
de fait? Et par la naissance Dieu, vous n'en arez fors ce qui sera de
raison, c'est assavoir des trois pars l'une, et j'aray le remanent; ay
je pas eu plus de peine que vous? Adonc l'aultre hausse et de bon poing
charge sur le visage de sa voisine, qui ne le tint pas longuement sans
le rendre, apellans l'une l'autre ribaulde. Bref, elles s'entre batirent
tant et de si bonne manire que  bien petit qu'elles ne s'entre-turent;
et l'une appelloit l'autre ribaulde. Quand les gens de la rue virent la
bataille de ces deux compaignes, qui peu de temps devant avoient pass
par la rue ensemble amoureusement, furent tous esbahiz, et les vindrent
tenir et deffaire l'une de l'autre. Puis leurs mariz furent huchez, qui
vindrent tantost, et chacun d'eux demandoit  sa femme la matre de leur
different. Chacune comptoit  son plus beau; et tant par leur faulx
donner  entendre, sans toutesfoiz toucher de ce pour quoy la question
estoit meue, les animrent et esmeurent l'ung contre l'autre, tellement
qu'ilz se vouloient entretuer, si les sergens ne fussent survenuz, qui
les menrent tous deux refroider en belle prison. La justice fut  toute
diligence sollicite de leurs amys pour leur delivrance; mais pour ce
que le cas estoit venu pour le debat des femmes, premier le conseil
voult savoir dont avoit proced le fondement de la question entre les
deux femmes; elles furent mandes et contrainctes de confesser que ce
avoit est pour faire parchon d'une pice de couvrechefs, et cetera. Les
gens du conseil, qui estoient bons et sages, voyans que la cognoissance
de ceste cause appartenoit au roy de bourdelois, tant pour les merites
de la cause que pour ce que les femmes estoient de ses subjectes, la
renvoyrent pardevant luy. Et pendant le procs, les bons mariz
demourrent en la prison, attendans la sentence diffinitive qui devoit
estre rendue sur l'avis des subjects du roy, qui, pour le nombre infiny
d'eulx, est taille de demourer pendue au clou.




LA XCIIIe NOUVELLE.

PAR MESSIRE TIMOLEON VIGNIER, GENTILHOMME DE LA CHAMBRE DE MONSEIGNEUR.


Tantdiz que j'ay bonne audience, je veil compter ung gracieux compte
advenu au bon et gracieux pas de Haynau. En ung gros village du pas
que j'ay nomm avoit une gente femme marie qui amoit plus beaucop le
clerc ou coustre de l'eglise parochial dont elle estoit paroissienne que
son mary; et pour trouver moien de soy trouver avec son coustre, faindit
 son mary qu'elle devoit ung pelerinage  quelque saint qui n'estoit
pas loing d'illec, comme d'une lieue ou environ, et que promis luy avoit
quant elle avoit est en traveil, luy priant qu'il fust content qu'elle
y allast ung jour qu'elle nomma, avec une sienne voisine qui ce mesme
jour y alloit. Le bon simple mary, qui ne se doubtoit de rien, accorda
ce pelerinage, mais il vouloit qu'elle revenist le jour qu'elle
partiroit. Peut estre, dit elle, retourneray je au disner, ainsi que le
temps nous aprendra; mais premirement, dit elle, il convient que j'aye
une paire de bons souliers. Tout luy fut liberalement accord; et
pource que le mary demouroit seul, il luy dist qu'elle appoinctast son
disner et soupper tout ensemble, avant qu'elle se partist, aultrement il
yroit menger  la taverne. Elle fist son commendement, car le jour de
son partement se leva bien matin pour aller  la boucherie, et appoincta
ung bon poussin et une pice de mouton, et puis manda le cordoennier qui
luy chaussa ses souliers. Et quand toutes ses preparacions furent
faictes, dist  son mary que tout estoit prest, et qu'elle alloit querir
de l'eaue beneiste pour soy partir aprs. Elle entre en l'eglise, et le
premier homme qu'elle trouva, ce fut celuy qu'elle queroit, c'est
assavoir son coustre,  qui elle compta ces nouvelles, comment elle
avoit congi d'aller en pelerinage, et cetera, pour toute la journe.
Mais il y a ung cas, dit elle; je suis seure que si tost qu'il sentira
que je seray hors de l'ostel il s'en ira  la taverne, et n'en
retournera jusques au vespre bien tard; je le cognois tel: et pourtant
j'ayme mieulx demourer  l'ostel tantdiz qu'il n'y sera point que aller
hors. Et doncques vous vous rendrez une demye heure entour de nostre
hostel, affin que je vous mecte ens par derrire, s'il advient que mon
mary n'y soit point; et s'il y est nous yrons faire nostre pelerinage.
Elle vint  l'ostel, o elle trouva encores son mary, dont elle ne fut
pas trop contente, qui luy dist: Comment estes vous cy encores?--Je
m'en vois, dit elle, chausser mes soulliers, et puis je ne tarderay
gures que je partiray. Elle alla au cordoennier, et tantdiz qu'elle
faisoit chausser ses souliers, son mary passe par devant l'ostel au
cordoennier avec ung aultre son voisin qui alloit de coustume  la
taverne. Et combien qu'elle supposast que, pource qu'il estoit
acompaign du dit voisin, il s'en allast sur le bancq, toutesfoiz si
n'en avoit il nulle volunt, mais s'en alloit sur le march, pour
trouver encores ung ou deux bons compaignons et les amener disner
avecques luy au commencement qu'il avoit davantage, c'est assavoir ce
poussin et la pice de mouton. Or nous lairrons ycy nostre mary sercher
compaignie, et retournerons  celle qui chaussoit ses souliers, qui, si
tost que chaussez furent, revint  l'ostel le plus hastivement qu'elle
peut, o elle trouva le gentil coustre qui faisoit la procession entour
de l'ostel,  qui elle dist: Mon amy, nous sommes les plus eureux du
monde, car j'ay veu mon mary qui va  la taverne; j'en suis seure, car
il a ung sien goisson qu'il maine par le bras, lequel ne le lairra pas
retourner quand il vouldra; et pour tant donnons nous bon temps jusques
 la nuyt. J'ay appoinct ung bon poussin et une belle pice de mouton,
dont nous ferons goghettes. Et sans plus rien dire le mist ens, et
laissa l'huis de devant entrouvert, affin que les voisins ne se
doubtassent. Or retournons maintenant  nostre mary, qui a trouv deux
bons compaignons, avec le premier dont j'ay parl, lesquelz il amaine
pour desfaire ce poussin en la compaignie de beau vin de Beaulne, ou
aultre meilleur, s'il est possible d'en finer. A l'arriver  sa maison,
il entra le premier, o incontinent qu'il fut entr il perceut noz deux
amans, qui faisoient ung pou d'ouvrage. Et quand il vit sa femme qui
avoit les jambes leves, il luy dist qu'elle n'avoit garde de user ses
souliers, et que sans raison avoit traveill le cordoennier, puis
qu'elle vouloit faire son pelerinage par telle manire. Il hucha ses
compaignons et dist: Messeigneurs, regardez comment ma femme ayme mon
prouffit; de paour qu'elle ne use ses beaulx neufs souliers, elle
chevauche sur son doz; il ne l'a pas telle qui veult. Il prend ung
petit demourant de ce poussin, et luy dist qu'elle parfist son
pelerinage; puis ferma l'huys et la laissa avec son coustre, sans luy
aultre chose dire; et s'en alla  la taverne, dont il ne fut pas tens
au retourner, ne les aultres foiz quand il y alloit, pource qu'il
n'avoit rien ou pou parl de ce pelerinage que sa femme avoit fait 
l'ostel.




LA XCIVe NOUVELLE.


Es marches de Picardie, ou diocse de Teroenne, avoit puis an et demy en
, ou environ, ung gentil cur demourant  la bonne ville, qui faisoit
du gorgias tout oultre. Il portoit la robe courte, chausses tires,  la
fasson de court; tant gaillard estoit que l'on ne povoit plus, qui
n'estoit pas pou d'esclandre aux gens d'eglise. Le promoteur de
Teroenne, qui telles manires de gens appellent dyable, fut inform du
gouvernement de nostre gentil cur, et le fist citer pour le corriger et
luy faire muer ses meurs. Il comparut  tout ses habitz courts, comme
s'il n'eust tenu compte du promoteur, cuidant par aventure que pour ses
beaulx yeux on le deust delivrer; mais ainsi n'advint. Quand il fut
devant monseigneur l'official, sa partie, le promoteur, lui compta sa
legende au long, demanda, par ses conclusions, que ses habillemens et
aultres menues manires de faire luy fussent defendues; et avec ce,
qu'il fust condemn en certaine emende. Monseigneur l'official, voyant 
ses yeux que tel estoit nostre cur qu'on luy baptisoit, luy fist les
deffenses, sur les peines du canon, que plus ne se desguisast en telle
manire qu'il avoit fait, et qu'il portast longues robes et courts
cheveux; et avec ce, le condemna  paier une bonne somme d'argent. Il
promist que ainsi feroit il, et que plus ne seroit cit pour telles
choses. Il print congi au promoteur et retourna  sa cure; si tost
qu'il fut venu, il fist hucher le drapier et le parmentier, si fist
tailler une robe qui luy traisnoit plus de trois quartiers, disant au
parmentier les nouvelles de Teroenne, comment c'est assavoir avoit est
reprins de porter courte robe, et qu'on luy avoit charg de la porter
longue. Il vestit ceste robbe longue et laissa croistre ses cheveulx de
sa teste et de sa barbe, et en cest estat servoit sa parroiche,
chantoit messe et faisoit les autres choses appartenant  cur. Le
promoteur fut arrire adverty comment son cur se gouvernoit oultre la
rgle et bonne et honeste conversacion des personnes d'eglise, qui le
fist citer comme devant, et il y comparut s mesmes habitz longs.
Qu'est cecy? dist monseigneur l'official quand il fut devant luy; il
semble que vous vous mocquez des statuz et ordonnances de l'eglise;
voiez vous point comme les aultres prestres s'abillent? Si ne fust pour
l'honneur de voz bons amys, je vous feroie affuler la prison de
ceans.--Comment, monseigneur, dist nostre cur, ne m'avez vous pas
charg de porter longue robe et longs cheveulx? Ne fays je pas ainsi que
m'avez commend! N'est pas ceste robe assez longue, mes cheveux sont ilz
point longs? Que voulez vous que je face?--Je veil, dist monseigneur
l'official, que portez robe et cheveulx  demy longs, ne trop ne pou; et
pour ceste grand faulte, je vous condemne  paier dix livres au
promoteur, vingt blancs  la fabrice de ceans, et autant  monseigneur
de Teroenne,  convertir  son aumosne. Nostre cur fut bien esbahy,
mais toutefois il faillit qu'il passast par l. Il prend cong et
revient  sa maison, et pensa comment il s'abilleroit pour garder la
sentence de monseigneur l'official. Il manda le parmentier,  qui il
fist tailler une robe longue d'un cost, comme celle dont nous avons
parl, et courte comme la premire de l'autre cost, puis se fist
barbaier du cost o la robe estoit courte; et en ce point alloit par
les rues et faisoit son divin office. Et combien qu'on lui dist que
c'estoit mal fait, si n'en tenoit il toutesfoiz compte. Le promoteur en
fut encores adverty, et le fist citer comme devant. Quand il comparut,
Dieu scet comment monseigneur l'official fut malcontent;  peine qu'il
ne saillit de son sige hors du sens, quand il regardoit son cur estre
habill en guise de mommeur. Si les aultres deux foiz avoit est bien
rachass, il le fut encores mieulx  ceste foiz, et condemn en belles
et grosses amendes. Lors nostre bon cur, se voyant ainsi desplum
d'amendes et de condemnacions, dist: Monseigneur l'official, il me
semble, sauve vostre reverence, que j'ay fait vostre commandement; et
entendez moy, je vous diray la raison. Adoncques il couvrit sa barbe
longue de sa main qu'il estandit sus, et dist: Si vous voulez, je n'ay
point de barbe. Puis mist sa main de l'aultre cost, couvrant la partie
tondue ou rase, et dist: Si vous voulez, longue barbe. Est ce pas ce
que m'avez commend? Monseigneur l'official, voyant que c'estoit ung
vrai trompeur, et qu'il se trompoit de luy, fist venir le barbier et le
parmentier, et devant tous les assistens luy fist faire sa barbe et
cheveulx, et puis coupper sa robe de la longueur qu'il estoit de besoing
et de raison; puis le renvoya  sa cure, o il se maintint et conduit
haultement, gardant ceste dernire manire qu'il avoit aprinse  la
sueur de sa bourse.




LA XCVe NOUVELLE.

PAR PHILIPE DE LOAN.


Comme il est assez de coustume, Dieu mercy, que en pluseurs religions y
a de bons compaignons  la pie et au jeu des bas instrumens,  ce
propos, nagures avoit en ung couvent de Paris ung bon frre prescheur,
qui entre les autres ses voisines choisit une trsbelle femmelette jeune
et en bon point, et marie assez nouvellement  ung bon compaignon. Et
devint maistre moyne amoureux d'elle, et ne cessoit de penser et
subtilier voies et moiens pour parvenir  ses attainctes, qui,  dire en
gros et en bref, estoient pour faire cela que vous savez. Ores disoit:
Je feray ainsi, ores concluoit aultrement. Tant de propos luy venoient
en la teste qu'il ne savoit sur lequel s'arrester; trop bien disoit il
que de langage n'estoit point de abatre, car elle est trop bonne et
trop seure; force est que, si je veil parvenir  mes fins, que par
cautele et deception je la gaigne. Or escoutez de quoy le larron
s'advisa, et comment frauduleusement la pouvre beste il attrapa, et son
desir trsdeshonneste qu'il proposa accomplir. Il faindit ung jour
d'avoir trsgrand doleur en ung doy, celluy d'emprs le poulce qui est
le premier des quatre en la main dextre; et de fait le banda et envelopa
de draps linges, et le dora d'aucun oignement trsfort sentent. Et en ce
point se tint ung jour ou deux, tousjours se monstrant aval son eglise
devant la dessus dicte, et Dieu scet s'il faisoit bien la dole. La
simplette le regardoit en piti, et voyoit bien  sa contenance que
grand doleur le martiroit; et pour la grand piti qu'elle en eut, luy
demanda son cas; et le subtil regnard luy compta si trspiteusement
qu'il sembloit mieulx hors de son sens que aultrement, tant sentoit
grand doleur. Ce jour se passa; et  lendemain, environ l'heure de
vespres, que la bonne femme estoit  l'ostel seulette, ce patient la
vient trouver, ouvrant de soye, et emprs d'elle se met, faisant si
trsbien le malade que nul ne l'eust veu  ceste heure qui ne l'eust
jug en trsgrand danger. Or se viroit vers la fenestre, maintenant vers
la femme; tant d'estranges contenances il faisoit que vous fussez esbahy
et abus  le veoir. Et la simplette, qui toute piti en avoit,  peine
que les larmes ne luy sailloient des yeulx, le confortoit au mieulx
qu'elle savoit: Helas! frre Aubry, disoit elle, avez vous parl aux
medicins telz et telz?--Oy certes, m'amye, disoit il, il n'y a medicin
ne cyrurgien en Paris qui n'ait veu mon cas.--Et qu'en disent ils?
souffrerez vous longuement ceste doleur?--Helas! oy, voire encores plus
la mort, si Dieu ne m'aide; car en mon fait n'a que ung remde, et
j'aymeroie  peine autant mourir que le deceler; car il est mains que
bien honeste et tout estrange de ma profession.--Comment! dist la
pouvrette, et n'est ce pas mal fait et pech  vous d'ainsi vous laisser
passionner? Vous vous mettez en dangier de perdre sens et entendement,
ad ce que je voy vostre doleur tant aspre.--Par dieu, bien aspre et
terrible est elle, dist frre Aubry; mais quoy! Dieu le m'a envoi, lo
soit-il; je aray pacience, et suis tout confort d'attendre la mort, car
c'est le vray remde de mon mal, voire except ung dont je vous ay
parl, qui me gariroit tantost; mais quoy! comme je vous ay dit, je
n'oseroie dire quel il est; et quand ainsi seroit que je serois forc 
deceler ce que c'est, je n'aroie le hardement ne le vouloir de le mectre
 execution.--Et par ma foy, dist la bonne femme, frre Aubry, il me
semble que vous avez tort de tenir telz termes; et pour Dieu, dictes moy
qu'il faut pour vostre garison, et je vous asseure que je mettray peine
et diligence  trouver ce qui y servira. Pour Dieu, ne soiez cause de
vostre perdicion; laissez vous aider et secourir. Or dictes moy que
c'est, et vous verrez se je vous aideray; si feray par Dieu, et me deust
il couster plus que vous ne pensez. Damp moine, voyant la bonne volunt
de sa voisine, aprs ung grand tas d'excusances et de refus que pour
estre bref je trespasse, dist  basse voix: Puis qu'il vous plaist que
je le dye, je vous obeiray. Les medicins, tous d'un accord, m'ont dit
qu'en mon fait n'a que ung seul remde, c'est de bouter mon doy malade
dedans le lieu secret d'une femme nette et honeste, et le tenir l une
bonne pice de temps, et aprs l'oingdre d'un oignement dont ilz m'ont
baill la recepte. Vous oez que c'est, et pource que je suis de ma
nature et propre coustume honteux, j'ay mieulx am endurer et seuffrir
jusques cy les maulx que j'ay port qu'en rien dire  personne vivant;
vous seule savs mon cas, et malgr moy.--Hola! hola! dist la bonne
femme, je ne vous ay dit chose que je ne face; je vous veil aider 
garir: je suis contente et me plaist bien pour vostre garison et sant,
et vous oster de la terrible angoisse qui vous tourmente, que je vous
preste le lieu pour bouter vostre doy malade.--Et Dieu le vous rende,
damoiselle! Je n'en eusse os requerir vous ne aultre; mais puis qu'il
vous plaist me secourir, je ne seray j cause de ma mort. Or nous
mettons donc, s'il vous plaist, en quelque lieu secret que nul ne nous
voye.--Il me plaist bien, dist elle. Si le mena en une trsbelle
garderobe, et serra l'huys, et sur le lit se mist; et maistre moyne luy
lve ses draps, et en lieu du doy de la main bouta son perchant dur et
roidde. Et  l'entrer qu'il fist, elle qui le sentit si trsgros:
Comment! dist elle, et vostre doy, comment peut il estre si gros? je
n'oy jamais parler du pareil.--En verit, fist il, ce fait la maladie
qui en ce point le m'a mis.--Vous me comptez merveilles, dit elle. Et
durant ces langages, maistre moyne accomplit ce pour quoy si bien avoit
fait le malade. Et celle qui sentit et cetera, demanda que c'estoit; et
il respondit: C'est le clou de mon doy qui est effondr; je suis comme
gary, ce me semble, Dieu mercy et la vostre.--Et par ma foy, ce me
plaist moult, ce dit la dame, qui lors se leva; si vous n'estes bien
gary, si retournez toutesfoiz qu'il vous plaist: car pour vous oster de
doleur, il n'est rien que je ne face; et ne soiez plus si honteux que
vous avez est pour vostre sant recouvrer.




LA XCVIe NOUVELLE.


Or escoutez, s'il vous plaist, qu'il advint l'aultrhier  ung simple
riche cur de village, qui par simplesse fut  l'emende devers son
evesque en la somme de cinquante bons escuz d'or. Ce bon cur avoit ung
chien qu'il avoit nourry de jeunesse et gard, qui tous les aultres
chiens du pas passoit d'aller en l'eaue querir le vireton, ung chappeau
si son maistre l'oblyoit ou de fait apens le laissoit quelque part.
Bref, tout ce que bon et sage chien doit et scet faire il estoit le
passe route; et  l'occasion de ce, son maistre l'amoit tant, qu'il ne
seroit pas legier  compter combien il en estoit assot. Advint
toutesfoiz, je ne say par quel cas, ou s'il eut trop chault ou trop
froit, ou s'il mengea quelque chose qui mal luy fist, qu'il devint
trsmalade, et de ce mal mourut, et de ce siecle tout droit au paradis
des chiens alla. Que fist ce bon cur? Il qui sa maison, c'est assavoir
le presbitaire, dessus le cimitre avoit, quand il vit son chien de ce
monde trespass, il se pensa que une si sage et bonne beste ne demourast
sans sepulture; et pourtant il fist une fosse assez prs de l'huys de sa
maison, qui dessus l'aitre, comme dit est, respondoit, et l l'enfouyt
et sepultura. Je ne say pas s'il luy fist ung marbre et par dessus
engraver une epythaphe, si m'en tais. Ne demoura gures que la mort du
bon chien au cur fut par le village et les lieux voisins annunc, et
tant s'espandit que aux oreilles de l'evesque du lieu parvint, ensemble
de la sepulture saincte que son maistre luy bailla; si le manda vers luy
venir par une citation que ung cicaneur luy apporta. Helas! dist le
cur au cicaneur, et que ay je fait, et qui m'a fait citer d'office? Je
ne me say trop esbahir que la court me demande.--Quand  moy, dit
l'autre, je ne say qu'il y a, si ce n'est pour tant que vous avez
enfouy vostre chien dedans lieu saint o l'on mect les corps des
chrestians.--Ha! ce pensa le cur, c'est cela? Or  primes luy vint en
teste qu'il avoit mal fait, et dist bien en soy mesmes qu'il passeroit
par l, et que s'il se laisse emprisonner qu'il sera escorch, car
monseigneur l'evesque, la Dieu mercy, est le plus convoiteux prelat de
ce royaume, et si a gens entour de luy qui scevent faire venir l'eaue au
moulin, Dieu scet comment. Or bien force est que je la perde; si vault
mieulx tost que tard. Il vint  sa journe, et de plain bout s'en alla
devers monseigneur l'evesque, qui tantost comme il le vit luy fist ung
grand prologue pour la sepulture saincte qu'il avoit fait bailler  son
chien, et luy baptisa son cas si merveilleusement qu'il sembloit que le
cur eust fait pis que regnier Dieu. Et aprs tout son dire, il commenda
que le cur fust men en la prison. Quand le cur vit qu'on le vouloit
bouter en la boeste aux caillouz, il requist qu'il fust oy, et
monseigneur l'evesque luy accorda. Et devez savoir que  ceste calonge
estoient foison de gens de grand fasson, comme l'official, les
promoteurs, les scribe, notaires, advocatz et procureurs, qui tous
ensemble grand joye avoient du non accoustum cas du pouvre cur, qui 
son chien avoit donn la terre saincte. Le cur en sa defense et excuse
parla en bref et dist: En verit, monseigneur, si vous eussez autant
congneu mon bon chien,  qui Dieu pardoint, comme j'ay, vous ne seriez
pas tant esbahy de la sepulture que je luy ai ordonne comme vous estes,
car son pareil ne fut ne jamais sera. Et lors racompta balme de son
fait: Et s'il fut bien bon et sage en son vivant, encores le fut il
autant ou plus  sa mort, car il fist un trsbeau testament, et pour ce
qu'il savoit vostre necessit et indigence, il vous ordonna cinquante
escuz d'or, que je vous apporte. Si les tira de son sein et  l'evesque
les bailla, qui les receut voluntiers, et lors loa et approuva le sens
du vaillant chien, ensemble son testament et la sepulture qu'il luy
bailla.




LA XCVIIe NOUVELLE.

PAR MONSEIGNEUR DE LAUNOY.


Ilz estoient n'a gures une assemble de bons compaignons faisans bonne
chre en la taverne, et buvant d'autant et d'autel. Et quand ilz eurent
beu et mang, et fait si bonne chre que jusques  loer Dieu et aussi
_usque ad hebreos_ la plus part, et qu'ilz eurent compt et pai leur
escot, les aucuns commencrent  dire: Comment nous serons festoys de
noz femmes, quand nous retournerons  l'ostel! Dieu scet que nous ne
serons pas excommuniez: on parlera bien  noz barbes.--Nostre dame! dist
l'un, je craing bien de m'y trouver.--Ainsi m'aist Dieu, dit l'autre,
aussi fays je moy; je suis tout seur d'oyr la passion. Pleust  Dieu que
ma femme fust muette! je buroye trop plus hardiment que je ne faiz.
Ainsi disoient trestous, fors l'un d'eulx qui estoit bon compaignon,
qui leur alla dire: Et comment, beaulx seigneurs, vous estes donc bien
fort maleureux, qui avez chacun femme qui ainsi vous reprend d'aller 
la taverne, et est tant mal contente que vous buvez? Par ma foy, Dieu
mercy, la mienne n'est pas telle; car de boire que je face vous n'avez
garde qu'elle en parle; mesmes, qui plus est, si je buvoie dix, voire
cent foiz le jour, si n'est ce pas assez  son gr; bref, oncques je ne
beu qu'elle n'eust voulu que j'eusse plus beu la moiti. Car quand je
reviens de la taverne, elle me souhaitte tousjours le demourant du
tonneau dedans le ventre, et le tonneau avecques; si n'esse pas signe
que je boive assez  son gr? Quand ses compaignons oyrent ceste
conclusion, ilz se prindrent  rire et lorent beaucop son compte, et
sur ce s'en allrent tous, chacun  sa chacune. Nostre bon compaignon
qui le compte avoit fait s'en vint  l'hostel, o il trouva Pou Paisible
sa femme toute preste  tanser, qui de si loing qu'elle le vit commena
la souffrance accoustume; et de fait, comme elle souloit, luy souhaitta
le demourant du vin du tonneau dedans le ventre. La vostre mercy,
m'amye, dist il; encores avez vous meilleure coustume que les aultres
femmes de ceste ville: elles enragent de ce que leurs mariz boivent ne
tant ne quant, et vous, Dieu le vous rende, vouldriez bien que je beusse
tousjours ou une bonne foiz qui tousjours durast.--Je ne say, dit
elle, que je vouldroie, sinon que je prie  Dieu que tant vous buvez ung
jour que vous puissez crever. Comme ilz se devisoient ainsi doulcement
comme vous oez, le pot  la pore, qui sur le feu estoit, commence 
s'enfuyr par dessus, pource que trop aspre feu avoit; et le bon homme,
voyant que sa femme n'y mettoit point la main, luy dist: Et ne veez
vous, dame, ce pot qui s'en fuit? Et elle, qui encores rappaise
n'estoit, luy respondit: Si faiz, sire, je le voy bien.--Or le haulsez
donc, Dieu vous mecte en mal an!--Si feray je, dist elle, je le
haulseray, je le mectz  xij. deniers.--Voire, dist il, dame, est ce la
response? Haulsez ce pot, de par Dieu!--Et bien, dit elle, je le mectz 
vij. sols; est ce assez hault?--Hen! hen! dist il, et par saint Jehan!
ce march ne se passera pas sans trois coups de baston. Et il choisit
ung gros baston et en descharge de toute sa force sur le doz de
madamoiselle, en disant: Ce march vous demoure. Et elle commence 
cryer alarme, tant que les voisins s'i assemblrent, qui demandrent que
c'estoit; et le bon homme racompta l'ystoire comme elle alloit, dont ilz
rirent trsbien de celle  qui le march demoura.




LA XCVIIIe NOUVELLE.

PAR L'ACTEUR.


Es metes et marches de France avoit ung riche et puissant chevalier,
noble tant par l'ancienne noblesse de ses predecesseurs comme par
propres nobles et vertueux faiz. De sa femme espouse avoit une seule
fille, trsbelle et trsadresse pucelle, eage de xvj.  xvij. ans ou
environ. Ce bon et noble chevalier, voyant sa dicte fille avoir attaint
 l'eage habile et ydoine pour estre allye et conjoincte par mariage,
eut trsgrande volunt de la donner  ung chevalier son voysin,
trsriche, non toutesfoiz noble de parentage comme de grosses richesses
et puissances temporelles; avec ce aussi, eag de lx.  quatre vingts
ans ou environ. Ce vouloir rongea tant autour de la teste du pre dont
j'ay parl, que jamais ne cessa jusques ad ce que les allyances et
promesses furent faictes entre luy et sa femme, mre de la dicte
pucelle, et le dit chevalier, touchant le mariage de luy avec la dicte
fille, qui des assembles, promesses et traictiez ne savoit rien, et n'y
pensoit aucunement. Assez prochain de l'ostel d'iceluy chevalier pre de
la pucelle, avoit ung aultre jeune chevalier vaillant et riche
moyennement, non pas tant de beaucop comme l'autre ancien dont j'ay
parl, qui estoit trsardent et fort embras de l'amour d'icelle
pucelle. Et pareillement elle, pour la vertueuse et noble renomme de
luy, en estoit trsfort enlasse, et combien que  dangier parlassent
l'un  l'autre, car le pre s'en doubtoit et leur ostoit et rompoit les
moyens et voies qu'il povoit, toutesfoiz si ne les povoit il forclorre
de l'entire et trsloyale amour dont leurs deux cueurs estoient
mutuellement entreliez et embrasez. Et quand fortune leur favorisoit
tant que ensemble les faisoit deviser, d'aultre chose ne tenoient leurs
devises que de pourpenser et adviser le moien par lequel leur souverain
desir pourroit estre accomply par legitime mariage. Or s'approucha le
temps que icelle pucelle deut estre donne  ce seigneur ancien, et le
march et traicti luy fut par son pre descouvert et assign le jour
qu'elle devoit espouser, dont ne fut pas pou courrousse; mais elle se
pensa qu'elle y mectroit remde. Elle envoya vers son trschier amy le
jeune chevalier, et luy manda qu'il venist celement le plus qu'il
pourroit. Et quand il fut venu, elle luy compta les allyances faictes
d'elle et de l'autre ancien chevalier, demandant sur ce conseil de tout
rompre; car d'autre que de luy ne vouloit estre espouse. Le chevalier
luy respondit: M'amye trschre, puisque vostre bont se veult tant
humilier que de moy offrir ce que je n'oseroie requerir sans trsgrand
vergoigne, je vous remercie; et, si vous voulez perseverer en ceste
bonne volunt, je say que nous devons faire. Nous prandrons et
assignerons ung jour en ceste ville bien acompaign de mes amys et
serviteurs, et  certaine heure vous rendrez en quelque lieu que me
direz maintenant o je vous troveray seule. Vous monterez sur mon cheval
et vous mainray en mon chasteau; et puis, si nous povons appaiser
monseigneur vostre pre et ma dame vostre mre, nous procederons  la
consummacion de noz promesses. La pucelle dist que c'estoit bien
advis, et qu'elle savoit comment s'i povoit convenablement conduire. Si
luy dist que tel jour et telle heure venist en tel lieu o il la
trouveroit, et puis feroit tout bien ainsi qu'il avoit advis. Le jour
de l'assignacion vint: si comparut ce bon jeune chevalier au lieu o
l'on luy avoit dit, et o il trouva sa dame, qui monta derrire luy sur
son cheval, puis picqurent fort tant qu'ilz eurent eloign la place.
Quand ilz se trouvrent aucun petit eloignez, ce bon chevalier,
craignant qu'il ne traveillast sa trschire amye, rompit son legier pas
et fist espandre tous ses gens par divers chemins pour veoir se quelque
ung les suyvoit, et chevauchoit  travers champs sans tenir voies ne
sentiers le plus doulcement et debonnairement qu'il povoit, et chargea 
ses gens qu'ilz se trouvassent ensemble tous  ung gros village qu'il
leur nomma, o il avoit intencion de repaistre. Ce village estoit assez
estrang de la voye commune des chevaucheurs et chemineurs; et tant
chevauchrent les dits amans qu'ilz vindrent seuletz au dit village, o
la feste generale se faisoit,  laquelle y avoit gens de toutes sortes
et grand foison. Ilz entrrent en la meilleur taverne de tout le lieu,
et incontinent demandrent  boire et  menger, car il estoit tard aprs
disner, et la pucelle estoit trsfort traveille. Ilz firent faire bon
feu et trsbien appoincter  menger pour les gens du dit chevalier, qui
n'estoient encores venuz. Gures n'eurent est en leur hostellerie que
veezcy venir quatre gros charruyers ou bouviers plus villains encores,
et entrrent baudement en cest hostel, demandans rigoreusement o estoit
la ribauldelle que ung ruffien nagures avoit amene derrire luy sur
ung cheval, et qu'il failloit qu'ilz bussent avec elle et  leur tour la
gouverner. L'oste, qui estoit homme bien cognoissant le dit chevalier,
bien sachant que ainsi n'estoit que les ribauldz disoient, leur
respondit gracieusement que telle n'estoit elle qu'ilz cuidoient. Par
cy, par l, dirent ilz, si vous ne la nous livrs incontinent, nous
abattrons les huys et l'enmerrons par force et malgr vous deus. Quand
le bon hoste entendit et cogneut leur rigueur, et que sa doulce parolle
ne luy prouffitoit point, il leur nomma le nom du chevalier, lequel
estoit trsrenomm s marches, mais pou cogneu des gens,  l'occasion
que tousjours avoit est hors du pas, acquerant honneur et renomme
glorieuse s guerres et voyages loingtains. Leur dist aussi que la
femme estoit une jeune pucelle parente au dit chevalier, laquelle estoit
ne et yssue de grand maison et noble parentage. Helas! messeigneurs,
vous povez, dist il, sans dangier de vous ne d'aultruy, estaindre et
passer voz chaleurs desordonnes avecques plusieurs aultres qui, 
l'occasion de la feste de ce village, sont venues et arrives, et pour
aultre chose non que pour vous et voz semblables. Pour Dieu, laissez en
paix ceste noble fille, et mettez devant voz yeulx les grands dangiers
o vous boutez, et ne soiez j si presumptueux de cuider que le
chevalier la vous laisse mener sans la defendre. Pensez, pensez voz
vouloirs desraisonnables et le grand mal que vous voulez commectre 
petite occasion.--Cessez vostre sermon, dirent les loudiers, tous alumez
du feu de concupiscence charnelle, et donnez nous voye que la puissions
avoir; aultrement vous ferons honte et blasme, car en publicque ycy nous
l'amerrons, et chacun de nous quatre en fera son bon plaisir. Les
parolles fines, le bon hoste monta en la chambre o le chevalier et la
bonne pucelle estoient, puis hucha  part le chevalier,  qui il compta
la volunt des quatre villains enragez, lequel, quand il eut tout bien
et constamment entendu sans estre gures troubl, descendit, garny de
son espe, parler aux quatre ribaulx, leur demandant trsdoulcement
quelle chose il leur plaisoit. Et ainsi, rudes et malsades qu'ilz
estoient, respondirent qu'ilz vouloient avoir la ribauldelle qu'il
tenoit ferme en sa chambre, et que, si doulcement ne leur bailloit,
ilz luy tolliroient et raviroient  son grand dommage. Beaulx
seigneurs, dist le chevalier, si vous me cognoissiez bien, vous ne me
tiendriez pour tel qui maine par les champs les femmes telles que vous
nommez ceste; oncques ne feiz telle folie, la Dieu mercy; et quand la
volunt me seroit telle, que Dieu ne veille! jamais je ne le feroye s
marches dont je suis et tous les miens. Ma noblesse et la nettet de mon
courage ne pourroient souffrir que ainsi me gouvernasse. Ceste femme est
une jeune pucelle, ma cousine prochaine, yssue de noble maison; et je
vois pour esbatre et passer temps doulcement, la menant avec moy,
acompaign de mes gens, lesquelx, jasoit qu'ilz ne soient cy presens,
toutesfois viendront ilz tantost, et je les attens; et ne soiez j si
abusez en voz courages que je me repute si lasche que je la laisse
villanner ne souffrir luy faire injure tant ne quant, mais la defendray
aussi avant et aussi longuement que la vigueur de mon corps pourra durer
et jusques  la mort. Avant que le chevalier eust fin sa parolle, les
villains plastriers luy entrerompirent en nyant premier qu'il fust celuy
qu'il avoit nomm, pource qu'il estoit seul, et le dit chevalier ne
chevauchoit jamais que en grand compaignie de gens. Pour quoy luy
conseillrent qu'il baillast la dicte femme, s'il estoit sage, ou
aultrement luy tolliroient par force, quelque chose qui s'en puist
ensuyr. Helas! quand le vaillant et courageux chevalier perceut que
doulceur n'avoit point lieu en ses responces, et que rigueur et haulteur
occupoient la place, il se ferma en son courage, et rsolut que les
villains n'aroient j la joissance de la pucelle, ou il y mourroit en la
defendant. Pour faire fin, l'un de ces quatre s'avana de ferir de son
baston  l'huis de la chambre, et les aultres le suyrent, qui furent
vaillamment reboutez du chevalier. Et ainsi se commena la bataille, qui
dura assez longuement. Combien que les deux parties fussent
dispareilles, ce bon chevalier vaincquit et rebouta les quatre ribaulx,
et, ainsi qu'il les poursuyvoit chassant pour en estre au dessus, l'un
d'iceulx, qui avoit ung glaive, se vira subit et le darda en l'estomac
du chevalier et le percha de part en part, du quel cop incontinent cheut
tout mort, dont ilz furent trsjoieux. Ce fait, l'oste fut par eulx
contraint de l'enfouir et mettre en terre ou au jardin de l'ostel, sans
esclandre ne noise; aultrement ilz le menassoient tuer. Quand le
chevalier fut mort, ilz vindrent hurter  la chambre o estoit la
pucelle,  qui desplaisoit moult que son amoureux tant demouroit, et
boutrent l'huis oultre. Et si tost qu'elle vit les bourgois entrer,
elle jugea tantost que le chevalier estoit mort, disant: Helas! o est
ma garde? o est mon seul refuge? Qu'est il devenu? Dont vient que ainsi
me laisse seullette? Les ribaulx, voyans qu'elle estoit ainsi trouble,
la cuidrent faulsement decevoir par doulces parolles, en disant que le
chevalier estoit en une maison, et qu'il luy mandoit qu'elle y allast
avec eulx, et que plus seurement s'i pourroit garder; mais riens n'en
voult croire, car le cueur tousjours luy jugeoit qu'ilz l'avoient tu et
murdry. Si commena  soy dementer et crier plus amrement que devant.
Qu'est ce cy, dirent ilz, que tu nous faiz estrange manire? Cuides tu
que nous ne te cognoissions? Si tu as suspeon sur ton ruffien qu'il ne
soit mort, tu n'es pas abuse: nous en avons delivr le pas. Pour quoy
soies toute asseure que nous quatre arons chacun ta compaignie. Et, 
ces motz, l'un d'eulx s'avance, qui la prent le plus rudement du monde,
disant qu'il aura sa compaignie avant qu'elle luy eschappe, veille ne
daigne. Quand la pouvre pucelle se voit ainsi efforce, et que la
doulceur de son langage ne luy portoit point de prouffit, leur dist:
Helas! messeigneurs, puis que vostre mauvaise volunt est ainsi
tourne, et que humble prire ne la peut adoulcir ne ploier, au mains
aiez en vous ceste honestet que, puis qu'il fault que  vous je soie
abandonne, ce soit premirement  l'un sans la presence de l'autre.
Ilz luy accordrent, jasoit ce que trsenvys, et puis luy firent choisir
pour eslire celuy d'eulx quatre qui devoit demourer avec elle. L'un
d'eulx, lequel elle cuidoit estre le plus begnin et doulx de tous, elle
eleut; mais de tous estoit il le pire. La chambre fut ferme, et tantost
aprs la bonne pucelle se gecta aux piez du ribaulx, en luy faisant
pluseurs piteuses remonstrances, luy priant qu'il eust piti d'elle.
Mais tousjours perseverant en malignit, dist qu'il feroit sa volunt
d'elle. Quand elle le vit si dur et obstin, et que sa prire trshumble
ne vouloit exaulser, luy dist: Or , puis qu'il convient qu'il soit,
je suis contente; mais je vous supply que cloiez les fenestres, affin
que nous soyons plus secrtement. Il l'accorda bien envys, et, tantdiz
qu'il les cloyoit, la pucelle sacqa ung petit cousteau qu'elle avoit
pendu  sa cincture, se trencha la gorge et rendit l'ame. Et quand le
ribauld la vit couche  terre morte, il s'en fuyt avecques ses
compaignons. Et est  supposer qu'ilz ont est puniz selon l'exigence du
cas piteux. Ainsi finrent leurs jours les deux loyaux amoureux tantost
l'un aprs l'autre, sans percevoir rien du joieux plaisir o ilz
cuidoient ensemble vivre et durer tout leur temps.




LA XCIXe NOUVELLE.

PAR L'ACTEUR.


S'il vous plaist, vous orrez, avant qu'il soit plus tard, tout  ceste
heure ma petite ratele et compte abreg d'un vaillant evesque
d'Espaigne, qui pour aucuns afferes du roy de Castille, son maistre, ou
temps de ceste histoire, s'en alloit en court de Romme. Ce vaillant
prelat, dont j'entens fournir ceste derreniere nouvelle, vint ung soir
en une petite villette de Lombardie; et luy estant arriv par ung
vendredy assez de bonne heure, vers le soir, ordonna son maistre d'ostel
le faire souper de bonne heure, et le tenir le plus aise que faire ce
pourroit, de ce dont on pourroit recouvrer en la ville; car la mercy
Dieu, quoyqu'il fust et gros et gras, et ne se donnoit de traveil que
bien  point, si n'en jeunoit il journe. Son maistre d'ostel, pour luy
obir, s'en alla au march, et par toutes les poissonneries de la ville
pour trouver du poisson. Mais pour faire le compte bref, il n'en peut
oncques recouvrer d'un seul lopin, quelque diligence que luy et son
hoste en sceussent faire. D'adventure, eulx s'en retournans  l'ostel
sans poisson, trouvrent ung bon homme des champs qui avoit deux bonnes
perdriz et ne demandoit que marchant. Si s'en pensa le maistre d'ostel
que s'il en povoit avoir bon compte, elles ne luy eschapperoient pas, et
que bonnes seroient pour dimenche, et que son maistre en feroit grand
feste. Il les acheta et en eut bon pris. Il vint vers son maistre ses
deux perdriz en sa main, toutes vives, grasses, et bien refaictes, et pas
luy compta l'eclipse de poisson qui estoit en la ville, dont il n'estoit
trop joyeulx. Et luy, dist: Et que pourrons nous soupper?--Monseigneur,
respondit il, je vous feray faire des oeufs en plus de cent mille
manires; vous aurez aussi des pommes et des poires. Nostre hoste a
aussi de bon fromage et bien gras: nous vous tiendrons bien aise. Ayez
pacience pour meshuy, ung soupper est tantost pass; vous serez demain
plus aise, si Dieu plaist. Nous yrons en la ville, qui est trop mieulx
empoissonne que ceste cy; et Dimenche vous ne povez faillir d'estre
bien disn, car veezcy deux perdriz que j'ay pourveues, qui sont  bon
escient bonnes et bien nourries. Ce maistre evesque se fist bailler ces
perdriz, et les trouva telles qu'elles estoient bonnes  bon escient; si
se pensa qu'elles tiendroient  soupper la place du poisson qu'il
cuidoit avoir, dont il n'avoit point; car il n'en peut oncques trouver.
Si les fist tuer bien en haste, plumer, larder et mettre en broche. Lors
le maistre d'ostel, voyant qu'il les vouloit rostir, fut esbahy et dist
 son maistre: Monseigneur, elles sont bonnes tues, mais les rostir
maintenant pour le Dimanche, il ne me semble pas bon. Ledit maistre
d'ostel perdoit son temps, car, quelque chose qu'il sceut remonstrer, si
ne la voulut il croire: elles furent mises en broche et rosties. Le bon
prelat estoit la plus part du temps qu'elles mirent  cuire tousjours
present, dont son maistre d'ostel ne se savoit assez esbahir, et ne
savoit pas bien l'appetit desordonn de son maistre qu'il eust  ceste
heure de devorer ces perdrix, ainois cuidoit qu'il le fist pour
Dimenche les avoir plus prestes au disner. Lors les fist ainsi habiller,
et quand elles furent prestes et rosties, la table couverte et le vin
aport, oeufz en diverses faons habillez et mis  point, si s'assit le
prelat, et le _benedicite_ dit, demanda les perdris avec de la
moustarde. Son maistre d'ostel, desirant savoir que son maistre vouloit
faire de ces perdriz, si les luy mist devant luy toutes venantes de la
broche, rendantes une fume aromaticque assez pour faire venir l'eaue 
la bouche d'ung friant. Et bon evesque d'assaillir ces perdrix et
desmembrer d'entre la meilleure qui y fust; et commence  trencher et
menger, car tant avoit haste, que oncques ne donna loisir  son escuier
qui devant luy tranchoit qu'il eust mis son pain ne ses cousteaux 
point. Quand ce maistre d'ostel vit son maistre s'attraper  ces
perdris, il fust bien esbahy et ne se peut taire ne tenir de luy dire:
Ha, monseigneur, que faictes vous? Estes vous Juif ou Sarrazin, qui ne
gardez aultrement le vendredy? Par ma foy, je me donne grand merveille
de vostre faict.--Tais toy, tais toy, dist le bon prelat, qui avoit
toutes les mains grasses et la barbe aussi de ces perdris; tu es beste,
et ne sais que tu dis. Je ne fays point de mal. Tu sais et congnois
bien que par parolles moy et tous les aultres prestres faisons d'une
hostie, qui n'est que de bled et d'eaue, le precieux corps de
Jhesu-Crist; et ne puis je donc pas, par plus forte raison, moy qui tant
ay veu de choses en court de Romme, et en tant de divers lieux, savoir
par paroles faire convertir ces perdriz, qui est chair, en poisson,
jasoit ce qu'elles retiennent la forme de perdriz? Si fais, dya;
maintes journes sont passes que j'en say bien la pratique. Elles ne
furent pas si tost mises  la broche que, par les parolles que je say,
je les charm tellement que en substance de poisson se convertirent; et
en pourriez trestous qui estes icy menger, comme moy, sans pech. Mais
pour l'ymagination que vous en pouriez prendre, elles ne vous feroient
j bien; si en feray tout seul le meschief. Le maistre d'ostel et tous
les autres de ses gens commencrent  rire, et firent semblant de
adjouster foy  la bourde de leur maistre, trop subtilement farde et
colore; et en tindrent depuis manire du bien de luy, et aussy
maintesfoiz en divers lieux joyeusement le racomptrent.




LA Ce ET DERRENIRE NOUVELLE.

PAR PHILIPE DE LOAN.


En la bonne, puissant et bien peuple cit de Jannes, puis certain temps
en , demouroit ung gros marchant plain et combl de biens et de
richesses, duquel l'industrie et manire de vivre estoit de mener et
conduire grosses marchandises par la mer s estranges pas, et
specialement en Alixandrie. Tant vacca et entendit au gouvernement des
navires,  entasser thesaur et amonceler grandes richesses, que durant
tout le temps, jusques  l'eage de cinquante ans, qu'il s'y adonna
depuis sa tendre jeunesse, ne luy vint volunt ne souvenance d'aultre
chose faire. Et comme il fut parvenu  l'eage dessus dicte, ainsi que
une foiz pensoit sur son estat, voyant qu'il avoit despendu tous ses
jours et ans  rien aultre chose faire que cuillir et accroistre sa
richesse, sans jamais avoir eu ung seul moment ou minute de temps ouquel
sa nature luy eust donn inclinacion pour penser ou induire  soy
marier, affin d'avoir generacion qui aux grans biens qu'il avoit  grand
diligence et grand labour amassez et acquis luy succedast, et luy aprs
luy les possedast, conceut en son courage une aigre et trspoingnant
doleur; et luy despleut  merveilles que ainsi avoit expos et despendu
ses jeunes jours. En celle aigre doleance et regretz demoura aucuns
jours, pendant lesquelx advint que en la cit dessus nomme, les jeunes
et petiz enfans, aprs qu'ilz avoient solenniz aucune feste accoustume
entr'eulx par chacun an, habillez et desguisez diversement et assez
estrangement, les ungs d'une manire, les aultres d'aultre, se vindrent
rendre en grant nombre en ung lieu o les publicques et accoustumez
esbatemens de la cit se faisoient communement, pour jouer en la
presence de leurs pres, mres et amys, affin d'en reporter gloire,
renomme et loange. A ceste assemble comparut et se trouva ce bon
marchant, remply de fantasies et de souciz; et voyant les pres et les
mres prendre grand plaisir  veoir enfans jouer et faire souplesses et
apertises, aggrava sa doleur qu'il par avant avoit de soy mesmes conceu;
et en ce point, sans les povoir plus adviser ne regarder, triste et
pensif retourna en sa maison, et seulet se rendit en sa chambre, o il
fut aucun temps faisant complainte en ceste manire: Ha! pouvre
maleureux veillart, tel que je suis et tousjours ay est, de qui la
fortune et destine sont dures, amres et mal goustables! O chetif
homme, plus que tous aultres recreant et las, par les veilles, peines,
labours et ententes que tu as prins et port tant par mer que par terre!
Ta grande richesse et tes combls thesors sont bien vains, lesquelx
soubz perilleuses adventures, en peines dures et sueurs, tu as amass et
amoncel, et pour lesquelx tout ton temps as despendu et us, sans avoir
oncques une petite et passant souvenance de penser qui sera celuy qui,
toy mort et party de ce sicle, les possedera, et  qui par loy humaine
les devray laisser en memoire de toy et de ton nom. Ha! meschant
courage, comment as tu mis en non challoir ce  quoy tu devois donner
entente singulire? Jamais ne t'a pleu mariage, fuy l'as tousjours,
craint et refus, mesmement hay et mespris les bons et justes conseilz
de ceulx qui t'y ont voulu joindre affin que tu eusses ligne qui
perpetuast ton nom, ta loange et renomme. O bien heureux sont les pres
qui laissent  leurs successeurs bons et sages enfans! Combien ay je
aujourd'huy regard et perceu de pres estans aux jeuz de leurs enfans
qui se disoient trseureux, et jugeroient trsbien avoir employ leurs
ans si aprs leurs decs leurs povoint laisser une petite partie des
grans biens que je possde. Mais quel plaisir, quel soulas puis je
jamais avoir? Quel nom, quelle renomme aray je aprs la mort? O est
maintenant le filz qui maintiendra et fera memoire de moy, aprs mon
trespas? Beney soit ce saint mariage par quoy la memoire et souvenance
des pres est entretenue, et dont leurs possessions et heritages ont par
leurs doulx enfans  eternelle permanence et dure! Quand ce bon
marchant eust longue espace  soy mesmes argu, subit donna remde et
solucion  ses argumens, disant ces motz: Or , il ne m'est desormais
mestier, obstant le nombre de mes ans, tourmenter ne troubler de
doleurs, d'angoisses ne de pensemens. Au fort, ce que j'ay fait par cy
devant prenne semblance et comparaison aux oyselletz qui font leurs nidz
et preparent avant qu'ilz y pondent leurs oeufz. J'ay, la mercy Dieu,
richesses suffisantes pour moy, pour une femme et pour pluseurs enfans,
s'il advient que j'en ye, et ne suis si ancien, ne tant deffourny de
puissance naturelle, que je me doye soucier ne perdre esperance de non
pouvoir jamais avoir generacion. Si me convient arrester et donner toute
entente, veiller et traveillier, advisant o je troveray femme propice
et convenable  moy. Ainsi son long procs finant, vuida hors de sa
chambre, et fist vers luy venir deux de ses bons soichons, mariniers
comme luy, aus quelx il descouvrit son cas tout au plain, les priant
trsaffectueusement qu'ilz luy voulsissent aider  querir et trouver
femme pour luy, qui estoit la chose du monde que plus desiroit. Les deux
marchans, entendu le bon propos de leur compaignon, le prisrent et
lorent beaucop, et prindrent la charge de faire toute diligence et
inquisicion possible pour luy trouver femme. Et tantdiz que la diligence
et enqueste se faisoit, nostre marchant, tant eschaud de marier que
plus ne povoit, faisoit de l'amoureux, cherchant par toute la cit entre
les plus belles la plus jeune, et d'aultres ne tenoit compte. Tant
chercha qu'il en trouva une telle qu'il la demandoit; car de honnestes
parens ne, belle  merveilles, jeune de XV ans ou environ, gente,
doulce et trsbien adrece estoit. Aprs qu'il eut congneu les vertuz et
doulces condicions d'elle, il eut telle affection et desir qu'elle fust
dame de ses biens par juste mariage, qu'il la demanda  ses parens et
amys, lesquelx, aprs aucunes petites difficultez qui gures ne
durrent, luy donnrent et accordrent. Et en la mesme heure luy firent
fiancer et donner caution et seuret du douaire dont il la vouloit doer.
Et si ce bon marchant avoit prins grand plaisir en sa marchandise,
pendant le temps qu'il la menoit, encores l'eut il plus grand quand il
se vit asseur d'estre mari, et mesmement avec femme telle que d'en
povoir avoir de beaulx et doulx enfans. La feste et solennit des
nopces fut honorablement en grand sumptuosit faicte et celebre; la
quelle feste faillie, il, mettant en obly et non chaloir sa premire
manire de vivre, c'est assavoir sur la mer, fist trsbonne chre et
prenoit grand plaisir avec sa belle et doulce femme. Mais le temps ne
luy dura gures que saoul et tann en fut, car la premire anne, avant
qu'elle fut expire, print desplaisance de demourer  l'ostel en
oysivet et d'y tenir mesnage en la manire qu'il convient  ceulx qui y
sont liez, se oda et tanna, ayant si grand regret  son aultre mestier
de navyeur qu'il luy sembloit plus aysi et legier  maintenir que celuy
qu'il avoit si voluntiers entreprins  gouverner nuyt et jour. Aultre
chose ne faisoit que subtilier et penser comment il se pourroit en
Alixandrie trouver en la faon qu'il avoit accoustume, et luy sembloit
bien qui n'estoit pas seulement difficille de soy tenir de navier, non
hanter la mer, et l'abandonner de tous poins, mais aussi chose la plus
impossible de ce monde. Et combien que sa volunt fust plainement
delibere et resolue de soy retraire et revenir  son dit premier
mestier, toutesfois le challoit il  sa femme, doubtant qu'el ne le
print  desplaisir; avoit aussi une crainte et doubte qui le destourboit
et donnoit empeschemeut  executer son desir, car il cognoissoit la
jeunesse du courage de sa femme, et luy estoit bien advis que s'il
s'absentoit, elle ne se pourroit contenir; consyderoit aussi la muablet
et variablet de courage femenin, et mesmement que les jeunes galans,
luy present, estoient coustumiers de passer souvent devant son huys pour
la veoir, dont il supposoit qu'en son absence ilz la pourroient de plus
prs visiter et par adventure tenir son lieu. Et comme il eut est par
longue espace poinct et aguillonn de ces difficultez et diverses
ymaginacions, sans en sonner mot, et qu'il congneut qu'il avoit j
achev et pass la plus part de ses ans, il mist  non challoir et femme
et mariage et tout le demourant qu'il affiert au mesnage, et aux
argumens et disputacions qui luy avoient troubl la teste donna brefve
solucion, disant en ceste manire: Il m'est trop plus convenable vivre
que morir, et se je ne laisse et abandonne mon mesnage en brefz jours,
il est tout certain que je ne puis longuement vivre ne durer. Lairray je
donc ceste belle et doulce femme? Oy, je la lairray; elle ait
doresnavant la cure et soing d'elle mesme, s'il luy plaist, je n'en veil
plus avoir la charge. Helas! que feray je! Quel deshonneur, quel
desplaisir sera ce pour moy s'elle ne se contient et garde chastet. Ho!
il me vault mieulx vivre que morir pour prendre soing pour la garder; j
Dieu ne veille que pour le ventre d'une femme je prende si estroicte
cure ne soing; aultre loyer ne salaire ne recevroye que torment de corps
et d'ame. Ostez moy ces rigueurs et angoisses que pluseurs seuffrent
pour demourer avec leurs femmes; il n'est chose en ce monde plus cruelle
ne plus grevant les personnes. J Dieu ne me laisse tant vivre que pour
quelque adventure qu'en mon mariage puist sourdre, je m'en courrousse ne
monstre triste. Je veil avoir maintenant libert et franchise de faire
tout ce qui me vient  plaisir. Quand ce bon marchand eut donn fin 
ces trslongues devises, il se trouva avec ses compaignons navieurs, et
leur dist qu'il vouloit encore une foiz visiter Alixandrie et charger
marchandises, comme aultrefoiz et souvent avoient fait en sa compaignie;
mais il ne leur declara pas les troubles qu'il prenoit  l'occasion de
son mariage. Ilz furent tantost d'accord et luy dirent qu'il se feist
prest au premier bon vent qui sourvendroit. Les navires et bateaulx
furent chargez et preparez pour partir et mis s lieux o il failloit
attendre vent propice et oportun pour navyer. Ce bon marchant doncques,
ferme et tout arrest en son propos, comme le jour precedent, se trouva
seul aprs souper avec sa femme en sa chambre; il luy descouvrit son
intencion et manire de son prochain voyage, et faindant que trsjoyeux
fust, luy dist ces parolles: Ma trschre espouse, que j'ayme mieulx
que ma vie, faictes, je vous requier, bonne chre, et vous monstrez
joyeuse, et ne prenez ne desplaisance ne tristece en ce que je vous veil
declarer. J'ay propos de visiter, se c'est le plaisir de Dieu, une foiz
encore le pais d'Alixandrie, en la fasson que j'ay de long temps
accoustume, et me semble bien que n'en devez estre marrye, attendu que
vous congnoissez que c'est ma manire de vivre, mon art et mon mestier,
auquel moien j'ay acquis richesses, maisons, nom, renomme, et trouv
grand nombre d'amys et de familiarit. Les beaulx et riches vestements,
aneaulx, ornemens, et toutes les aultres precieuses bagues dont vous
este pare et orne plus que nulle aultre de ceste cit, comme bien
savez, ai je achatez du gaing et avantage que j'ay fait en mes
marchandises. Ce voyage, doncques, ne vous doit gures ennuyer, et ne
prenez j desconfort, car le retour en sera bref. Et je vous promectz
que si  ceste foiz, comme j'espoire, la fortune me donne eur, plus
jamais n'y veil aller, je y veil prendre cong  ceste foiz. Il convient
donc que prenez maintenant courage bon et ferme; car je vous laisse la
disposicion, administracion et gouvernement de tous les biens que je
possde; mais avant que je parte, je vous veil faire aucunes requestes.
Pour la premire, je vous prie que soiez joyeuse, tantdiz que je feray
mon voyage, et vivez plaisamment, et si j'ay quelque pou d'ymaginacion
que ainsi le facez, j'en chemineray plus lyement. Pour la seconde, vous
savez qu'entre nous deux rien ne doit estre tenu couvert ne cel, car
honneur, prouffit et renomme doivent estre, comme je tiens qu'ilz sont,
communs entre nous deux, et la loange et honneur de l'un ne peut estre
sans la gloire de l'autre, neant plus que le deshonneur de l'un ne peut
estre sans la honte de tous deux. Or je veil bien que vous entendez que
je ne suis si desfourni ni despourveu de sens que je ne pense bien
comment je vous laisse jeune, belle, doulce, fresche et tendre, sans
soulas d'homme, et que de plusieurs en mon absence serez desire.
Combien que je cuide fermement que avez maintenant nette pense, courage
chaste et honeste, toutesfoiz, quand je cognois quelz sont vostre eage
et l'inclinacion de la secrte et musse chaleur en quoi vous abundez,
il ne me semble pas possible qu'il ne vous faille, par pure necessit et
contraincte, ou temps de mon absence avoir compaignie d'homme, dont je
ne suis, la Dieu mercy, en rien troubl. C'est bien mon plaisir que vous
vous accordez o vostre nature vous forcera et contraindra; car je say
qu'il ne vous est possible d'y resister. Veezcy doncques le point o je
vous veil tresaffectueusement prier, c'est que gardez nostre mariage le
plus longuement en son entieret que vous pourrez. Intencion n'ay ne
volunt aucune de vous mettre en garde d'aultruy pour vous contenir;
mais veil que de vous mesmes aiez la cure et le soing et soiez
gardienne. Veritablement, il n'est si estroicte garde au monde qui peut
destourber n'empescher la femme oultre sa volunt  faire son plaisir.
Quand doncques vostre chaleur naturelle vous aguillonnera et poindra par
telle manire que pour vous contenir aurez perdu puissance, je vous
prie, ma chre espouze, que  l'execution de vostre desir vous vous
conduisiez prudentement et subtillement, et tellement qu'il n'en puist
estre publicque renomme; et que, si aultrement le faictes, vous, moy et
tous noz amys sommes infames et deshonors. Si en fait doncques et par
effect vous ne povez garder chastet, au mains mettez peine de la garder
tant qu'il touche fame et commune renomme. Mais je vous veil apprendre
et enseigner la manire que vous devrez tenir en celle matre, s'elle
survient. Vous savez qu'en ceste bonne cit a foison de beaulx jeunes
hommes; entre eulx tous, vous en choisirez ung seul, et vous en tiendrez
contente et assovye pour faire ce o vostre nature vous inclinera.
Toutesfoiz, je veil que, en faisant l'election et le chois, vous aiez
singulier regard qu'il ne soit homme vague, deshonneste et pou vertueux;
car de tel ne vous devez accointer, pour le grand peril qui vous en
pourroit sourdre. Car, sans nul doubte, il descouvreroit et
publicqueroit  la vole vostre secret. Rien n'est tenu couvert, clos ne
cel par telz gens ne leurs semblables. Doncques, vous elirez celuy que
cognoistrez fermement estre sage et prudent, affin que, si le meschief
vous advient, il mecte aussi grand peine  le celer comme vous. De ceste
article vous requier je tresaffectueusement, et que me promectez en
bonne et ferme leault que garderez ceste lecon et retiendrez. Si vous
advise que ne me respondez sur ceste matire en la forme et faon que
soulent et ont de coustume les aultres femmes quand on leur parle telz
propos comme je vous dy maintenant; je say leurs responses et de quelz
motz sevent user, qui sont telz ou semblables: H! h! mon mary, dont
vous vient ceste tristce, ce courage troubl? Qui vous a ainsi meu 
ire? O avez vous charg ceste opinion cruelle plaine de tempeste? Par
qu'elle manire ne comment me pourroit advenir ung si abhominable
delict? Nenny! nenny! j Dieu ne veille que je vous face telles
promesses,  qui je prie qu'il permette la terre ouvrir qui me
engloutisse et devore toute vive, au jour et heure que je n'y pas
commettray, mais auray une seule et legre pense  la commettre? Ma
chre espouse, je vous ay ouvert ces manires de respondre affin que
vers moy n'en usez aucunement. En bonne foy, je croy et tiens fermement
que vous avez pour ceste heure tresbon et entier propos, ou quel je vous
prie que demourez autant que vostre nature en pourra souffrir. Et point
n'entendez que je veille que me promettez faire et entretenir ce que je
vous ay monstr et aprins, fors seulement ou cas que ne pourriez donner
resistence ne bataillier contre l'appetit de vostre fraile et doulce
jouvence. Quand ce bon mary eut fin sa parolle, la belle, doulce et
debonnaire sa femme, la face rose, se print  trembler quand deut
donner responses aux requestes que son espoux luy avoit faictes. Ne
demoura gures, toutesfoiz, que la rougeur s'evanuyt, et print
asseurance, en fermant et appuyant son courage de constance; et en ceste
manire causa sa gracieuse response, combien que voix tremblant la
pronunast: Mon doulx et tresam mary, je vous asseure qu'onques ne fuz
si espovente, si trouble et evanuye de mon entendement, que j'ay est
presentement par voz parolles, quand elles m'ont donn la congoissance
de ce que oncques je n'oiz ne aprins, voirement qu'oncques n'euz telle
presumption que d'y penser. Et aultre opinion ou supposition ne puis de
vous avoir fors que me querez et contendez traveiller et tenser, car
vous cognoissez ma simplesse, jeunesse et innocence, qui est pour vous,
ce me semble, non pas moins delict, mais tresgrand: certainement il
n'est point possible  mon eage de faire ou pourpenser un tel meschief
ou defaulte. Vous m'avez dit que vous estes seur et savez vraiment que,
vous absent, je ne me pourroye contenir ne garder l'entieret de nostre
mariage. Ceste parolle me tormente fort le courage, et me fait trembler
toute, et ne say quelle chose je doye maintenant dire, respondre, ne
proposer  voz raisons, ainsi m'avez tollu et priv l'usage de parler.
Je vous diray toutesfoiz ung mot qui viendra de la profondesse de mon
cueur, et en telle manire qu'il gist vuidera il de ma bouche: Je
requier treshumblement  Dieu et  joinctes mains luy prie qu'il face et
commende ung abysme ouvrir o je soye gecte, les membres tous erachez,
et tourmente de mort cruelle, si jamais le jour vient o je doye non
seullement commectre desloyaut en nostre mariage, mais sans plus en
avoir une brve pense de le commettre; et comment ne par quelle
manire ung tel delict me pourroit advenir, je ne le saroye entendre.
Et pource que m'avez forclos et seclus de telles manires de respondre,
disant que les femmes sont coustumires d'en user pour trouver leurs
eschappatoires et alibiz forains, affin de vous faire plaisir et donner
repos  vostre ymaginacion, et que voiez que  voz commendemens je suis
preste d'obeir, garder et maintenir, je vous promectz de ceste heure, de
courage ferme, arrest et estable opinion, d'attendre le jour de vostre
revenue en vraie, pure et entire chastet de mon corps; et si que Dieu
ne veille il advient le contraire, tenez vous tout asseur, et je le vous
promectz, je tiendray la rgle et doctrine que m'avez donne en tout ce
que je feray, sans la trespasser aucunement. S'il y a aultre chose dont
vostre courage soit charg, je vous prie, descouvrez tout et me
commendez faire et accomplir vostre bon desir; aultre rien ne desire que
de conjoindre noz deux vouloirs en ung, et de faire le vostre, non pas
le mien. Nostre marchant, oye la response de sa femme, fut tant joyeux
qu'il ne se pouvoit contenir de plorer, disant: Ma chre espouse,
puisque vostre doulce bont m'a voulu faire la promesse que j'ay requis,
je vous prie que l'entretenez. Le lendemain bien matin, le bon marchant
fut mand de ses compaignons pour entrer en la mer; si print cong de sa
femme, et elle le commenda  la garde de Dieu, puis monta en la mer.
Lors se misrent  cheminer et navyer vers Alixandrie, o ilz parvindrent
en brefs jours, tant leur fut le vent propice et convenable, ou quel
lieu s'arrestrent longue espace de temps, tant pour delivrer leurs
marchandises comme pour en charger de nouvelles. Pendant et durant
lequel temps, la trsgente et gracieuse damoiselle dont j'ai parl
demoura garde de l'ostel, et pour toute compaignie n'avoit que une
petite jeune fillette qui la servoit. Et, comme j'ay dit, ceste belle
damoiselle n'avoit que quinze ans, pour quoy, si aucune faulte fist, il
semble qu'on ne le doit pas tant imputer  malice comme  la fragilit
de son jeune eage. Comme doncques le marchant eust j pluseurs jours
est absent des doulx yeulx d'elle, pou  pou il fut mys en obly. Et
pour ce que sa doulceur, beault et gracieuset singuliers estoient
cogneues par toute la cit de longtemps, si tost que les jeunes gens
sceurent du departement de son mary, ilz la vindrent visiter, laquelle
au premier ne vouloit vuyder de sa maison ne soy monstrer; mais
toutesfoiz, par force de continuacion et frequentacion quotidienne, pour
le grand plaisir qu'elle print aux doulx et melodieux chans et armonie
d'instrumens dont l'on jouoit  son huys, elle s'avana de venir veoir
et regarder par les crevaces des fenestres et secretz treilliz
d'icelles, par lesquelles povoit trsbien veoir ceulx qui l'eussent plus
voluntiers veue. En escoutant les chansons et dances, prenoit  la foiz
si grand plaisir que amours esmouvoit son courage tellement que chaleur
naturelle souvent l'induisoit  briser sa continence. Tant souvent fut
visite en la manire dessus dicte, qu'en la fin sa concupiscence et
desir charnel la vaincquirent, et fut du dart amoureux bien avant
touche; et comme elle pensast souvent comment elle avoit, si  elle ne
tenoit, si bonne habitude et opportunit de temps et de lieu, car nul ne
la gardoit, nul ne luy donnoit empeschement pour mectre  execution son
desir, conclut et dist que son mary estoit trssage quand si bien luy
avoit acerten que garder ne se pourroit en continence et chastet, de
qui toutesfoiz elle vouloit garder et tenir la doctrine, et avecques ce
la promesse que faicte luy avoit. Or me convient-il, dist elle, user du
conseil de mon mary; en quoy faisant, je ne puis encourir crime aucun ne
deshonneur, puis qu'il m'en a baill la licence, mais que je n'excde
les termes de la promesse que j'ay fait. Il m'est advis et il est vray
qu'il me chargea, quand le cas adviendrait que rompre me conviendroit ma
chastet, que je eleusse homme qui fust sage, bien renomm et de grand
vertu, et non aultre. En bonne foy, ainsi feray-je, mais que je puisse;
en non trespasser le conseil de mon mary il me souffist largement. Et je
tiens qu'il n'entendoit point que l'homme deust estre ancien, ains,
comme il me semble, qu'il fust jeune, ayant autant de renomme en
clergie et science qu'ung veil; telle fut la lecon, ce m'est advis. Es
mesmes jours que se faisoient ces argumentacions pour la partie de
nostre belle damoiselle, et qu'elle queroit ung sage jeune homme pour
luy refroider les entrailles, ung trssage jeune clerc arriva de son eur
en la cit, qui venoit freschement de l'universit de Bouloigne la
crasse, o il avoit est plusieurs ans sans retourner. Tant avoit vacqu
et donn son entente  l'estude, que en tout le pays n'y avoit clerc de
plus grant renomme; tous les magistratz et gouverneurs de la cit luy
assistoient continuellement, et avecques aultres gens que grans clercs
ne se trouvoit. Il avoit de coustume depuis sa venue, et jamais ne
failloit, d'aller chacun jour sur le march,  l'ostel de la ville, et
au lieu o le parlement se faisoit, pour plaider les causes de pluseurs,
se rendoit; or estoit sa droicte voie de son hostel au dit march la rue
o la maison de cele damoiselle estoit situe et assise, et jamais ne
povoit passer que par devant l'huys d'icelle maison, puis qu'il prenoit
son chemin par la dicte rue. Il n'y avoit point pass cent foiz qu'il
fut choisy et not, et pleut trsbien sa doulce manire et gravit  la
damoiselle. Et combien qu'elle ne l'eust oncques veu exercer les faiz de
clergie, toutesfoiz jugea elle tantost qu'il estoit trsgrand clerc,
mesmement qu'elle l'oyoit priser et renommer pour le plus sage de toute
la cit. Auxquelz moyens elle le commena  desirer et ficha toute son
amour en luy, disant qu'il seroit celuy, si  luy ne tenoit, qui luy
feroit garder la lecon de son mary; mais par quelle fcon elle luy
pourroit monstrer son grand et ardent amour et ouvrir le secret desir de
son courage, elle ne savoit, dont elle estoit trsdesplaisante. Elle
s'advisa neantmains que, pource que chacun jour ne falloit point de
passer devant son huys, allant au march, elle se mettroit au perron,
pare le plus gentement qu'elle pourroit, affin que au passer, quand il
gecteroit son regard sur sa beault, il la convoitast et requist de ce
dont on ne luy feroit refus. Pluseurs fois la damoiselle se monstra;
combien que ce ne fust au paravant sa coustume, et jasoit ce que
trsplaisante fust et telle pour qui ung jeune courage devoit tantost
estre esprins et alum d'amours, toutesfoiz le sage clerc jamais ne
l'apperceut, car il marchoit si gracieusement qu'il ne gectoit sa veue
ne  ne l. Et par ce moien la bonne damoiselle ne prouffita rien en la
faon qu'elle avoit pourpense et advis. S'elle fut dolente et
desplaisante, j n'est mestier d'en faire enqueste, et plus pensoit 
son clerc, et plus alumoit et esprenoit son feu. A fin de pice, aprs
ung tas d'ymaginacions que pour abreger je passe, conclut et determina
d'envoier sa petite meschinette devers luy. Si la hucha et commenda
qu'elle s'en allast demander la maison d'un tel, c'est assavoir de ce
grand clerc, et quand elle l'aroit trouv, o qu'il fust, luy dist que
le plus en haste qu'il pourroit venist  l'ostel d'une telle damoiselle,
espouse d'un tel; et que s'il demandoit quelle chose il plairoit  la
damoiselle, elle luy respondist que rien n'en savoit, mais tant
seulement qu'elle lui avoit dit qu'il estoit grand necessit qu'il
venist. La fillette mist en sa memoire les motz de sa charge, et se
partit pour querir celuy qu'elle trouva; ne demoura gures que l'en luy
enseigna la maison o il mengeoit au disner, en une grande compaignie de
ses amys et aultres gens de grant faon. Ceste fillette entra ens, et en
saluant la compaignie s'adressa au clerc qu'elle queroit; et oyans tous
ceulx de la table, luy fist son message bien et sagement, ainsi que sa
charge le portoit. Le bon seigneur, qui cognoissoit de sa jeunesse le
marchant dont la fillette luy parloit, et sa maison, mais ignorant qu'il
fust mari ne qui fust sa femme, pensa tantost que, pour l'absence du
dit marchant, sa dicte femme le demandoit pour estre conseille en
aucune grosse cause, comme elle vouloit; mais ne l'entendoit-il comme
elle. Il respondit  la fillette: M'amye, allez dire  vostre
maistresse que incontinent que nostre disner sera achev, je iray vers
elle. La messagre fist la response telle qu'il failloit et qu'on luy
avoit dit, et Dieu sait s'elle fut joyeusement recueillie de la
marchande, que pour sa grand joye et ardent desir qu'elle avoit de tenir
son clerc en sa maison, trembloit et ne savoit tenir manire. Elle fist
baloiz courre par tout, espandre la belle herbe vert partout en sa
chambre, couvrir le lit et la couchette, desployer riches couvertes,
tappiz et courtines, et se para et atourna des meilleurs atours et plus
precieux qu'elle eust. En ce point l'attendit aucun petit de temps, qui
luy sembla long  merveilles, pour le grand desir qu'elle avoit. Tant
fut desir et attendu qu'il vint; et ainsi que elle l'appercevoit venir
de loing, montoit et descendoit de sa chambre, aloit et venoit
maintenant cy, maintenant l, tant estoit esmeue qu'il sembloit qu'elle
fust ravye de son sens. En fin monta en sa chambre, et illec prepara et
ordonna les bagues et joyaulx qu'elle avoit attains et mis dehors pour
festoier et recevoir son amoureux. Si fist demourer en bas la fillette
chambrire pour l'introduire et le mener o estoit sa maistresse. Quant
il fut arriv, la fillette le receut gracieusement, le mist ens et ferma
l'huys, laissant tous ses serviteurs dehors, aux quelz il fut dit qu'ilz
attendissent illec leur maistre. La damoiselle, oyant son amoureux estre
arriv, ne se peut tenir de venir en bas  l'encontre de luy, qu'elle
salua doucement, le print par la main et le mena en la chambre qui luy
estoit appareille, et o il fut bien esbahy quand il s'i trouva, tant
pour la diversit des paremens, belles et precieuses ordonnances qui y
estoient, comme aussi pour la trsgrande beault de celle qui le menoit.
Si tost qu'il fut en la chambre entr, elle se seyt sur une scabelle,
auprs de la couchette, puis le feist asseoir sur une aultre joignant
d'elle, o ilz furent aucune espace tous deux sans mot dire, car chascun
attendoit tousjours la parole de son compaignon, l'un en une manire,
l'autre en l'autre: car le clerc, cuidant que elle luy deust ouvrir
quelque matire grosse et difficile, la vouloit laisser commencer; et
elle, d'aultre cost, pensant qu'il fust si sage que, sans luy declarer
ne monstrer plus avant, il dust entendre pour quoy elle l'avoit mand.
Quand elle vit que manire ne faisoit pour parler, elle commena et
dist: Mon trscher parfait amy et trssage homme, je vous diray
presentement quoy et la cause qui m'a meue  vous mander. Je cuide que
vous avez bonne cognoissance et familiarit avec mon mary; en l'estat
que vous me voyez icy m'a il laisse et abandonne pour mener ses
marchandises s parties d'Alixandrie, ainsi qu'il a de long temps
accoustum. Avant son partement me dist que quand il seroit absent, il
se tenoit tout seur que ma nature me contraindroit  briser ma
continence, et que par necessit me conviendroit  converser avec homme.
En bonne foy, je le repute ung trssage homme, car de ce qu'il me
sembloit adonc impossible advenir, j'en voy l'experience veritable, car
mon jeune eage, ma beault, mes tendres ans, ne pevent souffrir que le
temps despende et consume ainsi mes jours en vain; ma nature aussi ne se
pourroit contenter. Et affin que vous m'entendez bien  plain, mon sage
et bien advis mary, qui avoit regart  mon cas, quand il se partit, en
plus grande diligence que moy mesmes, voyant que comme les jeunes et
tendres fleurettes se seichent et amatissent quand aucun petit accident
leur survient, et contre l'ordonnance et inclinacion naturelle, par
telle manire consideroit il ce qu'il m'estoit  advenir. Et voyant
clrement que se ma complexion et condicion n'estoient gouvernes selon
l'exigence de leurs naturelz principes, gures ne luy pourroye durer, si
me fist jurer et promettre que quand il adviendroit ainsi que ma nature
me forceroit  rompre et briser mon entiret, je eleusse ung homme sage
et de haulte auctorit, qui couvert et subtil fust  garder nostre
secret. Si est il que en toute la cit je n'ay sceu penser homme qui
soit plus ydoine que vous, car vous estes jeune et sage. Or m'est il
advis que ne me reffuserez pas ne rebouterez. Vous voiez quelle je suis,
et si povez l'absence de mon bon mary supplier, car nul n'en sara
parler; le lieu, le temps, toute opportunit nous favorisent. Le bon
seigneur, prevenu et anticip, fut tout esbahy en son courage, combien
que semblant n'en feist. Il prit la main dextre  la damoiselle, et de
joyeux viaire et plaisante chre dist ces parolles: Je doy bien donner
et rendre graces infinies  madame Fortune, qui aujourd'uy me donne tant
d'eur et me fait percevoir le fruit du plus grand desir que je povoye au
monde avoir; jamais infortun ne me veil reputer ne clamer quand en elle
treuve si large bont. Je puis seurement dire que je suis aujourd'uy le
plus eureux de tous les aultres, car quand je conoy en moy, ma
trsbelle et doulce amye, comment ensemble passerons nos jeunes jours
joyeusement sans que personne s'en puist donner garde, je sengloutiz de
joye. O est maintenant homme qui est plus amy de Fortune que moy? Se ne
fust une seule chose qui me donne ung petit et legier empeschement 
mectre  excecucion ce dont la dilacion aigrement me poise et desplaist,
je seroye le plus et mieulx fortun de ce monde. Quand la damoiselle
oyt qu'il y avoit aulcun empeschement qui ne lui laissoit desployer ses
armes, elle trsdolente lui pria qu'il le declairast, pour y remedier
s'elle povoit. L'empeschement, dist il, n'est point si grand qu'en
petit de temps n'en soie delivr; et, puis qu'il plaist  vostre
doulceur le savoir, je le vous diray. Ou temps que j'estoie  l'estude
 l'universit de Boulongne la crasse, le peuple de la cit fut seduit
et meu tellement que par mutemacque se leva encontre le seigneur; si fuz
accus avec les aultres, mes compaignons, d'avoir est cause et moyen de
la sedicion, pour quoy je fus mis en prison estroicte, ou quel lieu,
quant je m'y trouvay, craignant perdre la vie, pource que je me sentoye
innocent du cas, je me donnay et vou  Dieu, lui promettant que, s'il
me delivroit des prisons et rendoit icy entre mes parens et amys, je
jeusneroye pour l'amour de lui ung an entier, chascun jour au pain et 
l'eaue, et durant ceste abstinence ne feroye pech de mon corps. Or ay
je par son ayde fait la plus part de l'anne, et ne m'en reste gures.
Je vous prie et requier toutesfoiz, puis que vostre plaisir a est moy
elire pour vostre, que ne me changez pour autre, et ne vous veille
ennuyer le petit delay que je vous donneray pour paracomplir mon
abstinence, qui sera bref faicte, et qui pie eust est faicte se je me
eusse oz fyer en aultry qui m'en eust peu donner aide, car je suis
quitte de chacune jeusne que ung autre feroit pour moy comme se je le
faisoye. Et pource que je peroy vostre grande amour et confiance que
vous avez fich en moy, je mettray, s'il vous plaist, la fiance en vous
que jamais n'ay oz mettre en frres ne amis que j'aye, doubtant que
faulte ne me feissent touchant la jeusne; et vous prieray que m'aidez 
jeusner une partie des jours qui restent  l'acomplissement de mon an,
affin que plus bref je vous puisse secourir en la gracieuse requeste que
m'avez faicte. M'amye doulce et entire, je n'ay mais que soixante
jours, lesquelz, se c'est vostre plaisir, je partiray en deux parties.
Vous en aurez l'une et moy l'aultre, par telle condicion que sans fraude
me promettrez m'en acquitter justement; et quant ilz seront acomplis,
nous passerons plaisamment noz jours. Doncques, si vous avez la volunt
de moy aider en la manire que j'ay dessus dit, dictes le moy
maintenant. Il est  supposer que la grande et longue espace de temps
ne luy pleut gures; mais, pource qu'elle estoit si doulcement requise
et qu'elle desiroit le jeusne estre parfaict et fin, pensant aussi que
trente jours n'aresteroient gures, elle promist de les faire et
acomplir sans fraulde ne sans deception ne mal engin. Le bon seigneur,
voyant qu'il avoit gaign sa cause, print congi de la damoiselle, luy
disant que, puis que sa voie et chemyn estoit, en venant de sa maison au
march, de passer devant son huys, il la viendroit souvent visiter.
Ainsi se partit; et la belle dame commena le lendemain  faire son
abstinence, en prenant rgle et ordonnance que durant le temps de son
jeune ne mengeroit son pain et son eaue jusques aprs soleil couch.
Quand elle eut jeun trois jours, le sage clerc, ainsi qu'il alloit au
march  l'heure qu'il avoit acoustum, vint veoir sa dame,  qui se
devisa longuement; puis, au dire adieu, lui demanda si le jeune estoit
encommenc; et elle respondit que oy. Entretenez vous ainsi, dist il,
et gardez la promesse que m'avez faicte.--Tout entirement, dit elle; ne
vous en doubtez. Il print cong et se partit, et elle, poursuyvant de
jour en jour en son jeune, gardoit l'observance en la faon que promis
l'avoit, tant estoit de loyale et bonne nature. Elle n'avoit pas jeun
huit jours que sa chaleur naturelle commena fort  refroider, et
tellement que force luy fut de changer habillemens, car les mieulx
fourrs et empans, qui ne servoient qu'en yver, vindrent servir au lieu
des sangles et tendres qu'elle portoit avant l'abstinence entreprinse.
Au quinziesme jour fut arrire visite de son amoureux le clerc, qui la
trouva si foible que  grand paine povoit elle aller par la maison; et
la bonne simplette ne se savoit donner garde de la tromperie, tant
s'estoit donne  amours et mis son entente  perseverer  cel jeune,
pour le joyeux et plaisant delict qu'elle attendoit seurement avoir avec
son grand clerc, lequel, quand  l'entrer en la maison la vit ainsi
foible, luy dist: Quel viaire est ce l et comment marchez vous?
Maintenant j'aperoy que avez besoign l'abstinence et comment. Ma
trsdoulce et seule amye, aiez ferme et constant courage; nous avons
aujourd'huy achev la moiti de nostre jeusne. Si vostre nature est
foible, vaincquez la par roiddeur et constance de cueur, et ne rompez
vostre loyale promesse. Il l'ammonesta si doulcement qu'il luy fist
prendre courage par telle faon qu'il luy sembloit bien que les aultres
quinze jours qui restoient ne luy dureroient gures. Le xxve vint,
auquel la simplette avoit perdue toute couleur et sembloit  demi morte,
et ne luy estoit plus le desir si grand qu'il avoit est. Il luy convint
prendre le lict et y continuellement demourer, o elle se donna
aucunement garde que son clerc luy faisoit faire l'abstinence pour
chastier son desir charnel; si jugea que manire et faon de faire
estoient sagement advises, et ne povoient venir que d'homme bien sage.
Toutesfoiz, ce ne la demeut point ne destourna qu'elle ne fust delibere
et arreste d'entretenir sa promesse. Au penultime jour, elle envoya
querir son clerc, qui, quand il la vit couche au lict, demanda si pour
ung seul jour qui restoit avoit perdu courage; et elle, interrumpent sa
parole, luy respondit: Ha! mon bon amy, vous m'avez parfectement et de
bonne amour ame, non pas deshonnestement, comme j'avoie presum de
vous amer; pour quoy je vous tien et tiendray, tant que Dieu me donnera
vie, mon trschier et trssingulier amy, qui avez gard et moy aprins et
enseign  garder mon entire chastet et ma chaste entiret, l'onneur
et la bonne renomme de moy, mon mary, mes parens et amys. Beneist soit
mon cher espoux, de qui j'ay gard et entretenu la leon qui donne grand
appaisement  mon cueur! Or , mon vray amy, je vous rends telles
graces et remercie comme je puis du grand honneur et bien que m'avez
faiz, pour lesquelx je ne vous saroie rendre ne donner suffisantes
graces, non feroit mon mary, mes parens, ne tous mes amys. Le bon et
sage seigneur, voyant son entreprise estre bien acheve, print cong de
la bonne damoiselle, et doulcement l'amonnesta qu'il luy souvint
desoremais de chastier sa nature par abstinence et toutes les foiz
qu'elle s'en sentiroit aguillonne, par le quel moien elle demoura
entire jusques au retour de son mary, qui ne sceut rien de l'adventure,
car elle luy cela; si fist le clerc pareillement.

[Dcoration]




NOTES.


TOME I.

P. xxj. Dans le manuscrit, la ddicace suit la table; mais j'ai adopt
de prfrence l'ordre des ditions imprimes.

P. xxij. _De Dijon_, etc. Cette date, qui me parot une erreur vidente,
est reproduite trs exactement d'aprs le manuscrit; mais elle est d'une
criture un peu plus rcente que celle du manuscrit lui-mme, et d'une
encre plus ple. L'dition de Verard ne donne pas de date, mais
l'diteur (sans doute) a ajout  la ddicace les mots: _Et notez que
par toutes les nouvelles o il est dit par monseigneur, il est entendu
par monseigneur le Daulphin, lequel depuis a succd  la couronne, et
est le roy Loys unsiesme, car il estoit lors s pays du duc de
Bourgoingne._ Voyez ce que j'ai dit  ce sujet dans l'Introduction.

P. xxvj. _La dousiesme nouvelle._ Il manque ici au manuscrit un cahier
de quatre feuillets qui contenoit les titres des nouvelles 12e  96e
inclusivement; j'ai suppl cette lacune d'aprs l'dition de Verard.

P. 1. _La premire nouvelle._ Ce conte se trouve dans un fabliau
probablement du treizime sicle, intitul _Des deux changeors_, et
imprim dans la collection de Barbazan, t. III, p. 254, et aussi dans le
Pecorone, nov. 11. Brantme, dans ses _Dames galantes_, le raconte comme
une aventure qui toit vritablement arrive  Louis, duc d'Orlans, et
 sa matresse Mariette d'Enghien, mre du btard comte de Dunois.

P. 6, l. 3. _Serure._ Le manuscrit lit _ceruse_, qui n'est probablement
qu'une erreur de l'crivain.

P. 8, l. 12. _Meiser._ _Penser_, Verard.

P. 9. _La secunde nouvelle._ On ne trouve ce conte dans aucun ouvrage
plus ancien que _Les Cent Nouvelles nouvelles_; mais Malespini l'a imit
dans les _Ducento Novelle_, nov. 37.

P. 16. _La troysiesme nouvelle._ Imite des _Facties_ de Pogge, p. 64,
dit. de 1798. Ce conte a t reproduit souvent sous diffrentes formes
par les conteurs des seizime et dix-septime sicles.--_Monseigneur de
la Roche._ Philippe Pot, seigneur de la Roche de Nolay, un des plus
intimes et plus fidles conseillers de Philippe le Bon et de son fils
Charles le Tmraire, ducs de Bourgogne. En 1449, on le trouve nomm
comme un des chansons du duc Philippe. Plus tard, il avoit l'office de
chambellan dans la maison de Bourgogne, sous lequel titre il est
mentionn dans un compte de l'anne 1457, et il le tenoit encore en
1474. En 1466, Charles le Tmraire lui a donn l'office de capitaine
de Lille, et il tenoit en mme temps la capitainerie de Douai et
d'Orchies. En 1470, le seigneur de la Roche reut du duc Charles la
charge de grand matre d'htel et chambellan de Bourgogne. Aprs la mort
de son bienfaiteur, il entra dans la faveur de Louis XI, qui le nomma
grand snchal de Bourgogne en 1477. Il est mort vers l'anne 1498.

P. 26. _La quarte nouvelle._ Ce conte et les trois suivants se trouvent
pour la premire fois dans _Les Cent Nouvelles nouvelles_.

P. 29, l. 15. _Sainct Trignan._ Sainct _Engnan_, Verard.

P. 32. _Philipe de Loan._ Cet individu est mentionn sous le titre
d'cuyer d'curie du duc Philippe le Bon, en 1461, dans un manuscrit de
la Bibliothque impriale, ancien fonds, n. 6702. Verard a toujours
chang ce nom en Philippe de _Laon_.

P. 32, l. _1. Monseigneur Talelot._ _Thalebot_, Verard. C'toit le
clbre guerrier, sir John Talbot, cr comte de Shrewsbury en 1441. Ses
beaux faits d'armes faisoient la merveille du quinzime sicle. Il fut
dfait et fait prisonnier par Jeanne d'Arc  Patai en 1429, et tu 
Chtillon le 20 juillet 1453,  l'ge de quatre-vingts ans.

P. 32, l. 2. _Si preux, si vaillant, et aux armes._ Ces mots sont omis
dans le texte de Verard, qui n'approuvoit pas, sans doute, l'loge qu'un
Bourguignon faisoit de l'ennemi de la France.

P. 33, l. 1. _Couroye._ _A sa ceinture_, Verard.

P. 36, ll. 16 et 28. _Ciboire._ _Tabernacle_, Verard. Le dernier mot est
tout simplement une traduction de l'autre. On seroit port  croire que
le mot _ciboire_ n'toit plus en usage gnral  Paris.

P. 38. _Par monseigneur de Launoy._ Le nom de Jean de Launoy (ou Lannoy)
est assez connu dans l'histoire de Bourgogne. En 1451, il fut cr
chevalier de la toison d'or, et nous le trouvons plus tard gouverneur de
Lille. Il parot avoir secrtement servi les intrts de Louis XI, et sa
trahison toit devenue si vidente, qu'en 1464 il fut oblig de se
sauver en France, tandis que le comte de Charolois s'empara de son
chteau. Durant le rgne de Charles le Tmraire, il toit en complte
disgrce  la cour de Bourgogne; mais aprs la mort de ce prince il
reprit une grande influence en Bourgogne. Il n'est mort qu'en 1481.

P. 39, l. 3. _Maistre cur._ Ici et dans la suite, le texte de Verard a
toujours substitu le mot _prieur_ au mot _cur_.

P. 41, l. 7. _Mesmes._ _Au mains_, Verard.

P. 43, l. 4. _Feste._ _Foire_, Verard.

P. 43, l. 4. _Feste de Lendit et d'Envers._ La clbre foire tenue 
Saint-Denis dans le mois de juin.

P. 46. _La huitiesme nouvelle._ Cette nouvelle, qui est l'origine des
_Aveux indiscrets_, de la Fontaine, est imite des _Facties_ de Pogge,
p. 165 de l'dition de 1798.

P. 50. _La neufiesme nouvelle._ Ce conte toit assez populaire dans le
moyen ge, et se trouve dans des ouvrages bien antrieurs  la date des
_Cent Nouvelles nouvelles_, comme le fabliau du _Meunier d'Aleu_ par le
trouvre Enguerrand d'Oisi, le _Dcameron_ de Boccace, o il forme la 4e
nouvelle de la 8e journe, et les _Facties_ de Pogge, p. 248. Les
imitations modernes en sont nombreuses. C'est _Les Quiproquos_ de la
Fontaine.

P. 56. _La dixiesme nouvelle._ Imite par la Fontaine et par d'autres
conteurs; mais on ne la trouve dans aucun recueil antrieur aux _Cent
Nouvelles nouvelles_.Verard a chang beaucoup le texte de cette nouvelle
et de la suivante.

P. 61. _La onziesme nouvelle._ Imite d'aprs Pogge, _Facties_, p. 141.
C'est le conte bien connu de _L'Anneau d'Hans Carvel_, de Rabelais.

P. 62, l. 21. _Des fantaisies et penses._ C'est la leon de Verard. Le
manuscrit ne donne qu'un mot, que je n'ai pas pu dchiffrer d'une
manire satisfaisante, mais qui ressemble  _ermons_.

P. 63. _La douziesme nouvelle._ Ce conte se trouve dans les _Cento
Novelle antiche_ et dans Pogge. Les imitations modernes sont trs
nombreuses.

P. 67. _Monseigneur de Castregat._ _Par monseigneur l'amant de
Brucelles_, Verard. Jean d'Enghien, sieur de Kessergat, toit
matre-d'htel de duc de Bourgogne en 1461. Il tenoit en mme temps
l'office de chambellan. Il toit amann (une charge municipale) de
Bruxelles.

P. 67, l. 8. _Procureur en Parlement._ L'auteur des _Cent Nouvelles
nouvelles_ supposoit que le Parlement de Londres toit une institution
semblable  celui de Paris.

P. 68, l. 14. _Malebouche... Dangier._ Personnages du Roman de la Rose.

P. 73. _La quatorzime nouvelle._ La 2e nouvelle de la 4e journe du
_Dcameron_ de Boccace. C'est le conte de _L'Ermite_ de la Fontaine.

P. 73. _Monseigneur de Crquy._ Jean, seigneur de Crquy, de Canaples et
de Tressin, fut lu chevalier de la Toison d'or lors de la fondation de
cet ordre en janvier 1431. A la mort de Philippe le Bon, Jean de Crquy
toit un des douze seigneurs choisis pour porter son corps. Ce fut lui
qui, en 1469, introduisit auprs du duc Charles le Tmraire les
ambassadeurs de Louis XI.

P. 74, ll. 9 et 13. _Ung soir... se trouva._ _Ung soir, environ la
mynuyt, qu'il faisoit fort et rude temps, il descendit de sa montaigne
et vint  ce village, et tant passa de voyes et sentiers que  l'environ
de la mre et la fille sans estre oiseux se trouva_, Verard. Un bon
exemple des corruptions que Verard introduisit dans le texte de son
dition.

P. 75, l. 11. _Reclusage._ _Hermitaige_, Verard.

P. 76, l. 17. _Et piti._ Le texte de Verard ajoute: _Et la povre fille
aussi plouroit, quand elle voit ce bon et sainct hermite en si grande
dvocion prier et ne savoit pourquoy._ En comparant les deux textes, on
trouvera plusieurs additions semblables, qu'on y a mises probablement
dans l'ide de rendre le rcit plus piquant.

P. 77, l. 15. _Crochette._ _Potense_, Verard.

P. 84. _La seiziesme nouvelle._ Un des contes les plus populaires du
vieux temps, et qui a eu le plus grand nombre d'imitateurs. On le trouve
dans la _Disciplina clericalis_ de Pierre Alfonse, dans les _Gesta
Romanorum_, dans les _Fabul Adolphi_ publies par Leyser, et dans
Boccace. Les imitations modernes sont innombrables.

P. 85, l. 15. _Perusse._ _Prusse_, Verard. Les Chevaliers de l'ordre
Teutonique, en Prusse, toient toujours en guerre contre les infidles.

P. 92, l. 13. _Thamisoit de la fleur._ _Buletoit de la farine_, Verard.

P. 101. _La dix-neuviesme nouvelle._ Ce conte se trouve assez souvent
rpt dans les manuscrits du moyen ge. Il forme le sujet d'un fabliau
publi par Barbazan, tom. III, p. 215, _De l'enfant qui fu remis au
soleil._

P. 101. _Philipe Vignier._ Philippe Vignier est nomm parmi les valets
de chambre de Philippe le Bon sous la date de 1451. Voyez les _Mmoires
pour servir  l'Histoire de France et de Bourgogne_, p. 225.

P. 106. _La vingtiesme nouvelle._ Ce conte ressemble un peu  une des
_Facties_ de Pogge, _Priapi vis,_ p. 118 de l'dition de 1798.

P. 114. _La vingt-uniesme nouvelle._ Le conte de _L'Abbesse gurie_ de
la Fontaine, liv. IV, conte 2.

P. 120. _Caron._ G. Chastelain, dans ses _Chroniques de Bourgogne_, 3e
partie, ch. 73, appelle Caron le clerc de chappelle de Philippe le
Bon.

P. 121, l. 17. _Sourdantes._ C'est la leon de Verard. Le manuscrit lit
_soudaines_, une erreur vidente.

P. 125. _La vingt-troisiesme nouvelle._ Imitation du fabliau _De celui
qui vota la pierre_, imprim dans la collection de Mon, t. I, p. 307.
Ce conte a t souvent reproduit par les conteurs des seizime et
dix-septime sicles.

P. 125. _Monseigneur de Quievrain._ _Monseigneur de Commesuram_, Verard.

P. 125, l. 19. _Le servir de landes, Dieu scet, largement._ _Le servir
d'aubades assez largement_, Verard.

P. 127, ll. 23-25. _E de ce cas... de lans. Or est-il vray que l
present y estoit ung jeune enfant de environ deux ans, filz de lans_,
Verard. J'aurais peut-tre d admettre dans le texte la leon de Verard.

P. 128, l. 2. _Approucha._ C'est la leon de Verard. Le manuscrit lit,
_il apperceu de la raye_.

P. 128, l. 2. _Monseigneur de Fiennes._ Thibaut de Luxembourg, seigneur
de Fiennes, toit un des chevaliers qui accompagnoient le comte de
Charolois  Lille en 1466. Vers la fin de sa vie, il devint
ecclsiastique, et mourut, en 1477, vque du Mans.

P. 134. _Philipe de Saint Yon._ Peut-tre le fils de Garnot de
Saint-Yon, qui toit un des officiers de la maison du duc Jean
Sans-Peur.

P. 135, l. 13. _Larrier._ _Levrier_, Verard.

P. 136, ll. 10, 12, 22. _Duyere._ _Terrier_, Verard.

P. 137. _Monseigneur de Foquessoles._ G. Chastelain parle d'un bailli de
Fouquerolles, en 1419, qui toit peut-tre le pre de notre conteur.

P. 140, l. 24. _L'abbayt._ _Sans passer grans langaiges_. Verard.

P. 151, l. 9. _Mestrier_, leon de Verard; _mestre_. dans le manuscrit.

P. 154, l. 7. _Tendreur._ J'ai adopt la leon de Verard; le manuscrit
lit _teneur_.

P. 157. _Monseigneur de Beauvoir._ Jean de Montespedon, seigneur de
Beauvoir, cuyer, conseiller, et premier valet de chambre de Louis XI,
dont il toit partisan avant son accession au trne.

P. 160, l. 20. _Queues._ _Traynes_, Verard.

P. 166. _Messire Michault de Changy._ Michault de Changy toit
conseiller du grand conseil, chambellan, premier cuyer tranchant, puis
premier matre d'htel des ducs Philippe le Bon et Charles le Tmraire.

P. 166, l. 22. _Boccace._ L'ouvrage de Boccace auquel il est fait
allusion ici est le livre latin _De Casibus virorum illustrium_, dont il
existoit dj des traductions franoises.

P. 173, l. 17. _Boulevars, bailles. Bellvres, baublires_, Verard.

P. 177, l. 12. _La ville de Chambery._ Le nom de la ville manque dans le
texte de Verard.

P. 183. _Monseigneur de la Barre._ Une faute d'impression. Lisez
_Barde._ Jean d'Estecer, seigneur de la Barde, toit compagnon d'exil du
Dauphin de France, et conserva sa faveur lorsqu'il fut roi. En 1462, il
fut envoy par Louis XI comme son ambassadeur  la cour d'Angleterre.

P. 184, l. 29. _Courre. Coucher_, Verard.

P. 192. _La trente-deuxiesme nouvelle._ Ce conte se trouve dans Pogge
(_Faceti_, p. 163, _decim_), et dans La Fontaine, liv. II, conte 3.
L'auteur des _Cent Nouvelles nouvelles_ l'a pris sans doute du premier
de ces conteurs.

P. 192. _Monseigneur de Villiers._ Ce doit tre Antoine de Villiers,
premier cuyer du duc de Bourgogne, qui fut,  ce qu'on dit, un des
seigneurs qui formoient la cour du Dauphin  Genappe. En 1475, il fut un
des courtisans de Louis XI chargs de traiter les Anglois au camp devant
Amiens.

P. 192, l. 9. _La ville d'Ostellerie en Casteloigne._ _Hostelerie_,
Verard.

P. 205, l. 29. _Trop mieulx soulier  son pi._ _Trop mieulx garny au
pongnet_, Verard.

P. 218. _La trente-quatriesme nouvelle._ Ce conte est le sujet d'un
fabliau par un trouvre nomm Jean de Cond, publi dans la collection
de Mon, tom. I, p. 165, sous le titre: _Du Clerc qui fut repus deriere
l'escrin_. On en trouve plusieurs imitations aux XVIe et XVIIe sicles.

P. 221, l. 8. _Le survenu._ C'est la leon de Verard que j'ai adopte,
en place de celle du manuscrit, _souvenir_.

P. 232. _La trente-septiesme nouvelle._ Imite par La Fontaine (liv. II,
conte 10), et reproduite assez souvent par les conteurs des seizime et
dix-septime sicles.

P. 232, l. 25. _Les Quinze Joyes de mariage._ Ouvrage clbre d'Antoine
de la Sale; voyez mon Introduction.

P. 233, l. 6. _Qu'un follastre de sa massue._ _Que ung fol de sa
marote_, Verard.

P. 238. _La trente-huitiesme nouvelle._ On trouve ce conte dans Boccace
(_Dcam._, journe VIIe, nov. 8), et dans un fabliau (voy. _Legrand
d'Aussy_, Fabl., tom. II, p. 340). L'origine se trouve dans les
collections de contes indiens.

P. 238. _Monseigneur de Loan._ _Monseigneur de Lau_, Verard.

P. 245. _Monseigneur de Saint Pol._ Louis de Luxembourg, comte de
Saint-Pol, fut cr conntable de France en 1465, et dcapit par ordre
de Louis XI en 1475.

P. 254, l. 2. _Dedans la dicte chemine._ _Dedens le bouhot de la dicte
chemine_, Verard.

P. 256, l. 20. _Jaserant._ _Haubergon_, Verard. Cette variante, rpte
dans le courant de la nouvelle, nous feroit croire qu'entre la date de
la rdaction des _Cent Nouvelles nouvelles_ et celle de l'dition de
Verard, le _jaserant_, qui toit une pice d'armure plus lgre que
l'_haubergeon_, avoit cess d'tre en usage.

P. 261. _Racompte par Mriadech._ Les documents contemporains parlent
de Herv de Mriadec au nombre des officiers de la maison de Bourgogne.
Selon la chronique de Jacques de La Laing, il avoit accompagn
l'expdition en Ecosse, et s'y toit fait remarquer par ses exploits. En
1461, Louis XI lui donnoit le gouvernement de Tournai.

P. 283. _Monseigneur de Thieuges_, lisez _Thienges_. Thianges toit la
seigneurie de Chrestien de Digoine, conseiller et chambellan de Philippe
le Bon. On le retrouvera dans les _Cent Nouvelles nouvelles_, cit comme
le conteur de la nouvelle LXVIII.

P. 286, l. 7. _Sa goune._ _Son manteau_, Verard.

P. 287. _La quarante-septiesme nouvelle._ On a prtendu que cette
aventure toit arrive  Grenoble,  Chaffrey Carles, prsident du
parlement, au commencement du seizime sicle; mais la date de la
nouvelle est videmment trop ancienne pour que l'aventure de Chaffrey
ait pu en tre l'origine.

P. 295. _Pierre David._ Cet individu n'est connu que par un compte de la
maison de Bourgogne, dat du 30 mai 1448, qui le porte aux appointements
de 12 sols par mois.

P. 301. _La cinquantiesme nouvelle._ On trouve l'origine de cette
nouvelle dans les _Facties_ de Pogge et dans l'ancienne collection
italienne de Sacchetti, nov. XIV.

P. 301. _Monseigneur de la Salle._ Lisez, d'aprs le manuscrit, _la
Sale_; ce n'est qu'une faute d'impression. Voyez sur Antoine de la Sale
notre Introduction.

P. 301, l. 7. _Au pays de Lannoys._ Lannois, ou Lannoy, dans le
Beauvoisis.


TOME II.

P. 5. _L'acteur._ Probablement Antoine de la Sale. Voyez notre
Introduction.

P. 8. _La cinquante-deuxiesme nouvelle._ Se trouve dans la collection de
Sacchetti, nov. XVI, et dans les _Contes tartares_.

P. 14, l. 32. _Canonicque._ A ce mot, assez expressif, Verard a
substitu _cronique_.

P. 15, l. 2. _Deux advis._ _Trois advis_, Verard.

P. 15. _Monseigneur l'Amant de Bruxelles._ Voyez la note  la treizime
nouvelle, p. 255.

P. 15, l. 24. _L'glise de Saincte Goule._ L'glise principale de
Bruxelles est ddie  sainte Gudule.

P. 17, l. 7. _Les amis de l'espouse la prennent et mainent._ _Sic_,
manuscrit. La leon de Verard parot prfrable et plus en accord avec
ce qui suit: _Les amis de l'espous prennent l'espouse et l'emmainent_.

P. 17, l. 24. _Sa faille._ _Ses atournements_, Verard. Il parot que les
imprimeurs de Paris ne comprenoient pas le mot _faille_, qui se trouve
nanmoins dans le Dictionnaire de Cotgrave.

P. 21. _Par Mahiot d'Anquasms._ _D'Auquesne_, Verard. On trouve les noms
de Mahiot Regnault et Mahiot Nol dans les comptes de la maison de
Bourgogne, dont le premier toit argentier.

P. 35, l. 5. _Tapisses._ Chang par Verard en _paves_.

P. 41. _Par Poncellet._ Ce nom de Poncellet et Poncelet, mis en tte de
cette nouvelle et des deux suivantes, ne se trouve dans aucun des
documents contemporains.

P. 46, l. 12. _Sorner._ _Farcer_, Verard.

P. 46, l. 18. _Mousseau._ _Une trs bonne pice de beuf_, Verard.

P. 49. _La soixantiesme nouvelle._ Un conte  peu prs semblable forme
le sujet de: _Li diz de frere Denise, cordelier_, de Rutebeuf. Voyez les
_Oeuvres de Rutebeuf_, publ. par Jubinal, tom. II, p. 260.

P. 49, l. 1. _Malines._ _Troyes_, Verard.

P. 53. _La soixante-uniesme nouvelle._ C'est le fabliau _Des Tresces_,
par le trouvre Gurin, publi par Babazan, tom. IV, p. 393.

P. 60. _Monseigneur de Gueuvain._ Voyez la soixante-deuxime nouvelle.

P. 60, l. 23. _A laquelle assemble._ Cette assemble fut tenue au
chteau d'Oye, entre Calais et Gravelines, au mois de juillet 1440, pour
ngocier la dlivrance de Charles, duc d'Orlans, prisonnier en
Angleterre depuis la bataille d'Azincourt. Notre nouvelle donne des
renseignements intressants sur les circonstances de cette confrence.

P. 61, l. 3. _Le cardinal de Viscestre._ L'vque de Winchester, Henri
Beaufort, fils de Jean de Gand, duc de Lancastre, un prlat qui a jou
un rle trs remarquable en Angleterre sous le rgne d'Henri VI.

P. 71. Le texte de Verard ajoute  la fin de cette nouvelle: _Et ainsi
fut tout le maltalent pardonn, et la paix faicte entre les parties,
c'est assavoir entre le dit Jehan Stotton et le dit Thomas Brampton, et
furent bons amys ensemble_.

P. 72. _Par monsieur Montbleru._ Guillaume de Montblru fut bailli
d'Auxerre de 1467  1469, et dans un compte de la maison du comte de
Charolois, de l'anne 1459, il est qualifi cuyer d'curie. Il toit le
neveu de Jean Regnier, bailli d'Auxerre, qui a laiss un volume de
posies. Pierre de Montblru, cuyer-chanson du duc Philippe en 1420,
fut probablement le pre de Guillaume.

P. 72, l. 14. _Monseigneur d'Estampes._ Jean de Nevers, comte
d'Etampes, cousin du duc Philippe.

P. 78. _La soixante-quatriesme nouvelle._ Le sujet de ce conte est
identique avec celui du fabliau du _Prestre crucifi_, publi dans la
collection de Barbazan, tom. III, p. 14. On le trouve aussi dans une des
nouvelles de Sacchetti.

P. 82. _La soixante-sixiesme nouvelle._ Cette nouvelle se trouve, dans
une forme un peu moins dveloppe, dans le fabliau _Du Fevre de Creeil_,
publi dans Barbazan, tom. IV, p. 265.

P. 82. _Le prvost de Wastennes._ Le chroniqueur Jacques du Clercq parle
de ce personnage comme d'un de ceux qui toient attachs au comte de
Charolois, mais il ne nous donne pas son nom.

P. 94. _Messire Chrestian de Dygonye._ Voyez la note  la
quarante-sixime nouvelle, p. 262.

P. 97, l. 17. _Le roy de Honagrie et monseigneur le duc Jehan._
Sigismond, roi d'Hongrie, et Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne. On parle
ici de la bataille de Nicopolis, livre en 1395, dans laquelle l'arme
chrtienne, commande par ces deux princes, fut dtruite par les Turcs,
sous Bajazet Ier.

P. 106, l. 19. _Philippe._ On a voulu effacer ce mot dans le manuscrit,
mais  quel dessein?

P. 109, l. 21. _Mesnage._ J'ai adopt ici la leon de Verard; le
manuscrit lit _mariage_.

P. 114. _Par maistre Jehan Lauvin._ _Jehan_ _Lambin_, Verard; nom qui
ne se trouve pas dans les comptes de la maison de Bourgogne, bien qu'on
cite un Berthelot Lambin au nombre des valets de chambre de Philippe le
Bon.

P. 123. _Monseigneur de Thalemas._ Gui, seigneur de Thalemas, mort en
1463, sans enfants.

P. 128. _La soixante-seiziesme nouvelle._ L'origine de ce conte se
trouve dans Pogge, sous le titre de _Priapus in laqueo_.

P. 132. _Par Alardin._ On trouve dans les comptes de la maison de
Bourgogne deux individus de ce nom, le premier, Alardin la Griselle,
cuyer-chanson du duc Philippe en 1436; l'autre, Alardin Bournel, un
des officiers de cette maison de Bourgogne qui passrent au service de
Louis XI.

P. 133, l. 7. _A Mortaigne._ Sans doute c'est la ville de Mortagne, prs
de Tournai, dont on veut parler. Nos anctres, au Moyen Age, aimoient
beaucoup  faire des jeux de mots sur les noms des personnes et des
places, et _s'en aller  Mortaigne_ est devenu une phrase populaire pour
dire _mourir_.

P. 135. _La soixante-dix-huitiesme nouvelle._ Ce conte, trs populaire
et bien connu, se trouve dans un fabliau publi dans la collection de
Barbazan, tom. III, p. 229 (_Du Chevalier qui fist sa fame confesse_),
et dans le _Dcameron_ de Boccace, journe VIIe, conte 5, et a t imit
par la Fontaine, _Le Mari confesseur_, liv. I, conte 4.

P. 135. _Par Jehan Martin._ Jean Martin, seigneur de Bretonnires, mort
en 1475, fut en 1467 valet de chambre et premier sommelier de corps du
duc de Bourgogne.

P. 141. _La soixante-dix-neuviesme nouvelle._ Voyez _Poggii Faceti_, p.
89 (d. 1798), _Circulator_, pour l'origine de ce conte. Les conteurs
modernes l'ont souvent rpt.

P. 141, l. 17. _Qu'on l'appeloit par tout._ _Que on l'appeloit maistre
Jehan par tout_, Verard.

P. 143. _La quatre-vingtiesme nouvelle._ _Poggii Faceti_, vol. I, p.
52, _Aselli Priapus_.

P. 144. Dernire ligne. _Par mon serment._ _Par sainct Martin_, Verard.

P. 146. _Monseigneur de Vaurin._ _Monseigneur de Waulvrin_, Verard. Jean
Waurin est connu comme l'auteur d'une grande chronique d'Angleterre,
dont les manuscrits sont assez nombreux. Il toit, comme son pre, qui
fut tu  la bataille d'Azincourt, attach  la maison des ducs de
Bourgogne, et il toit un des seigneurs qui accompagnrent le duc
Philippe  Paris en 1461. Voyez sur lui M. Paulin Paris, _les Manuscrits
franois de la Bibliothque du roi_, tom. I, p. 26.

P. 150. Dernire ligne. _Ne fust couch_, leon de Verard. Le manuscrit
porte: _ne fist comme_, ou _connue_, ce qui n'est pas un sens
intelligible.

P. 155, l. 4. _Nostre chastellenie de Lisle._ Jean de Lannoy toit en
effet gouverneur de Lille en Flandre. Voyez la note  la sixime
nouvelle, p. 254.

P. 156, l. 5. _Et bon bergier._ Verard ajoute: _que on appeloit
Hacquier_.

P. 157. _Monseigneur de Vaurin._ _Waulvrin_, Verard.

P. 157, l. 7. _Libers._ Lisez, avec le manuscrit, Lilers (c'est une
faute d'impression). Lillers est une petite ville en Artois.

P. 161. _Le marquis de Rothelin._ Ce personnage, Philippe, marquis de
Rocheberg, comte de Neufchtel, et seigneur de Rothelin et de
Badenoiller, est assez connu dans l'histoire de son temps. Il fut
marchal de Bourgogne, et plus tard grand chambellan de France.

P. 163. _Par monseigneur de Santilly._ Le nom du conteur manque dans
l'dition de Verard.

P. 167. _Par monseigneur Philipe Vignier_, etc. Le nom du conteur manque
dans l'dition de Verard.

P. 173. _Par monsieur le Voyer._ Ce nom manque aussi dans l'dition de
Verard.

P. 173, l. 7. _Du duc de Bourgoigne._ Ces mots, qui manquent au
manuscrit, sont ajouts d'aprs le texte de Verard.

P. 177. _La quatre-vingt-huitiesme nouvelle._ On trouve ce conte, avec
des circonstances un peu diffrentes, dans le fabliau de la _Bourgeoise
d'Orlans_, Barbazan, tom. III, p. 161; dans Boccace, _Dcameron_,
journe VIII, nouv. 7, et dans Pogge, _Facties_, p. 20, _Fraus
mulieris_. C'est l'origine du conte de La Fontaine, _Le Cocu battu et
content_, et les autres crivains de ce genre l'on souvent imit.

P. 177. _Par Alardin._ Le texte de Verard ne donne pas le nom du
conteur.

P. 181. _Par Poncelet._ Ici encore le nom du conteur manque dans le
texte de Verard. Poncelet est dj connu comme le conteur de trois
autres nouvelles, les cinquante-neuvime, soixantime et
soixante-unime.

P. 182, l. 10. _La blanche Pasque._ C'est, comme _Pasques flories_, le
dimanche des Rameaux.

P. 183, l. 5. _Pasques flories._ Le sixime dimanche du carme.

P. 183, l. 7. _Que l'on dit Pasques communiaulx._ _Que l'en dit la
Resurrection nostre Seigneur_, Verard. Le jour de Pques fut appel
souvent la Pque communiant.

P. 184. _La quatre-vingt-dixiesme nouvelle._ On trouve l'origine de ce
conte dans Pogge, _Faceti_, p. 51: _Venia rite negata_.

P. 184. _Monseigneur de Beaumont._ Le texte de Verard ne donne pas le
nom du conteur.

P. 187. _La quatre-vingt-onziesme nouvelle._ Ce conte se trouve aussi
dans Pogge: _Novum supplicii genus_.

P. 187. _Par l'acteur_, c'est- dire par l'auteur. Cette nouvelle et la
suivante sont sans nom de conteur dans l'dition de Verard.

P. 189, l. 7. _Mix._ _Mez en Loraine_, Verard.

P. 194. _La quatre-vingt-treiziesme nouvelle._ _Poggii Faceti_, p. 73:
_Quomodo calceis parcatur_.

P. 194. _Par messire Timoleon Vignier_, etc. Le nom du conteur manque
dans l'dition de Verard. Peut-tre ce Timolon Vignier toit le frre
de Philippe Vignier,  qui la dix-neuvime nouvelle est donne.

P. 196, l. 6. _Sur le bancq._ _A la taverne_, Verard.

P. 201. _La quatre-vingt-quinziesme nouvelle._ L'origine de ce conte se
trouve dans Pogge, _Faceti_, t. I, p. 205: _Digiti tumor_.

P. 201. _Par Philipe de Loan._ _Par monseigneur de Villiers_, Verard.

P. 202, l. 29. _Frre Aubry._ _Frre Henry_, Verard.

P. 205. _La quatre-vingt-seiziesme nouvelle._ On trouve l'origine de
cette nouvelle dans le fabliau du _Testament de l'ne_, par Rutebeuf
(_Oeuvres_, par Jubinal, I, 273), et dans les _Faceti_ de Pogge, p. 45:
_Canis testamentum_. C'est sans doute de cette dernire collection que
notre auteur l'a tire.

P. 208: _Par monseigneur de Launoy._ Le nom du conteur manque dans le
texte de Verard.

P. 211. _Par l'acteur._ _Par Lebreton_, Verard.

P. 217, l. 26. _Les bourgois._ _Les brigans_, Verard.

P. 219. _La quatre-vingt-dix-neuviesme nouvelle._ L'origine se trouve
dans _Poggii Faceti_, p. 222: _Sacerdotii virtus_.

P. 219. _Par l'acteur._ Dans le texte de Verard, cette nouvelle reste
sans nom de conteur.

P. 223. _Par Philipe de Loan._ Le nom du conteur manque dans Verard.

P. 227, l. 2. _Bons soichons._ _Compaignons_, Verard.

P. 239, l. 6. _Bouloigne la Grasse._ Bologne en Italie. Sa terre est si
fertile que, dans le moyen age, on lui a donn le nom de _Bologna la
Grassa_.

[Dcoration]




GLOSSAIRE.


    A avec.

    A TOUT, _atout_, avec.

    ABAIZ, abois. II, 47.

    ABBAYT, commrages. I, 140.

    ABREGEMENT, brivement. II, 126.

    ABSOILLE, absolve. II, 97.

    ABSOLU, absous. II, 95.

    ABUSION, dception. I, 233.

    ABUSTIN, distribu, partag. I, 295.

    ACCOINCTE, familier. Se fist par gracieux et subtilz moyens
    _accoincte_ de celuy dont il vouloit estre compaignon. II, 114.

    ACCOINTANCE, connoissance, relations, familiarit. I, 8; II, 152.

    ACCORDEMENT, conciliation. II, 69.

    ACCOUSTUMANCE, habitude. II, 116.

    ACEV, achev. II, 146.

    ACHOISON, occasion, cause. I, 183.

    ACHOP, surpris, pris. I, 268.

    ACONSUYVIR, rattraper. II, 79.

    ACOUCHER, _acoucher malade_, se coucher, se mettre au lit pour
    cause de maladie. I, 114; II, 5.

    ACQUERRE, acquerir. I, 267.

    ADICTE, interdite, accable. Elle se trouvera en pou d'espace si
    _adicte_ et de mal souprinse. I, 115. Voyez Du Cange, _Glossarium
    medi et infim latinitatis_, VII, 10, v _Adis_.

    ADNICHILER, annuler. II, 93.

    ADOL, triste, chagrin. II, 202.

    ADONC, alors. II, 243.

    ADOSSER, mettre arrire. I, 154.

    ADOUBER, armer. Dieu, qui ses chevaliers de telles armes scet
    adouber. II, 105.

    ADOUBER (S'), s'armer. I, 154.

    ADRECI, instruit, dress. I, 204.

    ADVENIR,  venir, futur. I, 80.

    ADVISEMENT, avis, conseil. II, 10.

    ADVO, adress, instruit: La damoiselle de sa maistresse est
    escolle et _advoe_ que mieulx on ne pourroit. I, 52.

    AFFAICTI, simul, dress. Le mary se fist mander querir par ung
    messagier _affaicti_. II, 30.--Certaines matrones _affaicties_.
    II, 50.

    AFFERR, effray. I, 93.

    AFFIERT, appartient, concerne. II, 138.

    AFFOLER, blesser. II, 159.

    AFFRES, peur, effroi. II, 128.

    AFFUL, coiff. II, 181. Se dit au figur: Je vous feroie
    _affuler_ la prison. II, 199.

    AGGRESSER, attaquer. I, 11, 40.

    AGU, aigu. I, 7.

    AGUET (D'), de dessein prmdit. I, 163.

    AGUILLETTE, _aiguillette_. _Courre l'aiguillette._ (I, 52), courir
    aprs les filles.

    AGYOS, faons, crmonies. I, 77.

    AHURTER (S'), s'arrter obstinment  une dtermination. I, 95; II,
    174. Voy. _Enhurter_.

    AINOIS, avant, plutt. I, 67, 224.

    AINS, mais au contraire. I, 209.

    AITRE, cimetiere. II, 206.

    ALIBIZ _forains_, mauvaises excuses. II, 236.

    AMANT. Voy. t. II, p. 255, l. 33.

    AMATIR, fltrir, ternir, devenir languissant. II, 243.

    AMENDER, rparer, expier une faute. II, 50.

    AMIS. Etre de _nos amis_, est dit souvent pour dsigner un mari
    tromp. Voy. I, 103, 260.

    AMMIRACIONS, exclamations. II, 51.

    AMMONESTEMENS, rprimandes. II, 185.

    ANGAIGNE, chagrin, peine. Et Dangier, sa meschine, qui enrageoit
    d'angaigne... I, 237.

    ANUYT, aujourd'hui, ou plutt cette nuit. I, 83. Voy. _Ennuyt_.

    APAROIR, parotre. I, 100, 144; II, 117.

    APERTEMENT, ouvertement, clairement. I, 13.

    APERTISES, tours d'adresse. Faire souplesses et _apertises_. II,
    225.

    APIERT (S'), s'attaque. II, 158.

    APPATI, abandonn par suite d'un arrangement, d'un pacte: Ainsi
    furent toutes les femmes de la ville _appaties_  ces vaillans
    moynes. I, 194.

    APPEAU, appel. I, 179.

    APPENSER (S'), s'imaginer, se figurer, se mettre en tte. I, 122;
    II, 90.

    ARAISONNER, parler  quelqu'un, lui expliquer ses raisons, I, 96.

    ARAY, aurai, II, 175.

    ARBALESTE. Proverb.: Ne tenir serre non plus qu'une vieille
    _arbaleste_. (I, 296.) Faire peu de rsistance, tre d'un caractre
    foible.

    ARDRE, bruler.

    ASPRY, pre, aigri. I, 8.

    ASSEUL, isol. I, 130.

    ASSEUR, assur, certain. II, 164.

    ASSIETE. Proverb.: Et pour _assiete_ en lieu de cresson, elle lui
    dist... I, 212.

    ASSIMPLY, affoibli, chancelant. Tout espoent et _assimply_. I,
    40.

    ASSOVIR, accomplir, achever. II, 138.

    ASSOVI, pourvu, ayant assez. II, 38, 233.

    ATELE, attelage, union naturelle de l'homme et de la femme. II,
    107.

    ATOUR, coiffure. I, 216.

    ATREMP, ferme, solide, bien tremp. _Atremp_ cueur et vertueux
    courage. I, 101.

    ATTAINCTES, vises, but. Parvenir  ses _attainctes_. II, 201.

    ATTINT, arrang, dispos. I, 154.

    ATTROTTER, arriver en trottant. I, 285.

    AULTIER, autel. II, 16, 122.

    AULTRHIER (L'), l'autre jour, dernirement. II, 205.

    AUMOSNIER, libral, faisant de riches aumnes. I, 74.

    AURFAVERESSE, femme d'un orfvre. I, 44.

    AUTANT. Boire d'autant et d'autel (I, 43, 175), faire raison 
    tout le monde, le verre  la main.

    AUTEL. Boire d'autant et d'_autel_. Voy. _Autant_.

    AUTRETANT, autant, encore autant. I, 271.

    AVAL, parmi, en long et en large de: _Aval_ la chambre. II,
    131.--_Aval_ Paris. II, 92.

    AVALER, descendre, aller ou mettre _ val_, en bas. I, 254.

    AVERER, vrifier. II, 119.

    AVERTIN, vertige, accs de mauvaise humeur. II, 137.

    AVOLENTER (S'), prendre la dtermination. II, 135.

    AVOY, en voie, en train. I, 249.


    BACULER, btonner, II, 104.

    BAGUER, pourvoir de bijoux, linge, meubles. II, 139.

    _Bagu_, garni de bijoux, de linge, etc. II, 92.

    BAGUES, bijoux, hardes, bagages. I, 10, 202.

    BAILLER, donner.

    BAILLE, lieu ferm de palissades, premire dfense d'une ville.
    Force luy fut de gaigner et emporter boulevars, _bailles_, et
    aultres plusieurs fors dont la place estoit bien garnie. I, 173.

    BALME, baume; au figur, merveilles. II, 207.

    BALOCHOIT, se balanoit. II, 156.

    BALOCHOUERE, balanoire. II, 156.

    BALOIZ, balais. Elle fist _baloiz_ courre partout. Elle fit
    nettoyer avec soin. II, 241.

    BANCQ. S'en aller sur le _bancq_, aller au cabaret, aller
    _banqueter_. II, 196.

    BANCQUIERS, coussins, housses pour mettre sur les bancs. I, 202.

    BANDON (A),  discrtion. II, 91.

    BAPTISEMENT, baptme. II, 102.

    BARBAIER, raser, faire la barbe. II, 200.

    BARGUIGNER, marchander. Et quiconque la _barguignoit_, il l'avoit
    aussi bien  crance que  argent sec. II, 187.

    BARRES. Comment il avoit prins le galant  ses _barres_. II, 57.

    BAS, parties naturelles de la femme. II, 135.

    BAS _instrumens_, parties naturelles. II, 201.

    BASSET (_En_)  voix basse, secrtement. I, 155.

    BASTON. Le baston de quoy on plante les hommes, le membre viril.
    II, 144.

    BATERIE, action de battre. I, 245.

    BATURE, action d'tre battu. I, 181.

    BAUDEMENT, gaiement, hardiment. II, 172, 214.

    BEC, bouche. Jouer bien du _bec_ (I, 96), faire des discours
    captieux.

    BEDON, instrument de musique. Ce mot est employ pour dsigner les
    parties naturelles de la femme. II, 131.

    BE, passage, route, voie. I, 146. Payer a be (II, 150).

    BELLE. Trouver en belle (I, 282), avoir l'occasion favorable.

    BENEISSON, bndiction. II, 184.

    BESOIGNER, travailler, s'occuper de... I, 48.

    BESTE. Le mestier de la beste  deux dos (I, 107), l'amour.

    BEURRE. Prov.: Ravoir _beurre_ pour oeufs (I, 21), tre pay avec
    usure d'un tour qu'on a jou  quelqu'un.

    BIENVIENGNER, donner la bienvenue, recevoir joyeusement. II, 106.

    BIHS, _byhs_, biais. I, 132.

    BLASONNER, blmer, critiquer, dcrier, Vous blasonnez trs bien
    mes armes. I, 188, 218.

    BLEU, Craindoit trsfort estre du reng des _bleuz vestuz_, qu'on
    appelle communement noz amis. II, 118. Voy. _Amis_.

    BOESTE _aux cailloux_, prison. II, 207.

    BOUCHONS (A), sens dessus dessous,  l'envers. Fut  _bouchons_
    couche et son derrire descouvert. I, 13.

    BOUL, bouleau. I, 241.

    BOURDELOIS (Le roi de), souverain imaginaire des mauvais lieux. II,
    193.

    BOURDES, mensonges.

    BOURDON, _bourdon joustouer_, membre viril. I, 84; II, 172.

    BOURSER, enfler, s'arrondir comme une bourse pleine. Le ventre luy
    commena  _bourser_. I, 80.

    BOUT (_Bailler le_) (?). I, 253, BOUTER, mettre.

    BRAYES, culotte, II, 12.

    BREFMENT, bientt, brivement. II, 6.

    BREFT, brivet. II, 53.

    BRICHOUART, membre viril. II, 87.

    BROCHES, hmorrodes, I, 10.

    BROUET, soupe, sauce. II, 45.

    BRUYT, renomme. I, 193.

    BRUYT, victoire, triomphe. I, 215.

    BUFFE, soufflet. II, 58.

    BULETEAU, blutoir. Tenez ce buleteau sur vostre teste. I, 94.

    BUREAU, bure, toffe grossire. I, 299.

    BUROYE, boirois. II, 208.

    BUVRAIGES, breuvages. II, 141.

    BYHS. Voy. _Bihs_.


    CALENGER, demander, reclamer, contester. II, 129.

    CALONGE (?). II, 207.

    CAMUS, dsappoint. II, 81.

    CAPITUL, grond, chapitr. I, 217.

    CAR, presque toujours employ dans le sens de _parce que_: Ou
    _car_ Dieu le permist, ou _car_ Fortune le voult et commenda. I,
    10.

    CASSE, cass.

    CASTILLE, querelle, lutte. I, 126.

    CAUTELLES, ruses. I, 77.

    CE, se.

    CANS, _cens_, ici dedans.

    CEL, ce, cet. I, 291; II, 248.

    CELEMENT, en cachette. I, 92.

    CELER, cacher, dissimuler. I, 69.

    CES, ses.

    CEST, ce.

    CESTES (?). Mais le juger fut differ jusques  la fasson de
    _cestes_. I, 16.

    CHAILLOIT, soucioit. II, 130.

    CHALLUT, soucioit. I, 268.

    CHAMBERIRE, servante, femme de chambre. II, 85.

    CHAMBRE A PARER, chambre de toilette. I, 227.

    CHANDELLE. Allumer sa chandelle, prtexte honnte pour
    s'introduire chez quelqu'un. Nous n'ayons pas besoin de signaler
    l'allusion qui se trouve dans ce passage: Veezcy maistre cur qui
    vient pour allumer sa chandelle, ou pour mieux dire pour
    l'estaindre. II, 117.

    CHAPPERON, sorte de coiffure que portoient les femmes. I, 216.

    CHAPERON FOURR, officier de justice. II, 90.

    CHAR, chair. Voy. _Poisson_.

    CHARETON, _charreton_, charretier, voiturier. I, 43; II, 120.

    CHARRUYER, laboureur, bouvier. II, 214.

    CHARTRE, prison. II, 97.

    CHASTOY, direction, gouvernement. I, 136.

    CHAUFFER _la cire_, attendre longuement une chose qu'on dsire; on
    dit aujourd'hui dans le mme sens: Se voir passer quelque chose
    devant le nez. II, 190.

    CHAULD _sur potage_, enclin  l'amour. I, 108; II, 187.

    CHAULT, soucie. Il ne vous _chault_ gures de moy. I, 49.

    CHANCE, chute. I, 159.

    CHEF, tte. _A chef de peche_, au bout de quelque temps, de _pice_
    de temps. I, 2.

    CHEF, bout. Venir  chef, venir  bout. I, 21.

    CHRE, visage. I, 7; II, 244.

    CHEVANCE, biens, fortune. I, 101, 267.

    CHEVAULCHER, faire l'amour. I, 276.

    CHEVIR, venir  bout de. I, 74.

    CHICHET, avarice. I, 97.

    CHIGE, choie, tombe. I, 17.

    CHOISIR, regarder, voir, apercevoir. I, 13. Et avoient torches et
    flambeaulx pour mieulx choisir partout. II, 58.

    CHRESTIENNER, baptiser. I, 123.

    CHULA, celui-l. II, 127.

    CICANEUR, homme de chicane, sergent. II, 206.

    CIMBALES (_Jouer des_), faire l'acte amoureux. II, 107.

    CIRE (_Chauffer la_). II, 190. Voy. _Chauffer_.

    CLAMER, dclarer, proclamer. II, 76.

    CLERGIE, science. II, 238.

    CLIGNE-MUSSE, sorte de jeu o l'un ferme les yeux pendant que
    l'autre se cache. Cligne-musette. II, 176.

    COCQUARD. Voy. _Coquard_.

    COGNOISSANCE, reconnoissance. I, 272.

    COLLACION, discours. I, 200.

    COLONS, pigeons. II, 180.

    COMBLEMENT, amplement,  mesure comble. I, 11.

    COMMENDER, recommender. II, 7.

    COMPARER, payer. I, 222.

    COMPTER, battre, charger de coups. Ce dyable, sans mot dire, le
    commena  _compter_, et bon chevalier de se dfendre. II, 104.

    COMPTOUER, tude, lieu de travail. I, 127.

    CONCLU, convaincu, vaincu. Mais en son ton vident fut le mary
    _conclu_. I, 31. Voy. I, 212.

    CONFERMER, confirmer. I, 106.

    CONGYER, congedier.

    CONQUESTER, conqurir, acqurir, gagner.

    CONSEQUEMMENT, conscutivement. Et ainsi _consquemment_ jusques
    ad ce que tout fut party et portionn. II, 120.

    CONTENDRE, tendre, chercher. II, 122.

    CONTENT, comptant. I, 97.

    CONVENIR, tre ncessaire. La bonne dame laissoit tout _convenir_,
    car de donner conseil au contraire ne s'osoit avancer. II, 121.

    COQUARD, _coquart_, sot, imbcile. Que faites vous, meschant
    _coquart_? I, 45.--Ceulx qui le cuident sont parfaiz _coquars_.
    I, 152.

    CORDOANNIER, cordonnier. II, 90.

    CORNER, jouer des instruments. Fist _corner_ les menestrielz. I,
    157.

    COULPE, faute. II, 62.

    COUP (A LA ), au moment. Tenir sur fons son enfant, dont la mre
    s'estoit delivre droit _ la coup_ du retour dudit chevalier. II,
    101.

    COUPAULT, mari tromp. I, 288; II, 108.

    COURRE, courir.

    COUSINE. Etre _de noz cousines_, tre au rang des courtisanes. Et
    tiens, qui en aroit  faire, qu'on la trouverait aujourd'huy ou reng
    de _noz cousines_, en Avignon,  Vienne,  Valence, ou en quelque
    aultre lieu en Dauphin. II, 29. Voy. II, 40.

    COUSTILLE, couteau, pe. I, 39.

    COUSTRE, gardien, sacristain. II, 194.

    COUSTRERIE, garde, surveillance. I, 261.

    COUVINE, invitation. Et comme ilz retournoient de ce couvine. I,
    194.

    COUX, mari tromp. I, 29, 238; II, 110.

    CRASSE, grasse. Bouloigne la crasse. II, 239.

    CRASTINE, lendemain, matine. Et laissoit sa femme prendre la
    longue _crastine_ jusques  viij ou  IX heures. II, 63.

    CRAVANTER, renverser. I, 243.

    CRANT. I, 54. Voy. _Recrant_.

    CREDENCE, crance, confiance. II, 115.

    CREZ, croyez. I, 77.

    CREMOIT, craignoit. II, 44.

    CRESSON. Voy. _Assite_.

    CRESTIAN, chrtien. Luy, qui oncques sur beste crestiane n'avoit
    mont. I, 107.

    CRISTIEN, chrtien. II, 102.

    CROCHETTE, petite crosse. I, 77.

    CROQUER, prendre, saisir, accrocher. I, 22.

    CROIX. Prov.: Je n'en fineroye nant plus que de la vraye _croix_.
    I, 294.

    CRUEUX, cruel. I, 142.

    CUEUR, coeur. Prov.: N'avoit pas son _cueur_ en sa chausse. II,
    168.

    CUIDER, croire.

    CUIGNER, connotre charnellement. II, 187.

    CULETT _la selle_, couru  cheval. II, 154.


    DANGIER, dfaut, manque. Et s'il y avoit _dangier_ de lictz, la
    belle paillasse est en saison. I, 182.

    DANGIER, dpendance, domination. Or bien, je suis en vostre
    _dangier_. II, 176.

    DANGIER, difficult. Mais comme souvent chose eue en _dangier_ est
    trop plus cher tenue que celle qu'on a  bandon... II, 91.

    DANGIER, personnage allgorique du Roman de la Rose. L'auteur des
    _Cent Nouvelles_ parot avoir en mince estime l'oeuvre clbre de
    Guillaume de Lorris et de Jean de Meung. Voy. I, 68, 158.

    DANGIER, garde. Nom donn  une dugne. I, 236.

    DE, que. I, 294; II, 84.

    DEABLE, diable. II, 104.

    DEBOUT, rebut, renvoy. I, 192.

    DECEUTE, trompe. I, 100.

    DECEVABLE, trompeur. I, 212.

    DEDUIT. Luy qui estait homme de _deduit_ (II, 10), c'est--dire
    qui aimoit  s'amuser.

    DEFAULTE, faute. II, 235.

    DEFFIGURANCE, difformit. II, 187.

    DEFFUBLER, dcoiffer. II, 52.

    DEGOIS, dispos. I, 65.

    DEHET, gai, dispos. I, 294.

    DEMEN, le dtail d'une affaire, la manire dont elle s'est passe.
    I, 73. Et il luy en compta largement et bien au long le _demen_.
    I, 210. Voy. II, 69.

    DEMEUT, dtourna de son projet. II, 248.

    DENRES, instruments gnitaux. I, 109.

    DPENDANT (?). Et estoit sur son corps dpendant. I, 251.

    DEPORTER (SE ) d'une chose, y renoncer. I, 251.

    DERRAIN, dernier.

    DESARMER, dfaire. Et ne savoit que penser comment il se pourroit
    de luy _desarmer_. II, 9.

    DESATOURN, dcoiff. I, 216.

    DESCEU (_Au_),  l'insu. II, 113.

    DESCOMBR, dbarrass, dsencombr, II, 33.

    DESCONFORT, afflig. II, 18.

    DESCOUCH, lev. I, 86.

    DESERVIR, meriter. I, 181, 273.

    DESFOURNI, priv. II, 232.

    DESFRAY, peureux, ombrageux, sauvage. I, 290.

    DESHAIT, malade. I, 111.

    DESHOUSER, dbotter. II, 110.

    DESLONGER, dtacher de sa longe. II, 131.

    DESPLAISANT, fch. II, 42.

    DESPOILLI, dvtu, dpouill. I, 220.

    DESPRISONNER, mettre hors de prison, dlivrer. I, 162.

    DESROY, dsarroi. I, 3.

    DESROMPRE, sparer. II, 115.

    DESSERRER, ouvrir. La posterne fut _desserre_. I, 3.

    DESSERTE, ce qu'on a mrit. I, 223.

    DESTEN, destin, prdestin. II, 135.

    DESTOURBIER, trouble, embarras. I, 68, 126.

    DESTRESSEUX, plein de dtresse, qui met en dtresse. I, 12.

    DEVANT. Dieu devant, Dieu aidant. I, 200.

    DEVISES, discours. I, 42.

    DEXTRE, droite.

    DILACION, retard. II, 170, 245.

    DOLEZ, affligez. II, 20.

    DOMINE, surnom dorme  un cur. Respondit maistre _Domine_. II,
    129.

    DOMMAGE, terme de droit. Et si trs bien  point la rabatit qu'en
    _dommage_ et en sa garenne le poulain au chareton trouva. I, 45.

    DONT, d'o. I, 32.

    DONT, donc. I, 18.

    DONZELLE, fille facile. II, 128.

    DORMEVEILLE (_Faire la_), faire semblant de dormir; dormir d'un
    oeil. I, 244.

    DOUBTE, _doute_, crainte. I, 128, 267; II, 54, 56.

    DOUBTER, craindre. I, 100.

    DOUBTIF, dubitatif, incertain. I, 78.

    DOULOIR (_Se_), se plaindre, gmir. I, 64.

    DOUYRE, _duyre_, porte, entre, I, 135.

    DOY, doigt.

    DUREAU. Marcha la dureau, marcha hardiment. I, 127.

    DUYRE. I, 136. Voy. _Douyre_.

    DYA, diable. I, 17.


    EAGE, ge. _Etre sur eage_, tre dj vieux. I, 90, 172.

    EFFRAYEMENT, avec effroi, tout effray. II, 7.

    EFFROY, bruit. La dame monte en sa chambre sans faire effroy. I,
    29.

    EFFROYT, bruit. I, 178.

    EMBRONCH, envelopp, entortill. Elle fut tantost desarme de sa
    faille, o elle estoit bien enferme et _embronche_. II, 17.

    EMENDE, amende. II, 198.

    EMPAN, garni de drap, d'toffe. II, 247.

    EMPAPIN, barbouill. Dor et _empapin_ d'oeufz, de fromage, de
    laict, etc. II, 121.

    EMPRENDRE, prendre, entreprendre. Et entre aultres qui devoient
    emprendre ce doulx et seur estat de mariage. II, 16.

    EMPRS (D'), auprs de. I, 188, 272.

    EMPRINSE, entreprise, projet. I, 51; II, 39.

    EMPRINSE D'ARMES. I, 224.

    EMPRINT, prit, entreprit. I, 68.

    EMY! exclamation. I, 244.

    ENCEP, enchan. II, 131.

    ENCHARG, command, impos. II, 53.

    ENCHASSER, chasser, repousser. I, 81.

    ENCLINER, incliner, pencher. II, 173.

    ENCLOIT (S'), s'enferma. II, 190.

    ENCONTRE, au-devant. II, 7.

    ENCOULPIT, accus, confess. II, 140.

    ENCOURTIN, garni, ferm de rideaux. I, 4.

    ENCUEILLIR, accueillir. II, 79.

    ENCUSER, dclarer, dvoiler, accuser. I, 134; II, 89, 125.

    ENDITT, loquent, inform de ce qu'il doit dire. I, 33.

    ENFERMIRE, infirmire. I, 118.

    ENFERRER, verbe actif, connotre une femme. II, 130.

    ENGIN, esprit, imagination. I, 21.

    ENGIN, ruse, moyen ingnieux. I, 12. Mais ilz n'y savoient
    _engin_ trouver. I, 284.

    ENGIN (_Mal_), ruse. II, 246. J'ignore qui sont ceulx du _mal
    engin_, qui sont voisins des Champenois. Voy. I, 106.

    ENGINS, dtours. L'ostel n'estoit pas si grand, ne si pou de lui
    hant en toute devocion, qu'il ne sceust bien les _engins_. I, 74.

    ENGREGER, aggraver. II, 111.

    ENHURT, obstin, butt. I, 58. Mme sens que _ahurt_.

    ENLANGAG, beau parleur, prompt  la riposte. II, 90.

    ENMY, au milieu de. I, 75.

    ENNUYEUSE, accable d'ennui, de chagrin. II, 154.

    ENNUYT, aujourd'hui; mais dans ce livre le mot est constamment
    pris dans le sens de _cette nuit_. Et si par misricorde il nous
    dmonstre _ennuyt_ comme les autres precedentes... I, 78. Voy. I,
    52, 159, 180, 241; II, 43, 47.

    ENOEILLER, lorgner. I, 271.

    ENORTEMENT, exhortation. II, 51.

    ENORTER, exciter, exhorter. I, 65.

    ENQUERRE, enqurir, rechercher, s'informer, I, 66.

    ENS, dedans. I, 173; II, 241.

    ENSEUR, loin. Quand le vaillant homme d'armes sceut l'Escossois
    _enseur_ de luy. I, 29.

    ENSUS, loin. I, 293. Va-t'en en sus de moy. I, 47.

    ENSUYZ, suivis. II, 115.

    ENTENTIVEMENT, attentivement. I, 14.

    ENTIRE, reste fidle  son mari. II, 249.

    ENTIERET, chastet, fidlit conjugale. II, 235, 244, 249.

    ENTREOYT, entendoit. II, 111.

    ENTREROMPRE, interrompre. I, 183.

    ENTRETANT (_En_), pendant le temps. I, 22, 89.

    ENTRETENANCES, entretiens, devis familiers. I, 154; II, 30.

    ENTRETIENNEMENT, relations coupables entre homme et femme. I, 209.

    ENVERS, Anvers. Une feste de Lendit et d'Envers. I, 43.

    ENVIS, _envys_,  contre-coeur, malgr soi. II, 152, 218.

    ERIES (?). I, 136.

    ERRER, se tromper, II, 10.

    ERRES, indices. Le gentil homme tantost congneut que toutes ces
    excusacions estoient _erres_ pour besoigner. I, 96.

    ESCHARSEMENT, petitement, chichement, avec parcimonie. I, 17.

    ESCHASS, chass. I, 192.

    ESCHEVER, achever. I, 126.

    ESCLABOTURES, claboussures. I, 151.

    ESCLANDRI, deshonor par un esclandre. I, 100.

    ESCOLLER, instruire, faire la leon. I, 52; II, 167.

    ESCOURRE, secouer. I, 166.

    ESLOIGNIER, loignement. I, 141.

    ESPANTER, pouvanter. I, 98, 220.

    ESPARTENT (S'), se rpandent. II, 157.

    ESPIES, espions. I, 130.

    ESPOENTER, pouvanter, effrayer.

    ESPOIR, peut tre. I, 57, 128.

    ESPOIRE, peut-tre. I, 262.

    ESRACHER, arracher. II, 176.

    ESRAILL, ouvert. Et les deux jambes _esrailles_ en dehors du
    bancq. II, 166.

    ESSERR, effray. I, 3.

    ESTABLE, stable. II, 236.

    ESTAINS, etain; ce mtal venoit d'Angleterre ds l'antiquit. I,
    101.

    ESTERNU, dcid. Je ne vy jamais, moy, homme de si hault _esternu_
    si tost rassis. I, 175.

    ESTIRE (?). Mais de plus belle rend _estire_. I, 126.

    ESTOLL (?). I, 237.

    ESTOUPPES. Avoir des estouppes en sa quenouille, tre embarrass,
    avoir une mauvaise affaire sur les bras. Voy. I, 213; II, 11.

    ESTRAIN, paille. II, 33, 166.

    ESTRAINS, serrs. II, 52.

    ESTRANGE, tranger. I, 102.

    ESTRANGE, rserv, sur le quant  soy. Je vous seray aussi pou
    priv que vous m'estes _estrange_. I, 184.

    ESTRANG, loign, isol. II, 213.

    ESTRES, choses, objets quelconques. Je n'en portay oncques la
    clef, mais pend  vostre cincture avec les vostres, ds le temps que
    vous y mettiez vos _estres_. II, 59.

    EUR, heur. II, 162.

    EUVANGILE, Evangile. Prov.: Une assez bonne histoire qui n'est
    moins vraye que l'_Euvangile_. II, 106.

    EUVRE (_A la premire_), ds le matin. I, 122.

    EXAMIN, tourment. Nos voisins ont est terriblement persecutez
    et de pestilence et de famine. Quand les aultres en ont est
    _examinez_, nous avons peu dire que Dieu nous en a preservez. I,
    200.

    EXCUSACIONS, excuses, dfaites. I, 96.

    EXCUSANCES, excuses. II, 36.


    FABRICE, fabrique d'une glise. II, 199.

    FAEBLET, foiblesse, simplicit. II, 105.

    FAILLE, sorte de mante flamande. II, 17.

    FAILLY, fini. Et tantost aprs la feste _faillye_... II, 167.

    FAIN, faim, dsir, envie, besoin.

    FAINDIT, feignit. II, 117.

    FAIRE, faire l'acte amoureux. I, 81.

    FAME, rputation. II, 233.

    FARSER, moquer. I, 97.

    FAULSET, mchancet, trahison. I, 153.

    FEL, mchant, tratre, flon. II, 142.

    FER. Tenir quelqu'un  fer et  clou, l'entretenir. I, 123.

    FERIR, frapper. I, 302.

    FERRER, dompter. La pouvre fille se laissa _ferrer_. I, 12. Voy.
    II, 91, 94.

    FIABLEMENT, avec confiance. I, 273.

    FICH, mis, fix. II, 246.

    FIERT, frappe.

    FIN. Prov.: Plus _fine_ que moutarde. II, 128.

    FINANCE, ranon. On eust eu nouvelle de luy pour faire sa
    _finance_. II, 98.--Mettre un prisonnier _ finance_, c'toit
    exiger de lui une ranon. Voy. I, 32.

    FINER, finir. Sa queste en amour doit estre bien _fine_. I, 57.
    Voy. I, 132, 237; II, 246.

    FINER, obtenir. Mais vous ne vous en irez pas si je ne la puis
    _finer_. II, 20.

    FLAMBE, flamme. II, 103.

    FOLYE (_La_), l'acte amoureux. II, 40.

    FORS, hormis, except. II, 9.

    FORT (_Au_), au fond,  la fin. I, 113, 121; II, 172.

    FOURCHES (_Basses_). Pendre aux _basses fourches_ d'une femme, la
    connotre. I, 137.

    FRAILE, frle, dlicat. II, 234.

    FRAIN, frein. Ronger son frain. I, 156.

    FRICT, perdu, dtruit. I, 215.

    FRISQUE, frais, gai, fringant. II, 135.

    FROISSIE, traces. Suivant _le froissie_ des chevaulx. I, 157.

    FUMER. I, 259.

    FURON, furet; membre viril. I, 135.


    GAITTE, soldat qui fait le guet. II, 126.

    GALE, galre, navire. II, 99.

    GALE, amusement, fte, plaisanterie. I, 231.

    GALIOFFE, grossier personnage, vaurien. Regardez quel _galioffe_!
    il a couch plus de vingt nuiz avecques ma femme. I, 282.

    GARIN, homme dtermin, qui a rponse  tout. Vrayment, ma mye,
    dist le moyne, qui estoit ung _garin_ tout fait... II, 160.

    GARIN (_Prendre_), s'enfuir. Veez l l'huys: prenez _garin_, et si
    vous faites que sage, ne vous trouvez jamais devant moy. II, 96.
    Voy. II, 136.

    GARNIER, grenier. I, 220.

    GAY. Prov.: Plus _gay_ que une mitaine. I, 265.

    GEHEYNE, gne, torture. I, 134.

    GENTET, gentillesse. I, 10.

    GERON, giron, sein. I, 44.

    GESINE, couches. I, 123.

    GLATISSOIT, aboyoit, chassoit. II, 110.

    GOGETTES, _goghettes_, _goguettes_, rjouissances, fte. I, 85,
    294; II, 196.

    GOGHETTES. Voy. _Gogettes_.

    GOGUES (_Etre de_), tre en gaiet. I, 175.

    GOGUETTES. Voy. _Gogettes_.

    GOISSON, compagnon. II, 196.

    GORGIAS, _gorgyas_, lgant. Faisoit du _gorgias_. II,
    197.--Deux ou trois _gorgyas_ qui la devoient accompaigner. I,
    290.

    GOUGE, fille, femme porte  l'amour. I, 2.

    GOUNE, manteau. I, 286.

    GOURMANDER, exercer sa gourmandise. II, 159.

    GOUSTABLE (_Mal_), de mauvais got. II, 225.

    GRAIN, pas du tout. Le lieu n'est _grain_ honneste. II, 180.

    GRAMMENT, grandement.

    GRAUX, gr. I, 92.

    GREF, grave. I, 18.

    GRIFZ, griffes, mains. I, 127.

    GRIGNEUR, plus grand, plus grande. I, 72.

    GROS, sorte de monnoie. II, 157.

    GROUILLER, gronder, grogner  la manire des chiens. I, 188.

    GROUTTER, comme _grouiller_. I, 189.

    GUERDON, rcompense. I, 246.

    GUERDONNER, rcompenser. I, 156.

    GUINGANT, Guingamp, clbre par ses rasoirs. Voy. I, 7.


    HALLE, march. Prov.: Sans tenir cy _halle_ de nant (II, 192),
    sans nous occuper de choses vaines.

    HALOZ, branches ou troncs d'arbres. On a le mot _hallier_. II,
    156.

    HAMELET, petit hameau. II, 122.

    HANTISE, frquentation. II, 9.

    HARIER, fatiguer, assaillir. Pris dans le sens de _saillir_. I, 45.

    HAULTE _heure_ (_de_), de bonne heure. I, 185.

    HEBREOS. _Usque ad hebreos_ (II, 208), quivoque d'_hbreu_ 
    _ebriosus_;--jusqu' tre ivre.

    HET, rjouissance, entrain. II, 78. Et hurta l'on de bon _het_ 
    la porte. II, 150.

    HOC (?). Tenant le _hoc en l'eau_ pour deviser. I, 6.

    HOCHER, connotre charnellement. II, 188.

    HOD, lass, fatigu. S'crivoit aussi _od_. Par la mort bieu!
    dist-il, j'en suis si trshod que plus n'en puis: il me semble que
    je ne voy que pastez. I, 59. Voy. I, 87; II, 228.

    HOIGNARD, grondeur. I, 62.

    HOMS, homme. I, 275. Vieille forme du nominatif singulier, que La
    Sale employoit volontiers. On la trouve souvent dans les _Quinze
    joyes de mariage_.

    HOSTELLAIN, htelier. II, 82.

    HOULETTE, confrrie des femmes dbauches, des dames du _Huleu_,
    et, par extension, des maris tromps. Aussi suis-je piea de la
    _Houlette_. I, 189; II, 38.

    HOULLIER, dbauch, coureur de filles. I, 4. Un mari tromp
    reproche  sa femme son _houllier_. I, 221.

    HOURDER, fournir, pourvoir, charger. Mais de sens assez
    escharsement _hourde_. I, 17. Voy. I, 74. Se _hourde_ de
    l'escuyer et  son col le charge. I, 100.

    HOURTER, heurter. I, 159.

    HOUS, bott, chauss de houseaux. I, 87; II, 182.

    HOUSEAUX, bottes.

    HOUSER, botter, et, par extension, vtir. I, 298.

    HOUSERIE, habillement, action de vtir. I, 299.

    HOUSSER, vtir. II, 133.

    HOUSS, fourni, vtu. Le plus hault arbre et mieux _houss_ du
    bois. I, 64. C'est--dire le mieux garni de feuilles.

    HUCHER, appeler  haute voix, en criant. I, 41, 180.

    HUCQUER, frapper. II, 178.

    HUE, rputation, notorit. II, 142.

    HUMET, sauce, ragot. II, 45.

    HUPPILLER, houspiller. I, 128.

    HURT, action de heurter. I, 161.

    HUTIN, bruit, querelle, dispute, combat amoureux. Et ne demandoit
    que _hutin_. II, 187.

    HUTINER, tracasser, lutiner. I, 126.

    HUYS, porte.


    ILLEC, l. II, 242.

    IMPAREIL, non pareil, incomparable. I, 68.

    IMPROVEU, dpourvu. I, 229.

    INDUCE, dlai, loisir, Si ne leur bailla pas _induce_ de
    respondre. I, 181.

    INFORTUNE, malheureuse, infortune. I, 288.

    INTRODUIRE, instruire. II, 167.

    INVENTOIRE, inventaire. I, 66.

    IRE, colre. II, 234.


    JANNES, Gnes, II, 223.

    JASERANT, cotte de mailles. I, 256.

    JASOIT, bien que, quoique. II, 11.

    JOUER _des cimbales_, faire l'acte amoureux. II, 107.

    JOURNE, affaire, combat. Et s'il accepte la _journe_, dit
    Madame, je viendray tenir vostre place. I, 51.

    JOUSTEUR, qui aime les joutes, les luttes. II, 21.

    JOUSTOUER, destin  la joute. II, 172.

    JOUVENCE, jeunesse. II, 234.

    JUGI, condamn. I, 70.

    JUS,  bas. II, 43, 138.

    JUSTICE, lieu o se faisoient les excutions. II, 126.


    LAIRRAY, laisserai. I, 191.

    LAISSER, lasser. II, 27.

    LANDES (?). I, 125.

    LANGAGIER (Beau), beau parleur. Car il estoit bon clerc et trs
    beau _langagier_. II, 157.

    LARRIER, mot tir sans doute de _larris_, lande, terre en friche.
    I, 135.

    LAS, lac, lacet, pige. I, 272.

    LASS, lac. I, 6.

    LANS, l dedans.

    LAULT, foi, loyaut. II, 233.

    LEDANGER, injurier. II, 58.

    LGENDE dore, ouvrage clbre de Jacques de Voragine, contenant les
    Vies des saints. La femme qui recommence _sa grande lgende dore_,
    t. I, p. 8, dit  son mari une kyrielle d'injures.

    LENDIT, foire qui se tenoit  Saint-Denis. Une feste de Lendit et
    d'Envers. I, 43.

    LEZ, cts. Visiter les angletz de sa chambre  tous _lez_ au
    mieulx qu'il luy fut possible. II, 119. Elle se pourchassoit 
    tous _lez_. II, 187.

    LIEUTENANT, celui qui remplace le mari auprs de sa femme. I, 267;
    II, 118.

    LIGNAGE, famille. I, 271.

    LINGE, fin, dli. Draps linges. I, 181; II, 202.

    LOER, louer. II, 105.

    LOIST, est loisible, permis. I, 118.

    LOS, renomme. I, 193.

    LOUDIER, dbauch, coureur de filles. I, 4.--Employ en mauvaise
    part dans le sens d'_amant_. II, 58.--Se prenoit aussi dans la
    signification plus tendue de _mauvais sujet_, _vaurien_. Voy. II,
    124.

    LOURDOYS (_En_), lourdement,  la faon d'un lourdaud. I, 112.

    LUYCTE, lutte. Prov. A la tierce foiz va la _luycte_. I, 78.

    LYE, joyeux. I, 72.

    LY, joyeux. I, 19.

    LYESSE, gaiet, joie. I, 12.

    LYSIT, lut. I, 34.


    MAIGNYE, famille, les gens de la maison. _Maignye_ d'enfans,
    parens, amis, hritages. I, 101.

    MAIN MISE (?). Il en eust prins vengence criminelle et de _main
    mise_. II, 30.

    MAINS, moins. I, 9.

    MAL, mauvais.

    MAL VENIR (_De_), par malheur. I, 268.

    MALEBOUCHE, personnage allgorique du _Roman de la Rose_. I, 68.

    MALTALANT, colre, mauvaise disposition d'esprit. I, 8.

    MANIRE, colre, mauvaise humeur. Elle est merveilleuse depuis
    qu'elle entre en sa _manire_. I, 45.

    MARCHANDER, faire le mtier de marchand. II, 118.

    MARCHANT, marchand. En lieu marchant, dans une situation
    favorable. I, 92.

    MARCHE, contre, frontire. I, 72.

    MARCHISSANT, attenant. I, 64.

    MARESCAUCI, trait comme les individus arrts par les soldats de
    la marchausse? II, 166.

    MATRE, matire. I, 69.

    MATHEOLET. Le livre de Matheolus, pome de Jean Le Febvre dirig
    contre les femmes. I, 232. La Sale en parle dans les _Quinze joyes
    de mariage_.

    MATTE, triste. Une sure et _matte_ chre. I, 208.

    MAUVAISTI, mchancet, condition d'une chose mauvaise. II, 161.

    MEFFAIT PRSENT, flagrant dlit. I, 268; II, 94.

    MEISER, penser, rflchir. I, 8.

    MEMBRE _ perche_, membre viril. I, 70.

    MENESTRIELZ, musiciens, mntriers. I, 157.

    MERCI. Obtenir le don de merci d'une dame, obtenir ses dernires
    faveurs. II, 22.

    MERCIER, remercier. I, 19.

    MERCQUE, marque. II, 155.

    MERCY, grce. II, 121.

    MERITER, rcompenser. I, 71.

    MERVEILLEUX, mchant. I, 220.

    MERVEILLEUSE, mchante, acaritre. I, 45.

    MESCHEF, accident, malheur. I, 18. A quelque _meschef_ que ce
    fust. I, 156; II, 7.

    MESCHIEF, faute. Si en feray tout seul le _meschief_. II, 223.

    MESCHINE, servante. I, 91.

    MESCHINETTE, petite servante. II, 240.

    MESCROIRE, souponner. I, 23.

    MESHUY, jamais. I, 8, 161.

    MESHUY. Aujourd'hui. Si vous prie que ayez patience _meshuy_, et
    demain je besoigneray  vous. I, 48. Voy. II, 149.

    MESMES, soi-mme, Et que pour mieulx besoigner, il y vouloit
    _mesmes_ aller. II, 116.

    MESNAGER, s'occuper du mnage. I, 6.

    MESTIER, besoin. I, 21, 140.

    MESTRIER, matriser, gouverner. I, 151.

    METES, limites. I, 63.

    MEURES, mres. Etre rechass des meures, tre repouss avec
    perte. I, 95; II, 93.

    MIGNON, beau, agrable. Et entre les aultres nostre gentilhomme,
    qui _mignon_ se povoit bien nommer. I, 57.

    MINOT, cachette, petit trsor, petite _mine_ d'argent. Et si vous
    avez quelque _minot_ d'argent  part... II, 95.

    MITAINE. Prov.: Plus gay que une _mitaine_. I, 265.

    MOLIN, moulin.

    MOMMERIES, mascarades. II, 21.

    MOMMEUR, homme masqu, qui fait des _mommeries_. II, 200.

    MONCELET, petit monceau. II, 181.

    MONSTRE, montre, revue. Etre  monstre, tre pass en revue. (I,
    84).

    MONTER. Monter sur son chevalet, se mettre en colre. II, 161.

    MONTOUER, montoir, borne qui servoit pour monter  cheval. I, 290.

    MORE, mre. II, 155.

    MORSE, amorce. Pour voir s'il ne reviendroit point  la _morse_.
    II, 156. Peut-tre falloit-il imprimer _l'amorse_.

    MORTAIGNE. Aller  Mortaigne, mourir. II, 133.

    MOULT, beaucoup. II, 169.

    MOURIR _sur bout_, scher sur pied. I, 151.

    MOUSCHE, mouche. Prov.: Luy qui cognoissoit _mousche_ en laict. I,
    95.

    MOUSSEAU, ragot, sauce. II, 46.

    MOUSTARDE. Prov.: Plus fine que _moustarde_. II, 128.

    MOUSTIER, couvent. I, 36.

    MOYEN, chose situe entre deux autres. La maison du cur tenoit 
    la sienne sans _moyen_. II, 164.

    MUABLET, inconstance, disposition au changement. II, 228.

    MUCER, _musser_, cacher. II, 117.

    MUSNIER, meunier.

    MUSSER, cacher. II, 180.

    MUTEMACQUE, mutinerie, rebellion. II, 245.

    MYE, nullement. I, 273.


    N', ni. II, 232.

    NATAULX, jours solennels. Quatre foiz l'an, c'est assavoir, 
    quatre _nataulx_, vous devez confesser. I, 201. Voy. Du Gange, v
    _Natalis_.

    NAVE, navire. I, 105.

    NAVRER, blesser. II, 159.

    NAVYEUR, marin, navigateur. II, 228.

    NE, non plus. Je vous requier que nous ne tenons compte d'elles
    _ne_ qu'elles font de nous. II, 39.

    NANT, nant. Il la veult trop bien tancer et luy dire la
    laschet et _nant_ de son coeur. II, 23.

    NEN, non. II, 95.

    NENNY, non.

    NESQ'UN, non plus qu'un. II, 158.

    NESUN, _nesung_, aucun. I, 214.

    NICHIL, rien. _Nichil_ au doz, vieux terme de procdure: nant
    au dossier. I, 107.

    NOEVE (?). Belle et gente et gracieuse estoit au temps qu'elle fut
    _noeve_. II, 5.

    NOISE, bruit, tapage. I, 92.

    NOISEUX, querelleur, entreprenant. I, 131.

    NONCHALLOIR, ngligence, indiffrence. II, 155.

    NONNE (_Basse_), trois heures aprs midi. II, 148.

    NOTAIRE. tre le notaire d'une chose, y assister, en tre tmoin.
    I, 127, 154.

    NOU, nage. II, 35.

    NOUVEL (_De_), nouvellement. II, 161.

    NOUVELLET, nouveaut. II, 47.

    NUNCIER, annoncer. I, 115.


    OBSTANT, nonobstant. II, 115.

    ODER, fatiguer. Se _oda_ et tanna. II, 228. Voy. _Hod_.

    OEUFS. Prov. Voy. _Beurre_.

    OEZ, entendez. II, 115.

    OFFERENDE, offrande. Il alloit devant eulx  l'offerende. Il
    toit le prfr. I, 144.

    OIGNEMENS, onguents. I, 12.

    ONCQUES, jamais.

    ORDE, sale, grossiere. Une orde excusance. I, 157.

    ORDOYER, salir, souiller. II, 95.

    ORES, maintenant. II, 40.

    ORINAL, vase  uriner. I, 111.

    ORPHENIN, orphelin. I, 106.

    ORRA, entendra. II, 33.

    ORREZ, entendrez. II, 164.

    OSTEL, maison.

    OSTELLERIE, nom de lieu. I, 192, 252.

    OU, avec.

    OUSTILL, garni d'instrument naturel. II, 84.

    OUVRANT, travaillant. II, 202.

    OUVRER, travailler.

    OUVROUER, laboratoire. Est dit de la partie naturelle d'une femme.
    II, 117.

    OYE, oue. I, 128.


    PAIN. Tenoit  _pain_ et  pot une donzelle belle et gente,
    l'entretenoit. II, 128.

    PARACHEVER, terminer, accomplir. II, 13. On rencontre souvent dans
    ce livre cette syllable expltive _par_, qui indique l'achvement,
    la perfection. Voy. les mots ci-aprs.

    PARACCOMPLIR, accomplir. II, 91.

    PARAFFOLER, affoler, martyriser compltement. I, 110.

    PARBONDY, bondi, saut. II, 131.

    PARCEURENT, aperurent. I, 114.

    PARCHON, partage. II, 120, 193.

    PARDEDANS (_En son_), intrieurement,  part soi. I, 242, 259.

    PARDEHORS, extrieur, mine, apparence. I, 258.

    PAREMENS, vtements, parures. II, 242.

    PARENTAGE, parent. II, 211.

    PARESTOIT, toit compltement. II, 112.

    PARFACE, accomplisse. I, 249.

    PARFAIT, achvement. Mais du _parfait_, nichil! I, 170.

    PARFIN (_En la_),  la fin. II, 94.

    PARFOND, profond. I, 121.

    PARFORCER, forcer compltement. I, 40.

    Parfournir, complter. II, 34.

    PARLEMENT, discours, conversation. I, 234.

    PARMENTIER, passementier. II, 198.

    PAROULTRER, passer outre compltement, accomplir. I, 132.

    PARTEMENT, dpart. I, 86.

    PARTISSONS, partagions. II, 119.

    PARTUER, tuer tout  fait. I, 112.

    PARTY, partag, pourvu. I, 228; II, 145.

    PASQUE (_Blanche_), le jour des Rameaux. II, 182.

    PASQUES _communiaux_, le jour de Paques. II, 183.

    PASQUES _flories_, les Rameaux. II, 182.

    PASSE ROUTE, expert, routier. Tout ce que bon et sage chien doit
    et scet faire il estoit le _passe route_. II, 205.

    PASSIONNER, souffrir. II, 203.

    PASTE, prov. Porter la paste au four. I, 288.

    PASTOURE, conductrice d'un troupeau. Est dit d'une abbesse. I, 119.

    PATARS, sorte de monnaie. II, 157.

    PATOYS, langage de paysan. Et les servit grandement en son
    _patoys_  ce disner. I, 112.

    PAULM, pm. II, 100, 113.

    PAUMOISON, pmoison. I, 108.

    PECHE, pice. I, 2.

    PCH. Etre mis avec les _pchs oublis_ (I, 148), tre
    compltement oubli.

    PELETERIE, mauvaise situation. Il ronge son frain aux dens et
    tout vif enrage quand il se voit en celle _peleterie_. I, 156.

    PENNES, pices de drap. Pluseurs pennes entires et de trs bonne
    valeur. II, 95.

    PENSEMENS, penses, soucis. II, 226.

    PENULTIME, avant-dernier. II, 248.

    PERCEVANT, adroit, pntrant. II, 140.

    PERCEVOIR, apercevoir. II, 9.

    PERCHANT, bton, perche; pris pour membre viril. II, 204.

    PERCHA, pera. II, 217.

    PERILLEUX, dangereux. I, 131.

    PERTUISER, percer. II, 14.

    PERTUS, trous. I, 178.

    PHISICIEN, mdecin. I, 11.

    PIE, boisson. En pluseurs religions y a de bons compaignons  la
    _pie_ et au jeu des bas instrumens. II, 201. On disoit aussi
    _pier_, boire; _piot_, vin; _croquer la pie_, boire.

    PIEA, il y a longtemps, il y a _pice_ de temps. I, 3.

    PIEZ, pieds. Vous ne saulterez jamais d'icy sinon les _piez_
    devant. C'est--dire: Vous ne sortirez que mort. I, 197.

    PIGNE, peigne. Trousser _pignes_ et miroirs (I, 123), faire ses
    paquets.

    PILLER, prendre. II, 81.

    PLAISANCE, volont, fantaisie. I, 65.

    PLASTRIER, homme grossier, malpropre. Les villains _plastriers_.
    II, 216.

    PLGER, tenir tte  quelqu'un qui boit  notre sant. I, 176.

    PLORERIE, action de pleurer. I, 116.

    PLUC, ce qu'on a recueilli. Cueillir se dit en allemand _pflcken_.
    En gascon, manger un raisin grain  grain se dit _pluca_. Cotgrave
    donne le mot _plucquoter_... Car du _pluc_ et butin qu'elle avoit 
    la force de ses reins conquest avoit acquis vaisselle et
    tapisserie. II, 136.

    POISSON. S'en revint devers son maistre  tout ce qu'il avoit de
    _poisson_, car  char avoit-il failli, est dit d'un entremetteur.
    I, 130.

    PORCIONNER, faire des parts, partager. II, 120.

    POSTERNE, poterne. I, 1.

    POT (_A pain et _). Voy. _Pain_.

    POU, peu.

    POURCHAZ, recherche, diligence. I, 133, 267.

    POURSUIR, poursuivre. I, 96.

    PREMISSE, discours, prologue, exorde. I, 129, 274.

    PRENIST, prt. II, 177.

    PRESCHEMENT, sermon, remonstrance. I, 95.

    PREU, profit, avantage. Bon _preu_ vous fasse! I, 189.

    PRINS, prov. Cy _prins_ cy mis. II, 134, 149. On dit aujourd'hui:
    Sitt pris, sitt pendu.

    PRINSAULT, prime abord. I, 3.

    PROCURER, plaider, intercder, servir de procureur. I, 166.

    PUBLICQUEROIT, divulgueroit, publieroit. II, 233.

    PUIS, aprs. I, 178.

    PUIS, ds. I, 195.

    PUTE, mchant, pervers. Des deux genres. I, 235.

    PUTERIE, mauvaise vie, dbauche. I, 288.

    PUTIER, dbauch. I, 4.


    QUARESME. Prov. Il sembloit qu'ils voulsissent tuer Quaresme. II,
    178. C'est--dire: Ce sont des gens dterminez, qui tueroient tout,
    mme Carme, tout maigre qu'il est.

    QUARESMEAULX, jours maigres. I, 212.

    QUANS, combien de. I, 92.

    QUE, comme. Et s'asseura _que_ celuy qui en beaucop de perilz
    s'estoit trouv. II, 28.

    QUERELLE, recherche, demande, prtention. I, 233, 258.

    QUERIR, vouloir, chercher. Je ne vous le _quier_ j celer. I,
    186. Voy. I, 222; II, 11.

    QUESNOY (LE ). I, 134.

    QUETAILLE (?). Se tenoit comme une droite statue ou ydole en
    _quetaille_. I, 175.

    QUIBUS, argent. II, 136.

    QUIS, cherch. I, 163.

    QUITTER, abandonner, cder. I, 68.

    QUONIAM, parties naturelles de la femme. II, 135.


    RACANER, braire. II, 143.

    RACOLER, faire l'acte amoureux. I, 113.

    RADDE, vif, alerte. _Radde_ du py, agile. I, 302.

    RADOUBTER, radoter. I, 181.

    RAFFROIGN, refrogn. II, 86.

    RAFRESCHER, rappeler, renouveler, rafrachir. I, 289.

    RAHERCE (?). I, 183.

    RAIDZ, rayons. I, 105.

    RAMENTEVOIR, rappeler. I, 121.

    RAMONN. Prov. Se trouver en place _ramonne_ (I, 67), en lieu
    propre, favorable.

    RAMPONNER, quereller, gronder. I, 176.

    RAROIT, auroit de nouveau. I, 21.

    RASIERE, mesure de bl. I, 270.

    RASTELE, _rtele_, ce qu'on sait, ce qu'on pense d'une chose.
    Compta sa _rastele_  madamoiselle. II, 128.

    RASURE, mesure de bl. I, 268.

    RATAINDIT, ratteignit. I, 157.

    RATE, un peu. Espagnol, _rato_. A _rate_ de temps. I, 180.

    RATELE. Voy. _Rastele_.

    RATOILLE, rattelle. I, 54.

    REBOUTEMENT, action de rebuter, repousser. I, 251; II, 98.

    REBOUTER, remettre. I, 292.

    REBOUTER, rebuter, repousser. I, 70.

    RECANER, braire. II, 59.

    RECEVEUR, celui qui reoit des coups. Il compteroit avecques luy
    et le feroit receveur oultre son plaisir. II, 115.

    RECHAP, action de rchapper d'un danger. Elle est morte, et n'y a
    pas de _rechap_. I, 111.

    RECLUSAGE, ermitage. I, 75.

    RECORS (Etre), se souvenir. II, 183.

    RECRANT, las, lche. Plus que tous aultres _recrant_ et las. I,
    7, 61; II, 104, 225.

    REFROIDEMENT, refroidissement. II, 42.

    REHOUSER, remettre les bottes. I, 133.

    RELIGION, couvent. II, 201.

    REMANENT, restant, demeurant. II, 192.

    REMBATRE, revenir sur ses anciens errements (?). I, 127.

    RENARD, fin, rus. I, 70.

    RENCHOIR, retomber. II, 15.

    RENCOULER, roucouler. II, 180.

    RENDY (?). Car la mercy Dieu elle avoit _rendy_ et couru pas plus
    tant que du monde ne savoit que trop. II, 128

    RENGREGER, aggraver. II, 91.

    RENUR, profondment grav. I, 231.

    REPAIRE, visite, frquentation. II, 115.

    REPATRIER. I, 262.

    REPRINSE, reprhension. Pour bien se venger de luy  son aise et
    sans _reprinse_. I, 27.

    REPROCH, _reprouch_, blm, dcri, diffam. I, 31, 118, 300.

    REQUERRE, requrir. I, 118.

    REQUESTES. Passer les _requestes_ de quelqu'un, lui accorder ce
    qu'il demande. Elle passa legerement les requestes de ceulx qui
    mieulx luy pleurent. II, 5.

    RESCOURRE, secourir. I, 291.

    RESCRIPSIT, crivit en rponse. I, 144.

    RESERRER, refermer. I, 186.

    RESNE, rne. Employ dans le sens de membre viril. I, 230.

    RETOLLIR, reprendre ce qu'on avoit donn. I, 99.

    RETOUR, retraite, habitude, amourette. J'ay ung retour en ceste
    ville dont je suis beaucop assot. I, 184.

    RETOURNER, retour. II, 110.

    REVIRER, retourner. I, 178.

    REUT, eut de nouveau. I, 14.

    RIBAULD, homme de mauvaise vie. I, 4.

    RIBAULDELLE, ribaude, femme de mauvaise vie. II, 215.

    RIEN, chose. La _rien_ en ce monde dont la prsence plus luy
    plaist. I, 121.

    RIGOLER, railler. Verbe actif. I, 176.

    RIRE. Prov.: Qui  ceste heure l'eust veu _rire_, jamais n'eust eu
    les fivres. I, 133.

    RISIT, rit. II, 22.

    RIZ, indiqu comme une marchandise dont l'Angleterre fournissoit
    les autres pays. I, 101.

    ROE, roue. I, 134.

    ROMPTURE, rupture. I, 77.

    RONTEURE, rupture. I, 181.

    ROTE, troupe. I, 34.

    ROUCYNER, _rousyner_, faire l'acte amoureux. I, 111, 280.

    ROUIL, rouille. II, 177.

    ROUTIER (?). Son mary avoit demour deux ou trois jours
    _routiers_. II, 178.

    RUER, jeter. II, 176.

    RUSE (?). Car il estoit ferme en la _ruse_ que d'estre confess.
    I, 39.


    SACQUA  tira. II, 219.

    SAILLIR, sortir. II, 12.

    _Saillir sus_, se lever vivement. II, 43.

    _Saillir avant_, s'avancer vivement. I, 117.

    SAINS, saints. La devocion que monseigneur avoit aux _sains_ de sa
    meschine de jour en jour croissoit. I, 91.

    SAINT ANTHOINE. Saint Anthoine arde la louve! I, 231.

    SAINT NICOLAS DE WARENGEVILLE. I, 141.

    SAINT POL (comte de). Voy. Walerant. I, 128.

    SAINT REMY, poque d'chance. I, 269.

    SAINT TRIGNAN. I, 29.

    SAINTE GOULE, sainte Gudule. II, 15.

    SALADE, sorte de casque. I, 28.

    SANCHI (?) Son mary retourna de la ville comme _sanchi_ de son
    courroux, pource qu'il s'en estoit veng. I, 243.

    SAN, guri. II, 174.

    SANGLES, simples. II, 247.

    SARA, saura. II, 244.

    SAULDREZ, sortirez, sauterez. II, 124.

    SAULT, sort. I, 92.

    SAULTEREZ, sortirez. I, 197.

    SAULX, saule. Charbon de saulx. I, 43.

    SAUVEMENT, salutairement. Si _sauvement_ preserv. II, 105.

    SAYOIT, scioit. I, 130.

    SARAS, sauras.

    SCERA, saura. I, 60.

    SE, ce.

    SANS, cans, ici. I, 6.

    SEAUMES, psaumes. I, 105.

    SECLUS, exclu. I, 192; II, 236.

    SEMONCE, invitation. I, 169.

    SEMONNEZ, invitez, engagez. I, 176.

    SEMONS, invit. II, 34.

    SENESTRE, gauche.

    SENGLOUTIR, jeter des sanglots. II, 245.

    SENTE, route, sentier. I, 139.

    SENTEMENT, sentiment. II, 131.

    SEQUESTRE. Et si emporte la verge qu'elle luy donna, qu'il avoit
    desja mise en main _sequestre_. I, 155.

    SERAIN, soir. I, 38.

    SERCHER, chercher. I, 23.

    SERRE. Prov.: Elle ne tenoit _serre_ non plus qu'une vieille
    arbaleste. I, 295.

    SES, ces.

    SEUFFRIR, souffrir. I, 226.

    SI, oui, oui certes. Le musnier demanda  madame se elle l'avoit 
    l'entre du baing, et elle dit que _si_. I, 24.

    SI QUE, jusqu' ce que. I, 131.

    SIET, est assis, situ. I, 114.

    SIGNIFIANCE, signification. II, 13.

    SIMPLESSE, simplicit, btise. II, 181.

    SINGE. Prov.: Pour qui elle ne feroit nant plus que le _singe_
    pour les mauvais. I, 130.

    SOEF, doucement. I, 100.

    SOICHONS, compagnons. II, 227.

    SOLAZ, plaisir, rjouissance. I, 159.

    SOLIER, soulier. Prov.: Doubtant qu'il ne soit pas bien _solier_ 
    son pi. I, 83.

    SONNET, pet. I, 14, 100.

    SORNER, se moquer. II, 46.

    SOUEF, doucement. I, 178.

    SOUFFISAUMENT, suffisamment. I, 19.

    SOUFFLE-EN-CUL, nom donn  l'acte amoureux. I, 279.

    SOUFFRANCE, patience. Employ ironiquement, II, 209.

    SOULAS, plaisir, rjouissance. II, 232.

    SOULOIR, avoir coutume. I, 284.

    SOUPRINS, surpris. I, 75.

    SOURDOIENT, provenoient. II, 137.

    SOURDRE, naissance, origine. Quelque menace qui _sourdre_ prist.
    II, 115.

    SOURVENISTES, survntes. I, 269.

    SOUVYNE, sur le dos. I, 131.

    SUBTILIER, chercher des dtours. II, 187.

    SURE, aigre. Une _sure_ et matte chre. I, 208.

    SUS, chez. II, 50, 54.

    SUS (_En_), loin. I, 126.

    SUSCITER, rveiller, ranimer. II, 186.

    SUSPEONNER, souponner. I, 8.

    SUSPEONNEUX, souponneux.

    SUSPICION, soupon. I, 267; II, 118.

    SUSPICIONN, souponn. II, 114.

    SUYR, suivre. II, 106.


    TAILL _de_, fait, dispos pour..., apte ..., en passe de... I,
    125; II, 193.

    TALEBOT, Talbot. I, 32.

    TAMBURCH, bruit. II, 176.

    TANCER, gronder, quereller, parler. Et je m'en iray en ma
    chambrette l derrire _tancer_  Dieu. I, 249.

    TANN, lass, fatigu. II, 228.

    TANTES, tant de. II, 109.

    TAPINAGE (_En_), en cachette, en tapinois. I, 130.

    TAS. Monter sur le _tas_ pourvoir plus loin, est dit d'un homme
    qui caresse une femme. II, 131.

    TASSEAU, pice. I, 299.

    TAUX, tax. I, 269.

    TAYE, grand'mre, ayeule. I, 302.

    TEINS, veill. I, 206. Voy. _Tenir_.

    TENDREUR, tendresse. I, 154.

    TENIR sur quelqu'un, le surveiller. Car je _tendray_ sur luy. I,
    212.

    TENSER, tancer, quereller. I, 30.

    TENTE, instrument de chirurgie, appareil. Et d'un tel oustil fit
    il la _tente_ pour querir et pescher le dyamant. I, 25.

    TERMES (_Mis en_), propos, convenu. II, 52.

    TERMIN (?). Ensuyvant le _termin_ propos. II, 159.

    TERRIEN, terrestre. I, 194.

    TIERS, TIERCE, troisime.

    TOLLU, enlev. II, 131.

    TOUST, te. I, 211.

    TRAIN. Tirer au _train_ de derrire (I, 126), tre enclin 
    l'amour.

    TRAINNE, _trayne_, _traynne_, intrigue, secret. Allusion  la
    trane de poudre d'une mine. II, 59, 113, 117. On dit aujourd'hui:
    Eventer la mine.

    TRANSMUER, changer. I, 138.

    TRAVEILLER, fatiguer. Il n'est j mestier que vous _traveillez_
    plus monseigneur. I, 21.

    TRAYNE, _traynne_. Voy. _Trainne_.

    TRESPASSER, passer outre. I, 137.

    TRESTOUS, tous. II, 124.

    TRIUMPHE, joie, allgresse. I, 11.

    TROMPER (_Se_) de quelqu'un, s'en moquer. I, 207.

    TYNE, tonneau. I, 238.


    UNES, une paire de. _Unes_ brayes qui pendoient. II, 13.

    UNG (A L' ), galement, d'une manire unie. I, 215.


    VA-LUY-DIRE, messager d'amour. I, 130.

    VAISSEL, vaisseau, vase. I, 14.

    VARIABLET, condition de ce qui change facilement. II, 228.

    VEZ CY, voici.

    VEZ LA, voil.

    VEIL, volont, vouloir. I, 145.

    VEILLE, veux. I, 136.

    VEILL, veill, vif, rus. Son varlet, qui estoit ung galant tout
    _veill_. I, 96.

    VEILLOTE, petite vieille. I, 76.

    VENSIST, vnt. I, 296.

    VERGE, bague, anneau. I, 23.

    VEYER (?). II, 126.

    VIAIRE, visage. II, 174.

    VIANDER, manger. II, 79.

    VILLANNER, injurier, dcrier, offenser grivement de paroles. I,
    30.

    VILLANIE (_Dire_), dire des injures. I, 163, 245; II, 24.

    VIRER, tourner. I, 225.

    VIRETON, bton. II, 205.

    VITAILLES, victuailles. II, 118.

    VIVEUX, vif, veill. I, 67.

    VOER, jurer, faire voeu. II, 13.

    VOIRR, garni de vitraux, de _verrires_. II, 35.

    VOIRRIRES, _verrires_, vitrages. I, 75.

    VOULSIST, voult.

    VUIDER, quitter le lieu o l'on est. II, 116.


    WALERANT (Comte). I, 128.

    WRELENCHEM, prs de Lille. I, 128.


    YDOINE, propre, appropri, convenable, suffisant. S'crit
    ordinairement _idoine_. II, 244.

[Dcoration]




[Dcoration]

TABLE DES MATIRES.

AVEC LES TITRES DES NOUVELLES DITIONS DE COLOGNE ET DE LA HAYE.


  TOME I.
                                                       Pages.

  INTRODUCTION                                           v

  DDICACE                                               xxj

  TABLE DES SOMMAIRES                                    xxiij

  NOUVELLE I. La mdaille  revers                       1

          II. Le cordelier mdecin                       9

         III. La pche de l'anneau                       16

          IV. Le cocu arm                               26

           V. Le duel d'aiguillettes                     32

          VI. L'ivrogne au paradis                       38

         VII. Le charreton  l'arrire-garde             43

        VIII. Garce pour garce                           46

          IX. Le mari maquereau de sa femme              50

           X. Les pasts d'anguille                      56

          XI. L'encens au diable                         61

         XII. Le veau                                    63

        XIII. Le clerc chtr                            67

         XIV. Le faiseur de papes, ou l'homme de Dieu    73

          XV. La nonne savante                           81

         XVI. Le borgne aveugle                          84

        XVII. Le conseiller au bluteau                   90

       XVIII. La porteuse du ventre et du dos            95

         XIX. L'enfant de neige                          101

          XX. Le mari mdecin                            107

         XXI. L'abbesse gurie                           114

        XXII. L'enfant  deux pres                      120

       XXIII. La procureuse passe la raye                125

        XXIV. La botte  demi                            128

         XXV. Force de gr                              134

        XXVI. La demoiselle cavalire                    137

       XXVII. Le seigneur au bahut                       157

      XXVIII. Le galant morfondu                         166

        XXIX. La vache et le veau                        173

         XXX. Les trois cordeliers                       177

        XXXI. La dame  deux                             183

       XXXII. Les dames dmes                           192

      XXXIII. Madame tondue                              204

       XXXIV. Seigneur dessus, seigneur dessous          218

        XXXV. L'change                                  223

       XXXVI. A la besogne                               229

      XXXVII. Le bnitier d'ordure                       232

     XXXVIII. Une verge pour l'autre                     238

       XXXIX. L'un et l'autre pay                       245

          XL. La bouchre lutin dans la chemine         251

         XLI. L'amour et l'aubergon en armes             256

        XLII. Le mari cur                               261

       XLIII. Les cornes marchandes                      267

        XLIV. Le cur courtier                           270

         XLV. L'Ecossois lavendire                      280

        XLVI. Les poires payes                          283

       XLVII. Les deux mules noyes                      287

      XLVIII. La bouche honnte                          292

        XLIX. Le cul d'carlate                          295

           L. Change pour change                         301


  TOME II.

          LI. Les vrais pres                            4

         LII. Les trois monuments                        8

        LIII. Le quiproquo des pousailles               15

         LIV. L'heure du berger                          21

          LV. L'antidote de la peste                     25

         LVI. La femme, le cur, la servante, le loup    29

        LVII. Le frre traitable                         34

       LVIII. Fier contre fier                           38

         LIX. Le malade amoureux                         41

          LX. Les nouveaux frres mineurs                49

         LXI. Le cocu dup                               53

        LXII. L'anneau perdu                             60

       LXIII. Montblru, ou le larron                    72

        LXIV. Le cur ras                               78

         LXV. L'indiscrtion mortifie et non punie      82

        LXVI. La femme au bain                           87

       LXVII. La dame  trois maris                      90

      LXVIII. La garce dpouille                        94

        LXIX. L'honnte femme  deux maris               97

         LXX. La corne du diable                         101

        LXXI. Le cornard dbonnaire                      106

       LXXII. La ncessit est ingnieuse                109

      LXXIII. L'oiseau en la cage                        114

       LXXIV. Le cur trop respectueux                   122

        LXXV. La musette                                 123

       LXXVI. Le laqs d'amour                            128

      LXXVII. La robe sans manches                       132

     LXXVIII. Le mari confesseur                         135

       LXXIX. L'ne retrouv                             141

        LXXX. La bonne mesure                            143

       LXXXI. Le malheureux                              146

      LXXXII. La marque                                  155

     LXXXIII. Le carme glouton                           157

      LXXXIV. La part au diable                          161

       LXXXV. Le cur clou                              163

      LXXXVI. La terreur panique, ou l'official juge     167

     LXXXVII. Le cur des deux                           173

    LXXXVIII. Le cocu sauv                              177

      LXXXIX. Le cur distrait                           181

          XC. La bonne malade                            184

         XCI. La femme obissante                        187

        XCII. Le charivari                               189

       XCIII. La postillonne sur le dos                  194

        XCIV. Le cur double                             197

         XCV. Le doigt du moine guri                    201

        XCVI. Le testament du chien                      205

       XCVII. Les hausseurs                              208

      XCVIII. Les amants infortuns                      211

        XCIX. La mtamorphose                            219

           C. Le sage Nicaise, ou l'amant vertueux       223

  NOTES                                                  251

  GLOSSAIRE                                              273


FIN DE LA TABLE.

[Dcoration]




[Dcoration]

ERRATA.


TOME I.

  Pag. Ligne.

   14  33 _au lieu de_ ient       _lisez_ tient.

   84   5 -- pr set              -- prs et.

  134  24 -- Etainois            -- Et ainois.

  173  10 -- a chef               --  chef.

  173  19 -- baills              -- bailles.

  183  14 -- La Barre             -- La Barde.

  229  26 -- quelque              -- quel que.

  233   3 -- advenues. Nostre     -- advenues, nostre.

  252  27 -- veoit                -- voit.

  275   7 -- Quen                 -- Qu'en.

  283   2 -- Thieuges             -- Thienges.

  283  21 -- l'abbesse qui veoit  -- l'abbesse, qui voit.

  301   2 -- La Salle             -- La Sale.


TOME II.

   28  28 -- quon                 -- qu'on.

   65  30 -- requis,              -- requist.

   99  31 -- qu                   -- qui.

  109  15 -- cueur que            -- cueur, que.

  157   9 -- Libers               -- Lillers.

  166  33 -- alousie              -- jalousie.

  202  10 -- la dole              -- l'adol.

  226  26 -- ye                   -- aye.

  231   7 -- este                 -- estes.

[Dcoration]




Corrections

La premire ligne indique l'original, la seconde la correction:

    p. 263:

    P. 1. _L'acteur._ Probablement Antoine de la Sale.
    P. 5. _L'acteur._ Probablement Antoine de la Sale.

    p. 317:

    UNG (A l'), galement, d'une manire unie. 215.
    UNG (A l'), galement, d'une manire unie. I, 215.

    p. 320:

    LI. Les vrais pres 4
    LI. Les vrais pres 5





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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
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increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
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($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
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considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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where we have not received written confirmation of compliance.  To
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Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
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with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
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