Project Gutenberg's Le Livre 010101, Tome 1 (1993-1998), by Marie Lebert

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Title: Le Livre 010101, Tome 1 (1993-1998)

Author: Marie Lebert

Release Date: October 26, 2008 [EBook #27037]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE LIVRE 010101, TOME 1 (1993-1998) ***




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LE LIVRE 010101, TOME 1 (1993-1998)


MARIE LEBERT


NEF, University of Toronto, 2003

Copyright  2003 Marie Lebert

LE LIVRE 010101 - dat de septembre 2003 - est une synthse sur tous les acteurs
de l'dition numrique et l'apport des technologies numriques dans le monde du
livre. L'internet et les technologies numriques sont en train de bouleverser le
monde du livre. Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le
livre se convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, et pour longtemps
encore, d'autres supports se dveloppent, et les habitudes de travail changent.
Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre? Quelles
sont les perspectives pour les prochaines annes?

TOME 1. 1993-1998. Entre 1993 et 1998, les changements affectant le monde du
livre sont essentiellement la mise en ligne de trs nombreux sites web, la large
diffusion de textes lectroniques, la cration de librairies en ligne,
l'apparition d'diteurs lectroniques, la numrisation  grande chelle de
documents imprims, la constitution de bibliothques numriques et enfin le
dveloppement de catalogues en ligne. La version originale est disponible sur le
NEF: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/010101/


TABLE


# Sommaire

# Introduction

1. Les dbuts de l'internet

2. L'internet dans la Francophonie

3. Des livres  vendre sur le web

4. Les diteurs sur le rseau

5. La presse se met en ligne

6. Les bibliothques et l'aventure internet

7. La bibliothque numrique dmarre

8. Une socit de l'information?

# Conclusion

# Personnes cites

# Sites et pages web


# SOMMAIRE


L'internet et les technologies numriques sont en train de bouleverser le monde
du livre. Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le livre
se convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, et pour longtemps encore,
d'autres supports se dveloppent, et les habitudes de travail changent. Entre
1993 et 1998, ces changements sont essentiellement la mise en ligne de trs
nombreux sites web, la large diffusion de textes lectroniques, la cration de
librairies en ligne, l'apparition d'diteurs lectroniques, la numrisation 
grande chelle de documents imprims, la constitution de bibliothques
numriques et enfin le dveloppement de catalogues en ligne. Quelles sont les
implications pour tous les professionnels du livre (crivains, journalistes,
diteurs, libraires, bibliothcaires-documentalistes, professeurs, chercheurs,
traducteurs, etc.)? Quelles sont les perspectives pour les prochaines annes?
Bas sur le suivi de l'actualit et sur de nombreux entretiens, Le Livre 010101
(1993-1998) tente de faire le tour de la question. Il est complt par un
glossaire, une slection de sites web et une srie de signets.

= L'auteure

Adepte de l'internet, du tltravail et du zro papier, Marie Lebert est
traductrice-ditrice auprs d'une agence des Nations Unies, pour gagner sa vie.
A titre personnel, elle est galement chercheuse, crivain et journaliste. Elle
s'intresse entre autres aux bouleversements apports dans le monde du livre par
l'internet et les technologies numriques. Elle prne aussi la diffusion libre
du savoir et la cration de nouvelles structures ditoriales s'affranchissant
des modles traditionnels.

= L'diteur

Le Livre 010101 (1993-1998) est publi en ligne sur le Net des tudes franaises
(NEF). Cr en mai 2000 par Russon Wooldridge, professeur au dpartement
d'tudes franaises de l'Universit de Toronto, le NEF se veut d'une part "un
filet trouv qui ne capte que des morceaux choisis du monde des tudes
franaises, tout en tissant des liens entre eux", d'autre part un rseau dont
les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans le champ des tudes franaises et
partageant librement leur savoir et leurs produits avec autrui", deux belles
dfinitions qui s'appliquent aussi au Livre 010101. Un deuxime volume, Le Livre
010101 (1998-2003), couvre la priode suivante.

= Remerciements

Le Livre 010101 (1993-1998) doit beaucoup aux professionnels du livre et de la
presse qui ont accept de rpondre par courriel  mes questions en juin et
juillet 1998. Qu'ils en soient ici chaleureusement remercis. Ces entretiens se
sont poursuivis ensuite, entre 1999 et 2003. La quasi-totalit des entretiens
est publie en ligne sur le Net des tudes franaises (NEF). [Voir le livre:
Entretiens (1998-2001).]


# INTRODUCTION


L'internet et les technologies numriques sont en train de bouleverser le monde
du livre. Imprim sous de multiples formes depuis plus de cinq sicles, le livre
se convertit. Si le livre imprim a toujours sa place, et pour longtemps encore,
d'autres supports se dveloppent, et les habitudes de travail changent. Comment
le monde de l'imprim accepte-t-il ce nouvel outil d'information qu'est
l'internet? De quelle manire l'internet intgre-t-il les diffrents secteurs de
l'imprim? Quelles sont les implications pour tous les professionnels du livre
(crivains, journalistes, diteurs, libraires, bibliothcaires-documentalistes,
professeurs, chercheurs, traducteurs, etc.)? Quelles sont les perspectives pour
les prochaines annes?

En 1998, si l'imprim a dj plus de cinq sicles, l'internet entame seulement
sa cinquime anne. Les vritables dbuts de l'internet  l'chelle mondiale
datent du milieu des annes 1990, avec une restructuration en profondeur des
communications  l'chelon personnel et professionnel, et une restructuration
des mthodes de travail  tous les niveaux. En effet, si l'internet existe
depuis 1974, et si l'invention du World Wide Web, beaucoup plus rcente, date de
1990, l'internet ne dbute vraiment sa progression qu' partir de novembre 1993,
suite  la cration de Mosaic, le premier logiciel de navigation et l'anctre de
Netscape.

Le monde de l'imprim et celui de l'internet sont-ils antagonistes ou
complmentaires? Quelle est leur influence l'un sur l'autre? Comment le monde de
l'imprim accepte-t-il ce nouvel outil qu'est l'internet? De quelle manire
l'internet prend-il en compte cet outil pluricentenaire qu'est l'imprim?
Travaillent-ils de concert? Se font-ils concurrence? Quel est leur avenir
commun? Le monde de l'internet va-t-il compltement avaler l'univers de
l'imprim, ou l'imprim va-t-il au contraire domestiquer l'internet en tant
qu'outil supplmentaire? Comment les professionnels du livre voient-ils la
dferlante qui s'abat sur leur vie professionnelle, relativement stable
jusque-l? Sans compter toutes les interconnexions et transformations dont nous
n'avons pas encore ide, puisqu'on nous assure rgulirement que l'internet est
en train de rvolutionner le monde au mme titre que l'criture et l'imprimerie
en d'autres temps.

En 1998, de plus en plus d'oeuvres du domaine public sont disponibles en version
lectronique sur le web. On a toujours loisir d'acheter ensuite la version
imprime si on prfre lire cinq cents pages dans son lit plutt que sur son
ordinateur. Certains textes ne sont dsormais disponibles qu'en version
lectronique, et les livres numriques / lectroniques sont pour bientt. De
plus en plus de libraires et d'diteurs crent un site web. Certains libraires
et diteurs en ligne naissent directement sur le web. De plus en plus de
journaux et magazines ont eux aussi un site web, sur lequel on trouve le texte
intgral ou des extraits du dernier numro, les archives des numros prcdents,
des dossiers, etc. En bref, l'internet devient indispensable pour se documenter,
avoir accs aux documents et largir ses connaissances. L'internet amne aussi
son lot de questions  rsoudre. Qu'en est-il par exemple du droit du
cyberespace et du respect de la proprit intellectuelle? Qu'en est-il du
chmage, des contrats prcaires et du stress entrans par la convergence
multimdia?

Ce livre ne prend malheureusement pas en compte - ou si peu - les vastes
domaines que sont les manuels d'enseignement et les livres pour enfants. Ses
quelque 150 pages n'y suffiraient pas, et chaque domaine mriterait des mois de
recherche et une tude  part.

Le monde de l'internet se dveloppe et se transforme  une telle vitesse que
certaines des informations prsentes dans ces pages risquent d'tre rapidement
obsoltes. Tant pis, ou plutt tant mieux. Le monde de l'internet est rapide.
Ceci n'empche pas un point de la situation  un moment donn, mme si ce point
devient trs rapidement historique et passe dans les archives.

Une premire version de ce livre est publie en 1999 par les ditions 00h00,
sous le titre De l'imprim  internet (disponible entre avril 1999 et dcembre
2002 au format PDF et en version imprime). En 2003, ce livre est entirement
remani et devient Le Livre 010101 (1993-1998).

Pourquoi ce titre Le Livre 010101? Pour regrouper sous une expression commune
tous les changements apports par l'internet et les technologies numriques dans
le monde du livre. Entre 1993 et 1998, ces changements sont essentiellement la
mise en ligne de trs nombreux sites web, la large diffusion de textes
lectroniques, la cration de librairies en ligne, l'apparition d'diteurs
lectroniques, la numrisation  grande chelle de documents imprims, la
constitution de bibliothques numriques et enfin le dveloppement de catalogues
en ligne. Ces changements se poursuivent les annes suivantes et sont recenss
dans un deuxime ouvrage, Le Livre 010101 (1998-2003). Pourquoi le nombre 010101
plutt qu'un autre? Parce que, en numration binaire, 010101 donne 21, un nombre
qui, s'il est symbolique, n'est pas trs lev, et montre qu'il reste beaucoup 
faire.


1. LES DEBUTS DE L'INTERNET


[1.1. Chiffres et lments techniques / 1.2. Un outil de diffusion / 1.3.
Info-riches et info-pauvres]

En 1998, l'internet fait dsormais partie de notre vie quotidienne, grce au
dveloppement rapide du web suite  l'apparition du premier logiciel de
navigation en novembre 1993. D'aprs le Computer Industry Almanach, document de
rfrence sur l'volution du cyberespace, le nombre d'usagers se chiffre  100
millions  la fin de 1997, avec un million de nouveaux utilisateurs chaque mois.
Ce nombre devrait rapidement tre multipli par trois, pour atteindre 300
millions d'internautes en l'an 2000.


1.1. Chiffres et lments techniques


= L'internet

Apparu en 1974 et en fort dveloppement depuis 1983, l'internet est dfini comme
un ensemble de rseaux commerciaux, rseaux publics, rseaux privs, rseaux
d'enseignement, rseaux de services, etc., qui oprent  l'chelle plantaire.
Outre le World Wide Web, plus communment appel web, l'internet inclut de
nombreux services: courrier lectronique, forums de discussion, IRC (internet
relay chat), visioconfrence, etc. L'internet offre des ressources sans
prcdent dans les domaines de l'information, de la communication et de la
diffusion, et ces ressources augmentent de manire spectaculaire d'une anne sur
l'autre.

Aprs avoir t un phnomne exprimental enthousiasmant quelques branchs,
l'internet envahit le monde au milieu des annes 1990. Les signes cabalistiques
des adresses web fleurissent peu  peu sur les livres, les magazines, les
affiches et les publicits, sans parler de tous les produits qu'on achte au
supermarch. En 1999, on nous promet pour bientt l'internet dans tous les
foyers. On parle de mariage de l'ordinateur et de la tlvision avec crans
interchangeables ou intgrs, et d'accs  l'internet par le mme biais que la
tlvision cble.

Une autre preuve tangible de l'invasion de l'internet dans notre vie quotidienne
est que sa majuscule d'origine tend peu  peu  s'estomper. Internet - qui tait
encore une plante  part voici peu de temps - est peu  peu remplac par
l'internet, avec un "i" minuscule. De nom propre il devient nom commun, au mme
titre que l'ordinateur, le tlphone ou le fax. La mme remarque vaut pour le
World Wide Web, qui devient tout simplement le web.

Les paragraphes qui suivent ne se veulent en aucune manire une prsentation
complte de l'internet. Les ouvrages abondent dans ce domaine. On en trouvera
une slection dans la liste de documents imprims situe  la fin de ce livre.
Le but de ces quelques pages de prsentation est seulement de situer l'internet
pour une meilleure comprhension du sujet,  savoir les changements apports par
ce nouveau mdium dans le monde du livre. De mme, on utilise les termes
techniques uniquement quand c'est indispensable, et ceux-ci sont
systmatiquement expliqus dans le corps du texte et dans le glossaire. Etant
assez critique  l'gard des informaticiens employant un langage hermtique
compris d'eux seuls alors qu'ils sont censs se faire comprendre du grand
public, on a tent d'viter de tomber dans les mmes travers.

En ce qui concerne le vocabulaire de l'internet, on a choisi autant que possible
l'quivalent franais d'un terme anglais quand celui-ci existe. Mais - que les
dfenseurs inconditionnels de la langue franaise nous pardonnent - on utilise
aussi quelques termes rsolument anglophones parce que tout simplement
intraduisibles si on veut que le texte reste comprhensible. On a galement
tent d'viter le ridicule. Par exemple, CD-Rom reste CD-Rom - orthographe
utilise entre autres par Libration et Le Monde - et non cdrom, comme le
prconise l'Acadmie franaise. CD-Rom tant l'acronyme de: compact disc - read
only memory, il n'y a aucune raison de le franciser.

= Le web

C'est le World Wide Web qui rend l'internet trs populaire et qui permet sa
progression rapide. Plus communment appel web, ou encore WWW ou W3, le World
Wide Web est conu par Tim Berners-Lee en 1989 au CERN (Laboratoire europen
pour la physique des particules)  Genve. Mis au point en 1990, le web devient
oprationnel en 1991. Il rvolutionne la consultation de l'internet en
permettant la publication de documents utilisant le systme hypertexte,  savoir
un ensemble de liens hypertextes reliant les documents textuels et visuels entre
eux au moyen d'un simple clic de souris. Dsormais interactive, l'information
devient beaucoup plus attractive.

Le web est trs postrieur  l'internet, rseau informatique global cr en 1974
et connectant gouvernements, socits, universits, etc., depuis 1983. Mme si,
improprement, on les considre souvent comme synonymes, le web n'est qu'un des
secteurs de l'internet, qui englobe de nombreux autres services: courrier
lectronique, forums de discussion, visioconfrence, FTP (file transfer
protocol), IRC (internet relay chat), Telnet (terminal network protocol), etc.

Le web bnficie logiquement de l'infrastructure de l'internet, en commenant
par les Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle ce pays a quelques longueurs
d'avance sur le reste du monde. On se plaint souvent de l'hgmonie amricaine
alors qu'il s'agit surtout d'une avance technique. Comme on le verra plus loin,
malgr tous les efforts des dinosaures politiques et commerciaux, il est
difficile  quelque organisme que ce soit de mettre la main sur le web. C'est ce
qui fait sa force.

Un site web est souvent constitu d'un ensemble de pages se droulant  l'cran
et relies entre elles par des liens hypertextes, en gnral souligns et d'une
couleur diffrente de celle du texte. Grce  un simple clic, l'utilisateur est
renvoy soit  une autre partie de la page web, soit  une autre page du mme
site, soit  un autre site. Cette interactivit s'accrot encore grce  la
possibilit de liens hypermdias permettant de relier des textes et des images
avec des graphiques, des vidos ou des bandes sonores.

A la question de Pierre Ruetschi, journaliste  la Tribune de Genve: "Sept ans
plus tard, tes-vous satisfait de la faon dont le web a volu?", Tim
Berners-Lee, son crateur, rpond en dcembre 1997 que, s'il est heureux de la
richesse et de la varit de l'information disponible, le web n'a pas encore la
puissance prvue dans sa conception d'origine. Il aimerait "que le web soit plus
interactif, que les gens puissent crer de l'information ensemble", et pas
seulement consommer celle qui leur est propose. Le web doit devenir un
vritable "mdia de collaboration, un monde de connaissance que nous
partageons".

Si le web doit devenir plus cratif, la solidarit entre internautes est dj
effective. Christiane Jadelot, ingnieure d'tudes  l'INaLF-Nancy (INaLF:
Institut national de la langue franaise), relate en juin 1998: "J'ai commenc 
utiliser vraiment l'internet en 1994, je crois, avec un logiciel qui s'appelait
Mosaic. J'ai alors dcouvert un outil prcieux pour progresser dans ses
connaissances en informatique et linguistique, littrature... Tous les domaines
sont couverts. Il y a le pire et le meilleur, mais en consommateur averti, il
faut faire le tri de ce que l'on trouve. J'ai surtout apprci les logiciels de
courrier, de transfert de fichiers, de connexion  distance. J'avais  cette
poque des problmes avec un logiciel qui s'appelait Paradox et des polices de
caractres inadaptes  ce que je voulais faire. J'ai tent ma chance et pos la
question dans un groupe de News appropri. J'ai reu des rponses du monde
entier, comme si chacun tait soucieux de trouver une solution  mon problme!"

= Les navigateurs

Si le web est oprationnel ds 1991, il ne se popularise vraiment qu' partir de
novembre 1993, suite  l'apparition du premier navigateur, Mosaic, dvelopp par
une quipe du National Center for Supercomputing Applications (NSCA, Etats-Unis)
et distribu gratuitement sur le rseau.

Dbut 1994, une partie de l'quipe de Mosaic cre la Netscape Communications
Corporation pour commercialiser un nouveau logiciel sous le nom de Netscape
Navigator. Il est suivi en 1995 d'un deuxime navigateur, l'Internet Explorer de
Microsoft. Lanc en 1996, un troisime logiciel de navigation, Opera, combine
les avantages des deux grands navigateurs du march tout en tant beaucoup plus
lger, stable et rapide.

De par leur complexit, les adresses web sont souvent difficiles  retenir. Les
navigateurs intgrent donc une fonction permettant la gestion de favoris,
galement appels signets. Ces favoris permettent  chacun de constituer son
propre rpertoire de sites web sans devoir relancer une recherche ou bien
retaper entirement l'adresse pour chaque consultation.

= Annuaires et moteurs de recherche

Le web se dveloppant rapidement, un systme de classement devient vite
indispensable. On assiste  l'apparition d'annuaires, avec classement des sites
par le cerveau humain, et de moteurs de recherche, avec gestion totalement
informatise.

L'annuaire le plus utilis est Yahoo!, acronyme de: Yet Another Hierarchical
Officious Oracle! Cr en 1994 par deux tudiants de l'Universit de Stanford
(Californie) pour recenser les sites web et les classer par thmes, Yahoo!
devient rapidement une institution. Divis en 63 grandes catgories, il comprend
notamment des secteurs sur les bibliothques, les bibliothques numriques, les
textes lectroniques, etc. Consultable en anglais, allemand, coren, franais,
japonais, norvgien et sudois, Yahoo! travaille de concert avec le moteur de
recherche AltaVista. Quand une recherche ne donne pas de rsultat sur l'un, elle
est automatiquement aiguille sur l'autre. De plus, depuis la fin 1998,
l'utilisateur peut personnaliser sa page d'accueil en utilisant Mon Yahoo!

Les moteurs de recherche permettent de lancer une requte dans de gigantesques
bases de donnes entirement automatises. Le moteur de recherche le plus
utilis, AltaVista, est disponible dans quatorze langues, dont le franais. La
recherche par sujets est possible dans AltaVista Subject Search, une fonction
qui sera plus tard intgre dans la page d'accueil.

= La connexion au rseau

En 1998, le seul vritable point faible du web, ce sont les dlais d'attente
imprvisibles ncessaires pour se connecter  son fournisseur d'accs 
l'internet (FAI). Ces dlais mettent les nerfs de l'internaute press  rude
preuve et devraient tre rsolus  plus ou moins long terme. Aprs avoir t un
vritable priple initiatique, se connecter pour la premire fois au rseau
devient plus facile que par le pass (avec l'iMac par exemple), les
constructeurs prenant enfin en considration le fait que les usagers ne sont pas
tous des professionnels de l'informatique. Une fois qu'on est connect, naviguer
sur le web demande galement de la patience, le chargement rapide des pages web
tant encore du domaine de l'avenir, surtout pour les sites comportant des
images. L'usager peut toutefois tre confiant, puisque ces quelques problmes
devraient disparatre dans les prochaines annes. "Il a fallu inventer la hache
de pierre avant de construire la Tour Eiffel", crit  juste titre Jean-Paul,
internaute convaincu, en juin 1998.

Pour le moment, le plus souvent, un particulier se connecte  l'internet par le
biais d'un modem branch sur sa ligne de tlphone. Ce modem permet de
transformer les donnes numriques de l'ordinateur en donnes analogiques
pouvant tre transmises par les fils de cuivre de la ligne tlphonique, et
inversement. La ligne de tlphone constitue une bande passante troite, le
dbit ne dpassant pas 33,6 puis 56 Kbps (kilobits par seconde).

A la bande passante troite succderont la bande passante moyenne (comme le
RNIS) puis la bande passante large (comme l'ADSL), qui viteront les dlais de
connexion et permettront un chargement rapide des images. D'ores et dj, la
carte RNIS (rseau numrique  intgration de services) autorise une
transmission rapide des donnes par le cble du tlphone, paralllement  la
transmission de la voix et du fax. Le procd ADSL (asymmetric digital
subscriber line) utilise galement le cble du tlphone, avec une technologie
diffrente et un dbit de transmission suprieur au RNIS.

Aux traditionnels cbles mtalliques succdent les cbles en fibres optiques,
qui permettent la transmission des donnes  trs haut dbit. Ces cbles
utilisent la technologie ATM (asynchronous tranfer mode), un protocole pouvant
transmettre tout type d'information, y compris la voix et la vido, par
l'acheminement indpendant de cette information fragmente en de multiples
paquets et reconstitue  l'arrive pour recomposer l'information initiale, le
tout dans un dlai infime.

Dans leur livre Cyberplante: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux
ditions Autrement), Philip Wade et Didier Falkand indiquent que les Etats-Unis
installent 6.000 kilomtres de cbles en fibres optiques par jour. La tche est
telle que,  ce rythme, il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars
d'investissement pour remplacer toutes les lignes de tlphone classiques. Pour
une opration similaire, le Japon aura besoin de quinze ans et 500 milliards de
dollars.

Pour permettre des changes de donnes rapides sans cblage, on envisage
d'installer des satellites en orbite basse d'ici 2005. Situs  moins de 2.000
km d'altitude, ces satellites auront un temps de rponse de vingt millisecondes,
correspondant  celui d'un cble en fibres optiques. En 1998, plusieurs
programmes de recherche sont en cours, dont le programme europen Skybridge et
les programmes amricains Celestru et Teledesic.

Techniquement parlant, on s'interroge souvent sur le retard de l'Europe par
rapport aux Etats-Unis. Qu'en pense Tim Berners-Lee, le crateur du web?
Interview en dcembre 1997 par Pierre Ruetschi, journaliste  la Tribune de
Genve, il rpond en expliquant l'avance des Etats-Unis par les gros
investissements faits par le gouvernement. Il insiste aussi sur l'avance
technologique de l'Europe dans d'autres domaines connexes, par exemple le
minitel, les cartes  puce et les tlphones cellulaires.


1.2. Un outil de diffusion


= Le dveloppement de l'internet

Sur le site de l'Internet Society (ISOC), organisme professionnel international
coordonnant le dveloppement du rseau, le document A Brief History of the
Internet propose de l'internet une triple dfinition. L'internet est: a) un
instrument de diffusion internationale, b) un mcanisme de diffusion de
l'information, c) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus
et les ordinateurs, indpendamment de leur situation gographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (tlgraphe, tlphone,
radio ou ordinateur), l'internet rvolutionne de fond en comble le monde des
communications. Il reprsente un des exemples les plus russis d'interaction
entre un investissement soutenu dans la recherche et le dveloppement d'une
infrastructure de l'information, tous deux l'objet d'un rel partenariat entre
les gouvernements, les industries et les universits.

Sur le site du World Wide Web Consortium (W3C), Bruce Sterling dcrit pour sa
part le dveloppement spectaculaire de l'internet dans Short History of the
Internet. L'internet se dveloppe plus vite que les tlphones cellulaires ou
les tlcopieurs. En 1996, sa croissance est de 20% par mois. Le nombre des
machines ayant une connexion directe TCP/IP (transmission control protocol /
internet protocol) a doubl depuis 1988. D'abord prsent dans l'arme et dans
les instituts de recherche, l'internet dferle dans les coles, les universits
et les bibliothques, et il est galement pris d'assaut par le secteur
commercial.

Bruce Sterling s'intresse aussi aux raisons pour lesquelles on se connecte 
l'internet. Une des raisons essentielles lui semble tre la libert. L'internet
est un exemple d'"anarchie relle, moderne et fonctionnelle". Il n'y a pas de
socit rgissant l'internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de
patrons, de comits de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler
d'gale  gale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles
TCP/IP, des protocoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement
techniques.

L'internet est aussi une bonne affaire commerciale. Contrairement  la
tlphonie traditionnelle, il n'existe pas de frais longue distance. Et,
contrairement aux rseaux informatiques commerciaux, il n'existe pas de frais
d'accs, except l'abonnement pour se connecter. En fait, l'internet, qui
n'existe mme pas officiellement en tant qu'entit, n'a pas de facturation
propre. Chaque fournisseur d'accs internet (FAI) est responsable de ses propres
machines et de ses propres connexions.

Les internautes constituent toutefois une vritable communaut reprsente par
plusieurs organismes internationaux, par exemple l'Electronic Frontier
Foundation (EFF), l'Internet Society (ISOC) et le World Wide Web Consortium
(W3C).

Fonde en 1990, l'Electronic Frontier Foundation (EFF) est un organisme de
dfense des liberts civiles qui oeuvre dans l'intrt public pour protger le
respect de la vie prive, la libert d'expression, l'accs en ligne de
l'information publique et la responsabilit civile dans les nouveaux mdias.

Fonde en 1992, l'Internet Society (ISOC) est un organisme professionnel
international non gouvernemental qui rassemble divers groupes d'intrt afin de
coordonner et promouvoir le dveloppement du rseau. L'ISOC est dirige par
Vinton Cerf, souvent appel le pre de l'internet parce qu'il est l'inventeur du
protocole TCP/IP,  la base de tout change de donnes.

Fond en 1994, le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel
international qui dveloppe les protocoles communs ncessaires  la croissance
du web. Dirig par Tim Berners-Lee, l'inventeur du World Wide Web, il runit les
entreprises qui comptent dans le monde de l'internet.

= L'internet et les autres mdias

L'internet est-il un concurrent direct de la tlvision et de la lecture? Au
Qubec, un sondage ralis en mars 1998 par l'institut Som pour le compte du
magazine Branchez-vous! 30,7% de la population est connecte  l'internet. 28,8%
des Qubcois connects regardent moins la tlvision qu'avant. Par contre,
seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'aprs le cybermag Multimdium, est "plutt
encourageant pour le ministre de la Culture et des Communications qui a la
double tche de favoriser l'essor de l'inforoute et celui... de la lecture!"

Lors d'un entretien en janvier 1998 avec Annick Rivoire, journaliste 
Libration, Pierre Lvy, philosophe, explique que l'internet va contribuer  la
fin des monopoles: "Le rseau dsenclave, donne plus de chance aux petits. On
crie "ah! le monopole de Microsoft", mais on oublie de dire que l'internet sonne
la fin du monopole de la presse, de la radio et de la tlvision et de tous les
intermdiaires."

Fondateur de l'Internet Society (ISOC), Vinton Cerf insiste rgulirement sur le
fait que l'internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des ides.
Il explique aussi: "Le rseau fait deux choses (...): comme les livres, il
permet d'accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la prsente sous une
forme qui la met en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un
livre, l'information est maintenue isole."

C'est ce que Pierre Lvy dfinit comme l'intelligence collective: "Les rseaux
permettent de mettre en commun nos mmoires, nos comptences, nos imaginations,
nos projets, nos ides, et de faire en sorte que toutes les diffrences, les
singularits se relancent les unes les autres, entrent en complmentarit, en
synergie."

D'aprs Timothy Leary, autre philosophe adepte du cyberespace, le 21e sicle
verra l'mergence d'un nouvel humanisme, dont les ides-force seront la
contestation de l'autorit, la libert de pense et la crativit personnelle,
le tout soutenu et encourag par la vulgarisation de l'ordinateur et des
technologies de la communication. Dans son livre Chaos et cyberculture (publi
en 1997 aux ditions du Lzard), il crit: "Jamais l'individu n'a eu  sa porte
un tel pouvoir. Mais,  l'ge de l'information, il faut saisir les signaux.
Populariser signifie 'rendre accessible au peuple'. Aujourd'hui, le rle du
philosophe est de personnaliser, de populariser et d'humaniser les concepts
informatiques, de faon  ce que personne ne se sente exclu."

Lors d'une entrevue accorde en automne 1997  Franois Lemelin, rdacteur en
chef de L'Album (qui est la publication officielle du Club Macintosh de Qubec),
Jean-Pierre Cloutier, auteur des Chroniques de Cybrie, explique: "Je crois que
le mdium (l'internet, ndlr) va continuer de s'imposer, puis donner lieu  des
services originaux, prcis, spcifiques, quand on aura trouv un modle
conomique de viabilit. (...) Quand un nouveau mdium arrive, il se fait une
place, les autres s'ajustent, il y a une priode de transition, puis une
'convergence'. Ce qui est diffrent, avec internet, c'est la dimension
interactive du mdium et son impact possible. C'est la donne sur laquelle on
rflchit encore, on observe. Aussi, comme mdium, le net fait merger de
nouveaux concepts sur le plan de la communication, et sur le plan humain, et ce
mme pour les non branchs. Je me souviens (...) quand McLuhan est arriv, fin
des annes soixante, avec son concept de 'village global' en se basant sur la
tlvision, le tlphone, et qu'il prvoyait les changes de donnes entre
ordinateurs. Eh bien il y a eu des gens, en Afrique, sans tlvision et sans
tlphone, qui ont lu et qui ont compris McLuhan. Et McLuhan a chang des choses
dans leur conception de voir le monde. Internet a ce mme effet. Il provoque une
rflexion sur la communication, la vie prive, la libert d'expression, les
valeurs auxquelles on tient, celles dont on est prt  se dbarrasser, et c'est
a qui en fait un mdium si puissant, si important."

= Un rseau qui devient multilingue

A tort ou  raison, on se plaint souvent de l'hgmonie de l'anglais sur
l'internet. Celle-ci tait invitable au dbut, puisque le rseau se dveloppe
d'abord en Amrique du Nord. En 1998, si l'internet est encore anglophone  80%,
de nombreuses autres langues y sont prsentes. Il reste aux diffrentes
communauts linguistiques  poursuivre le travail entrepris.

Initiative peu courante en 1997, la socit de traduction Logos dcide de mettre
tous ses outils professionnels en accs libre sur le web.

Logos est cr en 1979  Modne (Italie) par Rodrigo Vergara, un rfugi
politique chilien. Etudiant en agronomie, celui-ci vient d'migrer en Italie
pour chapper  la dictature du gnral Pinochet. En 1997,  45 ans, il dirige
une entreprise de traduction offrant des services dans plus de 35 langues, avec
un rseau de 300 traducteurs dans le monde et un chiffre d'affaires de 60
millions de FF (9,2 millions d'euros). Dans un entretien accord en dcembre
1997  Annie Kahn, journaliste au Monde, il relate: "Nous voulions que nos
traducteurs aient tous accs aux mmes outils de traduction. Nous les avons donc
mis  leur disposition sur internet, et tant qu' faire nous avons ouvert le
site au public. Cela nous a rendus trs populaires, nous a fait beaucoup de
publicit. L'opration a drain vers nous de nombreux clients, mais aussi nous a
permis d'toffer notre rseau de traducteurs grce aux contacts tablis  la
suite de cette initiative."

Ces outils de traduction comprennent un dictionnaire multilingue de 7,5 millions
d'entres (Logos Dictionary), une base de donnes de 553 glossaires (Linguistic
Resources), des tables de conjugaison en 17 langues (Conjugation of Verbs), et
enfin la Wordtheque, une base de donnes multilingue de 328 millions de termes
issus de nombreux textes traduits, essentiellement des romans et des documents
techniques. La recherche dans la Wordtheque est possible par langue, par mot,
par auteur et par titre. Une fonction complmentaire permet l'accs au texte
intgral des oeuvres littraires du domaine public disponibles sur le web.

Le multilinguisme est l'affaire de tous, tmoin cet Appel du Comit europen
pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE). Publi sur le
web en 1997 et traduit dans les onze langues officielles de l'Union europenne,
il dfend "une Europe humaniste, plurilingue et riche de sa diversit
culturelle". Il propose aux rviseurs du Trait de l'Union europenne douze
amendements prenant en compte le respect des cultures et des langues. "La
diversit et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle  la
circulation des hommes, des ides et des marchandises ou services, comme veulent
le faire croire certains, allis objectifs, conscients ou non, de la culture et
de la langue dominantes (sous-entendu l'anglais, ndlr). C'est l'uniformisation
et l'hgmonie qui sont un obstacle au libre panouissement des individus, des
socits et de l'conomie de l'immatriel, source principale des emplois de
demain. Le respect des langues,  l'inverse, est la dernire chance pour
l'Europe de se rapprocher des citoyens, objectif toujours affich, presque
jamais mis en pratique. L'Union doit donc renoncer  privilgier la langue d'un
seul groupe."

Il n'empche que, mme si on prne le multilinguisme, il est vraiment
dsagrable de se heurter  des pages web dont le contenu nous intresse mais
dont on ne comprend pas la langue. En dcembre 1997, le moteur de recherche
AltaVista lance Babel Fish Translation, un logiciel de traduction automatique de
l'anglais vers cinq autres langues (allemand, espagnol, franais, italien et
portugais), et vice versa. Aliment par un dictionnaire multilingue de 2,5
millions de mots, ce service, gratuit et instantan, est l'oeuvre de Systran,
socit pionnire en traitement automatique des langues. Le texte  traduire
doit tre de trois pages maximum. La page originale et la traduction
apparaissent en vis--vis sur l'cran. La traduction tant entirement
automatise, elle est videmment approximative. Si cet outil a ses limites, il a
le mrite d'exister et il prfigure ceux de demain (qui seront dvelopps entre
autres par Systran, Alis Technologies, Globalink et Lernout & Hauspie).


1.3. Info-riches et info-pauvres


= Les pays dvelopps

Les enjeux conomiques de la socit de l'information sont considrables.
D'aprs Philip Wade et Didier Falkand, auteurs du livre Cyberplante: notre vie
en temps virtuel (paru en 1998 aux ditions Autrement), cette industrie de
l'information reprsente "un chiffre trs suprieur aux exportations mondiales
de produits agricoles, et une croissance la plus rapide de toutes les industries
avec un taux moyen de 15% par an depuis 1990 pour l'informatique et de 10% pour
les tlcommunications. Leur contribution au PIB (produit intrieur brut)
mondial devrait dpasser 10% d'ici  l'an 2000 et poursuivre son expansion
au-del."

Il existe videmment une corrlation directe entre le dveloppement de la
socit de l'information et l'accs aux tlcommunications. L'accs aux
technologies de la communication progresse beaucoup plus rapidement dans les
nations situes au nord de la plante que dans celles situes au sud, et on
trouve beaucoup plus de serveurs web en Amrique du Nord et en Europe que sur
les autres continents. Deux tiers des internautes habitent les Etats-Unis, pays
dans lequel 40% des foyers sont quips d'un ordinateur, pourcentage que l'on
retrouve aussi au Danemark, en Suisse et aux Pays-Bas. Le pourcentage est de 30%
en Allemagne, 25% au Royaume-Uni et 20% dans la plupart des autres pays
industrialiss.

Disponibles dans le Computer Industry Almanach, document de rfrence sur
l'volution du cyberespace, les statistiques du 19 mars 1998 sur le pourcentage
des connexions par nombre d'habitants montrent que la Finlande est le pays le
plus branch avec 25% d'usagers, suivi par la Norvge (23%) et l'Islande
(22,7%). Les Etats-Unis se trouvent au quatrime rang avec 20% d'utilisateurs.
Onze pays ont une proportion d'internautes dpassant les 10%. La Suisse est le
onzime pays avec 10,7%. En ce qui concerne la rpartition des usagers 
l'chelon mondial, les Etats-Unis sont largement en tte avec 54,68% des
internautes, suivis par le Japon (7,97%), la Grande-Bretagne (5,83%) et le
Canada (4,33%). Les chiffres montrent aussi que la place des Etats-Unis ne cesse
de diminuer: 80% en 1991, moins de 65% en 1994, moins de 50% courant 1998 et une
prvision de moins de 40% en l'an 2000. La France (1,18%) et la Suisse (0,77%)
font partie des quinze pays les plus branchs.

Aprs avoir t anglophone  pratiquement 100%, l'internet est encore anglophone
 plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s'explique par trois facteurs : a) les
premires annes voient la cration d'un grand nombre de sites web manant des
Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni; b) la proportion des usagers est encore
particulirement forte en Amrique du Nord par rapport au reste du monde; c)
l'anglais est la principale langue d'change internationale.

A la suite des Etats-Unis et du Canada, le Royaume-Uni dbute un important
programme d'investissement sur cinq ans (1998-2002) dans le secteur des
technologies de l'information. En dvoilant ce programme, Tony Blair, premier
ministre, dclare le 16 avril 1998: "Nous sommes au coeur de la rvolution de
l'information. Il est vital que la Grande-Bretagne ouvre la voie afin que nous
soyons les pionniers de l'Europe dans ce qu'on appelle l'ge de l'information."
La moiti du budget de 600 millions de livres (920 millions d'euros) est
consacre  l'achat de matriel, et l'autre moiti  la formation. Le budget
attribu  l'achat de matriel doit permettre le cblage des coles
britanniques, l'achat de 10.000 ordinateurs portables pour les professeurs, la
mise en ligne des bibliothques et la connexion  l'internet de tous les
tablissements de sant. Le budget attribu  la formation doit permettre de
financer 40.000 quipements dans des tablissements d'enseignement, et financer
aussi des cours d'informatique pour les tudiants, les professeurs, les
bibliothcaires et 200.000 salaris.

= Les pays en dveloppement

A l'chelon mondial, l'accs universel aux autoroutes de l'information est loin
d'tre assur. La tldensit varie de plus de 60 lignes tlphoniques pour 100
habitants dans les pays riches (par exemple 68 en Sude, 63 aux Etats-Unis, 61
en Suisse et au Danemark)  moins d'une ligne tlphonique pour 100 habitants
dans les pays pauvres. L'Amrique du Nord et l'Europe de l'Ouest disposent de la
moiti des lignes tlphoniques dans le monde, alors que la moiti de la
population mondiale n'a jamais utilis un tlphone.

Lors d'un discours prononc en octobre 1995 lors du septime Forum international
des tlcommunications  Genve, Nelson Mandela, prsident de l'Afrique du Sud,
dclare que "les technologies de communication ne doivent pas tre considres
comme un luxe, intervenant aprs le dveloppement gnral du pays, mais comme
l'une des convictions qui dterminent les capacits des pays en dveloppement 
engager la modernisation de leur conomie et de leur socit".

Dans les pays en dveloppement, il est fort peu probable que les connexions 
l'internet se fassent par le biais de lignes tlphoniques traditionnelles (
fils de cuivre) alors qu'il existera d'autres solutions technologiques dans
quelques annes, par exemple la radiotlphonie cellulaire et la connexion par
satellite. Les pays en dveloppement possdent un taux d'quipement en lignes
numriques comparable  celui des pays industrialiss. La mme remarque vaut
pour le taux d'quipement en tlviseurs et en tlphones portables. Selon
Philip Wade et Didier Falkland, le taux d'quipement en micro-ordinateurs
pourrait suivre le mme chemin si la fiscalit et les droits de douane ne sont
pas trop levs.

De l'avis de certains organismes, les nouveaux rseaux peuvent contribuer au
dveloppement conomique des pays en dveloppement. Plusieurs programmes sont
lancs dans ce but, par exemple les programmes WorldTel et infoDev (abrg de:
The Information for Development Program) de la Banque mondiale. D'autres
programmes concernent spcifiquement l'Afrique, par exemple @frinet (programme
du Canada), AfriWeb (programme du Qubec) ou encore un programme mis sur pied
par les Etats-Unis au sein de l'USAID (U.S. Agency for International
Development).

La dmarcation entre info-riches et info-pauvres ne suit cependant pas
systmatiquement la dmarcation entre pays dvelopps et pays en dveloppement.
Quelques pays en dveloppement, par exemple la Malaisie ou les pays d'Amrique
latine, ont une politique trs dynamique en matire de tlcommunications. Un
document prparatoire (Issues in Telecommunication Development) de la deuxime
Confrence sur le dveloppement des tlcommunications dans le monde (Malte, 23
mars - 1er avril 1998) montre que plusieurs pays en dveloppement, par exemple
le Botswana, la Chine, le Chili, la Thalande, la Hongrie, le Ghana et l'Ile
Maurice, russissent  tendre la densit et la qualit de leurs services
tlphoniques entre 1994 et 1997.

Prsident d'un groupement kenyan d'diteurs et d'imprimeurs (Nation Printers and
Publishers, devenu Nation Media Group en juillet 1998), Wilfred Kiboro dclare
lors d'un colloque sur la convergence multimdia organis par le Bureau
international du travail (BIT, Genve, 27-29 janvier 1997): "Le cot de la
technologie de l'information doit tre ramen  un niveau abordable. Je rve du
jour o les villageois africains pourront accder  internet depuis leur
village, aujourd'hui priv d'eau et d'lectricit." Il rappelle aussi que, dans
de nombreux pays africains, le tirage des journaux est extrmement faible
compar au chiffre de la population. Chaque exemplaire est lu par une vingtaine
de personnes au moins. Les cots de distribution pourraient fortement baisser
avec la mise en service d'un systme d'impression par satellite qui viterait le
transport des journaux par camion dans tout le pays.

Par ailleurs, en ce qui concerne les mdias, les moyens d'impression et de
radiotldiffusion sont dans les mains de quelques grands groupes occidentaux.
Les problmes conomiques sont doubls de problmes culturels. Paradoxalement,
les informations concernant l'Afrique  destination des Africains ne viennent
pas du continent lui-mme. Elles sont diffuses par des Occidentaux qui
transmettent leur propre vision de l'Afrique, souvent sans relle perception des
vritables problmes politiques, conomiques et sociaux.

S'il est relativement facile pour la radio et la tlvision, le contrle de
l'information risque d'tre nettement plus difficile pour l'internet, mme si
des pays comme la Chine bloquent pour le moment l'accs  certains serveurs
jugs politiquement ou moralement incorrects. La Chine dispose d'un internet
national, le China Wide Web, dont le nombre d'abonns passe de 100.000 en 1996 
600.000 en 1997. Mis en place par la China Internet Corporation (CIC), socit
tablie  Hong Kong, ce rseau d'affaires et d'informations est filtr et
surveill par les autorits chinoises. Comme l'crit le cybermag Multimdium le
27 mars 1998, "tout cela respire la langue de bois, le totalitarisme et
l'opportunisme  plein poumons, bien sr. Mais qui sait si la logique libertaire
du mdium ne finira effectivement pas, un jour, par l'emporter sur l'idologie?
Ce fameux jour o la Chine se branchera..."

= L'internet comme passerelle

Le goufre entre info-riches et info-pauvres n'est pas seulement celui qui spare
les pays dvelopps des pays en dveloppement. C'est aussi, dans n'importe quel
pays, celui qui spare les riches des pauvres, ceux qui ont du travail et ceux
qui n'en ont pas, ceux qui ont leur place dans la socit et ceux qui en sont
exclus. Outil de communication, l'internet peut tre une passerelle au-dessus du
goufre, comme le montre un encart de la revue Psychologies de mai 1998: "Aux
Etats-Unis, un mouvement voit le jour: la confiance en soi... par internet! Des
milliers de sans-abri ont recours au rseau pour retrouver une place dans la
socit. Non seulement le net fournit une adresse  qui n'en a pas et te les
inhibitions de qui redoute d'tre jug sur son apparence, mais c'est aussi une
source d'informations et de contacts incomparable. Bibliothques et associations
d'aide au quart-monde l'ont bien compris: des salles informatiques, avec accs 
internet, animes par des formateurs, sont ouvertes un peu partout et les
mairies en publient la liste. A travers le e-mail (courrier lectronique), les
homeless (sans-abri) obtiennent les adresses des lieux d'accueil, des banques
alimentaires et des centres de soins gratuits, ainsi qu'une plthore de sites
pour trouver un emploi. A 50 ans, Matthew B. a pass le quart de sa vie dans la
rue et survit, depuis trois ans, d'une maigre subvention. Il hante la
bibliothque de San Francisco, les yeux rivs sur l'cran des ordinateurs.
"C'est la premire fois, dit-il, que j'ai le sentiment d'appartenir  une
communaut. Il est moins intimidant d'tre sur internet que de rencontrer les
gens face  face."


2. L'INTERNET DANS LA FRANCOPHONIE


[2.1. Le dveloppement du web francophone / 2.2. Un exemple: la toile littraire
francophone]

En dcembre 1997, Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web, dclare  Pierre
Ruetschi dans la Tribune de Genve: "Pourquoi les francophones ne mettent-ils
pas davantage d'informations sur le web? Est-ce qu'ils pensent que personne ne
veut la lire, que la culture franaise n'a rien  offrir? C'est de la folie,
l'offre est videmment norme." C'est chose faite l'anne suivante. De nombreux
sites franais, belges et suisses viennent se juxtaposer aux sites qubcois
dj prsents.


2.1. Le dveloppement du web francophone


= Le Qubec est pionnier

Les Qubcois sont prsents sur le web ds ses dbuts, contrairement aux
Franais, qui tardent  se manifester. En 1998, les Qubcois attendent de pied
ferme l'arrive en masse de sites franais, surtout dans le domaine du commerce
lectronique. Le 10 fvrier 1998, lors d'une entrevue accorde au cybermag
Multimdium, Louise Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications au
Qubec, dclare: "J'attendais depuis deux ans que la France se rveille.
Aujourd'hui, je ne m'en plaindrai pas." A cette date, le Qubec (6 millions
d'habitants) propose plus de sites web que la France (60 millions d'habitants).
La ministre attribue le retard de la France  deux facteurs: d'une part les
tarifs levs du tlphone et du minitel, d'autre part les transactions
commerciales possibles depuis plusieurs annes sur le minitel, ce qui freine les
dbuts du commerce lectronique sur l'internet.

= Le minitel franais

Poncif maintes fois rpt, les dbuts de l'internet en France sont freins par
le minitel, ralisation pilote en son temps, avec utilisation intensive par un
quart de la population.

Lanc par France Tlcom en 1982, le minitel est un terminal permettant la
consultation de serveurs  domicile moyennant rtribution, grce  un accs par
Tltel, le rseau vidotex franais. Cette consultation est fortement
encourage par l'Etat franais, qui distribue gratuitement des millions de
terminaux. L'opration minitel est un succs, contrairement  des oprations
similaires menes dans d'autres pays (Prestel en Angleterre, BX en Allemagne et
Alex au Canada) qui, elles, ne remportent pas le succs escompt.

Mme s'il est technologiquement limit, le minitel est "tout ce qu'internet doit
encore devenir", explique Bruno Guissani dans le quotidien Libration du 5
dcembre 1997. "Le cot de l'quipement est proche de zro. Le systme permet
des transactions sres et lgalement fiables. Il garantit un bon degr de
protection personnelle (privacy). Il est simple  utiliser. Et il gnre des
revenus tant pour ses oprateurs que pour les marchands qui s'y aventurent."

En 1998, de plus en plus de serveurs disponibles sur minitel le sont galement
sur le web, avec les avantages qu'offrent une consultation meilleur march (le
prix d'une communication tlphonique locale), une plus grande facilit de
navigation et l'ajout de fonctions multimdias.

La socit Alcatel, qui fut l'une des bnficiaires du succs du minitel, compte
mettre son successeur sur le march courant 1999. Muni d'un tlphone et d'un
cran couleur, cet appareil permettrait de naviguer en direct sur le web en
utilisant le langage Java. Il serait quip d'un modem de 33,6 Kbps (kilobits
par seconde), d'une carte RNIS (rseau numrique  intgration de services) et
d'un lecteur de carte bancaire permettant les paiements scuriss. Cet
quipement coterait environ 3.000 FF (457 euros).

= La France rattrape son retard

La France est raccorde  l'internet trs exactement le 28 juillet 1988. Dix ans
aprs, en 1998, le nombre d'usagers est estim  3 millions, avec une prvision
de 12,6 millions d'internautes pour la fin 2000.

La grande majorit des usagers se connecte par le biais de la ligne de tlphone
au moyen d'un modem 33,6 ou 56 Kbps (bits par seconde). Certains utilisent dj
une ligne RNIS (rseau numrique  intgration de services) ou ADSL (asymmetric
digital subscriber line), procds permettant d'augmenter considrablement la
vitesse de transmission des donnes par la ligne de tlphone tout en prservant
la circulation de la voix et du fax.

En octobre 1997, France Tlcom et Alcatel lancent le service ADSL Turbo
Wanadoo, avec une premire plate-forme exprimentale  Noisy-le-Grand (rgion
parisienne), suivie d'une deuxime plate-forme  Rennes (Bretagne) au printemps
1998. L'abonnement est de 422 FF (64 euros) par mois.

En janvier 1998, pour un abonnement de 260 FF (40 euros) par mois tout compris,
les Parisiens peuvent galement accder au rseau internet par le cble dans
certains arrondissements. Plusieurs villes de province (Annecy, Nice,
Strasbourg, etc.) disposent des mmes facilits depuis 1997.

En janvier 1998, La Poste lance le projet Cyberposte en choisissant la rgion du
Vercors, l'inauguration ayant lieu dans le bureau de poste d'Autrans (Isre).
Cette inauguration marque la premire tape d'un projet national visant 
proposer une connexion internet dans 1.000 bureaux de poste d'ici la fin 1998.
Dans tous les bureaux de poste du Vercors, l'internet est dsormais  la
disposition du public au moyen d'une carte  puce  glisser dans une borne
informatique - la carte cotant 90 FF (14 euros) pour trois heures de connexion
- et d'une adresse lectronique gratuite pour tous. Le projet Cyberposte a pour
but de familiariser le public avec les nouvelles technologies et,  long terme,
de lui permettre d'effectuer des tlprocdures.

En fvrier 1998, France Tlcom annonce  son tour un plan national d'ouverture
d'espaces multimdias ouverts  tous, avec priorit pour les tudiants et les
enseignants. En partenariat avec les collectivits locales, l'ouverture d'une
centaine d'espaces multimdias est prvue sur trois ans, avec une vingtaine
d'espaces oprationnels ds la fin 1998.

En avril 1998, le gouvernement lance trois appels  projets multimdias pour
faciliter l'acquisition de matriel multimdia par les PME (petites et moyennes
entreprises) des rgions rurales et des zones en reconversion industrielle et
par les bibliothques, ainsi que par les tablissements scolaires des petites
communes. Un budget de 22 millions de FF (3,4 millions d'euros) est destin aux
initiatives slectionnes, avec la rpartition suivante: 5 millions de FF
(76.000 euros) pour les PME, 5 millions de FF (76.000 euros) pour les
bibliothques et 12 millions de FF (1,8 millions d'euros) pour les coles. Le
projet incite notamment les bibliothques des villes de moins de 5.000 habitants
 s'quiper en ordinateurs et en connexions internet. Les villes intresses
doivent dposer leurs dossiers avant le 30 juin 1998. Une centaine d'espaces
culture multimdia est prvue dans les bibliothques et centres culturels d'ici
la fin 1998.

L'objectif de ce programme est un souci d'quit territoriale pour faire face
aux ingalits gographiques. Le but est que tout citoyen puisse accder 
l'internet quel que soit son lieu de rsidence. A cette occasion, Catherine
Trautman, ministre de la Culture, annonce que, "aprs le monde universitaire, le
monde des entreprises, c'est le monde de la culture qui s'empare de l'internet".
1998 est "l'anne de lancement de l'internet culturel". La ministre prcise
aussi que "cette politique ne vise pas seulement  amliorer notre position dans
la comptition conomique, mais aussi, fondamentalement,  garantir une nouvelle
libert d'expression et de communication pour nos concitoyens."

Toutefois, un certain nombre d'entreprises hsitent encore  connecter les
postes de travail de leurs salaris  l'internet, par crainte que ceux-ci ne se
ruent sur des sites n'ayant rien  voir avec leur activit professionnelle. On
trouve heureusement plus souvent la tendance inverse.

Ingnieure d'tudes  l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue
franaise), Christiane Jadelot crit en juin 1998: "Je pense qu'il faut quiper
de plus en plus les laboratoires avec du matriel de pointe, qui permette
d'utiliser tous ces mdias. Nous avons des projets en direction des lyces et
des chercheurs. Le ministre de l'Education nationale a promis de cbler tous
les tablissements, c'est plus qu'une ncessit nationale. J'ai vu  la
tlvision une petite cole dans un village faisant l'exprience de l'internet.
Les lves correspondaient avec des coles de tous les pays, ceci ne peut tre
qu'une exprience enrichissante."

= Des organismes actifs

Le premier annuaire internet franais est lanc par l'UREC (Unit rseaux du
CNRS - Centre national de la recherche scientifique). Cr ds janvier 1994, cet
annuaire recense d'abord les sites acadmiques, puis son contenu devient plus
gnraliste. Il permet aux usagers francophones de se familiariser avec le web
sans se noyer dans la masse d'informations mondiale. Il permet aussi de faire
connatre les sites web qui fleurissent petit  petit en France et ailleurs.
Trois ans aprs, la gestion de l'annuaire devient difficile du fait de
l'accroissement constant du nombre de sites web, notamment de sites commerciaux.
De plus, d'autres annuaires ont vu le jour, dont certains dbuts avec l'aide de
l'UREC. En juillet 1997, considrant que sa mission est accomplie, l'UREC arrte
la mise  jour de cet annuaire gnraliste. Aprs une pause de quelques mois,
l'annuaire retourne  sa vocation premire,  savoir un annuaire spcialis
consacr  l'enseignement suprieur et  la recherche.

La Dlgation gnrale  la langue franaise (DGLF) se donne plusieurs missions:
veiller  la promotion de la langue franaise, favoriser l'utilisation du
franais comme langue de communication internationale et dvelopper le
plurilinguisme, garant de la diversit culturelle. Sur son site web, la rubrique
"France langue" propose trois listes de diffusion consacres  la langue
franaise (France langue, France langue assistance et France langue
technologies). Ouvertes  toute question d'ordre linguistique (grammaire,
orthographe, usage, etc.), ces trois listes de diffusion se veulent "un lieu
convivial d'changes d'informations et d'ides (manifestations, colloques,
publications, etc.), ainsi qu'un lieu de discussion sur les thmes lis  la
langue franaise,  la diversit linguistique,  la dynamique des langues et 
la politique linguistique". La DGLF mne aussi d'autres actions pour renforcer
la place du franais sur le rseau, notamment l'dition de guides techniques
relatifs  la conception de logiciels en franais (avec prise en compte des
accents), en liaison avec l'AFNOR (Association franaise de normalisation), ou
alors la traduction de logiciels trangers commercialiss en France.

En Belgique, la Maison de la Francit agit pour la dfense et la promotion de la
langue franaise  Bruxelles, seconde capitale internationale de langue
franaise aprs Paris, et dans la Communaut franaise Wallonie-Bruxelles.

Au Qubec, le dynamique Office de la langue franaise (OLF) (devenu ensuite
l'Office qubcois de la langue franaise - OQLF) est un organisme
gouvernemental charg d'assurer la promotion de la langue franaise. Il dfinit
et conduit la politique qubcoise en matire de linguistique et de
terminologie. Il veille aussi  l'implantation et au maintien du franais dans
les milieux de travail et des affaires et dans les services administratifs.

= La Francophonie

Parl dans prs de cinquante pays, le franais est le ciment d'une communaut
linguistique vivante, comme en tmoigne l'activit de l'Organisation
internationale de la Francophonie (OIF), une institution fonde sur le partage
d'une langue et de valeurs communes, avec 47 tats membres en 1997.

Une des tches des instances politiques est de favoriser l'accs aux autoroutes
de l'information. En application de la Rsolution sur la socit de
l'information adopte par les chefs d'Etat et de gouvernement  Cotonou (Bnin)
en dcembre 1995, une Confrence des ministres francophones chargs des
inforoutes se droule  Montral (Qubec) du 19 au 21 mai 1997. Date du 21 mai
1997, la Dclaration de Montral propose de "dvelopper une aire francophone
d'ducation, de formation et de recherche"; soutenir la cration et la
circulation de contenus francophones et contribuer  la sauvegarde et  la
valorisation des patrimoines"; encourager la promotion de l'aire francophone de
dveloppement conomique; mettre en place une vigie francophone (veille active);
sensibiliser prioritairement la jeunesse ainsi que les utilisateurs, les
producteurs et les dcideurs; assurer la prsence et la concertation des
francophones dans les instances spcialises."

S'il est le ciment de la communaut francophone, le franais est aussi la
deuxime langue officielle utilise dans les organisations internationales, la
premire tant l'anglais. Malgr la pression anglophone, relle ou suppose
selon les cas, des francophones veillent  ce que le franais ait sa place en
Europe et dans le monde, au mme titre que les autres grandes langues de
communication que sont l'anglais, l'espagnol, l'arabe et le chinois. L aussi,
l'optique est aussi bien la dfense d'une langue que le respect du
multilinguisme et de la diversit des peuples.


2.2. Un exemple: la toile littraire francophone


Mme s'il reste beaucoup  faire, le web francophone se porte dj fort bien en
1998, comme le montre la toile littraire francophone, tisse d'un pays 
l'autre et d'un continent  l'autre. Les amoureux de littrature peuvent
dsormais passer des journes entires  aller d'une oeuvre  l'autre et d'un
site  l'autre, soit pour contribuer eux-mmes au tissage de cette toile, soit
pour en savourer les richesses par-del les frontires.
Frantext et l'ARTFL

Lance par l'INaLF (Institut national de la langue franaise, France) en 1995,
la base Frantext, en accs payant, comprend 180 millions de mots-occurrences
manant de 3.500 oeuvres des 16e-20e sicles dans le domaine des arts, des
sciences et des techniques. Responsable du dveloppement des bases textuelles 
l'INaLF, Arlette Attali relate sa dmarche en juin 1998: "J'ai t amene 
explorer les sites du web qui proposaient des textes lectroniques et  les
'tester'. Je me suis donc transforme en 'touriste textuelle' avec les bons et
mauvais cts de la chose. La tendance au zapping et au survol tant un danger
permanent, il faut bien cibler ce que l'on cherche si l'on ne veut pas perdre
son temps. La pratique du web a totalement chang ma faon de travailler: mes
recherches ne sont plus seulement livresques et donc d'accs limit, mais elles
s'enrichissent de l'apport des textes lectroniques accessibles sur internet. A
l'avenir, je pense contribuer  dvelopper des outils linguistiques associs 
la base Frantext et  les faire connatre auprs des enseignants, des
chercheurs, des tudiants et aussi des lycens."

L'ARTFL Project (ARTFL: American and French Research on the Treasury of the
French Language) est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherche
scientifique, France) et de l'Universit de Chicago (Illinois, Etats-Unis).

L'ARTFL prpare une version en ligne exhaustive de la premire dition
(1751-1772) de l'Encyclopdie ou Dictionnaire raisonn des sciences, des mtiers
et des arts de Diderot et d'Alembert. 72.000 articles crits par plus de 140
collaborateurs (dont Voltaire, Rousseau, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc.)
font de cette encyclopdie un monumental ouvrage de rfrence, avec 17 volumes
de texte, 11 volumes de planches, 18.000 pages imprimes et 20.736.912 mots.
Destine  rassembler puis divulguer les connaissances de l'poque, elle porte
la marque des courants intellectuels et sociaux du 18e sicle. C'est grce 
elle que se propagent les ides du Sicle des Lumires.

En 1998, la base de donnes correspondant au premier volume est accessible sur
le web en dmonstration libre,  titre exprimental. La recherche peut tre
effectue par mot, portion de texte, auteur ou catgorie, ou par la combinaison
de ces critres entre eux. On dispose de renvois d'un article  l'autre, et de
liens qui permettent d'aller d'une planche au texte, ou du texte au fac-simil
des pages originales. Il reste encore  corriger les erreurs typographiques et
les erreurs d'identification dues  l'automatisation complte des procdures de
saisie. Il reste aussi  complter la recherche textuelle par la recherche
d'images par mot, portion de texte ou catgorie.

A la mme date, l'ARTFL travaille aussi  d'autres projets du mme ordre pour le
Dictionnaire de l'Acadmie franaise (1694-1935), l'dition illustre du
Dictionnaire historique et critique (1740) de Philippe Bayle, le Thresor de la
langue franaise de Jean Nicot (1606), un projet multilingue sur la Bible
dbutant par La Bible franaise de Louis Segond (1910), etc.
Chronologie littraire et signets

Professeur de franais et d'informatique dans des universits japonaises,
Patrick Rebollar, bas  Tokyo, utilise l'ordinateur ds 1987 pour ses activits
d'enseignement et de recherche. En 1994, il voit apparatre l'internet "dans le
champ culturel et linguistique francophone". En 1996, il dbute un site web de
recherches et d'activits littraires. Son site inclut une Chronologie
littraire 1848-1914, organise par anne. Une srie de liens mne au texte
intgral des oeuvres publies cette anne-l, avec des notes historiques,
politiques et sociales, des informations scientifiques, techniques et mdicales,
et des renseignements sur le monde littraire de l'poque.

Patrick Rebollar relate en juillet 1998: "Pour la Chronologie littraire, cela a
commenc dans les premires semaines de 1997, en prparant un cours sur le roman
fin de sicle (19e). Je rassemblai alors de la documentation et m'aperus d'une
part que les diverses chronologies trouves apportaient des informations
complmentaires les unes des autres, et d'autre part que les quelques documents
littraires alors prsents sur le web n'taient pas prsents de faon
chronologique, mais toujours alphabtique. Je fis donc un document unique qui
contenait toutes les annes de 1848  1914, et l'augmentais progressivement.
Jusqu' une taille gnante pour le chargement, et je dcidai alors, fin 1997, de
le scinder en faisant un document pour chaque anne. Ds le dbut, je l'ai
utilis avec mes tudiants, sur papier ou sur cran. Je sais qu'ils continuent
de s'en servir, bien qu'ils ne suivent plus mon cours. J'ai reu pas mal de
courrier pour saluer mon entreprise, plus de courrier que pour les autres
activits web que j'ai dveloppes."

Une autre activit web de Patrick Rebollar est la gestion de ses Signets, un
rpertoire trs complet des sites francophones littraires: littrature et
recherche (normes et rgles, bibliothques et diteurs, bibliographies), revues
littraires, linguistique, dictionnaires, lexiques, recherche littraire,
documents littraires par thme et par auteur (Malraux, Sarraute, Camus, Gracq,
Robbe-Grillet, etc.), oeuvres littraires, posie, bandes dessines, etc.
"Animant des formations d'enseignants  l'Institut franco-japonais de Tokyo, je
voyais d'un mauvais oeil d'imprimer rgulirement des adresses pour demander aux
gens de les recopier, crit-il  la mme date. J'ai donc commenc par des petits
documents rassemblant les quelques adresses web  utiliser dans chaque cours
(avec Word), puis me suis dit que cela simplifierait tout si je mettais en ligne
mes propres signets, vers la fin 1996. Quelques mois plus tard, je dcidai de
crer les sections finales de nouveaux signets afin de visualiser des adresses
qui sinon taient fondues dans les catgories. Cahin-caha, je renouvelle chaque
mois."

= Des sites de posie

Les potes sont trs actifs sur le web. Sur son site Posie d'hier et
d'aujourd'hui, Silvaine Arabo propose de nombreux pomes, y compris les siens.
En juin 1998, elle raconte: "Je suis pote, peintre et professeure de lettres
(13 recueils de pomes publis, ainsi que deux recueils d'aphorismes et un essai
sur le thme: posie et transcendance ; quant  la peinture, j'ai expos mes
toiles  Paris - deux fois - et en province). (...) Pour ce qui est d'internet,
je suis 'autodidacte' (je n'ai reu aucune formation informatique quelle qu'elle
soit); j'ai eu l'an pass l'ide de construire un site littraire centr sur la
posie: internet me semble un moyen privilgi pour faire circuler des ides,
pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, trs
empiriquement, et ai finalement abouti  ce site (...) sur lequel j'essaye de
mettre en valeur des potes contemporains de talent, sans oublier la ncessaire
prise de recul (rubrique: Rflexions sur la posie) sur l'objet considr.

Ma vie professionnelle n'en a pas t bouleverse puisqu'elle est indpendante
de cette cration sur internet. Disons que trs rcemment, dans le cadre de mon
activit professionnelle, j'ai fait avec mes lves quelques ateliers de posie
et que, devant la pertinence de leurs productions, j'ai dcid de leur consacrer
une page sur mon site (rubrique 'Le jardin des jeunes potes'). Je fais
galement un 'appel du pied' aux professeurs de lettres francophones pour qu'ils
m'adressent des pomes - qu'ils estiment russis - de leurs lves. Disons que
ce site pourrait servir, entre autres, de motivation - donc de moteur -  la
crativit des jeunes enfants ou des adolescents."

Le Club des potes est un site de posie francophone qui souhaite la "bienvenue
en territoire de posie de la France au Chili, de Villon jusqu' de jeunes
potes contemporains, en passant par toutes les grandes voix de la posie de
tous les temps et de tous les pays". Son webmestre, Blaise Rosnay, relate les
dbuts du site en juin 1998: "Le site du Club des Potes a t cr en 1996, il
s'est enrichi de nombreuses rubriques au cours des annes et il est mis  jour
deux fois par semaine. L'internet nous permet de communiquer rapidement avec les
potes du monde entier, de nous transmettre des articles et pomes pour notre
revue, ainsi que de garder un contact constant avec les adhrents de notre
association. Par ailleurs, nous avons organis des travaux en commun, en
particulier dans le domaine de la traduction. Nos projets pour notre site sont
d'y mettre encore et toujours plus de posie. Ajouter encore des enregistrements
sonores de posie dite, ainsi que des vidos de spectacles."

Posie franaise propose pour sa part un choix de pomes allant de la
Renaissance au dbut du 20e sicle. Claire Le Parco, de la socit Webnet,
raconte  la mme date: "Nous avons cr ce site lors de la cration de notre
socit, spcialise dans la ralisation de sites internet et intranet. Nous
sommes des informaticiens qui aimons la posie, et nous avions envie de montrer
que posie et internet pouvaient faire bon mnage!"

= Une Autre Terre

Une Autre Terre, site de science-fiction, est mis en ligne en novembre 1996.
Fabrice Lhomme, son crateur, retrace les dbuts du site en juin 1998: "J'ai
commenc en prsentant quelques bibliographies trs incompltes  l'poque et
quelques critiques. Rapidement, j'ai mis en place les forums  l'aide d'un
logiciel 'maison' qui sert galement sur d'autres actuellement. (...) Ensuite,
le phnomne le plus marquant que je puisse noter, c'est la participation de
plusieurs personnes au dveloppement du serveur alors que jusque-l j'avais tout
fait par moi-mme. Le graphisme a t refait par un gnreux contributeur et je
reois rgulirement des critiques ralises par d'autres personnes. Pour ce qui
est des nouvelles, la rubrique a eu du mal  dmarrer mais une fois qu'il y en a
eu un certain nombre, j'ai commenc  en recevoir rgulirement (effet
d'entranement). Actuellement, j'ai toutes les raisons d'tre satisfait car mon
site reoit plus de 2.000 visiteurs diffrents chaque mois et toutes les
rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est trs actif, ce qui
me ravit. Concernant les perspectives d'avenir, j'envisage pour trs bientt
d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d'occasion  vendre avec
l'ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement, j'ouvrirai aussi une
rubrique prsentant des biographies car je reois pas mal de demandes des
visiteurs en ce sens. (...) Si l'activit de vente de livres d'occasion se
montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une activit professionnelle
sous la forme d'une micro-entreprise."

= Le roman interactif

On assiste aussi  l'apparition de la littrature interactive,  savoir des
oeuvres de fiction auxquelles participent les internautes. La premire est
"lance par le grand crivain amricain John Updike, qui, l'an dernier, balana
sur le web le premier chapitre d'un roman que les internautes taient censs
poursuivre", raconte Emmanule Peyret, journaliste, dans le quotidien Libration
du 27 fvrier 1998. Cette premire exprience de littrature interactive est
ralise  l'initiative de la grande librairie en ligne Amazon.com.

En France, lors de la fte de l'internet des 20 et 21 mars 1998, ATOS et France
Loisirs lancent  leur tour le premier roman interactif francophone. Le thme
est le suivant: "Une femme, condamne  mort aux Etats-Unis, bnficie d'un
sursis de trente jours accord par le gouverneur, avant son excution. Que
va-t-elle faire de ce rpit? A quoi pense-t-elle et quel message va-t-elle
laisser aux partisans et aux opposants de la peine de mort?" Sign par le
romancier Yann Quefflec, le premier chapitre est disponible sur le site de
France Loisirs le 20 mars 1998, premier jour de la fte de l'internet. Les
internautes disposent de deux semaines pour proposer un deuxime chapitre. Le
jury du club slectionne le meilleur chapitre, qui devient la suite officielle
du roman, et ainsi de suite jusqu'au 27 juillet. Yann Quefflec prend  nouveau
la plume pour rdiger le huitime et dernier chapitre. France Loisirs publie le
roman en septembre 1998.

= Zazieweb

Depuis 1996, toute l'actualit littraire est prsente avec punch et humour par
Zazieweb. Revue en ligne conue et ralise par Isabelle Aveline, avec un
graphisme d'Oliver Cornu, Zazieweb comprend un dito, une rubrique d'actualit,
un agenda, une revue de presse, un annuaire des sites et un self-service
multimdia. En juin 1998, Isabelle Aveline crit: "Zazieweb est n il y a deux
ans environ: juin 1996. C'tait  l'poque un projet personnel qui entrait dans
le cadre d'un master multimdia et que j'ai essay de 'vendre' aux diteurs.
(...) Dcouvrir internet m'a ouvert d'autres possibilits et surtout maintenant
je ne conois pas de ne pas travailler 'on the web'!"

Sur le site, elle explique: "Zazieweb est un site World Wide Web professionnel
et grand public indpendant, spcifiquement ddi aux libraires, diteurs... et
grand public de culture 'livre'. Conu comme une librairie virtuelle, un espace
de documentation, d'orientation et de ressources pour un public de culture
'papier' s'intressant  internet, il se situe aux frontires de l'crit et de
l'dition lectronique. L'originalit du traitement des rubriques par rapport 
un mdia papier tant videmment de 'mailler' l'information avec un site sur
internet. C'est donc un site 'passerelle' vers internet pour un public curieux
et dsorient, avide de connatre ce qui se passe 'de l'autre ct de l'cran'."


3. DES LIVRES A VENDRE SUR LE WEB


[3.1. Librairies traditionnelles / 3.2. Premires librairies en ligne / 3.3.
L'avenir des librairies en ligne]

De nombreuses librairies "en dur" - avec locaux, vitrine sur la rue, rayonnages
et piles de livres - crent un site web pour disposer d'une deuxime vitrine sur
le monde. D'autres librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur la rue.
Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs transactions s'effectuent sur le
rseau. L'internaute peut consulter le catalogue  l'cran, lire le rsum ou
des extraits des livres sur le web et passer sa commande en ligne.


3.1. Librairies traditionnelles


= Chanes de librairies

Les chanes de librairies traditionnelles s'installent rapidement sur
l'internet. C'est le cas par exemple de la Fnac, du Furet du Nord et de Decitre.

Le site de la Fnac ouvre sur le logo "fnac" blanc et ocre bien connu. Prsente
en France, en Belgique et en Espagne, la Fnac, qui se veut  la fois dfricheur,
agitateur culturel et commerant, se dfinit elle-mme par "une politique
commerciale fonde sur l'alliance avec le consommateur, sa vocation culturelle
et sa volont de dcouvrir les nouvelles technologies". La Fnac cre un magazine
littraire en ligne et ouvre un secteur "commerce lectronique" permettant de
commander livres, disques, vidos et CD-Rom. La commande est passe par
internet, minitel ou tlphone. La livraison est possible en France comme 
l'tranger. Les modes de paiement sont la carte de crdit ou le chque  la
commande.

Le Furet du Nord est une chane de librairies implante dans le Nord de la
France et dont le sige est  Lille. Son site permet de consulter une base de
donnes de 250.000 livres et de les commander en ligne. Il propose aussi un
suivi permanent de l'actualit littraire. La vente  distance reprsente 15 
20% du chiffre d'affaires total de l'entreprise. Les meilleurs clients sont les
coles, les universits, les comits d'entreprise et les ambassades.

La chane de librairies Decitre officie dans la rgion Rhne-Alpes. Ses neuf
librairies sont particulirement dynamiques dans le domaine de l'informatique,
du multimdia et de l'internet. Elles proposent rgulirement des dmonstrations
de CD-Rom et des initiations  l'internet. Cr en 1996, le site est remani en
dcembre 1997. "Notre site est pour l'instant juste un moyen de communication de
plus (par le biais du mail) avec nos clients des magasins et nos clients
bibliothques et centres de documentation", explique en juin 1998 Muriel Goiran,
libraire. "Nous avons dcouvert son importance en organisant DocForum, le
premier forum de la documentation et de l'dition spcialise, qui s'est tenu 
Lyon en novembre 1997 (avec une prochaine dition fixe en novembre 1999). Il
nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied
dans le net. Internet est trs important pour notre avenir. Nous allons mettre
en ligne notre base de 400.000 livres franais  partir de fin juillet 1998, et
elle sera en accs gratuit pour des recherches bibliographiques. Ce ne sera pas
une n-ime dition de la base de Plante Livre, mais notre propre base de
gestion, que nous mettons sur internet."

= Librairies spcialises

Situe au coeur de Paris, dans la rue Saint-Honor, la librairie Itinraires est
spcialise dans les voyages. Elle propose guides, cartes, manuels de
conversation, reportages, rcits de voyage, livres de cuisine, livres d'art et
de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de
religion et de littrature trangre, et cela pour 160 pays et 250 destinations.
"Le monde en mmoire", tel est le sous-titre de son site bilingue
franais-anglais.

Ds 1985, date de sa cration, la librairie cre une base de donnes avec
classement des livres par pays et par thmes. Hlne Larroche, sa fondatrice,
explique en juin 1998: "Il y a un peu plus de trois ans, nous avons rendu la
consultation de notre base de donnes possible sur minitel et effectuons
aujourd'hui prs de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente  distance.
Passer du minitel  internet nous semblait intressant pour atteindre la
clientle de l'tranger, les expatris dsireux de garder par les livres un
contact avec la France et  la recherche d'une librairie qui 'livre  domicile'
et bien sr les 'surfeurs sur le net', non minitlistes.

La vente  distance est encore trop peu utilise sur internet pour avoir modifi
notre chiffre d'affaires de faon significative. Internet a cependant eu une
incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la cration d'une rubrique
sur le web, spcialement destine aux expatris, dans laquelle nous mettons des
livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment
ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois dcid de
limiter cette rubrique  60 titres quand notre base en compte 13.000. Un
changement non ngligeable, c'est le temps qu'il faut dgager ne serait-ce que
pour rpondre au courrier que gnrent les consultations du site. (...) Outre le
bnfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous
ressentons dj les effets), nous esprons pouvoir capter une nouvelle clientle
dans notre spcialit - la connaissance des pays trangers -, atteindre et
intresser les expatris... et augmenter nos ventes  l'tranger."

De nombreuses librairies spcialises sont prsentes sur le web, par exemple Le
Monde en Tique, avec un catalogue de 37.000 titres sur l'informatique, les
nouvelles technologies, le multimdia et l'internet, ou encore la librairie
Interfrences, spcialise dans les ouvrages scientifiques, qui serait la
premire librairie franaise  avoir cr un site web, ds 1995. Les sites de
librairies spcialises sont recenss dans Livre.net (devenu ensuite
Lalibrairie.com).

= Librairies de livres anciens

L'internet est aussi un formidable vecteur pour les libraires d'ancien, qui
peuvent ainsi considrablement agir leur champ d'action.

En novembre 1995, Pascal Chartier, grant de la Librairie du Bt d'Argent
(Lyon), cre Livre-rare-book, un site quadrilingue en franais, anglais, italien
et allemand. Un catalogue en ligne regroupe les catalogues de plusieurs
librairies de la rgion (situes  Lyon, Moulins, Dijon et Naples). Il est
complt par un annuaire international des librairies d'occasion. Pascal
Chartier considre le web comme "une vaste porte",  la fois pour lui et pour
ses clients. L'internet est "peut-tre la pire et la meilleure des choses. La
pire parce qu'il peut gnrer un travail constant sans limite et la dpendance
totale. La meilleure parce qu'il peut s'largir encore et permettre surtout un
travail intelligent!", crit-il en juin 1998.

Bas  Amboise (Loire), France Antiques est un site bilingue franais-anglais
qui se veut celui de tous les professionnels du march de l'art ancien franais
: antiquaires, libraires, diteurs d'art, etc. Le site propose douze catalogues
de librairies d'ancien, un annuaire de libraires, une liste de librairies
complte par un classement gographique, et un index par spcialits
(autographes, manuscrits; beaux-arts, architecture, arts dcoratifs;
bibliographie, histoire du livre; etc.).


3.2. Premires librairies en ligne


Avec l'essor du web apparaissent des librairies d'un genre nouveau, qui vendent
des livres uniquement sur l'internet. Ces librairies n'ont ni murs, ni vitrine,
ni enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs
transactions s'effectuent sur le rseau.
En France

Fonde en 1996 par Patrice Magnard, la librairie en ligne Alapage vend tous les
livres, disques et vidos disponibles sur le march franais, soit 400.000
articles, avec paiement scuris. Sur le site bilingue franais-anglais, la
recherche est possible par auteur, titre et diteur. Le mme service est
disponible sur minitel (3615 Alapage).

Alapage travaille en partenariat avec la librairie en ligne Novalis (intgre
plus tard  Alapage), qui assure elle aussi la vente par correspondance de
produits culturels: disques, livres, vidos et multimdia. En octobre 1997, les
deux librairies dcident de crer le premier prix littraire francophone sur
l'internet, non pas pour crer un prix littraire de plus, mais pour constituer
une "premire".

Comme indiqu  la mme date sur le site, "1) c'est la premire fois que l'on
utilise le support internet pour organiser un vote autour d'un prix littraire.
2) C'est la premire fois qu'est constitu un jury littraire compos d'un
potentiel aussi important et diversifi de votants, fidle reflet de la
diffusion de la culture franaise. Ce vote est en effet ouvert  nos visiteurs
de tous horizons, dissmins sur les cinq continents, qui pourront mettre leur
avis sur l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littraires de
fin d'anne. 3) C'est la premire fois qu'est imagin un instrument de mesure de
la satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas
seulement un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il."

Un vote est organis entre le 20 octobre et le 9 novembre 1997 auprs de
l'ensemble des internautes. Afin d'viter les votes multiples, chaque voix n'est
valide que si la fiche de vote est scrupuleusement remplie. Toute fiche double
est annule. Ce premier prix littraire des internautes est remport par Marc
Trillard pour son roman Coup de lame, paru aux ditions Phbus.

A Alapage et Novalis vient se joindre une troisime librairie en ligne,
Chapitre.com, cre en 1997 par Juan Pirlot de Corbion. Son catalogue de 350.000
titres est complt par une bouquinerie, un choix d'diteurs, des liens avec
1.000 sites littraires et culturels, et une revue des littratures intitule
Tte de chapitre.

= Au Royaume-Uni

Base au Royaume-Uni, The Internet Bookshop (iBS) est la plus grande librairie
europenne, avec 1,4 million de titres.

Initiative originale (et reprise ensuite par Amazon.com), la librairie dveloppe
un nouveau systme de partenariat sur le web. Tout possesseur d'un site web peut
devenir partenaire de The Internet Bookshop en slectionnant sur son propre site
un certain nombre de titres prsents dans le catalogue de la librairie. Celle-ci
prend en charge toute la partie commerciale,  savoir les commandes, les envois
et les factures. L'internaute partenaire reoit 10% du prix des ventes. C'est la
premire fois qu'une librairie en ligne propose une part aux bnfices par le
biais du web, entranant  terme la ncessit d'une nouvelle rglementation dans
ce domaine.

Autre initiative originale, en octobre 1997 The Internet Bookshop dbute une
politique de grosses remises, chose inconnue jusque-l. La librairie propose des
remises allant jusqu' 45%, prenant le risque d'une guerre des prix et des
droits avec les libraires et les diteurs traditionnels. Paralllement, la
librairie attend la raction de ces derniers  sa dcision de vendre des livres
provenant des Etats-Unis, une vente dbute un mois auparavant, en septembre
1997. La librairie en ligne Waterstone's (rachete ensuite par Amazon.com) songe
elle aussi  introduire des titres amricains dans son catalogue,  partir de
janvier 1998.

The Publishers Association, organisme reprsentant les diteurs du Royaume-Uni,
a fort  faire pour tudier leurs dolances, jointes  celles des libraires
traditionnels, qui souhaiteraient non seulement faire interdire la vente de
titres amricains par des librairies en ligne britanniques, mais aussi faire
interdire l'activit des librairies en ligne amricaines au Royaume-Uni
(sous-entendu: qu'elles ne puissent pas vendre des livres  des clients
britanniques). Sur le site web, en 1997 et 1998, la rubrique iBS News (iBS:
Internet Bookshop) permet de suivre pas  pas le combat engag par les libraires
en ligne contre les associations d'diteurs et de libraires traditionnels, afin
d'obtenir la suppression totale des frontires pour la vente des livres.

= Aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, la librairie en ligne Amazon.com est fonde en juillet 1995 par
Jeff Bezos. Trois ans aprs, elle est la plus grande librairie au monde avec ses
3 millions de livres, CD, DVD, jeux informatiques, etc.,  savoir un stock
quatorze fois suprieur  celui des plus grands hypermarchs. Le catalogue en
ligne permet de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. Trs
attractif, le contenu ditorial du site change quotidiennement et forme un
vritable magazine littraire avec des extraits de livres, des entretiens avec
des auteurs et des conseils de lecture.

Sur les traces de The Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bnfices
 ses associs en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d'un
site web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue de la librairie et
toucher un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associs effectuent une
slection dans les titres du catalogue et rdigent leurs propres rsums.
Amazon.com reoit les commandes par leur intermdiaire, expdie les livres et
rdige les factures. Les associs reoivent un rapport hebdomadaire d'activit.
Au printemps 1998, le libraire en ligne compte plus de 30.000 sites affilis.

"Introduit  la bourse de New York en mai 1997, Amazon.com a attir 54 millions
de dollars en ne cdant que 13% de son capital, une vritable performance pour
une socit dont le chiffre d'affaires tait alors de 32 millions de dollars",
relatent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplante: notre vie en temps
virtuel (paru en 1998 aux ditions Autrement). Avec 1,5 million de clients dans
160 pays et une trs bonne image de marque, Amazon.com est rgulirement cit
comme un symbole de russite dans le cybercommerce. Si la librairie en ligne est
toujours dficitaire aprs deux ans d'existence, sa cotation boursire est
excellente. Satisfait, Jeff Bezos, son fondateur et principal actionnaire,
prcise: "Nous gnrons des revenus de plus de 300.000 dollars par an et par
employ. Une librairie traditionnelle ne fait que 95.000 dollars par employ."

Une autre grande librairie en ligne est Buybooks.com, avec un catalogue de 1,4
million de titres amricains, 500.000 titres allemands, 500.000 titres franais,
200.000 titres anglais, 100.000 titres sudois, 80.000 films en vido et sur
DVD, et 10.000 jeux informatiques pour console ou sur CD-Rom. Principale chane
de librairies traditionnelles avec 480 librairies rparties dans tout le pays,
Barnes & Noble dcide de se lancer dans la vente sur l'internet en crant en mai
1997 son site barnesandnoble.com. Il devient rapidement le principal concurrent
d'Amazon.com et dclenche ainsi une guerre des prix - puisque le prix du livre
est libre aux Etats-Unis -  la grande satisfaction des internautes, qui, sur
l'un ou l'autre site, se voient parfois offrir des rductions allant jusqu' 50%
pour certains titres.


3.3. L'avenir des librairies en ligne


A la suite des pionniers que sont Amazon.com, The Internet Bookshop et quelques
autres, l'avenir de la librairie en ligne est trs prometteur.

Chapters, grand libraire traditionnel canadien, et The Globe and Mail, quotidien
de Toronto, unissent leurs forces pour crer la librairie en ligne
Chaptersglobe.com, ouverte  l'automne 1998 (et remplace ensuite par
chapters.indigo.ca). Le site comprend des critiques et recensions fournies par
le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de best-sellers et des forums
de discussion.

Le groupe allemand Bertelsmann acquiert au printemps 1998 le grand diteur
amricain Random House. Bertelsmann compte aussi ouvrir une librairie en ligne
proposant plusieurs millions de titres dans toutes les langues, avec livraison
rapide dans le monde entier. (En effet, quelques mois plus tard est cr
BOL.com, BOL signifiant: Bertelsmann on line.)

En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les
prix, contrairement  la souplesse qu'offre le prix libre du livre au
Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires franais sont
optimistes sur les perspectives d'un march francophone international. Ds 1997,
un nombre significatif de commandes provient de l'tranger, par exemple 10% des
commandes pour la Fnac. Ces clients sont des "Franais et membres de la diaspora
francophone, trangers francophiles, universits ou coles lointaines...
soucieux de se procurer les derniers titres de l'dition parisienne ou
simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver  Kansas City ou  Kyoto",
prcise Pierre Brianon, journaliste, dans le quotidien Libration du 14
novembre 1997.

Le dveloppement des librairies en ligne doit galement tre replac dans le
contexte plus gnral du cybercommerce. En mars 1998, le magazine Stratgies
internet mne une tude "auprs des 60 sites marchands les plus actifs en
France, dressant ainsi l'tat des lieux et donnant des pistes de rflexion aux
entreprises franaises tentes par l'aventure du cybercommerce". A cette date,
la commande en ligne n'est possible qu'auprs d'une centaine de sites seulement.
Le cybercommerce reprsente 40 millions de FF (6,1 millions d'euros) en 1997,
avec une estimation de 160 millions de FF (24,4 millions d'euros) pour la fin
1998. Le nombre d'acheteurs sur l'internet est de 50.000 en mars 1998, avec une
estimation de 400.000 acheteurs pour mars 1999. L'tude indique que 25% des
sites considrent leur activit comme rentable ds 1997, alors que les autres
envisagent plutt une rentabilit  moyen terme.

Mme si la cration d'une nouvelle lgislation s'avre difficile parce que
freine par les libraires et les diteurs traditionnels, l'abolition des
frontires dans le march du livre est invitable, puisqu'elle est lie  fois 
la structure mme de l'internet et  la mondialisation de l'conomie. Les
libraires en ligne ne tardent pas  suivre l'exemple de The Internet Bookshop,
premire librairie britannique  vendre sur son site des livres publis aux
Etats-Unis.

Concernant la fiscalit, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l'Union
europenne est conclu en dcembre 1997. L'internet est considr comme une zone
de libre-change, c'est--dire sans droits de douane, pour les logiciels, les
films et les livres achets sur le rseau. Les biens matriels et autres
services sont soumis au rgime existant dans les pays concerns, avec perception
de la TVA (taxe sur la valeur ajoute) sans frais de douane supplmentaires. Cet
accord-cadre devrait tre suivi d'une convention internationale.

Les libraires en ligne vendront-ils bientt le texte intgral des livres en
version numrique? Dans ce cas, l'invitable dlai d  l'envoi postal
disparatra, puisque les fichiers lectroniques pourront parvenir au lecteur en
un temps infime via l'internet. Si nombre de nos contemporains sont ns  l're
du papier et prfrent lire un roman de trois cents pages en version imprime,
ceci ne sera peut-tre plus le cas pour les gnrations qui auront commenc 
utiliser l'ordinateur ds l'ge de trois ans.


4. LES EDITEURS SUR LE RESEAU


[4.1. Editeurs traditionnels / 4.2. L'dition lectronique / 4.3. Les auteurs
ont-ils encore besoin des diteurs?]

Tout comme les libraires, les diteurs sont en train d'investir l'internet.
Certains crent un site web et l'utilisent comme une vitrine pour faire
connatre leur activit. D'autres sont des diteurs lectroniques dont toute
l'activit s'effectue sur le rseau: dcouverte des oeuvres, publication,
promotion et diffusion. Encore balbutiante, l'dition lectronique offre de
relles perspectives. Elle permettrait entre autres de rsoudre la crise
affectant l'dition universitaire et spcialise.


4.1. Editeurs traditionnels


= Un exemple: Le Choucas

Spcialises dans les romans policiers, les ditions du Choucas sont fondes en
1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, libraires  Glapigny, en Haute-Savoie. En
juin 1998, Nicolas Pewny raconte: "Le site des ditions du Choucas a t cr
fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilits qu'internet
pouvait nous offrir, je me suis jur que nous aurions un site le plus vite
possible. Un petit problme: nous n'avions pas de budget pour le faire raliser.
Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai cr ce site
moi-mme et l'ai fait rfrencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a
alors volu en mme temps que mes connaissances (encore relativement modestes)
en la matire et s'est agrandi, et a commenc  tre un peu connu mme hors
France et Europe.

Le changement qu'internet a apport dans notre vie professionnelle est
considrable. Nous sommes une petite maison d'dition installe en province.
Internet nous a fait connatre rapidement sur une chelle que je ne souponnais
pas. Mme les mdias 'classiques' nous ont ouvert un peu leur portes grce 
notre site. Les manuscrits affluent par le courrier lectronique. Ainsi nous
avons dit deux auteurs qubcois (Fernand Hroux et Liz Morency, Affaire de
coeurs, publi en septembre 1997, ndlr). Beaucoup de livres se ralisent
(corrections, illustrations, envoi des documents  l'imprimeur) par ce moyen
(par exemple la couverture d'Affaire de coeurs, ralise par Joane Michaud,
infographiste et affichiste qubcoise, ndlr). Ds le dbut du site nous avons
reu des demandes de pays o nous ne sommes pas (encore) reprsents:
Etats-Unis, Japon, Amrique latine, Mexique, malgr notre volont de ne pas
devenir un site 'commercial' mais d'information et  'connotation culturelle'.
(Nous n'avons pas de systme de paiement scuris, nous avons juste rfrenc
sur une page les libraires qui vendent en ligne)."

En ce qui concerne l'avenir, "j'aurais tendance  rpondre par deux questions:
Pouvez vous me dire comment va voluer internet? Comment vont voluer les
utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu 'commercial' que possible et
augmenter l'interactivit et le contact avec les visiteurs du site. Y
russirons-nous? Nous avons dj reu des propositions qui vont dans un sens
oppos. Nous les avons mis 'en veille'. Mais si l'volution va dans ce sens,
pourrons-nous rsister, ou trouver une 'voie moyenne'? Honntement, je n'en sais
rien."

= Un autre exemple: Le Cerf

Les ditions du Cerf se prsentent comme la bibliothque francophone des
sciences humaines et religieuses. En juin 1998, Herv Ponsot, leur webmestre,
prcise: "Pour les ditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan internet, en
effet, le site existe en lien avec les ditions, mais marginalement quand mme:
le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est gr par une personne
extrieure au Cerf, moi-mme. Bref, il s'agit plutt d'un service rendu, dont on
ne peut dire qu'il ait boulevers la maison Cerf. Il reste que, par la grce de
Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes
me sont adresses de plus en plus rgulirement, sans que nous les ayons
cherches, puisque le site a t cr en priorit pour rendre service aux
chercheurs, et secondairement pour faire de la publicit pour la maison et
renouveler son image...

Mais j'ai constat, et beaucoup de personnes m'ont confirm, que les sites de
service pouvaient se rvler rentables, parfois plus facilement et plus
rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les
sites de recherche sur internet. La suite envisage pour le site Cerf ne devrait
pas fondamentalement changer par rapport  ce qui se passe aujourd'hui: rendre
service aux chercheurs, faire connatre la maison en lui donnant une image
dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un
site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible
surface financire, d'tre leader en ce domaine; les pas seront donc compts et
trs prudents."

= Editeurs sur le web

De plus en plus d'diteurs sont prsents sur le web, par exemple Gallimard, La
Documentation franaise, Marabout ou les ditions Odile Jacob. Le site des
Presses universitaires de France (PUF) prsente le fonds ditorial des PUF,
ainsi que la collection encyclopdique Que sais-je?, avec un historique de la
collection, la liste des nouveauts des trois derniers mois, un descriptif
dtaill des dernires parutions, une recherche par numro et un classement
thmatique.

Les rpertoires d'diteurs ne manquent pas, par exemple Edilib, Livre.net et
Publishers' Catalogues.

Edilib rpertorie les diteurs, libraires et diffuseurs francophones. La gestion
de cette liste est assure par Benot Thiriou, de la bibliothque mdicale du
CHU (centre hospitalier universitaire) de Rouen (Normandie). L'indexation est
ralise par Dominique Benoist, de la Bibliothque universitaire de la Facult
de mdecine de Rouen, selon la classification RAMEAU (rpertoire d'autorits
matires encyclopdique et alphabtique unifi). La recherche est possible par
ordre alphabtique ou par sujet. Le site signale aussi d'autres rpertoires de
l'dition franaise et internationale.

Livre.net (devenu ensuite Lalibrairie.com) met  la disposition des adhrents
cinq annuaires professionnels (bibliothques, diffuseurs, distributeurs,
diteurs et librairies). Le 1er dcembre 1998, Livre.net comprend 5.037 notices
d'diteurs, 2.137 notices de libraires, 435 notices de diffuseurs, 390 notices
de distributeurs et 3.120 notices de bibliothques, avec divers critres de
recherche (titre, auteur, diteur, date de parution, ISBN, etc.). Plusieurs
rubriques sont en accs libre: conseils pour crire et publier, revues
littraires, concours littraires, etc.

Propos par Northern Lights Internet Solutions, une socit situe  Saskatoon,
dans le Saskatchewan (Canada), le rpertoire Publishers' Catalogues est gr par
Peter Scott. A titre anecdotique, voici la liste alphabtique des diteurs
franais rpertoris en dcembre 1998: "Actes Sud, Anako, Arnette Blackwell,
Casterman, Cepadues, Culture d'Oc, CyLibris ditions, Dunod, ditions
Complicits, ditions Dalloz-Sirey, ditions du Choucas, ditions du Juris
Classeur, ditions Eyrolles, ditions et librairie Oberlin, ditions Herms,
ditions Jakin, ditions littraires et linguistiques de Grenoble, ditions
Marshall Cavendish, ditions Massin, ditions Michel Lafon, ditions Milan
Presse, ditions Odile Jacob, ditions Phi, EDP Sciences, Fata Morgana,
Gallimard, Gauthier-Villars, Fabrice Gueho, Masson, Presses universitaires de
France et Telesma Publishing."

= La National Academy Press

"A premire vue, cela parat illogique", crit Beth Berselli, journaliste au
Washington Post, dans un article paru dans le Courrier international de novembre
1997. "Un diteur de Washington, la National Academy Press (NAP), qui a publi
sur internet 700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi  tout un
chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17% l'anne
suivante. Qui a dit que personne n'achterait la vache si on pouvait avoir le
lait gratuitement?"

Une politique  la fois atypique et dynamique porte donc ses fruits. Editeur
universitaire amricain, la National Academy Press (NAP) (devenue ensuite:
National Academies Press) publie environ 200 livres par an, essentiellement des
livres scientifiques et techniques et des ouvrages mdicaux. Ds 1994, l'diteur
choisit de mettre en accs libre sur le web le texte intgral de plusieurs
centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les "feuilleter"  l'cran,
comme ils l'auraient fait dans une librairie, avant de les acheter ensuite s'ils
le souhaitent. La NAP est le premier diteur  se lancer dans un tel pari, une
initiative salue par les autres maisons d'dition, qui hsitent cependant 
tenter l'aventure, ce pour trois raisons: le cot excessif qu'entrane la mise
en ligne de milliers de pages, les problmes lis au droit d'auteur, et enfin
une concurrence qu'ils estiment nuisible  la vente.

En ce qui concerne le copyright, ce sont les auteurs de la NAP eux-mmes qui,
pour des raisons publicitaires, demandent  ce que leur livre soit mis en ligne
sur le site. Pour l'diteur, le web est un nouvel outil de marketing face aux
50.000 ouvrages publis chaque anne aux Etats-Unis. Une rduction de 20% est
accorde pour toute commande effectue en ligne. La prsence de ces livres sur
le web entrane une augmentation des ventes par tlphone. Le mouvement va en
s'amplifiant puisque, en 1998, le site de la NAP propose le texte intgral d'un
millier de titres. La solution choisie par la NAP est galement adopte par la
MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of Technology), qui voit rapidement ses
ventes doubler pour les livres en version intgrale sur le web.


4.2. L'dition lectronique


= Deux pionniers, CyLibris et 00h00

Fond en aot 1996  Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris,
livre) est le pionnier francophone de l'dition lectronique commerciale.
CyLibris est en effet la premire maison d'dition  utiliser l'internet et le
numrique pour publier de nouveaux auteurs littraires. Vendus uniquement sur le
web, les livres sont imprims  la commande et envoys directement au client, ce
qui permet d'viter le stock et les intermdiaires. Pendant son premier
trimestre d'activit, l'diteur signe des contrats avec treize auteurs. Le site
propose en tlchargement libre des extraits de livres au format texte. Il donne
aussi des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un
manuscrit  un diteur, ce que doit comporter un contrat d'dition, comment
protger son manuscrit, comment tenter sa chance dans des revues ou concours
littraires, etc. En bref, le site de CyLibris se propose d'tre le carrefour de
la petite dition.

Pionnier de l'dition en ligne commerciale, les ditions 00h00 (prononcer: zro
heure) font leur apparition sur le rseau en mai 1998. Elles sont co-fondes par
Jean-Pierre Arbon, ancien directeur gnral de Flammarion, et Bruno de Sa
Moreira, ancien directeur de Flammarion Multimdia, qui explique en juillet
1998: "Aujourd'hui mon activit professionnelle est 100% base sur internet. Le
changement ne s'est pas fait radicalement, lui, mais progressivement
(audiovisuel puis multimdia puis internet). (...) La gestation du projet a dur
un an: brainstorming, faisabilit, cration de la socit et montage financier,
dveloppement technique du site et informatique ditoriale, mise au point et
production des textes et prparation du catalogue  l'ouverture. (...) Nous
faisons un pari, mais l'internet me semble un mdia capable d'une trs large
popularisation, sans doute grce  des terminaux plus faciles d'accs que le
seul micro-ordinateur."

La cration de 00h00 marque la vritable naissance de l'dition en ligne, lit-on
sur le site. "C'est en effet la premire fois au monde que la publication sur
internet de textes au format numrique est envisage dans le contexte d'un site
commercial, et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'dition
(auteurs et diteurs) d'ouvrir avec elle sur le rseau une nouvelle fentre
d'exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des
indits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont
les droits en ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants droit. (...)
Avec l'dition en ligne merge probablement une premire vision de l'dition au
21e sicle. C'est cette ide d'origine, de nouveau dpart qui s'exprime dans le
nom de marque, 00h00. (...) Internet est un lieu sans pass, o ce que l'on fait
ne s'value pas par rapport  une tradition. Il y faut inventer de nouvelles
manires de faire les choses. (...) Le succs de l'dition en ligne ne dpendra
pas seulement des choix ditoriaux: il dpendra aussi de la capacit 
structurer des approches neuves, fondes sur les lecteurs autant que sur les
textes, sur les lectures autant que sur l'criture, et  rendre immdiatement
perceptible qu'une aventure nouvelle a commenc."

Tous les titres sont disponibles sous la forme d'un exemplaire numrique (au
format PDF) et d'un exemplaire papier. Les collections sont trs diverses:
indits, thtre classique franais, contes et rcits fantastiques, contes et
rcits philosophiques, souvenirs et mmoires, philosophie classique, ralisme et
naturalisme, cyberculture, romans d'enfance, romans d'amour, nouvelles et romans
d'aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour
chaque livre, on a un descriptif court, un descriptif dtaill, la table des
matires et une courte prsentation de l'auteur. S'ajoutent ensuite les
commentaires des lecteurs. Le paiement est effectu en ligne grce  un systme
scuris mis en place par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne
rebute peuvent rgler leur commande par fax, par courrier, par carte bancaire ou
par chque.

Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct
avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs qui
le souhaitent peuvent crer leur espace personnel pour y rdiger leurs
commentaires, participer  des forums ou recommander des liens vers d'autres
sites. Ils peuvent encore s'abonner  la lettre d'information pour tre tenus au
courant des nouveauts.

= La diffusion en ligne

Pour les livres et priodiques scientifiques et techniques, dans lesquels
l'information la plus rcente est primordiale, la numrisation conduit 
repenser compltement la signification mme de publication, et  s'orienter vers
une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les actualisations
rgulires.

Les tirages papier restent toujours possibles  titre ponctuel. Des universits
diffusent dsormais des manuels "sur mesure" composs d'un choix de chapitres et
d'articles slectionns dans une base de donnes, auxquels s'ajoutent les
commentaires des professeurs. Pour un sminaire, un trs petit tirage peut tre
effectu  la demande  partir de documents transmis par voie lectronique  un
imprimeur.

Pour la lecture de loisir, il reste toujours pratique d'avoir un livre ou un
magazine imprim pour lire sur son divan, dans son lit, au caf, dans une salle
d'attente, dans un train ou dans un avion. Mais,  terme, l'dition lectronique
se dveloppera peut-tre aussi dans ce domaine, en complment,  cause d'atouts
spcifiques comme sa rapidit d'accs et son cot.


4.3. Les auteurs ont-ils encore besoin des diteurs?


De l'avis gnral, l'internet renforce considrablement les relations entre les
auteurs et les lecteurs. Grce au web, les auteurs peuvent faire connatre
directement leurs oeuvres, et le courrier lectronique leur permet de discuter
avec leurs lecteurs. En dfinitive, les auteurs ont-ils encore besoin des
diteurs?

Professeure de lettres, pote et peintre, Silvaine Arabo cre en mai 1997 le
site Posie d'hier et d'aujourd'hui. En juin 1998, elle relate: "Internet m'a
mise en contact avec d'autres potes, dont certains fort intressants... Cela
rompt le cercle de la solitude et permet d'changer des ides. On se lance des
dfis aussi... Internet peut donc pousser  la crativit et relancer les
motivations des potes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront mme,
dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points
de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects
positifs  la promotion de la posie par internet, tant pour le lecteur que pour
le crateur." Son site devient rapidement une cyber-revue.

Ceci est tout aussi vrai pour les romans. Le quotidien Libration du 27 fvrier
1998 donne l'exemple de Barry Beckham, romancier amricain qui lance une formule
originale pour diffuser son nouveau roman You Have a Friend: The Rise and Fall
and Rise of the Chase Manhattan Bank. Ce roman a pour dcor la grande banque
Chase Manhattan, et ceci sur deux sicles, entre 1793 et 1995. Le sujet est
inspir par la vie professionnelle de l'auteur, qui est rdacteur dans le
service des relations publiques de cette banque. Moyennant un abonnement de 9,95
dollars, le lecteur reoit un pisode par courrier lectronique tous les quinze
jours pendant six mois. Barry Beckham inaugure ainsi la formule du
roman-feuilleton sur le web, dans la ligne de Dostoevski, Dumas et Dickens en
d'autres temps. Sur son site (disparu depuis), Barry Beckham dit s'tre inspir
de la dmarche des feuilletonnistes du 19e sicle "pour atteindre des lecteurs 
une poque o l'dition littraire est domine par des conglomrats obsds par
des titres ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance
intellectuelle".

Pour les auteurs de documentaires galement, l'apport de l'internet est rel,
comme en tmoigne l'exprience d'Esther Dyson. Prsidente d'EDventure Holdings,
socit spcialise dans l'tude des technologies de l'information, elle fait
partie du comit directeur de l' Electronic Frontier Foundation (EFF). Depuis
1982, elle publie Release 1.0, lettre d'information mensuelle trs prise des
spcialistes et souvent appele la lettre intellectuelle du monde informatique.
En 1997, elle publie aussi un livre: Release 2.0: A Design for Living in the
Digital Age. Paralllement  la publication simultane de son livre par
plusieurs diteurs dans le monde (notamment Viking  Londres), Esther Dyson
ouvre le site Release 2.0 (disparu depuis) pour dialoguer avec ses lecteurs et
tirer parti de tous ces changes dans une nouvelle dition de son livre. Dans ce
cas prcis, le site web se trouve tre une tape intermdiaire entre deux
publications imprimes.

Si un livre a de plus en plus frquemment un correspondant numrique sur le web,
le cas contraire ne l'est pas, comme l'explique Christian Aubry, rdacteur en
chef du cybermag Multimdium, lorsqu'il prsente L'tat du cybercommerce
1998-1996, copubli par Fortune 1000 et Communications Vianet, qui parat le 25
fvrier 1998 lors du Forum qubcois sur l'internet. "Il est devenu assez banal
de numriser un livre afin de le rendre accessible sur le rseau mondial. Mais
le contraire - un site internet transpos dans un livre - est un phnomne
suffisamment inusit pour attirer notre attention. Que peut gagner le web, ce
mdium virtuel, universel, interactif et instantan,  revenir ainsi en arrire
et  se figer dans un simple objet de papier?" Sign par deux journalistes,
Vallier Lapierre et Yves Leclerc, le livre est un recueil de textes tirs du
site CLS du commerce lectronique. Il recense les tendances et stratgies
rcentes en matire de commerce lectronique et de cyber-conomie.

Les diteurs auront-ils encore raison d'tre dans quelques annes? Oui,
vraisemblablement. Jean-Paul, crivain et musicien, crit en juin 1998:
"L'internet va me permettre de me passer des intermdiaires: compagnies de
disques, diteurs, distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce
que j'ai dans la tte (et ailleurs) et dont l'imprim (la micro-dition, en
fait) ne me permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermdiaires
prendront tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, l o l'herbe est
plus verte..."


5. LA PRESSE SE MET EN LIGNE


[5.1. La presse traditionnelle / 5.2. Les dbuts de la presse lectronique /
5.3. Le dveloppement de la presse en ligne]

Mme si cette tude est essentiellement consacre au livre, ce chapitre fait un
rapide survol du sujet connexe qu'est la presse en ligne. Nombreux sont les
journaux et magazines imprims qui ouvrent un site web avec articles, dossiers
et archives en ligne. D'autres journaux et magazines sont purement
lectroniques. L'avenir de la presse en ligne est galement li  un dbat de
fond sur le mtier de journaliste.


5.1. La presse traditionnelle


= Les dbuts

Mis en ligne en fvrier 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est
le premier site d'un priodique imprim franais. Mont dans le cadre d'un
projet exprimental avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA), ce site est
inaugur lors du forum des images Imagina. Il donne accs  l'ensemble des
articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L'intgralit du
mensuel en cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant
sa parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses
lecteurs.

En juin 1998, Philippe Rivire, responsable du site, prcise que, trois ans
aprs sa mise en ligne, le site a "bien grandi, autour des mmes services de
base: archives et annonce de sommaire". Grce  l'internet, "le travail
journalistique s'enrichit de sources faciles d'accs, aisment disponibles. Le
travail ditorial est facilit par l'change de courriers lectroniques; par
contre, une charge de travail supplmentaire due aux messages reus commence 
peser fortement."

Fin 1995, le quotidien Libration met en ligne son site web, peu aprs le
lancement du Cahier Multimdia, un cahier imprim hebdomadaire inclus dans
l'dition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimdia,
qui regroupe les articles du Cahier Multimdia et les archives des cahiers
prcdents, le Cahier Livres complt par Chapitre Un (les premiers chapitres
des nouveauts), et bien d'autres rubriques. (La rubrique Multimdia est ensuite
rebaptise Numriques.)

Sur le site du Monde, lanc en 1996, on trouve des dossiers en ligne, la Une en
version graphique  partir de 13 h, l'intgralit du journal avant 17 h,
l'actualit en liaison avec l'AFP (Agence France-Presse), et des rubriques sur
la bourse, les livres, le multimdia et les sports. En 1998, le journal complet
en ligne cote 5 FF (0,76 euros) alors que l'dition papier cote 7,50 FF (1,15
euros). S'ils concernent le multimdia, les articles du supplment imprim
hebdomadaire Tlvision-Radio-Multimdia sont disponibles gratuitement en ligne
dans la rubrique Multimdia (rebaptise ensuite Nouvelles technologies).

L'Humanit est le premier quotidien franais  proposer la version intgrale du
journal en accs libre sur le web. Classs par rubriques, les articles sont
disponibles entre 10 h et 11 h du matin,  l'exception de L'Humanit du samedi,
disponible en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivs sur le
site. En juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site, explique: "Le site
de L'Humanit a t lanc en septembre 1996  l'occasion de la Fte annuelle du
journal. Nous y avons ajout depuis un forum, un site consacr  la rcente
Coupe du monde de football (avec d'autres partenaires), et des donnes sur la
Fte et sur le meeting d'athltisme, parrain par L'Humanit. Nous esprons
pouvoir dvelopper ce site  l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du
quotidien qui devrait intervenir  la fin de l'anne ou au dbut de l'an
prochain. Nous esprons galement mettre sur le web L'Humanit Hebdo, dans les
mmes dlais. Jusqu' prsent on ne peut pas dire que l'arrive d'internet ait
boulevers la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va
ensemble). Les rubriques sont peu  peu quipes avec des postes ddis, mais
une minorit de journalistes exploitent ce gisement de donnes. Certains s'en
servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute
encore une 'peur' culturelle  plonger dans l'univers du net. Normal, en face de
l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu complique) de
combler ce handicap. On peut rver  un enrichissement par une sorte d'dition
lectronique, mais nous sommes svrement brids par le manque de moyens
financiers."

= La presse rgionale

La presse rgionale est elle aussi rapidement prsente sur le web, par exemple
les Dernires nouvelles d'Alsace et Ouest-France.

Lanc en septembre 1995, le site des Dernires nouvelles d'Alsace propose
l'intgrale de l'dition du jour et des informations pratiques (cours de la
bourse, calcul des impts, etc.). Il offre aussi une dition abrge en
allemand. Michel Landaret, responsable du site, prcise en juin 1998 que
celui-ci "compte actuellement 5.500 lecteurs par jour".

Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D'abord appel
France-Ouest, le site est ensuite renomm Ouest-France, du nom du journal. En
juin 1998, Bernard Boudic, son responsable ditorial, explique: "A l'origine,
l'objectif tait de prsenter et relater les grands vnements de l'Ouest en
invitant les internautes  une promenade dans un grand nombre de pages
consacres  nos rgions (tourisme, industrie, recherche, culture). Trs vite,
nous nous sommes aperus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tourns
vers la mise en ligne de dossiers d'actualit, puis d'actualits tout court.
Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos: quotidien, hebdo (tendant de plus
en plus vers un rythme plus rapide), vnements et dossiers. Et nous offrons des
services (petites annonces, guide des spectacles, presse-cole, boutique, etc.).
Nous travaillons sur un projet de journal lectronique total: mise en ligne
automatique chaque nuit de nos quarante ditions (450 pages diffrentes, 1.500
photos) dans un format respectant typographie et hirarchie de l'information et
autorisant la constitution par chacun de son journal personnalis (critres
gographiques croiss avec des critres thmatiques)."

Quels sont les retombes de l'internet pour les journalistes? "Elles sont encore
minces. Nous commenons seulement  offrir un accs internet  chacun (rdaction
d'Ouest-France: 370 journalistes rpartis dans soixante rdactions, sur douze
dpartements... pas simple). Certains utilisent internet pour la messagerie
lectronique (courrier interne ou externe, rception de textes de correspondants
 l'tranger, envoi de fichiers divers) et comme source d'informations. Mais
cette pratique demande encore  s'tendre et  se gnraliser. Bien sr, nous
rflchissons aussi  tout ce qui touche  l'criture multimdia et  sa
rtro-action sur l'criture imprime, aux changements d'habitudes de nos
lecteurs, etc. (...) Internet est  la fois une menace et une chance. Menace sur
l'imprim, trs certainement (captation de la pub et des petites annonces,
changement de rflexes des lecteurs, perte du got de l'imprim, concurrence
d'un mdia gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info,
etc.). Mais c'est aussi l'occasion de relever tous ces dfis, de rajeunir la
presse imprime."

= La presse anglophone

Dans le monde anglophone, au dbut des annes 1990, les premires ditions
lectroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux
tels que America Online ou CompuServe. Les organes de presse crent ensuite
leurs propres sites web. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web
commun sur un site dnomm Times Online, avec possibilit de crer une dition
personnalise. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est
payante, avec 100.000 abonns en 1998. Celle du New York Times est disponible
sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l'actualit quotidienne en
ligne et de nombreux articles archivs, le tout avec images, sons et vidos.
Pathfinder (rebaptis ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner,
diteur de Time Magazine, Sports illustrated, Fortune, People, Southern Living,
Money, Sunset, etc. On peut y lire la presse en ligne et rechercher des articles
par date ou par sujet. La presse informatique est galement prsente sur le web,
 commencer par le mensuel Wired, cr en 1992 en Californie. Premier magazine
consacr  la culture cyber, Wired, devenu une revue culte, se prsente en 1998
comme le journal du futur  l'avant-garde du 21e sicle.


5.2. Les dbuts de la presse lectronique


= L'E-zine-list

Les premiers titres purement lectroniques sont rpertoris dans l'E-zine-list,
cre en t 1993 par John Labovitz. Abrg de fanzine ou magazine, un e-zine
est gnralement l'oeuvre d'une personne ou d'un petit groupe. Il est uniquement
diffus par courriel ou sur un site web. Le plus souvent, il ne contient pas de
publicit, ne vise pas un profit commercial et n'est pas dirig vers une
audience de masse.

Comment l'E-zine-list dbute-t-elle? Sur le site, John Labovitz relate qu'
l'origine son intention est de faire connatre Crash, un zine imprim pour
lequel il souhaite crer une version lectronique. A la recherche de
rpertoires, il ne trouve que le groupe de discussion Alt.zines, et des archives
comme le The Well et The Etext Archives. Lui vient alors l'ide d'un rpertoire
organis. Il commence avec douze titres classs manuellement dans un traitement
de texte. Puis il crit sa propre base de donnes. En quatre ans, de 1993 
1997, les quelques dizaines de e-zines deviennent plusieurs centaines. Pendant
la mme priode, la signification mme de e-zine s'largit pour recouvrir tout
type de publication publie par voie lectronique, mme s'"il subsiste toujours
un groupe original et indpendant dsormais minoritaire qui continue de publier
suivant son coeur ou de repousser les frontires de ce que nous appelons un
e-zine". En t 1998, l'E-zine-list comprend 3.000 titres. (Elle sera poursuivie
jusqu'en novembre 2001.)

= La presse lectronique francophone

La presse lectronique francophone dbute en novembre 1994 avec Les Chroniques
de Cybrie, suivies par LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) en fvrier 1996 et
Multimdium en avril 1996.

Jean-Pierre Cloutier, journaliste qubcois, lance en novembre 1994 Les
Chroniques de Cybrie, une chronique hebdomadaire des actualits du rseau, en
collaboration avec Mychelle Tremblay. Cette chronique est d'abord une lettre
envoye par courriel. En avril 1995, elle est galement prsente sur le web. Au
fil des ans, elle devient une rfrence dans la communaut francophone, y
compris dans le domaine du livre.

Comment les Chroniques ont-elles dbut? En 1994, aprs avoir t journaliste
pendant de nombreuses annes, Jean-Pierre Cloutier est  la tte d'une petite
socit de traduction. "J'ai mis de ct mes activits de traduction pour
devenir chroniqueur, relate-t-il en juin 1998. Au dbut, je le faisais  temps
partiel, mais c'est rapidement devenu mon activit principale. C'tait pour moi
un retour au journalisme, mais de manire manifestement trs diffrente. Au
dbut, les Chroniques traitaient principalement des nouveauts (nouveaux sites,
nouveaux logiciels). Mais graduellement on a davantage trait des questions de
fond du rseau, puis dbord sur certains points d'actualit nationale et
internationale dans le social, le politique et l'conomique. Dans le premier
cas, celui des questions de fond, c'est relativement simple car toutes les
ressources (documents officiels, dpches, commentaires, analyses) sont en
ligne. On peut donc y mettre son grain de sel, citer, tendre l'analyse, pousser
des recherches. Pour ce qui est de l'actualit, la slection des sujets est
tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile 
dnicher. On se retrouve alors dans la mme situation que la radio ou la tl,
c'est--dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle mme
importante devient du coup moins attrayante sur le plan du mdium."

A la consternation des lecteurs, les Chroniques cessent provisoirement leur
parution en octobre 1997, pour des raisons budgtaires. "Au Qubec, (...) les
annonceurs des secteurs public et priv et les commanditaires ne sont pas au
rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilit du modle
conomique d'une prtendue industrie qubcoise du contenu sur les inforoutes",
expliquent  la mme date Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay. Six mois
plus tard, en avril 1998, les Chroniques sont de retour grce  leur alliance
avec le Webdo de Lausanne (Suisse) qui, pendant deux semaines, en dtient
l'exclusivit sur le site cr  cet effet. Elles sont ensuite archives sur le
site qubcois initial, avec moteur de recherche.

Lanc  Paris en fvrier 1996, LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu) se prsente
comme "l'hebdomadaire internet immatriel et francophone", et se veut la
rfrence franaise pour les technologies de l'information. Sous l'gide de
Franois Vadrot, directeur des systmes d'information du CNRS (Centre national
de la recherche scientifique), LMB Actu complte Le Micro Bulletin, revue
imprime destine aux universitaires et aux chercheurs. Diffus gratuitement par
courriel tous les jeudis matin, LMB Actu est ensuite archiv sur le web. (Il est
remplac par Internet Actu en septembre 1999.)

Mis en ligne en avril 1996, le cybermag qubcois Multimdium se prsente comme
le "quotidien des nouvelles technologies de l'information". L'actualit
qubcoise, francophone et internationale est prsente sous forme d'articles
courts renvoyant aux sources (dpches, sites web, etc.). La rubrique Infos
Technos est une slection de revues informatiques disponibles en ligne.


5.3. Le dveloppement de la presse en ligne


= De plus en plus de titres sur le web

Selon Henri Pigeat, prsident de l'Institut international des communications,
"l'dition lectronique reprsente un axe majeur de dveloppement pour la
presse". D'aprs lui, le web a trois fonctions essentielles: a) il est un outil
de promotion pour le journal parce qu'il attire de nouveaux lecteurs, souvent
plus jeunes; b) il offre plus de prcisions et une vision plus exhaustive qu'un
support papier limit par la place; c) il "permet d'occuper le terrain,
notamment face  la concurrence de services en ligne nouveaux ou de la
tlvision".

La vitesse de croisire va-t-elle remplacer la folle expansion observe entre
1994 et 1998? C'est l'avis d'Eric K. Meyer, journaliste indpendant qui publie
un article trs document sur le site de l'AJR/NewsLink (AJR: American
Journalism Review). En dcembre 1997, le nombre de journaux prsents sur le web
est de 3.622, un chiffre correspondant  peu prs  la prvision de 4.000 titres
donne par le mme site en 1994. 471 titres sont mis en ligne entre juin et
dcembre 1996, 594 titres entre dcembre 1996 et mai 1997 et 1.702 titres entre
juin et dcembre 1997. Sur les 3.622 titres recenss en dcembre 1997, on en
compte 1.563 bass hors des Etats-Unis, soit un pourcentage de 43%, alors que ce
pourcentage tait seulement de 29% en dcembre 1996. Cette forte augmentation
correspond  la mise en ligne de nombreux titres au Canada, au Royaume-Uni, en
Norvge, au Brsil et en Allemagne. Fait peu surprenant, les trois pays les plus
reprsents sont les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294 journaux)
et le Canada (230 journaux). Quelques mois plus tard, en septembre 1998, le
nombre de journaux prsents sur le web est de 4.925, soit 1.300 de plus que fin
1997.

Fait qui mrite d'tre signal, aux Etats-Unis, de grands groupes de presse
traditionnellement concurrents tentent de travailler ensemble. Lanc en fvrier
1997 par le News Century Network, NewsWorks est un site rdactionnel commun 
neuf groupes de presse (Advance Publications, Cox Newspapers, The Gannett
Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder, The New York Times Company,
Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post Company), soit 140
titres. Ce site commun dure 13 mois. La msentente et le manque de cohsion
entre les partenaires ont raison de cette alliance en mars 1998. Mme si le
partenariat semble difficile, il existe dsormais un prcdent pouvant ouvrir la
voie vers d'autres serveurs d'information nationaux et internationaux.

= L'information exclusive en ligne

Dans le quotidien Libration du 21 mars 1997, Laurent Mauriac, journaliste,
insiste sur l'importance de la date du 28 fvrier 1997 dans l'histoire de la
presse, du journalisme et de l'internet. A 15 h 15, le Dallas Morning News, l'un
des dix grands quotidiens amricains, livre en ligne une information exclusive:
la reconnaissance de sa culpabilit par Timothy McVeigh, le principal suspect de
l'attentat d'Oklahoma City (perptr le 19 avril 1995 et ayant tu 168
personnes). Pour la premire fois, une information exclusive n'est pas livre
par une dition imprime mais par une dition en ligne. Elle renverse les
rapports d'un journal avec son site web. Jusque-l, l'dition en ligne se
contentait d'tre une copie de l'dition papier.

Moins d'un an aprs, le mcanisme est au point. Pierre Brianon, lui aussi
journaliste  Libration, explique le 30 janvier 1998 que le scandale provoqu
par les relations sexuelles de Bill Clinton, prsident des Etats-Unis, avec
Monika Lewinski, stagiaire  la Maison Blanche, est "le premier grand vnement
politique dont tous les dtails sont instantanment reproduits sur le web". Tous
les grands mdias d'information ont une page web spciale consacre au scandale.
"Pour la premire fois, le web apparat ainsi comme un concurrent direct et
brutal, non seulement des journaux - handicaps par leur priodicit - mais des
radios ou tlvisions."

L'affaire Clinton-Lewinsky provoque aussi quelques drapages. Dans un entretien
publi en mars 1998 par le magazine allemand Com!, Hermann Meyn, prsident du
Deutscher Journalisten Verband (DJV) (Fdration des journalistes allemands),
propose d'tablir un code de dontologie professionnelle  l'intention des
journalistes de la presse en ligne, afin d'viter de tels drapages  l'avenir.
Le flux d'informations tant beaucoup plus rapide sur l'internet que dans les
mdias classiques, les rumeurs et fausses nouvelles sont lgion. Un tel code
parat donc indispensable, plutt que des lois nationales qui s'avreraient sans
doute inefficaces, l'internet tant un rseau  vocation mondiale.

= Presse et convergence multimdia

Dans la Tribune de Genve du 28 fvrier - 1er mars 1998, Antoine Maurice,
journaliste, consacre un article aux mutations technologiques affectant le monde
de la presse. Suite  la gnralisation de l'impression offset et de la
photocomposition, la fin des annes 1980 voit "des rdactions compltement
informatises et dpourvues de papier - le tout cran -, compltement en rseau
et en flux immatriel de production, compltement dtaches et dtachables des
lieux d'impression". Nombre de mtiers ont disparu. Les journalistes doivent
maintenant compter avec des secrtaires de rdaction qui saisissent les textes
puis montent les pages  l'cran, et avec des ingnieurs qui rglementent les
modalits du travail. Les techniciens de l'information et ceux qui l'crivent
sont tous deux "journalistes de plein droit, puisque des metteurs en page sur
ordinateur sont autant responsables du contenu du journal que des rdacteurs".
Les journalistes doivent aussi compter avec la concurrence de l'internet qui 
court-circuite en partie le pouvoir d'informer, privilge jusque-l d'un milieu
mdiatique qui se serait bien pass de cette concurrence".

Lors du Colloque sur la convergence multimdia organis les 27-29 janvier 1997 
Genve par le Bureau international du travail (OIT), plusieurs interventions
sont particulirement intressantes.

Bernie Lunzer, secrtaire trsorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis), est
l'intervenant le plus pessimiste sur la rentabilit de la presse en ligne.
D'aprs lui, les espoirs de rentabilit, fonds  l'origine sur les placards
publicitaires, se sont ensuite reports sur les petites annonces, sans garantie
de succs jusque-l. L'instauration de l'abonnement payant semble lui aussi vou
 l'chec, parce qu'il prive le site d'une grande partie de son trafic. Bernie
Lunzer insiste galement sur les batailles juridiques relatives au respect de la
proprit intellectuelle sur l'internet. Le but est notamment de contrer
l'attitude des directeurs de publication, qui amnent les journalistes
indpendants  signer des contrats particulirement choquants, avec cession de
leurs droits d'auteur au journal en change d'une contrepartie financire
ridicule.

De l'avis de Heinz-Uwe Rbenach, du Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger
(Association des directeurs de journaux, Allemagne), les services de presse en
ligne ne devraient pas sonner le glas des journaux imprims, au moins dans un
proche avenir. Par contre, la presse en ligne concurrence dj la presse
traditionnelle pour les annonces immobilires, les offres d'emploi et l'achat de
billets pour des manifestations sportives ou des spectacles. Heinz-Uwe Rbenach
insiste aussi sur la ncessit pour les entreprises de presse de grer et de
contrler l'utilisation sur le web des articles de leurs journalistes.

Plusieurs syndicalistes font part du danger reprsent par la pression constante
exerce sur les journalistes des salles de rdaction. Alors que leurs articles
devaient auparavant tre livrs une fois par jour, ils sont maintenant
sollicits plusieurs fois par jour. Ces tensions  rptition sont encore
aggraves par une journe de travail  l'cran pendant huit  dix heures
d'affile. Le rythme de travail et l'utilisation intensive de l'ordinateur
entranent de proccupants problmes de scurit au travail. Aprs quelques
annes  ce rgime, des journalistes craquent  l'ge de 35 ou 40 ans.

Prsident de la Federao nacional dos jornalistas (FENAJ) (Fdration nationale
des journalistes, Brsil), Carlos Alberto de Almeida dnonce l'exploitation des
journalistes dans son pays. En thorie, les nouvelles technologies devaient leur
donner la possibilit de rationaliser leur travail et d'en rduire la dure afin
d'avoir plus de temps libre  consacrer  leur culture personnelle et leurs
loisirs. En pratique, ils sont obligs d'effectuer un nombre d'heures de travail
de plus en plus lev. La journe lgale de 5 heures est en fait une journe de
10  12 heures. Les heures supplmentaires ne sont pas payes, comme ne sont pas
payes non plus celles effectues le week-end.

Si elle acclre le processus de production, l'automatisation des mthodes de
travail entrane une diminution de l'intervention humaine et donc un
accroissement du chmage. Alors que, par le pass, le personnel de production
devait retaper les textes du personnel de rdaction, la mise en page automatique
entrane la combinaison des deux tches de rdaction et de composition. Dans les
services publicitaires aussi, la conception graphique et les tches commerciales
sont maintenant intgres. Par contre, l'informatique permet  certains
professionnels de s'installer  leur compte, une solution choisie par 30% des
salaris ayant perdu leur emploi.

= L'internet au secours de la libert d'expression

Le web permet de lire en ligne des titres difficiles ou impossibles  trouver en
kiosque. Un article du Monde dat du 23 mars 1998 donne l'exemple du quotidien
algrien El Watan, en ligne depuis octobre 1997. Redha Belkhat, son rdacteur en
chef, explique: "Pour la diaspora algrienne, trouver dans un kiosque  Londres,
New York ou Ottawa un numro d'El Watan dat de moins d'une semaine relve de
l'exploit. Maintenant, le journal tombe ici  6 heures du matin, et  midi il
est sur internet."

L'internet permet aussi aux journaux interdits d'tre publis malgr tout. C'est
le cas de l'hebdomadaire algrien La Nation qui, parce qu'il dnonce les
violations des droits de l'homme en Algrie, est contraint de cesser ses
activits en dcembre 1996. Un an aprs sa disparition, un numro spcial de La
Nation est disponible sur le site de Reporters sans frontires (RSF). "En
mettant La Nation en ligne, notre but tait de dire: cela n'a plus de sens de
censurer les journaux en Algrie, parce que grce  internet les gens peuvent
rcuprer les articles, les imprimer, et les distribuer autour d'eux", indique
Malti Djallan,  l'origine de cette initiative.

Consacr lui aussi  l'Algrie, le journal lectronique Nouvelles du bled est
lanc en dcembre 1997  Paris par Mohamed Zaoui, journaliste algrien en exil,
et Christian Debraisne, franais, responsable de la mise en page. L'quipe
rassemble une douzaine de personnes qui se retrouvent le jeudi soir dans un caf
du 11e arrondissement. La revue de presse est effectue  partir des journaux
d'Alger. Dans Le Monde du 23 mars 1998, Mohamed Zaoui explique: "La rdaction
d'El Watan, par exemple, nous envoie des papiers qu'elle ne peut pas publier
l-bas. C'est une faon de djouer la censure. J'avais envie d'tre utile et
j'ai pens que mon rle en tant que journaliste tait de saisir l'opportunit
d'internet pour faire entendre une autre voix entre le gouvernement algrien et
les intgristes." Christian Debraisne ajoute: "Avec internet, nous avons trouv
un espace de libre expression et, en prime, pas de problme d'imprimerie ni de
distribution. Je rcupre tous les papiers et je les mets en ligne la nuit 
partir de chez moi." Nouvelles du bled parat jusqu'en octobre 1998.

= Un mdium  part entire

Selon une enqute mene en fvrier 1998 aux Etats-Unis par Market Facts (devenu
ensuite Synovate) pour le compte de MSNBC (Microsoft Network Broadcasting
Corporation), l'internet supplante dsormais les mdias classiques en tant que
diffuseur de nouvelles. Avec une moyenne d'utilisation de 3,5 heures par
semaine, l'internet supplante les magazines (2,4 heures) et il est pratiquement
 galit avec les journaux (3,6 heures). Il tend  se rapprocher de la radio
(4,5 heures), de la tlvision par cble (5 heures) et de la tlvision
classique (5,7 heures). L'internet l'emporte largement sur l'imprim pour la
consultation des nouvelles au bureau, particulirement les nouvelles conomiques
et financires.

Signe des temps, en France, l'Ecole suprieure de journalisme de Lille propose
une formation au journalisme multimdia, cette formation durant neuf mois, dont
trois mois de stage en entreprise. "En associant sur un mme support l'crit,
l'image, le son, les ressources documentaires et l'interactivit, le multimdia
modifie substantiellement les pratiques des diteurs et des professionnels",
indique l'Ecole sur son site. Termine en juin 1998, la premire session
comprend huit diplms. Une deuxime session dbute en septembre 1998. Dans un
article du cybermag Multimdium dat du 17 avril 1998, Bruno Guglieminetti,
ralisateur aux projets spciaux numriques de Radio Canada, explique: "Le
journalisme en ligne fait appel  une toute autre philosophie,  un tout autre
systme de production que le journalisme 'traditionnel'. Avec la cration de
cette filire, Lille se plante vraiment  l'avant-garde du journalisme europen,
ce qui n'empchera pas les journalistes traditionnels d'y recevoir leur
formation et d'y trouver leur compte."

Par ailleurs, le Syndicat national des journalistes (SNJ) oeuvre pour que soit
respecte la protection du droit d'auteur sur l'internet. En mars 1998, le SNJ
entame sa troisime poursuite contre un organe de presse crite pour l'obliger 
rtribuer les journalistes dont les articles sont repris sur le web. Aprs avoir
poursuivi les Dernires nouvelles d'Alsace puis le Groupe Havas, le SNJ
s'attaque au Figaro pour "contrefaon et exploitation ligitieuse" des articles
de la rdaction mis en ligne sur son site web. Selon le cybermag Multimdium,
qui consacre un article  ce sujet, "la poursuite s'appuie sur l'article 9 de la
convention collective qui stipule que 'si un journaliste est appel par son
employeur  collaborer  un autre titre que celui ou ceux auxquels il est
attach, ou  excuter son contrat de travail selon un mode d'expression
diffrent, cette modification doit faire l'objet d'un accord dans les conditions
prvues  l'article 20, c'est  dire qu'un change de lettres sera ncessaire
chaque fois qu'interviendra une modification du contrat de travail'. L'employeur
ayant dcid de mettre en ligne les articles sans l'accord des journalistes, et
ceux-ci estimant que la publication en ligne n'est pas la mme que l'imprime 
laquelle ils sont lis, le syndicat estime que la convention collective n'est
pas respecte."

= L'avenir de la presse en ligne

L'internet permet une information en profondeur qu'aucun organe de presse ne
pouvait donner jusqu'ici. Derrire l'information du jour se trouve toute une
encyclopdie qui aide  la comprendre. Le rseau offre des avantages sans
prcdent: rapidit de propagation des informations, accs immdiat  de
nombreux sites d'information, liens vers des articles et sources connexes,
normes capacits documentaires allant du gnral au spcialis et
rciproquement (cartes gographiques, notices biographiques, textes officiels,
informations d'ordre politique, conomique, social, culturel, etc.), grande
varit d'illustrations suite  la cration de banques d'images et de photos,
possibilit d'archivage des articles, avec moteur de recherche permettant de les
retrouver rapidement, etc.

L'internet est devenu lui-mme un mdium d'information  part entire. La presse
en ligne reste toutefois essentielle, comme le rappelle en juin 1998 Jean-Pierre
Cloutier, journaliste et auteur des Chroniques de Cybrie: "Quel que soit le
degr de convergence, je crois qu'il y aura toujours place pour l'crit, et
aussi pour les analyses en profondeur sur les grandes questions." Selon lui, la
presse en ligne a tout autant besoin des journalistes que la presse crite, la
radio et la tlvision. Dans un article de WebdoMag dat de juillet 1998, il
explique: "L'esprit de dcouverte et le got de l'exploration et du bricolage
technique de ceux et celles qui ont t prcoces  adopter l'internet (...) ne
sont pas partags par la deuxime vague d'utilisateurs qui constituent
maintenant la partie la plus importante de cette 'masse critique'. Et voil le
dfi de la presse spcialise, c'est--dire accompagner le grand public dans sa
dcouverte du nouveau mdium et dans son appropriation de l'espace cyber,
l'aider  analyser, faciliter sa comprhension, ajouter une valeur 
l'information brute."


6. LES BIBLIOTHEQUES ET L'AVENTURE INTERNET


[6.1. Sites web et rpertoires / 6.2. L'internet dans les bibliothques / 6.3.
Les professionnels de l'information / 6.4. Les catalogues en ligne]

Ce chapitre est consacr aux bibliothques traditionnelles, caractrises par
des btiments en dur, des imprims aligns sur les rayonnages, des tables et des
siges pour les lecteurs, des jours et heures d'ouverture, et des
bibliothcaires en chair et en os renseignant les lecteurs. Les bibliothques
numriques, qui regroupent des textes lectroniques disponibles sur le web,
seront abordes au chapitre suivant.


6.1. Sites web et rpertoires


La premire bibliothque prsente sur le web est la Bibliothque municipale
d'Helsinki (Finlande), qui inaugure son site en fvrier 1994.

= En France

Le site trs color de la Bibliothque publique d'information (BPI) est un
modle du genre. Incluse dans le Centre national d'art et de culture Georges
Pompidou, au coeur de l'ancien quartier des Halles, la BPI est la grande
bibliothque parisienne multimdia en libre accs. En travaux pour
restructuration aprs vingt ans de fonctionnement (1977-1997), elle dmnage
provisoirement en novembre 1997 dans d'autres locaux situs dans le mme
quartier, en attendant la rouverture des locaux initiaux en l'an 2000. Entre
autres services, le site web de la BPI propose l'Oriente-Express, un rpertoire
d'adresses de bibliothques et de centres de documentation publics et privs
situs  Paris ou en rgion parisienne, choisis soit parce qu'ils sont ouverts 
un large public, soit parce qu'ils font rfrence dans leur domaine. Tous les
organismes sont prsents dans un cadre identique avec description des
collections et des domaines couverts, ainsi qu'un lien hypertexte vers leur site
web.

Le site bilingue franais-anglais de la Bibliothque nationale de France (BnF)
est  la fois solidement ancr dans le pass et rsolument ouvert sur l'avenir,
comme en tmoigne le menu principal de la page d'accueil avec ses neuf
rubriques: nouveau ( savoir les nouvelles manifestations culturelles),
connatre la BnF, les actualits culturelles, les expositions virtuelles (quatre
expositions en septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son
temps, naissance de la culture franaise, tous les savoirs du monde), des
informations pratiques, l'accs aux catalogues de la BnF, l'information
professionnelle (conservation, dpt lgal, produits bibliographiques, etc.), la
bibliothque en rseau (francophonie, coopration nationale, coopration
internationale, etc.), et les autres serveurs (bibliothques nationales,
bibliothques franaises, universits, etc.). Enfin, bien en vue sur la page
d'accueil, un logo permet d'accder  Gallica, sa bibliothque numrique, sur
laquelle on reviendra dans le chapitre suivant.

Les sites web de bibliothques francophones tant de plus en plus nombreux,
plusieurs rpertoires sont crs pour en faciliter l'accs: le rpertoire des
catalogues des bibliothques francophones de l'ENSSIB (Ecole nationale
suprieure des sciences de l'information et des bibliothques), le rpertoire
des bibliothques prsentes sur l'internet de l'Association des bibliothcaires
franais (ABF), le rpertoire des sites web de bibliothques de Biblio On Line,
etc. Ces rpertoires sont galement accessibles par le biais de Sitebib, un site
web permettant une gestion partage des liens entre divers organismes
spcialiss. Situ sur le serveur de la Bibliothque nationale de France (BnF),
le Catalogue collectif de France (CCFR) permet de "trouver des informations
dtailles sur les bibliothques franaises, leurs collections et leurs fonds
(anciens, locaux ou spcifiques), connatre prcisment les services qu'elles
rendent et interroger leur catalogue en ligne".

= En Europe

Il existe nombre de rpertoires nationaux, par exemple Bibliotheken, situ sur
le site du Fachbereich Informatik (devenu ensuite: Fargebiet Wissensbasierte
System) de la Technische Universitt (TU) de Berlin, qui donne la liste des
bibliothques nationales, universitaires et publiques d'Allemagne, d'Autriche et
de Suisse, ou encore BIBSYS,qui est le site des bibliothques de Norvge. Gr
par la bibliothque de l'Universit d'Exeter, Library and Related Resources est
le rpertoire des bibliothques, muses et centres de recherche du Royaume-Uni.

Site trilingue (anglais, franais, allemand), Gabriel est l'acronyme de: Gateway
and Bridge to Europe's National Libraries. Comme son nom l'indique, il s'agit du
serveur des bibliothques nationales europennes, cr afin d'offrir un point
d'accs unique  leurs services et collections. Le choix de ce nom "rappelle
galement les travaux de Gabriel Naud, dont l'Advis pour dresser une
bibliothque (Paris, 1627) est le premier travail thorique en Europe sur les
bibliothques et qui constitue ainsi un point de dpart sur les bibliothques de
recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employ dans de nombreuses langues
europennes et vient de l'Ancien Testament, Gabriel tant l'un des archanges, ou
messager cleste. Il est galement prsent dans le Nouveau Testament et dans le
Coran."

Le site propose des liens hypertextes vers les services en ligne des
bibliothques nationales europennes. Il couvre les pays suivants: Allemagne,
Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France,
Grce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie,
Luxembourg, Macdoine, Malte, Norvge, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Rpublique
slovaque, Rpublique tchque, Roumanie, Royaume-Uni, San Marino, Sude, Suisse,
Turquie et Vatican. Une rubrique informe des projets communs  plusieurs pays.
La recherche sur Gabriel est possible par pays ou par type de services: OPAC
(online public access catalogues), bibliographies nationales, catalogues
collectifs nationaux, index de priodiques, serveurs web, gophers (systmes
d'information  base de menus textuels  plusieurs niveaux), et liste complte
des services en ligne par bibliothque.

Comment Gabriel voit-il le jour? L'ide d'un site web commun aux bibliothques
nationales europennes nat en 1994  Oslo (Norvge) lors de la runion de la
Conference of European National Libraries (CENL). En mars 1995, une nouvelle
runion rassemble les reprsentants de la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas), de
la British Library (Royaume-Uni) et de l'Helsinki University Library (Finlande).
Aprs s'tre mises d'accord sur un projet pilote, ces trois bibliothques sont
rejointes par trois autres bibliothques nationales: Die Deusche Bibliothek
(Allemagne), la Bibliothque nationale de France et la Biblioteka Narodowa
(Pologne).

Le projet Gabriel est approuv en septembre 1995 lors de la runion annuelle de
la CENL  Berne (Suisse). Un serveur pilote est lanc sur l'internet par la
British Library, qui s'occupe ensuite de sa maintenance ditoriale avec la
collaboration des bibliothques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La
seconde tape se droule entre octobre 1995 et septembre 1996. Les bibliothques
nationales n'ayant pas particip  la phase pilote sont invites  se joindre au
projet, ce qui permet son dveloppement rapide. Entre-temps, de nombreuses
bibliothques dbutent leur propre site web. Lors de sa runion  Lisbonne
(Portugal) en septembre 1996, la CENL dcide le lancement de Gabriel, son site
officiel,  compter du 1er janvier 1997. Sa maintenance ditoriale est dsormais
assure par la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas).

Quelle est la situation dans les bibliothques publiques? Internet and the
Library Sphere, document de l'Union europenne, value  1.000 environ le nombre
de bibliothques publiques ayant un site web en novembre 1998. Ces bibliothques
sont rparties dans une trentaine de pays. Les pays les plus reprsents sont la
Finlande (247 bibliothques), la Sude (132 bibliothques), le Royaume-Uni (112
bibliothques), le Danemark (107 bibliothques), l'Allemagne (102
bibliothques), les Pays-Bas (72 bibliothques), la Lituanie (51 bibliothques),
l'Espagne (56 bibliothques) et la Norvge (45 bibliothques). La Russie est
prsente avec 26 bibliothques. Les pays nouvellement reprsents sont la
Rpublique tchque (29 bibliothques) et le Portugal (3 bibliothques). Les
sites sont trs htrognes. Certains mentionnent seulement l'adresse postale de
la bibliothque et ses heures d'ouverture, tandis que d'autres proposent toute
une gamme de services, avec accs direct  leur catalogue en ligne (OPAC).

= Dans le monde

Les deux grandes bibliothques anglophones prsentes sur le web sont la British
Library (Royaume-Uni) et la Library of Congress (Etats-Unis). Leurs sites web
sont d'autant plus intressants qu'ils incluent toute une rflexion sur la place
de l'internet et des technologies numriques dans la profession. Dans sa section
Library and Information Science Resources, la Library of Congress donne une
liste des bibliothques publiques universitaires aux Etats-Unis, avec accs 
leurs sites web et  leurs catalogues. Plusieurs rubriques concernent la
recherche et la rfrence, les services techniques, les collections
particulires, les bibliothques numriques, les organisations professionnelles,
les coles en bibliothconomie et sciences de l'information, les journaux
professionnels et les fournisseurs de bibliothques.

Un outil pratique  l'chelle mondiale est le rpertoire Libweb: Library Servers
via WWW, tenu  jour par Thomas Dowling au sein de la Digital Berkeley Library,
la bibliothque numrique de l'Universit de Berkeley (Californie). Libweb
recense la totalit des sites web de bibliothques dans le monde, soit, 
l'automne 1998, 2.500 sites web dans 70 pays. Une centaine de bibliothques
europennes est rpertorie. La mise  jour est quotidienne, tous les jours 
minuit heure locale.


6.2. L'internet dans les bibliothques


"Cyberespace. Une hallucination consensuelle exprimente quotidiennement par
des milliards d'oprateurs rguliers, dans chaque nation, par des enfants  qui
on enseigne des concepts mathmatiques... Une reprsentation graphique des
donnes extraites des banques de tous les ordinateurs dans le systme humain.
Complexit incroyable. Des lignes de lumire alignes dans le non-espace de
l'esprit, des agglomrats et des constellations de donnes. Et qui s'estompent
peu  peu, comme les lumires de la ville..." En attendant le cyberespace 
l'chelle mondiale dcrit par William Gibson dans Neuromancien, roman de
science-fiction paru en 1984, nombreux sont les bibliothcaires qui mettent sur
pied des cyberespaces entre quatre murs  destination de leurs lecteurs.

= L'internet en milieu rural

Lanc en 1996, le site web de l'ARPALS a pour sous-titre: "Internet et
multimdia aux champs, ou comment amener la culture en milieu rural". L'ARPALS
(Amicale du regroupement pdagogique Armillac Labretonie Saint-Barthlmy)
regroupe les 950 habitants de quatre villages (Armillac, Labretonie, Laperche et
Saint-Barthlmy) situs dans le dpartement du Lot-et-Garonne, dans le
sud-ouest de la France. Le regroupement pdagogique intercommunal (RPI) permet
aux quatre villages de faire cole commune afin d'viter la fermeture de classes
malheureusement frquente dans le monde rural.

L'association met sur pied d'une part des animations (repas, kermesse, bal
masqu), d'autre part une bibliothque intercommunale de 1.300 livres en
partenariat avec la Bibliothque dpartementale de prt (BDP) de
Villeneuve-sur-Lot. Le site web prsente une slection de livres avec un rsum
pour chacun d'eux. L'association cre aussi une mdiathque ouverte 22 heures
par semaine pour un public allant de 3  76 ans. Quatre ordinateurs multimdia
(complts par deux imprimantes couleur et un scanner  plat) permettent la
consultation de CD-Rom, le libre accs  l'internet et l'utilisation de
logiciels bureautiques tels que Works, Dbase for Windows, Corel Draw, Publisher,
PhotoPaint, etc.

En juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre de l'ARPALS, prcise: "Le but de
notre site internet est de faire connatre l'existence de la mdiathque
intercommunale de St-Barthlmy et ce que nous y faisons. C'est un moyen pour
nous de dmontrer l'utilit et l'intrt de ce type de structure et la
simplicit de l'usage des nouvelles technologies dans le cadre d'une
bibliothque." C'est aussi un moyen de "pallier la faiblesse de notre fonds
documentaire. Internet et le multimdia nous permettent d'offrir beaucoup plus
de ressources et d'informations  nos usagers".

= Le cyberespace des Nations unies  Genve

L'internet peut aussi relancer les bibliothques traditionnelles. C'est le cas
de la Bibliothque de l'Organisation des Nations unies  Genve (ONUG), sise
dans l'imposant Palais des nations, entre le Lac Lman et le quartier des
organisations internationales. En juillet 1997,  l'initiative de Pierre Pelou,
son directeur, la bibliothque ouvre un cyberespace de 24 postes informatiques
en libre accs avec plusieurs dizaines de CD-Rom en rseau et connexion 
l'internet. Trs rapidement, de l'avis du personnel, "la consultation
lectronique induit une plus grande consultation imprime et un renforcement de
toutes les formes de recherche". Dpassant les prvisions les plus optimistes,
ce cyberespace joue le rle de catalyseur, amenant un nouveau public, jeune,
vari et enthousiaste,  consulter les collections de la bibliothque et 
utiliser ses autres services.

Amnag au premier tage de la bibliothque par Antonio Bustamante, architecte
au Palais des nations, ce cyberespace est mis gratuitement  la disposition des
reprsentants des missions permanentes, dlgus de confrences, fonctionnaires
internationaux, chercheurs, tudiants, journalistes, membres des professions
librales, ingnieurs et techniciens, sans slection par le rang, chose assez
rare dans ce milieu. Le premier arriv est le premier servi. A l'ouverture en
1997, les 24 stations comprennent chacune un ordinateur multimdia, un lecteur
de CD-Rom et un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs est reli
 une imprimante laser. Suite au succs du premier cyberespace, un deuxime
cyberespace ouvre en avril 1998, deux tages plus haut, avec six postes
informatiques et une vue imprenable sur le lac Lman et la chane des Alpes.

Chaque station permet de consulter l'internet, d'avoir accs  sa messagerie
lectronique et d'utiliser le traitement de texte WordPerfect. Sont disponibles
aussi les services suivants: a) le systme optique des Nations unies, b) un
serveur regroupant une cinquantaine de CD-Rom en rseau, c) la banque de donnes
UNBIS (United Nations Bibliographic Information System), coproduite par les deux
bibliothques des Nations unies  New York et  Genve, d) le catalogue de la
Bibliothque de l'Office des Nations unies  Genve, e) Profound, un ensemble de
banques de donnes conomiques et commerciales, f) RERO, le catalogue du Rseau
romand des bibliothques suisses (qui comprend le catalogue de la Bibliothque
des Nations unies de Genve  titre de bibliothque associe), g) plusieurs
CD-Rom multimdia (Encarta 97, L'Etat du monde, Elyse 2, Nuklear, etc.), h) des
vidocassettes multistandards et des DVD prsentant des programmes, films et
documentaires sur l'action internationale et l'action humanitaire.

= L'Union europenne

L'Union europenne dispose quant  elle d'un Programme des bibliothques dont
l'objectif est double: aider au dveloppement des ressources internet et
faciliter les connexions des bibliothques, ainsi que l'interconnexion des
bibliothques entre elles. Gr par la Commission europenne, le portail I*M
Europe (scind ensuite en plusieurs portails) prsente l'actualit du march
europen du multimdia et de l'information lectronique. Le site web est en
anglais, avec des documents dans les onze langues europennes officielles.

Emanant de CoBRA (Computerised Bibliographic Record Action), forum de l'Union
europenne consacr  l'dition lectronique, le projet BIBLINK est lanc en
avril 1996 pour tablir des liens entre les agences bibliographiques nationales
et les diteurs de documents lectroniques, afin de contribuer  la cration
d'un service bibliographique qui fasse autorit. L'objectif est la mise en
service d'un systme permettant aux diteurs de documents lectroniques de
transmettre aux services bibliographiques nationaux des notices de base
comportant un nombre minimal d'informations sur ces documents. Ces services
bibliographiques seront ensuite autoriss  complter les notices de base,
notamment par le contrle d'autorits sur les noms propres et l'ajout de
mots-cls correspondant aux sujets traits, et  retransmettre ensuite les
notices compltes aux diteurs. (Une fois ralis, ce projet prend fin en
fvrier 2000.)

= Dans le monde

Deux associations professionnelles sont particulirement actives en Amrique du
Nord. L'American Society for Information Science (ASIS) (devenue ensuite
l'ASIS&T - American Society for Information Science & Technology) est une
association de recherche regroupant 4.000 professionnels de l'information.
L'Association for Research Libraries (ARL) est une organisation  but non
lucratif regroupant les bibliothques des institutions de recherche
nord-amricaines. Elle se veut  la fois un forum pour les changes d'ides et
un agent pour l'action collective, cette action consistant  dvelopper la
communication dans le domaine de la recherche.

A la fois sobre et superbe, IFLANET, le site de l'International Federation of
Library Associations and Institutions (IFLA), offre une mine d'informations, y
compris pour l'internet et les technologies numriques. Organisme international
indpendant, l'IFLA reprsente les bibliothcaires  l'chelon international et
promeut la coopration internationale, la recherche et la formation continue.

Une rflexion particulirement intressante est celle mene par l'Internet
Public Library (IPL), qui se dfinit comme la premire bibliothque publique de
l'internet sur l'internet. En tant que bibliothque exprimentale, l'IPL
s'efforce de dcouvrir et promouvoir les projets les plus intressants relatifs
 l'utilisation de l'internet par les bibliothcaires. A cet effet, elle gre
une section intitule IPL Services For Librarians (intgre plus tard : Subject
Collections), qui explicite les avantages de l'internet dans les bibliothques,
donne de nombreux exemples de ralisations et indique les possibilits de
formation professionnelle dans ce domaine.


6.3. Les professionnels de l'information


= L'internet, un outil d'change

Les avantages de l'internet pour les bibliothcaires? D'aprs Olivier Bogros,
directeur de la Bibliothque municipale de Lisieux (Normandie), interview en
juin 1998, l'internet est "un outil formidable d'change entre professionnels
(tout ce qui passe par le courrier lectronique, les listes de diffusion et les
forums), mais aussi un consommateur de temps trs dangereux. (...) C'est pour
les bibliothques la possibilit d'largir leur public en direction de toute la
francophonie. Cela passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas
seulement la mise en ligne du catalogue, mais aussi et surtout la constitution
de vritables bibliothques virtuelles. Les professionnels des bibliothques
sont les acteurs d'un enjeu important concernant la place de la langue franaise
sur le rseau."

L'internet est en effet un outil de communication sans prcdent.

D'abord le courrier lectronique. Ceux qui en bnficient sont enthousiasms par
les avantages qu'il procure. Voici enfin un outil de communication simple et
rapide permettant d'tre en contact avec les collgues de sa ville, de sa
rgion, de son pays et du monde entier. Plus besoin d'attendre que la ligne de
tlphone de son correspondant soit libre. Pas d'enveloppe, pas de timbre, pas
de fax engorg. Le message attend le correspondant dans sa bote aux lettres
lectronique, et le correspondant lit et rpond  ses messages au moment choisi
par lui.

Ensuite les forums de discussion. Ceux-ci permettent de suivre et de participer
 des dbats, de demander des avis et des conseils. Pour un bibliothcaire ou un
documentaliste travaillant seul, c'est un grand bol d'air sur l'extrieur. Pour
celui qui est entour de collgues, le forum de discussion lui permet de
frquenter des personnes venant d'autres horizons.

Enfin les listes de diffusion. Celles-ci permettent de communiquer le mme
message  de trs nombreux inscrits. La plus connue est Biblio-fr, cre en 1993
par Herv Le Crosnier, professeur  l'Universit de Caen (Normandie). Ouvert aux
bibliothcaires et documentalistes francophones et  toute personne intresse
par la diffusion lectronique de l'information documentaire, Biblio-fr compte
3.329 abonns le 20 dcembre 1998. La liste se veut le regard francophone des
documentalistes sur les questions souleves par le dveloppement de l'internet:
diffusion de la connaissance, organisation de collections de documents
lectroniques, maintenance et archivage de l'crit lectronique. Son but est
galement d'assurer la prsence de la langue franaise sur un rseau multilingue
qui accorde leur place  toutes les cultures.

Des portails sont crs pour les bibliothques, par exemple Biblio On Line, gr
par Quick Soft Ingnierie, socit informatique parisienne. En juin 1998,
Jean-Baptiste Rey, rdacteur et webmestre de Biblio On Line, relate: "Le site
dans sa premire version a t lanc en juin 1996. Une nouvelle version
(l'actuelle) a t mise en place  partir du mois de septembre 1997. Le but de
ce site est d'aider les bibliothques  intgrer internet dans leur
fonctionnement et dans les services qu'elles offrent  leur public. Le service
est dcompos en deux parties: a) une partie 'professionnelle' o les
bibliothcaires peuvent retrouver des informations professionnelles et des liens
vers les organismes, les institutions, et les projets et ralisations ayant
trait  leur activit; b) une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de
l'internet, villes et provinces, etc... permet au public des bibliothques
d'utiliser le service Biblio On Line comme un point d'entre vers internet."

Connue pour son dynamisme, l'ENSSIB (Ecole nationale suprieure des sciences de
l'information et des bibliothques) propose sur son site web une section
Rfrence qui comprend notamment des dossiers thmatiques (histoire du livre,
enseignement  distance, bibliothques lectroniques, cours en sciences de
l'information, conomie du document, normes et normalisation, droit de
l'information) et une liste de revues en sciences de l'information.

Le site de l'ENSSIB hberge la version lectronique du Bulletin des
bibliothques de France (BBF), une revue professionnelle bimensuelle dans
laquelle "professionnels et spcialistes de l'information discutent de toutes
les questions concernant la politique et le dveloppement des bibliothques et
des centres de documentation: volution par secteur, grands projets,
informatisation, technologies de l'information, crits lectroniques, rseaux,
coopration, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et
lecture..." En juillet 1998, Annie Le Saux, rdactrice de la revue, relate:
"C'est en 1996 que le BBF a commenc  paratre sur internet (les numros de
1995). (...) Nous nous servons beaucoup du courrier lectronique pour prendre
contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue
grandement les dlais. Nous avons aussi recours au web pour prendre connaissance
des sites mentionns lors de colloques, vrifier les adresses, retrouver des
indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothques..."

Les associations de bibliothcaires sont galement prsentes sur le web. Avec
ses 3.500 adhrents, l'Association des bibliothcaires franais (ABF) est la
principale association de bibliothcaires en France. L'Association des
professionnels de l'information et de la documentation (ADBS) propose pour sa
part un site bilingue franais-anglais articul autour de trois grandes
rubriques: vie associative, vie professionnelle, produits et services. Elle gre
aussi une liste de diffusion dnomme ADBS-info.

= Le rle du bibliothcaire

Avec cette manne documentaire qu'offre dsormais l'internet, que vont devenir
les bibliothcaires-documentalistes? Vont-ils devenir des cyberthcaires, ou
bien vont-ils progressivement disparatre parce que les usagers n'auront tout
simplement plus besoin d'eux?

Dans son livre Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley  New York), Paul
Gilster assure que ce sont les bibliothcaires et non les programmeurs qui
seront la cl du dveloppement de l'internet, notamment par le biais des
bibliothques numriques. Surpris par le pessimisme qui saisit les
bibliothcaires devant les changements affectant leur profession, il pense que
celui-ci est sans fondement. D'aprs lui, l'internet n'est pas plus une menace
pour les livres que l'avion n'tait une menace pour la voiture. Le livre imprim
gardera son utilit pendant que l'internet se dveloppera, et ces deux vecteurs
de connaissance seront en quelque sorte des voies parallles ayant des fonctions
complmentaires.

Cependant, au moins pour les bibliothques spcialises, on ne voit plus gure
l'utilit d'aligner des documents sur les rayons, alors qu'il est tellement plus
pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un disque dur, les
communiquer par voie lectronique et les imprimer seulement  la demande. Ces
bibliothques sont en pleine priode de transition.

Par contre, les bibliothques nationales et autres grandes bibliothques de
conservation auront toujours  prserver le patrimoine pluricentenaire constitu
par les manuscrits, les incunables, les livres imprims, les collections de
journaux, les partitions musicales, les gravures, les images, les affiches, les
photos et les films qui se sont accumuls au fil des sicles par le biais du
dpt lgal.

L'avenir des bibliothques publiques est plus mitig. Pour le moment, personne
n'est prt  lire  l'cran un roman de Zola ou de Proust. Question de
gnration peut-tre. Les enfants qui jouent avec l'ordinateur familial ds
l'ge de trois ans ne verront peut-tre aucun problme  lire les classiques 
l'cran. Les ordinateurs portables deviennent de plus en plus compacts et
lgers, et la qualit des crans s'amliore chaque anne. De plus, on nous
annonce pour bientt des livres lectroniques, petits ordinateurs de la taille
d'un livre, qui permettront de lire et stocker une dizaine d'oeuvres dans un
premier temps, et bien davantage ensuite. (En effet, le Rocket eBook et le
Softbook Reader, premiers modles de livres lectroniques, sont lancs dbut
1999 en Amrique du Nord, et d'autres modles suivent.)

Le mtier de bibliothcaire, qui s'est beaucoup transform avec l'apparition de
l'informatique, continue de se transformer avec le dveloppement de l'internet.

L'informatique a permis au bibliothcaire de remplacer ses milliers de fiches
sur bristol par des catalogues informatiques consultables  l'cran, avec un
classement alphabtique ou systmatique effectu non plus par lui-mme mais par
la machine. Elle a permis aussi le prt informatis et la gestion informatise
des commandes, faisant disparatre l'impressionnant stock de fiches et
bordereaux ncessaires lors des oprations manuelles.

L'informatique en rseau a permis la naissance de catalogues collectifs
permettant de regrouper dans une mme base de donnes les catalogues des
bibliothques de la mme rgion, du mme pays ou de la mme spcialit,
entranant du mme coup des services trs facilits pour le prt
inter-bibliothques et le regroupement des commandes auprs des fournisseurs.

Dans les annes 1980, des bibliothques ouvrent un serveur minitel pour la
consultation de leur catalogue, dsormais disponible au domicile du lecteur. A
partir de 1995, ces catalogues sont progressivement transfrs sur l'internet,
avec une consultation plus souple et plus attractive que sur minitel.
Paralllement, la mise en ligne de sites web permet d'offrir un ensemble de
documents numriss ou encore un choix de liens hypertextes vers d'autres sites,
vitant ainsi aux usagers de se perdre sur la toile.

Nombre de bibliothcaires se spcialisent dans la slection de ressources
internet  destination des lecteurs. Peter Raggett, sous-directeur de la
Bibliothque centrale de l'OCDE (Organisation de coopration et de dveloppement
conomiques, Paris), relate en juin 1998: "Je dois filtrer l'information pour
les usagers de la bibliothque, ce qui signifie que je dois bien connatre les
sites et les liens qu'ils proposent. J'ai slectionn plusieurs centaines de
sites pour en favoriser l'accs  partir de l'intranet de l'OCDE. Cette
slection fait partie du bureau de rfrence virtuel propos par la bibliothque
 l'ensemble du personnel. Outre les liens, ce bureau de rfrence contient des
pages de rfrence recensant les articles, monographies et sites web
correspondant aux diffrents projets de recherche en cours  l'OCDE, l'accs en
rseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux titres."

Comment voit-il l'avenir de la profession? "L'internet offre aux chercheurs un
stock d'informations considrable. Le problme pour eux est de trouver ce qu'ils
cherchent. Jamais auparavant on n'avait senti une telle surcharge
d'informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un
renseignement sur un sujet prcis en utilisant les moteurs de recherche
disponibles sur le web. A mon avis, les bibliothcaires auront un rle important
 jouer pour amliorer la recherche et l'organisation de l'information sur le
rseau. Je prvois aussi une forte expansion de l'internet pour l'enseignement
et la recherche. Les bibliothques seront amenes  crer des bibliothques
numriques permettant  un tudiant de suivre un cours propos par une
institution  l'autre bout du monde. La tche du bibliothcaire sera de filtrer
les informations pour le public. Personnellement, je me vois devenir de plus en
plus un bibliothcaire virtuel. Je n'aurai pas l'occasion de rencontrer les
usagers, ils me contacteront plutt par courriel, par tlphone ou par fax,
j'effectuerai la recherche et je leur enverrai les rsultats par voie
lectronique."


6.4. Les catalogues en ligne


= Le catalogue, un outil essentiel

Pourquoi toute une section sur les catalogues? Parce que, dans le domaine du
livre, le catalogue correspond au cerveau chez l'tre humain.

Par le pass, on a pu reprocher aux catalogues d'tre austres, peu conviviaux,
et surtout de donner les rfrences du document mais en aucun cas l'accs  son
contenu. Depuis qu'ils sont disponibles sur l'internet, les catalogues sont
moins austres et plus conviviaux. Et surtout - rve de tous qui commence 
devenir ralit - ils pourront permettre l'accs aux documents eux-mmes: textes
et images dans un premier temps, extraits sonores et vidos dans un deuxime
temps. Ceci est dj vrai  titre exprimental pour les 2.500 oeuvres de
l'Universal Library, accessibles par le biais de l'Experimental Search System
(ESS) de la Library of Congress. (Ce systme exprimental est ensuite intgr au
catalogue en ligne de la Library of Congress.)

De plus en plus de catalogues sont accessibles directement sur le web, moyennant
une interface spcifique. L'usager a souvent le choix entre deux types de
recherche, simple et avance, et il peut slectionner plusieurs critres
complmentaires tels que le nombre de notices souhaites ou bien le mode de
classement. A rception du rsultat, il peut drouler plusieurs pages de notices
abrges ou compltes. Les notices slectionnes peuvent tre copies,
imprimes, sauvegardes ou bien envoyes par courriel. Des liens hypertextes
permettent de passer facilement d'une requte  l'autre.

Ces catalogues utilisent la norme Z39.50, un protocole standard de communication
permettant la recherche d'informations bibliographiques dans des bases de
donnes en ligne. L'utilisateur d'un systme peut rechercher des informations
chez les utilisateurs d'autres systmes sans devoir connatre la syntaxe de
recherche utilise par ces derniers. Dj largement utilise aux Etats-Unis,
cette norme est promue par l'Union europenne pour favoriser son utilisation
dans les pays membres.

Deux catalogues, celui de la British Library et celui de la Library of Congress,
constituent d'excellents outils bibliographiques  l'chelon mondial. En mai
1997, la British Library lance son OPAC 97 (OPAC: online public access
catalogue), un catalogue en ligne permettant l'accs libre aux catalogues de ses
principales collections  Londres et  Boston Spa, soit 150 millions de
documents rassembls depuis 250 ans. (Catalogue exprimental, l'OPAC 97 est
ensuite remplac par sa version dfinitive, le BLPC - British Library Public
Catalogue.) Quant au catalogue de la Library of Congress, il s'agit du plus
grand catalogue en ligne au monde. Sa consultation est gratuite, avec menus en
anglais et en espagnol. On y trouve les notices de documents dans de trs
nombreuses langues, y compris en franais.

= Les catalogues collectifs

L'informatique en rseau permet le dveloppement de catalogues collectifs visant
 faire connatre les ressources disponibles  l'chelon rgional, national et
international. Avantage significatif, le catalogue collectif vite au
professionnel de cataloguer  nouveau un document dj catalogu par une
bibliothque partenaire.

Situ sur le serveur de la Bibliothque nationale de France (BnF), le Catalogue
collectif de France (CCFR) permet de "trouver des informations dtailles sur
les bibliothques franaises, leurs collections et leurs fonds (anciens, locaux
ou spcifiques), connatre prcisment les services qu'elles rendent et
interroger leur catalogue en ligne". A terme, il permettra aussi de "localiser
des ouvrages (documents imprims, audio, vido, multimdia) dans les principales
bibliothques et demander le prt ou la reproduction" de documents qui seront
remis  l'usager dans la bibliothque de son choix. (C'est chose faite en
novembre 2002.)

L'internet rend galement possible la gestion de catalogues  l'chelon
international. Si le catalogueur trouve la notice du livre qu'il doit
cataloguer, il la copie pour l'inclure dans le catalogue de sa propre
bibliothque. S'il ne trouve pas la notice, il la cre, et cette notice est
aussitt disponible pour les catalogueurs suivants. La mme rgle vaut pour les
catalogueurs de Paris (France), Tokyo (Japon) ou Canberra (Australie). Ce pari
os est tent par deux associations amricaines, OCLC (Online Computer Library
Center) et RLG (Research Libraries Group), qui grent de gigantesques bases de
donnes bibliographiques alimentes et utilises par leurs adhrents, permettant
ainsi aux bibliothcaires d'unir leurs forces par-del les frontires.

OCLC gre l'OCLC Online Union Catalog, dbut en 1971 pour desservir les
bibliothques universitaires de l'Etat de l'Ohio (Etats-Unis), et qui s'tend
ensuite  tout le pays, puis au monde entier. Dsormais appel WorldCat, ce
catalogue collectif mondial comprend en 1998 38 millions de notices en 370
langues (avec translittration pour les caractres non romains) et 25.000
bibliothques adhrentes. L'accroissement annuel est de 2 millions de notices.
WorldCat utilise huit formats bibliographiques correspondant aux catgories
suivantes: livres, priodiques, documents visuels, cartes et plans, documents
mixtes, enregistrements sonores, partitions, documents informatiques.

En 1980, le Research Libraries Group (RLG) dbute RLIN (Research Libraries
Information Network), un catalogue collectif diffrent de celui d'OCLC puisqu'il
accepte plusieurs notices pour un mme document. RLIN comprend 82 millions de
notices en 1998. Des centaines de dpts d'archives, bibliothques de muses,
bibliothques universitaires, bibliothques publiques, bibliothques de droit,
bibliothques techniques, bibliothques d'entreprise et bibliothques d'art
utilisent RLIN pour le catalogage, le prt inter-bibliothques et le contrle
des archives et des manuscrits. 365 langues y sont reprsentes, avec des
notices translittres pour les documents publis dans les langues JACKPHY
(japonais, arabe, chinois, coren, persan, hbreu et yiddish) et en cyrillique.
Une des spcialits de RLIN est l'histoire de l'art. Alimente par 65
bibliothques spcialises, une section spcifique comprend 100.000 notices de
catalogues d'expositions et 168.500 notices de documents iconographiques
(photographies, diapositives, dessins, estampes ou affiches). Cette section
inclut aussi les 110.000 notices de la base bibliographique Scipio, consacre
aux catalogues de ventes. (Le successeur de RLIN, le RLG Union Catalog, devrait
tre en accs libre et gratuit sur le web en 2004.)

= La ncessit d'une norme commune

L'avenir des catalogues en rseau tient  l'harmonisation du format MARC
(machine-readable cataloguing), qui est la norme utilise pour le stockage et
l'change de notices bibliographiques. Cette norme dfinit un ensemble de codes
correspondant  chaque partie de la notice (auteur, titre, diteur, etc.) pour
permettre son traitement informatique.

Au dbut des annes 1970, une vingtaine de versions MARC voit le jour: INTERMARC
en France, UKMARC au Royaume-Uni, USMARC aux Etats-Unis, CAN/MARC au Canada,
etc., correspondant chacune aux pratiques nationales de catalogage. Toutes ces
versions posent de nombreux problmes pour les changes de donnes, si bien que
l'IFLA (International Federation of Library Associations and Institutions) cre
en 1977 l'UNIMARC pour disposer d'un format intermdiaire international. Les
notices dans le format MARC d'origine sont d'abord converties en UNIMARC avant
d'tre converties  nouveau dans le format MARC de destination.

Dans le monde anglophone, la British Library (qui utilise UKMARC), la Library of
Congress (qui utilise USMARC) et la Bibliothque nationale du Canada (qui
utilise CAN/MARC) dcident d'harmoniser leurs formats MARC nationaux. Un
programme de trois ans (dcembre 1995 - dcembre 1998) permet de mettre au point
un format MARC commun aux trois bibliothques.

Paralllement, en 1996, dans le cadre de son Programme des bibliothques,
l'Union europenne promeut l'utilisation du format UNIMARC comme format commun
d'change entre tous les formats MARC utiliss par les bibliothques des pays
membres. Le groupe de travail correspondant tudie aussi les problmes poss par
les diffrentes polices de caractres, ainsi que la manire d'harmoniser le
format bibliographique et le format du document pour les documents disponibles
en ligne.

= Les catalogues de demain

Gres par des socits prives, des bases commerciales telles que Dialog,
LexisNexis ou UnCover (intgr ensuite  Ingenta) prfigurent ce que pourraient
tre les catalogues de demain, en attendant que les organismes publics prennent
le relais. Ces bases disposent de moteurs de recherche trs performants
permettant l'accs aux catalogues et aux documents en ligne. Les avantages de
cette recherche automatise sont normes si on pense aux centaines de tables des
matires ou d'index qu'il faudrait parcourir pour arriver au mme rsultat. Le
seul dfaut, et de taille, est le cot de cette recherche, qui devient vite
prohibitif pour un particulier ou une bibliothque peu fortune. Un compteur
permet toutefois de consulter en continu la somme facture pour viter les
mauvaises surprises.

Sous l'gide de Knight-Ridder, grand groupe de presse amricain, la Dialog
Corporation comprend plusieurs bases documentaires faisant autorit. La plus
connue, Dialog, regroupe elle-mme 450 bases de donnes dans les domaines
suivants: affaires, industrie, actualit, droits et brevets, chimie,
environnement, sciences et techniques, outils de rfrence. Une recherche par
mots-cls permet d'oprer une slection dans les dizaines de milliers de
documents disponibles. Le serveur fournit une liste bibliographique de tous les
documents correspondant  la requte lance. Cette liste permet de slectionner
quelques documents et de demander leur expdition par voie lectronique.

Sous l'gide de Reed Elsevier, grosse socit d'dition britannique, LexisNexis
est un fournisseur international de services d'information et d'outils de
gestion (en ligne, sur l'internet, sur CD-Rom et sur papier)  l'intention de
clients rpartis dans plus de 60 pays, essentiellement des professionnels du
droit, de l'information et des affaires.

Sous l'gide de la CARL Corporation, UnCover (intgr ensuite  Ingenta) permet
de se procurer des articles provenant de 17.000 priodiques couvrant tous les
domaines depuis 1988. Si l'envoi d'articles est payant, la recherche dans la
base de donnes est gratuite, tout comme la recherche dans les tables des
matires des priodiques et dans l'index des mots-cls.

Dans Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley  New York), Paul Gilster se
demande si les moteurs de recherche du web seront les catalogues de demain. Ceci
ne semble gure possible dans un avenir proche. Contrairement au systme commun
d'indexation propre aux bibliothques amricaines, chaque moteur de recherche a
sa propre mthode d'indexation, et l'usager doit se familiariser avec elle pour
en tirer le meilleur parti. Les bibliothques elles-mmes auraient un
gigantesque effort  fournir pour harmoniser leurs thsaurus ou leurs listes de
mots-matire  l'chelon international. Etape intermdiaire, un thsaurus
multilingue serait indispensable en Europe, puisque chacun indexe ses
publications dans sa propre langue. Le travail est titanesque.

On peut galement rver  des catalogues communs aux bibliothques, aux
librairies et aux diteurs. Du fait de la rigueur et du professionnalisme qu'il
implique, le catalogage est devenu un mtier  part entire. La notice minimale
(auteur, titre, diteur) fait maintenant place  une notice plus complexe rgie
par des normes internationales permettant un meilleur change de donnes. Ce
n'est d'ailleurs pas un hasard si la rputation d'une bibliothque s'appuie en
partie sur la qualit de son catalogue. Il est sa colonne vertbrale, et le sera
de plus en plus avec le dveloppement des bibliothques numriques.


7. LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE DEMARRE


[7.1. Gense de la bibliothque numrique / 7.2. Bibliothques numriques
francophones / 7.3. Autres expriences pilotes]

Appele aussi bibliothque lectronique ou bibliothque virtuelle, la
bibliothque numrique est sans doute  ce jour le principal apport de
l'internet au monde du livre, et rciproquement. Voil pourquoi un chapitre
entier lui est consacr. Grce  l'internet, des milliers d'oeuvres du domaine
public, documents littraires et scientifiques, articles, travaux universitaires
et de recherche, images et bandes sonores sont dsormais disponibles  l'cran,
et le mouvement va en s'amplifiant avec la poursuite de la numrisation des
fonds  la vitesse grand V. Trois exemples parmi tant d'autres.


7.1. Gense de la bibliothque numrique


= Bibliothque traditionnelle et bibliothque numrique

Si certaines bibliothques numriques sont nes directement sur le web, la
majorit d'entre elles mane de bibliothques traditionnelles. La Bibliothque
nationale de France (BnF) cre Gallica qui, dans un premier temps, propose des
images et textes du 19e sicle francophone. Une slection de 3.000 livres est
complte par un chantillon de la future iconothque numrique. La Bibliothque
municipale de Lisieux (Normandie) gre la Bibliothque lectronique de Lisieux,
qui regroupe les versions intgrales d'oeuvres littraires choisies dans les
collections municipales. La Bibliothque municipale de Lyon met les enluminures
de 200 manuscrits et incunables  la disposition de tous sur son site web.

Les bibliothques numriques permettent  un large public d'avoir accs  des
documents jusque-l pratiquement impossibles  consulter parce qu'appartenant 
des fonds anciens, des fonds locaux et rgionaux, ou des fonds spcialiss. Ces
fonds sont souvent difficilement accessibles pour des raisons diverses: souci de
conservation des documents rares et fragiles, heures d'ouverture rduites,
nombreux formulaires  remplir, longs dlais de communication, pnurie de
personnel, qui sont autant de barrires  franchir et qui demandent souvent au
lecteur une patience  toute preuve et une dtermination hors du commun pour
arriver jusqu'au document.

Grce  la bibliothque numrique, la bibliothque traditionnelle peut enfin
rendre compatibles deux objectifs qui jusque-l ne l'taient gure,  savoir la
conservation des documents et la communication de ceux-ci. D'une part le
document ne quitte son rayonnage qu'une seule fois pour tre scann, d'autre
part le grand public y a enfin accs. Si le lecteur veut ensuite consulter le
document original, il pourra se lancer dans l'aventure voque plus haut, mais
en connaissance de cause, grce au "feuilletage" pralable  l'cran.

= Collection numrique et bibliothque numrique

La bibliothque numrique peut tre dfinie comme une entit rsultant de
l'utilisation des technologies numriques pour acqurir, stocker, prserver et
diffuser des documents. Ces documents sont soit publis directement sous forme
numrique, soit numriss  partir d'un document imprim, audiovisuel ou autre.
Une collection numrique devient une bibliothque numrique quand elle rpond
aux quatre facteurs suivants: 1) elle peut tre cre et produite dans un
certain nombre d'endroits diffrents, mais elle est accessible en tant qu'entit
unique; 2) elle doit tre organise et indexe pour un accs aussi facile que
possible  partir du lieu de base o elle est produite; 3) elle doit tre
stocke et gre de manire  avoir une existence assez longue aprs sa
cration; 4) elle doit trouver un quilibre entre le respect du droit d'auteur
et les exigences universitaires.

Dans Information Systems Strategy, un document disponible sur le site de la
British Library en 1997, Brian Lang, directeur de projet, explique que la future
bibliothque numrique de la British Library n'est pas envisage comme un
secteur  part, mais qu'elle fera partie intgrante d'une vision globale de la
bibliothque. Si certaines bibliothques pensent que les documents numriques
prdomineront dans les bibliothques du futur, la British Library n'envisage pas
une bibliothque exclusivement numrique. Elle considre comme fondamentale la
communication physique des imprims, manuscrits, partitions musicales, bandes
sonores, etc., tout en ayant conscience de la ncessit du dveloppement
parallle de collections numriques. "On ne peut pas, on ne pourra pas tout
numriser. A terme, une bibliothque virtuelle ne sera jamais qu'un lment de
l'ensemble bibliothque", souligne aussi Jean-Pierre Angremy, prsident de la
Bibliothque nationale de France (BnF), dans un article du Figaro du 3 juin
1998.

Hberge par l'Universit Carnegie Mellon (Pittsburgh, Pennsylvanie, Etats-Unis)
et relie au catalogue exprimental (Experimental Search System - ESS) de la
Library of Congress, l'Universal Library insiste sur les trois avantages de la
bibliothque numrique: 1) elle occupe moins de place qu'une bibliothque
traditionnelle et son contenu peut tre copi ou sauvegard lectroniquement; 2)
elle est immdiatement accessible  quiconque sur l'internet; 3) comme toute
recherche sur son contenu est automatise, elle permet une rduction des cots
importante et une plus grande accessibilit des documents.

= Numrisation en mode image et en mode texte

Qui dit bibliothque numrique dit numrisation, c'est--dire conversion des
textes et des images en langage informatique, le plus souvent binaire (0 ou 1).
Pour pouvoir tre consult  l'cran, un livre doit tre numris soit en mode
image soit en mode texte.

La numrisation en mode image correspond  la photographie du livre page aprs
page. C'est la mthode employe pour les numrisations  grande chelle, par
exemple pour le programme de numrisation de la Bibliothque nationale de France
(BnF). Outre un cot peu lev, l'avantage qu'y voient les bibliothques est la
conservation de la notion de livre, puisque la version informatique est le
fac-simil de la version imprime.

La numrisation en mode texte implique la saisie d'un texte. Les documents sont
patiemment scanns ou saisis page aprs page. C'est le cas des collections
d'ABU: la bibliothque universelle ou du Projet Gutenberg. Contrairement  la
numrisation en mode image, la version informatique ne conserve pas la
prsentation originale du livre ou de la page. Le livre devient texte,  savoir
un ensemble de caractres apparaissant en continu  l'cran. A cause du temps
pass au traitement de chaque livre, ce mode de numrisation est assez long, et
donc nettement plus coteux que la numrisation en mode image. Dans de nombreux
cas, il est toutefois trs prfrable, puisqu'il permet l'indexation, la
recherche et l'analyse textuelles, une tude comparative entre plusieurs textes
ou entre plusieurs versions du mme texte, etc.

Mme si, pour des raisons de cot, le texte est numris en mode image, la
numrisation en mode texte est souvent utilise pour les tables des matires,
les sommaires et les corpus de documents iconographiques. C'est la solution
choisie par Gallica, bibliothque numrique de la BnF (Bibliothque nationale de
France).

= Le Projet Gutenberg

Projet pionnier  tous gards, le Projet Gutenberg a inspir bien d'autres
bibliothques numriques depuis. Fond ds 1971 par Michael Hart, alors tudiant
 l'Universit de l'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg se donne pour
mission de mettre gratuitement le plus grand nombre possible de textes
lectroniques  la disposition du plus grand nombre possible de lecteurs. A
l'automne 1998, le rythme de publication est de 45 nouveaux titres par mois,
avec l'aide de nombreux volontaires.

Comme expliqu par son crateur dans History and Philosophy of Project
Gutenberg, le projet dbute en 1971 quand le centre informatique (Materials
Research Lab) de son universit lui attribue un compte de 100 millions de
dollars de "temps machine". Michael Hart dcide de consacrer cet impressionnant
crdit au stockage d'oeuvres littraires du domaine public. Il dcide aussi de
stocker les textes lectroniques de la manire la plus simple possible, en
utilisant le format ASCII (American standard code for information interchange),
afin que ces textes puissent tre lus quels que soient la machine et le logiciel
utiliss. Un texte au format ASCII apparat en continu, sans paramtrage, avec
des lettres capitales pour les titres et pour les termes en italique, gras et
souligns de la version d'origine. Cinquante heures environ sont ncessaires
pour slectionner, scanner, dactylographier, corriger et mettre en page une
oeuvre lectronique. Un ouvrage de taille moyenne (par exemple un roman de
Stendhal ou de Jules Verne) reprsente deux fichiers ASCII.

Le Projet Gutenberg propose trois grands secteurs: la littrature de
divertissement (Light Literature), comme Alice au pays des merveilles, Peter Pan
ou les Fables d'Esope, la littrature "srieuse" (Heavy Literature) comme La
Bible, les oeuvres de Shakespeare ou Moby Dick, et enfin la littrature de
rfrence (Reference Literature), qui regroupe les encyclopdies et les
dictionnaires, par exemple le Thesaurus de Roget.

La vocation du Projet Gutenberg est universelle. Son but est de mettre la
littrature  la disposition de tout le monde, et pas seulement des tudiants,
professeurs et chercheurs. Le secteur consacr  la littrature de
divertissement est destin  amener devant l'cran aussi bien un enfant d'ge
pr-scolaire qu'une personne du troisime ge. Des enfants ou des grand-parents
recherchent le texte lectronique de Peter Pan aprs avoir vu le film Hook au
cinma, ou bien ils lisent Alice au pays des merveilles aprs avoir regard le
film  la tlvision. Pratiquement tous les pisodes de Star Trek mentionnent
des sources existant dans les collections du Projet Gutenberg. L'objectif est
que tous les publics, qu'ils soient familiers ou non avec le livre imprim,
puissent facilement retrouver des citations entendues dans des conversations,
des films, des musiques, d'autres livres, etc.

En juillet 1997, le Projet Gutenberg fte son 26e anniversaire avec la mise en
ligne des Merry Adventures of Robin Hood de Howard Pyle. En septembre 1997, il
fte son millime texte lectronique avec la version anglaise de la Divine
Comdie de Dante. Dans sa lettre d'information d'octobre 1997, Michael Hart
annonce son intention de complter la collection d'Oscar Wilde, de sparer les
fichiers des oeuvres compltes de Shakespeare en fichiers individuels pour
chaque oeuvre, et de mettre en ligne davantage de livres non anglophones.

Le catalogue comporte dj quelques titres non anglophones (allemand, espagnol,
franais, italien et latin), mais ils ne sont pas lgion. A titre anecdotique,
une recherche lance en janvier 1998 pour trouver des livres en franais donne
neuf titres: six romans de Stendhal (L'Abbesse de Castro, La Chartreuse de
Parme, La Duchesse de Palliano, Le Rouge et le Noir, Les Cenci, Vittoria
Accorambani), deux romans de Jules Verne (De la terre  la lune et Le tour du
monde en 80 jours) et French Cave Paintings (titre anglais et texte franais),
un ouvrage sur les peintures prhistoriques. A part ce dernier titre, mis en
ligne en 1995, tous ces livres sont intgrs  la bibliothque dbut 1997. Si
aucun titre de Stendhal n'est disponible en anglais, il existe trois oeuvres de
Jules Verne en langue anglaise : From the Earth to the Moon (mis en ligne en
septembre 1993), Around the World in 80 Days (mis en ligne en janvier 1994) et
20,000 Leagues Under the Sea (mis en ligne en septembre 1994). En septembre
1998, la mme requte donne deux titres supplmentaires, Cyrano de Bergerac,
d'Edmond Rostand (mis en ligne en mars 1998), et La Rvolution franaise, de
Thomas Carlyle (mis en ligne en mai 1998).

Interview en aot 1998, Michael Hart prcise: "Nous considrons le texte
lectronique comme un nouveau mdium, sans vritable relation avec le papier. Le
seul point commun est que nous diffusons les mmes oeuvres, mais je ne vois pas
comment le papier peut concurrencer le texte lectronique une fois que les gens
y sont habitus, particulirement dans les tablissements d'enseignement. (...)
Mon projet est de mettre 10.000 textes lectroniques sur l'internet. Si je
pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu' un million
et tendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x%  10% de la
population mondiale, ce qui reprsenterait la diffusion de 1.000 fois un
milliard de textes lectroniques au lieu d'un milliard seulement." Michael Hart
se dfinit lui-mme comme un fou de travail ddiant toute sa vie  son projet,
qu'il voit comme tant  l'origine d'une rvolution no-industrielle. (En avril
2002, le Projet Gutenberg fte son 5.000e texte. En octobre 2003, le catalogue
comprend 10.000 oeuvres dans plusieurs langues. Michael Hart espre franchir la
barre du million de livres d'ici 2015.)


7.2. Bibliothques numriques francophones


= ABU: la bibliothque universelle

Fonde en avril 1993 par l'Association des bibliophiles universels (ABU) dans la
ligne du Projet Gutenberg, l'ABU: la bibliothque universelle est hberge par
le Centre d'tudes et de recherche informatique (CEDRIC) du Conservatoire des
arts et mtiers (CNAM) de Paris. Elle est la premire bibliothque numrique
francophone du rseau. Fin 1998, ses collections comprennent 223 textes et 76
auteurs.

Ce nom "ABU" est aussi une rfrence  Aboulafia, petit ordinateur prsent dans
Le pendule de Foucault, un roman d'Umberto Ecco dans lequel "s'entremlent
savoirs anciens et high tech", et dont l'intrigue se situe justement au CNAM.
Quant au nom de l'association, "au dpart, il s'agissait de biblioFiles
universels, et non de biblioPHiles, mais la prfecture de Paris n'a pas sembl
saisir tout le sel de ce nologisme", explique l'ABU sur son site.

Dans sa foire aux questions, l'association donne les neuf conseils suivants aux
volontaires souhaitant scanner ou saisir des textes: 1) pas de mise en page,
mais un texte en continu avec des lignes d'environ 70 caractres et des sauts de
ligne; 2) des sauts de ligne avant chaque paragraphe, y compris pour les
dialogues; 3) la transcription du tiret long accompagnant les dialogues par deux
petits tirets; 4) des majuscules pour les titres, noms de chapitres et sections,
avec un soulignement fait de petits tirets; 5) la transcription des mots en
italique par des blancs souligns; 6) pas de tabulation, mais des blancs; 7) les
notes de l'auteur mises entre crochets dans le corps du texte; 8) la pagination
de l'dition originale entre crochets (facultatif); 9) l'encodage final en
ISO-Latin-1,  savoir en code ASCII (American standard code for information
interchange) tendu.

= Athena

Cre en 1994 et hberge sur le site de l'Universit de Genve (Suisse), Athena
est l'oeuvre de Pierre Perroud, qui y consacre trente heures par semaine, en
plus de son activit de professeur au collge Voltaire (Genve). Pierre-Louis
Chantre, journaliste, raconte dans L'Hebdo n7 du 13 fvrier 1997: "Il numrise
des livres, met en page des textes que des correspondants inconnus lui envoient,
cre des liens lectroniques avec des livres disponibles ailleurs, tout en
essayant de rpondre le mieux possible aux centaines de lettres lectroniques
qu'il reoit (mille personnes consultent Athena chaque jour). Un travail
artisanal qu'il accomplit seul, sans grande rmunration. Malgr des demandes
rptes, le Dpartement de l'instruction publique de Genve ne lui paie que
deux heures par semaine."

En 1997, le site, bilingue franais-anglais, donne accs  3.500 textes
lectroniques dans des domaines aussi varis que la philosophie, les sciences,
la priode classique, la littrature, l'histoire, l'conomie, etc. En dcembre
1998, ces collections se montent  8.000 textes. Un des objectifs d'Athena est
de mettre en ligne des textes franais. Une section spcifique regroupe les
auteurs et textes suisses (Swiss authors and texts). Athena propose aussi un
choix de liens vers d'autres bibliothques numriques (Athena literature
resources), ainsi qu'une table de minralogie qui est l'oeuvre de Pierre Perroud
et qui est consulte dans le monde entier.

Dans un article publi en fvrier 1997 dans la revue Informatique-Informations,
Pierre Perroud insiste sur la complmentarit du texte lectronique et du livre
imprim. A son avis, "les textes lectroniques reprsentent un encouragement 
la lecture et une participation conviviale  la diffusion de la culture",
notamment pour l'tude et la recherche textuelles. Ces textes "sont un bon
complment du livre imprim - celui-ci restant irremplaable lorsqu'il s'agit de
lire". S'il est persuad de l'utilit du texte lectronique, le livre imprim
reste "un compagnon mystrieusement sacr vers lequel convergent de profonds
symboles: on le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec
admiration; sa petitesse nous rassure autant que son contenu nous impressionne;
sa fragilit renferme une densit qui nous fascine; comme l'homme il craint
l'eau et le feu, mais il a le pouvoir de mettre la pense de celui-l  l'abri
du Temps."

= Gallica

Secteur numrique de la Bibliothque nationale de France (BnF), Gallica est
inaugur en 1997 avec des images et textes du 19e sicle francophone, "sicle de
l'dition et de la presse moderne, sicle du roman mais aussi des grandes
synthses historiques et philosophiques, sicle scientifique et technique". Ce
serveur exprimental comprend 2.500 livres numriss en mode image complts par
les 250 volumes saisis en mode texte de la base Frantext de l'INaLF (Institut
national de la langue franaise). Classes par discipline, ces ressources sont
compltes par une chronologie du 19e sicle et des synthses sur les grands
courants en histoire, sciences politiques, droit, conomie, littrature,
philosophie, sciences et histoire des sciences. Le site propose aussi un
chantillon de la future iconothque numrique,  savoir le fonds du photographe
Eugne Atget, une slection de documents sur l'crivain Pierre Loti, une
collection d'images de l'Ecole nationale des ponts et chausses (sur les grands
travaux ayant accompagn la rvolution industrielle en France), et enfin un
choix de livres illustrs de la bibliothque du Muse de l'homme.

Fin 1997, Gallica se considre moins comme une banque de donnes numrises que
comme un "laboratoire dont l'objet est d'valuer les conditions d'accs et de
consultation  distance des documents numriques". Le but est d'exprimenter la
navigation dans ces collections, pour que celle-ci permette  la fois le libre
parcours du chercheur ou du curieux et des recherches textuelles trs pointues.

Dbut 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images disponibles  la
fin de 1999, avec accroissement rapide des collections ensuite. Ces collections
numriques pourront galement tre consultes sur place au moyen de 3.000 postes
multimdias (dont quelques centaines fonctionnent dj  cette date). Sur les
100.000 volumes prvus, qui reprsentent 30 millions de pages numrises, plus
du tiers concerne le 19e sicle. Quant aux 300.000 images fixes, la moiti
appartient aux dpartements spcialiss de la BnF (Estampes et photographie,
Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et mdailles, etc.). L'autre moiti
provient de collections d'tablissements publics (muses et bibliothques, la
Documentation franaise, l'Ecole nationale des ponts et chausses, l'Institut
Pasteur, l'Observatoire de Paris, etc.) ou privs (agences de presse dont
Magnum, l'Agence France-Presse, Sygma, Rapho, associations, etc.).

En mai 1998, la Bibliothque nationale de France modifie quelque peu ses
orientations premires. Jrme Strazzulla, journaliste, crit dans Le Figaro du
3 juin 1998 que la BnF est "passe d'une esprance universaliste,
encyclopdique,  la ncessit de choix ditoriaux pointus". Interview  cette
occasion, Jean-Pierre Angremy, prsident de la BnF, rapporte la dcision du
comit ditorial de Gallica: "Nous avons dcid d'abandonner l'ide d'un vaste
corpus encyclopdique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse
reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd'hui vers des corpus
thmatiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (...) Nous
cherchons  rpondre, en priorit, aux demandes des chercheurs et des lecteurs."

Le premier corpus aura trait aux voyages en France, avec une mise en ligne
prvue en 2000. Il rassemblera des textes, estampes et photographies du 16e
sicle  1920. Les corpus envisags ensuite sont: Paris, les voyages en Afrique
des origines  1920, les utopies, et les mmoires des Acadmies des sciences de
province. (En 2003, Gallica propose tous les documents libres de droits du fonds
numris de la BnF,  savoir 70.000 ouvrages et 80.000 images du Moyen-Age au
dbut du 20e sicle.)

= La Bibliothque lectronique de Lisieux

Cre en juin 1996 par Olivier Bogros, directeur de la Bibliothque municipale
de Lisieux (Normandie), la Bibliothque lectronique de Lisieux suscite un rel
intrt dans le monde francophone parce qu'elle montre ce qui est faisable avec
beaucoup de dtermination et des moyens limits. Le site propose chaque mois la
version intgrale d'une oeuvre littraire du domaine public. S'y ajoutent les
archives des mois prcdents, une slection d'oeuvres courtes du 19e sicle, une
slection du fonds documentaire de la bibliothque (opuscules, brochures, tirs
 part), une slection de son fonds normand (brochures et bibliographies), et
enfin un choix de sites normands et de sites littraires francophones.

La slection mensuelle de janvier 1998 est: Les Dliquescences, pomes dcadents
d'Ador Floupette (1885), une oeuvre d'Henri Beauclair et Gabriel Vicaire. Les
mois prcdents voient passer des oeuvres de Thophile Gautier, Vivant Denon,
Jean Lorrain, Charles Nodier, Ernest Lavisse, Jean Revel, Charles Rabou, Claire
de Duras, Xavier Forneret, Ernest Renan, Joris-Karl Huysmans, Philarte Chasles,
Emile Gaboriau, Georges Eekhoud, Prosper Mrime, Stendhal, Denis Diderot,
Gaston Leroux, Marc de Montifaud, etc.

Le rayon littraire prsente une collection de pages consacres principalement
aux auteurs du 19e sicle: des nouvelles de Jean Lorrain, Guy de Maupassant,
Alphonse Allais, Octave Mirbeau, Rmy de Gourmont, Jules Barbey d'Aurevilly,
Isabelle Eberhardt, Charles Asselineau, Marcel Schwob, Jean Richepin, Eugne
Mouton, Jean de La Ville de Mirmont, Lon Bloy, des lettres de Gustave Flaubert,
ainsi que des bibliographies et des travaux du lyce Marcel Gambier de Lisieux.

En juin 1998, deux ans aprs sa mise en ligne, Olivier Bogros relate les dbuts
de la bibliothque lectronique: "Le site a t ouvert en juin 1996. Hberg sur
les pages personnelles, limites  5 Mo (mga-octets), de mon compte CompuServe,
il est depuis quelques jours install sur un nouveau serveur o il dispose d'un
espace disque plus important (15 Mo) et surtout d'un nom de domaine. Les frais
inhrents  l'entretien du site sont  ma charge, la ville finance de manire
indirecte le site en acceptant que tous les textes soient choisis, saisis et
relus par du personnel municipal sur le temps de travail (ma secrtaire pour la
saisie et une collgue pour la relecture). Ce statut trange et original fait de
la Bibliothque lectronique de Lisieux le site presque officiel de la
Bibliothque municipale, tout en restant sous mon entire responsabilit, sans
contrle ni contrainte.

J'ai dj rapport dans un article paru dans le Bulletin des bibliothques de
France (1997, n 3, ndlr) ainsi que dans le Bulletin de l'ABF (Association des
bibliothcaires franais) (n 174, 1997, ndlr), comment l'envie de crer une
bibliothque virtuelle avait rapidement fait son chemin depuis ma dcouverte de
l'informatique en 1994: cration d'un bulletin lectronique d'informations
bibliographiques locales (Les Affiches de Lisieux) en 1994 dont la diffusion
locale ne rencontre qu'un trs faible cho, puis en 1995 dbut de la
numrisation de nos collections de cartes postales en vue de constituer une
photothque numrique, saisie de nouvelles d'auteurs d'origine normande courant
1995 en imitation (modeste) du projet de l'ABU (Association des bibliophiles
universels) avec diffusion sur un BBS (bulletin board service) spcialis.

L'ide du site internet vient d'Herv Le Crosnier, enseignant  l'Universit de
Caen et modrateur de la liste de diffusion Biblio-fr, qui monta sur le serveur
de l'universit la maquette d'un site possible pour la Bibliothque municipale
de Lisieux, afin que je puisse en faire la dmonstration  mes lus. La suite
logique en a t le vote au budget primitif de 1996 d'un crdit pour l'ouverture
d'une petite salle multimdia avec accs public au rseau pour les Lexoviens
(habitants de Lisieux, ndlr). Depuis cette date un crdit d'entretien pour la
mise  niveau des matriels informatiques est allou au budget de la
bibliothque qui permettra cette anne la monte en puissance des machines,
l'achat d'un graveur de cdroms et la mise  disposition d'une machine
bureautique pour les lecteurs de l'tablissement.... ainsi que la cration en ce
dbut d'anne d'un emploi jeune pour le dveloppement des nouvelles
technologies."

= La Bibliothque municipale de Lyon

Une bibliothque numrique peut tre aussi une bibliothque d'images numrises.
La Bibliothque municipale de Lyon par exemple dcide de mettre sa collection
d'enluminures sur le rseau. En 1998, cette collection numrique comprend 3.000
images. A terme, elle devrait comprendre plus de 10.000 images manant de 200
manuscrits et incunables s'chelonnant du 5e sicle  la Renaissance. Le systme
utilis est le SGBI (Systme de gestion de banques d'images) cr par la Maison
de l'Orient  Lyon, sous l'gide du CNRS (Centre national de la recherche
scientifique) et de l'Universit Lyon 2.

"Chaque document, signal par son auteur, son titre et son sicle de
ralisation, reprsente une entit, est-il expliqu sur le site web. Par un
double clic sur l'entit choisie, on accde  un cran qui permet de feuilleter
les images du document. Chaque cran peut comporter neuf imagettes,
correspondant  des objets-images. Lorsque le document comporte davantage
d'objets-images, des flches permettent d'accder aux objets-images suivants.
Chaque objet-image peut comprendre plusieurs images, leur nombre tant indiqu
sous chaque objet-image. Un double-clic sur une imagette permet de voir l'image
agrandie. Dans une seconde tape, une interrogation multicritres sera
possible."

Plus gnralement, dans les bibliothques d'images, le problme majeur reste le
temps ncessaire au tlchargement de chaque image. Aprs avoir d'abord propos
des images en pleine page trs agrables  l'oeil mais excessivement longues 
apparatre  l'cran, de nombreux sites optent en 1998 pour des images de format
rduit, avec possibilit de cliquer ou non sur ces images pour obtenir un format
suprieur. Ce problme devrait tre rsolu  l'avenir avec l'internet  dbit
rapide, trs attendu des iconographes, photographes et amateurs d'images.


7.3. Autres expriences pilotes


Dans le monde anglophone, une bibliothque particulirement dynamique est la
Bibliothque de l'UC Berkeley (UC: University of California), qui joint la
thorie  la pratique dans son site SunSITE (financ en partie par Sun
Microsystems), sur lequel elle monte ses collections et services numriques tout
en procurant informations et conseils dans ce domaine.

Une autre exprience intressante est celle de l'Internet Public Library (IPL),
qui se dfinit comme la premire bibliothque publique de l'internet sur
l'internet,  savoir une bibliothque slectionnant, organisant et cataloguant
les ressources disponibles sur le rseau, et dont toute l'activit s'effectue
sur le web. Cre en mars 1995 par l'Universit du Michigan (Etats-Unis) dans le
cadre de la School of Information and Library Studies (devenue ensuite: School
of Information), cette bibliothque publique d'un genre nouveau comprend en
septembre 1998 un total de 20.166 documents catalogus et rsums. Elle recense
la quasi-totalit des oeuvres du domaine public (en langue anglaise) librement
disponibles en ligne, ainsi que les journaux et magazines.

A titre historique (dj...), le site Library 2000 donne un condens des
recherches menes entre octobre 1995 et octobre 1997 par le MIT Laboratory for
Computer Science (MIT signifiant: Massachusetts Institute of Technology).
Pragmatique, le projet Library 2000 tudie pendant deux ans les problmes poss
par le stockage en ligne d'une trs grande quantit de documents. Il dveloppe
un prototype utilisant la technologie et les configurations de systmes
conomiquement viables en l'an 2000, grce auquel plusieurs grandes
bibliothques numriques sont mises en ligne  compter de l'automne 1997.

Chose logique, en 1998, les bibliothques numriques anglophones sont encore
trs largement majoritaires sur le rseau, puisque l'internet a d'abord dbut
en Amrique du Nord avant de s'tendre  toute la plante. Les bibliothques non
anglophones progressent toutefois rapidement. Voici trois exemples parmi tant
d'autres. Cr dans la ligne du Projet Gutenberg, le Projekt Gutenberg-DE
comprend quelque 200 titres de littrature allemande et de littrature trangre
en allemand. Fond en 1992 par Lysator, un club informatique d'tudiants, en
collaboration avec la Linkping University Library (Sude), le Projet Runeberg
regroupe 200 oeuvres appartenant  la littrature nordique. Quant  Liber Liber,
bibliothque numrique italienne, elle dbute sa page d'accueil par cette maxime
loquente: "Nullus amicus magis liber quam liber."

La numrisation en cours de l'ensemble du patrimoine littraire et scientifique
offre d'immenses perspectives dans les diffrentes communauts linguistiques.
Les perspectives sont tout aussi prometteuses pour les bibliothques d'images,
que celles-ci soient des enluminures, des gravures, des affiches, des cartes
postales, des photos, des vidos ou des films. "Qu'il me suffise, pour le
moment, de redire la sentence classique: 'La bibliothque est une sphre dont le
centre vritable est un hexagone quelconque, et dont la circonfrence est
inaccessible.'" Cette citation de Jorge Luis Borges convient aussi  la
bibliothque numrique.


8. UNE SOCIETE DE L'INFORMATION?


[8.1. Numrisation et convergence multimdia / 8.2. Le droit du cyberespace /
8.3. La proprit intellectuelle / 8.4. Document imprim et/ou lectronique]

Si la socit de l'information nous est rgulirement annonce depuis les annes
1960, il semble que nous en vivions en fait les premires annes. En quoi
consiste la convergence multimdia, et comment affecte-t-elle l'industrie du
livre? Faut-il lgifrer ou non le cyberespace? Qu'en est-il de la proprit
intellectuelle  l'heure de l'internet? Le document imprim et le document
lectronique sont-ils complmentaires ou concurrents? Voici un point sur ces
quelques questions.


8.1. Numrisation et convergence multimdia


= Le processus de production

Depuis trente ans, la chane traditionnelle de l'dition est soumise  de
nombreux bouleversements. Dans les annes 1970, l'imprimerie traditionnelle est
d'abord branle par l'apparition des machines de photocomposition. Le cot de
l'impression continue ensuite de baisser avec les procds d'impression assiste
par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le matriel
d'impression numrique. Dans les annes 1990, l'impression est le plus souvent
assure  bas prix par des ateliers de PAO (publication assiste par
ordinateur).

Toutes les informations doivent tre numrises pour permettre leur transfert
par voie lectronique. La numrisation permet de crer, d'enregistrer, de
combiner, de stocker, de rechercher et de transmettre des textes, des sons et
des images par des moyens simples et rapides. Des procds similaires permettent
le traitement de l'criture, de la musique et du cinma alors que, par le pass,
ce traitement tait assur par des procds diffrents sur des supports
diffrents (papier pour l'criture, bande magntique pour la musique, cellulod
pour le cinma). De plus, des secteurs distincts comme l'dition (qui produit
des livres) et l'industrie musicale (qui produit des disques) travaillent de
concert pour produire des CD-Rom.

La numrisation acclre considrablement le processus matriel de production.
Dans la presse, alors qu'auparavant le personnel de production devait
dactylographier les textes du personnel de rdaction, les journalistes et les
rdacteurs envoient maintenant directement leurs textes pour mise en page. Dans
l'dition, le rdacteur, le concepteur artistique et le personnel charg de la
mise en page travaillent souvent simultanment sur le mme ouvrage. On assiste
progressivement  l'unification de tous les secteurs lis  l'information:
imprimerie, publication, conception graphique, presse, enregistrement sonore,
ralisation de films, radiodiffusion, etc. C'est ce qu'on appelle la convergence
multimdia.

= Convergence multimdia et emploi

La convergence multimdia amne-t-elle des emplois nouveaux, comme l'assurent
les employeurs, ou bien est-elle source de chmage, comme l'affirment les
syndicats? Le Colloque sur la convergence multimdia organis en janvier 1997 
Genve par l'Organisation internationale du travail (OIT) comprend des
contributions particulirement intressantes  cet gard.

Peter Leisink, professeur associ d'tudes sociales  l'Universit d'Utrecht
(Pays-Bas), prcise que les fonctions de correction d'preuves et de rdaction
s'effectuent dsormais  domicile, le plus souvent par des travailleurs ayant
pris le statut d'indpendants  la suite de licenciements, dlocalisations ou
fusions d'entreprises. "Or cette forme d'emploi tient plus du travail prcaire
que du travail indpendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie et sont
gnralement tributaires d'une seule maison d'dition."

A part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations
d'employeurs, la convergence multimdia entrane des suppressions massives
d'emplois, comme pratiquement tous les changements lis  l'introduction des
nouvelles technologies.

Selon Michel Muller, secrtaire gnral de la FILPAC (Fdration des industries
du livre, du papier et de la communication), les industries graphiques
franaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans (1987-1996). Les effectifs sont
passs de 110.000 personnes  90.000. Les entreprises doivent mettre sur pied
des plans sociaux trs coteux pour favoriser le reclassement des personnes
licencies, en crant des emplois souvent artificiels, alors qu'il aurait t
trs prfrable de financer des tudes fiables sur la manire d'quilibrer
crations et suppressions d'emplois, quand il tait encore temps.

Partout dans le monde, de nombreux postes  faible qualification technique sont
remplacs par des postes exigeant des qualifications techniques leves. Les
personnes peu qualifies sont licencies. D'autres suivent une formation
professionnelle complmentaire, parfois auto-finance et prise sur leur temps
libre, et cette formation professionnelle ne garantit pas pour autant le
remploi.

Lors du mme colloque, Walter Durling, directeur des AT&T Global Information
Solutions (Etats-Unis), insiste sur le fait que les nouvelles technologies ne
changeront pas fondamentalement la situation des salaris au sein de leur
entreprise. L'invention du film n'a pas tu le thtre, et celle de la
tlvision n'a pas fait disparatre le cinma. Les entreprises devraient crer
des emplois lis aux nouvelles technologies et les proposer  ceux qui sont
obligs de quitter d'autres postes devenus obsoltes. Des arguments bien
thoriques alors que le problme est plutt celui du pourcentage. Combien de
crations de postes pour combien de licenciements?

De leur ct, les syndicats prconisent la cration d'emplois par
l'investissement, l'innovation, la formation professionnelle aux nouvelles
technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont supprims,
des conditions quitables pour les contrats et les conventions collectives, la
dfense du droit d'auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le
secteur artistique, et la dfense des tltravailleurs en tant que travailleurs
 part entire. D'aprs les prvisions de la Commission europenne, l'Europe
devrait compter 10 millions de tltravailleurs en l'an 2000, soit un cinquime
du nombre de tltravailleurs dans le monde.

Malgr tous les efforts des syndicats, la situation deviendra-elle aussi
dramatique que celle dcrite dans une note du rapport de ce colloque, demandant
si "les individus seront forcs de lutter pour survivre dans une jungle
lectronique avec les mcanismes de survie qui ont t mis au point au cours des
prcdentes dcennies?"

Dans leur livre Cyberplante: notre vie en temps virtuel (paru en 1998 aux
ditions Autrement), Philip Wade et Didier Falkand indiquent que les Etats-Unis,
le Canada et le Japon, pays qui investissent le plus dans les nouvelles
technologies, sont aussi ceux qui crent le plus d'emplois. D'aprs une tude
ralise en fvrier 1997 par le cabinet Booz, Allen & Hamilton pour les
ministres europens de l'Industrie, le retard de l'Europe lui aurait cot un
million d'emplois en 1995 et 1996. Ce retard correspond  une croissance
technologique faible, qui s'lve  2,4% seulement, alors qu'elle est de 9,3%
aux Etats-Unis. Selon une autre tude ralise en janvier 1997 par la socit
conseil BIPE pour le compte de la Commission europenne, 1,3 million d'emplois
pourraient tre maintenus ou crs dans l'Union europenne d'ici l'an 2005. Les
300.000 suppressions d'emplois prvues chez les oprateurs traditionnels
seraient compenses par 93.000 emplois crs par leur concurrents, auxquels
s'ajouteraient 1,2 million d'emplois crs dans les secteurs suivants:
tlcommunications, construction lectrique et lectronique, quipement et
distribution de produits de communication.

= Les professionnels du livre

La distinction traditionnelle entre maison d'dition, diteur de presse,
librairie, bibliothque, etc., sera-t-elle encore de mise dans quelques annes?
Le dveloppement rcent de l'dition lectronique amne dj des changements
substantiels dans les relations entre les auteurs, les diteurs et les lecteurs.
Les catgories professionnelles forges au fil des sicles: diteurs,
journalistes, bibliothcaires, etc., rsisteront-elles  la convergence
multimdia tout en s'adaptant au cyberespace, comme c'est le cas avec les
premiers cyberthcaires, cyberditeurs, cyberjournalistes, cyberlibraires, etc.,
ou bien toutes ces activits seront-elles progressivement restructures pour
donner naissance  de nouveaux mtiers?

L'internet offre de rels avantages en matire d'emploi, notamment la
possibilit de chercher du travail en ligne et de recruter du personnel par le
mme biais. Changer d'emploi devient plus facile et le tltravail ouvre de
nouveaux horizons pour ceux qui prfrent travailler chez eux. Isabelle Aveline,
rdactrice du site littraire Zazieweb, dclare en juin 1998: "Grce  internet
les choses sont plus souples, on peut trs facilement passer d'une socit  une
autre (la concurrence!), le tltravail pointe le bout de son nez (en France
c'est encore un peu tabou...), il n'y a plus forcment de grande sparation
entre espace pro et personnel."

Claire Le Parco, de la socit Webnet (qui gre le site Posie franaise),
prcise  la mme date: "En matire de recrutement, internet a chang
radicalement notre faon de travailler, puisque nous passons maintenant toutes
nos offres d'emploi (gratuitement) dans le newsgroup 'emploi'. Nous utilisons un
intranet pour changer nombre d'informations internes  l'entreprise:
formulaires de gestion courante, archivage des documents mis, suivi des
dplacements, etc. La demande des entreprises est trs forte, et je crois que
nous avons de beaux jours devant nous!"

Rdacteur et webmestre du Biblio On Line, un portail destin aux bibliothques,
Jean-Baptiste Rey relate en juin 1998: "Personnellement internet a compltement
modifi ma vie professionnelle puisque je suis devenu webmestre de site internet
et responsable du secteur nouvelles technologies d'une entreprise informatique
parisienne (Quick Soft Ingnierie, ndlr). Il semble que l'essor d'internet en
France commence (enfin) et que les demandes tant en matire d'informations, de
formations que de ralisations soient en grande augmentation."

Fabrice Lhomme, webmestre d'Une Autre Terre, site consacr  la science-fiction,
raconte  la mme date: "Une Autre Terre est un serveur personnel hberg
gratuitement par la socit dans laquelle je travaille. Je l'ai cr uniquement
par passion pour la SF et non dans un but professionnel mme si son audience
peut laisser envisager des dbouchs dans ce sens. Par contre internet a bel et
bien chang ma vie professionnelle. Aprs une exprience de responsable de
service informatique, j'ai connu le chmage et j'ai eu plusieurs expriences
dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activit que j'ai
pu trouver tait vendeur en micro-informatique en grande surface. Je dois
prciser quand mme que je suis attach  ma rgion (la Bretagne, ndlr) et que
je refusais de 'm'expatrier'. Jusqu'au jour donc o j'ai trouv le poste que
j'occupe depuis deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais
peut-tre encore en grande surface. Actuellement, l'essentiel de mon activit
tourne autour d'internet (ralisation de serveurs web, intranet/extranet,...)
mais ne se limite pas  cela. Je suis technicien informatique au sens large du
terme puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matriel, de
rseaux, d'audits, de formations, de programmation... (...) J'ai trouv dans
internet un domaine de travail trs attrayant et j'espre fortement continuer
dans ce segment de march. La socit dans laquelle je travaille est une petite
socit en cours de dveloppement. Pour l'instant je suis seul  la technique
(ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous devrions  moyen terme
embaucher d'autres personnes qui seront sous ma responsabilit."

Par ailleurs, plusieurs professionnels du livre dcident de rejoindre des
socits informatiques, ou alors de se spcialiser au sein de la structure dans
laquelle ils travaillent, en devenant par exemple les webmestres de leur
librairie, de leur maison d'dition ou de leur bibliothque. Malgr cela, les
perspectives d'emploi restent assez inquitantes. De nombreuses tches
deviennent obsoltes avec l'introduction des nouvelles technologies. Les
professionnels du livre pourront-ils tous se recycler grce  des formations
professionnelles adaptes, ou bien seront-ils frapps de plein fouet par le
chmage?


8.2. Le droit du cyberespace


= La responsabilit de l'internaute

Li  la fois au droit informatique en place et  quelques lgislations
balbutiantes, le droit du cyberespace est en train d'merger - non sans mal -
d'un rseau en bullition. On tente de redfinir des domaines existants tels que
la proprit intellectuelle ou la censure. On tente aussi d'en dfinir de
nouveaux, comme la responsabilit ou non des fournisseurs d'accs internet
vis--vis de l'information circulant par leur intermdiaire.

Cres en t 1992 par Paul Southworth  l'Universit du Michigan (Etats-Unis),
les ETEXT Archives se donnent pour but de rassembler des textes lectroniques de
toutes sortes: textes politiques, textes personnels, textes sacrs, textes
profanes, etc. Elles hbergent aussi gratuitement des priodiques, oeuvres de
fiction, oeuvres politiques, potiques, religieuses, etc.,  la demande
d'auteurs ou d'organismes souhaitant les faire connatre. Les volontaires qui
composent l'quipe s'engagent  ne pas juger le contenu de ces textes, mais
refusent les oeuvres  caractre pornographique.

Mygale, site communautaire francophone, offre aux particuliers et aux
associations  but non lucratif une messagerie lectronique gratuite et un
hbergement gratuit de leur site web (10 Mo (mga-octets) puis 20 Mo au bout
d'un an), avec aide en ligne et divers services  l'appui, ce qui contribue
grandement au dveloppement du web francophone. Dans sa charte  destination de
ses membres, Mygale prcise: "Vous tes responsable des informations diffuses
sur vos pages. En cas de non respect des lois en vigueur, ces informations sont
susceptibles d'engager votre responsabilit civile et/ou pnale. Notamment, vos
pages ne doivent pas tre  caractre pornographique, raciste, diffamatoire."
Mygale est ensuite remplac par MultiMania, bas sur le mme principe.

Les internautes sont censs respecter la ntiquette,  savoir un ensemble de
rgles de savoir-vivre rgissant entre autres le courrier lectronique, les
forums de discussion et les sites web. Toutefois l'augmentation inquitante de
sites pornographiques, pdophiles et nazis entrane l'apparition de logiciels
pouvant tre paramtrs par les parents et les ducateurs en fonction de l'ge
des enfants et du degr de contrle souhait (par exemple Cyber Patrol,
CyberSitter, Net Nanny, SafeSurf et SurfWatch).

Une rglementation est mise en place pour lutter contre les spams, ces messages
lectroniques non sollicits  caractre souvent commercial qui prolifrent dans
les botes aux lettres lectroniques. En avril 1998, l'Etat de Washington cre
un prcdent avec une loi anti-spamming prvoyant de "condamner toute personne
morale ou physique qui envoie des messages intempestifs en masse en cachant son
identit et en trompant les destinataires par des titres de messages
fallacieux". Effective dbut aot, cette loi est le "premier pas vers un cadre
lgislatif qui pourrait faire cole", lit-on dans Le Micro Bulletin Actu du 2
avril 1998.

Dans le quotidien Libration du 9 janvier 1998, Esther Dyson, prsidente
d'EDventure Holdings, prcise que l'internet commercial devrait tre rglement
moins par un gouvernement central qui en dfinirait les rgles que par plusieurs
organismes mis en concurrence dans l'intrt du consommateur.

Patrick Rebollar, crateur d'un site web de recherches et d'activits
littraires, voit l'avenir du rseau assez trouble. Il crit en juillet 1998:
"Entre ceux qui cherchent  gagner de l'argent  tout prix, et ceux qui en font
une banque d'images pornographiques, ceux qui cherchent des amis pour pallier un
manque et ceux qui cherchent du travail. Ceux qui... et ceux qui... le rseau
devient progressivement une projection du monde lui-mme, plus prcise et exacte
chaque jour."

= L'activit de la CNIL

Autorit administrative indpendante, la Commission nationale de l'informatique
et des liberts (CNIL) est un organisme public franais charg de veiller 
l'application de la loi relative  l'informatique, aux fichiers et aux liberts,
communment appele loi "informatique et liberts" (loi n 78-17 du 6 janvier
1978). Son article premier rappelle que "l'informatique doit tre au service de
chaque citoyen. Son dveloppement doit s'oprer dans le cadre de la coopration
internationale. Elle ne doit porter atteinte ni  l'identit humaine, ni aux
droits de l'homme, ni  la vie prive, ni aux liberts individuelles et
publiques." La CNIL veille donc entre autres  ce que la gestion des fichiers
informatiques tienne compte du respect de la vie prive du citoyen.

La CNIL est en train d'adapter son activit  l'internet, la courte existence de
celui-ci ayant dj dmontr que tout internaute est facilement reprable sur le
rseau. L'annuaire Dejanews, par exemple, donne la possibilit  un employeur de
connatre les forums de discussion auxquels participe un salari. Utiliss 
l'origine pour des raisons commerciales, pour reprer les sites consults par un
usager et connatre ainsi ses centres d'intrt, les outils de filature (cookie,
applet Java, etc.) peuvent trs bien servir aussi  d'autres fins mettant en
pril la libert individuelle et la vie prive. "Sur internet, il n'y a pas
d'anonymat, prvient la CNIL sur son site. Ce qui impose  chacun d'tre
vigilant." Le site donne nombre d'indications pratiques sur la manire de
neutraliser ces outils de filature.

La dlibration de la CNIL du 8 juillet 1997 sur les annuaires des abonns au
tlphone traite des projets de basculement de ces annuaires sur l'internet et
de l'absence de dispositifs de scurit permettant d'viter leur tlchargement.
Des informations personnelles pourraient tre massivement tlcharges depuis un
pays non soumis  des rgles de protection des donnes, afin d'tre cdes,
vendues, stockes, traites et exploites sans garantie ni contrle. Pour
contrer tout tlchargement de ce type, il est demand  chaque Etat membre de
transposer d'ici la fin 1998 dans sa propre lgislation la directive de l'Union
europenne du 24 octobre 1995. Les transferts internationaux de donnes ne
doivent tre autoriss que si le pays destinataire peut assurer une protection
adquate conforme aux normes europennes.

En ce qui concerne le transfert de l'annuaire des abonns au tlphone sur le
web, la CNIL recommande que la dcision soit prise par les utilisateurs
eux-mmes, comme c'est dj le cas pour l'inscription sur la liste rouge ou la
liste orange. S'inscrit sur la liste rouge toute personne ne souhaitant pas
figurer sur l'annuaire. 5,6 millions d'abonns y sont inscrits, soit le quart
des abonns de France Tlcom. L'inscription  cette liste est payante malgr
les recommandations de la CNIL qui prne sa gratuit, comme c'est le cas dans
d'autres pays europens. La liste orange, elle, regroupe l'ensemble des
personnes qui, quoique souhaitant figurer dans l'annuaire, s'opposent 
l'utilisation commerciale de leurs coordonnes. Contrairement  la liste rouge,
l'inscription  la liste orange est gratuite.

= Technoralisme et web indpendant

Pour contrer  la fois ceux qui mettent la technologie sur un pidestal et ceux
qui y sont systmatiquement hostiles, un mouvement appel Technorealism est
lanc en mars 1998 aux Etats-Unis. Les ides exposes dans Technorealism
Overview sont reprises au Qubec dans le Manifeste pour un technoralisme qui,
comme l'explique la cyber-revue Mmento, veut faire le point entre "ces
prophtes nouveau genre qui nous promettent un monde meilleur grce  la
technologie, et les nostalgiques qui veulent faire marche arrire et revenir au
pole  bois, au crayon de plomb et aux chevaux de trait".

Ce Manifeste s'appuie sur les huit principes suivants: 1) la technologie n'est
pas neutre; 2) l'internet est un mdium rvolutionnaire, pas une utopie; 3) le
gouvernement a un rle important  jouer dans le cyberespace; 4) l'information
n'est pas un gage de connaissance; 5) brancher les coles n'assurera pas une
ducation de meilleure qualit; 6) la qualit de l'information doit tre
protge; 7) les ondes sont du domaine public et c'est le public qui devrait en
tirer les bnfices; 8) une bonne comprhension de la technologie devrait
constituer un des fondements de la citoyennet.

Ce Manifeste fait notamment le point sur les relations entre cyberespace et
socit: "Plus le cyberespace devient populaire, plus il ressemble  la socit
relle dans toute sa complexit. Chacun des cts positifs ou habilitants de la
vie en ligne est accompagn de dimensions malicieuses, perverses. (...)
Contrairement  ce que certains prtendent, le cyberespace n'est pas un lieu
distinct qui serait rgi par des rgles distinctes de celles de la socit
civile. Les gouvernements doivent respecter les rgles et coutumes nes avec le
cyberespace, mais cela ne veut pas dire pour autant que le public n'a aucun
droit sur un citoyen qui draille ou une entreprise qui commet une fraude. En
tant que reprsentant du peuple et gardien des valeurs dmocratiques, l'tat a
le droit et la responsabilit d'aider  intgrer le cyberespace  la socit
civile."

Disponible en plusieurs langues (allemand, anglais, espagnol, franais, occitan
et portugais), le Manifeste du web indpendant insiste pour sa part sur la
ncessit d'un web respectueux de la libert individuelle et de la diversit
culturelle face  la main-mise croissante des dinosaures politiques et
commerciaux. "Le web indpendant, ce sont ces milliers de sites offrant quelques
millions de pages faites de passion, d'opinion, d'information, mises en place
par des utilisateurs conscients de leur rle de citoyens. Le web indpendant,
c'est un lien nouveau entre les individus, une bourse du savoir gratuite,
offerte, ouverte; sans prtention. Face aux sites commerciaux aux messages
publicitaires agressifs, destins  ficher et cibler les utilisateurs, le web
indpendant propose une vision respectueuse des individus et de leurs liberts,
il invite  la rflexion et au dialogue.

Quand les sites d'entreprises se transforment en magazines d'information et de
divertissement, quand les mastodontes de l'info-spectacle, des
tlcommunications, de l'informatique et de l'armement investissent le rseau,
le web indpendant propose une vision libre du monde, permet de contourner la
censure conomique de l'information, sa confusion avec. (...) Nous invitons donc
les utilisateurs  prendre conscience de leur rle primordial sur l'internet:
lorsqu'ils montent leur propre site, lorsqu'ils envoient des commentaires,
critiques et encouragements aux webmestres, lorsqu'ils s'entraident dans les
forums et par courrier lectronique, ils offrent une information libre et
gratuite que d'autres voudraient vendre et contrler. La pdagogie,
l'information, la culture et le dbat d'opinion sont le seul fait des
utilisateurs, des webmestres indpendants et des initiatives universitaires et
associatives."


8.3. La proprit intellectuelle


= La protection du droit d'auteur

La loi n 92-597 du 1er juillet 1992, qui rgit le droit d'auteur franais,
prcise que "l'auteur jouit sa vie durant du droit exclusif d'exploiter son
oeuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pcuniaire. Au
dcs de l'auteur, ce droit persiste au bnfice de ses ayants droit, pendant
l'anne civile en cours et les cinquante annes qui suivent."

Les sites web sont eux aussi rgis par le droit d'auteur. Sur le site de sa
bibliothque numrique Gallica, inaugure en 1997, la Bibliothque nationale de
France (BnF) donne les prcisions suivantes: "En application de la loi franaise
92-597 du 1er juillet 1992, portant code de la proprit intellectuelle, la
Bibliothque nationale de France est titulaire des droits d'auteur sur le site
dnomm 'Gallica' et la base de donnes ainsi constitue. Toute reprsentation
ou reproduction intgrale ou partielle faite sans le consentement de la
Bibliothque nationale de France est illicite, et constitue une contrefaon
sanctionne pnalement."

Dans nombre de lgislations nationales, la rgle gnrale est un dlai de
protection qui dbute  la date de cration de l'oeuvre et qui expire 50  70
ans aprs la mort de l'auteur, quand ce n'est pas davantage. Il existe des
exceptions pour certaines catgories d'oeuvres (par exemple les photos et les
oeuvres audiovisuelles) ou pour certains usages (par exemple la traduction).
Pass le dlai mentionn dans la lgislation nationale, l'oeuvre tombe dans le
domaine public et peut tre librement reproduite.

A l'chelon international, la protection du droit d'auteur est lgifre par
l'Organisation mondiale de la proprit intellectuelle (OMPI), qui est l'une des
seize institutions spcialises du systme des Nations unies. L'OMPI est charge
de promouvoir la protection de la proprit intellectuelle dans le monde, grce
 la coopration des tats, et d'assurer l'administration de divers traits
multilatraux touchant aux aspects juridiques et administratifs de la proprit
intellectuelle.

En 1998, sur son site web, l'OMPI dfinit la protection du droit d'auteur de la
manire suivante: "La protection du droit d'auteur signifie en gnral que
certaines utilisations de l'oeuvre ne sont licites que si elles sont autorises
par le titulaire du droit d'auteur. Les plus typiques sont: le droit de copier
ou de reproduire n'importe quel genre d'oeuvre; le droit de diffuser des
exemplaires dans le public; le droit de louer des exemplaires, du moins pour
certaines catgories d'oeuvres (telles que les programmes d'ordinateur et les
oeuvres audiovisuelles); le droit de faire des enregistrements sonores de
reprsentations ou d'excutions d'oeuvres littraires ou musicales; le droit de
reprsenter ou d'excuter en public, spcialement des oeuvres musicales,
dramatiques ou audiovisuelles; le droit de communiquer au public, par cble ou
autrement, les reprsentations ou excutions de ces oeuvres et, en particulier,
de transmettre par radio, tlvision ou par d'autres moyens sans fil toutes
sortes d'oeuvres; le droit de traduire des oeuvres littraires; le droit de
louer, notamment, des oeuvres audiovisuelles, des oeuvres matrialises dans des
phonogrammes et des programmes d'ordinateur; le droit d'adapter toutes sortes
d'oeuvres et en particulier le droit d'en faire des oeuvres audiovisuelles."

= Les oeuvres du domaine public

Qu'est-ce exactement qu'un texte du domaine public? L'Association des
bibliophiles universels (ABU), qui gre la bibliothque numrique ABU: la
bibliothque universelle, rpond  cette question sur son site web. En France,
un texte tombe dans le domaine public 50 ans aprs la mort de son auteur. Les
annes de guerre (1914-1919 et 1938-1948) comptent double. Quand un texte
appartient au domaine public, il peut tre diffus et reproduit, mais non mutil
ou dform puisque le droit moral de l'auteur (paternit et respect de l'oeuvre)
est intemporel. Mme si une oeuvre est du domaine public, une dition donne de
cette oeuvre n'est pas pour autant libre de reproduction si elle est rcente. La
traduction, l'appareil critique (notes, prface, etc.) et l'appareil ditorial
(tables, index, pagination, etc.) sont soumis au droit d'auteur.

Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg, pionnier des bibliothques
numriques, explique aux volontaires dsireux de scanner de nouvelles oeuvres
quelles sont les rgles  suivre pour dterminer si un titre en langue anglaise
appartient ou non au domaine public. Au Royaume-Uni, comme dans nombre de pays,
l'oeuvre est sujette au droit d'auteur pendant 70 ans aprs le dcs de
l'auteur. Aux Etats-Unis, une oeuvre publie avant 1923 est soumise au droit
d'auteur pendant 75 ans aprs sa date de publication. Une oeuvre publie entre
1923 et 1977 est soumise au droit d'auteur pendant 95 ans aprs sa date de
publication. Une oeuvre publie en 1998 ou les annes suivantes est soumise au
droit d'auteur 70 ans aprs la date du dcs de l'auteur s'il s'agit d'un auteur
personnel, et 95 ans aprs la date de publication ou 120 ans aprs la date de
cration s'il s'agit d'un auteur collectif.

La lgislation s'est ensuite nettement durcie aprs l'acceptation par le Congrs
de la loi du 27 octobre 1998. "Le copyright a t augment de 20 ans, explique
Michael Hart en juillet 1999. Auparavant on devait attendre 75 ans, on est
maintenant pass  95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une
extension de 28 ans si on la demandait avant l'expiration du dlai) et il avait
lui-mme remplac un copyright de 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la
demandait avant l'expiration du dlai). Comme vous le voyez, on assiste  une
dgradation rgulire et constante du domaine public."

Des ralisations d'intrt public comme le Projet Gutenberg - utiliser
l'internet pour mettre des livres  la disposition du plus grand nombre - n'ont
malheureusement gure de poids vis--vis des majors de l'dition, comme l'crit
Michael Hart  la mme date: "J'ai t le principal opposant aux extensions du
copyright, mais Hollywood et les grands diteurs ont fait en sorte que le
Congrs ne mentionne pas mon action en public. (...) Les dbats actuels sont
totalement irralistes. Ils sont mens par 'l'aristocratie terrienne de l'ge de
l'information' et servent uniquement ses intrts. Un ge de l'information? Et
pour qui?" Trs juste. Plus les gouvernements parlent d'ge de l'information,
plus ils durcissent les lois relatives  la libre mise  disposition des crits.
La contradiction n'est-elle pas flagrante?

= Droit d'auteur et dition lectronique

L'arrive en force des textes lectroniques rend le problme du droit d'auteur
encore plus complexe qu'il n'tait. En 1998, nombre d'auteurs, d'diteurs, de
journalistes, etc., tudient fbrilement comment venir  bout de la complexit
du problme. Les journalistes voient souvent leurs articles rutiliss sans en
avoir donn l'autorisation, y compris par les organes de presse pour lesquels
ils travaillent.

Par ailleurs, la preuve tangible de la proprit intellectuelle est beaucoup
moins vidente. Jusqu' une poque rcente, la page dactylographie ou imprime
constituait la preuve physique de l'information protge par le droit d'auteur.
Depuis quelques annes, cette scurit lgale s'effondre, ce qui ajoute  la
complexit du dbat sur le contrle des droits lectroniques. Le dbat est rendu
plus difficile encore par la prsence de liens hypertextes permettant d'aller
d'un document  l'autre. Lier deux documents entre eux doit-il faire l'objet
d'une rglementation? Ceci serait contraire  la nature mme du web.

Le respect du droit d'auteur est  la fois un problme crucial et une des cls
de l'dition lectronique. En dcembre 1996, sous l'gide de l'OMPI
(Organisation mondiale de la proprit intellectuelle), une confrence
internationale runit  Genve des experts de 160 pays diffrents. Les dbats
aboutissent au vote de plusieurs textes, notamment l'adaptation de la Convention
de Berne de 1889 sur les droits littraires et artistiques, convention dont le
dernier amendement date de 1971. La convention prend dsormais en compte la
protection des "transmissions et distributions numrises". Le stockage d'une
oeuvre sous forme numrique constitue une reproduction. En cas de diffusion sur
l'internet, l'metteur est tenu au respect du droit d'auteur.

Par contre, les dlgus ne russissent pas  se mettre d'accord sur l'extension
du droit d'auteur aux copies lectroniques temporaires stockes dans la mmoire
vive de l'ordinateur quand l'internaute consulte une page web. Alors que l'OMPI
aurait souhait que ces reproductions relvent aussi du droit d'auteur, les
fournisseurs d'accs internet menacent de paralyser le rseau si une telle
mesure est adopte. A juste titre, ils estiment ne pouvoir tre tenus pour
responsables de la protection d'un contenu original qu'ils n'ont aucun moyen de
vrifier.

A la mme date, en dcembre 1996, la Commission europenne publie un Livre vert
sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la socit de l'information.
Ces droits recouvrent les oeuvres imprimes, les films, les oeuvres d'art
graphiques et plastiques, les logiciels, les missions retransmises par cble ou
satellite, les disques, les reprsentations thtrales et musicales, les
expositions et ventes aux enchres, les revues d'art, les oeuvres lectroniques,
les services  la demande et les prestations lectroniques  distance, toutes
ces activits reprsentant 5  7% du produit national brut des quinze pays
membres. Les lgislations nationales tant toutes diffrentes, une harmonisation
de la protection du droit d'auteur  l'chelle europenne serait ncessaire. Il
appartiendrait ensuite aux Etats d'appliquer ces dispositions, avec adaptation
du cadre juridique dans lequel les oeuvres seront cres et protges.

Dans un article de l'AJR NewsLink (AJR: American Journalism Review) consacr 
la proprit intellectuelle sur le web, Penny Pagano, journaliste indpendante,
tente de cerner les problmes lgaux auxquels se heurtent journalistes,
crivains et diteurs pour la protection du droit d'auteur sur les documents
lectroniques qu'ils produisent ou distribuent. Elle relate la cration par la
National Writers Union (Etats-Unis) d'une nouvelle agence dnomme la
Publication Rights Clearinghouse (PRC). Pour la somme de 20 dollars, les auteurs
indpendants qui le souhaitent peuvent s'inscrire  la PRC. Leurs articles sont
alors inclus dans les fichiers de l'agence, qui surveille leur rutilisation.
Tout comme l'ASCAP (American Society of Composers, Authors and Publishers), qui
gre les droits de l'industrie musicale, la PRC recense les transactions
individuelles et paie des royalties aux auteurs dont les articles sont
rutiliss (droit d'auteur secondaire). L'agence est galement ouverte aux
collectivits. Plusieurs socits se sont inscrites, notamment UnCover, le grand
fournisseur mondial d'articles de journaux et magazines (intgr ensuite 
Ingenta).

= Des solutions logicielles

Dans son livre Digital Literacy (paru en 1997 chez Wiley  New York), Paul
Gilster prcise que, suite  l'extension du droit d'auteur  des supports
lectroniques  usage international, la protection du droit d'auteur pour de
tels supports relve de la Convention universelle sur le droit d'auteur (adopte
en septembre 1952 et rvise en juillet 1971). Adopte par 70 pays, cette
convention vise  protger le droit d'auteur aussi bien pour les oeuvres d'un
pays concern que pour les oeuvres trangres  ce pays.

Paralllement, plusieurs organismes travaillent  des solutions logicielles
permettant d'tablir une connexion entre les tenants de la proprit
intellectuelle d'une part et les usagers d'autre part, et de localiser et
conserver la trace de toute copie d'un texte donn, en utilisant par exemple des
moteurs de recherche pour localiser ces copies. Le logiciel dciderait d'une
taxe qui serait divise entre l'auteur, l'diteur et le service de protection.
Paul Gilster donne l'exemple du systme mis au point par Digimarc Corporation.
Un code transparent est attribu  une image numrique, un document audio ou un
document vido. L'utilisation du document entrane l'activation de ce code pour
le calcul et le paiement du droit d'auteur.

Pour les textes lectroniques, la solution propose par Paul Gilster est une
taxe par page ou par unit d'information. Le paiement bas sur le principe de
l'abonnement serait remplac par ce que l'auteur appelle le systme de la
microtransaction. Situs dans de multiples bibliothques ou librairies
numriques, les documents, qu'ils soient payants ou gratuits, seraient tous
accessibles sans abonnement. Dans le cas de documents payants, qui sont ceux
soumis au droit d'auteur, le fait de cliquer sur l'un d'eux gnrerait un
systme de paiement qui taxerait l'usager uniquement pour les pages lues, et
ainsi de suite pour tout document du mme type. La carte de crdit de l'usager
serait automatiquement dbite de la somme correspondante. Cette somme devant
tre distribue entre diffrents partenaires,  commencer par l'auteur et
l'diteur, elle serait divise d'emble en microtransactions permettant de
favoriser cette distribution.

Dans le mme ordre d'ides, plusieurs diteurs dcident de dvelopper un nouveau
systme d'identification pouvant tre utilis pour tout contenu numrique, le
Digital Object Identifier System (DOI System). L'origine du DOI System est la
suivante: l'internet reprsentant un nouvel environnement pour l'industrie du
livre, il est ncessaire de dvelopper une technologie adapte protgeant  la
fois le consommateur et l'diteur, et donc un systme pouvant authentifier un
contenu afin de certifier que l'information fournie au consommateur est bien
l'information demande, et pouvant assurer en parallle le calcul et le paiement
du droit d'auteur. Le DOI System procurerait non seulement une identification
unique pour ce contenu, mais aussi un lien entre les utilisateurs et les
gestionnaires des droits du dit contenu, ceci afin de faciliter le commerce
lectronique dans ce domaine.

Dvelopp et test en 1996, le DOI System est d'abord utilis par une dizaine
d'diteurs amricains et europens (Academic Press, Authors' Licensing and
Collecting Society, Copyright Clearance Center, Elsevier, Houghton Mifflin
Company, International Publishers Association (IPA), John Wiley & Sons,
Shepard's, Springer-Verlag) dans le cadre d'un programme pilote mis en place
entre juillet et octobre 1997. Lors de la Foire du livre de Francfort d'octobre
1997, la participation  la deuxime phase du programme est tendue  tous les
diteurs dsireux d'y participer. Une fois pass le stade exprimental, la
gestion du DOI System est confie  l'International DOI Foundation, fonde en
1998, avec un sige aux Etats-Unis et un autre en Suisse.


8.4. Document imprim et/ou lectronique


= Deux versions au lieu d'une

En 1998, pratiquement tous les documents imprims sont issus d'une version
lectronique sur traitement de texte, sur tableur ou sur base de donnes. Il est
dsormais frquent qu'un mme document fasse l'objet de deux versions, numrique
et imprime. A l'inverse, pour des raisons pratiques, de plus en plus de
documents imprims sont numriss. Ce mouvement s'accentuera encore dans les
prochaines annes,  tel point qu'il deviendra probablement ridicule d'tablir
une distinction entre document lectronique et document imprim.

Pour des raisons budgtaires, de plus en plus de publications n'existent qu'en
version lectronique. Outre sa facilit d'accs et son faible cot, le grand
mrite du document lectronique est de pouvoir tre rgulirement actualis.
Point n'est besoin d'attendre une nouvelle dition imprime soumise aux
contraintes commerciales ou aux exigences de l'diteur. Ceci s'avre
particulirement utile pour les ouvrages et priodiques scientifiques et
techniques, dans lesquels l'information la plus rcente est primordiale.
L'dition lectronique apparat comme une solution  tudier de prs pour les
presses universitaires et les diteurs spcialiss.

Document lectronique? Document numrique? Livre numrique? Livre lectronique?
Un vocabulaire adapt reste  dfinir. Comme l'explique Jean-Gabriel Ganascia,
directeur du Groupement d'intrt scientifique (GIS) Sciences de la cognition,
dans son rapport de synthse Le livre lectronique: rflexion de prospective, le
terme "livre lectronique", souvent utilis en franais, est " la fois
restrictif et inopportun". Ce terme est restrictif parce que le livre dsigne
"un support particulier de l'crit qui est advenu  un moment donn dans
l'histoire" alors que le document lectronique comporte  la fois de l'crit, de
l'image et du son. Ce terme est galement inopportun parce qu'on ne peut gure
juxtaposer au terme "livre" le terme "lectronique", "un nouvel objet immatriel
dfini par un ensemble de procdures d'accs et une structuration logique". De
plus, qu'il s'agisse de sa forme exacte ou de sa fonction exacte, le statut mme
de ce qu'on appelle "livre lectronique" reste encore  dterminer. Ceci dit, ce
rapport ne propose pas de meilleur terme.

En 1998, les livres lectroniques (appareils de lecture) sont pour bientt. Un
petit ordinateur ayant le format d'un livre permettra de lire plusieurs dizaines
de livres numriss qui pourront tre achets directement auprs des diteurs ou
distributeurs. Quatre modles de livres lectroniques sont prvus pour fin 1998
ou dbut 1999: le Rocket eBook (cr par la socit NuvoMedia en partenariat
avec la chane de librairies Barnes & Noble et le gant des mdias Bertelsmann),
le SoftBook (cr par la socit SoftBook Press en partenariat avec les grands
diteurs Random House et Simon & Schuster), l'Everybook (cr par la socit du
mme nom) et le Millennium EBook (cr par la socit Librius.com).

= Une information non plus stable mais fluide

L'utilisation de l'internet entrane des changements considrables dans la
manire d'enseigner. En juillet 1998, Patrick Rebollar, professeur de franais
et d'informatique dans des universits japonaises, analyse l'impact de
l'internet sur sa vie professionnelle: "Mon travail de recherche est diffrent,
mon travail d'enseignant est diffrent, mon image en tant
qu'enseignant-chercheur de langue et de littrature est totalement lie 
l'ordinateur, ce qui a ses bons et ses mauvais cts (surtout vers le haut de la
hirarchie universitaire, plutt constitue de gens gs et technologiquement
rcalcitrants). J'ai cess de m'intresser  certains collgues proches
gographiquement mais qui n'ont rien de commun avec mes ides, pour entrer en
contact avec des personnes inconnues et rparties dans diffrents pays (et que
je rencontre parfois,  Paris ou  Tokyo, selon les vacances ou les colloques
des uns ou des autres). La diffrence est d'abord un gain de temps, pour tout,
puis un changement de mthode de documentation, puis de mthode d'enseignement
privilgiant l'acquisition des mthodes de recherche par mes tudiants, au
dtriment des contenus (mais cela dpend des cours). Progressivement, le
paradigme rticulaire l'emporte sur le paradigme hirarchique - et je sais que
certains enseignants m'en veulent  mort d'enseigner a, et de le dire d'une
faon aussi crue. Cependant ils sont obligs de s'y mettre..."

Dans sa communication (Creativity and the Computer Education Industry) donne en
septembre 1996 lors de la confrence mondiale de l'IFIP (International
Federation of Information Processing), Dale Spender, professeure  l'Universit
de Queensland (Australie), tente elle aussi d'analyser les changements
fondamentaux apports par l'internet dans l'enseignement. Voici son
argumentation rsume dans les deux paragraphes qui suivent.

Depuis plus de cinq sicles, l'enseignement est essentiellement bas sur
l'information procure par les livres. Or les habitudes lies  l'imprim ne
peuvent tre transfres dans l'univers numrique. L'enseignement en ligne offre
des possibilits tellement nouvelles qu'il n'est gure possible d'effectuer les
distinctions traditionnelles entre enseignant et enseign. Le passage de la
culture imprime  la culture numrique exige donc d'entirement repenser le
processus d'acquisition du savoir, puisque nous avons maintenant l'opportunit
sans prcdent de pouvoir influer sur le type d'enseignement que nous souhaitons
recevoir.

Dans la culture imprime, l'information contenue dans les livres reste la mme
un certain temps, ce qui nous encourage  penser que l'information est stable.
La nature mme de l'imprim est lie  la notion de vrit, stable elle aussi.
Cette stabilit et l'ordre qu'elle engendre sont un des fondements de l'ge
industriel et de l're des sciences et techniques. Les notions de vrit, de
loi, d'objectivit et de preuve constituent le fondement de nos croyances et de
nos cultures. Mais l'avnement du numrique change tout ceci. Soudain
l'information en ligne supplante l'information imprime pour devenir la plus
fiable et la plus utile, et l'usager est prt  la payer en consquence. Cette
transformation radicale de la nature mme de l'information doit tre au coeur du
dbat relatif aux nouvelles mthodes d'enseignement.

= Un processus d'criture en mutation

Cette transformation affecte aussi le processus de l'criture, comme le constate
Jean-Paul, webmestre des Cotres furtifs, un site hypermdia collectif. En juin
1998, il relate: "Une navigation sur la toile se fait en rayon (j'ai un centre
d'intrt et je clique mthodiquement sur tous les liens que contient sa base,
sa page d'accueil) ou en louvoiements (de clic en clic,  mesure qu'ils
apparaissent). Bien sr, c'est possible avec l'imprim. Mais la diffrence saute
aux yeux. L'internet n'a donc pas chang ma vie, mais mon criture. On n'crit
pas de la mme manire pour un site que pour un scnario, une pice de thtre,
etc..."

Chose qu'on oublie trop souvent, il rappelle que toutes les fonctionnalits de
l'internet taient dj en gestation dans le Macintosh (couramment appel Mac),
lanc en 1984 par Apple. Premier ordinateur personnel  disposer d'une interface
graphique intuitive facilement utilisable par le non spcialiste, le Mac
remporte un succs colossal parce qu'il rvolutionne le rapport entre
l'utilisateur et l'information.

"Ce n'est pas internet qui a modifi ma manire d'crire, c'est le premier Mac,
que j'ai dcouvert  travers l'auto-apprentissage d'Hypercard, crit Jean-Paul.
Je me souviens encore de la stupeur dans laquelle j'ai t plong, durant le
mois qu'a dur mon apprentissage des notions de boutons, liens, navigation par
analogies, par objets, par images. L'ide qu'un simple clic sur une zone de
l'cran permettait d'ouvrir un ventail de piles de cartes dont chacune pouvait
offrir de nouveaux boutons dont chacun ouvrait un nouvel ventail dont... bref
l'apprentissage de tout ce qui aujourd'hui sur la toile est d'une banalit de
base, cela m'a fait l'effet d'un coup de foudre (il parat que Steve Jobs et son
quipe eurent le mme choc lorsqu'ils dcouvrirent l'anctre du Mac dans les
laboratoires de Rank Xerox).

Depuis, j'cris directement  l'cran: l'imprim ne me sert plus que pour fixer
de temps en temps l'tat d'un texte, pour en donner,  quelqu'un d'allergique 
l'cran, une sorte de photo, d'instantan, une approximation. Une simple
approximation parce que l'imprim nous oblige  une relation linaire: le texte
s'y droule page  page (la plupart du temps). Alors que la technique des liens
permet une autre relation au temps et  l'espace de l'imaginaire. Et, pour moi,
c'est surtout l'occasion de pratiquer l'criture/lecture 'en sphre', dont
l'action de feuilleter un livre ne donne qu'une ide, vague parce que le livre
n'est pas concu pour a."

Tout comme Jean-Paul, en 1998, plusieurs crivains se lancent dans l'exploration
des possibilits offertes par l'hyperlien dans la cration littraire, reprenant
 leur compte ce commentaire de Tim Berners-Lee, inventeur du Word Wide Web en
1990, qui explique dans A short history of web development: "L'universalit du
web est essentielle,  savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse pointer sur
quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global, aussi bien
une bauche qu'une ralisation hautement sophistique."


# CONCLUSION


Le numrique ne supprimera sans doute pas plus l'imprim que la tlvision n'a
supprim le livre, ou que le livre de poche n'a supprim le beau livre. "Toute
ma vie, j'ai eu une histoire d'amour avec les livres et la lecture. Elle
continue sans tre affecte par l'automatisation, les ordinateurs, et tous les
gadgets du 20e sicle", s'exclame Robert Downs, bibliothcaire, dans son livre
Books in My Life (publi en 1985 par la Library of Congress). Une bonne faon de
rappeler que les nouvelles technologies ne sont pas une fin en soi. En 1998, si
certains professionnels restent mfiants, d'autres, prcurseurs enthousiastes,
se sont dj lancs dans l'aventure, en se connectant  l'internet puis en
crant un site web.

Comme on vient de le voir tout au long de ces pages, l'internet ouvre de
nombreuses perspectives - avec son lot de problmes  rsoudre - dans tous les
secteurs du livre. Relativement stable jusque-l, le monde du livre amorce un
virage sans prcdent, que d'aucuns comparent  l'avnement de l'criture ou de
l'imprimerie en d'autres temps.

Un nouvel outil (relativement) conomique abolit les frontires. Que
l'internaute consulte un site web situ  Paris,  San Francisco ou  Hong-Kong,
le tarif de connexion est celui d'une communication tlphonique locale. Une
encyclopdie multilingue s'offre  lui,  un prix dfiant toute concurrence, une
fois l'ordinateur pay.

Les professionnels ont dsormais la possibilit d'changer avec autant de
correspondants qu'ils le souhaitent grce au courrier lectronique et aux forums
de discussion. La messagerie lectronique permet de communiquer avec ses
interlocuteurs en quelques secondes dans le monde entier. Les forums de
discussion autorisent des changes frquents sur de nombreux sujets.

Tout auteur peut dsormais faire connatre ses oeuvres en crant un site web,
sans attendre de trouver un diteur pour tre publi, et il peut facilement
changer avec ses lecteurs grce au courrier lectronique. Nombreux sont les
professionnels du livre (crivains, journalistes, bibliothcaires, enseignants,
etc.) qui participent  la cration d'une toile artistique, scientifique et
littraire francophone abolissant les barrires de la distance et du temps.

Les libraires en ligne peuvent vendre des livres trangers ou bien vendre 
l'tranger des livres publis dans leur pays. Il leur faut encore convaincre les
associations d'diteurs ou de libraires traditionnels pour faire vritablement
disparatre les frontires dans la vente des livres. Les lecteurs ont  leur
disposition des extraits ou parfois mme le texte intgral des nouveauts,
qu'ils peuvent "feuilleter" tout  loisir  l'cran. Plusieurs libraires en
ligne offrent aussi un vritable magazine littraire avec un contenu ditorial
chaque jour diffrent.

Tout comme les libraires, les diteurs investissent progressivement le rseau.
Nombre de maisons d'dition traditionnelles crent un site web et l'utilisent
comme une vitrine pour faire connatre leur activit. On voit galement
apparatre des diteurs lectroniques, dont toute l'activit s'effectue sur
l'internet: dcouverte des oeuvres, publication, promotion et diffusion. Par
ailleurs, des diteurs universitaires et spcialiss exprimentent la
publication lectronique comme une solution possible pour sortir de la crise
ditoriale.

De nombreux journaux et magazines sont dsormais en ligne, avec des extraits ou
l'intgrale de leur dernier numro, ainsi que des dossiers sur les sujets
d'actualit et les archives des numros prcdents. On assiste aux balbutiements
d'une presse en ligne qui se voudrait diffrente de la presse imprime.

Les bibliothques traditionnelles ont un nouvel outil  leur disposition pour
faire connatre leurs collections. L'utilisation de l'internet leur permet de
disposer de la plus grande encyclopdie qui soit pour leur personnel et leurs
lecteurs. Les bibliothques numriques se dveloppent rapidement. Grce  elles,
l'internaute dispose du texte intgral de milliers d'oeuvres du domaine public.

Outre ce changement radical dans la relation information-utilisateur, on assiste
 une transformation radicale de la nature mme de l'information. L'information
contenue dans les livres restait la mme, au moins pendant une priode donne,
ce qui encourageait  penser que l'information tait stable. Mais l'internet et
les technologies numriques changent tout ceci. Soudain ce n'est plus
l'information statique qui est la plus fiable, mais l'information la plus
rcente qui, elle, est en constante mutation.

Le futur sera-t-il le cyberespace dcrit par Timothy Leary, philosophe, dans
Chaos et cyberculture (publi en 1997  Paris par les ditions du Lzard)?
"Toute l'information du monde est  l'intrieur (de gigantesques bases de
donnes, ndlr). Et grce au cyberespace, tout le monde peut y avoir accs. Tous
les signaux humains contenus jusque-l dans les livres ont t numriss. Ils
sont enregistrs et disponibles dans ces banques de donnes, sans compter tous
les tableaux, tous les films, toutes les missions de tl, tout, absolument
tout."

On n'en est pas encore l. Mais, en cinq ans  peine (1993-1998), on ne court
plus dsesprment aprs l'information dont on a besoin, parce que l'information
dont on a besoin est enfin  notre porte. Reste maintenant  poursuivre le
travail entrepris, tout en gardant  l'esprit cette phrase du Manifeste pour un
technoralisme: "Peu importe la puissance de nos ordinateurs, nous ne devrions
jamais nous en servir pour pallier la lucidit, le raisonnement et le jugement."
Note au lecteur

Les changes pistolaires avec les professionnels du livre et de la presse cits
dans ces pages se poursuivent ensuite pendant plusieurs annes. D'autres
professionnels viennent se joindre  eux, pour atteindre quelque 120
correspondants en 2003. Se poursuivent aussi les enqutes et les analyses. Suite
 ce livre, qui couvre la priode 1993-1998, un deuxime livre voit le jour en
2003, Le Livre 010101 (1998-2003). La totalit des entretiens, tudes, enqutes
et analyses est disponible en ligne sur le Net des tudes franaises (NEF), 
l'adresse suivante: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/


# PERSONNES CITEES


(*) Un astrisque signale les personnes ayant rpondu  mes questions durant
l't 1998.

Carlos Alberto de Almeida (Federacin Nacional de Periodistas - FENAJ)

Jean-Pierre Angremy (Bibliothque nationale de France)

*Silvaine Arabo (Posie d'hier et d'aujourd'hui)

*Arlette Attali (Institut national de la langue franaise - INaLF)

Christian Aubry (Multimdium)

*Isabelle Aveline (Zazieweb)

Louise Beaudouin (ministre de la Culture, Qubec)

Barry Beckham (romancier)

Redha Belkhat (El Watan)

Tim Berners-Lee (World Wide Web Consortium - W3C)

Beth Berselli (Washington Post)

Tony Blair (premier ministre, Royaume-Uni)

*Olivier Bogros (Bibliothque lectronique de Lisieux)

Jose Luis Borges (crivain)

*Bernard Boudic (Ouest-France)

Pierre Brianon (Libration)

Vinton Cerf (Internet Society - ISOC)

Pierre-Louis Chantre (L'Hebdo)

*Pascal Chartier (Livre-rare-book)

*Jean-Pierre Cloutier (Chroniques de Cybrie)

*Jacques Coubard (L'Humanit)

Christian Debraisne (Nouvelles du bled)

Malti Djallan (Reporters sans frontires)

Robert Downs (crivain)

Walter Durling (AT&T Global Information Solutions)

Esther Dyson (Electronic Frontier Foundation - EFF)

Didier Falkand (crivain)

Jean-Gabriel Ganascia (GIS Sciences de la cognition)

William Gibson (romancier)

Paul Gilster (crivain)

*Muriel Goiran (Librairie Decitre)

Claude Gross (Unit Rseaux du CNRS - UREC)

Bruno Guglieminetti (Radio Canada)

Bruno Guissani (Libration)

*Michael Hart (Project Gutenberg)

Christian Huitema (Internet Activities Board - IAB)

*Christiane Jadelot (Institut national de la langue franaise - INaLF)

*Jean-Paul (crivain)

Annie Kahn (Le Monde)

Wilfred Kiboro (Nation Printers and Publishers)

John Labovitz (E-Zine-List)

*Michel Landaret (Dernires nouvelles d'Alsace)

Brian Lang (British Library)

*Hlne Larroche (Librairie Itinraires)

Laurent Latrive (Libration)

Timothy Leary (philosophe)

Peter Leisink (Universit d'Utrecht)

*Claire Le Parco (Posie franaise)

*Annie Le Saux (Bulletin des bibliothques de France - BBF)

Pierre Lvy (philosophe)

*Fabrice Lhomme (Une Autre Terre)

Bernie Lunzer (Newspaper Guild)

Nelson Mandela (prsident, Afrique du Sud)

Laurent Mauriac (Libration)

Antoine Maurice (Tribune de Genve)

Eric K. Meyer (AJR/NewsLink)

Hermann Meyn (Deutscher Journalisten Verband - DJV)

Michel Muller (Fdration des industries du livre, du papier et de la
communication)

Phil O'Reilly (Newspaper Publishers' Association)

Penny Pagano (AJR/NewsLink)

Pierre Perroud (Athena)

*Nicolas Pewny (ditions du Choucas)

Emmanuelle Peyret (Libration)

Henri Pigeat (Institut international des communications)

*Herv Ponsot (Cerf)

*Peter Raggett (Organisation de coopration et de dveloppement conomiques -
OCDE)

*Patrick Rebollar (professeur de lettres et d'informatique)

Etienne Reichel (Visual Communication - VISCOM)

*Jean-Baptiste Rey (Biblio On Line)

*Philippe Rivire (Le Monde diplomatique)

*Blaise Rosnay (Club des potes)

Heinz-Uwe Rbenach (Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger)

Thierry Samain (Ecole nationale suprieure des sciences de l'information et des
bibliothques - ENSSIB)

*Bruno de Sa Moreira (ditions 00h00.com)

Dale Spender (Universit de Queensland)

Bruce Sterling (World Wide Web Consortium - W3C)

Jrme Strazzulla (Le Figaro)

Guy Teasdale (Universit de Montral)

Catherine Trautman (ministre de la Culture, France)

Rodrigo Vergara (Logos)

Philip Wade (crivain)

Mohammed Zaoui (Nouvelles du bled)


# SITES ET PAGES WEB


Ces 330 sites et pages web sont classs par ordre alphabtique. Toutes les
adresses web ont t vrifies en 2003, et si besoin actualises ou supprimes.

ABU: la bibliothque universelle: http://abu.cnam.fr/

ACM Digital Library: http://www.acm.org/dl/

AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors:
http://www.library.vanderbilt.edu/law/acqs/pubr.html

AFNOR (Association franaise de normalisation): http://www.afnor.fr/

AJR (American Journalism Review): http://ajr.org/

AJR/Newslink: site scind en deux, AJR et Newslink

Alapage: http://www.alapage.com/

Alcatel France: http://www.alcatel.fr/

Alice.it: http://www.alice.it/

Alis Technologies: http://www.alis.com/

AltaVista: http://www.altavista.com/

AltaVista's Babel Fish Translation: http://babel.altavista.com/

Amazon.com: http://www.amazon.com/

America On Line: http://www.aol.com/

American and French Research on the Treasury of the French Language (ARTFL):
http://humanities.uchicago.edu/ARTFL/ARTFL.html

American Journalism Review (AJR): http://ajr.org/

American Society for Information Science (ASIS): http://www.asis.org/

American Society of Composers, Authors and Publishers (ASCAP):
http://www.ascap.com/

Annuaire de l'UREC: http://www.urec.cnrs.fr/annuaire/

Apple: http://www.apple.com/

Apple .Mac: http://www.mac.com/

ARPALS (Amicale du regroupement pdagogique Armillac Labretonie
Saint-Barthlmy): http://www.bol.ocd.fr/biblio/arpals/arpals.htm

ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language):
http://humanities.uchicago.edu/ARTFL/ARTFL.html

ARTFL - Encyclopdie de Diderot:
http://www.lib.uchicago.edu/efts/ARTFL/projects/encyc/

ARTFL - Encyclopdie de Diderot - Prototype of Volume 1:
http://humanities.uchicago.edu/ARTFL/projects/encyc/demo.page.html

Association des bibliophiles universels (ABU): http://abu.cnam.fr/

Association des bibliothcaires franais (ABF): http://www.abf.asso.fr/

Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS):
http://www.adbs.fr/

Association for Research Libraries (ARL): http://www.arl.org/

Association of American Publishers (AAP): http://www.publishers.org/

Athena: http://un2sg4.unige.ch/athena/

Athena - Literature resources: http://un2sg4.unige.ch/athena/html/booksite.html

Athena - Mineralogy: http://un2sg4.unige.ch/athena/mineral/mineral.html

Athena - Swiss authors and texts:
http://un2sg4.unige.ch/athena/html/swis_txt.html

Athena - Textes franais: http://un2sg4.unige.ch/athena/html/francaut.html

AT&T: http://www.att.com/

Autre Terre (Une): http://www.une-autre-terre.net/

Babel Fish Translation: http://babel.altavista.com/

Barnes & Noble.com: http://www.barnesandnoble.com/

BD Paradisio: http://www.bdparadisio.com/

Berkeley Digital Library SunSITE: http://sunsite.berkeley.edu/

Berkeley Libraries: http://www.lib.berkeley.edu/

Bertelsmann: http://www.bertelsmann.de/

Bibelec: http://www.bibelec.com/

BIBLINK: http://hosted.ukoln.ac.uk/biblink/

Biblio-fr: http://listes.cru.fr/wws/info/biblio-fr

Biblio On Line: http://www.biblionline.com/

Biblio On Line - Editeurs: http://www.biblionline.com/html/annuaire/Editeur.htm

Biblioteka Narodowa (Pologne): http://www.bn.org.pl/

Bibliotheca universalis: http://www.culture.fr/g7/index.html

Bibliothque de l'Office des Nations unies  Genve:
http://www.unog.ch/library/french/startfr.htm

Bibliothque lectronique de Lisieux (La): http://www.bmlisieux.com/

Bibliothque municipale de Lyon: http://www.bm-lyon.fr/

Bibliothque nationale de France (BnF): http://www.bnf.fr/

Bibliothque nationale de France (BnF) - Gallica: http://gallica.bnf.fr/

Bibliothque nationale du Canada: http://www.nlc-bnc.ca/

Bibliothque publique d'information (BPI): http://www.bpi.fr/

Bibliothque publique d'information (BPI) - Oriente-Express (L'):
http://www.bpi.fr/4/orient/

BIBSYS: http://www.bibsys.no/

BIPE: http://www.bipe.fr/

Blackwell's: http://www.blackwell.com/

BookPage: http://www.bookpage.com/

Booz, Allen & Hamilton: http://www.bah.com/

Branchez-Vous!: http://branchez-vous.com/

British Library: http://portico.bl.uk/

British Library Public Catalogue (BLPC): http://blpc.bl.uk/

Buchhandel.de: http://www.buchhandel.de/

Bulletin des bibliothques de France (BBF): http://bbf.enssib.fr/

Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger (BDZ): http://www.bdzv.de/

Buy.com: http://www.buy.com/

Catalogue collectif de France (CCFR): http://www.ccfr.bnf.fr/

Centre national de la recherche scientifique (CNRS): http://www.cnrs.fr/

Cerf (ditions du): http://www.editionsducerf.fr/

CERN (Laboratoire europen pour la physique des particules):
http://www.cern.ch/

Chaptersglobe.com: site disparu

Chapters.indigo.ca: http://www.chapters.indigo.ca/

Chteau (Le): http://www.le-chateau.ilias.com/

Choucas (ditions du): http://www.choucas.com/

Chroniques de Cybrie (Les): http://cyberie.qc.ca/chronik/

Chronologie littraire 1848-1914:
http://www.twics.com/~berlol/chrono/chrono2.htm

CLES du commerce lectronique: http://www.cles.ca/

ClicNet: http://clicnet.swarthmore.edu/

Club des Potes: http://www.franceweb.fr/poesie/

Club Macintosh de Qubec: http://www.cmq.qc.ca/

CNRS (Centre national de la recherche scientifique): http://www.cnrs.fr/

Com!: http://www.com-online.de/

Commission europenne: http://europa.eu.int/comm/index_fr.htm

Commission nationale de l'informatique et des liberts (CNIL):
http://www.cnil.fr/

CompuServe: http://www.compuserve.com/

CompuServe France: http://www.compuserve.fr/

Computer Industry Almanach: http://www.c-i-a.com/

Conference of European National Libraries (CENL):
http://portico.bl.uk/gabriel/about_cenl/general/

Convention universelle sur le droit d'auteur:
http://www2.unesco.org/clt-bv/html_fr/convauteur1.htm

Corbis: http://www.corbis.com/

Courrier international: http://www.courrierinternational.com/

Crme de Canard: http://www.electriccafe.org/Canard/

Cursus: http://www.ebsi.umontreal.ca/cursus/

CyLibris: http://www.cylibris.com/

Daily Yomiuri On-Line: http://www.yomiuri.co.jp/index-e.htm

Dallas Morning News (The): http://www.dallasnews.com/

Dauphin libr (Le): http://www.ledauphine.com/

Dawson: http://www.dawson.co.uk/

Dlgation gnrale  la langue franaise (DGLF):
http://www.culture.fr/culture/dglf/

Dernires nouvelles d'Alsace: http://www.dna.fr/

Deutsche Bibliothek: http://www.ddb.de/

Deutscher Journalisten Verband (DJV): http://www.djv.de/

Dialog: http://www.dialog.com/

DialogWeb: http://www.dialogweb.com/

Digimarc Corporation: http://www.digimarc.com/

Digital Object Identifier (The) (DOI): http://www.doi.org/

DocForum: http://www.docforum.tm.fr/

Documentation franaise (La): http://www.ladocfrancaise.gouv.fr/

DOI (Digital Object Identifier): http://www.doi.org/

DOI Foundation: http://www.doi.org/welcome.html

Echos (Les): http://www.lesechos.com/

Ecila: site disparu

Ecole de bibliothconomie et des sciences de l'information (ESBI, Montral):
http://www.ebsi.umontreal.ca/

Ecole nationale suprieure des sciences de l'information et des bibliothques
(ENSSIB, Lyon): http://www.enssib.fr/

Ecole suprieure de journalisme de Lille: http://www.esj-lille.fr/

Economist (The): http://www.economist.com/

EDILIB: http://www.chu-rouen.fr/documed/edi.html

Editions 00h00: http://www.00h00.com/

Editions CyLibris: http://www.cylibris.com/

Editions du Cerf: http://www.editionsducerf.fr/

Editions du Choucas: http://www.choucas.com/

Editions Odile Jacob: http://www.odilejacob.fr/

EDventure Holdings: http://www.edventure.com/

E.journal: site disparu

Electric Cafe: http://www.electriccafe.org/

Electric Library: http://www.elibrary.com/

Electronic Frontier Foundation (EFF): http://www.eff.org/

Electronic Newstand: devenu Enews.com et ferm depuis

Electronic Text Center: http://etext.lib.virginia.edu/

Electronic Text Center - French Texts and Language Resources:
http://etext.lib.virginia.edu/french.html

El Watan: http://www.elwatan.com/

Enews.com: site ferm

Encyclopdie de Diderot (ARTFL):
http://www.lib.uchicago.edu/efts/ARTFL/projects/encyc/

Etext Archives (The): http://www.etext.org/

E-zine-list: http://www.meer.net/~johnl/e-zine-list/

Federao nacional dos jornalistas (FENAJ): http://www.fenaj.org.br/

Figaro (Le): http://www.lefigaro.fr/

FILPAC (Fdration des industries du livre, du papier et de la communication):
http://www.filpac-cgt.fr/

Fnac: http://www.fnac.com/

Focus: http://www.focus.de/

Foire du livre de Francfort: http://www.frankfurter-buchmesse.de/

France Antiques: http://www.franceantiq.fr/

France Edition: http://bief.org/

France Loisirs: http://www.franceloisirs.com/

France-Ouest: devenu Ouest-France

France Telecom: http://www.francetelecom.fr/

FrancoAcquiNet: site disparu

Frantext (INaLF): http://www.atilf.fr/frantext.htm

French Publishers' Agency: http://www.frenchpubagency.com/

Furet du Nord (Le): http://www.furet.com/

Gabriel: http://portico.bl.uk/gabriel/

Gallica: http://gallica.bnf.fr/

Gallimard: http://www.gallimard.fr/

Havas: http://www.havas.fr/

Helsinki University Library: http://www.lib.helsinki.fi/english/

Humanit (L'): http://www.humanite.presse.fr/

I*M Europe: http://www2.echo.lu/

InfoDev (The Information for Development Program): http://www.infodev.org/

Infos graphiques on line: site disparu

Infos on line: site disparu

Ingenta: http://www.ingenta.com/

Institut national de l'audiovisuel (INA): http://www.ina.fr/

Institut national de la langue franaise (INaLF): http://www.inalf.fr/

Interfrences:
http://ourworld.compuserve.com/homepages/librairie_interferences/

International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA):
http://www.ifla.org/

International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) -
Electronic Collections: http://www.ifla.org/II/

Internet Actu: http://www.internetactu.com/

Internet Bookshop (The): http://www.bookshop.co.uk/

Internet Explorer: http://www.microsoft.com/windows/ie/

Internet Public Library (IPL): http://www.ipl.org/

Internet Society (ISOC): http://www.isoc.org/

Internet Society (ISOC) - Internet History:
http://www.isoc.org/internet/history/

Itinraires: http://www.itineraires.com/

Journal officiel (Le): http://www.journal-officiel.gouv.fr/

Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas): http://www.konbib.nl/

Lalibrairie.com: http://www.lalibrairie.com/

Lgifrance: http://www.legifrance.gouv.fr/

Lehmanns Online Bookshop: http://www.lob.de/

LexisNexis: http://www.lexisnexis.com/

Liber Liber: http://www.liberliber.it/biblioteca/

Libration: http://www.liberation.fr/

Librairie Garneau: site disparu

Library Journal: http://libraryjournal.reviewsnews.com/

Library of Congress (The): http://lcweb.loc.gov/

Library of Congress - Library and Information Science:
http://lcweb.loc.gov/global/library/

Library of Congress - Online Catalog: http://catalog.loc.gov/

Libweb : Library Servers via WWW: http://sunsite.berkeley.edu/Libweb/

Literary Resources on the Net: http://andromeda.rutgers.edu/~jlynch/Lit/

Livre.net: devenu ensuite Lalibrairie.com

Livre-rare-book: http://www.livre-rare-book.com/

LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu): remplac par Internet Actu

Logos: http://www.logos.it/

Logos - Conjugation of Verbs: http://www.verba.org/

Logos - Dictionary: http://www.logos.it/new_dictionary/

Logos - Linguistic Resources: http://www.logos.it/resources/index_en.html

Logos - Wordtheque: http://www.wordtheque.com/

Macintosh: http://www.mac.com/

Maison de la Francit: http://www.maisondelafrancite.be/

Manifeste du web indpendant: http://www.uzine.net/article60.html

Manifeste pour un technoralisme: site disparu

Marabout: http://www.marabout.com/

Market Facts: http://www.marketfacts.com/

Mediafinder: http://www.mediafinder.com/

Mdiathque d'Issy-les-Moulineaux: http://www.issy.com/statiques/mediatheque/

Michigan Electronic Library (MEL) - News, Media & Periodicals:
http://mel.lib.mi.us/news/

Micro Bulletin Actu (Le): remplac par Internet Actu

Microsoft: http://www.microsoft.com/

Microsoft Network Broadcasting Corporation (MSNBC): http://www.msnbc.com/

Ministre de la Culture et de la Communication (France): http://www.culture.fr/

MIT Laboratory for Computer Science: http://www.lcs.mit.edu/

MIT Laboratory for Computer Science - Library 2000:
http://ltt-www.lcs.mit.edu/ltt-www/

MIT Press: http://www-mitpress.mit.edu/

Mon Yahoo!: http://fr.my.yahoo.com/

Monde (Le): http://www.lemonde.fr/

Monde diplomatique (Le): http://www.monde-diplomatique.fr/

Monde en Tique (Le): http://www.lmet.fr/

Monde informatique (Le): http://www.weblmi.com/

Multimania: http://www.multimania.fr

Multimdium: devenu la rubrique Techno de Cano

National Academy Press (NAP): http://www.nap.edu/

National Center for Supercomputing Applications (NSCA):
http://www.ncsa.uiuc.edu/

National Writers Union (NWU): http://www.nwu.org/

National Writers Union (NWU) - Publication Rights Clearinghouse (PRC):
http://www.nwu.org/prc/prchome.htm

Nations unies (Genve): http://www.unog.ch/

Nations unies (Genve) - Bibliothque:
http://www.unog.ch/library/french/startfr.htm

Netscape Navigator: http://www.netscape.com/

New York Times (The): http://www.nytimes.com/

News.com: http://www.news.com/

Newslink: http://newslink.org/

Newspaper Guild (The): http://www.newsguild.org/

Newspaper Publishers' Association (NPA): http://www.npa.co.nz/

Nomade: http://www.nomade.fr/

Nouvel Observateur (Le): http://www.nouvelobs.com/

Nouvelles du bled: http://perso.club-internet.fr/kikuyu/

Novalis: http://www.novalis.fr/

OCLC Online Computer Library Center: http://www.oclc.org/

OCLC WorldCat: http://www.oclc.org/worldcat/

Odile Jacob: http://www.odilejacob.fr/

Office de la langue franaise (OLF) du Qubec: http://www.olf.gouv.qc.ca/

Online Book Initiative (The) (OBI): http://world.std.com/references/obi.html

Online Books Page (The): http://digital.library.upenn.edu/books/

Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE):
http://www.oecd.org/

Organisation internationale de la francophonie (OIF):
http://www.francophonie.org/

Organisation internationale du travail (OIT):
http://www.ilo.org/public/french/index.htm

Organisation mondiale de la proprit intellectuelle (OMPI):
http://www.wipo.int/index.html.fr

Oriente-Express (L'): http://www.bpi.fr/4/orient/

Ouest-France: http://www.ouest-france.fr/

PageFrance: acquis par Spray France

Pagina: site disparu

Pas (El): http://www.elpais.es/

Palo Alto Research Center (PARC): http://www.parc.xerox.com/

Paris-Match: http://www.parismatch.com/

Paulus Swaen Old Maps and Prints: http://www.swaen.com/

Petit Bouquet (Le): http://www.le-petit-bouquet.com/

Posie d'hier et d'aujourd'hui: http://membres.lycos.fr/mirra/

Posie franaise: http://poesie.webnet.fr/

Polar Web: http://membres.lycos.fr/polar/

Poste (La): http://www.laposte.net/

Presses universitaires de France (PUF): http://www.puf.com/

Profound: http://www.profound.co.uk/

Project Gutenberg: https://www.gutenberg.org/

Project Runeberg: http://www.lysator.liu.se/runeberg/

Projekt Gutenberg-DE: http://www.gutenberg2000.de/

Public-Access Computer Systems Review (The):
http://info.lib.uh.edu/pr/pacsrev.html

Public Libraries of Europe:
http://dspace.dial.pipex.com/town/square/ac940/eurolib.html

Publishers Association (The) (PA): http://www.publishers.org.uk/

Publishers' Catalogues: http://www.lights.com/publisher/

Publishing Companies Online: site disparu

Radio Canada: http://radio-canada.ca/

RAMEAU: http://rameau.bnf.fr/

Random House: http://www.randomhouse.com/

Release 1.0: http://www.edventure.com/release1/

Reporters sans frontires (RSF): http://www.rsf.fr/

Rpublicain lorrain (Le): http://www.republicain-lorrain.fr/

RERO (Rseau des bibliothques de Suisse occidentale): http://www.rero.ch/

Research Libraries Group (RLG): http://www.rlg.org/

Research Libraries Information Network (RLIN): http://www.rlg.org/rlin.html

San Francisco Public Library: http://sfpl.lib.ca.us/

SIDE: http://www.side.fr/

Signets de Patrick Rebollar: http://www.twics.com/~berlol/bookmark.htm

Sitebib: http://www.abf.asso.fr/sitebib/

Soir (Le): http://www.lesoir.be/

Spiegel (Der): http://www.spiegel.de/

Sunday Times: http://www.sunday-times.co.uk/

Syndicat national des journalistes (SNJ): http://www.snj.fr/

Systran: http://www.systransoft.com/

Technische Universitt Berlin - Bibliotheken:
http://wwwwbs.cs.tu-berlin.de/bibliotheken/

Technorealism: http://www.technorealism.org/

Tlrama: http://www.telerama.fr/

Thtrales: http://www.er.uqam.ca/nobel/c2545/index.html

Time: http://www.time.com/

Times Online: http://www.sunday-times.co.uk/

Trsor de la langue franaise (ARTFL):
http://www.lib.uchicago.edu/efts/ARTFL/projects/dicos/TLF-NICOT/

Trsor de la langue franaise (INaLF): http://www.atilf.fr/tlfi/

Tribune (La): http://www.latribune.fr/

Tribune de Genve (La): http://www.tdg.ch/

UCLA Online Institute for Cyberspace Law and Policy:
http://www.gseis.ucla.edu/iclp/hp.html

Uncover: intgr  Ingenta

UNIMARC: http://www.ifla.org/VI/3/p1996-1/concise.htm

Union europenne: http://europa.eu.int/index_fr.htm

Union internationale des tlcommunications (UIT): http://www.itu.int/

Unit rseaux du CNRS (UREC): http://www.urec.cnrs.fr/

Universal Library (The): http://ul.cs.cmu.edu/

University of Exeter - Library and Related Resources:
http://www.ex.ac.uk/library/wwwlibs.html

USAID (U.S. Agency for International Development): http://www.usaid.gov/

Virgin MegaWeb: http://www.virgin.fr/

Virtual Library (The): http://vlib.org/

Viscom (Visual Communication): http://www.viscom.ch/

Wall Street Journal (The): http://interactive.wsj.com/

Washington Post (The): http://www.washingtonpost.com/

Watan (El): http://www.elwatan.com/

Waterstone's: http://www.waterstones.co.uk/

Webdo: http://www.webdo.ch/

Webdopresse: http://www.webdopresse.ch/

Webnet: http://www.webnet.fr/

Webnet - Posie franaise: http://poesie.webnet.fr/

Well (The): http://www.well.org/

Wired: http://www.wired.com/

World Bank: http://www.worldbank.org/

World Wide Web Consortium: http://www.w3.org/

WorldTel: http://www.world-tel.com/

WWW Virtual Library (The): http://vlib.org/

Yahoo!: http://www.yahoo.com/

Yahoo! France: http://fr.yahoo.com/

Xerox - Palo Alto Research Center (PARC): http://www.parc.xerox.com/

Zazieweb: http://www.zazieweb.fr/

ZDNet: http://www.zdnet.com/

ZDNet France: http://www.zdnet.fr/

Copyright  2003 Marie Lebert







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Marie Lebert

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*** START: FULL LICENSE ***

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

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editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
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