The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Perse, by Various

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Title: Le Tour du Monde; Perse
       Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860

Author: Various

Editor: douard Charton

Release Date: May 8, 2008 [EBook #25394]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; PERSE ***




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                    LE TOUR DU MONDE




            IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
               Rue de Fleurus, 9,  Paris




                    LE TOUR DU MONDE

               NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

                PUBLI SOUS LA DIRECTION

                 DE M. DOUARD CHARTON

        ET ILLUSTR PAR NOS PLUS CLBRES ARTISTES




                         1860
                   DEUXIME SEMESTRE

            LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie
         PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77
          LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND
              LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

                         1860




TABLE DES MATIRES.


UN MOIS EN SICILE (1843.--Indit.), par M. Flix BOURQUELOT.

  Arrive en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments
    de Palerme. -- La cathdrale de Monreale. -- De Palerme 
    Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de
    Sgeste. -- Trapani. -- La spulture du couvent des capucins. --
    Le mont ryx. -- De Trapani  Girgenti. -- La Lettica. --
    Castelvetrano. -- Ruines de Slinonte. -- Sciacca. -- Girgenti
    (Agrigente). -- De Girgenti  Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.
    -- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlvement de
    Proserpine. -- De Castrogiovanni  Syracuse. -- Calatagirone. --
    Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse  Catane. -- Lentini. --
    Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --
    Retour  Naples.                                                 1


VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),
dessins indits de M. Jules LAURENS.

  Arrive  Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
    Tchhar-Bgh. -- Le collge de la Mre du roi. -- La mosque du
    roi. -- Les quarante colonnes. -- Prsentations. -- Le pont du
    Zend--Roub. -- Un dner  Ispahan. -- La danse et la comdie. --
    Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan  Kaschan. -- Kaschan. --
    Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses
    scorpions. -- Une lgende. -- Les bazars. -- Le collge. -- De
    Kaschan  la plaine de Thran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --
    Le pont du Barbier. -- Le dsert de Khavr. -- Houz-Sultan. --
    La plaine de Thran. -- Thran. -- Notre entre dans la ville.
    -- Notre habitation.                                            16

  Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions 
    Thran. -- Temprature. -- Longvit. -- Les nomades. -- Deux
    plerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le
    laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.
    -- Les fianailles. -- Le divorce. -- La journe d'une Persane.
    -- La journe d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
    politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les
    chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:
    drames historiques. -- pilogue. -- Le Dmavend. -- L'enfant qui
    cherche un trsor.                                              34


VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE
(1858-1859); dessins indits de M. A. de BRARD.

  L'le Saint-Thomas. -- La Jamaque: Kingston; Spanish-Town; les
    _rserves_; la vgtation. -- Les planteurs et les ngres. --
    Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des ngresses. --
    Avenir des multres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.
    -- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une
    sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --
    Sainte-Marthe. -- Carthagne. -- Le chemin de fer de Panama. --
    Costa Rica: San Jos; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --
    Greytown.                                                       49


VOYAGE DANS LES TATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le
Tlmark et l'vch de Bergen.) (1858.--Indit.)

  LE TLMARK. -- Christiania. -- Dpart pour le Tlmark. -- Mode
    de voyager. -- Paysage. -- La valle et la ville de Drammen. --
    De Drammen  Kongsberg. -- Le cheval norvgien. -- Kongsberg et
    ses gisements mtallifres. -- Les montagnes du Tlmark. --
    Leurs habitants. -- Hospitalit des _gaards_ et des _sters_. --
    Une sorcire. -- Les lacs Tinn et Mjs. -- Le Westfjord. -- La
    chute du Rjukan. -- Lgende de la belle Marie. -- Dal. -- Le
    livre des trangers. -- L'glise d'Hitterdal. -- L'ivresse en
    Norvge. -- Le chtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et
    Bandak. -- Le ravin des Corbeaux.                               65

  --_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intrieure. --
    Retour  Christiania par Skien.                                 82

  L'VCH DE BERGEN. -- La presqu'le de Bergen. -- Lrdal. -- Le
    Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vringfoss. -- Le
    Hardangerfjord. -- De Vikor  Sammanger et  Bergen.           85


VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE
(1860.--Texte et dessins indits.)--Lettre au Directeur du _Tour
du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

  D'ALEXANDRIE  SOUAKIN. -- L'gypte. -- Le dsert. -- Le simoun.
    -- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qossir. --
    Djambo. -- Djeddah.                                             97


VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Indit.)

  Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosques. --
    L'Albanais Rabottas. -- Prparatifs de dpart. -- Vasilika. --
    Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.
    Gdon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --
    Karis et la rpublique de l'Athos. -- Le vovode turc. -- Le
    peintre Anthims et le pappas Manuel. -- M. de Svastiannoff.  103

  Ermites indpendants. -- Le monastre de Koutloumousis. -- Les
    bibliothques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les
    peintres modernes. -- Le monastre d'Iveron. -- Les carmes. --
    Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un
    Vroukolakas. -- Les bibliothques. -- Les mulets. -- Philotheos.
    -- Les moines et la guerre de l'Indpendance. -- Karacallos. --
    L'union des deux glises. -- Les pnitences et les fautes.     114

  La lgende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --
    Thodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'glise
    grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxs. -- Les monastres
    bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La lgende du peintre. --
    Beaut du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --
    Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xnophon. -- La
    pche aux ponges. -- Retour  Karis. -- Xiropotamos, le couvent
    du Fleuve Sec. -- Dpart de Daphn. -- Marino le chanteur.     130


VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos
et les attoles ou les de coraux.--(1838).

  L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables
    cratres. -- Aspect bizarre de la vgtation. -- L'le Chatam. --
    Colonie de l'le Charles. -- L'le James. -- Lac sal dans un
    cratre. -- Histoire naturelle de ce groupe d'les. --
    Mammifres; souris indigne. -- Ornithologie; familiarit des
    oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;
    tortues de terre; leurs habitudes.                             139

  Encore les tortues de terre; lzard aquatique se nourrissant de
    plantes marines; lzard terrestre herbivore, se creusant un
    terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel o ils
    remplacent les mammifres. -- Diffrences entre les espces qui
    habitent les diverses les. -- Aspect gnral amricain.       146

  LES ATTOLES OU LES DE CORAUX. -- le Keeling. -- Aspect
    merveilleux. -- Flore exigu. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.
    -- Insectes. -- Sources  flux et reflux. -- Chasse aux tortues.
    -- Champs de coraux morts. -- Pierres transportes par les
    racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --
    Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --
    Profondeur  laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces
    parsems d'les de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --
    Barrires. -- Franges de rcifs. -- Changement des franges en
    barrires et des barrires en attoles.                         151


BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet.                                          159


VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI
(1830-1839).

  Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le
    paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pche. -- Si les
    poissons morts sont bons  manger. -- La sorcire Agrippine. --
    Mon premier voyage. -- Killm et ses environs. -- Malheurs. --
    Les Yakoutes. -- La chasse et la pche. -- Yakoutsk. -- Mon
    premier emploi. -- J'avance. -- Dernires recommandations de ma
    mre. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudsko. -- Mes bagages. --
    Campement. -- Le froid. -- La rivire Outchour. -- L'Aldan. --
    Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'gn. -- Un Tongouse
    qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --
    Ascension du Diougdjour. -- Stratagme pour prendre un oiseau. --
    La ville d'Oudsko. -- La pche  l'embouchure du fleuve Ut. --
    Navigation pnible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --
    Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour  Oudsko et 
    Yakoutsk.                                                      161

  Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois ptrifi. -- Le Sountar. --
    Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.
    -- Population. -- Caractres. -- Aptitudes. -- Les femmes
    yakoutes.                                                      177


DE SYDNEY  ADLADE (Australie du Sud), notes extraites d'une
correspondance particulire (1860).

  Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste
    des anciens matres du sol. -- Navigation sur le Murray. --
    Frontires de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le
    Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adlade.
    -- Culture et mines.                                           182


VOYAGES ET DCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur
BARTH (1849-1855).

  Henry Barth. -- But de l'expdition de Richardson. -- Dpart. --
    Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le dsert. -- Le palais des dmons. --
    Barth s'gare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --
    Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --
    Frontires de l'Asben. -- Extorsions. -- Dluge  une latitude o
    il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du dsert. -- Sombre valle
    de Taghist. -- Riante valle d'Auderas. -- Agadez. -- Sa
    dcadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir
    despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la
    girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchna;
    Barth est prisonnier. -- Pnurie d'argent. -- Kano. -- Son
    aspect, son industrie, sa population. -- De Kano  Kouka. -- Mort
    de Richardson. -- Arrive  Kouka. -- Difficults croissantes. --
    L'nergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux
    courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description
    de la ville, son march, ses habitants. -- Le Dendal. --
    Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad.                       193

  Dpart. -- Aspect dsol du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le
    mont Dlabda. -- Forgeron en plein vent. -- Dvastation. --
    Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --
    Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive
    force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bnou. --
    Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Oulad-Sliman.
    -- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Nggimi
    ou Inggimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --
    Razzia. -- Nouvelle expdition. -- Troisime dpart de Kouka. --
    Le chef de la police. -- Aspect de l'arme. -- Dikoua. -- Marche
    de l'arme. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beaut du
    pays. -- Chasse  l'homme. -- Erreur des Europens sur le centre
    de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --
    Entre dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traverse du
    Chari. --  travers champs. -- Dfense d'aller plus loin. --
    Hospitalit de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrt. -- On lui met
    les fers aux pieds. -- Dlivr par Sadik. -- Masna. -- Un
    savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --
    Cortge du sultan. -- Dpches de Londres.                     209

  De Katchna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs
    remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route prilleuse.
    -- Activit des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche
    force de trente heures. -- L'mir Aliyou. -- Vourno. --
    Situation du pays. -- Cortge nuptial. -- Sokoto. -- Caprice
    d'une bote  musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier
    d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Dsolation et fcondit.
    -- Zogirma. -- La valle de Foga. -- Le Niger. -- La ville de
    Say. -- Rgion mystrieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --
    Fin du rhamadan  Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau
    partout. -- Barth dguis en schrif. -- Horreur des chiens. --
    Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --
    Prires pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites
    importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou
    Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --
    Irritation croissante. -- Sus au chrtien! -- Les Foullanes
    veulent assiger la ville. -- Dpart. -- Un preux chez les
    Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs dsesprantes. -- Gogo.
    -- Gando. -- Kano. -- Retour.                                  226


VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE
(1850-1852.--Indit).

  Arrive  San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Dpart
    pour les placers. -- Le claim. -- Premire dception. -- La
    solitude. -- Mineur et chasseur. -- Dpart pour l'intrieur. --
    L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivit. --
    Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.
    -- Dlivrance.                                                 242


VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le
capitaine Henri YULE, du corps du gnie bengalais (1855).

  Dpart de Rangoun. -- Frontires anglaises et birmanes. -- Aspect
    du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magw. -- Musique,
    concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur
    exploitation. -- Un monastre et ses habitants. -- La ville de
    Pagn. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrive 
    Amarapoura.                                                    258

  Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'lphant blanc. --
    Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du
    roi. -- Prsents offerts et reus. -- Le prince hritier
    prsomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --
    Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les
    dames birmanes.                                                273

  Comment on dompte les lphants en Birmanie. -- Excursions autour
    d'Amarapoura. -- Gologie de la valle de l'Irawady. -- Les
    poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et
    autres peuples indignes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les
    Birmans et chez les Karens. -- Ftes birmanes. -- Audience de
    cong. -- Refus de signer un trait. -- Lettre royale. -- Dpart
    d'Amarapoura et retour  Rangoun. -- Coup d'oeil rtrospectif sur
    la Birmanie.                                                   280


VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine
BURTON (1857-1859).

  But de l'expdition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --
    Aspect de la cte. -- Un village. -- Les Bloutchis. -- Ouamrima.
    -- Fertilit du sol. -- Dgot inspir par le pantalon. -- Valle
    de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de
    l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidit. -- Zoungomro. --
    Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Mtis
    arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --
    nes de selle et de bt. -- Chane de l'Ousagara. --
    Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --
    Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisime
    rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --
    L'Ougogi. -- pines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosit des
    indignes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrase. --
    Coup d'oeil sur la valle d'Ougogo. -- Aridit. -- Kraals. --
    Absence de combustible. -- Gologie. -- Climat. -- Printemps. --
    Indignes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Fort
    dangereuse.                                                    305

  Arrive  Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --
    tablissements des Arabes. -- Leur manire de vivre. -- Le Temb.
    -- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --
    Une journe de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --
    Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Sjour  Kazeh. -- Avidit des
    Bloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.
    -- Jolies fumeuses. -- Le Msn. -- Orgies. -- Kajjanjri. --
    Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beaut de la
    Terre de la Lune. -- Soire de printemps. -- Orage. -- Faune. --
    Cynocphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --
    Ouanyamouzi. -- Toilette. -- Naissances. -- ducation. --
    Funrailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --
    Ordalie. -- Rgion insalubre et fconde. -- Aspect du Tanganyika.
    -- Ravissements. -- Kaoul.                                   321

    Tatouage. -- Cosmtiques. -- Manire originale de priser. --
    Caractre des Ouajiji; leur crmonial. -- Autres riverains du
    lac. -- Ouatata, vie nomade, conqutes, manire de se battre,
    hospitalit. -- Installation  Kaoul. -- Visite de Kannna. --
    Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de
    pcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Cte inhospitalire.
    -- L'le d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des
    Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempte. -- Retour.  337


FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.
Andrea DEBONO (1855)                                               348


VOYAGE  L'LE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

  Dpart de New-York. -- Une nuit en mer. -- Premire vue de Cuba.
    -- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.
    -- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'htel Le
    Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier
    pauvre  la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms  la
    Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intrieur de
    l'le. -- La vgtation. -- Les champs de canne  sucre. -- Une
    plantation. -- Le caf. -- La vie dans une plantation de sucre.
    -- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour  la Havane. -- La
    population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystres de
    l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat.      353


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

  Le pic de Belledon. -- Le Dauphin. -- Les Goulets.              369

  Les gorges d'Omblze. -- Die. -- La valle de Roumeyer. -- La
    fort de Saou. -- Le col de la Cochette.                       385


EXCURSIONS DANS LE DAUPHIN, par M. lise RECLUS (1850-1860).

  La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de
    Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Brarde. -- Le col
    de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village
    des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des
    habitants.                                                     402


LISTE DES GRAVURES.                                                417

LISTE DES CARTES.                                                  422

ERRATA.                                                            427




[Illustration: Pigeonnier prs d'Ispahan.--Dessin de M. Jules
Laurens.]




VOYAGE EN PERSE,

FRAGMENTS

PAR M. LE C{te} DE GOBINEAU[1].

1855-1858

DESSINS INDITS DE M. JULES LAURENS[2].

         [Note 1: M. le C{te} A. de Gobineau, premier secrtaire
         de la dernire ambassade franaise en Perse, est auteur d'un
         volume intitul: _Trois ans en Asie_ (de 1855  1858) (Paris,
         Hachette). C'est  cet ouvrage estim que nous empruntons,
         avec l'autorisation de M. de Gobineau, les pages qui
         suivent.--Nous croyons devoir rappeler que MM. Eugne Flandin
         et Pascal Coste ont publi depuis 1851: un _Voyage en Perse_
         (fait en 1840 et 1841); les _Monuments de la Perse ancienne_
         et les _Vues pittoresques de la Perse moderne_ (Paris, Gide
         et Baudry).]

         [Note 2: M. Jules Laurens, attach par les ministres de
         l'intrieur et de l'instruction publique, comme peintre,  la
         mission en Orient de feu X. Hommaire de Hell, est parti de
         France pour l'Italie, la Grce, la Turquie, les principauts
         danubiennes, et la Russie mridionale, en mai 1846; il a
         voyag en Perse depuis le 6 novembre 1847 jusqu'au 15 mars
         1849, et est rentr en France en juillet 1849.]


     Arrive  Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le
     Tchar-Bgh. -- Le collge de la Mre du roi. -- La mosque du
     roi Les quarante colonnes. -- Prsentations. -- Le pont du
     Zend--Roud.

.....  une heure de la ville, nous vmes de loin apparatre le
gouverneur, Tchragh-Aly-Khan, sur un cheval turcoman blanc,
superbement harnach. Lui-mme tait vtu d'un djubbh ou robe
couverte de cachemire, et  sa ceinture brillait un poignard enrichi
de pierreries. Il s'arrta d'abord pour faire ses compliments aux
dames[3], ce qui nous parut extrmement civilis, et s'informa de leur
sant avec beaucoup de grce, puis, continuant sa route, arriva
jusqu' nous. Il y avait devant nous un tat-major nombreux d'employs
militaires et civils, beaucoup d'artilleurs, beaucoup de ghoulams
(cavaliers d'escorte), bref, toute une cavalerie qui s'tendait 
perte de vue sur deux ou trois lignes, et formait vritablement un
spectacle d'une varit et d'une richesse merveilleuses.

         [Note 3: M. de Gobineau dit ailleurs que le groupe
         europen se composait, sans parler de sa famille et de lui,
         du ministre, de deux secrtaires de la mission, d'un
         attach, de deux drogmans, d'un peintre, d'une femme de
         chambre tourangelle, de cinq domestiques.]

Tchragh-Aly-Khan est un fort bel homme, d'une figure intelligente et
distingue, et de la plus noble politesse. Aprs avoir rendu ses
devoirs au ministre, il commena la conversation avec aisance et
facilit, ce qui ne l'empchait pas, tout le long du chemin, de voir
ce qui se passait, et de donner de temps en temps des ordres qui
s'excutaient immdiatement sans cris et sans trouble. Par son
origine, il appartient  une tribu nomade des environs de Kermanschah,
et comme cette tribu est ancienne, il est bien n. Mais la fortune ne
l'avait pas trait d'abord aussi bien que la naissance, de sorte qu'il
se trouva lanc dans la vie avec beaucoup d'intelligence, d'esprit,
d'ambition, et pas un sou. Il prit le parti que prennent tous ses
compatriotes dans d'aussi graves conjonctures, il quitta son pays pour
voyager, et devint domestique. Sa bonne toile le fit entrer en cette
qualit au service de Mirza-Taghy-Khan, alors membre persan de la
commission de dlimitation des frontires turco-persanes. Il remplit
auprs de ce personnage les fonctions de sa charge, qui consistaient
principalement  tenir le kalian (pipe d'eau); mais il trouva moyen de
se faire connatre comme valant mieux que son emploi, et rendit des
services qui appelrent sur lui l'attention de son matre. Quand
celui-ci devint premier ministre  l'avnement du roi actuel,
Tchragh-Aly-Khan fut lev  une charge publique, et s'en acquitta
avec beaucoup de distinction. Aprs la chute de son protecteur, il
resta au service du roi, et nous le trouvions gouverneur d'Ispahan,
c'est--dire  la tte d'une des plus grandes provinces de l'empire.

Tout en marchant de la sorte en grande ordonnance, nous sortmes de la
montagne et nous apermes la ville au fond d'un amphithtre ouvert
du ct du nord et de l'est, mais entour de hautes montagnes vers
l'ouest et le sud: ce premier coup d'oeil est trs-beau. Ispahan se
prsente environn de jardins et tout rempli de bouquets d'arbres que
dominent les dmes d'un assez grand nombre de monuments. Mais au lieu
de regarder en l'air, nous emes bientt assez  faire de regarder 
nos pieds. La foule devenait norme; toute la population tait sortie
 notre rencontre; elle avait infiniment meilleure mine, et paraissait
beaucoup moins frondeuse et moins triste qu' Schyraz. Nous marchions
dans des chemins abominables, ou plutt dans un rseau de sentiers,
les uns bas, les autres levs, tous dfoncs. Un livre partit dans
nos jambes,  la grande satisfaction des gens du peuple et des
ghoulams, dont plusieurs, malgr la gravit de la circonstance, ne
rsistrent pas  la tentation, et coururent aprs.

Puis, nous franchmes la porte, et l nous nous trouvmes dans les
champs cultivs, car cette porte s'ouvre sur un quartier qui n'existe
plus que par ses ruines, au milieu desquelles poussent maintenant des
lgumes et des fruits. Nous arrivmes au Zend--Roud, fleuve fameux o
il y a, je crois, un peu plus d'eau l't que dans le Manzanars, mais
gure davantage. Seulement il a la gloire de dborder en hiver et de
se permettre quelquefois d'assez grands dgts. Nous le passmes sur
un pont d'une architecture curieuse, et pas en trop mauvais tat (voy.
p. 21), puis nous entrmes dans une longue avenue de platanes, avenue
clbre qui conduit au Tchhar-Bgh, et c'est dans cette runion de
palais que nous mmes pied  terre. Nous tions logs dans un des plus
beaux et des plus commodes, l'Imart--Sadr.

Ispahan est sans doute assez dlabr. De six  sept cent mille
habitants qu'il avait au dix-septime sicle, il n'en compte
maintenant, dit-on, que cinquante  soixante mille; partant, les
ruines y abondent, et des quartiers tout entiers ne montrent que des
maisons et des bazars crouls, o  peine quelques chiens errants se
promnent. Tout a frapp cette ville depuis l'poque qui a mis fin 
sa splendeur. tre prise d'assaut par une arme afghane est assurment
une calamit au premier chef, et traverser toutes les phases de
l'anarchie et de la guerre civile est peu propre  rien rparer.
Malgr de telles destines, Ispahan est encore une merveille. Cette
runion de palais, qu'on nomme le Tchhar-Bgh, et o nous tions
logs, est probablement un lieu unique dans le monde; il n'est que la
Chine dont les rsidences impriales, avec leurs vastes jardins et
leurs constructions multiplies, doivent peut-tre beaucoup y
ressembler. Je ne fais pas cette comparaison au hasard. Le style des
plus anciens monuments d'Ispahan, l'ornementation, les peintures,
portent le cachet vident du got chinois, et rappellent les relations
troites que la conqute mongole et ensuite le commerce avaient cres
entre les deux empires. Les longues avenues de platanes que dcrit
Chardin ont beaucoup souffert certainement, mais ce qui en reste porte
tmoignage de la beaut parfaite de ce qui a disparu. Le Tchhar-Bgh
en contient encore de belles ranges qui sont comme un boulevard
magnifique bord de monuments dignes des arbres, et interrompues de
distance en distance par de grands bassins d'eau formant autant de
ronds-points. Le milieu des avenues est dall, et, suivant l'usage des
jardins persans, s'lve d'un pied environ au-dessus du sol, couvert
de grandes herbes et de rares fleurs. O l'on aperoit bien que cette
magnificence n'est plus que l'ombre du pass, c'est d'abord dans la
solitude profonde de ces avenues que la population actuelle a
dsertes, et que d'ailleurs elle ne suffirait pas  remplir. Puis les
eaux sont stagnantes dans les bassins o jadis elles couraient vives
et fraches; enfin, au lieu des jardins qui longeaient des deux cts
la chausse principale et la sparaient des deux petites chausses
tablies le long des btiments, on ne voit presque plus que des
herbes, comme je l'ai dit, poussant dsordonnes, et laissant encore
apparatre a et l quelques ttes de vieux arbustes  demi morts.
Enfin les dalles de la chausse sont en grande partie brises ou ont
disparu. Malgr cette dsolation, il y a bien de la grandeur et de
l'lgance dans ces restes du Tchhar-Bgh.

[Illustration: CARTE de la PERSE pour servir  l'intelligence du
voyage fait de 1855  1858 par le Cte. DE GOBINEAU.--Dresse par A.
Vuillemin.]

Plusieurs des difices qui longent ce boulevard sont cependant en bon
tat. Ils ont chapp  la destruction et on les voit aussi jeunes que
jamais. Il en est ainsi du collge appel _collge de la Mre du roi_
et fond par une princesse Sfvy. Ce monument merveilleux a mme
conserv, et c'est presque un miracle, sa porte couverte de lames
d'argent ciseles. Autant que je me le rappelle, celui qui a accompli
ce beau travail a crit son nom dans un coin, et il tait de Tbryz.
On ne peut rien admirer de plus lgant que cette orfvrerie
grandiose. Les dessins se composent d'enroulements de feuillages et
d'inscriptions arranges  la faon arabe, c'est--dire de manire 
fournir le principal motif d'ornementation. Je regrette de ne pas me
souvenir du nom de l'auteur de cette oeuvre pleine de got et de
talent. Il faut dire aussi que l'artiste travaillait pour une personne
qui voulait tmoigner grandement de son respect pour la science.

La princesse qui fit faire cette porte et le collge o nous allons
entrer, se proposa de crer pour l'tude et la mditation un lieu
d'asile o rien ne pt les troubler. Elle voulut que les yeux
satisfaits laissassent  l'me une pleine libert et tinssent
l'intelligence en joie. Par la splendeur de la porte qui devait
conduire dans le sanctuaire, elle indiquait ds l'abord quel lieu
charmant son collge devait tre.

En effet l'entre n'annonce rien de trop; quand on l'a franchie, on se
trouve dans un petit prau dall, o se tiennent des marchands de
fruits et des kalians, toujours  la disposition des matres et des
tudiants. De grands arbres projettent leur ombre sur l'arcade de la
porte et sur les amoncellements de pches, d'abricots, de melons, de
pastques et les monceaux de glace qui remplissent ce vestibule
ouvert. De l on pntre dans un grand jardin carr, form de quatre
massifs o dominent d'immenses platanes entours de rosiers et de
jasmins non moins normes dans leur espce.  l'extrmit des alles
se prsentent trois portes colossales qui donnent accs dans de vastes
salles couvertes d'un dme. Elles sont flanques chacune de deux
petits minarets termins aussi en dme, et le tout est revtu d'mail
bleu, brod d'inscriptions koufiques et d'arabesques noires, blanches
et jaunes. Pour se faire quelque ide de ses portes, il faut savoir
que leur hauteur gale celle de nos plus hauts portails. Les quatre
angles qui les runissent sont forms de quatre corps de logis
galement revtus d'maux, mais beaucoup plus bas que les portes, et
percs, comme des ruches d'une infinit de cellules. C'tait l que,
sans rtribution aucune, on logeait les tudiants accourus de toutes
les parties du monde musulman pour entendre les savants professeurs;
et une fois par semaine, la fondatrice venait, accompagne de ses
femmes, prendre le linge des habitants du collge et en apporter
d'autre. Elle avait soin aussi de se faire rendre compte de tous les
besoins de ses htes, voulant expressment qu'aucun souci, aucun ennui
ne pt les distraire du but qu'ils avaient assign  leur vie; et elle
s'tait donn pour tche de leur en faciliter la poursuite autant
qu'il tait en elle. On ne peut s'imaginer, sans l'avoir vu, quel
bijou est ce collge de la _Mre du roi_ (voy. p. 24). C'est un vase
d'mail, c'est un joyau au milieu des fleurs. Je comprends  merveille
qu'on puisse s'y livrer avec passion  la vie contemplative; mais
c'est bien le plus mauvais endroit du monde pour se convaincre que les
biens terrestres ne sont rien; on dirait qu'il a t bti pour prouver
le contraire. Dans tous les cas, c'taient et ce sont encore d'heureux
savants que ceux dont l'existence s'coule dans cet aimable sjour.
Comme je l'ai dit en commenant, ce collge est en son entier, il n'y
manque pas une brique; et quand on songe que tous les monuments
d'Ispahan ont t un jour dans cet tat parfait, on est comme bloui
d'une telle ide.

Il ne faut cependant pas s'imaginer qu'il y ait jamais eu un moment o
cette grande capitale ne renfermt pas de ruines. Ce n'est pas une
chose possible en Asie. Dans les contes qui nous parlent de Bagdad au
temps des khalifes abbassides,  l'poque d'Haroun Arraschyd lui-mme,
il est question de quartiers ruins, compris dans les limites d'une
cit qui n'avait pas alors d'gale dans le monde musulman ni chrtien,
 l'exception de Constantinople et d'Alexandrie. Shah-Abbas le Grand
lui-mme, si jaloux de la beaut de sa grande ville et qui l'embellit
de tant de merveilles, s'il fut un infatigable constructeur de palais,
de caravansrails, de mosques et de collges, se soucia peu de
relever les difices de ses prdcesseurs. Seulement il est clair que,
de son temps, les monuments debout dpassaient en nombre ceux qui se
dgradaient, et que les maisons en construction ou nouvellement
construites l'emportaient sur celles qu'on laissait s'crouler.

Il ne faut pas non plus se plaindre trop amrement des ruines, quand
toutefois elles sont contenues dans de certaines limites. Leur
prsence fait partie ncessaire de la physionomie d'une cit persane,
et je n'ai pas, au point de vue du got, un culte si passionn pour la
rgularit, la symtrie et la belle ordonnance, pour les alignements
corrects, les trottoirs bien raccords et les coins de rue
irrprochables, que je sois en droit de pousser des soupirs bien
profonds  la vue de quelques btiments crouls.

La mosque du roi est grande et noble. Son dme d'mail bleu travaill
d'arabesques jaunes  grands ramages est d'une rare magnificence.
Cependant le voisinage de la place ou meydan lui fait du tort. Ce
grand quadrilatre est si tendu, que tous les monuments qui le
bordent, et la mosque du roi comme les autres, semblent petits. C'est
l que se donnaient, sous les Sfvys, et que se donnent encore
aujourd'hui, mais avec beaucoup moins de splendeur, les ftes
publiques. Les rois, comme Shah-Abbas, assistaient aux solennits du
haut d'une porte immense, appele Aly-Kapy. C'est un belvdre de
dimensions colossales, o pouvaient tenir toute la cour, les grands
officiers, les grands moullahs, les envoys trangers, les chefs des
tribus nomades.

De cette vaste tribune on dcouvre non-seulement la cit, mais toute
la campagne aux environs. C'est d'un aspect grandiose. Rien ne
m'tonna autant, parmi les tableaux et les objets varis qui
s'tendaient de toutes parts, que de voir, autour du dme de la
mosque royale, certains grands chafaudages qui y avaient t
attachs. L'explication qu'on m'en fit acheva de me confondre. Le roi
a ordonn, il y a plusieurs annes, de rparer cette mosque et de lui
rendre sa magnificence premire. C'tait la seule fois o l'on et
parl de restaurer des monuments, et c'est une pense qui fait
d'autant plus d'honneur au roi, qu'elle est tout  fait nouvelle dans
son pays. Mais malheureusement l'excution rentrait un peu trop dans
les habitudes nationales. Les mandataires royaux avaient bien fait
lever des chafaudages, mais on ne travaillait pas; seulement on
touchait rgulirement les sommes alloues. Probablement on les touche
encore et on les touchera longtemps aprs que la mosque n'existera
plus.

[Illustration: Pont d'Allah-Yerdi-Khan sur le Zend--Roud, 
Ispahan.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Les palais d'Ispahan ont t dcrits trop de fois pour que j'y
revienne. Je remarquerais seulement que le Tchhl-Soutoun, ou les
Quarante-Colonnes, un des plus anciens et des plus splendides, est
doublement intressant comme offrant les exemples les plus frappants
de l'appropriation du got chinois  l'ornementation persane, et
contenant les peintures les plus remarquables qu'on puisse voir en
Perse (voy. p. 25). Sur le premier point, il y a beaucoup d'intrt
pour l'histoire de l'art  observer comment les artistes des Sfvys
s'y sont pris pour associer des motifs d'architecture et un certain
style d'arabesques emprunts au palais de Nanking, avec ce que la
haute antiquit leur avait traditionnellement livr de sujets
assyriens et perses. L'effet est extrmement riche et heureux, et
c'est l qu'on peut s'assurer plus pleinement qu'ailleurs de cette
grande vrit, qu'en fait d'art, les Persans d'aucun temps n'ont
jamais rien invent, mais qu'ils ont su tout prendre, tout garder, ne
rien oublier, et fondre leurs acquisitions dans un ensemble si
heureusement li, qu'il a l'air de leur appartenir, et qu'on en
jurerait, si l'analyse ne venait dmontrer le contraire. Ce que les
Persans ont possd au plus haut degr, c'est l'esprit de
comprhension, la puissance de comparaison, et une sorte de critique
qui leur a permis de combiner avec bonheur des lments parfaitement
trangers les uns aux autres. Je suis persuad que c'est en tudiant
les procds de l'art persan que l'on arrivera  comprendre beaucoup
de choses encore aujourd'hui parfaitement inconnues en ces matires.
En se plaant sur ce terrain, on pourrait pntrer bien des mystres
de l'origine de l'art byzantin et de l'art sarrasin. La Perse est
comme un foyer o les ides et les inventions des pays et des penses
les plus lointains sont venues se confondre.  lui seul, le
Tchhl-Soutoun me parat fournir bien des rvlations.

Pour ce qui est de la peinture, les grandes fresques murales qu'on y
remarque, et qui reprsentent surtout des batailles, sont d'une beaut
incontestable comme couleur. Pour le dessin de l'agencement des
figures, c'est  peu prs compltement le style de nos plus anciennes
tapisseries, ou, pour mieux dire, nos plus anciennes tapisseries se
sont faites d'aprs ce style-l. J'en verrais volontiers la source
dans les oeuvres de la basse poque sassanide. Ce temps a encore un
droit de paternit sur ce travail maigre et sec, mais de paternit
malheureusement loigne, et jamais, depuis le troisime sicle de
notre re, on n'a revu dans l'Asie centrale les oeuvres grandioses et
magnifiques qui ont illustr le rgne des premiers descendants
d'Ardeschyr. Telles qu'elles sont, cependant, les peintures du
Tchhl-Soutoun ne sont pas mprisables, et on en tiendra grand compte
lorsqu'on aura compris  quel point l'histoire de l'art asiatique, et
je dis l'histoire moderne tout autant que l'histoire antique, est
indispensable et de premire ncessit pour l'histoire de l'art
europen.

Toujours au point de vue critique, je signalerai encore  Ispahan un
petit palais qui emprunte  la date de sa construction un intrt
particulier. Ce palais est moderne. Il existe dans le Tchhar-Bgh
depuis une quinzaine d'annes environ, et c'est un vrai bijou. Il
contient une salle carre, claire par en haut, forme d'une galerie
circulaire soutenue par des colonnes plaques de miroirs ajusts en
losanges, ayant au centre un bassin d'albtre oriental garni d'une
quantit de jets d'eau  filets trs-minces, et le tout orn des
peintures, des sculptures en bois, des maux ordinaires. Dans le plan,
cet difice est irrprochable. Il reproduit les meilleurs modles du
seizime et du dix-septime sicle, qui sont rests les prototypes de
l'art national. Seulement, dans l'excution des dtails, on sent
partout que les constructeurs du palais n'ont eu  leur disposition
que des ouvriers adroits, et point d'artistes vritables. La faute en
est  la pauvret actuelle du pays, qui ne permet pas souvent
d'entreprendre rien de semblable. Il en rsulte que peu de gens
habiles peuvent se former, faute d'occasions. Mais le seul fait que de
nos jours on a pu imaginer et crer cette jolie rsidence, prouve
suffisamment que le got n'est pas mort, et que si la situation
prsente se soutient et que les fortunes puissent suivre le mouvement
ascendant qu'on remarque en toutes choses, dans une cinquantaine
d'annes les bons artistes auront reparu, si toutefois la rage de
l'imitation europenne et d'avoir des appartements soi-disant  notre
mode ne vient pas tout gter, ce dont il ne faudrait pas jurer.

Nous ne fmes pas tellement absorbs par l'admiration du Tchhar-Bgh
que nous ne prissions aussi le temps d'aller  Djoulf. Nous avions
des raisons de premier ordre pour visiter ce faubourg o Schah-Abbas
le Grand avait tabli les Armniens attirs par lui en Perse et
auxquels il accorda de grands privilges. Nous devions rendre nos
devoirs  Mgr Tylkyan et galement au dlgu du patriarche
schismatique.

Nous passmes donc le pont du Zend--Roud, avec lequel nous avions
dj fait connaissance  notre arrive, et nous nous rendmes dans
l'ancien couvent des jsuites franais. Le gouvernement des Sfvys
avait t trs-gnreux  l'gard de ces missionnaires. Il leur avait
accord des maisons et des jardins o les bons pres pratiquaient,
avec leur intelligence ordinaire, d'excellentes mthodes de culture.
Quand les malheurs qui ont accabl la Perse pendant le sicle dernier
se furent dchans sur Ispahan, la mission en souffrit naturellement.
Son influence fut perdue. Le dsordre du temps rendait sa situation
difficile; elle cessa de se recruter. D'autre part, la population
chrtienne qui l'entourait et qui tait uniquement compose
d'Armniens, fut disperse. Tout prit. L'tablissement fond avec
tant de peine disparut. Mais l'quit veut aussi qu'on remarque bien
que les musulmans ne souffraient pas moins que les chrtiens au milieu
de cette pouvantable anarchie, et, si Djoulf tait frapp, Ispahan
n'tait pas en meilleur tat. Enfin, la dynastie actuelle rtablit la
paix, et, avec la paix, les envoys de la propagande revinrent. Ils
retrouvrent les biens des jsuites. On les leur laissa prendre sans
difficult. Un petit troupeau assez faible se reforma autour d'eux, et
aujourd'hui ils vgtent, fort pauvres, mais tout  fait libres. Ce
sont, comme je l'ai dit, des Armniens catholiques ne sachant aucune
langue europenne. Ils ignorent mme le persan, et communiquent avec
les autorits locales au moyen du turc. J'ai vu, entre leurs mains,
l'ancienne bibliothque des pres jsuites, qui m'a sembl
intressante, et j'ai regrett que le temps m'ait manqu pour la
visiter en dtail. Je dois avouer,  ma honte, que mes vnrables
conducteurs ne paraissaient pas fort tranquilles sur mes intentions,
et dsiraient visiblement que j'abrgeasse mon sjour dans ce
sanctuaire mystrieux. Ils ne savaient pas ce que contenaient ces
volumes rangs sur deux tablettes depuis tant d'annes sans que
personne les et jamais ouverts, mais ils se considraient comme
responsables du dpt et n'aimaient pas  le laisser voir.


     Un dner  Ispahan. -- La danse et la comdie.

Tchragh-Aly-Khan et notre Mehmandar[4] nous annoncrent qu'ils
voulaient nous donner un dner; mais, pour nous viter la gne des
habitudes persanes, trop nouvelles pour nous, ils avaient l'intention
de se rgler sur notre mode. La chose convenue ainsi, on dressa le
couvert au milieu du talar de notre palais. Bien qu'il dt y avoir une
vingtaine de convives, la longue table se perdait dans l'immense
espace. Comme d'ordinaire, le devant du thtre tait ouvert, soutenu
par deux hautes colonnes peintes de couleurs vives; le grand voile
d'usage, blanc,  dessins noirs, s'tendait en abat-jour sur la partie
du jardin la plus rapproche; nous avions vue sur un grand bassin
d'eau courante et sur des massifs de platanes; de nombreux serviteurs
bigarrs, vtus, arms chacun suivant son caprice, et quelques-uns
portant un arsenal complet, se tenaient par groupes au bas de la
terrasse, ou circulaient dans le talar avec les plats, les kalians, ou
bien servant.

         [Note 4: Personnage charg par le gouvernement persan
         d'escorter ambassade pour lui faire honneur.]

La table avait t arrange, avec l'aide de nos domestiques europens,
un peu  la mode d'Europe, beaucoup  la faon persane: la ligne du
milieu tait occupe par une fort de vases, de coupes, de bols de
cristal bleu, blanc, jaune, rouge, remplis de fleurs; il y avait des
fleurs partout; il y en avait  profusion. Pour nous, cet
amoncellement de couleurs varies et dsordonnes tait un peu
nouveau, mais non sans lgance; pour nos htes, la nouveaut
consistait dans les cuillers et les fourchettes qui les attendaient et
dont ils allaient faire l'preuve. Ce dner fut trs-amusant: j'avais
 ct de moi deux Persans, un frre d'Aly-Khan et un Ispahany; ils
s'escrimaient de leur mieux  saisir quelque chose dans leur assiette
avec les instruments inconnus dont on les avait gratifis, et se
complimentaient mutuellement lorsqu'ils avaient russi  porter un
morceau  leur bouche sans se piquer, ou mme en se piquant. Ainsi que
le prescrivaient les lois de la politesse, ils s'exclamaient  qui
mieux mieux sur les avantages de notre mthode, sur ses mrites
infinis, et sur la facilit avec laquelle ils la pratiquaient.
Certains mets leur paraissaient surtout excellents, et parmi ceux-ci
ils remarqurent la moutarde: l'un d'eux en remplit son assiette et
dclara qu'il n'avait jamais rien mang de si bon. Comme, en somme,
leur dner se passait en une sorte de gymnastique qui ne devait pas
les nourrir beaucoup, je les engageai tout bas  ne pas pousser la
politesse plus loin et  se servir  leur guise, pour ne pas sortir de
table affams; ils firent beaucoup de faons, mais enfin ils
adoptrent un moyen terme: tenant de la main gauche leur fourchette en
l'air, ils saisirent les morceaux avec la main droite, et remarqurent
que de mme que la France et la Perse ne pouvaient que gagner  leur
mutuelle amiti et  leur union, de mme, en combinant les deux
manires de procder, on arrivait  la perfection. Ce qui est certain,
c'est qu'ils dnrent.

Au milieu du repas, on entendit un bruit argentin comme celui de
petites sonnettes, et l'on vit entrer quatre jeunes garons, habills
en femmes, avec des robes roses et bleues semes d'oripeaux; c'taient
des danseurs: ils portaient les cheveux longs, tombant sur les paules
et couverts de ces petites calottes dores, appeles _araktjyns_,
qu'on peut voir sur toutes les peintures persanes  sujets fminins.
Ces danseurs n'taient pas trs-habiles, sans doute; mais je n'avais
pas de point de comparaison, et ce spectacle me parut trs-intressant.
On peut dire des Asiatiques, en gnral, qu'ils sont gracieux dans
leurs mouvements. Pour les Persans surtout, c'est vrai, et
particulirement chez les enfants. Une des danses qu'on excuta
s'appelle la _hraty_, et s'accompagne d'un air portant le mme nom et
qui a beaucoup d'agrment; les musiciens, suivant l'usage, s'taient
assis par terre, dans un coin; l'un jouait d'une espce de mandoline
appele _tr_, l'autre du dombeck, ou petit tambour  main, enfin un
troisime du centour, instrument qui consiste en une srie de cordes
ajustes sur une table, et d'o l'on tire avec de petites baguettes
des sons assez semblables  ceux de la harpe. Aprs la _hraty_, ce
que nous vmes de mieux, c'est une sorte de pantomime rhythme, qu'on
pourrait intituler _la Journe d'une lgante_. La jeune femme dbute
par se quereller avec son mari, puis elle a de l'humeur, puis elle
boude, puis elle s'habille pour sortir, puis elle entre chez une de
ses amies,  qui elle rend visite. On peut deviner que c'tait un
thme  dployer beaucoup de coquetterie d'allures et de gentillesse.
Le jeune danseur charg de ce rle, ne s'en tira pas trop mal.

Aprs les danseurs vinrent les farces. Une troupe de comdiens joua
des scnes populaires en patois d'Ispahan. On fut oblig de corriger
et d'abrger beaucoup, car ces espces de sayntes, qui reprsentent
d'ordinaire les ruses des moullahs, les concussions des juges, les
perfidies des femmes, les coquineries des marchands et les querelles
de la canaille, sont composes avec une verve qui ne mnage rien et
que rien n'arrte. Je doute que les trteaux de Tabarin aient approch
de cette libert, et les plus virulents chapitres de Rabelais sont de
l'eau de rose en comparaison. Cette fois, Tchragh-Aly-Khan ne permit
pas  la vivacit des acteurs de se donner carrire, et lorsqu'il les
voyait s'chauffer et s'animer un peu, il intervenait; de sorte que
tout resta dans les limites de la convenance. En somme, la soire fut
charmante, et nous fmes trs-satisfaits du dner et du divertissement
persans.

[Illustration: Collge de la Mre du roi,  Ispahan (voy. p.
20).--Dessin de M. Jules Laurens.]


     Les habitants d'Ispahan.

Les habitants d'Ispahan, sans tre tout  fait aussi mal fams que les
Schyrazys, ne jouissent pas non plus d'une rputation trs-brillante.
On dit la lie du peuple de cette ville une des plus mauvaises de
l'empire. Elle fournit  toutes les autres cits les plus russ et les
plus voleurs des courtiers. Pour exprimer leur opinion sur ce sujet,
les Persans rapportent un _hadys_, une tradition sacre dont
l'authenticit n'est pas d'ailleurs  l'abri de toute critique. Son
Altesse le Prophte, racontent-ils (Que le salut de Dieu soit en lui
et qu'il soit exalt!), dit un jour: O Seigneur du monde, faites que
Bahreyn soit ruine et qu'Ispahan prospre! Il indiquait par l que
Bahreyn tant une ville habite par des gens bons et vertueux, il
tait  souhaiter qu'elle dispart pour que sa population se rpandt
dans le reste de l'univers et y portt l'exemple et la contagion de
ses mrites. Mais Ispahan, au contraire, laissant beaucoup  dsirer,
quant aux qualits de ses habitants, il tait bon que ceux-ci se
confinassent chez eux, et, contents de leur prosprit, n'allassent
pas troubler le monde.

Il y a  Ispahan beaucoup de gens instruits dans tous les genres, des
marchands riches ou aiss, des propritaires qui vivent en rentiers et
ne recherchent pas les emplois publics, enfin tout un fonds
d'existences calmes, tranquilles et honntes, qui est comme le reflet
de l'ancienne splendeur de la capitale des Sfvys.  beaucoup
d'gards, mais en plus grand, je crois que l'on pourrait comparer
Ispahan  Versailles.

Je garde  cette cit dchue un trs-tendre souvenir. Elle n'est pas
belle comme le Caire, mais dlicieuse comme un rve, et si elle n'a
pas le srieux et la majest grave d'une ville construite en pierres
de taille, il faut convenir que ces immenses difices peints, dors,
couverts d'maux, ses murs bleus ou  grands ramages, qui refltent
les rayons du soleil, ses vastes bazars, ses jardins immenses, ses
platanes, ses roses, en font le triomphe de l'lgant et le modle du
joli. Ispahan n'a pu tre conu et excut que par des rois et des
architectes qui passaient leurs jours et leurs nuits  entendre
raconter de merveilleux contes de fes.

[Illustration: Une peinture indienne dans le palais des
Quarante-Colonnes,  Ispahan (voy. p. 20).--Dessin de M. Jules
Laurens.]

Il n'est jamais agrable de laisser un lieu o l'on est bien, mais il
est plus dsagrable encore de passer de ce bon logis dans un autre
plus mauvais. En quittant Ispahan, nous allions constater par
nous-mmes la distance qui spare les monuments de sa grandeur des
ruines de sa dcadence.


     D'Ispahan  Kaschan.

Le jour de notre dpart nous ne fmes que trois heures de marche,
d'aprs le principe immuable qu'on ne doit jamais s'loigner beaucoup
au premier dbut d'un voyage.

La marche du lendemain fut aussi peu attrayante que celle de la
veille. Jamais je n'ai vu dsert si laid. Le ciel tait couvert et le
vent du sud-est, qui nous poursuivait, ne nous laissait ni la libert
de parler sans touffer, ni la possibilit de nous entendre. Nous
emes donc cinq heures de route fort dsagrables. La nuit le fut plus
encore. L'air tait si singulirement rafrachi sur les hauteurs o
nous nous trouvions, qu'envelopps dans des couvertures de laine et
des vtements ouats, nous tions transis de froid; pour comble
d'agrment, le vent, ayant redoubl de furie, faisait un vacarme tel
sous les tentes, que nous nous attendions  chaque instant  les voir
emportes. Ce qui ne se ralisa pas pour nous arriva  nos Kavas
arabes. Au petit jour, leur abri leur tomba sur la tte et on les tira
avec peine de dessous l'amas de toile qui les touffait. Pour
s'habiller, il fallut poursuivre dans la plaine les vtements dont le
vent s'tait empar. Un des membres de la caravane fit le bonheur
gnral par son obstination  rattraper  la course un faux-col que
l'aquilon ne voulait pas lui rendre.

Dcidment, il faisait moins que chaud, mme de jour. Nous tions
transports soudainement dans un climat du Nord. Il n'y avait pas
d'ailleurs trop  s'en plaindre. Les chevaux n'en marchaient que
mieux. Aprs six heures, nous arrivmes  Sou et nous nous apermes
tout d'abord que notre veine d'infortune tait puise pour quelque
temps. C'est une charmante petite ville avec des constructions 
plusieurs tages et un beau caravansrail. Le pays est trs cultiv
trs-bois.

Presque au sortir de Sou, nous rencontrmes la grande caravane
d'Ispahan  Thran qui, changeant ses allures ordinaires, celles
d'une sage lenteur, se mit  notre pas et ne nous quitta plus. Tout
cela tait irrgulier et avait besoin d'explications. Voici ce qui
arrivait.

Le gouverneur d'Ispahan, Tchragh-Aly-Khan, avait reu l'annonce de
son rappel. Il allait quitter sa ville, et ses bagages, confis  la
caravane, avaient t expdis sur Thran. Mais,  peine parvenu 
Gyat, cette caravane avait appris que deux cents cavaliers bakthyarys
s'taient runis dans la montagne pour fter les bonnes prises que le
ciel leur adressait: d'une part, un envoy europen avec des caisses
de cadeaux destins au roi.... et l'imagination, Dieu merci, pouvait
se donner carrire sur la richesse de ce contenu! et de l'autre, les
dpouilles du gouverneur d'Ispahan, sans compter les menus suffrages
reprsents par les biens des marchands de la caravane. Notre
Mehmandar, heureusement, avait t galement prvenu; et c'tait l le
motif de ses prparatifs militaires.  Sou, on avait craint d'tre
attaqu la nuit, et l'on avait retenu le matriel des tentes afin de
tout escorter ensemble; sur la route, mme de jour, on redoutait une
embuscade. Enfin nous arrivmes  Kohroud sans avoir vu l'ennemi. Les
Bakthyarys, informs de la bonne tenue de notre monde, reconnurent que
l'affaire pourrait tre plus chaude que fructueuse, et s'en
retournrent chez eux. Une fois  Kohroud, il n'y avait plus de
risques  courir; on se trouvait hors du rayon de leurs courses.

Le pays que nous traversmes avait t rellement cr par la nature
pour les expditions du genre de celle dont nous avions t menacs.
Ce n'est que dfils, descentes, montes, passages rudes et troits.
Plusieurs fois, nous nous trouvmes mls aux gens de la caravane, qui
croyaient ne pouvoir se tenir trop prs de nous. On y voyait des
moullahs sur des nes, des femmes voiles dans des paniers, des
marchands, des gens de toute sorte sur leurs chevaux. Pendant ce
temps, et malgr la gravit des circonstances, Aly-Khan chassait au
faucon, ce qui tait aussi une manire d'observer le terrain. Il prit
quelques perdrix. Nous mmes pied  terre et nous fmes une partie du
chemin en marchant, remarquant et cueillant au milieu des rochers et
des pierres de la route toutes sortes d'herbes et de plantes
aromatiques. Nous avions avec nous un enfant arabe d'une dizaine
d'annes, Azoub, joli et bien lev, fils d'un ngociant de Bagdad. Il
donnait la main  ma fille, l'aidait dans les petites difficults du
chemin, en cherchant  causer avec elle. C'taient des mots franais
coupant des phrases arabes, et des rires d'oiseaux connus des enfants
de tous les pays. Ainsi nous arrivmes  Kohroud.

Toute cette journe avait t trs-frache. Les Persans, avec leur
amour immodr pour le froid, taient enchants et nous vantaient
Kohroud. Sans nous insurger contre cette opinion, nous en tirions des
pronostics douteux pour le repos de la nuit, et nous emes
malheureusement assez raison, car toutes les prcautions possibles
furent impuissantes contre la rigueur de la temprature. Aussi le
signal du dpart ne nous trouva pas rcalcitrants, et, tout transis,
nous montmes  cheval, enchants de nous loigner de cette zone
glaciale.

Aprs trois heures de marche employes  tourner dans une espce de
labyrinthe descendant qui nous conduisait hors des montagnes, nous
dbouchmes  l'entre d'une plaine sans limites, vaste dsert couvert
de cailloux, o nous fmes pris  partie par un soleil des tropiques.
L'air tait pour ainsi dire enflamm. On voyait miroiter l'atmosphre,
comme il arrive vers la fin d'un bal, quand les bougies brlent sans
que la flamme remue. Mais il n'y avait pas  se plaindre, tout se
passait suivant la rgle: nous tions dans la plaine de Kaschan, un
des lieux les plus brls et les plus brlants de l'Asie. Pour
distraction, nous avions  chercher des yeux la grande production du
pays, les scorpions, et, en effet, on en voyait quelques-uns se
promenant entre les pierres qui leur servaient de domicile.

Ainsi prouvs par un changement de temprature beaucoup plus complet
que nous ne l'avions dsir, nous smes d'abord un gr trs-mdiocre
au Mehmandar et au gouverneur de Kaschan, Mirza-Ibrahim-Kan, d'une
attention dlicate dont le premier acte consista  nous faire faire
neuf heures de marche sous l'oeil de ce soleil.  la vrit, ce fut
une marche triomphale. Tout ce qui possdait un cheval  Kaschan tait
venu au-devant de nous, et entre autres le fils du gouverneur,
Mirza-Taghy-Khan, jeune administrateur de la plus belle esprance,
mais peu charg d'annes: il n'avait que six ans.

Malgr la vue de tout le peuple de Kaschan, venu au-devant de nous, y
compris la communaut juive, l'impatience nous prenait un peu d'une
route aussi longue, quand,  la fin, nous arrivmes, et la premire
vue de notre logis dissipa comme une fume notre mcontentement. Des
murmures nous passmes  des sentiments de gratitude trs-mrits. On
nous avait fait viter l'air brlant de la ville et on nous mettait 
une demi-heure de l dans un palais nomm Fyn et appartenant au roi.

Peu de jardins sont comparables  ceux de ce dlicieux sjour. Les
plus belles eaux, les plus limpides, les plus fraches, y courent dans
des bassins et  travers des canaux d'mail bleu. Il ne se peut rien
voir de plus gai. Un de ces bassins est petit, profond de quatre 
cinq pieds, peupl de poissons rouges et encadr dans un pavillon de
peinture. L'autre, carr, a bien cinquante pas de chaque ct et la
mme profondeur. Le tout avec les immenses platanes ordinaires et des
fleurs  profusion. Au milieu du parc, une de ces constructions  jour
que les Persans appellent koulah--ferenghy, _un chapeau europen_,
parce que la toiture est en effet bombe et  larges rebords, nous
donnait la fracheur de son ombre. Auprs, s'tendaient les vastes
btiments du harem.


     Kaschan. -- Ses fabriques. -- Son imprimerie, lithographique. --
     Ses scorpions. -- Une lgende. -- Les bazars. -- Le collge.

Le gouverneur nous avait fort engags  voir Kaschan. En effet, nous
n'y pouvions manquer, car Kaschan est une des grandes villes de
l'empire.

Sa rputation est trs-mlange de bien et de mal, et il y a beaucoup
de choses  en dire. C'est une des cits les plus manufacturires de
la Perse. On y fabrique,  un bon march extraordinaire, des soieries
lgres d'une si bonne teinture qu'on les lave sans inconvnient. On y
fait aussi beaucoup de chaudronnerie, et, sous ce rapport, Kaschan
partage avec Ispahan l'avantage de fournir la Perse occidentale de
vases de cuivre de toutes les formes et de toutes les grandeurs,
tams ou non, simples ou gravs de figures et de fleurs. On y
remarque entre autres des tasses et des plats couverts, de formes
trs-jolies, trs-varies, et orns de peintures bleues, rouges,
vertes, simulant l'mail. L'inconvnient de ce genre de travail est de
ne pas supporter l'eau. Mais l'effet en est agrable. Tout ce commerce
est bien loin d'tre aujourd'hui ce qu'il tait il y a cent cinquante
ans. Alors ce n'taient pas seulement des soieries lgres qu'on
fabriquait  Kaschan, mais des damas, des toffes broches d'or et
d'argent, surtout des velours d'une grande beaut. Ce qui ajoutait au
singulier mrite de toute cette fabrication, c'tait le bon march
extraordinaire des produits. Aujourd'hui il ne reste gure que
l'chantillon de ce que les Kschys ont su faire et pourraient faire
encore.

S'ils ont une rputation de bons manufacturiers et d'ouvriers adroits,
ils y ajoutent aussi celle d'tre trs-aptes  la littrature. Ils ont
fourni beaucoup d'hommes remarquables dans la posie, la philosophie,
et surtout les sciences thologiques. Il y a  Kaschan une imprimerie
lithographique qui produit d'assez bons ouvrages, et le nombre des
hommes qui s'y occupent de cultiver leur esprit ne laisse pas que
d'tre considrable. Enfin, les Kschys sont essentiellement gens de
bonne compagnie. Mais, comme toute chose en ce monde a un revers, on
les accuse d'tre des guerriers plus que mdiocres, et les anecdotes
ne tarissent pas sur leur peu de vocation pour le maniement des armes.
Jamais, dit-on, homme de guerre n'est sorti de leurs murs, et le
gouvernement n'oserait pas composer un rgiment de Kschys. Kaschan
est la ville favorite et comme la capitale des scorpions. En aucun
pays de la Perse il ne s'en trouve autant. Ces insectes venimeux
habitent dans tous les murs, y sortent de dessous toutes les pierres,
 moins qu'on n'emploie des moyens particuliers pour s'en dbarrasser.
Ainsi, le gouverneur nous montra une maison qu'il venait de faire
construire. Elle tait fort belle, trs-lgante et trs-bien
entendue; mais son principal mrite consistait en ce que les quatre
coins avaient t soumis  un enchantement d'une telle force que
jamais les scorpions ne pourraient y pntrer sans qu'on le voult.
C'tait assurment un avantage incontestable.

Il y a presque aux portes de la ville un vaste monticule form par les
dcombres d'un difice croul, qui est loin de jouir d'une si
heureuse prrogative. Il a, tout au contraire, le privilge oppos,
les scorpions y pullulent en telle abondance que si l'on y rpand une
goutte d'eau,  l'instant mme on les voit accourir sortant de leurs
trous par milliers. On raconte  ce sujet qu'un des anciens rois
arabes, Schedad, clbre dans la lgende par sa puissance, sa richesse
et surtout son orgueil, avait imagin de faire un jardin qui effat
les magnificences et les dlices du paradis. Le jardin d'Irem, qu'il
cra, fut, en effet, si beau que depuis des sicles il sert de point
de comparaison aux potes et a donn lieu  des amplifications sans
fin. Avoir un paradis, c'tait un grand pas vers la qualit de Dieu;
cependant cela ne suffisait point encore: pour faire bien les choses,
pour les avoir compltes, il fallait un enfer. Qu'est-ce qu'une
puissance qui ne peut pas chtier? Schedad ordonna donc aux gnies,
soumis  son obissance de lui composer un enfer si parfait, si
complet dans toutes ses parties, que l'imagination la plus exagre ne
pt y apercevoir ni dfaut ni oubli. Tous les instruments de torture y
furent collectionns, la poix et le bitume y coulrent en fleuves de
feu, on y organisa des amas d'eaux bourbeuses pour les noyades et des
prcipices sans fond pour les chutes. Dans des ronces accumules de
faon  corcher les pieds des passants, on lcha toute la famille des
serpents grands ou petits, n'importe, pourvu qu'ils fussent reconnus
pour bien venimeux, et l'on commena  se fliciter d'avoir fait une
oeuvre au-dessus de toute critique, quand quelqu'un fit observer qu'il
n'y avait pas de scorpions. Un enfer sans scorpions ne pouvant se
tolrer, on envoya un grand diable courir le monde pour en rapporter
une cargaison. Il fit de son mieux. Il en remplit ses sacs en Syrie,
en Afrique, dans l'Asie Mineure, partout o cette gent pullule, et
fier de s'tre bien tir de sa mission, il s'en revenait 
tire-d'aile, quand il apprit que Schedad venait de mourir, et que les
travaux de l'enfer taient abandonns. Les scorpions, si prcieux un
moment auparavant, devenaient pour le gnie un fardeau inutile. Il ne
crut donc pas devoir les porter plus loin. Il secoua ses sacs 
l'endroit o il tait alors, et s'en alla. C'tait la butte de terre
place aux portes de Kaschan, et voil pourquoi il y a tant de
scorpions dans ce lieu. Tout s'explique.

Il faut dire aussi que le mal appelle le remde. Ce fut un homme utile
 son pays, sans aucun doute, celui qui combina un charme capable de
dfendre l'accs d'un logis  ces btes hideuses; mais il a t
dpass par l'inventeur du moyen de rendre inoffensif leur mortel
venin. On nous amena un de ces sorciers. Il avait trs-mauvaise mine,
soit dit en passant, et plutt l'air d'un grand coquin que d'un
bienfaiteur de l'humanit; mais enfin, le ciel l'ayant fait ainsi,
peut-tre n'en valait-il ni mieux ni pis. On lui apporta des scorpions
noirs et des scorpions blancs. Il se mit  jouer avec eux et nous les
montra suspendus en grappes  ses doigts. Ensuite, il se fit piquer au
visage. Puis, passant  quelque chose de mieux, il tira d'une bote
une phalange: c'est une norme et horrible araigne qu'on nomme dans
la langue du pays _Rotayl_, et dont la piqre est toujours
trs-mauvaise et quelquefois mortelle, et il se fit mordre encore par
cette bte. Nous levmes la sance, enchants de ses talents, mais
rassasis de tout ce monde-l.

Pour changer le cours de nos ides, nous allmes visiter les bazars,
que nous trouvmes trs-actifs et trs-vivants. Ce n'est pas un des
moindres charmes des villes d'Asie que ces longues galeries
couvertes, bordes de boutiques o toute la population se porte depuis
le matin jusqu'au soir. Les boutiques de marchands d'toffes toujours
assiges par des troupes de femmes, les ateliers de chaudronniers
avec leur tapage tourdissant, les armuriers avec leur public de
cavaliers, les libraires entours de graves moullahs, les
restaurateurs occups du soir au matin  faire griller sur des
charbons leurs apptissantes brochettes de _kbab_ ou mouton rti, et
 cuire, dans des myriades de petits pots noirs, les soupes  la
viande que les gens du peuple idoltrent, tous ces attraits divers
amnent un monde fou, au milieu duquel circulent lentement les hommes
 cheval, les mulets et les chameaux chargs. Les Persans se
passeraient de tout au monde plutt que de cesser d'aller au bazar. Je
n'en suis pas surpris, et, si j'tais  leur place, je penserais de
mme. C'est le domaine souverain de la conversation, de l'anecdote, du
propos bon ou mauvais, et le grand rceptacle de tout ce qui se dit.
Enfin c'est un lieu qui respire le dsoeuvrement et la bonne humeur
d'un peuple heureux de n'avoir  faire que ce qu'il veut, et que la
nature a cependant cr remuant.

[Illustration: Entre de Kaschan.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Nous admirmes beaucoup aussi le collge. Je lui trouve le mrite
d'tre construit tout nouvellement. L'architecture en est bonne et
curieuse. Les jardins (car, en Perse, la science est assez
pripatticienne et ne se passe pas de beaux ombrages) sont bien
dessins et bien entretenus. On nous dit que les professeurs taient
savants; sans avoir pu en juger, je n'ai pas de peine  le croire, vu
la rputation littraire de la ville.


     De Kaschan  la plaine de Thran. -- Koum. -- Feux d'artifice.
     -- Le pont du Barbier. -- Le dsert du Khavr. -- Houz-Sultan.
     -- La plaine de Thran.

Nous regrettmes notre jardin de Fyn plus encore que l'Imart--Sadr
d'Ispahan. Mais comme les regrets ne changent rien au train du monde,
nous n'en partmes pas moins de ce joli sjour, et nous fmes dans le
dsert une journe que la svrit des lieux et une chaleur
raisonnable rendirent suffisamment austre. Nous marchmes quatre
heures, et nous arrivmes  Schourab, trs-triste endroit.

Le lendemain on ne fit que trois heures et demie jusqu' Pamyngan.

[Illustration: Une caravane persane au repos.--Dessin de M. Jules
Laurens.]

 Koum, tout nous parut fort bien. Les bazars sont vastes, et il y a
de belles maisons avec de grands jardins. La ville a un certain air
provincial qui ne dplat pas. Koum est une ville sainte. Sa mosque,
fort grande, est orne d'un dme tout dor et de construction moderne
trs-lgante. C'est l qu'est enterr Feth-Aly-Schah, en compagnie de
Son Altesse Fathmh, sainte trs-vnre des Persans.  ce titre, Koum
jouit d'une bonne rputation dvote. Nous avions nos tentes prpares
dans un jardin assez dlabr, rempli de chacals, mais agrable. Ce
qui nous amusa infiniment, ce fut le feu d'artifice dont on nous
rgala le soir.

En Europe, un feu d'artifice est une espce de reprsentation
thtrale que l'on trouve plus ou moins jolie, mais qui ne produit
gure dans les assistants d'motion bien vive. En Perse, o il s'en
faut de beaucoup que l'art des artificiers soit pouss aussi loin que
chez nous, un feu d'artifice passionne autant le public que les
courses de taureaux en Espagne. On ne se tient pas  distance
respectueuse. La foule veut tre au beau milieu. Chacun s'empresse de
prendre en mains un ptard, une chandelle romaine ou un soleil; j'ai
vu des personnages graves, avec l'air d'hommes sages et _les plus
larges barbes au milieu du visage_, se jeter avec frnsie dans
l'entranement universel et courir de ct et d'autre en secouant une
pluie de feu qui les ravissait en extase. Il y a bien des moustaches
roussies, des robes brles dans ces dlicieuses parties; mais on n'y
prend pas garde, et le souverain bonheur est l.

Les Persans tirent des feux d'artifice  propos de tout, et souvent 
propos de rien. Les grands seigneurs les font trs-compliqus; les
pauvres se contentent de beaucoup moins, mais encore en veulent-ils.
J'ai connu tel de nos gens qui portait toujours des fuses dans ses
poches. Aussitt qu'il avait un moment de loisir, il lanait sa fuse,
et se pmait d'aise.

 partir de Koum, le dsert change d'aspect. Il a l'air plus
rbarbatif de beaucoup que du ct d'Ispahan. De grandes roches
apparaissant  et l dans le paysage, lui donnent quelque faux air de
ressemblance avec les environs du Mokkattam en gypte. Nous allmes
coucher  Poul--Delak, ou le _pont du Barbier_.

C'est un pont d'une longueur assez considrable, jet sur un cours
d'eau saumtre suffisamment large, mais peu profond.  l'autre rive se
prsente un caravansrail ruin, et autour quelques masures; en face,
un mamelon sur lequel taient nos tentes. Le pays est triste, mais il
a quelque chose de solennel et d'imposant.

Le lendemain, nous entrmes dans ce qu'on appelle le dsert de Khavr,
autrefois la mer de Khavr ou d'Orient. La tradition veut qu'elle ait
disparu le jour de la naissance du Prophte, et c'tait une des
marques qui devaient annoncer au monde ce grand vnement. Il parat
certain qu' une poque recule, cette mer tait en communication avec
d'autres vastes amas d'eau qui s'tendaient dans l'ouest jusqu'au lac
Zarh, et tenaient la place occupe par les dserts de Yezd et de
Kerman. L'hiver, c'est un marcage impraticable aux caravanes, qui
longent alors le pied des montagnes  l'ouest pour gagner Ispahan. 
la fin de juin, le terrain tait compltement sec, c'tait une boue
raboteuse. Il y restait des flaques d'eau, baignant  et l quelques
buissons d'pines de chameau d'un vert ple, et dans cette misre
couraient de gros lzards gris, trs-laids, mais se rendant encore
plus ridicules par leur faon de porter la queue en l'air et
lgrement penche de ct.

Nous mmes pied  terre  Houz-Sultan. On n'y voit pas autre chose
qu'un caravansrail en ruines, la maison de poste, et un grand puits
dans une espce de pyramide. La pyramide n'est pas mal et ne manque
pas de caractre; mais l'eau ne vaut absolument rien. Du reste, pas un
arbuste, pas un brin d'herbe, de la boue dessche d'un ct, du sable
de l'autre. Pour animer le paysage, il y avait une caravane au repos.
Elle tait presque uniquement compose de femmes et de moullahs. Tout
ce monde s'en allait  Koum, non pas prcisment en plerinage, mais
pour y porter une quantit de grands coffres longs, tendus par terre
au soleil et d'o s'exhalait une odeur fort trange. C'taient des
morts. Les Persans ont une telle passion pour les Imans que, riches ou
pauvres, dvots ou incrdules, ils ne se tiennent pas de se faire
enterrer prs des tombeaux de ces saints. Les plus riches aspirent 
tre envoys  Kerbela pour avoir une demeure sur le fameux champ de
bataille o furent massacrs les fils d'Aly par les partisans de
Ysyd; d'autres se contentent de Mesched et y restent sous la
protection de l'Iman Riza; enfin, les gens  fortune mdiocre du
nord-ouest vont  Koum, prs de Baby Fathmh ou Mme Fathmh. C'est une
passion universelle et, qui plus est, une mode; peu de personnes
rsistent  la fantaisie de stipuler dans leur testament que leurs
hritiers les feront enterrer dans un des lieux sacrs.

Depuis peu, je pouvais remarquer la grande diffrence qui existe entre
le dbut et la fin d'un voyage. Nous allions entrer dans deux jours 
Thran, et on ne vivait plus comme nagure dans ce complet oubli de
l'avenir, dans cette apprciation dlicate et absolue du prsent, qui
est le commencement de la sagesse et le seul moyen d'tre heureux.
Entre Schiraz et Ispahan, le terme du voyage tait si loign qu'on y
songeait  peine et on n'en parlait pas. Toute la question tait de
savoir ce qui arriverait ou ce qui tait arriv dans la journe. Au
plus on portait sa pense sur le lendemain. Dsormais, tout tait
gt. On s'occupait bien moins de ce qu'on faisait que de ce qu'on
ferait dans huit jours, et on ne jouissait plus de la vie prsente. Il
tait donc temps d'en finir.

Nous emes bientt un avant-got de la sensation au-devant de laquelle
se prcipitaient tous les esprits.

Nous rencontrmes le docteur Cloquet avec un secrtaire de la mission
ottomane. Il nous sembla retrouver l'Europe dans la conversation d'un
homme profondment attach  son pays et dvou au service du roi de
Perse, dont il tait, du reste, on ne peut plus apprci. Ces
messieurs avaient apport leurs tentes, de sorte que notre camp fut
encore augment cette nuit-l. Le pays n'tait pas beaucoup plus beau
que la veille, et il tait tout aussi svre. Kenargherd a une grande
rputation comme terrain de chasse, et c'est  bon droit, car son sol
satur de nitre est particulirement bon  attirer le gibier; mais il
n'a pas d'autre mrite. Les cours d'eau qui le traversent de manire 
en faire,  certains moments de l'anne, un grand marcage, sont
saumtres, et l'air y est touffant.

Nous partmes le lendemain matin de bonne heure. Diffrents membres de
la mission avaient pris les devants. Je fis le chemin presque seul
avec mon kaliandji et deux autres domestiques. Nos chameaux n'en
pouvaient plus: tout marchait lentement.

Je traversai assez indiffremment une srie de vallons et de collines
qui se succdaient les unes aux autres, comme la veille, en se
rassemblant, offrant toujours les mmes caractres de strilit et
d'abandon; mais  un tournant, j'aperus tout  coup une plaine
immense, une valle d'une largeur grandiose courant de l'est 
l'ouest: c'tait la plaine de Thran.

Au nord s'tendait une chane de montagnes dont les sommets
tincelants de neige se relevaient  une hauteur majestueuse: c'tait
l'Elbourz, cette immense arte qui unit l'Hindou-Kousch aux montagnes
de la Gorgie, le Caucase indien au Caucase de Promthe; et au-dessus
de cette chane, la dominant comme un gant, s'lanait dans les airs
l'norme cne pointu du mont Dmavend, blanc de la tte aux pieds. On
ne saurait rien imaginer de plus vaste ni de plus beau.  l'est, un
soulvement du sol, indpendant du reste, jet dans la mme direction,
coupait en deux cette grande arne et venait expirer non loin du
sentier que j'avais  suivre.  l'est encore et par derrire,
commenaient, dans un lointain bleutre, ces plaines interminables qui
touchent au Khorassan, conduisant  l'Indus, au Turkestan,  la Chine,
 tout ce que l'imagination rve et voudrait voir. Pas de dtails qui
arrtent la pense, c'est infini comme la mer, c'est un horizon d'une
couleur merveilleuse, un ciel dont rien, ni parole ni palette, ne peut
exprimer la transparence et l'clat, une plaine qui, d'ondulations en
ondulations, gagne graduellement les pieds de l'Elbourz, se relie et
se confond avec ces grandeurs. De temps en temps, des trombes de
poussire se forment, s'arrondissent, s'lvent, montent vers l'azur,
semblent le toucher de leur fate tourbillonnant, courent au hasard et
retombent. On n'oublie pas un pareil tableau.

J'avais beau chercher Thran, je ne l'apercevais nulle part. En
avanant, mes yeux dmlrent au loin l'emplacement de Rey, l'ancienne
Rhags de la Bible, et le sol tourment que couvrent les ruines
immenses de cette ville clbre; je vis ensuite Schahbdoulasym, dont
le dme dor brillait au soleil au travers des massifs de verdure qui
entourent cette jolie bourgade; mais Thran se cachait. C'est que la
capitale persane est comme enterre dans un pli de terrain qui ne
permet de la dcouvrir que lorsqu'on y arrive.


     Thran. -- Notre entre dans la ville. -- Notre habitation.

Cependant,  mesure que j'avanais, les dtails que l'loignement
avait d'abord dissimuls se rvlaient les uns aprs les autres. Une
multitude de grands jardins apparaissaient de toutes parts; des
cultures variaient l'aspect du dsert; des kanats, grands aqueducs
souterrains, traversaient au loin la plaine; des ruines de villages et
de tours s'accroupissaient  et l; des arbres isols s'levaient sur
les bords de quelques cours d'eau perdus. Enfin, j'arrivai le dernier
 notre station.

On nous avait assign pour demeure un kiosque appartenant  un des
princes du sang et qu'entourait un jardin trs-soign et tout en
fleurs. Comme,  dater de ce moment, nous n'tions plus en voyage, une
grande tente dresse devant la porte nous servait de salon de
rception pour les visites qui allaient se succder. Nous devions
faire le lendemain notre entre solennelle dans la capitale, et nous
savions que le roi, trs-dsireux de voir la mission, avait renonc,
pour ne pas retarder ce plaisir,  un voyage projet dans le
Khorassan. Toutes les attentions que l'on avait eues pour nous sur la
route nous rpondaient d'avance que nous serions accueillis avec toute
la pompe imaginable.

Afin de ne pas tre pris au dpourvu, ds le point du jour nous tions
en uniforme et prts  recevoir nos htes. Nous vmes bientt arriver
 la file la lgation ottomane, les quelques Europens rsidant 
Thran, puis des officiers militaires ou civils qui venaient
complimenter le ministre de la part du roi, du premier ministre et du
ministre des affaires trangres. La tente tait pleine de Persans en
robes de crmonie, les uns arrivant, les autres partant. Les
kaliandjis circulaient au milieu de la foule, portant ou emportant
leurs pipes, et c'est un spectacle qui ne manque pas d'clat que de
voir en bon ordre, dans un talar, une douzaine de ces serviteurs ayant
entre les mains de beaux kalians,  la carafe de cristal et  la tte
d'or simple ou d'or maill. Les pischkhedmets avec le th entraient
quand ceux-l sortaient, ou plutt les prcdaient; c'tait un
va-et-vient continuel. Quant  la conversation, elle se composait de
souhaits de bienvenue, de compliments sans fin, de remarques sur notre
voyage, de plaisanteries et de beaucoup de rires. Rien n'tait plus
diffrent de ce qu'on suppose en Europe au sujet de la gravit
orientale. Mais c'est en Turquie et dans le contact avec les Turcs
qu'on prend de telles ides, et la nation ottomane n'est pas un miroir
qui montre l'Asie, c'est un rideau qui la cache.

Vers midi on nous informa que tout tait prt; nous montmes  cheval.
Nous formions un vritable corps de cavalerie. Aprs une demi-heure de
marche, nous arrivmes  une vaste tente en soie o diffrents grands
personnages de la maison du roi nous attendaient. Nous mmes pied 
terre pour recevoir les compliments dont ils taient porteurs, et on
nous fit asseoir en face d'une grande table couverte de fleurs et de
sucreries. Autour de la tente taient rangs les coureurs du roi avec
leurs bonnets paillets de forme bizarre, les yessaouls en robes
rouges, des ferrachs sans nombre; plus loin, un corps de cavalerie
rgulire, le seul qui existe en Perse, et qu'on appelle les ghoulams
de la garde. Il est compos de deux escadrons de lanciers; venaient
ensuite des bataillons d'infanterie et une foule de curieux. Dans ces
sortes d'occasions, les spectateurs ne sont pas tous volontaires;
c'est le gouvernement qui les invite  venir, en donnant avis aux
marchands du bazar et au corps des mtiers d'avoir  honorer les htes
qui lui arrivent en se portant  leur rencontre. En somme, la
multitude officielle et non officielle tait trs-grande.

Quand les kalians eurent t de nouveau apports et remports, et le
th de mme, on se remit en route. Le roi ayant envoy des chevaux
richement caparaonns pour le ministre et les principaux membres de
la mission, avec les djlodars portant comme de coutume la couverture
brode sur l'paule gauche, tout ce train s'branla, et au bout de
trois quarts d'heure, allant d'ailleurs avec une lenteur extrme, nous
entrmes dans Thran par la porte Neuve. Nous apermes tout d'abord,
sur la place qui prcde la porte, le piquet ou mt destin  la haute
justice. Ordinairement les ttes y sont attaches en plus ou moins
grand nombre; mais ce jour-l il n'y en avait pas. Un fou, bien connu
de Thran, tait mont sur la plate-forme et criait de toutes ses
forces: Ali! Ali! Pendant trois ans, j'ai rencontr journellement
cet homme dans les rues, qu'il parcourt en hurlant le mme mot sans
jamais se reposer. Il est de l'espce la plus inoffensive, et ne prend
garde  personne. C'est un pauvre diable qui a perdu, jadis, une
petite fille qu'il aimait tendrement, et sa raison n'a pas rsist 
l'excs du chagrin. La foule tait grande et compacte sur le
March-Vert, que nous traversmes ensuite. La baguette des ferrachs
n'tait pas de trop pour nous frayer un passage. C'taient des cris,
des rires, un mouvement  ne pas s'entendre, et cependant il tait
bien ncessaire de garder son sang-froid, vu l'tat habituel des rues
persanes: huit pieds de large, une ravine au milieu, et des trous
profonds irrgulirement sems tous les trois pas. En Europe, on se
tuerait; en Perse, on n'en prouve aucun inconvnient. Seulement, il
faut avoir expriment cette vrit, qui, au premier abord, semble
paradoxale, pour faire de gaiet de coeur une telle promenade avec
tant de chevaux autour de soi et des cavaliers pareils pour les
conduire.

[Illustration: Louty. Kurde pasteur. Derviche nomade. Bakthyary[5].
TYPES PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

         [Note 5: Louty, Baktyary, noms de tribus; ils dsignent
         habituellement des espces de nomades assez mal fams.]

La ville est longue; notre rsidence est fort loigne de la porte
Neuve, de sorte que la cavalcade mit bien trois quarts d'heure, sinon
une heure pour sortir de ce ddale. Une fois arrivs chez nous, on
apporta de nouveau les kalians et de nouveau le th, puis nos
introducteurs prirent cong. Nous tions livrs  nous-mmes.

                                   C{te} A. DE GOBINEAU.

(_La fin  la prochaine livraison._)




[Illustration: VOYAGE EN PERSE--Faubourg de Thran.--Dessin de M.
Jules Laurens.]




VOYAGE EN PERSE,

FRAGMENTS

PAR M. LE C{TE} A. DE GOBINEAU,

(1855-1858)

DESSINS INDITS DE M. JULES LAURENS[6].

         [Note 6: Suite et fin.--Voy. p. 17.]


     Une audience du roi de Perse.

Notre demeure,  Thran, est grande et belle. Assurment, ce n'est
pas un monument de marbre. Il ne s'en fait pas en Perse. Mais elle est
bien construite en briques crues avec des chanes de briques cuites.
Aprs avoir pass sous une vote dans laquelle est pratique une
chambre servant de corps de garde aux soldats qu'entretient chaque
lgation, on suit un corridor qui aboutit  une grande cour formant un
carr long d'une assez belle tendue. Au milieu est une pice d'eau en
forme de T, le haut de la lettre longeant la faade; des deux cts,
une range de platanes et des massifs d'arbrisseaux et de fleurs. Le
terrain est dall de grandes briques carres. Les btiments qui
entourent la cour sont exhausss de trois ou quatre pieds et composs
d'un rez-de-chausse seulement; c'est une srie de chambres destines
pour la plupart aux gens de service. Au fond se prsente le talar (la
salle principale, le salon), perc de trois fentres  l'europenne et
plac entre deux pavillons qui font saillie de chaque ct et sont
orns de niches garnies de stalactites dans le got oriental. Les
rebords des toits sont peints de couleurs brillantes et dentels  la
chinoise. De vastes terrasses en terre battue font le tour de la cour
et recouvrent tous les btiments. Prs du corps de logis principal,
l'endroun ou appartement intrieur, s'tend autour d'une cour spare
et longue un grand jardin, qui n'avait que le dfaut de manquer
d'arbres; mais on en pouvait mettre, et c'est ce que nous fmes
bientt. Enfin, pour terminer la description de notre demeure, elle
occupe un vaste emplacement dans le quartier le plus salubre de la
ville. Elle possde de l'eau en abondance et est tout au plus  cinq
minutes de la porte de Schymyran, qui conduit aux montagnes. Nous
tions donc trs-bien partags.

La plus importante affaire tait dsormais d'obtenir l'audience du roi
et de voir le premier ministre. Le souverain ne nous fit pas attendre.
Le troisime jour de notre arrive, ayant reu ses ordres, nous nous
rendmes en gala au palais, prcds des coureurs et des ferrachs
royaux. Nous fmes d'abord introduits dans un salon o se trouvaient
le ministre des affaires trangres, Mirza-Say-Khan, le gnral en
chef de l'arme persane, Azyr-Khan, le beau-frre du premier ministre,
ancien ambassadeur  Ptersbourg, et deux ou trois autres personnes de
marque. On nous offrit le kalian (pipe d'eau) et le th. Aprs un
instant de conversation, le grand matre des crmonies, tenant un
long bton couvert d'mail et incrust de pierreries, vint nous
chercher. Il portait, comme le ministre des affaires trangres, non
pas le bonnet noir ordinaire, qui n'est pas d'tiquette pour les
grands fonctionnaires lorsqu'ils paraissent devant le roi, mais un
turban  forme haute et bombe, jadis en usage  la cour de Sfvys.
Il avait aussi de longs bas rouges en mmoire de ce que, du temps de
Djenghyz, une des marques distinctives des khans mogols de premier
rang tait de paratre devant le Khaghan sans ter leurs chaussures;
or, ces chaussures taient des bottes rouges.

Aprs avoir travers plusieurs cours et couloirs, nous arrivmes  la
porte d'un vaste jardin rempli de platanes, de fleurs et de bassins
d'eau vive. Les btiments du palais, dont ce jardin est entour, ont
deux ou trois tages et sont orns au rez-de-chausse d'une srie de
peintures de grandeur naturelle, reprsentant des soldats rguliers,
en uniforme rose, au port d'armes et le sourire sur les lvres. Ce
genre d'ornementation, qui rappelle beaucoup, par le style et les
qualits de la peinture, les boutiques de la foire, n'est pas  l'abri
de toute critique. On nous fit mettre l des galoches par-dessus nos
bottes; c'est toujours le trait de Turkmantchay qui le veut, et au
dtour d'une alle, le grand matre des crmonies s'arrta; il se
tourna vers un talar dont les colonnes taient trs-richement dores
et peintes, et s'inclina profondment en appuyant ses deux mains sur
ses genoux et en les faisant glisser jusqu'aux pieds. Nous salumes 
la manire europenne, et on nous fit quitter nos galoches, tandis que
nos introducteurs quittaient leurs souliers pour marcher simplement
sur leurs bas rouges.

Puis, levant la voix au milieu de ce jardin, que nous vmes alors
bord d'une haie de soldats, tandis qu'au pied du talar se tenaient
des pages, des officiers, des domestiques de tous rangs, dans le plus
profond silence, le grand matre des crmonies proclama que Son
Excellence le ministre de France demandait la faveur de s'approcher du
roi. Bien entendu, cette requte fut beaucoup plus fleurie que je ne
la donne ici, mais je ne me rappelle pas les termes exacts, et je me
borne  en reproduire le sens.

Le roi,  ce qu'il parat, car je ne voyais rien, fit un signe, et
nous avanmes;  quinze pas plus loin, nouveau salut, et alors
j'aperus Sa Majest. Elle tait assise sur un trne fort lev, qui
me parut trs-brillant. Le monarque lui-mme tait richement habill,
mais j'eus  peine le temps de faire cette observation, car sur un
nouveau signe, nous approchmes davantage et nous montmes les degrs
d'un escalier bord de serviteurs du palais, qui nous introduisirent
d'abord sur un petit palier bas et orn de glaces, puis dans le talar
mme, en prsence du roi.

Sa Majest avait alors vingt-cinq  vingt-six ans. La figure de
Nasreddyn-Schah est belle et noble. Il porte la barbe coupe
trs-court, et de longues moustaches qui rappellent celles du roi de
Sardaigne. Il a de beaux yeux intelligents. Il parle vite et
brusquement pour dissimuler, dit-on, une timidit trs-relle. Le
ministre de France prit place sur un fauteuil en face du roi,  une
douzaine de pas. Le reste de la mission se tint debout. Au milieu du
salon taient aussi debout trois ou quatre princes du sang, oncles du
roi. L'un tenait le sabre orn de pierreries, l'autre le bouclier,
l'autre la masse d'armes. Ces divers ornements du trne tincelaient
de diamants, d'meraudes et de rubis. Le roi lui-mme, couvert de
pierres prcieuses, tait vtu d'un koulydjh, espce de tunique
courte en soie de couleur claire borde de perles. Il portait de
larges bracelets de diamants; la boucle de son ceinturon tait de
mme, son sabre en avait encore, et encore l'agrafe de l'aigrette
panouie sur son bonnet.

Sa Majest parla beaucoup de l'Empereur et de la France, et montra une
grande connaissance de la gographie de notre pays. En sortant de son
audience, nous salumes aux mmes places o nous avions salu en
arrivant, et nous nous rendmes chez le premier ministre, qui nous
attendait dans une autre cour du palais.


     Nouvelles constructions  Thran. -- Temprature. -- Longvit.

Autrefois, c'est--dire il y a trente ans, il tait pour ainsi dire
impossible de rester, mme au printemps, dans la capitale. La fivre
ne manquait pas de saisir les rsidents obstins et en faisait prompte
justice. L'air tait empest, l'eau mauvaise, et, quand on sortait des
autres villes de Perse pour venir dans ces lieux dcris, on croyait
aller  la mort. Tout s'est beaucoup amlior. La ville, nagure sale
et en dcombres, s'est nettoye et releve; on y construit beaucoup,
et de belles et grandes maisons; les bazars y deviennent magnifiques
et nombreux. Il y a un an  peine que s'est lev le caravansrail
d'Hadjeb-Eddoouleh, que l'on peut appeler un des beaux monuments de la
Perse, et qui pourrait tre cit avec honneur  ct des plus
lgantes constructions d'Ispahan. Enfin, le roi a fait btir autour
du March-Vert, _Meydn--Sebz_, au centre de la ville, d'lgantes
galeries; cette place mme, bien pave, orne d'un grand bassin carr,
est rendue plus remarquable par la porte de la forteresse flanque de
deux tourelles couvertes du haut en bas de mosaques en mail. Il ne
se passe pas une anne qui ne voie s'lever de toutes parts, au dedans
et au dehors de la ville, de beaux difices. Les ruines existeront
toujours, puisqu'une ville persane sans ruines n'est pas possible,
mais le terrain se dblaye, et la quantit d'eaux courantes et saines
que le roi a fait venir de la montagne, a singulirement amlior les
chemins. Les descriptions de Thran, publies jusqu' 1845, ne sont
plus vraies.

Mais, comme pour lutter contre toutes les amliorations trs-grandes
et trs-relles qui se sont introduites sous le nouveau rgne, le
cholra, depuis huit ou neuf ans, fait de terribles ravages dans la
Perse septentrionale, et principalement pendant l't. Ce nous fut une
raison de plus pour gagner la campagne.

Nous allmes nous tablir  Roustamabad, assez joli village  deux
lieues au nord, trs-voisin du palais de Niavrn, o le roi tait
fix.

La Perse n'est pas cependant un pays malsain en lui-mme. Le cholra
est malheureusement un flau qui se montre sous toutes les latitudes.
Cependant, en Perse, il ne pntre pas dans les montagnes, et comme
les montagnes ne sont jamais bien loin, on peut le fuir en s'y
rfugiant. La fivre, il est vrai, est la souveraine de l'Asie; elle
existe en Perse, et existe partout. Les indignes la prennent aussi
bien que les trangers, et on ne peut trop deviner la cause de
l'intensit de ce flau. Il est seulement  observer que, comme le
cholra, il se gurit gnralement sur les hauts lieux. Mais si on a
t touch une fois, on garde une grande disposition  retomber sous
son empire. Les varits de ce mal sont trs-nombreuses, et depuis la
fivre du Ghylan, qui emporte le malade au troisime accs, jusqu'aux
fivres intermittentes qui durent pendant des annes, il existe des
nuances infinies, mais toutes dtestables. Ceci mis  part, les
affections d'autre nature sont rares, et la population prsente des
cas trs-nombreux de longvit. J'ai vu souvent, dans les villages,
des paysans qui n'avaient gure moins de quatre-vingts 
quatre-vingt-dix ans. Les centenaires ne passent pas non plus pour
introuvables. Je ne puis que rpter ici ce que j'ai dj dit du sud
de la Perse; tous les gens que j'ai observs dans les villes et dans
les champs m'ont paru forts, bien portants et alertes.


     Les nomades.

Les Persans aiment la locomotion. Les paysans eux-mmes passent
volontiers d'une province dans une autre. Il suffit qu'un villageois
se trouve trop charg de contributions pour qu'un beau soir il
dmnage. Il met son argent dans sa ceinture, sa femme sur un ne; le
boeuf et le cheval portent le mobilier. On rencontre souvent des
familles rustiques circulant ainsi dans l'empire. Elles sont bien
accueillies par les nouveaux concitoyens qu'elles viennent chercher,
et qui sont bien aises du secours de ces bras pour la culture d'une
terre toujours trop vaste.

Mais ces hommes en qute d'une rsidence ne sont que des voyageurs
temporaires. Il existe une classe d'tres qui fait d'un dplacement
constant  peu prs le but de sa vie. Ce sont les derviches, qui,
n'ayant le plus souvent d'autre occupation, ne se bornent pas 
parcourir la Perse, et vont, sans hsiter,  Calcutta, 
Constantinople, au Caire, et cela d'autant plus aisment que leurs
prgrinations ne leur cotent absolument rien. J'en ai vu et pratiqu
beaucoup, et je les tiens, en gnral, pour trs-intressants 
connatre. Il y a sans doute, parmi eux, bon nombre de vagabonds purs
et simples; mais  et l on rencontre une perle, et c'est assez pour
leur donner de la valeur.

[Illustration: La porte de Schab-Abdoulazim.--Dessin de M. Jules
Laurens.]

 pied, ou mont sur un ne, le philosophe nomade se met en route,
s'arrtant o il veut pendant des mois, des annes, ou traversant les
villes, sans que rien ni personne l'arrte; dans les dserts, il se
joint aux caravanes; dans les pays o il croit n'avoir pas besoin de
protection, il va seul, et personne ne lui demande pourquoi. Un
ruisseau coulant entre deux pierres, avec un saule au dessus, lui
parat offrir un repos agrable: il s'y assied et y demeure tant que
ce sjour lui convient. J'ai rencontr ainsi, dans une masure en
ruine, aux environs de Re, l'ancienne Rhags, un derviche venu de
Lahore, qui passa l plusieurs jours. Le lieu lui avait sembl
agrable. Un matin il disparut et je ne le revis jamais. Le but final
de son voyage tait, disait-il, Kerbela. C'tait un homme d'une rare
instruction, d'un langage recherch et fleuri, connaissant beaucoup
les livres, ayant au moins soixante ans et l'exprience de beaucoup de
catastrophes qu'il avait heureusement traverses. Son lgance tait
tout intellectuelle. Il tait vtu d'une robe de coton blanc tombant
en lambeaux, les pieds et la tte nus, les cheveux flamboyants, la
barbe grise en dsordre, la peau calcine et sillonne de rides, mais
l'air souriant et les yeux pleins de feu. Dans quelque lieu que ces
gens s'arrtent, ils racontent aux habitants, qui bientt les
entourent, ce qu'ils ont vu dans leurs prgrinations, et les
conclusions qu'ils ont tires de toutes choses. Souvent ils font
grande impression sur les esprits; et comme la religion est un des
thmes favoris de leurs entretiens et qu'ils y sont trs-hardis, c'est
 ces religieux errants qu'il faut attribuer ce mouvement continuel
d'hrsies dont le monde musulman est tourment, surtout en Perse, et
qui,  chaque moment, ranime, rveille, renouvelle ou apporte les
notions de la thologie indienne au milieu de la loi du Koran.

Il est aussi d'autres voyageurs qui, d'aprs les ides europennes,
paraissent plus dignes d'intrt; ceux-l parcourent le monde oriental
pour s'instruire. Ils sont assez nombreux. Rien ne les distingue
extrieurement des derviches, si ce n'est qu'ils ne vont point la tte
nue et ne portent point de longs cheveux. Ils sont peu curieux
d'opinions thologiques ou de mditations sur les choses
surnaturelles, ne s'occupent que des moeurs des pays qu'ils parcourent
et des curiosits de l'art ou de la nature qu'ils peuvent y trouver.
Mais les plerins les plus curieux que j'aie jamais rencontrs sont
les derniers dont je parlerai ici.

[Illustration: Dans une cour,  Thran.--Dessin de M. Jules Laurens.]


     Deux plerins. -- Le culte du feu.

Je fus abord un jour par deux hommes de taille mdiocre, d'un noir
bleutre, maigres, et ayant, comme tous les gens du sud de l'Asie, qui
n'appartiennent pas aux races militaires, l'air riant, doux et soumis.
Ils me parurent, au premier abord, tre des Beloutches. Mais je me
trompais, car l'un d'entre eux se rclama auprs de moi de la qualit
de Franais, qu'il attribua aussi  son compagnon. L'aspect de ces
soi-disant compatriotes n'tait pas propre  soutenir la validit de
leurs prtentions, je fus bien vite convaincu de leur sincrit. Ils
portaient de longs bonnets pointus en feutre, semblables  ceux des
Ouzbeks. Bien qu'on ft au mois de juillet, ils taient vtus des
lambeaux graisseux de ces longues robes fourres en peau de mouton que
l'on fabrique  Bokhara, et leur salet dpassait non-seulement tout
ce qu'on peut voir, mais mme tout ce qu'on peut imaginer.
Explications faites, j'appris enfin que ces deux hommes, appels l'un
Kakscha et l'autre Mostanscha, taient des Tamouls de Pondichry. Ils
prtendaient appartenir  la caste brahmanique et se donnaient pour
agriculteurs. Dans leur opinion, le feu ayant cr toutes choses et ne
pouvant ds lors tre trop vnr, ils avaient voulu faire acte de
dvotion envers cet lment. Or, c'tait une opinion courante parmi
leurs compatriotes du pays de Pondichry, qu'il existait quelque part
dans le Turkestan un _Atesch-Kdh_ ou temple du Feu, d'une saintet
extraordinaire. De temps immmorial, l'usage d'y aller porter ses
prires s'tait maintenu, mais aucun de ceux qui avaient fait la route
ne s'tant occup de donner en dtail l'itinraire des pays traverss
pour y arriver, personne ne savait autre chose de ce voyage, sinon que
l'_Atesch-Kdh_ existait dans le Nord. Il parat que ce renseignement
suffisait aux fidles; car, aprs bien d'autres, Kakscha et Mostanscha
s'taient mis en chemin.

Ils commencrent par aller  Bombay, par terre, et de l, traversant
le Kotch, ils arrivrent aux bords de l'Indus. Ils remontrent le
fleuve, tantt en cheminant sur ses rives, tantt dans les
embarcations l o ils en trouvrent et o on voulut bien leur donner
le passage gratis. Ils parvinrent ainsi jusqu' Peschawer et, s'tant
informs, ils apprirent qu'on ne connaissait pas d'Atesch-Kdh dans
le pays, mais qu'il n'tait pas impossible qu'il y en et  Kaschemyr.
Ils partirent pour Kaschemyr. Dans cette ville, on leur dit que le
culte du feu tait inconnu ou du moins n'avait point de sanctuaire
dans la valle; mais qu'il tait de notorit publique que Balkh tant
la mre des villes et ayant t fonde par Zerdescht ou Zoroastre, si
un Atesch-Kdh pouvait exister quelque part, ce devait tre
incontestablement l. Ils en tombrent d'accord et partirent pour
Balkh. Point d'Atesch-Kdh; c'tait  Bokhara qu'il fallait se rendre
pour s'en claircir. Ils y allrent et trouvrent enfin, non pas ce
qu'ils cherchaient, mais des renseignements positifs. On leur affirma
que le sanctuaire de leur croyance existait  Bakou, sur la rive
occidentale de la Caspienne, dans le pays des Russes (voy. notre
premier volume, p. 125); et, en effet, les feux perptuels que la
nature y entretient sont un objet constant d'adoration de la part des
sectaires.

Kakscha et Mostanscha reprirent leur route, sans avoir le moins du
monde pens  perdre patience, et s'acheminrent vers Asterabad; mais
c'tait justement dans le temps que le gouverneur actuel de cette
ville, Djafr-Kouly-Khan, faisait une campagne longtemps diffre, et
devenue indispensable, contre les maraudeurs turcomans; de peur de
tomber dans ce conflit et d'tre faits esclaves d'un ct ou dcapits
de l'autre, les deux Tamouls se dirigrent vers Mesched, et de l
passrent par Thran, o j'entendis leur histoire.

Je ne relve pas ce qu'il y a de singulier  voir le culte du feu et
les Atesch-Kdhs de la Perse en vnration sur la cte du Malabar et
auprs de gens qui se prtendent de caste brahmanique; je constate
seulement que cela est, et c'est une des marques les plus fortes que
j'aie jamais rencontres de la diffusion, et je puis ajouter de la
confusion des ides persanes avec les ides hindoues. Pour achever ce
rcit, les deux plerins voyageaient avec une petite tente basse en
toile blanche o l'on pouvait s'asseoir deux, mais non se tenir debout
ni se coucher. Ils possdaient deux vases de cuivre pour faire cuire
leurs aliments; car, circonstance particulirement gnante dans une
telle entreprise, il ne leur paraissait pas conforme  leurs devoirs
religieux de rien manger qui et t prpar par d'autres mains que
les leurs, ce qui les privait naturellement des bnfices de
l'hospitalit commune. Leur mobilier tait complt par un de ces jeux
autrefois assez en vogue dans nos salons, et que l'on appelle un
baguenaudier. Ils y paraissaient fort habiles, et les Persans
prenaient plaisir  les voir faire. Ils avaient mis quatre ans pour
arriver  Thran et prvoyaient, sans nul ennui, qu' leur retour de
Bakou, ils auraient  refaire exactement le mme chemin et  voir
s'couler le mme espace de temps avant d'arriver chez eux. Lorsqu'on
leur eut expliqu qu'en passant par Ispahan et Schyraz pour
s'embarquer  Bouschyr, leur voyage serait beaucoup plus rapide, ils
ne parurent nullement touchs de cet avantage: un Asiatique comprend
difficilement l'utilit de se hter. Enfin, lorsqu'ils eurent pass
une journe  rpondre aux questions des gens de la maison joyeusement
assis en cercle autour d'eux, et avec lesquels ils s'taient mis tout
d'abord sur le pied le plus amical, ils tmoignrent le dsir de
continuer leur route. On leur demanda quelle aumne pourrait leur tre
agrable et leur paratre gnreuse, puisqu'ils avaient refus toute
nourriture, le kalian et mme une tasse d'eau; ils se firent un peu
prier et enfin rpondirent que si, par l'effet d'une gnrosit
surhumaine, dont leur coeur conserverait  jamais la mmoire, on
voulait bien leur donner trente schahys, ils se considreraient comme
combls. Trente schahys ne reprsentent pas tout  fait quarante sous.

C'est avec cette facilit, mais aussi cette patience, cette gaiet
continuelle, cette curiosit douce, toujours porte  satisfaire celle
d'autrui en se satisfaisant elle-mme, que les Asiatiques circulent
dans les pays les uns des autres, sans mme savoir bien positivement
o ils vont, ni souvent o ils sont. Les longs entretiens de tous les
jours, de toutes les heures, o toutes les ides s'expriment, o tout
se dit, o rien n'est considr comme scandaleux quand la forme ne
choque pas, exercent naturellement une influence irrsistible et
donnent lieu  cette facilit de moeurs,  cette tolrance universelle
dont l'Europen seul, avec ses opinions arrtes, ses dcisions
tranchantes ou ironiques, est rigoureusement exclu, mais qui permet
aux brahmanistes, aux musulmans, aux chrtiens, aux juifs armniens de
vivre ple-mle sans se choquer jamais, sauf les jours de crise
politique.


     La police. -- Les ponts. -- Le laisser aller administratif.

L'tat persan n'existe pas en ralit, l'individu est tout. L'tat?
comment pourrait-il tre, lorsque personne n'en prend aucun souci? La
population, assez semblable, sous ce rapport comme sous beaucoup
d'autres,  celle de l'empire romain, mprise ses gouvernants, quels
qu'ils soient, bons ou mauvais, dprdateurs ou bien intentionns.
Incapable de fidlit politique et de dvouement, pleine d'adoration
pour le pays en lui-mme, elle ne croit  aucun moyen de le conduire.
Aussi tout le monde pillant sans honte comme sans scrupule, et
profitant  qui mieux mieux des deniers publics, il n'existe en fait
que peu ou point d'administration. La police qui se fait dans les
villes est assez bien entendue, il faut le reconnatre, ne serait-ce
que pour la singularit du fait. De toute antiquit, les villes d'Asie
connaissent et pratiquent l'excellent systme de surveillance qui
consiste  entretenir des gardiens de nuit dans chaque rue. On
n'entend pas de tapages nocturnes; il n'y a pas de dsordres publics.
Mais, en dehors de ce point-l, tous les autres sont rduits  nant.
Une partie de la population urbaine ne paye jamais d'impt, soit que
des privilges abusifs que rien ne justifie, sinon le long usage,
aient lgitim un prtendu droit, ou que, par de fausses mesures,
l'autorit royale l'ait consacr, ou enfin que simplement les
contribuables, n'tant pas en humeur de payer, chassent les
percepteurs ou ne consentent pas  les recevoir. J'ai vu des villes se
donner cette position commode, et les gouverneurs n'y pouvaient rien,
faute de troupes, de ressources ou de bonne volont. Mais personne n'y
prend garde.

Autrefois, la viabilit tait trs-perfectionne en Perse. Les rois
sassanides avaient cr, dans les provinces du Sud principalement, de
magnifiques routes, des ponts, des caravansrails en grand nombre. Les
diffrentes dynasties musulmanes continurent ce systme, et jusqu'
la fin des Sfvys, dans le premier tiers du sicle prcdent, les
travaux existants furent conservs avec soin, et  et l augments.
Mais, depuis lors, tout est dtruit, tout a disparu. Dans l'empire
entier il n'existe plus un chemin, pas mme pour aller de Thran  la
rsidence d't du souverain, qui en est  deux lieues.  la vrit,
tant que dure la belle saison, la nature du sol et la scheresse
soutenue du climat permettent de s'en passer en beaucoup d'endroits.
L'habitude et l'adresse font le reste.

Il y a encore quelques ponts, la plupart construits par des
particuliers. Comme on ne les rpare point, il est d'usage de les
conomiser, en ne passant dessus qu'en cas de ncessit absolue. Un
honnte voyageur me disait que c'tait pcher que d'user les ponts
sans besoin. Un homme consciencieux traverse  gu, et les caravanes
n'y manquent jamais.

Il n'y a pas de forteresses; il n'y a pas d'arsenaux srieux; il n'y a
pas un magasin public; l'administration, quant  son personnel,
n'existe que pour fournir  une partie nombreuse, il est vrai, de la
population, des prtextes pour vivre aux dpens de l'autre; l'arme
cause plus de concussions qu'elle ne rend de services. Cependant elle
est utile encore, car elle peut, dans bien des cas, maintenir l'ordre,
et surtout elle a puissamment contribu  tenir en chec d'abord, 
ruiner ensuite la puissance des tribus nomades. Mais, en somme, en
disant du gouvernement de la Perse qu'il n'existe pas, on n'exagre
que de bien peu.


     Les amusements d'un bazar persan.

Je ne crois pas qu'il y ait de lieu au monde o l'on s'amuse plus
continuellement que dans un bazar de Thran, d'Ispahan ou de Schyraz.
C'est une conversation qui dure toute la journe sous ces grandes
arcades votes, o la foule se presse perptuellement aussi bigarre
que possible. Les marchands sont assis sur le rebord des boutiques, o
les marchandises s'talent avec un art d'exposition que nous avons
imit et perfectionn. Les loutys coudoient la foule, le bonnet de
travers, la poitrine dbraille, la main sur le gm. Les aveugles
chantent. Un raconteur d'histoire s'est empar du chemin et hurle 
pleins poumons les douleurs ou les attendrissements, ou les paroles
difiantes d'un roman. L, passent des Kurdes avec leur turban norme
et leur physionomie sombre et srieuse. Au milieu d'eux se glissent,
semblables  des anguilles, des mirzas, l'encrier  la ceinture,
gesticulant comme des possds et riant  grands clats; dans leur
marche prcipite, ils tombent sur une file de mulets chargs de
marchandises, qui sont arrts  leur tour par de longs chameaux
venant en sens inverse. La question pour la foule est de passer au
milieu de ce conflit; ce qui est certain, c'est qu'elle y passe. Un
derviche avec ses cheveux pars, son bonnet rouge brod en soie de
couleur de maximes difiantes, le corps  demi nu, la hache sur le
dos, et faisant sonner une grosse chane de fer, s'entretient
familirement avec un moullah, marchand de livres, ou un tourneur qui
lui fabrique un tuyau pour son kalyan. L-dessus passe un gentilhomme
afghan  cheval, suivi d'une troupe de ses stipendis. C'est la figure
dure, sauvage, intrpide des lansquenets, et c'est aussi leur air
dbraill. Turbans bleus colls sur la tte, habits de couleur sombre
dguenills, de grands sabres, de grands couteaux, de longs fusils et
de petits boucliers sur l'paule, de vrais pandours, et dans toute
cette cohue des troupeaux de femmes. Elles errent deux  deux, quatre
 quatre, trs-souvent seules, toutes uniformment couvertes d'un
voile de coton, rarement de soie, gros bleu, qui les entoure depuis le
sommet de la tte jusqu'aux pieds. Le visage est troitement cach par
une bande de toile blanche qui s'attache derrire la tte, par-dessus
le voile bleu, et retombant devant jusqu' terre, rend impossible
d'apercevoir ni de deviner les traits. Un carr brod  jour  la
hauteur des yeux, leur permet de voir trs-bien et de respirer 
travers ce _rou-bend_ ou _lien de visage_. Sous le voile bleu appel
_tchader_, qui est surtout destin  envelopper depuis la tte
jusqu'aux genoux de la personne, se met encore un vaste pantalon 
pied qui contient les jupes et qu'on ne revt que pour sortir (voy. p.
44). Ainsi calfeutres, enfermes, les femmes cheminent en tranant
leurs petites pantoufles  talons avec un balancement qui n'a rien de
gracieux, et viennent s'accroupir au bas de la boutique des marchands
d'toffes, faisant dplier des monceaux de pices de toile, des
soieries, des cotonnades, discutant, comparant, ne se dcidant pas, et
enfin se levant et s'en allant maintes fois sans avoir rien achet,
comme cela se pratique dans d'autres pays encore, et tout cela sans
avoir soulev le moindre bout de leurs voiles.

[Illustration: Persane. Guerrier kadjar. Guerrier. Paysan. Bourgeoise
persane. Portrait d'un peintre. Moullah (prtre, professeur). Chef
wahabite.--TYPES ET PORTRAITS PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Et tandis que les marchands font assaut d'loquence et de persuasion
pour arrter ces gots si incertains et si changeants, tous les propos
et les cancans de la ville dbordent de boutique en boutique. Ici on
parle politique et on blme telle mesure rcente du gouvernement ou
telle rsolution qu'on dit imminente. On raconte ce qui s'est pass la
veille au soir ou le jour mme dans le harem du roi et le point exact
o en est la discussion de telle klanum avec son mari. La chronique
scandaleuse court de bouche en bouche, peu voile et s'exagrant tous
les quarts d'heure. On emprunte de l'argent et on en prte. On retire
telle pice de vtement qui tait en gage depuis six mois et on va
engager telle autre. On se querelle, on se menace, mais on ne se
frappe pas,  moins de circonstances rares. C'est un tapage, des cris,
des rires, des gmissements, des pousses  faire tomber les votes,
et souvent aussi elles ne rsistent pas. Car, bties en briques crues
en beaucoup d'endroits et cimentes  la grosse, elles s'croulent
avec fracas, surtout aux approches du printemps, et on ne peut nier
qu'elles n'crasent  et l quelques causeurs.


     Les fianailles. -- Le divorce. -- La journe d'une Persane.

Les Persans, extrmement rservs sur la partie fminine de leur
propre famille, sont on ne peut plus goguenards  l'endroit des femmes
qui ne leur sont pas parentes. Ils s'en donnent alors  coeur joie, et
 les entendre on croirait qu'il n'y a de dames respectables dans
l'Iran qu'autant qu'ils ont encore une mre, une femme et des soeurs.

[Illustration: Ferach (homme de police publique ou prive). Kaliandji
(porteur de pipe). Soldat  l'europenne. Pichkadmeth (page).--GROUPE
DE PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Sans m'arrter  ces rapports, probablement empreints de beaucoup
d'exagration, je dois dire que les femmes persanes se marient
trs-jeunes. Dans les familles aises, le pre exige ordinairement du
fianc trente tomans pour le prix de l'pouse, c'est--dire 360 fr.,
ce qui n'est pas norme, et le plus souvent cette somme est employe
par les parents  l'usage de la jeune femme. Il n'y a donc pas lieu de
dpenser d'loquence pour plaindre le sort d'une victime vendue par
un pre barbare. Avant la crmonie nuptiale, il s'coule souvent
plusieurs mois pendant lesquels le fianc n'est pas cens tre admis 
voir sa future  visage dcouvert; mais, pour concilier sur ce point
l'attitude que la coutume impose au pre de famille et la lgitime
impatience du jeune homme, il est  peu prs convenu que la mre de la
jeune fille veut  celui-ci tout le bien possible, et par faiblesse
lui fournit des occasions d'aller et venir dans la maison. Il en abuse
et se livre  ce qu'on appelle le _namzd-bazy_, ou _la vie de
fianc_, _le jeu de fianc_. C'est--dire qu'il pntre dans
l'endroun, saute par-dessus les terrasses, et entre et sort par les
fentres  son gr.

D'ordinaire, les promis sont trs-jeunes; l'homme a de quinze  seize
ans; la fille de dix  onze. Maris sur ce pied, on serait port 
croire qu'ils n'ont pas assez de raison pour conduire un mnage; mais
la raison entrant peu en ligne de compte dans les affaires persanes,
on admettra, sans trop d'indulgence, qu'ils sont dj, sous ce
rapport,  peu prs aussi avancs qu'ils le seront jamais: de ce ct,
il n'y a donc rien  dire. J'ai vu un mnage compos du pre, de la
mre, de la femme et du mari, livr  des angoisses extrmes et tout
le monde pleurant, parce que la jeune femme, ge de quatorze ans,
allait mettre au monde son premier-n. Le pre dclamait contre sa
femme, qui l'avait port  exposer sa fille  un aussi grand danger.
La mre perdait la tte d'inquitude et courait  et l, hors
d'elle-mme. Quant au mari, il s'tait enfui dans un coin obscur pour
chapper aux reproches qui pleuvaient sur lui de toutes parts et il
pleurait  chaudes larmes. Quand les choses furent venues  bien par
l'intervention des commres, il resta huit jours sans oser se montrer.

Dans les hautes classes, cette sorte d'enfantillage existe moins en
ralit, mais on l'affecte. Car,  sept ou huit ans, un garon pouse
une femme pour avoir soin de lui. Elle lui appartient par un lien
lgal. Si, plus tard, elle ne lui plat pas, il la rpudie. C'est donc
l'intrt de celle-ci de tcher de se l'attacher de bonne heure par la
reconnaissance qui se forme trs-vite, et qui nanmoins n'en est pas
un lien plus solide.

Arrive  vingt-trois ou vingt-quatre ans, il est assez rare qu'une
femme n'ait pas eu dj au moins deux maris et souvent bien davantage,
car les divorces se font avec une excessive facilit; pas plus
facilement toutefois que les mariages, car non-seulement on les
conduit sans beaucoup de crmonie, mais on a encore imagin de les
faire  terme, pour un an, six mois, trois mois et beaucoup moins; je
n'ai pas besoin de dire que la considration publique n'a rien  voir
avec ces sortes d'unions, qui sont juges absolument comme on les
jugerait en Europe. La diffrence est que rien ne fait scandale dans
ce genre: la moralit asiatique ne blme que ce qui s'affiche en
public, et rien de ce qui se cache derrire les murailles de
l'endroun, o tout est permis.

Cette extrme facilit de faire et de dfaire les alliances ne porte
personne  avoir plusieurs pouses  la fois. On peut dire que les
exemples de polygamie sont rares, et constituent presque des
exceptions. Il y a telle ville, comme Dmavend, par exemple, qui
compte trois ou quatre mille mes, o je n'ai trouv que deux hommes
ayant chacun deux femmes, et je dois dire qu'on ne leur en savait pas
gr. Je parle des musulmans; car les nossayrys (ou Aly-Illays,
sectaires) sont monogames. Ainsi, en admettant, comme on l'a dit, que
la polygamie soit nuisible  la population, ce qui est un peu
difficile  croire quand on voit les enfants de Feth-Aly-Schah donner
 la troisime gnration une tribu d'au moins cinq mille personnes,
encore faut-il avouer que la polygamie ne saurait tre comptable de la
dpopulation de la Perse, puisqu'on peut dire presque  la rigueur
qu'elle n'y existe pas. Il arrive quelquefois qu'un Persan, changeant
de ville de temps  autre, aura une femme dans chacune de ces
rsidences, mais ces cas sont aussi des exceptions.

Les femmes sont trs-rigoureusement clotres dans l'endroun, en ce
sens que personne du dehors, aucun tranger  la famille n'y est
admis. Mais, d'autre part, elles sont parfaitement libres de sortir
depuis le matin jusqu'au soir et mme depuis le soir jusqu'au matin
dans beaucoup de circonstances. D'abord, elles ont le bain; elles y
vont avec une servante qui porte sous son bras un coffret rempli des
objets de toilette et des parures ncessaires, et elles en reviennent
au plus tt quatre ou cinq heures aprs. Ensuite, elles ont les
visites qu'elles se font entre elles et qui ne durent pas moins
longtemps. Puis elles ont leurs invitations pour les naissances, les
mariages, les anniversaires, les ftes publiques et particulires qui
se renouvellent incessamment, sans compter les simples runions plus
frquentes encore. Elles ont aussi les plerinages  des tombeaux
situs  peu de distance dans de jolis paysages, auxquels elles sont
fort exactes, et qu'elles ne voudraient pas ngliger pour rien au
monde.

J'ai rencontr des caravanes de pnitentes montes sur des mulets,
sous la conduite d'un ou deux domestiques, et qui arrivaient du
Mazenderan, c'est--dire de plus de quarante lieues. Elles
paraissaient s'amuser beaucoup.

Il ne faut pas oublier que toutes ces femmes sont si exactement
voiles et si semblables dans leurs vtements extrieurs, qu'il est
impossible  l'oeil le plus exerc d'en reconnatre une seule. L'usage
de prendre un mari pour faire un voyage en plerinage  Kerbela ou 
la Mecque, lorsque le vrai mari ne peut accompagner sa femme, existe
encore en Perse; mais, au retour, le mari par occasion cesse de rien
tre dans la famille.

Enfin, en mettant mme  l'cart les invitations, le bain, les
plerinages, les visites au bazar, les femmes sortent quand elles
veulent, d'autant plus que les hommes restent trs-peu au logis, et
elles paraissent vouloir toujours sortir, car elles encombrent les
rues en toute saison.  Dieu ne plaise que j'en conclue rien de
dfavorable et que je pense que cette perptuelle locomotion,
l'ducation trs-librale qu'elles reoivent en certaines matires, la
persuasion o elles sont qu'tant des tres imparfaits elles ne
sauraient tre responsables de rien, enfin, l'incognito impntrable
qui les suit partout, les induisent  rien de fcheux. Les Persans le
prtendent, mais ils sont si mdisants! et je n'en crois rien. Je me
borne  trouver que cette licence sans libert, cette absence complte
d'ducation morale est d'un fcheux effet pour les maris plus encore
que pour les femmes, et leur te compltement, ds la jeunesse, le
got de la vie de famille et d'intrieur.

Les femmes sont absolument matresses dans ces maisons o elles
restent si peu. Elles y sont servies par des domestiques des deux
sexes, et on admet libralement que l'endroun peut rester accessible
aux visiteurs qui n'ont pas plus de dix-huit  vingt ans. Aucune
inconsquence ne choque dans ce pays, et lorsque en particulier on
fait remarquer celle-ci aux Persans, ils en rient de tout leur coeur
et vous font l-dessus deux mille contes plaisants; mais ils concluent
bientt srieusement en disant que c'est l'usage.

Les femmes n'tant, comme je viens de le dire, responsables de rien,
sont extrmement colres et violentes. Le Prophte avait dcouvert
qu'il leur manquait quelque chose dans l'entendement, et il s'empressa
d'en conclure, comme elles l'ont trop bien retenu, que leurs faits et
gestes n'avaient pas de consquence. Plein de cette ide, il dclara
mme que le manquement le plus grave qu'on peut avoir  leur reprocher
devrait tre prouv par quatre tmoins oculaires. C'tait  peu prs
donner l'impunit au sexe faible et lui montrer beaucoup d'indulgence.

Les femmes persanes ont pris le jugement du Prophte au pied de la
lettre: il y a plus de maris  plaindre qu'il n'y a de femmes
victimes. Elles ont surtout une tendance marque  faire usage de leur
pantoufle, et cette pantoufle, toute petite qu'elle soit, est
construite en cuir trs-dur et arme au talon d'un petit fer  cheval
d'un demi-pouce d'paisseur. C'est une arme terrible, dont j'ai vu les
dplorables effets sur la figure laboure d'un malheureux mari qui
s'tait attir la colre d'une petite dame de treize ans.


     La journe d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de
     politesses.

Les heures qui ne sont pas donnes au bazar sont absorbes par les
visites. Comme partout ailleurs, il y en a de toutes sortes d'espces,
les visites de crmonie, de convenance, d'affaires, de plaisir.

Quand on veut aller voir quelqu'un, on commence, le plus souvent, par
lui envoyer un domestique pour s'informer de ses nouvelles et lui
faire demander si tel jour,  telle heure, on pourra venir le voir
sans le dranger. Dans le cas o la rponse est favorable, on se met
en route et l'on arrive au moment indiqu, qui n'est jamais
trs-rigoureusement dfini et qui ne peut pas l'tre, vu la manire
dont les Persans calculent le temps. Une heure aprs le lever du
soleil est une bonne heure pour aller voir quelqu'un, parce qu'il ne
fait pas encore trop chaud; ou bien encore  l'_asr_, c'est--dire
tout le temps de la troisime prire, dont, par parenthse, les
Persans se dispensent trs-souvent. Quand quelqu'un doit venir 
l'asr, on peut l'attendre depuis trois heures de l'aprs-midi jusqu'
six heures, et il ne se trouve pas en retard. Comme le temps ne compte
pour rien, tre en retard ne serait d'ailleurs pas un tort, ou bien
c'en est un que tout le monde partage.

On se met donc en route avec le plus de serviteurs possible, le
djelodr marchant devant la tte du cheval, la couverture brode sur
l'paule; derrire le matre vient le kalyandjy avec son instrument.
On chemine ainsi, au pas dans les rues et les bazars, salu par les
gens de sa connaissance, donnant aux pauvres. Parmi ceux-ci il en est
quelquefois d'espce singulire. Ainsi un de mes amis se vit un jour
accost par une femme dont le voile tout neuf et le rou-bend d'une
grande propret indiquaient l'aisance. Elle lui demandait un schahy
(un sou) d'une voix lamentable. Sur l'observation qu'il lui fit,
qu'elle ne semblait pas en avoir besoin, elle lui rpondit qu'en effet
elle tait riche, mais qu'ayant un enfant malade, elle s'tait rduite
pour ce jour-l  vivre de charits, afin d'obtenir par son humilit
la misricorde cleste. D'autres mendiants, d'espce plus relle, se
lvent tout droit sur votre passage, criant  tue-tte: Que les
saints martyrs de Kerbela et Son Altesse le Prophte et le Prince des
croyants (Aly) lvent Votre Excellence jusqu'au comble de la
prosprit et de la gloire! Quelquefois Son Excellence est un
trs-simple bourgeois, qui n'en donne pas moins son aumne, et qui en
est remerci par une prosopope digne de l'exorde. Si le passant est
un chrtien, le mendiant ne souffle pas mot du Prophte ni de son
monde, mais invoque  grands cris les bndictions de Son Altesse Issa
(Jsus) et de Son Altesse Mrim (Marie), sur le magnifique seigneur,
la splendeur de la chrtient, qui viendra sans nul doute au secours
du plus petit de ses serviteurs.

On arrive enfin  la porte o l'on doit s'arrter et l'on met pied 
terre. Les domestiques marchant en avant, on pntre par diffrents
couloirs toujours bas et obscurs, et souvent on traverse une ou deux
cours jusqu' la maison. tes-vous d'un rang suprieur, le matre du
logis vient lui-mme vous recevoir  la premire porte. En cas
d'galit, il vous envoie son fils ou l'un de ses jeunes parents.
Alors a lieu un premier change de politesses: Comment Votre
Excellence ou Votre Seigneurie a-t-elle conu la pense
misricordieuse de visiter cet humble logis? De son ct, on rpond,
en s'exclamant sur l'excs d'honneur qui vous est fait: Comment
daignez-vous ainsi venir au-devant de votre esclave? Me voici dans une
confusion inexprimable; je suis couvert de honte par ces excs de
bont.

En devisant ainsi, on arrive jusqu' la porte du salon o l'on doit
entrer. Ici on fait assaut de civilits pour ne pas passer le premier.
Le matre vous affirme que vous tes chez vous, que tout doit vous
obir dans cette pauvre demeure; vous vous dfendez avec modestie,
vous jurez d'tre rsolu  n'en rien faire, puis vous quittez vos
chaussures, votre hte en fait de mme, et vous entrez.

Vous trouvez gnralement runis tous les hommes de la famille, qui
sont l pour vous faire honneur. Ils se tiennent debout, rangs contre
le mur. Ils s'inclinent  votre arrive et vous rpondent par un
salut gnral. Puis le matre vous mne dans un coin de la salle, o
il veut vous faire asseoir au haut bout, ce dont vous recommencez 
vous dfendre avec un surcrot de protestations. L'assistance sourit 
cet aimable combat, qui prouve, de la part des deux acteurs, une
excellente ducation. Enfin, vous prenez place et votre hte
galement. Sur votre prire, ce dernier fait un signe  son monde, qui
remercie et s'assoit de mme. Quand chacun est cas, vous vous tournez
d'un air aimable vers votre hte et vous lui demandez si, grce 
Dieu, son nez est gras. Il vous rpond: Gloire  Dieu, il l'est, par
l'effet de votre bont!--Gloire  Dieu! rpliquez-vous.

[Illustration: Dans _l'Endroun_ (appartement intrieur). Costumes
d'intrieur et de sortie.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Ensuite, vous vous inclinez vers le plus proche voisin, dont le rang
d'ordre indique assez les droits particuliers  la considration, et,
de la mme manire, vous vous enqurez si, grce  Dieu, sa sant est
bonne. Sur une rponse qui est toujours affirmative et accompagne
d'un _gloire  Dieu_, d'un _par l'effet de votre faveur_, vous passez
 un troisime, et ainsi de suite, tant qu'il y a d'assistants, ayant
soin toutefois de nuancer votre question de manire  marquer une
diffrence dcroissante d'empressement,  mesure que vous descendez
vers ceux qui sont placs le plus prs de la porte. L, vous ne faites
plus gure de question, et une inclination aimable suffit.

Cette crmonie ne laisse pas que de durer quelque temps. Quand elle
est finie, vous revenez  votre hte, et il n'est pas mal de lui
redire avec un air de tte tout  fait caressant, et comme si vous ne
l'aviez pas vu depuis quinze jours: Votre nez est-il gras, s'il plat
 Dieu? Ce  quoi il rplique du mme ton: Il l'est, grce  Dieu,
par l'effet de votre misricorde! J'ai vu rpter la mme question
trois et quatre fois de suite par des gens trs-polis, et j'ai entendu
citer avec loge l'exemple du feu Iman Djum, ou chef de la religion 
Thran, qui, lorsqu'il allait chez quelques grands seigneurs, ne
manquait jamais de demander des nouvelles de leur nez, non-seulement
au matre du logis, mais encore  tous les domestiques, et ne
remontait pas  cheval sans s'tre assur de la faon la plus aimable
que le nez du soldat en faction  la porte tait tel qu'on pouvait le
dsirer. Pour ce motif, ce grand dignitaire ecclsiastique tait si
populaire et si chri de tout le monde, que sa mmoire est encore
vnre.

[Illustration: 1. Vase  rafrachir.--2. Debeh (poudrire)--3. Vase 
rafrachir.--4. Petit couteau.--5. Agrafe.--6. Kamah (petit sabre).--7
et 9. Negare (baguettes et tambour).--8. Kandjar.--10. Debeh
(poudrire).--11. Gteau.--12. Cuiller.--13. Vase.--14. Verre.--15.
Vase et plat.--CHOIX D'ARMES, D'INSTRUMENTS ET OBJETS DIVERS
PERSANS.--Dessin de M. Jules Laurens.]

Enfin, aprs l'puisement de cette question, il y a un moment de
silence, et le matre de la maison y met fin en observant d'une faon
gnrale qu'il est  remarquer que le temps mdiocrement beau la
veille est subitement devenu admirable, ce qui ne saurait s'attribuer
qu' la fortune tonnante de Votre Excellence. Les assistants ne
manquent pas de relever la profonde vrit de cette observation, et
quelqu'un se trouvera l pour dire que ce qui est excellent rend
excellent tout ce qui l'approche ou l'entoure; que l'homme minent en
perfection doit tre galement entour de perfections minentes, et
que partout o parat Votre Excellence on ne saurait s'tonner de voir
aussitt rgner l'quilibre complet des choses et le dernier degr du
bien. Cette proposition soulve encore plus d'assentiments, et ce
serait malheur qu'elle ne ft pas appuye par une citation de quelque
pote.

On peut se confondre en dmonstrations d'humilit, et il n'y a pas
d'inconvnient  le faire. Mais il est mieux de rpliquer que le temps
ne s'est vraiment mis au beau que du moment o votre hte a accept
votre visite, que ce n'est donc pas votre fortune, mais bien la sienne
qui montre ici son ascendant, et, d'autant mieux, qu'un peu souffrant
en montant  cheval, vous ne l'avez pas plutt aperu que vous vous
tes trouv admirablement bien. L-dessus, profitant du brouhaha qui
s'lve pour applaudir au tour que vous avez donn  la conversation,
vous amenez une anecdote qui ne manque jamais de porter les heureuses
dispositions de l'assemble  son comble. Votre hte vous serre la
main avec gratitude, vous lui serrez les mains avec tendresse, puis le
kalian, le th, le caf, les sorbets circulent.

Je ne veux pas absolument faire l'loge de cette manire excessive de
comprendre la politesse; mais j'ai cru m'apercevoir que, spirituels
comme sont les Persans, ils savaient facilement donner  tous ces
compliments un peu exubrants une tournure qui allait  la
plaisanterie; que de proche en proche, de ce terrain d'exagration, il
sortait assez souvent des saillies et des mots qui ne manquaient ni de
finesse ni d'agrment, qu' force de subtiliser sur des absurdits, on
rencontrait parfois des choses trs-spirituelles, et enfin que, dans
les occasions et avec des gens qui rendaient difficile ou impossible
un entretien raisonnable, toutes ces occasions-l taient, en
dfinitive, moins plates, beaucoup plus animes et plus gaies que la
conversation qu'on appelle chez nous de la pluie et du beau temps,
bien que le fond en soit le mme. Le plus grand mrite consiste donc
dans la broderie, toute extravagante qu'elle soit, et peut-tre parce
qu'elle l'est.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'entre personnes qui ont quelque chose
 se dire, ces formules se simplifient tout de suite; cependant, mme
d'ami  ami l'extrme courtoisie subsiste toujours, et cela dans
toutes les classes de la socit. J'ai vu des portefaix et des paysans
se parler avec des gards qui semblaient bizarres pour nous. Les
nomades seuls s'en dispensent. Aussi les Tadjyks les considrent-ils
comme des gens grossiers et indignes de vivre. Mais, je le rpte, si,
dans une runion d'amis qui s'assemblent pour se rjouir, on ne se
fait pas de ces interminables compliments, celui qui vous parle est
toujours _votre esclave_; s'il a un bel habit ce jour-l, c'est
toujours par l'effet de votre bont, et s'il dit quelque chose qui
plaise  la socit, c'est par suite de votre misricorde.


     La peinture et la calligraphie persanes. -- Les chansons royales.
     Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles: drames historiques.

La peinture est extrmement dchue en Perse. Le roi Mohammed-Schah
avait envoy  Rome un artiste pour qu'il s'introduist dans les
secrets et les procds de l'art europen, que les Persans
reconnaissent volontiers comme trs-suprieur au leur. Malheureusement
le choix de l'tudiant ne parat pas avoir t heureux. Le peintre n'a
t frapp de rien et n'a rien compris. Le seul rsultat de son voyage
a t de rapporter une copie de la Vierge  la chaise qui a fait
fortune, et est aujourd'hui reproduite partout.

Depuis longtemps on copie des gravures et des lithographies
europennes.

Les Persans ont un got singulier qui tient en quelque sorte aux arts
du dessin, et qu'ils poussent jusqu' la frnsie: c'est celui des
beaux modles de calligraphie. On donne cinq cents francs et au del
pour une ligne de la main d'un matre ancien, comme myry le derviche
ou d'autres. Mais myry est le plus clbre. Les matres modernes se
payent naturellement moins cher, et sont cependant fort admirs. Tout
le monde, d'ailleurs, tombe d'accord qu'on n'crit plus aujourd'hui
avec la mme perfection et la mme lgance que dans les sicles
passs. Le style a chang. J'ai vu faire des folies pour des oeuvres
anciennes, qui, en effet, taient fort belles.

Les chansons jouissent d'une grande faveur, mais il faut qu'elles
soient nouvelles, et les dernires connues ont surtout la vogue.
Beaucoup sont satiriques et souvent politiques. Parmi celles qui ne
traitent que des charmes de l'amour et du vin, un grand nombre a la
plus auguste origine. Le roi, sa mre et les dames de l'endroun royal
en produisent sans cesse, qui sont aussitt rptes dans le bazar et
dans les autres endrouns. Mais si l'on change les paroles, il est
rare que l'on fasse de nouveaux airs, et c'est pourquoi, au dire des
personnes comptentes, la musique est entre dans une phase de
dcadence. Peu de gens en savent la thorie, et on se contente
d'apprendre par coeur certaines sries de chants qui permettent
pleinement de se tenir au courant des nouveauts.

Dans toutes les rues, on rencontre des conteurs d'histoires ambulants.
Autrefois, les cafs leur servaient surtout de thtre, comme en
Turquie. Mais les cafs, invention toute rcente en Perse, ont t
supprims par l'Emyr-Nyzam, parce qu'on y parlait politique et qu'on y
faisait trop d'opposition. Ils n'ont pas t rtablis depuis. Dans un
emplacement assez vaste, prs du March-Vert, on a construit une sorte
de hangar en planches, ouvert de tous cts et garni de gradins, de
faon  pouvoir contenir deux ou trois cents personnes accroupies sur
leurs talons. Au fond du hangar, s'tend une estrade. C'est l que
depuis le matin jusqu'au soir se succdent et les conteurs et les
auditeurs. Les _Mille et une Nuits_ sont considres comme un recueil
classique, fort beau assurment, mais vieilli. On leur prfre les
_Secrets de Hame_, vaste collection en sept volumes in-folio,
contenant les rcits les plus bariols, tous  la gloire des Imans.
C'est la source o l'on puise de prfrence. Mais on recherche aussi
beaucoup les anecdotes plaisantes, les rpliques ingnieuses, les
rcits qui contiennent quelques mauvais propos sur les moullahs et les
femmes, le tout entreml de vers et quelquefois de chant. La
population passe en grande partie sa vie  entendre ces rcitations,
qui ne cotent pas cher aux oisifs, quand elles leur cotent quelque
chose.

Toutefois le charme qu'elles peuvent avoir, si grand qu'il soit, le
cde compltement  celui des reprsentations thtrales, avec lequel
rien ne peut rivaliser. C'est une furie dans toute la nation; hommes,
femmes et enfants ont les mmes entranements sous ce rapport, et un
spectacle fait courir toute la ville. Dans tous les quartiers et sur
toutes les places, se trouve une sorte d'auvent plus ou moins vaste
destin  cet usage. C'est l que se mettent certains personnages du
drame, mais l'action se passe sur la place mme, de plain-pied avec
les spectateurs. Les femmes sont runies en foule d'un ct et les
hommes de l'autre, sans que ces deux parties de l'assemble soient
cependant trs-rigoureusement spares. Le spectacle est toujours un
drame emprunt  la vie des Persans, l'histoire d'une perscution des
califes abbassides. La plus clbre de ces compositions est celle que
l'on reprsente au mois de Moharrem et qui a pour sujet la mort des
fils d'Aly et de leurs familles dans les plaines de Kerbela. Cette
dclamation dure dix jours, et pendant trois ou quatre heures chaque
fois. Ce sont des morceaux lyriques souvent fort beaux et
trs-pathtiques, ajusts les uns au bout des autres et rcits avec
passion. On n'y craint pas les longueurs, et les Persans n'ont jamais
assez de la peinture dtaille des souffrances, des malheurs, des
angoisses, des terreurs de leurs saints favoris. Toute l'assemble
sanglote  qui mieux mieux et pousse des cris de dsolation. Chez le
plus grand nombre ces dmonstrations sont sincres, car il est
difficile, en effet, de ne pas tre mu, et j'ai vu des Europens
saisis de tristesse; mais, pour quelques-uns, il y a affectation
vidente, et ce ne sont pas ceux qui gmissent le moins haut.

De temps en temps, le moullah, qui est assis en face sur un sige
lev, prend la parole pour faire mieux comprendre  la foule combien
les Imans ont souffert. Il entre dans les dtails de leurs tourments,
il paraphrase le drame, il maudit les califes oppresseurs et il
entonne des prires. Aussitt les auditeurs, et principalement les
femmes, commencent  se frapper violemment la poitrine en cadence en
chantant une sorte d'antienne et en rptant sans fin, avec des cris
furieux: Husseyn, Hassan! Puis, l'entr'acte termin, la pice
reprend. Bien que le fond soit le mme depuis bien des annes, on y
change toujours quelque chose, et gnralement on amplifie et
dveloppe les morceaux les plus pathtiques. Il n'est pas mal que les
acteurs qui remplissent les rles odieux fondent en larmes comme les
spectateurs  l'ide de leur propre sclratesse. J'en ai vu un qui
remplissait le rle abominable du calife Yzyd et qui tait tellement
indign de lui-mme, qu'en profrant les menaces les plus atroces
contre les saints Hassan et Husseyn, il pleurait au point de pouvoir 
peine parler, ce qui portait  son comble l'motion de la foule. Je ne
sais si ces gens-l traitent une oeuvre d'aprs les principes de
Longin et autres critiques, mais il n'est pas possible de nier qu'ils
produisent sur le public des effets dont nos plus beaux chefs-d'oeuvre
tragiques n'approchent pas. C'est le thtre compris un peu  la
manire des anciens Grecs.

Nous avons l'honneur, nous autres Franais, de jouer un trs-beau rle
dans la reprsentation de la mort des Imans, fils d'Aly. Un
ambassadeur du roi Jean (quel roi Jean[7]? C'est ce qu'il n'est pas
trs-facile d'expliquer) se trouvait  la cour du calife Yzyd quand
on lui annona la famille sainte faite prisonnire  Kerbela. Il
chercha  mouvoir le tyran en faveur de ces femmes et de ces enfants.
N'ayant pu y russir, et transport d'indignation et de douleur, il se
dclara musulman et schyyte et fut martyris.

         [Note 7: Il est probable qu'il s'agit, non d'un roi franais,
         mais du fameux _prtre Jean_, prince tartare, suivant
         quelques auteurs, le grand lama suivant d'autres. On trouve
         une discussion remarquable sur ce mystrieux personnage dans
         l'introduction que le savant M. d'Avezac a mise en tte de la
         _relation des Mongols et des Tartares, par le frre Jean du
         Plan de Carpin_.]

J'ai parl ailleurs des farces, ou sayntes. Je n'y reviendrai donc
pas.


     pilogue. -- Le Dmavend. -- L'enfant qui cherche un trsor.

J'ai pass quatre mois camp dans le dsert au pied du volcan du
Dmavend. Nos tentes s'appuyaient  la jolie rivire de Lr. Un tapis
de hautes herbes et de fleurs agrestes s'tendait sous nos pieds. Des
pics lancs touchaient le ciel de toutes parts. Nous n'avions
d'autres visiteurs dans cette solitude profonde que des nomades qui,
de temps en temps, passaient prs de nous, dressaient leurs camps loin
du ntre et demeuraient l une ou deux semaines. Un jour des Alavends,
tribu turque, vinrent planter trois ou quatre de leurs tentes noires
de l'autre ct du ruisseau. Tandis que les hommes allaient chasser et
que les femmes s'occupaient des travaux domestiques, un enfant de dix
 douze ans, maigre, noirci par le soleil,  demi nu, ayant la figure
la plus intressante et la plus triste, s'approchait de la rive
oppose  la ntre. Il ne nous regardait pas, et tous les jours il
revenait de mme et ne nous regarda jamais. Il ramassait des pierres
sur le bord, les tenait dans la main, et les considrait avec
attention, puis les rejetait dans l'eau loin de lui. Quelquefois il
examinait plus longtemps un de ces cailloux et, le mettant  part, il
reprenait son travail et continuait  chercher. Le soleil torride, la
pluie, le vent, le froid, rien ne le chassait, rien n'arrtait son
ardeur fivreuse, et tant que le jour durait il ne se reposait pas. Il
n'aurait pas cess mme la nuit, si une femme, sa mre sans doute, ou
si son pre n'tait venu le chercher. On l'emmenait avec un peu de
contrainte et il suivait  regret. Ce petit infortun avait t frapp
du soleil, et il avait perdu la raison; cet accident arrive
frquemment chez les nomades. Il ne songeait plus qu' chercher un
trsor de la nature duquel il ne pouvait rendre compte, mais pour
lequel il oubliait tout ce qui au monde est rel.

[Illustration: Le Dmavend.--Dessin de M. Jules Laurens.]

J'oserai dire que cet enfant me reprsente un peu le gnie dominant de
l'Asie; ds l'aurore des ges, moins occup de la vie positive et des
choses matrielles que d'obir  un lan qui le pousse d'une force
merveilleuse vers l'inconnu. Il a sans doute ramass dans le cours des
ruisseaux bien des cailloux sans valeur, quelques-uns par hasard d'une
merveilleuse beaut, mais plus souvent encore il a ramass des
monceaux de pierres auxquels il sentait qu'il ne devait pas
s'attacher. Il a persvr toujours, et toujours il persvre, et
c'est l une puissance dont le reste du monde devrait tre
reconnaissant, puisqu'il lui doit, en somme, tout ce qu'il possde et
a possd jamais du haut domaine intellectuel[8],

                                   C{te} A. DE GOBINEAU.

         [Note 8: La Perse n'a fourni, en 1859, qu'un faible
         contingent de relations et de notices. C'est un pays qui a
         dj t trop explor pour donner lieu  des voyages de
         dcouvertes proprement dits, mais il n'est pas encore assez
         connu pour qu'il ne reste pas  en tudier la topographie,
         l'tat conomique, les institutions et les ressources. Une
         expdition russe, qui le parcourt en ce moment, promet une
         moisson plus riche que celle qu'avaient recueillie les
         prcdents voyageurs. La grande chelle sur laquelle elle a
         t organise, le mrite des hommes qui la composent ont
         permis un ensemble d'investigations auxquelles ne pouvait
         suffire un voyageur isol.  la fin de septembre 1858,
         l'expdition avait atteint Hrat; elle avait jusqu'alors
         trouv prs du gouvernement persan le plus favorable accueil.
          Hrat et aux environs, les voyageurs ont rencontr de
         nombreux restes d'antiquits. Partout se prsentaient sur
         leur route des fragments de marbre et de serpentine
         travaills, des briques mailles et des vestiges
         d'inscriptions. Pendant le sjour de M. de Khanikoff 
         Thran, quelques-uns de ses compagnons avaient t faire
         dans les environs d'Astrabad une course qui n'a pas t sans
         profit pour l'histoire naturelle. Une partie de Mazandran
         fut explore, tant sous le rapport topographique que sous le
         rapport botanique et zoologique. On dressa, par des
         oprations godsiques, un itinraire dtaill d'Astrabad 
         Thran, en passant par Scharoud. Pendant leur sjour 
         Mechhed, les membres de l'expdition en tudirent avec soin
         les monuments et explorrent la riche bibliothque de
         manuscrits que Iman Riza y a runis. Tout le monde a entendu
         parler des clbres mines de turquoises du Khoraan. M.
         Goebel y est descendu et s'y est livr  une exploration
         attentive du minerai qui fournit ces pierres prcieuses. Le
         mme naturaliste a visit Turbet, Chedari, Turmis,
         Kuchimisch, Sebswar et Kudjan ou Kabujan. Nous ne connaissons
         encore que d'une manire sommaire les richesses recueillies
         par l'expdition, mais ce qu'on nous en rapporte ne permet
         pas de douter que l'histoire naturelle n'ait beaucoup 
         gagner du voyage de M. de Khanikoff. (Rapport de M. Alfred
         Maure sur le progrs des sciences gographiques pendant
         l'anne 1859, lu  la grande assemble gnrale annuelle de
         la Socit de gographie de Paris.)]




GRAVURES.

                                                      Dessinateurs.
  Chapelle de Sainte-Rosalie (prs Palerme)              Rouargue      1
  Types et costumes siciliens                            Rouargue      4
  Ruines  Girgenti (Agrigente)                          Rouargue      5
  Vue de Syracuse                                        Rouargue      8
  Taormine et l'Etna                                     Rouargue      9
  La Marine  Messine                                    Rouargue     12
  Rocher de Scylla                                       Rouargue     13
  Stromboli                                              Rouargue     16
  Pigeonnier prs d'Ispahan                         Jules Laurens     17
  Pont d'Allah-Verdi-Khan sur le Zend--Roud,
     Ispahan                                       Jules Laurens     21
  Collge de la Mre du roi,  Ispahan              Jules Laurens     24
  Une peinture indienne dans le palais des
    Quarante-Colonnes,  Ispahan                    Jules Laurens     25
  Entre de Kaschan                                 Jules Laurens     28
  Une caravane persane au repos                     Jules Laurens     29
  Types persans                                     Jules Laurens     32
  Faubourg de Thran                               Jules Laurens     33
  La porte de Schah-Abdoulazim                      Jules Laurens     36
  Dans une cour,  Thran                          Jules Laurens     37
  Types et portraits persans                        Jules Laurens     40
  Groupe de Persans                                 Jules Laurens     41
  Dans l'Enderoun (appartement intrieur
    -- Costumes d'intrieur et de sortie)           Jules Laurens     44
  Choix d'armes, d'instruments et objets divers
    persans                                         Jules Laurens     45
  Le Dmavend                                       Jules Laurens     48
  Vue de l'le Saint-Thomas                             de Brard     49
  Saint-Pierre,  la Martinique                         de Brard     52
  Cataracte de Weinachts (Guyane anglaise)              de Brard     53
  Une sucrerie  la Guadeloupe                          de Brard     56
  La Pointe--Ptre,  la Guadeloupe                    de Brard     57
  Le port d'Espagne,  la Trinidad                      de Brard     60
  La baie de Panama                                     de Brard     61
  Vue des Bermudes                                      de Brard     64
  Costumes norvgiens d'Hitterdal                          Pelcoq     65
  La valle de Bolkesj                                      Dor     68
  Costumes du Tlmark                                     Pelcoq     69
  La valle de Vestfjordal                                   Dor     72
  Intrieur d'auberge  Bolkesj                         Lancelot     73
  glise d'Hitterdal                                      Wormser     75
  Le Rjukandfoss                                             Dor     76
  Un chalet  Bamble                                     Lancelot     77
  Vue du lac Bandak                                          Dor     80
  Le lac Flatdal                                             Dor     81
  Fjord de Gudvangen                                         Dor     84
  glise de Bakke                                            Dor     85
  Route de Stalheim                                          Dor     88
  Le Vringfoss                                              Dor     89
  Valle de l'Heimdal                                        Dor     92
  Femme du Sogn                                            Pelcoq     93
  Une noce en Norvge                                      Pelcoq     96
  Le march aux grains (Suez)                       Karl Girardet     97
  Port de Suez                                      Karl Girardet    100
  Cimetire europen  Suez                         Karl Girardet    100
  Qossir                                           Karl Girardet    101
  Djeddah                                           Karl Girardet    101
  Port de Souakin                                   Karl Girardet    101
  Mosque de Salonique                              Karl Girardet    104
  Femmes albanaises, prs d'un arabas,
     Vasilika                                       Villevieille    105
  Un Juif de Salonique                                       Bida    108
  Une Juive de Salonique                                     Bida    109
  Sceau du monastre de Karis                                       111
  Vue gnrale de mont Athos                         Villevieille    112
  Le Conseil des pistates au mont Athos                Boulanger    113
  Saint Georges (fresque de Panselinos dans le
    Catholicon de Karis)                                  Pelcoq    116
  Monastre d'Iveron                                Karl Girardet    117
  L'higoumne d'Iveron                                     Pelcoq    120
  La Phiale ou le Baptistre du couvent de Lavra         Lancelot    121
  Croix sculpte en bois dans le trsor de Karis         Thrond    124
  Coffret dans le trsor de Karis                        Thrond    125
  Peinture de la trapeza de Lavra: les trois patriarches  Thrond    128
  La confession                                              Bida    129
  Bas-relief du couvent de Vatopdi                     A. Proust    130
  Albanais, soldat de la garde des pistates         Villevieille    132
  Vue du couvent d'Esphigmenou                      Karl Girardet    133
  Intrieur de la cour principale du couvent slave
    de Kiliandari                                        Lancelot    136
  La rcolte des noisettes au mont Athos             Villevieille    137
  L'le Chatam, dans l'archipel Galapagos            E. de Brard    140
  Baie de la Poste, dans l'le Floriana
    (archipel Galapagos)                             E. de Brard    140
  L'le Charles, dans l'archipel Galapagos           E. de Brard    141
  Aiguade de l'le Charles (archipel Galapagos)      E. de Brard    144
  Oiseaux et reptile (archipel Galapagos)                  Rouyer    145
  Ctes de l'le Albermale, dans l'archipel
    Galapagos                                        E. de Brard    148
  Oeno, dans l'archipel Pomotou (les  coraux)      E. de Brard    149
  Village de Vanou, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    149
  Baie de Manevai, dans l'le de Vanikoro
    (les  coraux)                                  E. de Brard    152
  Rcifs et piton de l'le de Borabora
    (les  coraux)                                  E. de Brard    153
  Rade et pic de l'le de Borabora (les  coraux)   E. de Brard    156
  le de Whitsunday, dans l'archipel Pomotou
    (les  coraux)                                  E. de Brard    157
  Brun-Rollet                                                Fath    160
  Traneau yakoute                                    Victor Adam    161
  Une sorcire tongouse                               Victor Adam    164
  Port d'Okhotsk                                      Victor Adam    165
  Bazar de Nertchinsk                                 Victor Adam    168
  Colonie ou village yakoute                          Victor Adam    169
  Voyageur russe en Sibrie                           Victor Adam    172
  Argali (mouton sauvage)                             Victor Adam    173
  Campement de Tongouses                              Victor Adam    176
  Chamans yakoutes                                    Victor Adam    177
  Femme yakoute                                       Victor Adam    180
  Poteaux des frontires du pays des Yakoutes et
    de la Chine                                       Victor Adam    181
  Types indignes (Australie du Sud)                      G. Fath    184
  Spultures australiennes dans les bois                 Lancelot    185
  Spulture australienne au dsert                           Dor    189
  Restes d'un voyageur retrouvs par ses compagnons
    dans les dserts du lac Torrens                          Dor    192
  Oasis d'deri (Fezzan)                                 Rouargue    193
  Mourzouk (capitale du Fezzan)                          Rouargue    196
  Gorge d'Agueri                                         Lancelot    197
  Valle d'Auderaz                                       Rouargue    200
  Vue d'Agadez                                           Lancelot    201
  Vue de Kano (entrept du Soudan central)               Lancelot    204
  Dendal ou boulevard de Kouka (capitale du Bornou)      Lancelot    205
  Vue du lac Tchad                                       Rouargue    208
  Village marghi                                         Rouargue    209
  Halte dans une fort du Marghi                         Rouargue    212
  Village mosgou                                         Rouargue    213
  Chef mosgovien                                         Rouargue    216
  Intrieur d'une habitation mosgovienne                 Rouargue    217
  Chef kanembou                                          Rouargue    220
  Entre du sultan de Baghirmi dans Masna
    (sa capitale)                                        Rouargue    221
  Une razzia  Barea (Mosgou)                            Rouargue    224
  Vue du march de Sokoto                                Hadamard    225
  Bac sur le Niger,  Say                                Rouargue    228
  Vue des monts Homboris                                 Lancelot    229
  Village sonray                                         Lancelot    232
  Vue de Kabra (port de Tembouctou)                      Rouargue    233
  Camp touareg                                           Lancelot    236
  Arrive  Tembouctou                                   Lancelot    237
  Vue gnrale de Tembouctou                             Lancelot    240
  Portrait en pied du baron de Wogan en costume
    de voyage                                           J. Pelcoq    241
  Grass-Valley                                          J. Pelcoq    244
  Un claim ou atelier de mineur                         J. Pelcoq    245
  Fort de _taxodium giganteum_ ou pins gants           Lancelot    248
  Un caon ou passage de la Sierra-Wah                   Lancelot    249
  La case du jugement                                   J. Pelcoq    252
  Le poteau de la guerre                                J. Pelcoq    253
  Types d'Indiennes du Rio-Colorado                     J. Pelcoq    256
  Grande pagode de Rangoun                               Franais    257
  Bateau  voile sur l'Irawady                     Clich anglais    258
  Canot de parade                                  Clich anglais    259
  Bateau de commerce                               Clich anglais    259
  Birmans dans une fort                                J. Pelcoq    261
  Pattshaing ou tambour-harmonica                  Clich anglais    262
  Pattshaing  baguettes                           Clich anglais    262
  Harpe birmane                                    Clich anglais    263
  Harmonica birman                                 Clich anglais    263
  Pagode  Pagn                                   Clich anglais    264
  Reprsentation thtrale dans le royaume d'Ava         Hadamard    265
  Dagobah ou pagode en forme de cloche             Clich anglais    266
  Intrieur d'une pagode                           Clich anglais    267
  Maison de l'ambassade  Amarapoura               Clich anglais    268
  Valle des puits de bitume                        Karl Girardet    269
  Types de grands seigneurs et hauts fonctionnaires
    birmans                                                 Morin    272
  Le palais du roi et l'lphant blanc                     Navlet    273
  Sculptures comiques dans le monastre royal 
    Amarapoura                                           Lancelot    276
  Vue du Maha-Toolut-Boungyo (monastre royal 
    Amarapoura)                                          Lancelot    277
  Dtails intrieurs du Maha-comiye-peima  Amarapoura     Navlet    281
  Une porte  Amarapoura                           Clich anglais    284
  Canon birman                                     Clich anglais    284
  Danse des lphants                              Clich anglais    284
  Canal d'irrigation dans le royaume d'Ava         Clich anglais    285
  Jeunes dames birmanes                                     Morin    288
  Le temple du Dragon                                    Lancelot    289
  Rives de l'Irawady (prs des mines de rubis)     Clich anglais    292
  Petite pagode  Mengoun                          Clich anglais    292
  Grand temple de Mengoun (depuis le tremblement
    de terre de 1839)                               Karl Girardet    293
  Valle de l'Irawady au confluent du Myit-Nge          Paul Huet    297
  Temple ruin  Pagn                                   Lancelot    300
  Salces ou volcans de boue  Membo                Clich anglais    301
  Cnes volcaniques dans la plaine de Membo        Clich anglais    301
  Paysans birmans en voyage                        Clich anglais    302
  Statue gigantesque de Bouddha  Amarapoura             Lancelot    304
  Zanzibar vue de la mer                             E. de Brard    305
  Portrait de feu l'iman de Zanzibar                 E. de Brard    308
  Pont de la ville de Zanzibar                       E. de Brard    309
  Un village de la Mrima                                Lavieille    312
  Jihou la Mkoa ou la roche ronde                 Clich anglais    313
  La fontaine qui bout (source thermale dans le
    Khoutou)                                       Clich anglais    313
  Sycomore africain                                Clich anglais    314
  L'Ougogo                                         Clich anglais    315
  Burton et ses compagnons en marche                    Lavieille    316
  Chane ctire de l'Afrique occidentale               Lavieille    317
  Passe dans l'Ousagara                                 Lavieille    320
  Paysage dans l'Ounyamouzi                            Lavieille    321
  Noirs de l'Ousumboua                               G. Boulanger    324
  Huttes  Msn                                        Lavieille    325
  Ngres porteurs                                    G. Boulanger    328
  Noir de l'Ouganda                                  G. Boulanger    329
  Habitation de Snay ben Amir  Kazeh                   Lavieille    332
  Jeunes dames  Kazeh                               G. Boulanger    333
  Coiffures des indignes de l'Ounyanyemb         Clich anglais    334
  Coiffures des indignes de l'Oujiji              Clich anglais    335
  Maison des trangers  Kaoul                        Lavieille    336
  Navigation sur le lac Tanganyika                      Lavieille    337
  Le capitaine Burton sur le lac Tanganyika             Lavieille    339
  Habitation au bord du lac Tanganyika                  Lavieille    340
  Le bassin du Maroro                                   Lavieille    341
  Instruments et ustensiles des Ouajiji            Clich anglais    342
  Riverains du Tanganyika (ct ouest)             Clich anglais    343
  Riverains du Tanganyika (ct sud)               Clich anglais    343
  Le bassin du Kisanga                                  Lavieille    344
  Vgtation de l'Ougogi                                Lavieille    345
  Passe de l'Ouzagara                              Clich anglais    346
  Rocher de l'lphant prs du cap Gardafui        Clich anglais    347
  Dernier tablissement gyptien dans le Fazogl          Lancelot    348
  Contre des Shelouks sur le Saubat                     Lancelot    349
  Blnia (village bari sur le fleuve Blanc)             Lancelot    352
  Habitants de la Havane                                    Potin    353
  Coolies chinois  Cuba                                   Pelcoq    356
  Vue gnrale de la Havane (capitale de Cuba)           Lancelot    357
  Avenue de palmiers devant une habitation de Cuba   E. de Brard    360
  Cathdrale de la Havane                                  Navlet    361
  La volante (voiture de la Havane)                   Victor Adam    363
  Vue de Matanzas                                        Lancelot    364
  Paysage dans l'le de Cuba: Loma (coteau)
    de Candela                                          Paul Huet    365
  Paysage dans l'le de Cuba (Loma de la Givora)        Paul Huet    368
  Grenoble et les Alpes dauphinoises                Karl Girardet    369
  Les Grands Goulets                                Karl Girardet    372
  Pont-en-Royans                                             Dor    373
  Sainte-Croix et les ruines du chteau de Quint    Karl Girardet    376
  Die et la valle de Roumeyer (vue prise des
    hauteurs de Saint-Justin)                            Franais    377
  Le Mont-Aiguille (vu de Clelles)                       Daubigny    380
  Pontaix                                           Karl Girardet    381
  Roumeyer et le mont Glandaz                            Franais    384
  Entre de la valle de Roumeyer                   Karl Girardet    385
  La valle de Loncel                              Karl Girardet    388
  La valle de la Voure et de la plaine du Rhne
    (vue prise des hauteurs de la Vacherie)         Karl Girardet    389
  Beaufort                                               Franais    392
  La fort de Saou                                       Sabatier    394
  Pot-Cellard                                      Karl Girardet    395
  Bourdeaux                                         Karl Girardet    396
  Le Velan et Plan-de-Baix (vue des sources
    du Rudoux)                                     Karl Girardet    397
  Cascade de la Druse                              Karl Girardet    398
  La gorge de Trente-Pas                            Karl Girardet    400
  Le mont Viso                                           Sabatier    401
  Le pont du Diable                                      Sabatier    405
  Le lac de l'chauda                                    Sabatier    408
  Le Pelvoux                                             Sabatier    409
  Le mont Aurouze                                        Franais    412
  Les montagnes du Devoluy                          Karl Girardet    413
  Ruines de la Chartreuse de Durbon                 Karl Girardet    416




CARTES ET PLANS.


  Carte de la Sicile, par M. A. Vuillemin.                             3
  Carte de la Perse, par M. A. Vuillemin.                             19
  Carte des grandes et petites Antilles, par M. A. Vuillemin.         51
  Carte du haut Tlmark (Norvge mridionale), d'aprs
    M. Paul Riant.                                                    67
  Carte de la presqu'le de Bergen, d'aprs M. Paul Riant.            83
  Carte de la Chalcidique, par M. A. Vuillemin.                      115
  Partie du gouvernement d'Yakoutsk, par Piadischeff.                167
  Carte de l'Australie, par M. A. Vuillemin.                         187
  Carte des voyages du docteur Henri Barth en Afrique (partie
    orientale) d'aprs M. de Lanoye.                                 195
  Voyage du docteur Barth (Itinraire de Sokoto  Tembouctou),
    par M. A. Vuillemin.                                             234
  Carte du cours infrieur de l'Irawady comprenant les possessions
    britanniques et la partie sud du royaume d'Ava, d'aprs le
    capitaine H. Yule.                                               260
  Plan d'Amarapoura et de sa banlieue, d'aprs les relevs du
    major Grant Allan.                                               280
  Carte du cours suprieur de l'Irawady et partie nord du royaume
    d'Ava, d'aprs le cap. Yule.                                     296
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (Itinraire de Zanzibar  Kazeh).                      307
  Carte du voyage de Burton et Speke aux grands lacs de l'Afrique
    orientale (2e partie).                                           338
  Carte de l'le de Cuba, par M. A. Vuillemin.                       355
  Carte du Dauphin (partie occidentale: Isre et Drme),
    par M. A. Vuillemin.                                             371
  Carte du Dauphin (partie orientale: Isre et Hautes-Alpes),
    par M. A. Vuillemin.                                             404




ERRATA.


I. Sous le titre _Voyage d'un naturaliste_, pages 139 et 146, on
a imprim: (1858.--INDIT).--Cette date et cette qualification ne
peuvent s'appliquer qu' la traduction.

La note qui commence la page 139 donne la date du voyage (1838)
et avertit les lecteurs que le texte a t publi en anglais.


II. Dans un certain nombre d'exemplaires, le voyage du capitaine
Burton AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1re partie,
46e livraison, le mot ORIENTALE se trouve remplac par celui
d'OCCIDENTALE.


III. On a omis, sous les titres de _Juif_ et _Juive de
Salonique_, dessins de Bida, pages 108 et 109, la mention
suivante: d'aprs M. A. Proust.


IV. On a galement omis de donner,  la page 146, la description
des oiseaux et du reptile de l'archipel des Galapagos reprsents
sur la page 145. Nous rparons cette omission:

1 _Tanagra Darwinii_, varit du genre des
_Tanagras_ trs-nombreux en Amrique. Ces oiseaux ne diffrent de
nos moineaux, dont ils ont  peu prs les habitudes, que par la
brillante diversit des couleurs et par les chancrures de la
mandibule suprieure de leur bec.

2 _Cactornis assimilis:_ Darwin le nomme _Tisseim des
Galapagos_, o l'on peut le voir souvent grimper autour des
fleurs du grand cactus. Il appartient particulirement  l'le
Saint-Charles. Des treize espces du genre _pinson_, que le
naturaliste trouva dans cet archipel, chacune semble affecte 
une le en particulier.

3 _Pyrocephalus nanus_, trs-joli petit oiseau du
sous-genre _muscicapa_, gobe-mouches, tyrans ou moucherolles. Le
mle de cette varit a une tte de feu. Il hante  la fois les
bois humides des plus hautes parties des les _Galapagos_ et les
districts arides et rocailleux.

4 _Sylvicola aureola._ Ce charmant oiseau, d'un jaune
d'or, appartient aux les Galapagos.

5 Le _Leiocephalus grayii_ est l'une des nombreuses
nouveauts rapportes par les navigateurs du _Beagle_. Dans le
pays on le nomme _holotropis_, et moins curieux peut-tre que
l'_amblyrhinchus_, il est cependant remarquable en ce que c'est
un des plus beaux sauriens, sinon le plus beau saurien qui
existe.

Le saurien _amblyrhinchus cristatus_, que nous reproduisons ici,
est dcrit dans le texte, page 147.

[Illustration: _Amblyrhinchus cristatus_, iguane des les Galapagos.]

       *       *       *       *       *

IMPRIMERIE GNRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9,  Paris.

       *       *       *       *       *






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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
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The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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page at https://pglaf.org

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Literary Archive Foundation

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