The Project Gutenberg EBook of Le Mariage Forc, by Moliere

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Title: Le Mariage Forc

Author: Moliere

Posting Date: April 18, 2013 [EBook #5178]
Release Date: February, 2004
First Posted: May 29, 2002

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARIAGE FORC ***




Produced by Laurent Le Guillou








Source:

Jean-Baptiste Poquelin (1620-1673), alias Molire,
"Oeuvres de Molire, avec des notes de tous les commentateurs",
Tome Premier,
Paris, Librarie de Firmin-Didot et Cie,
Imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56,
1890.

Pages 419-448.

[Spelling of the 1890 edition. Footnotes have been retained because
they provide the meanings of old French words or expressions.
Footnote are indicated by numbers in brackets, and are grouped
at the end of the Etext. Text encoding is iso-8859-1.]





LE MARIAGE FORC




Comdie en un acte (1664)



PERSONNAGES                             ACTEURS

Sganarelle.                             Molire.
Gronimo.                               La Thorillire.
Dorimne, jeune coquette,
promise  Sganarelle.                   Mlle Du Parc.
Alcantor, pre de Dorimne.             Bjart.
Alcidas, frre de Dorimne.             La Grange.
Lycaste, amant de Dorimne.
Pancrace, docteur aristotlicien.       Brcourt.
Marphurius, docteur pyrrhonien.         Du Croisy.
Deux gyptiennes.                       Mlle Bjart, Mlle de Brie.



La scne est dans une place publique.


Scne premire. - Sganarelle.


- Sganarelle -

          (parlant  ceux qui sont dans sa maison.)

Je suis de retour dans un moment. Que l'on ait bien soin du logis, et
que tout aille comme il faut. Si l'on m'apporte de l'argent, que l'on
vienne me qurir vite chez le seigneur Gronimo ; et si l'on vient
m'en demander, qu'on dise que je suis sorti, et que je ne dois revenir
de toute la journe.



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Scne II. - Sganarelle, Gronimo.


- Gronimo -

          (ayant entendu les dernires paroles de Sganarelle.)

Voil un ordre fort prudent.

- Sganarelle -

Ah ! seigneur Gronimo, je vous trouve  propos ; et j'allais chez
vous vous chercher.

- Gronimo -

Et pour quel sujet, s'il vous plat ?

- Sganarelle -

Pour vous communiquer une affaire que j'ai en tte, et vous prier de
m'en dire votre avis.

- Gronimo -

Trs volontiers. Je suis bien aise de cette rencontre, et nous pouvons
parler ici en toute libert.

- Sganarelle -

Mettez-donc dessus (1), s'il vous plat. Il s'agit d'une chose de
consquence, que l'on m'a propose ; et il est bon de ne rien faire
sans le conseil de ses amis.

- Gronimo -

Je vous suis oblig de m'avoir choisi pour cela. Vous n'avez qu' me
dire ce que c'est.

- Sganarelle -

Mais, auparavant, je vous conjure de ne me point flatter du tout, et
de me dire nettement votre pense.

- Gronimo -

Je le ferai, puisque vous le voulez.

- Sganarelle -

Je ne vois rien de plus condamnable qu'un ami qui ne nous parle pas
franchement.

- Gronimo -

Vous avez raison.

- Sganarelle -

Et, dans ce sicle, on trouve peu d'amis sincres.

- Gronimo -

Cela est vrai.

- Sganarelle -

Promettez-moi donc, seigneur Gronimo, de me parler avec toute sorte
de franchise.

- Gronimo -

Je vous le promets.

- Sganarelle -

Jurez-en votre foi.

- Gronimo -

Oui, foi d'ami. Dites-moi seulement votre affaire.

- Sganarelle -

C'est que je veux savoir de vous si je ferai bien de me marier.

- Gronimo -

Qui, vous ?

- Sganarelle -

Oui, moi-mme, en propre personne. Quel est votre avis l-dessus ?

- Gronimo -

Je vous prie auparavant de me dire une chose.

- Sganarelle -

Et quoi ?

- Gronimo -

Quel ge pouvez-vous bien avoir maintenant ?

- Sganarelle -

Moi ?

- Gronimo -

Oui.

- Sganarelle -

Ma foi, je ne sais ; mais je me porte bien.

- Gronimo -

Quoi ! vous ne savez pas  peu prs votre ge ?

- Sganarelle -

Non : est-ce qu'on songe  cela ?

- Gronimo -

Eh ! dites-moi un peu, s'il vous plat : combien aviez-vous d'annes
lorsque nous fmes connaissance ?

- Sganarelle -

Ma foi, je n'avais que vingt ans alors.

- Gronimo -

Combien fmes-nous ensemble  Rome ?

- Sganarelle -

Huit ans.

- Gronimo -

Quel temps avez-vous demeur en Angleterre ?

- Sganarelle -

Sept ans.

- Gronimo -

Et en Hollande, o vous ftes ensuite ?

- Sganarelle -

Cinq ans et demi.

- Gronimo -

Combien y a-t-il que vous tes revenu ici ?

- Sganarelle -

Je revins en cinquante-six.

- Gronimo -

De cinquante-six  soixante-huit, il y a douze ans, ce me semble.
Cinq en Hollande font dix-sept, sept ans en Angleterre font
vingt-quatre, huit dans notre sjour  Rome font trente-deux, et vingt
que vous aviez lorsque nous nous connmes, cela fait justement
cinquante-deux. Si bien, seigneur Sganarelle, que, sur votre propre
confession, vous tes environ  votre cinquante-deuxime ou
cinquante-troisime anne.

- Sganarelle -

Qui, moi ? cela ne se peut pas.

- Gronimo -

Mon Dieu ! le calcul est juste ; et l-dessus je vous dirai
franchement, et en ami, comme vous m'avez fait promettre de vous
parler, que le mariage n'est gure votre fait. C'est une chose 
laquelle il faut que les jeunes gens pensent bien mrement avant que
de la faire ; mais les gens de votre ge n'y doivent point penser du
tout ; et si l'on dit que la plus grande de toutes les folies est
celle de se marier, je ne vois rien de plus mal  propos que de la
faire, cette folie, dans la saison o nous devons tre plus
sages. Enfin, je vous dis nettement ma pense. Je ne vous conseille
point de songer au mariage ; et je vous trouverais le plus ridicule du
monde, si, ayant t libre jusqu' cette heure, vous alliez vous
charger maintenant de la plus pesante des chanes.

- Sganarelle -

Et moi, je vous dis que je suis rsolu de me marier, et que je ne
serai point ridicule en pousant la fille que je recherche.

- Gronimo -

Ah ! c'est une autre chose. Vous ne m'aviez pas dit cela.

- Sganarelle -

C'est une fille qui me plat, et que j'aime de tout mon coeur.

- Gronimo -

Vous l'aimez de tout votre coeur ?

- Sganarelle -

Sans doute ; et je l'ai demande  son pre.

- Gronimo -

Vous l'avez demande ?

- Sganarelle -

Oui. C'est un mariage qui doit se conclure ce soir ; et j'ai donn ma
parole.

- Gronimo -

Oh ! mariez-vous donc. Je ne dis plus un mot.

- Sganarelle -

Je quitterais le dessein que j'ai fait ! Vous semble-t-il, seigneur
Gronimo, que je ne sois plus propre  songer  une femme ? Ne parlons
point de l'ge que je puis avoir ; mais regardons seulement les
choses. Y a-t-il homme de trente ans qui paraisse plus frais et plus
vigoureux que vous me voyez ? N'ai-je pas tous les mouvements de mon
corps aussi bons que jamais ; et voit-on que j'ai besoin de carosse ou
de chaise pour cheminer ? N'ai-je pas encore toutes mes dents les
meilleures du monde ?

        (Il montre ses dents.)

Ne fais-je pas vigoureusement mes quatre repas par jour, et peut-on
voir un estomac qui ait plus de force que le mien ?

        (Il tousse.)

Hem, hem, hem. Eh ! qu'en dites-vous ?

- Gronimo -

Vous avez raison, je m'tais tromp. Vous ferez bien de vous marier.

- Sganarelle -

J'y ai rpugn autrefois ; mais j'ai maintenant de puissantes raisons
pour cela. Outre la joie que j'aurai de possder une belle femme, qui
me fera mille caresses, qui me dorlotera, et me viendra frotter
lorsque je serai las ; outre cette joie, dis-je, je considre qu'en
demeurant comme je suis, je laisse prir dans le monde la race des
Sganarelles ; et qu'en me mariant, je pourrai me voir revivre en
d'autres moi-mme ; que j'aurai le plaisir de voir des cratures qui
seront sorties de moi, de petites figures qui me ressembleront comme
deux gouttes d'eau, qui se joueront continuellement dans la maison,
qui m'appelleront leur papa quand je reviendrai de la ville, et me
diront de petites folies les plus agrables du monde. Tenez, il me
semble dj que j'y suis, et que j'en vois une demi-douzaine autour de
moi.

- Gronimo -

Il n'y a rien de plus agrable que cela ; et je vous conseille de vous
marier le plus vite que vous pourrez.

- Sganarelle -

Tout de bon, vous me le conseillez ?

- Gronimo -

Assurment. Vous ne sauriez mieux faire.

- Sganarelle -

Vraiment, je suis ravi que vous me donniez ce conseil en vritable
ami.

- Gronimo -

Eh ! quelle est la personne, s'il vous plat, avec qui vous allez vous
marier ?

- Sganarelle -

Dorimne.

- Gronimo -

Cette jeune Dorimne, si galante et si bien pare ?

- Sganarelle -

Oui.

- Gronimo -

Fille du seigneur Alcantor ?

- Sganarelle -

Justement.

- Gronimo -

Et soeur d'un certain Alcidas, qui se mle de porter l'pe ?

- Sganarelle -

C'est cela.

- Gronimo -

Vertu de ma vie !

- Sganarelle -

Qu'en dites-vous ?

- Gronimo -

Bon parti ! Mariez-vous promptement.

- Sganarelle -

N'ai-je pas raison d'avoir fait ce choix ?

- Gronimo -

Sans doute. Ah ! que vous serez bien mari ! Dpchez-vous de l'tre.

- Sganarelle -

Vous me comblez de joie de me dire cela. Je vous remercie de votre
conseil, et je vous invite ce soir  mes noces.

- Gronimo -

Je n'y manquerai pas ; et je veux y aller en masque, afin de les mieux
honorer.

- Sganarelle -

Serviteur.

- Gronimo -

        ( part.)

La jeune Dorimne, fille du seigneur Alcantor, avec le seigneur
Sganarelle, qui n'a que cinquante-trois ans ! O le beau mariage !  le
beau mariage !

        (Ce qu'il rpte plusieurs fois en s'en allant.)



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Scne III. - Sganarelle.


- Sganarelle -

Ce mariage doit tre heureux, car il donne de la joie  tout le monde,
et je fais rire tous ceux  qui j'en parle. Me voil maintenant le
plus content des hommes.



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Scne IV. - Dorimne, Sganarelle.


- Dorimne -

        (dans le fond du thtre,  un petit laquais qui la suit.)

Allons, petit garon, qu'on tienne bien ma queue, et qu'on ne s'amuse
pas  badiner.

- Sganarelle -

        ( part, apercevant Dorimne.)

Voici ma matresse qui vient. Ah ! qu'elle est agrable ! Quel air, et
quelle taille ! Peut-il y avoir un homme qui n'ait, en la voyant, des
dmangeaisons de se marier ?

        ( Dorimne.)

O allez-vous, belle mignone, chre pouse future de votre poux futur ?

- Dorimne -

Je vais faire quelques emplettes.

- Sganarelle -

Eh bien ! ma belle, c'est maintenant que nous allons tre heureux l'un
et l'autre. Vous ne serez plus en droit de me rien refuser ; et je
pourrai faire avec vous tout ce qu'il me plaira, sans que personne
s'en scandalise. Vous allez tre  moi depuis la tte jusqu'aux pieds,
et je serai matre de tout : de vos petits yeux veills, de votre
petit nez fripon, de vos lvres apptissantes, de vos oreilles
amoureuses, de votre petit menton joli, de vos petits tetons
rondelets, de votre...  Enfin, toute votre personne sera  ma
discrtion, et je serai  mme de vous caresser comme je voudrai.
N'tes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne ?

- Dorimne -

Tout  fait aise, je vous jure. Car enfin la svrit de mon pre m'a
tenue jusques ici dans une sujtion la plus fcheuse du monde. Il y a
je ne sais combien que j'enrage du peu de libert qu'il me donne, et
j'ai cent fois souhait qu'il me marit, pour sortir promptement de la
contrainte o j'tais avec lui, et me voir en tat de faire ce que je
voudrai. Dieu merci, vous tes venu heureusement pour cela, et je me
prpare dsormais  me donner du divertissement, et  rparer comme il
faut le temps que j'ai perdu. Comme vous tes un fort galant homme, et
que vous savez comme il faut vivre, je crois que nous ferons le
meilleur mnage du monde ensemble, et que vous ne serez point de ces
maris incommodes qui veulent que leurs femmes vivent comme des
loups-garous. Je vous avoue que je ne m'accommoderais pas de cela, et
que la solitude me dsespre. J'aime le jeu, les visites, les
assembles, les cadeaux (2), et les promenades ; en un mot, toutes les
choses de plaisir : et vous devez tre ravi d'avoir une femme de mon
humeur. Nous n'aurons jamais aucun dml ensemble, et je ne vous
contraindrai point dans vos actions, comme j'espre que, de votre
ct, vous ne me contraindrez point dans les miennes ; car, pour moi,
je tiens qu'il faut une complaisance mutuelle, et qu'on ne se doit
point marier pour se faire enrager l'un l'autre. Enfin, nous vivrons,
tant maris, comme deux personnes qui savent leur monde : aucun
soupon jaloux ne nous troublera la cervelle ; et c'est assez que vous
serez assur de ma fidlit, comme je serai assur de la vtre. Mais
qu'avez-vous ? je vous vois tout chang de visage.

- Sganarelle -

Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter  la tte.

- Dorimne -

C'est un mal aujourd'hui qui attaque beaucoup de gens, mais notre
mariage vous dissipera tout cela. Adieu. Il me tarde dj que je n'aie
des habits raisonnables, pour quitter vite ces guenilles. Je m'en vais
de ce pas achever d'acheter toutes les choses qu'il me faut, et je
vous enverrai les marchands.



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Scne V. - Gronimo, Sganarelle.


- Gronimo -

Ah ! seigneur Sganarelle, je suis ravi de vous trouver encore ici ; et
j'ai rencontr un orfvre qui, sur le bruit que vous cherchiez quelque
beau diamant en bague pour faire un prsent  votre pouse, m'a fort
pri de venir vous parler pour lui, et de vous dire qu'il en a un 
vendre, le plus parfait du monde.

- Sganarelle -

Mon Dieu ! cela n'est pas press.

- Gronimo -

Comment, que veut dire cela ? O est l'ardeur que vous montriez tout 
l'heure ?

- Sganarelle -

Il m'est venu, depuis un moment, de petits scrupules sur le mariage.
Avant que de passer plus avant, je voudrais bien agiter  fond cette
matire, et que l'on m'expliqut un songe que j'ai fait cette nuit, et
qui vient tout  l'heure de me revenir dans l'esprit. Vous savez que
les songes sont comme des miroirs, o l'on dcouvre quelquefois tout
ce qui nous doit arriver. Il me semblait que j'tais dans un vaisseau,
sur une mer bien agite, et que...

- Gronimo -

Seigneur Sganarelle, j'ai maintenant quelque petite affaire qui
m'empche de vous our. Je n'entend rien du tout aux songes ; et quant
au raisonnement du mariage, vous avez deux savants, deux philosophes,
vos voisins, qui sont gens  vous dbiter tout ce qu'on peut dire sur
ce sujet. Comme ils sont de sectes diffrentes, vous pouvez examiner
leurs diverses opinions l-dessus. Pour moi, je me contente de ce que
je vous ai dit tantt, et demeure votre serviteur.

- Sganarelle -

Il a raison. Il faut que je consulte un peu ces gens-l sur
l'incertitude o je suis.



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Scne VI. - Pancrace, Sganarelle.


- Pancrace -

        (se tournant du ct o il est entr, et sans voir Sganarelle.)

Allez, vous tes un impertinent, mon ami, un homme [ignare de toute
bonne discipline], bannissable de la rpublique des lettres.

- Sganarelle -

Ah ! bon. En voici un fort  propos.

- Pancrace -

        (de mme, sans voir Sganarelle.)

Oui, je te soutiendrai par vives raisons (3), [je te montrerai
par Aristote, le philosophe des philosophes,] que tu es un ignorant,
[un] ignorantissime, ignorantifiant et ignorantifi, par tous les cas
et les modes imaginables.

- Sganarelle -

        ( part.)

Il a pris querelle contre quelqu'un.

        (A Pancrace.)

Seigneur...

- Pancrace -

        (de mme, sans voir Sganarelle.)

Tu veux te mler de raisonner, et tu ne sais pas seulement les
lments de la raison.

- Sganarelle -

        ( part.)

La colre l'empche de me voir.

        (A Pancrace.)

Seigneur...

- Pancrace -

        (de mme, sans voir Sganarelle.)

C'est une proposition condamnable dans toutes les terres de la
philosophie.

- Sganarelle -

        ( part.)

Il faut qu'on l'ait fort irrit.

        (A Pancrace.)

Je...

- Pancrace -

        (de mme, sans voir Sganarelle.)

"Toto coelo, tota via aberras." (4)

- Sganarelle -

Je baise les mains  monsieur le docteur.

- Pancrace -

Serviteur.

- Sganarelle -

Peut-on...

- Pancrace -

        (se retournant vers l'endroit par o il est entr.)

Sais-tu bien ce que tu as fait ? un syllogisme "in balordo".

- Sganarelle -

Je vous...

- Pancrace -

        (de mme.)

La majeure en est inepte, la mineure impertinente, et la conclusion
ridicule.

- Sganarelle -

Je...

- Pancrace -

        (de mme.)

Je crverais plutt que d'avouer ce que tu dis ; et je soutiendrai mon
opinion jusqu' la dernire goutte de mon encre.

- Sganarelle -

Puis-je...

- Pancrace -

        (de mme.)

Oui, je dfendrai cette proposition, "pugnis et calcibus, unguibus et
rostro" (5).

- Sganarelle -

Seigneur Aristote, peut-on savoir ce qui vous met si fort en colre ?

- Pancrace -

Un sujet le plus juste du monde.

- Sganarelle -

Et quoi, encore ?

- Pancrace -

Un ignorant m'a voulu soutenir une proposition errone, une proposition
pouvantable, effroyable, excrable.

- Sganarelle -

Puis-je demander ce que c'est ?

- Pancrace -

Ah ! seigneur Sganarelle, tout est renvers aujourd'hui, et le monde
est tomb dans une corruption gnrale. Une licence pouvantable rgne
partout ; et les magistrats, qui sont tablis pour maintenir l'ordre
dans cet tat, devraient mourir de honte, en souffrant un scandale
aussi intolrable que celui dont je veux parler. (6)

- Sganarelle -

Quoi donc ?

- Pancrace -

N'est-ce pas une chose horrible, une chose qui crie vengeance au ciel,
que d'endurer qu'on dise publiquement la forme d'un chapeau ?

- Sganarelle -

Comment ?

- Pancrace -

Je soutiens qu'il faut dire la figure d'un chapeau, et non pas la forme ;
d'autant qu'il y a cette diffrence entre la forme et la figure, que
la forme est la disposition extrieure des corps qui sont anims, et
la figure la disposition extrieure des corps qui sont inanims : et
puisque le chapeau est un corps inanim, il faut dire la figure d'un
chapeau, et non pas la forme.

        (Se retournant encore du ct par o il est entr.)

Oui, ignorant que vous tes, c'est comme il faut parler, et ce sont
les termes exprs d'Aristote dans le chapitre de la qualit.

- Sganarelle -

        ( part.)

Je pensais que tout ft perdu.

        (A Pancrace.)

Seigneur docteur, ne songez plus  tout cela. Je ...

- Pancrace -

Je suis dans une colre, que je ne me sens pas.

- Sganarelle -

Laissez la forme et le chapeau en paix. J'ai quelque chose  vous
communiquer. Je...

- Pancrace -

Impertinent fieff (7) !

- Sganarelle -

De grce, remettez-vous. Je...

- Pancrace -

Ignorant !

- Sganarelle -

Eh ! mon Dieu. Je...

- Pancrace -

Me vouloir soutenir une proposition de la sorte !

- Sganarelle -

Il a tort. Je...

- Pancrace -

Une proposition condamne par Aristote ?

- Sganarelle -

Cela est vrai. Je...

- Pancrace -

En termes exprs !

- Sganarelle -

Vous avez raison.

        (Se tournant du ct par o Pancrace est entr.)

Oui, vous tes un sot et un impudent, de vouloir disputer contre
un docteur qui sait lire et crire.

        (A Pancrace.)

Voil qui est fait : je vous prie de m'couter. Je viens vous
consulter sur une affaire qui m'embarasse. J'ai dessein de prendre une
femme, pour me tenir compagnie dans mon mnage. La personne est belle
et bien faite ; elle me plat beaucoup, et est ravie de m'pouser :
son pre me l'a accorde. Mais je crains un peu ce que vous savez, la
disgrce dans on ne plaint personne ; et je voudrais bien vous prier,
comme philosophe, de me dire votre sentiment. Eh ! quel est votre avis
l-dessus ?

- Pancrace -

Plutt que d'accorder qu'il faille dire la forme d'un chapeau,
j'accorderais que "datur in rerum natura" (8), et que je ne suis qu'un
bte.

- Sganarelle -

        ( part.)

La peste soit de l'homme !

        (A Pancrace.)

Eh ! monsieur le docteur, coutez un peu les gens. On vous parle une
heure durant, et vous ne rpondez point  ce qu'on vous dit.

- Pancrace -

Je vous demande pardon. Une juste colre m'occupe l'esprit.

- Sganarelle -

Eh ! laissez tout cela, et prenez la peine de m'couter.

- Pancrace -

Soit. Que voulez-vous me dire ?

- Sganarelle -

Je veux vous parler de quelque chose.

- Pancrace -

Et de quelle langue voulez-vous vous servir avec moi ?

- Sganarelle -

De quelle langue ?

- Pancrace -

Oui.

- Sganarelle -

Parbleu ! de la langue que j'ai dans la bouche. Je crois que je n'irai
pas emprunter celle de mon voisin.

- Pancrace -

Je vous dis, de quel idiome, de quel langage ?

- Sganarelle -

Ah ! c'est une autre affaire.

- Pancrace -

Voulez-vous me parler italien ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Espagnol ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Allemand ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Anglais ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Latin ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Grec ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Hbreu ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Syriaque ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Turc ?

- Sganarelle -

Non.

- Pancrace -

Arabe ?

- Sganarelle -

Non, non ; franais [, franais, franais].

- Pancrace -

Ah ! franais.

- Sganarelle -

Fort bien.

- Pancrace -

Passez donc de l'autre ct ; car cette oreille-ci est destine
pour les langues scientifiques [et trangres], et l'autre est
pour [la vulgaire et] la maternelle.

- Sganarelle -

        ( part.)

Il faut bien des crmonies avec ces sortes de gens-ci !

- Pancrace -

Que voulez-vous ?

- Sganarelle -

Vous consulter une une petite difficult.

- Pancrace -

[Ah ! ah !] sur une difficult de philosophie, sans doute ?

- Sganarelle -

Pardonnez-moi. Je...

- Pancrace -

Vous voulez peut-tre savoir si la substance et l'accident
sont termes synonymes ou quivoques  l'gard de l'tre ?

- Sganarelle -

Point du tout. Je...

- Pancrace -

Si la logique est un art ou une science ?

- Sganarelle -

Ce n'est pas cela. Je...

- Pancrace -

Si elle a pour objet les trois oprations de l'esprit, ou la
troisime seulement (9) ?

- Sganarelle -

Non. Je...

- Pancrace -

S'il y a dix catgories, ou s'il n'y en a qu'une (10) ?

- Sganarelle -

Point. Je...

- Pancrace -

Si la conclusion est de l'essence du syllogisme ?

- Sganarelle -

Nenni. Je...

- Pancrace -

Si l'essence du bien est mise dans l'apptibilit, ou dans la
convenance (11) ?

- Sganarelle -

Non. Je...

- Pancrace -

Si le bien se rciproque avec la fin ?

- Sganarelle -

Eh ! non. Je...

- Pancrace -

Si la fin nous peut mouvoir par son tre rel, ou par son tre
intentionnel (12) ?

- Sganarelle -

Non, non, non, non, non, de par tous les diables, non.

- Pancrace -

Expliquez donc votre pense, car je ne puis pas la deviner.

- Sganarelle -

Je vous la veux expliquer aussi ; mais il faut m'couter.

        (Pendant que Sganarelle dit :)

L'affaire que j'ai  vous dire, c'est que j'ai envie de me marier
avec une fille qui est jeune et belle. Je l'aime fort, et l'ai
demande  son pre ; mais comme j'apprhende...

- Pancrace -

        (dit en mme temps, sans couter Sganarelle :)

La parole a t donne  l'homme pour expliquer sa pense ; et tout
ainsi que les penses sont les portraits des choses, de mme nos
paroles sont-elles les portraits de nos penses.

        (Sganarelle, impatient, ferme la bouche du docteur avec sa main
         plusieurs reprises, et le docteur continue de parler d'abord
        que Sganarelle te sa main.)

Mais ces portraits diffrent des autres portraits en ce que les autres
portraits sont distingus partout de leurs originaux, et que la parole
enferme en soi son original, puisqu'elle n'est autre chose que la
pense explique par un signe extrieur ; d'o vient que ceux qui
pensent bien sont aussi ceux qui parlent le mieux. Expliquez-moi donc
votre pense par la parole, qui est le plus intelligible de tous les
signes.

- Sganarelle -

        (pousse le docteur dans sa maison, et tire la porte pour
        l'empcher de sortir.)

[Peste de l'homme !

- Pancrace -

        (au dedans de sa maison.)

Oui, la parole est "animi index et speculum" (13). C'est le truchement
du coeur, c'est l'image de l'me.

        (Il monte  la fentre et continue.)

C'est un miroir qui nous prsente navement les secrets les plus
arcanes (14) de nos individus ; et puisque vous avez la facult de
ratiociner et de parler tout ensemble,  quoi tient-il que vous ne
vous serviez de la parole pour me faire entendre votre pense ?

- Sganarelle -

C'est ce que je veux faire ; mais vous ne voulez pas m'couter.

- Pancrace -

Je vous coute, parlez.

- Sganarelle -

Je dis donc, monsieur le docteur, que...

- Pancrace -

Mais surtout soyez bref.

- Sganarelle -

Je le serai.

- Pancrace -

vitez la prolixit.

- Sganarelle -

Eh ! monsi...

- Pancrace -

Tranchez moi votre discours d'un apophtegme  la laconienne.

- Sganarelle -

Je vous...

- Pancrace -

Point d'ambages (15), de circonlution.

        (Sganarelle, le dpit de ne pouvoir parler, ramasse des pierres
	pour en casser la tte du docteur.)

H quoi ! vous vous emportez au lieu de vous expliquer ? Allez, vous
tes plus impertinent que celui qui m'a voulu soutenir qu'il faut dire
la forme d'un chapeau ; et je vous prouverai, en toute rencontre, par
raisons dmonstratives et convaincantes, et par arguments "in
Barbara", que vous n'tes et ne serez jamais qu'une pcore, et que je
suis et serai toujours, "in utroque jure" (16), le docteur Pancrace.

- Sganarelle -

Quel diable de babillard !

- Pancrace -

        (en rentrant sur le thtre.)

Homme de lettres, homme d'rudition.

- Sganarelle -

Encore ?

- Pancrace -

Homme de suffisance, homme de capacit.

        (S'en allant.)

Homme consomm dans toutes les sciences, naturelles, morales et
politiques.

        (Revenant.)

Homme savant, savantissime, "per omnes modos et casus" (17).

        (S'en allant.)

Homme qui possde "superlative", fable, mythologie et histoire,

        (Revenant.)

grammaire, posie, rhtorique, dialectique et sophistique,

        (S'en allant.)

mathmatiques, arithmtique, optique, onirocritique (18), physique et
mtaphysique,

        (Revenant.)

cosmomtrie (19), gomtrie, architecture, spculoire et spculatoire (20),

        (S'en allant.)

mdecine, astronomie, astrologie, physionomie, mtoposcopie (21),
chiromancie, gomancie (22), etc.]



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Scne VII. - Sganarelle.


- Sganarelle -

Au diable les savants qui ne veulent point couter les gens ! On me
l'avait dit, que son matre Aristote n'tait rien qu'un bavard. Il
faut que j'aille trouver l'autre ; peut-tre qu'il sera plus pos et
plus raisonnable. Hol !



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Scne VIII. - Marphurius, Sganarelle.


- Marphurius -

Que voulez-vous de moi, Seigneur Sganarelle ?

- Sganarelle -

Seigneur docteur, j'aurais besoin de votre conseil sur une petite
affaire dont il s'agit, et je suis venu ici pour cela.

        ( part.)

Ah ! voil qui va bien. Il coute le monde, celui-ci.

- Marphurius -

Seigneur Sganarelle, changez, s'il vous plat, cette faon de
parler. Notre philosophie ordonne de ne point noncer de proposition
dcisive, de parler de tout avec incertitude, de suspendre toujours
son jugement ; et, par cette raison, vous ne devez pas dire, je suis
venu, mais, il me semble que je suis venu.

- Sganarelle -

Il me semble ?

- Marphurius -

Oui.

- Sganarelle -

Parbleu ! il faut bien qu'il me le semble, puisque cela est.

- Marphurius -

Ce n'est pas une consquence, et il peut vous le sembler, sans que la
chose soit vritable.

- Sganarelle -

Comment ! il n'est pas vrai que je suis venu ?

- Marphurius -

Cela est incertain, et nous devons douter de tout.

- Sganarelle -

Quoi ! je ne suis pas ici, et vous ne me parlez pas ?

- Marphurius -

Il m'apparat que vous tes l, et il me semble que je vous parle ;
mais il n'est pas assur que cela soit.

- Sganarelle -

H ! que diable ! vous vous moquez. Me voil, et vous voil bien
nettement, et il n'y a point de "me semble"  tout cela. Laissons ces
subtilits, je vous prie, et parlons de mon affaire. Je viens vous
dire que j'ai envie de me marier.

- Marphurius -

Je n'en sais rien.

- Sganarelle -

Je vous le dis.

- Marphurius -

Il se peut faire.

- Sganarelle -

La fille que je veux prendre est fort jeune et fort jolie.

- Marphurius -

Il n'est pas impossible.

- Sganarelle -

Ferai-je bien ou mal de l'pouser ?

- Marphurius -

L'un ou l'autre.

- Sganarelle -

        ( part.)

Ah ! ah ! voici une autre musique.

        (A Marphurius.)

Je vous demande si je ferai bien d'pouser la fille dont je vous
parle.

- Marphurius -

Selon la rencontre.

- Sganarelle -

Ferai-je mal ?

- Marphurius -

Par aventure.

- Sganarelle -

De grce, rpondez-moi comme il faut.

- Marphurius -

C'est mon dessein.

- Sganarelle -

J'ai une grande inclination pour la fille.

- Marphurius -

Cela peut tre.

- Sganarelle -

Le pre me l'a accorde.

- Marphurius -

Il se pourrait.

- Sganarelle -

Mais, en l'pousant, je crains d'tre cocu.

- Marphurius -

La chose est faisable.

- Sganarelle -

Qu'en pensez-vous ?

- Marphurius -

Il n'y a pas d'impossibilit.

- Sganarelle -

Mais que feriez-vous, si vous tiez  ma place ?

- Marphurius -

Je ne sais.

- Sganarelle -

Que me conseillez-vous de faire ?

- Marphurius -

Ce qu'il vous plaira.

- Sganarelle -

J'enrage !

- Marphurius -

Je m'en lave les mains.

- Sganarelle -

Au diable soit le vieux rveur !

- Marphurius -

Il en sera ce qui pourra.

- Sganarelle -

        ( part.)

La peste du bourreau ! Je te ferai changer de note, chien de
philosophe enrag.

        (Il donne des coups de bton  Marphurius.)

- Marphurius -

Ah ! ah ! ah !

- Sganarelle -

Te voil pay de ton galimatias, et me voil content.

- Marphurius -

Comment ! Quelle insolence ! M'outrager de la sorte, avoir eu l'audace
de battre un philosophe comme moi !

- Sganarelle -

Corrigez, s'il vous plat, cette manire de parler. Il faut douter de
toutes choses ; et vous ne devez pas dire que je vous ai battu, mais
qu'il vous semble que je vous ai battu.

- Marphurius -

Ah ! je m'en vais faire ma plainte au commissariat du quartier, des
coups que j'ai reus.

- Sganarelle -

Je m'en lave les mains.

- Marphurius -

j'en ai les marques sur ma personne.

- Sganarelle -

Il se peut faire.

- Marphurius -

C'est toi qui m'as trait ainsi.

- Sganarelle -

Il n'y a pas d'impossibilit.

- Marphurius -

J'aurai un dcret contre toi.

- Sganarelle -

Je n'en sais rien.

- Marphurius -

Et tu seras condamn en justice.

- Sganarelle -

Il en sera ce qui pourra.

- Marphurius -

Laisse-moi faire.



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Scne IX. - Sganarelle.


- Sganarelle -

Comment ! on ne saurait tirer une parole positive de ce chien
d'homme-l, et l'on est aussi savant  la fin qu'au commencement. Que
dois-je faire, dans l'incertitude des suites de mon mariage ? Jamais
homme ne fut plus embarrass que je suis. Ah ! voici des gyptiennes ;
il faut que je me fasse dire par elles ma bonne aventure.



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Scne X. - Deux gyptiennes, Sganarelle.


        (Les deux gyptiennes avec leurs tambours de basque entrent
	 en chantant et en dansant.)

- Sganarelle -

Elles sont gaillardes. coutez, vous autres, y a-t-il moyen de me dire
ma bonne fortune ?

- Premire gyptienne -

Oui, mon bon monsieur ; nous voici deux qui te la dirons.

- Deuxime gyptienne -

Tu n'as seulement qu' nous donner ta main, avec la croix dedans (23),
et nous te dirons quelque chose pour ton bon profit.

- Sganarelle -

Tenez, les voil toutes deux avec ce que vous demandez.

- Premire gyptienne -

Tu as une bonne physionomie, mon bon monsieur, une bonne physionomie.

- Deuxime gyptienne -

Oui, une bonne physionomie ; physionomie d'un homme qui sera un jour
quelque chose.

- Premire gyptienne -

Tu seras mari avant qu'il soit peu, mon bon monsieur, tu seras mari
avant qu'il soit peu.

- Deuxime gyptienne -

Tu pouseras une femme gentille, une femme gentille.

- Premire gyptienne -

Oui, une femme qui sera chrie et aime de tout le monde.

- Deuxime gyptienne -

Une femme qui te fera beaucoup d'amis, mon bon monsieur, qui te fera
beaucoup d'amis.

- Premire gyptienne -

Une femme qui fera venir l'abondance chez toi.

- Deuxime gyptienne -

Une femme qui te donnera une grande rputation.

- Premire gyptienne -

Tu seras considr par elle, mon bon monsieur, tu seras considr par
elle.

- Sganarelle -

Voil qui est bien. Mais dites-moi un peu, suis-je menac d'tre cocu.

- Deuxime gyptienne -

Cocu ?

- Sganarelle -

Oui.

- Premire gyptienne -

Cocu ?

- Sganarelle -

Oui, si je suis menac d'tre cocu ?

        (Les deux gyptiennes dansent et chantent.)

Que diable, ce n'est pas l me rpondre ! Venez . Je vous demande 
toutes les deux si je serai cocu ?

- Deuxime gyptienne -

Cocu ? vous ?

- Sganarelle -

Oui, si je serai cocu ?

- Premire gyptienne -

Vous ? cocu ?

- Sganarelle -

Oui, si je le serai oui ou non ?

        (Les deux gyptiennes sortent en chantant et en dansant.)



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Scne XI. - Sganarelle.


- Sganarelle -

Peste soit des carognes qui me laissent dans l'inquitude ! Il faut
absolument que je sache la destine de mon mariage ; et, pour cela, je
veux aller trouver ce grand magicien dont tout le monde parle tant, et
qui, par son art admirable, fait voir tout ce que l'on souhaite. Ma
foi, je crois que je n'ai que faire d'aller au magicien, et voici qui
me montre tout ce que je puis demander.



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Scne XII. - Dorimne, Lycaste, Sganarelle, retir dans un coin du thtre
	     sans tre vu.


- Lycaste -

Quoi ! belle Dorimne, c'est sans raillerie que vous parlez ?

- Dorimne -

Sans raillerie.

- Lycaste -

Vous vous mariez tout de bon ?

- Dorimne -

Tout de bon.

- Lycaste -

Et vos noces se feront ds ce soir ?

- Dorimne -

Ds ce soir.

- Lycaste -

Et vous pouvez, cruelle que vous tes, oublier de la sorte l'amour que
j'ai pour vous, et les obligeantes paroles que vous m'aviez donnes ?

- Dorimne -

Moi ? point du tout. Je vous considre toujours de mme, et ce mariage
ne doit point vous inquiter ; c'est un homme que je n'pouse point
par amour, et sa seule richesse me fait rsoudre  l'accepter. Je n'ai
point de bien, vous n'en avez point aussi, et vous savez que sans cela
on passe mal le temps au monde, et qu' quelque prix que ce soit il
faut tcher d'en avoir. J'ai embrass cette occasion-ci de me mettre 
mon aise, et je l'ai fait sur l'esprance de me voir bientt dlivre
du barbon que je prends. C'est un homme qui mourra avant qu'il soit
peu, et qui n'a tout au plus que six mois dans le ventre. Je vous le
garantis dfunt dans le temps que je dis ; et je n'aurai pas
longuement  demander pour moi l'heureux tat de veuve.

        (A Sganarelle, qu'elle aperoit.)

Ah ! nous parlions de vous, et nous en disions tout le bien qu'on en
saurait dire.

- Lycaste -

Est-ce l monsieur ?...

- Dorimne -

Oui, c'est monsieur qui me prend pour femme.

- Lycaste -

Agrez, Monsieur, que je vous flicite de votre mariage, et vous
prsente en mme temps mes trs humbles services : je vous assure que
vous pousez l une trs honnte personne. Et vous, Mademoiselle, je
me rjouis avec vous aussi de l'heureux choix que vous avez fait :
vous ne pouviez pas mieux trouver, et Monsieur a toute la mine d'tre
un fort bon mari. Oui, Monsieur, je veux faire amiti avec vous, et
lier ensemble un petit commerce de visites et de divertissements.

- Dorimne -

C'est trop d'honneur que vous nous faites  tous deux. Mais allons, le
temps me presse, et nous aurons tout le loisir de nous entretenir
ensemble.



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Scne XIII. - Sganarelle.


- Sganarelle -

Me voil tout  fait dgot de mon mariage ; et je crois que je ne
ferai pas mal de m'aller dgager de ma parole. Il m'en a cot quelque
argent ; mais il vaut mieux encore perdre cela que de s'exposer 
quelque chose de pis. Tchons adroitement de nous dbarrasser de cette
affaire. Hol !

        (Il frappe  la porte de la maison d'Alcantor.)



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Scne XIV. - Alcantor, Sganarelle.


- Alcantor -

Ah ! mon gendre, soyez le bienvenu !

- Sganarelle -

Monsieur, votre serviteur.

- Alcantor -

Vous venez pour conclure le mariage ?

- Sganarelle -

Excusez-moi.

- Alcantor -

Je vous promets que j'en ai autant d'impatience que vous.

- Sganarelle -

Je viens ici pour un autre sujet.

- Alcantor -

J'ai donn ordre  toutes les choses ncessaires pour cette fte.

- Sganarelle -

Il n'est pas question de cela.

- Alcantor -

Les violons sont retenus, le festin est command, et ma fille est
pare pour vous recevoir.

- Sganarelle -

C'est n'est pas ce qui m'amne.

- Alcantor -

Enfin, vous allez tre satisfait ; et et rien ne peut retarder votre
contentement.

- Sganarelle -

Mon Dieu ! c'est autre chose.

- Alcantor -

Allons, entrez donc, mon gendre.

- Sganarelle -

J'ai un petit mot  vous dire.

- Alcantor -

Ah ! mon Dieu, ne faisons point de crmonie ! Entrez vite, s'il vous
plat.

- Sganarelle -

Non, vous dis-je. Je veux vous parler auparavant.

- Alcantor -

Vous voulez me dire quelque chose ?

- Sganarelle -

Oui.

- Alcantor -

Et quoi ?

- Sganarelle -

Seigneur Alcantor, j'ai demand votre fille en mariage, il est vrai,
et vous me l'avez accorde ; mais je me trouve un peu avanc en ge
pour elle, et je considre que je ne suis point du tout son fait.

- Alcantor -

Pardonnez-moi, ma fille vous trouve bien comme vous tes ; et je suis
sr qu'elle vivra fort contente avec vous.

- Sganarelle -

Point. J'ai des bizarreries pouvantables, et elle aurait trop 
souffrir de ma mauvaise humeur.

- Alcantor -

Ma fille a de la complaisance, et vous verrez qu'elle s'accommodera
entirement  vous.

- Sganarelle -

J'ai quelques infirmits sur mon corps qui pourraient la dgoter.

- Alcantor -

Cela n'est rien. Une honnte femme ne se dgote jamais de son mari.

- Sganarelle -

Enfin, voulez-vous que je vous dise ? Je ne vous conseille pas de me
la donner.

- Alcantor -

Vous moquez-vous ? J'aimerai mieux mourir que d'avoir manqu  ma
parole.

- Sganarelle -

Mon Dieu, je vous en dispense, et je...

- Alcantor -

Point du tout. je vous l'ai promise, et vous l'aurez, en dpit de tous
ceux qui y prtendent.

- Sganarelle -

        ( part.)

Que diable !

- Alcantor -

Voyez-vous ? J'ai une estime et une amiti pour vous toute
particulire, et je refuserais ma fille  un prince pour vous la
donner.

- Sganarelle -

Seigneur Alcantor, je vous suis oblig de l'honneur que vous me faites ;
mais je vous dclare que je ne me veux point marier.

- Alcantor -

Qui, vous ?

- Sganarelle -

Oui, moi.

- Alcantor -

Et la raison ?

- Sganarelle -

La raison ? C'est que je ne me sens point propre pour le mariage, et
que je veux imiter mon pre, et tous ceux de ma race, qui ne se sont
jamais voulu marier.

- Alcantor -

coutez. Les volonts sont libres ; et je suis homme  ne contraindre
jamais personne. Vous vous tes engag avec moi pour pouser ma fille,
et tout est prpar pour cela ; mais puisque vous voulez retirer votre
parole, je vais voir ce qu'il y a  faire ; et vous aurez bientt de
mes nouvelles.



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Scne XV. - Sganarelle.


- Sganarelle -

Encore est-il plus raisonnable que je ne pensais, et je croyais avoir
bien plus de peine  m'en dgager. Ma foi, quand j'y songe, j'ai fait
fort sagement de me tirer de cette affaire ; et j'allais faire un pas
dont je me serais peut-tre longtemps repenti. Mais voici le fils qui
vient me rendre rponse.



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Scne XVI. - Alcidas, Sganarelle.


- Alcidas -

        (parlant d'un ton doucereux.)

Monsieur, je suis votre serviteur trs humble.

- Sganarelle -

Monsieur, je suis le vtre de tout mon coeur.

- Alcidas -

        (toujours avec le mme ton.)

Mon pre m'a dit, Monsieur, que vous vous tiez venu dgager de la
parole que vous aviez donne.

- Sganarelle -

Oui, Monsieur, c'est avec regret ; mais...

- Alcidas -

Oh ! Monsieur, il n'y a pas de mal  cela.

- Sganarelle -

J'en suis fch, je vous assure ; et je souhaiterais...

- Alcidas -

Cela n'est rien, vous dis-je.

        (Alcidas prsente  Sganarelle deux pes.)

Monsieur, prenez la peine de choisir, de ces deux pes, laquelle vous
voulez.

- Sganarelle -

De ces deux pes ?

- Alcidas -

Oui, s'il vous plat.

- Sganarelle -

A quoi bon ?

- Alcidas -

Monsieur, comme vous refusez d'pouser ma soeur aprs la parole
donne, je crois que vous ne trouverez pas mauvais le petit compliment
que je viens vous faire.

- Sganarelle -

Comment ?

- Alcidas -

D'autres gens feraient du bruit, et s'emporteraient contre vous ; mais
nous sommes personnes  traiter les choses dans la douceur ; et je
viens vous dire civilement qu'il faut, si vous le trouvez bon, que
nous nous coupions la gorge ensemble.

- Sganarelle -

Voil un compliment fort mal tourn.

- Alcidas -

Allons, Monsieur, choisissez, je vous prie.

- Sganarelle -

Je suis votre valet, je n'ai point de gorge  me couper.

        ( part.)

La vilaine faon de parler que voil !

- Alcidas -

Monsieur, il faut que cela soit, s'il vous plat.

- Sganarelle -

Eh ! Monsieur, rengainez ce compliment, je vous prie.

- Alcidas -

Dpchons vite, Monsieur. J'ai une petite affaire qui m'attend.

- Sganarelle -

Je ne veux point de cela, vous dis-je.

- Alcidas -

Vous ne voulez pas vous battre ?

- Sganarelle -

Nenni, ma foi.

- Alcidas -

Tout de bon ?

- Sganarelle -

Tout de bon.

- Alcidas -

        (aprs lui avoir donn des coups de bton.)

Au moins, Monsieur, vous n'avez pas lieu de vous plaindre ; vous voyez
que je fais les choses dans l'ordre. Vous nous manquez de parole, je
me veux battre contre vous ; vous refusez de vous battre, je vous
donne des coups de bton : tout cela est dans les formes ; et vous
tes trop honnte homme pour ne pas approuver mon procd.

- Sganarelle -

        ( part.)

Quel diable d'homme est-ce ci ?

- Alcidas -

        (lui prsente encore deux pes.)

Allons, Monsieur, faites les choses galamment, et sans vous faire
tirer l'oreille.

- Sganarelle -

Encore ?

- Alcidas -

Monsieur, je ne contrains personne ; mais il faut que vous vous
battiez, ou que vous pousiez ma soeur.

- Sganarelle -

Monsieur, je ne puis faire ni l'un ni l'autre, je vous assure.

- Alcidas -

Assurment ?

- Sganarelle -

Assurment.

- Alcidas -

Avec votre permission, donc...

        (Alcidas lui donne encore des coups de bton.)

- Sganarelle -

Ah ! ah ! ah !

- Alcidas -

Monsieur, j'ai tous les regrets du monde d'tre oblig d'en user ainsi
avec vous ; mais je ne cesserai point, s'il vous plat, que vous
n'ayez promis de vous battre, ou d'pouser ma soeur.

        (Alcidas lve le bton.)

- Sganarelle -

Eh bien, j'pouserai, j'pouserai.

- Alcidas -

Ah ! Monsieur, je suis ravi que vous vous mettiez  la raison, et que
les choses se passent doucement. Car enfin vous tes l'homme du monde
que j'estime le plus, je vous jure ; et j'aurais t au dsespoir que
vous m'eussiez contraint  vous maltraiter. Je vais appeler mon pre,
pour lui dire que tout est d'accord.

        (Il va frapper  la porte d'Alcantor.)



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Scne XVII. - Alcantor, Dorimne, Alcidas, Sganarelle.


- Alcidas -

Mon pre, voil Monsieur qui est tout  fait raisonnable. Il a voulu
faire les choses de bonne grce, et vous pouvez lui donner ma soeur.

- Alcantor -

Monsieur, voil sa main ; vous n'avez qu' donner la vtre. Lou soit
le ciel ! m'en voil dcharg, et c'est vous dsormais que regarde le
soin de sa conduite. Allons nous rjouir et clbrer cet heureux
mariage.



FIN DU MARIAGE FORC.

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Notes [from 1890 edition]


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(1) "Mettez donc dessus", pour "mettez donc votre chapeau". Locution
elliptique qui n'est plus d'usage, et dont nous avons dj vu un
exemple dans l'"cole des femmes", acte III, scne IV.

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(2) Donner un "cadeau" signifiait autrefois "donner un repas". Le
P. Bouhours fait venir ce mot de "cadendo", parce que, dit-il, les
buveurs chancellent et tombent et que c'est ordinairement comme
finissent les "cadeaux".
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(3) Tous les passages placs entre deux crochets ne se trouvent que
dans l'dition de 1682.

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(4) Pancrace rassemble ici en une seule phrase deux expressions
proverbiales qu'rasme a recueillies dans ses "Adages", l'une de
Trence, "tota errare via" ; l'autre de Macrobe, "toto coelo errare",
et qui toutes deux veulent dire, donner dans la plus grande des
erreurs, tre  mille lieues de la vrit.  Rabelais a traduit
littralement "toto coelo errare" : "Qui aultrement la nomme erre par
tout le ciel". (A.)

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(5) Des poings, des pieds, des ongles et du bec.

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(6) Cet appel  la svrit des magistrats fait allusion aux efforts
srieux de l'Universit pour obtenir la confirmation de l'arrt de 1624,
lequel condamnait au banissement les nomms Villon, Bitault et de Claves,
pour avoir pens autrement qu'Aristote.

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(7) "Fieff", vient de "Fief". Il se dit de ceux qui ont quelques vices.
Dans ce sens, il signifie "achev", comme qui dirait un homme  qui
il ne manque rien d'un tel vice ; de la mme faon qu'il ne manque rien
pour possder un fief  celui qui l'a reu de son seigneur. (Caseneuve.)
-- Les prcieuses prenaient ce mot en bonne part, et disaient d'un amant
bien accueilli des dames, que c'tait "un galant fieff".

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(8) Le vide existe dans le nature.

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(9) C'est--dire, si elle a pour objet la "perception", le "jugement",
et le "raisonnement", ou ce dernier seulement.

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(10) Les catgories taient un moyen de classer toutes les penses
de l'entendement humain. Aristote en comptait dix.

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(11) Il s'agit de savoir "si l'essence d'un bien se trouve dans ce
qu'on dsire ou dans ce qui convient."

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(12) Cette question est aussi inintelligible que les prcdentes sont
ridicules. En recueillant toutes ces subtilits scolastiques, Molire
voulait se moquer du faux savoir, et devenait le vengeur du bon got,
aprs l'avoir t du bon sens.

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(13) "L'indice et le miroir de l'me". C'est ce que Pancrace traduit
encore par les mots de "truchement" et d'"image". (A.)

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(14) "Arcanes", mot latin francis ; il signifie secret mystrieux.
Plus bas, "ratiociner", pour "raisonner", terme de logique qui n'a
jamais t en usage que dans les coles.

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(15) Point d"ambages", c'est--dire, point d'embarras de paroles.

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(16) La jurisprudence se composait de deux corps de droit, l'ecclsiastique
et le civil. "In utroque jure" veut dire, dans l'un et l'autre droit. Un
docteur "In utroque jure" tait donc celui qui professait le droit civil
et le droit canon.

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(17) Par tous les cas et les modes imaginables.

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(18) Art d'interprter les songes.

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(19) Mesure de la terre.

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(20) "Spculoire" et "spculatoire". -- La "spculatoire" est l'art
d'interprter les clairs, le tonnerre, les comtes, et autres
mtores ou phnomnes semblables. La "spculoire" est la partie de
l'art divinatoire qui consiste  faire voir dans un miroir les
personnes ou les choses que l'on dsire connatre. (A.)

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(21) Art de conjecturer le sort d'une personne par l'inspection des
traits de son visage. Cardan a fait un volume in-folio fort curieux
sur cette science chimrique.

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(22) "Chiromancie", divination par l'inspection des lignes de la main.
-- "Gomancie", art de deviner, soit par des lignes qu'on trace au
hasard sur la terre, soit par les fentes naturelles qu'on remarque 
sa surface. (A.)

-----------

(23) C'est  dire une pice " la croix", par allusion  la croix
reprsente sur certaine pice de monnaie.

-----------









End of the Project Gutenberg EBook of Le Mariage Forc, by Moliere

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MARIAGE FORC ***

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Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

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because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
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