Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913

Author: Various

Release Date: September 22, 2011 [EBook #37506]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3648, 25 ***




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L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913

Avec ce numro L'ILLUSTRATION THTRALE
CONTENANT:
BAGATELLE



LA REVUE COMIQUE, par Henriot.



Ce numro se compose de VINGT-QUATRE PAGES dont huit broches  part
avec des aquarelles de L. Sabattier: UN MOIS  PKIN.

Il contient deux supplments:
1 _L'Illustration Thtrale_ avec le texte complet de BAGATELLE, de
Paul Hervieu, et un portrait de l'auteur par Lon Bonnat, reproduit en
couleurs;
2 Le 1er fascicule des SOUVENIRS D'ALGRIE (Rcits de chasse et de
guerre), du gnral Bruneau.



[Illustration: L'ILLUSTRATION
Prix de ce Numro: Un Franc. SAMEDI 25 JANVIER 1913 71e Anne.--N 3648.]

[Illustration: M. RAYMOND POINCAR lu prsident de la Rpublique
franaise le 17 janvier, pour entrer en fonctions le 18 fvrier 1913.
_Photographie Ch. Gerschel, prise spcialement pour_ L'Illustration, _le
lendemain de l'lection prsidentielle, dans le cabinet de travail de M.
Poincar, rue du Commandant-Marchand._]



AVIS AUX ACTIONNAIRES
DE L'ILLUSTRATION

_MM. les Actionnaires de la Socit du journal_ L'ILLUSTRATION _sont
convoqus en Assemble gnrale ordinaire pour le jeudi 13 fvrier
prochain, au sige social,_ 13, rue Saint-Georges, Paris, _ deux
heures._

ORDRE DU JOUR:

Lecture des rapports du grant et du conseil de surveillance. Examen et
approbation, s'il y a lieu, de ces rapports, du bilan et des comptes de
l'exercice 1912.--Rpartition des bnfices.--Fixation du
dividende.--Proposition du grant relativement aux frais
gnraux.--Renouvellement du conseil de surveillance.--Fixation du
chiffre du traitement du grant pour l'anne 1913.

_Pour assister  cette runion, MM. les Actionnaires propritaires de_
TITRES AU PORTEUR _doivent en faire le dpt avant le 7 fvrier,  la
Caisse de la Socit. Il leur sera remis en change un_ RCPISS
_servant de carte d'entre._



_C'est, comme il convenait,  l'lection prsidentielle du 17 janvier
qu'est consacre la plus grande partie de ce numro. Nous n'avons pas
voulu cependant ajourner la publication du second article illustr de_
L. SABATTIER: _Un mois  Pkin. Il remplit huit pages broches  part,
dont quatre en couleurs._

_Dans le supplment thtral de cette semaine, qui contient Bagatelle,
de_ PAUL HERVIEU, _nos lecteurs trouveront une autre gravure en
couleurs: le portrait du grand crivain, par_ LON BONNAT.

_Dans le prochain numro, nous publierons Kismet._



COURRIER DE PARIS

LE FROID

--Oui, je pars. Je pars demain, dclara, dans le salon o nous tions
runis,  l'heure du th, un homme d'environ cinquante ans.

Ces mots dchanrent  la minute un concert d'exclamations et de
regrets: --Quelle chance vous avez!... Je vous envie! Vous allez dans
le Midi, bien sr? Chercher le soleil? Ah! la chaleur! la bonne chaleur!

--Vous n'y tes pas, dit-il, je vais qurir la neige et trouver le
froid.

Et, comme chacun s'tonnait, croyant  une boutade, il prcisa sa
pense: Mais oui. J'ai t lev dans cette ide fondamentale qu'il y
avait des saisons. Les saisons! Ma mre m'en a tout de suite, ds que
j'ai pu commencer  bgayer, appris et fait peler les noms, justement
sur un calendrier, que j'ai depuis conserv comme une raret et une
relique. C'tait un calendrier de 1831, de sa jeunesse  elle, et
qu'elle avait gard. Je le vois. Fan, dcolor, un peu cass, ayant
souffert des coins, garni toujours de la ficelle vieux rose qui avait
servi  l'accrocher. Il portait, crits au-dessus des colonnes de mois,
les noms respectifs des saisons qui taient au nombre de _quatre_. Oh!
je ne me trompe pas! Mes souvenirs sont trs prcis. Pas une de plus,
pas une de moins. On les appelait: l'Hiver, le Printemps, l't et
l'Automne. Et quatre images ravissantes, ineffaables  jamais dans mon
esprit et reproduites dans mon coeur, dterminaient et fixaient le
caractre spcial de chacune des poques distinctes et qui ne se
confondaient pas, qui taient comme les parents, les membres, spars et
unis, d'une mme famille, dsigne sous le vocable d'_anne_.

 Voici ce que reprsentaient ces vignettes, tableaux parlants:

 Pour l'Hiver, c'tait un lac immense,  perte de vue gel, sur lequel
glissaient, avec une grce vertigineuse, des messieurs en chapeau haut
de forme et draps de manteaux romains, chausss de patins recourbs
comme des cimeterres. Des dames indolentes taient pousses dans des
traneaux d'o retombaient des fourrures balayant la glace, et sur le
bord du lac une vieille femme de la campagne pliait, le dos courb sous
un fagot de bois mort, tandis qu'au loin,... bien loin... bien loin...
une petite fume, solide et nourrie, se sauvait d'un toit de chaumire
crase de neige. Ah! qu'on devait donc bien se chauffer les pieds dans
cette petite maison-l! Le Printemps, c'tait deux jeunes filles,
assises en robe de bal, dans une prairie, taquinant ensemble une
pquerette, non loin d'une tour gothique sur les crneaux de laquelle
deux pigeons se cajolaient. L't s'exprimait par un repas joyeux sur
l'herbe, et la course chevele d'une fillette en pantalon de percale,
agitant un filet d'un vert de sucre d'orge  la poursuite d'un papillon
de la taille d'un merle. Et enfin, des vendangeurs actifs et accroupis
parmi les treilles couleur d'or, un promeneur pensif avec un livre
ouvert  la main, et des enfants lanant dans le ciel un indcis
cerf-volant plus grand qu'eux, en forme de bouclier des croisades,
soulignaient les charmes acides et toute la mlancolie de l'Automne.

 Tout cela tait parfaitement clair et indubitable. On ne pouvait s'y
mprendre. Il y avait des saisons. Elles existaient. Ma mre les avait
vues, comme je vous vois. Elle les avait passes maintes fois depuis
qu'elle tait au monde, et ses parents aussi. Souvent elle me raconta
que l'hiver de telle anne, en Gtinais, la rivire avait t prise
pendant plus d'une semaine et qu'elle l'avait traverse  pied, et
qu'elle portait de la mousseline  pois aux processions du mois de
Marie, et que ds juillet on ne savait plus o se fourrer tellement il
faisait chaud. J'ai donc pris, ds le jeune ge, cette mauvaise
habitude, d'une rgle climatrique, d'une marche et d'un ordre dans la
succession, la distribution du chaud et du froid, du soleil et de la
pluie, de la grle et du vent. J'ai besoin pour bien vivre et demeurer
l'esprit tranquille de n'tre pas troubl ni bouscul de ce ct-l. De
cette discipline de la nature dpend la mienne, celle de mes penses, et
si tout se conduit mal autour de moi je commence moi-mme  me dranger.
Or voici plus d'une demi-douzaine d'annes que le ciel a la berlue et
que les saisons, atteintes de folie, douce ou furieuse, entrent les unes
dans les autres, au point qu'on ne peut plus les distinguer. Elles
semblent s'amuser  un continuel cache-cache, et se dplacer sans cesse.
Et, pour mieux nous jouer un tour, elles n'observent plus le leur. Les
bourgeons pointent en janvier et il gle  la Trinit. Eh bien, j'avoue
que ces aberrations de la nature me rendent malade et que je m'applique
alors, autant qu'il m'est permis,  y remdier, en allant chercher, l
o j'ai le plus de probabilits de la rencontrer, la temprature
correspondante au moment de l'anne. J'entends maintenir avec nergie,
et rtablir quand elle est rompue, la tradition classique, c
'est--dire: du froid pendant l'hiver, du frais au printemps, du chaud
en t, et de l'humide  l'automne. Ces sensations physiques me sont
ncessaires, indispensables. Elles sont rclames par mon corps et par
ma raison avec autant de force et de nettet que l'est, par mon esprit,
mes yeux et mes oreilles, la perception du temps et de sa mesure...
Pourriez-vous vivre en face d'une horloge continuant  marcher quoique
dtraque, et qui marquerait et sonnerait onze heures quand il en est
trois? Accepteriez-vous, d'autre part, un baromtre qui indiquerait
ponctuellement la tempte quand le firmament est d'azur et qui piquerait
au beau quand l'orage clate? Non. Comprenez donc en ce cas que j'exige
une corrlation loyale entre la saison et son expression, ses
manifestations logiques et lgitimes. Or nous sommes en janvier, et il
fait ici un avril pourri. Je m'en vais donc  la rencontre de l'hiver,
et je pars demain.

--Pour o?

--Pour la Suisse.

--Simplement? C'est tout? Pourquoi pas les pays plus avancs du Nord?
les royaumes de glace? les ples?

--Parce que je suis un sage et qu'il ne faut rien exagrer... Je veux du
froid, sans doute, du vrai et du bon, mais supportable, du froid joli et
civilis. Je n'exige pas celui des ples voyageurs et des virtuoses du
scorbut, celui qui solidifie le mercure et fait craquer les ongles... Ce
sera pour plus tard, quand je serai entran. En attendant, la Suisse
pacifique et sans surprises violentes me convient assez. Les htels y
sont excellents, chauffs  merveille, les sapins ont des givres qui
semblent oublis de la nuit de Nol et la neige y a la couleur du lait
qui remplit les seaux de bois dans les vacheries. Je me rjouis dj de
la voir, tendue partout, cette neige honnte, d'y marcher, d'y compter
les trous de mes pas, d'y observer la forme si sympathique de mes pieds
plus petits que leur trace, d'entendre le craquement de soie que vont
faire, en la pressant bientt, mes prudentes semelles. J'ai toujours
prouv qu'elle exerait sur nous une action morale extraordinaire et
vivifiante. Elle fouette et bat le sang, resserre les tissus de la peau
comme ceux des ides. Elle fait penser pur et blanc, et jamais ne finit
dans la boue. Le froid prcisment la prserve de cette dgradation et
de cette souillure, il la maintient et la ptrifie. C'est le plus beau
des tapis, le plus moelleux des gazons. Et puis la Suisse, prise
brusquement et  petites doses, nous donne, l'hiver, d'admirables leons
de calme et d'immobilit. Le mouvement mme et les exercices auxquels on
s'y livre ont leur rythme, leurs lois, et n'offrent rien de commun avec
l'agitation que nous cause la fivre crbrale de Paris. On n'est plus
le mme en face de la montagne, on retrouve sa plnitude, son quilibre
et sa srnit...

Arrtant l tout d'un coup son apologie du froid, l'amateur des saisons
sentit qu'il en avait dit assez et rentra dans le silence que personne
autour de lui ne songea d'ailleurs  rompre. Chacun suivait, pour une
minute au plus... dans l'avenir comme dans le pass, sa vision
personnelle d'hiver et de frimas. Celui-ci tait retourn aux
rcrations de l'enfance... aux mois d'engelures et de cache-nez, aux
glissoires dans la cour... Celui-l aux grand'gardes pendant le sige,
dans les tranches durcies... Cet autre  la lecture du _Capitaine
Hatteras_, du temps que, sous la lampe de famille, il naviguait en
frlant les banquises. Une jeune femme, les yeux ferms, dansait  ce
bal costum o la poudre lui allait si bien... Et, du fond de son
fauteuil, une grand'mre regardait en face d'elle, dans la glace, ses
cheveux devenus d'argent dont la neige ne fondrait plus.

HENRI LAVEDAN.

(Reproduction et traduction rserves.)



[Illustration: Son grand-oncle: Paulin Gillon, dput de la Meuse et
maire de Bar-le-Duc de 1840  1848.]

[Illustration: Son arrire-grand'mre: Mme Landry Gillon.]

[Illustration: Son arrire-grand-pre: Landry Gillon, neuf fois dput
de la Meuse.]

TROIS ARRIRE-PARENTS DE M. RAYMOND POINCAR

LE NOUVEAU PRSIDENT

L'LECTION PAR L'ASSEMBLE NATIONALE

Nulle lection, sans doute, ne reut de l'immense majorit de l'opinion
un accueil plus chaleureux, plus enthousiaste, que celle qui vient de
porter  la suprme magistrature de la Rpublique M. Raymond Poincar.

En France, une joie sereine, des espoirs infinis, une confiance
touchante, une patriotique fiert. En Europe, une sympathie unanime qui
s'est traduite par les tlgrammes les plus flatteurs pour l'lu,
qu'avaient dsign et sa haute valeur intellectuelle et la dignit
irrprochable de sa carrire politique. Quiconque aime la France a
marqu d'une pierre blanche la date du 17 janvier. Il semble que de ce
jour-l une re nouvelle se soit ouverte pour notre pays.

Nous ne saurions revenir sur les luttes qui agitrent cette journe et
celles qui la prcdrent: c'est le pass,--un pass qu'il faut effacer
dans la concorde, la paix, le travail fcond pour la patrie.

Notons toutefois, puisque aussi bien nous nous efforons d'enregistrer
ici, semaine par semaine, pour les chercheurs de l'avenir, les faits qui
intressent l'histoire, notons les deux phases principales de cette
lutte qui fut ardente, les deux scrutins dont le dernier donna  M.
Raymond Poincar la victoire sur son concurrent, M. Jules Pams.

[Illustration: M. et Mme Antoni Poincar, pre et mre du nouveau
Prsident.]

La comptition, en effet, tait nettement circonscrite entre ces deux
hommes politiques. Et chacun d'eux avait son grand lecteur, M. Georges
Clemenceau, ancien prsident du Conseil, menant campagne pour M. Pams,
aprs avoir, un moment, dans les runions prparatoires, soutenu M.
Antonin Dubost, tandis que M. Aristide Briand, garde des sceaux, ancien
prsident du Conseil aussi, dfendait de tout son coeur la candidature
de M. Raymond Poincar. Et c'taient l deux Warwicks galement
passionns, galement habiles et connaissant  fond leur Parlement et
les ressorts qu'il convient de faire jouer pour l'mouvoir, le dcider.
Il faut bien croire pourtant--le rsultat acquis est l qui en
tmoigne--que l'loquence de l'un fut plus persuasive que la verve de
l'autre.

[Illustration: La maison natale de M. Raymond Poincar,  Bar-le-Duc.]

Au premier tour de scrutin, M. Raymond Poincar venait en tte avec 429
voix contre 327  son concurrent. D'autres votes s'taient gars, on
peut bien le dire aujourd'hui sans risquer de dsobliger personne, sur
les noms de MM. Ribot et Deschanel, qui n'taient plus candidats; un
fantaisiste avait mme accord son suffrage  M. Henri Rochefort, tandis
que les socialistes, avec ensemble, votaient pour leur doyen d'ge, M.
Vaillant.

Pourtant, M. Raymond Poincar n'avait pas atteint la majorit absolue,
qui tait de 434 voix, 867 suffrages ayant t exprims. Il fallut un
second tour de scrutin.

M. Raymond Poincar y triompha. Du moment o, gravissant les degrs de
la tribune pour dposer son bulletin, il fut salu par les acclamations
de l'Assemble nationale, sa victoire dj tait certaine. De fait, 483
voix--le chiffre mme qu'avait obtenu autrefois M. mile Loubet--lui
dcernaient l'honneur suprme. Et M. Antonin Dubost, du haut du
fauteuil, le proclama Prsident de la Rpublique franaise pour sept
ans  partir du jour o prendrait fin le mandat du Prsident en
exercice.

De longs applaudissements, des cris de Vive la Rpublique! salurent
cette formule sacramentelle,--auxquels firent cho, dehors, dans la cour
de Marbre, sur la place d'Armes, ds que la foule connut les rsultats
du scrutin, d'enthousiastes vivats. Quelques heures plus tard, c'tait
le pays tout entier qui exultait  la nouvelle de cette lection qu'il
souhaitait, qu'il esprait d'une ardeur telle que toute autre l'et du
profondment.



LA VIE DE M. RAYMOND POINCAR

Le nouveau chef d'tat est Lorrain de bonne souche, et, dans les
circonstances actuelles, il n'est pas jusqu' cette origine qui ne donne
au choix de l'Assemble nationale un caractre patriotique, sentimental,
peut-on dire, dont le peuple entier a t profondment touch.

[Illustration: M. Antoni Poincar, dans les dernires annes de sa vie,
photographi par Mme Raymond Poincar.]

M. Poincar (Raymond-Nicolas-Landry, sur les registres de l'tat civil)
est n, en effet,  Bar-le-Duc le 20 aot 1860. Son pre, Antoni
Poincar--. Un Nancen--mort l'an dernier inspecteur gnral des ponts
et chausses, tait alors, dans cette ville, ingnieur ordinaire au
corps. Il habitait, dans la rue des Tanneurs, qui a depuis chang son
nom expressif pour celui de rue Nve, une maison de dcorative
apparence, qui garde encore le caractre sobre et lgant des
architectures du dix-huitime sicle, mais qui, en ralit, est beaucoup
plus ancienne. En arrire, est un jardinet trs simple que coupe un
canal aux sombres eaux vives, une drivation de l'Ornain au bord de
laquelle, probablement, en des temps lointains, s'chelonnaient les
ateliers qui avaient donn  la rue des Tanneurs sa vieille
dnomination.

[Illustration: Le petit Raymond Poincar,  six mois, sur les genoux de
sa mre;  trois ans, prs de son chien favori; le jour de sa premire
communion. TROIS INSTANTANS DE L'ENFANT QUI DEVAIT TRE UN JOUR
PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE]

L'immeuble appartint longtemps  M. Ficatier-Gillon, grand-pre maternel
de M. Raymond Poincar. Ce nom de Gillon est vnr dans le Barrois,
ayant t illustr tour  tour par Jean Landry Gillon qui, sous le rgne
de Louis-Philippe, avocat gnral  la Cour de cassation, fut lu neuf
fois dput de la Meuse, preuve clatante de son ascendant sur ses
compatriotes, et par Paulin Gillon, avocat, maire de Bar de 1840  1848,
puis galement dput, puis enfin snateur inamovible et sur qui un
dicton charmant courait, l-bas, au pays: Paulin Gillon,  l'occasion,
sait dpouiller sa table pour faire une bonne action. Le premier tait
l'arrire-grand-pre, le second le grand-oncle du nouveau Prsident.

[Illustration: Le lyce de Bar-le-Duc, o le jeune Raymond Poincar fit
ses tudes.--_Phot. Oterlaender._]

La maison familiale de la rue des Tanneurs passa plus tard au docteur
Enard dont le fils, lui-mme mdecin distingu, continue de l'habiter et
en fait, avec infiniment de bonne grce, les honneurs aux visiteurs
curieux. Et Mme Enard mre voque la figure de l'enfant aujourd'hui lev
si haut, du petit monsieur Raymond, srieux de toujours, appliqu,
prcis; montre, au pied d'un vieil arbre, le banc de fonte o, studieux
colier, il prparait ses leons, et la fentre de laquelle il fixa, en
un dessin hsitant que conserve pieusement quelque intime, le panorama
pittoresque du vieux Bar juch sur sa colline.

La prcoce maturit du caractre, c'est la premire qualit que
s'accordent  discerner, chez M. Raymond Poincar, ceux qui le connurent
jeune, ses condisciples d'il y a trente  quarante ans, ceux qui
l'accompagnaient, le matin, au lyce par cette rue de la Banque toute
borde de souvenirs mouvants: la maison qu'occupa Bismarck aux jours
tragiques, celle o logeait Moltke, et la Banque elle-mme, le vaste
htel o s'installa le roi Guillaume et o se dcida, en conseil de
guerre, le fameux mouvement tournant qui aboutit  la prise de Sedan.

[Illustration: Le Clos, vu du jardin.]

[Illustration: Le Clos et la campagne environnante.]



LA PROPRIT DE M. RAYMOND POINCAR, A SAMPIGNY, DANS LA MEUSE

Au reste, ce pays, tel qu'il apparat, du moins, en cette saison, voil
de brumes, paillet de givre, ce pays, dont rvera, quelques annes plus
tard, nostalgique, le lycen de Bar exil  Paris et intern 
Louis-le-Grand, semble prdisposer aux penses graves. Il apparat
lui-mme songeur, svre un peu, malgr la courbe molle de ses collines
et l'argent frissonnant de ses rivires enchsses dans l'mail vert des
prairies gorges d'eau. De Bar-le-Duc  Sampigny, petit bourg trs fier,
dsormais, de possder le castel neuf, aux toits lancs, qui s'rige au
bord d'un domaine modeste o, chaque t, le Prsident vient jouir de
quelques semaines de repos, de Sampigny  Nubcourt o, dans un petit
enclos ombreux,  l'cart des tombes du village dferlant au pied des
murs d'un vieux sanctuaire roman, ondulent les spultures des familles
Gillon, Ficatier, Poincar, les lames sous lesquelles reposent et Landry
et Paulin Gillon, et le tertre o l'on tendit, voil un an  peine, la
dpouille d'Antoni Poincar, prs d'une autre place prpare dont
l'cusson vide attendra longtemps encore, nous l'esprons, le nom de
Nanine-Marie Ficatier, son pouse; dans toute cette contre si proche
des frontires, attentive comme une sentinelle, sur les routes sinueuses
et accidentes o,  chaque dtour, presque, on croise ou l'on dpasse
quelque troupe en manoeuvres, quelque patrouille, o  chaque pas vous
salue d'un sourire plein de confiance et d'entrain quelque petit soldat
courb sur une ingrate et ncessaire besogne de terrassier, du haut des
collines rondes,  travers les bois poudrs  frimas, ce qu'on prouve
c'est une impression de recueillement, non point mlancolique et dolent,
comme en Bretagne par exemple, mais volontaire, mais concentr, profond.
Et la devise de Bar-le-Duc traduit  merveille l'tat d'me des hommes
issus de ce fort terroir qui vous conquiert sans s'y appliquer par des
sourires: Plus penser que dire.

Le jeune Raymond Poincar quitta le pays de son enfance  seize ans,
pour venir faire  Paris sa rhtorique suprieure et sa philosophie. Son
dpart du lyce de Bar laissait  ses mules affectueux,  ses amis de
coeur, qui s'appelaient Pol Brouchot, aujourd'hui conseiller  la cour
de Paris, Lon Oudinot, mort censeur des tudes au lyce Buffon, et
Henry Bohn, qui fut sous-inspecteur de l'enregistrement et qui a disparu
aussi, des gerbes de lauriers  se partager. Il est amusant de
feuilleter les palmars des dernires distributions de prix o il fut
nomm; son nom y figure  chaque paragraphe: excellence, narration
latine, narration franaise, version latine, version grecque, thme
grec, histoire, gographie, allemand, mathmatiques, histoire naturelle,
dessin d'imitation,... les lettres, les sciences, les arts mme, son
intelligence vive s'assimile avec une aisance gale toutes les matires
du programme. Un de ses professeurs  Louis-le-Grand, M. Lafon,
l'orientera vers les lettres et dcidera de sa vocation.



LA CARRIRE POLITIQUE

Bachelier, puis licenci s lettres, l'tudiant dut interrompre, en
1879, son droit pour satisfaire, comme volontaire d'un an aux
obligations militaires. Elles furent lgres  cet homme de devoir,  ce
Lorrain patriote fervent. On a eu raison, crivait-il de Nancy, o il
tait incorpor au 26e d'infanterie,  son ami Pol Brouchot, on a eu
raison de te dire que mon volontariat m'est une tche fort douce et ceux
qui t'ont assur que je n'avais pas encore trouv ici l'occasion de me
chagriner ne sont pas des conteurs.

Il tait caporal quand il passa ses examens de seconde anne. Au sortir
du rgiment il tait sergent. Et il tmoigna de son amour du mtier
militaire en servant tour  tour comme sous-lieutenant de rserve aux
chasseurs  pied, puis comme lieutenant et comme capitaine aux alpins.

En 1880, il entrait au barreau, et Me du Buit le choisissait comme
secrtaire: ce fut l'aurore de sa carrire au Palais, o il devait
bientt se classer parmi les matres. C'est  ce moment que, curieux
sans doute de connatre un domaine voisin de celui qui tait sien, il
fut--il veut bien, avec cette dlicieuse urbanit qui est l'une de ses
qualits les plus sduisantes, le rappeler  l'occasion  ceux d'entre
nous qu'il accueille--un peu notre confrre, ayant assum les fonctions
de chroniqueur judiciaire au _Voltaire_.

Il commena sa carrire politique comme chef de cabinet de M. Jules
Develle, son compatriote, titulaire, dans le cabinet Freycinet, en 1886,
du portefeuille de l'Agriculture. Ce fut alors qu'il posa sa
candidature, comme conseiller gnral, dans le canton de Pierrefitte
(dont Sampigny, son actuelle rsidence d't, est l'une des communes).
Il fut lu. L'anne suivante, il remplaait comme dput de Commercy M.
Liouville. L'arrondissement, fidle, lui renouvela son mandat jusqu'en
1902, jusqu'au moment o il passa de la Chambre au Snat.

[Illustration: M. Raymond Poincar, dput de la Meuse,  27 ans.]

A la Chambre des dputs, M. Raymond Poincar avait, d'emble, conquis
une situation enviable. Un discours sur le budget des finances, en
octobre 1890, avait mis en lumire la clart de son esprit, son entente
des affaires publiques. En 1893, il se voyait confier le rapport gnral
sur le budget. Cette mme anne, il faisait partie, comme ministre de
l'Instruction publique, du cabinet Charles Dupuy, qui dura seulement
quelques mois (avril-dcembre). Mais quand, six mois plus tard, M.
Charles Dupuy reprit la prsidence du Conseil, il confia  M. Raymond
Poincar le ministre des Finances (juin 1894  janvier 1895). M. Ribot,
qui succda  M. Ch. Dupuy comme chef du gouvernement, conserva ce
collaborateur prcieux, que la souplesse de son esprit et l'tendue de
ses connaissances mettaient  mme de rendre,  la tte de l'un ou
l'autre dpartement, des services distingus, lui confiant derechef le
ministre de l'Instruction publique.

[Illustration: Mme Raymond Poincar. Phot. Nadar.]

La chute du cabinet Ribot fit rentrer dans le rang M. Raymond Poincar.
Ses collgues le portrent bientt  la vice-prsidence de la Chambre,
o il fut tour  tour rlu trois fois (1896-1897-1898).

M. Sarrien, en mars 1906, le rappela au pouvoir, lui attribuant le
ministre des Finances, qu'il abandonna au moment o M. Clemenceau fut
appel  former un cabinet.

A la fin de 1911, priode trouble, inquite, on discutait le trait
franco-allemand. M. Raymond Poincar tait charg, par le Snat, de
rdiger le rapport sur cet instrument diplomatique lorsque tomba le
ministre Caillaux. C'est alors qu'il fut appel--janvier 1912-- former
le cabinet aux destines duquel il prsida jusqu'au 17 janvier dernier.

Au cours de ses passages successifs au ministre, M. Raymond Poincar a
attach son nom  diverses rformes ou actes politiques importants. Il a
fait proclamer l'autonomie des Universits, cr le doctorat s sciences
politiques et administratives, fait adopter l'impt progressif sur les
successions, puis, prsident du Conseil, fait ratifier au Parlement le
trait franco-allemand et le trait franco-espagnol, voter le trait
instituant le protectorat marocain et, enfin, fait accepter par la
Chambre la rforme lectorale.

Au moment o l'Assemble nationale vient de donner  sa politique
gnrale une si haute et si loquente conscration, il sied de rappeler,
bien que ces souvenirs soient encore tout frais dans nos mmoires, avec
quel fier souci de la dignit nationale il a dirig, depuis un an, les
affaires extrieures de la France.

En ces derniers mois, il avait assum un rle agissant qui lui avait
confr, aux yeux de l'Europe entire, un prestige considrable. Ds que
se dessina la crise balkanique, il avait pris l'initiative gnreuse de
faire, appel  une entente des puissances en vue d'une action
pacificatrice. Il n'a pas dpendu de ses sages conseils, des vaillants
efforts qu'il multiplia jusqu'au bout, que l'orage actuel ne ft
conjur. Le mrite de son attitude, si conforme  la grande tradition
franaise, demeure entier  son actif: il s'est, en ces jours troubls,
inquitants, affirm grand homme d'tat. Son influence dans la politique
intrieure ne fut pas moins bienfaisante. L'autorit avec laquelle, au
nom de la France, il avait paru devant l'Europe, ferme sans provocation,
l'esprit conciliant mais rsolu qu'il avait montr en face des
adversaires mmes du dedans, ce sont les deux bases solides de l'estime,
de l'affection que lui a voues la foule quitable.



L'ACADMICIEN

M. Raymond Poincar est, depuis 1909, membre de l'Acadmie franaise o
il a remplac cet autre Lorrain admirable, mile Gebhart et o l'a
accueilli M. Ernest Lavisse.

En dehors des classiques thses de doctorat, en dehors mme de son
oeuvre oratoire, plaidoiries, discours politiques, d'une pense si forte
et d'une forme littraire si parfaite, il tait dsign au choix de
l'illustre Compagnie par un ouvrage qui, sous le titre _Ides
contemporaines_, publi en 1906, contient une srie d'tudes sur des
sujets trs divers, du Courage fiscal  un loge d'Arago, d'un
chapitre sur l'ducation des jeunes filles  un autre sur Jeanne
d'Arc et l'ide nationale, o son esprit pntrant, son talent sobre et
de grand style se montrent sous les aspects les plus varis et les plus
captivants.

Et, dtail piquant, celui qui, dans quelques semaines, va porter en
charpe le grand cordon de la Lgion d'honneur n'tait, jusqu' prsent,
pas mme chevalier de l'ordre... Que, d'ailleurs, on n'en prenne pas
texte pour rcriminer contre l'injustice de ceux qui rcompensent les
mrites. La vrit est que M. Raymond Poincar tait entr dans la
politique, tait ministre mme avant l'ge o les plus ambitieux peuvent
songer  la croix,--et qu'une loi svre interdit aux parlementaires en
fonctions de la recevoir, quels que soient les services qu'ils puissent
rendre  la Rpublique.

G. B.



[Illustration: L'lment fminin au Congrs de Versailles: le couloir
des tribunes rserves. _Dessin de Simont_.]

LES COULISSES DU CONGRS

DANS LES COULOIRS DES TRIBUNES

Nous montrons, plus loin, par un document photographique qui fixe une
minute d'histoire, l'acte dcisif du Congrs, la proclamation, devant
l'Assemble nationale, du nouveau prsident de la Rpublique. Mais ce
n'est pas dans la salle des sances que se joua tout entire la partie
engage pour la plus haute magistrature de l'tat. Et les coulisses,
mondaines et politiques, de l'lection prsentrent, en cette journe
mmorable, de curieux aspects.

[Illustration: M. Antonin Dubost ouvrant la sance. _Croquis de H. Le
Riche._]

Dans le couloir des tribunes rserves  d'heureux et rares invits, 
l'heure du vote, on se croirait presque dans un couloir de thtre,
pendant un entr'acte de rptition gnrale. Le spectacle parlementaire
qui se donne ici est, en effet, fort couru, et jamais, de mmoire de
congressiste, on ne vit salle plus brillante, plus nombreuse en jolies
femmes. Elles sont venues l, attires par la grande affaire parisienne
qu'est avant tout,  leurs yeux, l'lection prsidentielle, excites
comme par l'attrait d'une pice nouvelle, dont on a beaucoup parl avant
que le rideau se lve, et dont on attend beaucoup: sera-ce le triomphe
indiscutable, complet, ou simplement le succs d'estime?

De leurs fauteuils de balcon o elles formaient la plus gracieuse des
corbeilles, elles ont assist  la premire partie du
spectacle,--entendez la proclamation du premier scrutin. Et maintenant,
rpandues dans les couloirs, elles changent leurs impressions et leurs
voeux, consultent l'important personnage qui passe, un papier  la main,
discutent les chiffres, commentent les rsultats. Tandis qu'en bas, dans
la galerie des Bustes, les dernires passions se mlent et se heurtent 
grand bruit, ici on cause discrtement,  voix douce, comme dans un
salon. Une runion mondaine s'est improvise, en un coin du palais o
s'agitent les destines de la France. Et sans doute en est-il, parmi ces
lgantes, qui, reprises bientt par des proccupations moins graves,
s'interrompent de parler politique, pour aborder le
chapitre--inpuisable--des toilettes.

DANS LA GALERIE DES BUSTES

Cependant le second tour a commenc, et la salle des sances, o tout 
l'heure se pressaient, impatients d'entendre proclamer le premier
scrutin, les membres de l'Assemble nationale, s'est vide en un
instant. C'est maintenant dans la galerie des Bustes, emplie de rumeurs,
qu'est le spectacle.

[Illustration: M. Aynard et M. Mline.]

[Illustration: M. Combes et M. Ribot.]

[Illustration: M. Deschanel. Dans la galerie des Bustes, pendant le
scrutin. _Croquis de H. Le Riche._]

[Illustration: Les discussions de la dernire heure dans la galerie des
Bustes, pendant qu'on vote dans l'hmicycle. Debout, au premier plan, M.
Combes et l'abb Lemire; au milieu d'un groupe, M. Aristide Briand
adjurant quelques adversaires de grossir la majorit de M. Poincar dont
l'lection est dj certaine;  gauche, deux dessinateurs de
_L'Illustration. Dessin de Lon Fauret._]

Tandis que chacun va successivement voter, des groupes se forment prs
des portes, autour de la table o sont poss les bulletins. Snateurs et
dputs s'abordent, s'interrogent, changent un mot, un sourire,
rapprochs et spars au hasard des rencontres. Certains se flicitent,
escomptant le succs de leur candidat; d'autres discutent encore, non
sans vhmence. Des colloques s'tablissent, dont plus d'un parat
imprvu: M. Ribot se penche vers M. Combes, qui, l'instant d'avant
s'entretenait avec l'abb Lemire. Trs entour, M. Briand exhorte, avec
sa persuasive loquence, plusieurs parlementaires  faire l'union
rpublicaine sur le nom de M. Poincar. Cependant, comme le jour tombe,
une longue thorie d'huissiers traverse la galerie, porteurs de lampes
destines aux salons voisins, o des remuons se tiennent... La bataille
va s'achever.

[Illustration: UNE MINUTE HISTORIQUE AU CONGRS DE VERSAILLES.--Le
prsident de l'Assemble nationale, M. Antonin Dubost, lit les rsultats
dfinitifs du second scrutin qui donne la majorit absolue  M. Raymond
Poincar.--_Phot. Ren Millaud_.]

Il est exactement six heures quarante-cinq. Aprs la suspension de
sance d'une heure qui a suivi le second scrutin, le prsident de
l'Assemble nationale a fait son entre dans la salle du Congrs, peu 
peu dserte pendant les oprations de dpouillement et o viennent
d'affluer en un clin d'oeil, dans toutes les traves, de l'extrme
droite  l'extrme gauche, les 872 votants. L'instant est solennel. Une
heure et une date se fixent dans l'histoire parlementaire de la France;
toute l'attention, tous les regards des congressistes vont au prsident
de l'Assemble qui se lve, et il y a une minute d'immobilit et de
silence,--tandis qu'au-dessus de ce millier de ttes o viennent de
bouillonner les passions politiques, tout l-haut, allong sur la
toiture vitre de la salle, un audacieux oprateur prend un clich
unique dans les annales de la photographie. Il remplit, lui aussi, son
rle historique avec vaillance et prcision et saisit, dans toute son
ampleur, avec tous ses premiers rles et tous ses figurants, la
physionomie de ce Congrs du 17 janvier, que les circonstances, les
luttes ardentes de la veille et les indications prcises de l'opinion
nationale auront rendu exceptionnel.

[Illustration: LA POPULARIT DU NOUVEAU PRSIDENT.--M. Poincar, le soir
de son lection, parat (entour de sa famille et de quelques amis) 
une fentre de son htel, rue du Commandant-Marchand, pour rpondre 
ceux qui sont venus l'acclamer.]

M. Poincar a connu, le 17 janvier, les premires motions de la grande
popularit. Les Parisiens attendaient impatiemment, mais sans vouloir
douter de sa victoire, la dcision du Congrs: ils l'ont accueillie avec
une joie unanime. Et ce furent, sur les boulevards, devant les
transparents des journaux annonant, en lettres lumineuses, les
rsultats officiels, dans les cinmatographes o dj se droulaient,
sur l'cran, les pripties de la journe, des manifestations spontanes
en l'honneur du nouveau prsident de la Rpublique.

Salu par des ovations chaleureuses  son retour de Versailles, devant
la gare des Invalides, et aux abords de l'Elyse, o il tait all,
selon le protocole, rendre visite  M. Fallires, l'lu du Congrs avait
regagn son htel de la rue du Commandant-Marchand. Plusieurs milliers
de personnes vinrent l'y acclamer vers 11 heures, demandant  grands
cris qu'il se montrt. Et M. Poincar dut paratre  son balcon, entour
de Mme Poincar--que rclamait aussi la foule, et qui eut sa part des
applaudissements--et de quelques amis, tandis que les photographes se
htaient de prendre des clichs de cette scne,  la vive lumire du
magnsium.



[Illustration: Pour M. Pams: M. Georges Clemenceau.]

[Illustration: Pour M. Poincar: M. Briand.]

LES DEUX GRANDS LECTEURS DU CONGRS DE VERSAILLES

LE NOUVEAU CABINET

Au lendemain de son lection  la prsidence de la Rpublique, M.
Raymond Poincar, en complet accord avec ses collgues, remettait  M.
Armand Fallires la dmission du ministre. Le soir mme, le chef de
l'tat confiait  M. Aristide Briand la mission de former le nouveau
cabinet.

La tche qu'avait assume allgrement M. Aristide Briand lui fut facile.

Son rve et t de conserver, groups autour de lui, tous les
collaborateurs du cabinet Poincar, puisque aussi bien il entend
continuer la politique qui, depuis un an, a donn de si fconds
rsultats. Mais en dehors de M. Pams, qui s'tait retir la veille de
l'lection prsidentielle, trois autres de ses collgues lui exprimrent
le regret de ne pouvoir demeurer  ses cts: MM. Delcass, ministre de
la Marine, Lon Bourgeois, ministre du Travail, et M. Lebrun, qui avait
remplac au ministre de la Guerre M. Millerand. Il fallut donc
pourvoir--avec celui des Affaires trangres--quatre portefeuilles de
titulaires nouveaux. De plus, quelques remaniements furent ncessaires
dans l'attribution des autres dpartements, M. Aristide Briand tenant 
prendre, avec la prsidence du Conseil, le ministre de l'Intrieur.

Le ministre fut constitu ds mardi soir:

Dix de ses membres appartenaient dj  l'ancien cabinet, cinq qui y
reprennent des portefeuilles avaient prcdemment t ministres: M.
Barthou, qui remplace M. Aristide Briand  la vice-prsidence du conseil
des ministres, avait dj occup ces hautes fonctions. M. Jonnart a t
ministre des Travaux publics en 1893-1894, mais il s'est surtout impos
 l'attention dans les hautes fonctions de gouverneur gnral de
l'Algrie, auxquelles il fut appel  deux reprises, en 1900, puis de
1903  1911. M. Eugne Etienne, qui avait t auparavant ministre de
l'Intrieur, prit le portefeuille de la Guerre dans le cabinet Rouvier
et le conserva dans le cabinet Sarrien. Enfin, M. Pierre Baudin, ancien
ministre des Travaux publics, est dsign pour prsider aux destines de
la marine par sa qualit de prsident de la Ligue maritime, et par
l'intelligente sollicitude qu'il a toujours montre aux choses de la
marine.

[Illustration:

M. Fernand David. M. Bourly. M. P. Morel. H. Chaumet. M. J. Dupuy.
Agriculture. S.-s. Finances. S.-s. Intrieur. S.-s. Postes. Travaux publ.

E. Besnard. M. Jonnart. M. Guist'hau. M. L. Barthou. M. Briand. M. J. Morel.
Travail. Maires tr. Commerce. Justice. Intrieur. Colonies.

M. Klotz. M. P. Baudin M. Steeg M. I. Brard. M. Etienne.
Finances. Marine. Instr. publ. S.-s. Beaux-Arts, Guerre.

LE NOUVEAU MINISTRE, PRSID PAR M. BRIAND.--_Phot. H. Manuel._]



[Illustration: LES SOUVENIRS DE L'POPE, A NICOPOLIS.--La princesse
Marie Bonaparte (Georges de Grce) visite les lieux o furent ensevelis,
en 1798, parmi les ruines antiques, les hroques dfenseurs franais de
Preveza.--_Phot. S. Vlasto._]

On a dit avec quel dvouement les jeunes princesses de la famille royale
de Grce ont organis les secours aux blesss en Grce, en Thessalie et
en Epire, mais il sera particulirement agrable aux Franais qu'un ami
de _L'Illustration_, actuellement en Epire, M. S. Vlasto, leur signale
le rle bienfaisant, en cette guerre, d'une princesse de France, la
princesse Georges de Grce, ne princesse Marie Bonaparte:

Aprs avoir install  ses frais le vaisseau-hpital _Albania_, la
princesse Marie est venue  Preveza o, de ses deniers, elle a cr un
hpital qu'elle a plac sous la direction de Mme Panas, veuve du clbre
chirurgien, dame de la Croix-Rouge franaise.

Toute l'Epire est sous le charme de cette princesse franaise qui ne
recule devant aucune fatigue, visite et soigne elle-mme les blesss,
organise des soupes populaires pour les rfugis et porte partout le
rayonnement de sa bont et de sa beaut.

 Le hasard a conduit les pas de la princesse Marie  Nicopolis o eut
lieu en 1798 la dfense hroque de 280 Franais assigs par 6.000
sauvages musulmans sous les ordres de Mouktar pacha, le fils du fameux
Ali, pacha de Janina.

Fouqueville raconte (tome I, chapitre IV, de son _Histoire de la
rgnration de la Grce_) l'admirable rsistance de quelques soldats
franais conduits par Tissot et le capitaine Richemond. Il dcrit
l'affreux massacre des prisonniers, le bras du bourreau ngre qui
n'avait cess d'gorger s'arrta, son corps s'agita convulsivement, ses
genoux flchirent et il vint tomber asphyxi au milieu des martyrs.

La photographie reprsente la princesse Marie, qui, adosse aux murs du
petit thtre antique de Nicopolis, contemple les lieux o furent
massacrs et o sont enterrs les soldats de Bonaparte.

[Illustration: Les porte-drapeau des rgiments qui ont combattu en
Tripolitaine, suivis de leurs colonels respectifs, gravissent l'autel de
la Patrie, o le roi d'Italie pingle sur chaque tendard la mdaille de
la campagne de Libye.--_Phot. Vaucher et Luigi Veccia._]



APRS LA CONQUTE

_Notre correspondant de Rome nous crit:_

Rome, revtue de sa parure de fte, a reu hier, 19 janvier, les
dlgations des rgiments qui ont pris part  la campagne de
Tripolitaine et qui venaient dans la capitale pour faire dcorer leurs
drapeaux par le roi.

La crmonie, magnifique, fut empreinte d'un caractre de noblesse et de
grandeur qui impressionna profondment tous ceux qui y assistrent.

Aprs une revue  Castro Pretorio, les troupes de Libye, y compris un
bataillon d'asoari, dnirent devant les souverains, sur la place de
l'Indpendance.

Du terrain de la revue jusqu' la piazza Venezia, les troupes de la
garnison de Rome en grande tenue formaient la haie, tandis que leurs
camarades rentrs d'Afrique passaient en tenue de campagne, au milieu
des hourras et des fleurs dont la foule tait prodigue.

Ensuite, sur le monument Victor-Emmanuel II lui-mme, la crmonie
principale se droula en une vritable apothose.

Les souverains et la reine mre, ayant  leurs cts tous les princes de
la maison de Savoie, vinrent se placer sur le monument, au pied de
l'autel de la Patrie.

Les officiers qui venaient de combattre en Libye se grouprent galement
sur le monument; en bas,  droite, prirent place les gnraux et les
amiraux, et,  gauche, les dputs et les snateurs.

Alors, sur un signe du ministre de la Guerre, le gnral Spingardi, les
porte-drapeau dont les tendards vont tre dcors s'avancent sur un
rang, suivis des colonels de chaque rgiment.

Le moment est solennel. Sur la grande place, les troupes sont masses en
carr; c'est une ferie de couleurs et d'armes qui tincellent au
soleil. Les drapeaux, dont quelques-uns sont en loques, s'inclinent
devant le roi, qui, aprs avoir entendu un bref discours de prsentation
du ministre de la Guerre, s'avance et pingle tour  tour sur la soie
glorieuse la mdaille conquise en Libye.

La crmonie termine, les souverains, escorts d'un brillant tat-major
et de tous les princes royaux, sont rentrs au Quirinal o la foule leur
fit de chaudes ovations.

Le soir, au thtre Constanzi, eut lieu une grande reprsentation de
gala  laquelle les souverains assistrent.

La journe du 19 janvier peut tre considre comme le digne
couronnement de la guerre italo-turque et de la conqute de la
Tripolitaine.

[Illustration: MM. de Giers. de Wangenheim. Garoni. Bompard. Pallavicini.
Grard Lowther.

(Russie). (Allemagne). (Italie). (France). (Autriche-Hongrie).
(Angleterre).

Les ambassadeurs sortent de la Sublime-Porte, aprs avoir remis la note
des puissances. _Phot. du Dr Renzo Larco, envoy spcial du_ Corriere
della Sera.]

Il faut noter l'amabilit avec laquelle la presse trangre a t admise
 participer  la fte. On a voulu lui faire oublier les rigueurs de la
censure qui, pendant l'anne de guerre, fut inexorable, et on y a
pleinement russi.

ROBERT VAUCHER.



LES GRANDES PUISSANCES
ET LA TURQUIE

La note collective des grandes puissances qui, ainsi que nous l'avons
indiqu la semaine dernire, conseillait  la Turquie de cder
Andrinople et d'abandonner  l'Europe la solution de la question des
les, a t remise  la Porte par les ambassadeurs le jour mme o
paraissait notre prcdent numro. Les reprsentants des six grandes
puissances s'taient donn rendez-vous, le 17 janvier,  3 heures,  la
Sublime-Porte o le marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche-Hongrie
et doyen du corps diplomatique, a pris seul la parole: Au nom de nos
gouvernements, a-t-il dit au ministre des Affaires trangres ottoman,
nous avons l'honneur de vous remettre la prsente note  laquelle nous
vous prions de rpondre le plus tt possible.--Le gouvernement
imprial rpondra dans le plus bref dlai, dit Noradounghian Gabriel
effendi, en recevant le document.

L'entrevue, trs courtoise, ne dura que quelques minutes et les
ambassadeurs se retirrent, tandis qu'un de nos confrres italiens, le
docteur Renzo Larco, correspondant du _Corriere della Sera_, russissait
 prendre un clich du groupe sortant de la, Sublime-Porte.

L'impression gnrale, sur le moment, tait que l'on se heurterait, du
ct du gouvernement turc,  une rsistance traduite par un refus poli
de cder Andrinople. Mais ces derniers jours, aprs la dmarche
collective, il semble bien que de nouvelles instances individuelles et
pressantes dis plusieurs des ambassadeurs ont fortement influenc les
ministres ottomans, qui sont maintenant rsigns aux suprmes
sacrifices, le haut conseil de dignitaires et de fonctionnaires convoqu
par le gouvernement s'tant prononc, comme on le prvoyait, en faveur
de la paix.

Il faut cependant aussi tenir compte, en ces circonstances, du sentiment
de l'arme, dont l'tat moral, depuis l'arrive  Tchataldja d'Enver
bey, de Fethi bey et des hros de Tripoli, se serait compltement
transform et qui, avec ses 200.000 hommes camps entre Tchataldja et
Gallipoli  moins de 50 kilomtres de Constantinople, constitue une
puissance qu'on ne saurait ngliger dans les dcisions actuelles.



LES LIVRES & LES CRIVAINS

_La Question d'Orient en 1913._

Dans la nuit du 9 au 10 janvier 1853, tandis qu'on dansait au Palais
d'Hiver de Saint-Ptersbourg, l'empereur Nicolas prenait  part, fort
amicalement, l'ambassadeur de la reine, lord Seymour, et lui disait ces
paroles historiques: Milord, nous avons sur les bras un _homme malade_,
gravement malade, ce serait un grand malheur s'il devait nous chapper
avant que les dispositions ncessaires fussent prises. L'agonisant
dont, il y a soixante ans, la fin prochaine proccupait si vivement le
tsar, c'tait le Turc, rcemment amput de la Grce et de l'gypte, et
fort incompltement remis de ses dernires angoisses. En dpit des
pronostics, le malade a pu survivre  la crise qui le menaait alors et
 bien d'autres crises depuis. Mais on ne se refait pas une sant avec
d'incessantes oprations chirurgicales ou des panaces empiriques, et
l'heure fatale parat bien avoir sonn en ce dbut de 1913, o toute
l'Europe, de nouveau, se rassemble _Au chevet de la Turquie_. L'image
est de M. Stphane Lauzanne. Elle rend parfaitement sensible la
situation diplomatique d'aujourd'hui et elle donne le meilleur des
titres au volume tout frmissant d'actualit que vient de publier le
brillant rdacteur en chef du _Matin_.

Le livre de M. Stphane Lauzanne (Ed. Fayard) est le premier ouvrage o
se trouvent runis--et  quelle heure opportune!--en une srie de
chapitres clairs, anims, pittoresques et substantiels, toutes les ides
intressantes, tous les documents utiles, tous les faits notables qui
fixent la question d'Orient, en 1913. Dj, sans doute, dans ses lettres
et ses dpches, M. Stphane Lauzanne nous avait fait connatre les
lments prcieux de son enqute sur le Bosphore, parmi les foules de
Pra, dans les palais de Constantinople, ou dans l'tat-major de
Tchataldja; dj, il nous avait silhouett en traits prcis le visage
armnien de Noradounghian Gabriel effendi, le ministre des Affaires
trangres, fin lettr, ainsi que la haute et lourde silhouette du
gnralissime Nazim, qui ne manque ni de bon sens, ni de valeur, mais
dont le principal dfaut est de faire tout un peu tard; et aussi la
douloureuse physionomie du grand vizir Kiamil, le grle octognaire qui
incarne toute l'angoisse ottomane, et encore la double face de Mahmoud
Chefket, qui mina son propre effort de rorganisation matrielle de
l'arme en ruinant le moral traditionnel du soldat musulman; et enfin la
sympathique figure du vaillant et malheureux Mahmoud Mouktar... Mais
toutes ces notes, htives et colores, devaient tre lies entre elles
et prsentes en mme temps que l'expos--contrl, complt et libr
de la censure--des grands faits militaires, en un tableau d'ensemble, un
tableau d'histoire de la Turquie d'Europe  ses derniers jours. Il n'est
pas un chapitre de ce livre qui ne fournt  l'esprit soucieux
d'actualits des indications prcieuses et des sujets de mditation ou
de discussion. Mais surtout on lit avec stupeur les pages rvlatrices,
documentaires, sur l'extraordinaire panique de Kirk-Kiliss qui dcida,
semble-t-il, de la dfaite de l'empire et parat avoir t comme voulue
par le destin. Il y a aussi un chapitre trs renseign sur les
massacres, les fameux massacres si exclusivement reprochs aux Turcs.

--Jamais, affirmait la soeur Jeanne, directrice de l'hpital franais de
Constantinople, jamais une de nos soeurs n'a t moleste ou inquite.
Il y en eut qui s'en furent exercer leur ministre jusqu'au fond des
montagnes d'Armnie: pas une seule n'a t outrage ou malmene. Nous
n'avons pas eu  nous plaindre des Turcs. Notre robe est plus sacre
pour eux que pour beaucoup de chrtiens.

Quant au gnral Baumann, le rorganisateur franais de la gendarmerie
ottomane, il a rpt bien des fois depuis les dbuts de la guerre:

--Ne croyez pas que les massacreurs furent toujours les Turcs. Ne croyez
pas que les victimes furent toujours les Bulgares ou les Grecs. Si vous
voulez connatre la vrit telle qu'elle est, lisez les rapports que les
onze officiers franais qui sont de votre race, de votre mentalit, de
votre croyance, ont rdigs depuis des mois sur les vnements de
Macdoine. Et puis vous jugerez.

M. Stphane Lauzanne nous donne des extraits de ces rapports. Ils sont
difiants et mritaient vraiment quelque publicit. Mais, s'il en
rsulte que, peut-tre en Macdoine, ce ne sont pas toujours les mmes
qui ont t massacrs, on n'en devait pas moins souhaiter que cette re
de sauvagerie prt fin d'une faon ou d'une autre et qu' des mains plus
adroites ou plus fermes ft confie l'oeuvre, ddaigne par les Turcs,
de rconciliation nationale et de rgnration conomique.

On attendait impatiemment un livre rcent et complet ou, du moins, aussi
complet que possible sur l'Albanie et les Albanais. Ce livre: l'_Albanie
inconnue_ (Hachette), parat aujourd'hui sous la signature de M. Gabriel
Louis-Jaray. Selon l'heureuse expression de M. Gabriel Hanotaux en sa
belle prface, cet ouvrage arrive  son heure puisqu'il rvle 
l'Europe la plus attarde de ses provinces au moment o elle devient la
plus jeune de ses nations. En l't 1909, pouss par un instinct
vraiment divinatoire, M. Louis-Jaray a russi  franchir les montagnes
centrales de Licema et de Mirdite o nul tranger ne s'tait aventur
avant lui, et c'est le rcit de cette excursion hardie, de ce voyage
presque impossible que vulgarise son livre d'aujourd'hui. On suit
l'explorateur et ses quinze hommes d'escorte dans la marche redoutable
qu'il accomplit en boucle depuis Uskub jusqu' l'Adriatique par
Pritchina, Mitrovitza, Spek, Prizrend, Licema, Orosch au pays des
Mirdites, Scutari, Antivari, San Giovanni di Medua, Durazzo pour revenir
 Uskub; et tous ces noms, devenus soudainement clbres, s'appliquent,
en suivant cet itinraire,  des ralits, voquent  la fois des
paysages grandioses et des intrts humains, racontent des traditions et
des motions qui prsentent l'Albanie--la principaut indpendante de
demain--avec le fort relief de son caractre  la fois sauvage et
antique dans l'volution moderne europenne.

A mentionner, enfin, dans la bibliographie rcente de la question
d'Orient, le pittoresque recueil d'observations (Ed. P. Roger, 4 fr.),
notes sur place par M. A. Muzet, _Aux pays balkaniques: Montngro,
Serbie, Bulgarie_.

Actualits sociales.

Il y a quelque chose de chang en France. Voil ce que l'on entend
communment rpter dans notre pays o de nouveau s'exalte superbement
l'ide de patrie. Sans doute, on peut dater de la premire menace
allemande un peu prcise l'origine de ce rveil national. Mais, pour
raliser, chez nous, ce rajeunissement d'me, n'y et-il que l'imminence
du pril extrieur. La vrit aussi, c'est que, depuis trois ou quatre
ans, une gnration toute neuve d'intellectuels est arrive  l'ge
d'homme, une gnration libre du pessimisme, du dogmatisme dcevant
des ans et qui a substitu au got strile de la mditation, le dsir,
la volont vivifiante de l'action.

Si, crivait Renan dans _Patrice_, si Napolon et t aussi critique
que moi, le 18 brumaire n'aurait pas eu lieu. Celui qui veut tout saisir
dans ses concepts est faible et effac, incapable d'agir avec nergie...
Un tel homme est peu fait pour russir auprs des autres hommes, et de
fait, il n'est pas dans les conditions humaines, _il n'est pas n
viable_.

Au cours de sa trs intressante enqute, recueillie par l'_Opinion_, et
dite d'hier par la librairie Plon, Agathon a pu se convaincre et nous
convaincre que _les Jeunes Gens d'aujourd'hui_ sont ns remarquablement
viables. Ils ont le courage, l'espoir, l'optimisme, qui sont les plus
prcieuses des forces sociales. Et ils sentent la vanit de la ngation,
en mme temps que la difficult de se passer d'un absolu moral. D'o,
paralllement  un retour au ralisme politique, un retour  l'idal, au
mysticisme, une renaissance des religions et plus particulirement du
catholicisme. On pourra discuter, en leur dtail, certaines des
affirmations d'Agathon, mais il serait difficile de n'tre point frapp
de la vrit gnrale de ses conclusions que confirme tout ce que, 
l'heure actuelle, nous pouvons observer autour de nous. Dans une seconde
partie du livre d'Agathon, se trouvent runis les tmoignages nouveaux
et galement dcisifs, acquis aprs l'enqute dans tous les milieux
intellectuels o l'on peut maintenant dcouvrir--dit l'un des
tmoins--une intuition rajeunie de la ralit morale qu'est l'me
franaise, l'amour des hommes plutt que des ides, d'un pote plutt
que d'un hmistiche, le got de s'imposer, sans honte, une discipline
morale, tout cela qui fait une gnration srieuse, ardente et riche
de sensibilit.

_Les Fastes rvolutionnaires._ C'est pendant la Terreur, un dimanche, 
Trguier, o, pour la premire fois, se dresse la guillotine. On conduit
 l'chafaud une femme du peuple, une mre, condamne  mort pour avoir
donn asile  des prtres insoumis... Peu aprs 9 heures, on perut,
dominant le pas rythm des soldats, une voix claire, une voix de femme
qui chantait l'_Ave maris Stella_. C'tait la condamne, qu'on emmenait
au supplice. Tous ceux qui, aux coutes, l'entendirent du fond de leurs
maisons en taient immobiles d'angoisse et, derrire ces persiennes
fermes, ces faades mortes, il y avait quelque part des enfants
suffoquant de sanglots, qui reconnaissaient la voix de leur maman. Elle
y pensait, elle le savait, elle chantait pourtant... Elle tait tout en
blanc;  son corsage, elle avait plac cinq fleurs... cinq fleurs qui,
pour elle, avaient nom Ursule, Claudine, Marie, Yves-Louis et
Jean-Baptiste. Et, sous la fracheur de ce bouquet symbolique, son coeur
battait ses dernires pulsations... Dans le nouveau recueil de rcits
rvolutionnaires, auquel nous empruntons ces lignes mouvantes (_Bleus,
Blancs et Rouges_, Perrin, 5 fr.), M. G. Lentre nous convainc aisment
que la Terreur en province fut plus sanglante et plus impitoyable encore
qu' Paris. Tels missionnaires de la Convention y rivalisrent
d'atrocit voulue et raffine. Durant le demi-sicle qui suivit la
Rvolution, les survivants de l'un et de l'autre camp, encore sous
l'treinte de l'effrayant cauchemar, se refusaient d'un tacite accord 
en voquer certaines visions trop repoussantes... Mais,  prsent que la
mode est de discrditer systmatiquement les victimes et d'exalter
effrontment les oppresseurs, une telle rserve n'est plus autorise.
Quand tout sera connu, mme l'immonde, on jugera impartialement auxquels
revient l'opprobre et  qui doit aller la piti. Lisez Taupin, le
Mariage de M. de Brchard, l'Abb Jumel, Mlle de La Chauvinire,
Anglique des Melliers, Auguste. Vous frissonnerez souvent au
contact de la vrit qui passe, froide et nue comme le couperet. Mais
vous ne pourrez dtacher vos yeux de ces tableaux de la folie rouge
reconstitus par l'art si personnel et minutieusement document de cet
incomparable vocateur.

D'autres tmoignages prcieux, d'autres documents impitoyables sur les
fastes sanglants de cette terrible poque nous sont galement prsents
par M. Paul Gaulot dans une mouvante tude sur _les Petites Victimes de
la Terreur_ (Plon). Ces petites victimes--ainsi dsignes pour leur
humble condition sociale, car devant la guillotine il n'y eut que des
gaux--Catherine Cler, Marie-Madeleine Coutelet, Laverdy, Dervill,
Paverolles, Agathe Jolivet, Marguerite Boulet, Charles Nol et une
quinzaine d'autres, taient des jeunes filles des pauvres femmes, des
vieillards, des fous, dont aucun n'tait assurment capable de faire
courir le moindre danger, non point  la socit, mais au rgime
lui-mme. Et tous, nanmoins, prirent lgalement. condamns
rgulirement par des juges et pour des crimes que n'avaient prvus
encore aucune lgislation ni aucune civilisation.

Il semble bien que l'on n'aura jamais tout dit sur la question Louis
XVII, car la bibliographie sur ce mystre de l'histoire s'allonge chaque
anne de quelques nouvelles tudes. Ce n'est certainement point la
Rponse de M. Boissy d'Anglas  M. Frdric Masson et  quelques
autres, (_la Question Louis XVII_, Daragon, 1 fr. 25) qui nous
convaincra d'une faon dcisive de la ralit de la survivance. Mais
plutt les arguments nets, directs, multiples et concordants, que M.
Gustave Bord a accumuls dans les quatre forts volumes de son ouvrage:
_Autour du Temple_ (mile-Paul), nous paratraient-ils beaucoup plus
solidement confirmer la vrit simple, jusqu'ici le plus gnralement
admise par l'histoire, de la mort au Temple de l'enfant royal. Le
laborieux ouvrage de M. Gustave Bord mriterait une minutieuse analyse.
Mais on ne peut point toujours parler de la question Louis XVII. Il
suffira de signaler cette trs complte et trs curieuse enqute  ceux
que le sujet continue de particulirement passionner.



MORT DE L'VQUE D'VREUX

Un digne et doux prlat vient de disparatre au milieu de l'affliction
sincre et exceptionnelle de tout un diocse. Mgr Meunier,  qui la
ville d'vreux vient de faire des funrailles grandioses, tait n en
Corse,  Calvi, le 10 janvier 1844. Aprs avoir exerc pendant dix ans 
Avignon les fonctions de vicaire gnral, il fut nomm vque d'vreux,
en 1898. Trs bon, extrmement charitable, ardemment patriote, il tait
trs populaire auprs de ses fidles et tenu en haute estime dans
l'piscopat pour sa haute valeur morale.

[Illustration: Mgr Meunier.--Phot. Jubier.]



LA PREMIRE FEMME DPUT
AUX TATS-UNIS

Pour la premire fois aux tats-Unis, en dcembre dernier, une femme a
t lue dput. C'est la doctoresse Nena Jolidon-Croake, que les
lecteurs de l'tat de Washington, o le droit de vote et,
consquemment, de reprsentation est reconnu aux femmes, ont envoye
participer aux travaux lgislatifs.

Mme Nena Jolidon-Croake est d'origine franaise. Le berceau de sa
famille est Vauthiermont, dans l'ancien dpartement du Haut-Rhin. Son
arrire-grand-pre fut l'un des volontaires franais qui s'enrlrent
aux tats-Unis pour prendre part  la guerre de l'Indpendance. Aprs
son retour en France, le soldat de Washington exera les fonctions
d'instituteur. Il tait maire de Vauthiermont en 1814, lors de
l'invasion des allis, et fut tu par les Prussiens pour s'tre
courageusement oppos  leurs exactions. Le grand-pre de Mme
Jolidon-Croake, galement instituteur  Vauthiermont, quitta la France
pour l'Amrique en 1826. Il emmenait avec lui ses enfants, dont l'un
d'eux, Franois Jolidon, le pre du dput actuel, revint souvent sur le
vieux continent et maintint les relations les plus troites entre la
branche amricaine et la branche franaise de la mme famille.

[Illustration Mme N. Jolidon-Croake.--Phot. Peterson.]

Dans les lettres rcentes qu'elle adressa  ses parents de France, la
doctoresse Jolidon-Croake, dput amricain, donne de fort intressants
dtails sur les difficults de sa campagne lectorale au cours de
laquelle elle dut lutter contre six concurrents masculins.

Il est  noter--curieuse concidence--que c'est la petite-fille d'un
ancien soldat franais de Washington qui devient la premire femme
dput d'Amrique dans l'tat prcisment qui a reu le nom du
librateur de la grande rpublique amricaine.



L'ANNIVERSAIRE DE BUZENVAL

L'anniversaire de la bataille de Buzenval a t clbr, dimanche
dernier, 19 janvier, suivant la bonne tradition patriotique. Tandis que,
 Garches, les autorits et les habitants de la commune se rendaient, en
pieux plerinage, au cimetire o reposent les soldats morts pour la
patrie, le maire et la municipalit de Rueil, toutes les socits
locales, les jeunes gens de la classe 1912, s'taient runis pour venir
dposer des couronnes sur le monument commmoratif du glorieux combat.
Aprs les discours, le maire de Rueil, M. Leblond, remit la mdaille de
la guerre  une vaillante femme, Mme Dietenbek, qui, engage volontaire
en 1870, servit comme cantinire au 11e bataillon de marche et fut
blesse  Buzenval. Mme Dietenbek avait revtu, pour la circonstance,
son uniforme d'antan, si seyant, si gai. Sur la tunique bleue, M.
Leblond pingla le ruban; puis, martialement, il lui donna l'accolade.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES VIVRES ET LES MUNITIONS DE L'ARME BULGARE.

On a dit, avec raison, que les victoires des allis balkaniques peuvent
tre attribues, dans une large mesure,  l'excellente organisation du
service de ravitaillement. Il semble notamment que les Bulgares ont eu 
rsoudre, sous ce rapport, des problmes que nombre d'tats-majors
europens eussent considrs comme presque insolubles.

Notre collaborateur, M. de Pennenrun, doit nous conter bientt la faon
remarquable dont fonctionnrent les chemins de fer bulgares. Mais, comme
le fait remarquer, dans la _Revue, gnrale des sciences_, le commandant
Lemarc, l'arme de la Maritza ne put utiliser que peu de temps la voie
ferre Sofia--Philippopoli--Mustapha-Pacha. Au bout, de quelques jours,
elle se trouva  90, 100, 150 kilomtres de la ligne.

Comment cette arme put-elle se ravitailler rapidement dans de telles
conditions? Les donnes srieuses manquent encore pour l'expliquer. Le
commandant Lemarc nous indique du moins les facilits que put rencontrer
l'tat-major et les difficults qu'il eut  rsoudre.

A l'entre en campagne, l'arme de la Maritza comptait 8 divisions
formant un total de 225.000 hommes, soit  peu prs la valeur de cinq
corps d'arme franais. Le haut commandement avait, pour assurer la
nourriture du soldat, des ressources de divers ordres: les vivres du
pays, les vivres ports par les hommes, ceux transports par des
voitures suivant les troupes, et ceux envoys de l'arrire.

La guerre ayant commenc aussitt aprs la rcolte, l'arme bulgare
s'est trouve dans des conditions exceptionnelles pour vivre aux dpens
des pays traverss. Les paysans de Thrace ont, en effet, l'habitude de
conserver d'une rcolte  l'autre ce qui est ncessaire  la nourriture
de leur famille et de leurs animaux.

Or, l'exprience apprend que, dans un pays agricole moyennement peupl,
60  70 habitants par kilomtre carr, une zone de 3 kilomtres carrs
au maximum peut faire vivre 1.000 hommes pendant un jour. En Thrace, o
la densit de la population ne dpasse gure 30 habitants par kilomtre
carr, il faudrait une zone de 5 kilomtres carrs. Ds lors, l'arme
bulgare avait besoin d'une zone d'environ 100 kilomtres de longueur sur
30  35 kilomtres de profondeur pour s'alimenter durant quatre jours,
sans rien recevoir de l'arrire et sans toucher  ses rserves. Cela
reprsentait 750 hommes pour 10 kilomtres carrs.

En ce qui concerne la viande, on admet qu'un pays,  moins d'tre trs
pauvre, possde 10 ttes de gros btail par kilomtre carr (non compris
les moutons et les porcs). Une zone de 10 kilomtres carrs pouvait donc
fournir 100 ttes qui,  raison de 400 rations par tte, donnaient 4.000
rations pour les 750 hommes occupant cette surface.

[Illustration: Devant le monument de Buzenval: le maire de Rueil
embrassant l'ancienne cantinire du 11e bataillon de marche, Mme
Dietenbek, aprs lui avoir remis la mdaille de 1870.]

Le commandant Lemarc estime que, dans ces conditions, la priode de
concentration n'offrait aux Bulgares aucun problme d'alimentation
difficile; l'exploitation des ressources locales pouvait suffire.

Le ravitaillement par convois prsentait d'autres difficults. Disons
seulement qu'en supposant les huit divisions de l'arme de Thrace
loignes de huit tapes de leur base, il fallait, pour assurer la
nourriture des troupes, 12.800 voitures avec 25.600 animaux de trait.

Examinons maintenant le chapitre des munitions.

Chaque division possdait comme artillerie:

9 batteries Schneider (Creusot), de 4 pices;

3  6 batteries Krupp, de 3  6 pices;

1 batterie d'obusiers lourds de 4 pices.

Soit un total de 54  72 pices lgres et de 4 pices lourdes.

On peut compter, par pice rapide, une consommation journalire de 70 
140 coups par pice. Pendant la guerre de Mandchourie, certaines
batteries japonaises ou russes ont tir 500 coups par pice dans un seul
jour.

Si nous adoptons 140 coups pour les pices lgres, 100 coups pour les
pices lourdes, la consommation pour deux batailles aura t
respectivement de 280 et 200 coups.

Soit pour une division:

280 x 60 (nombre moyen de pices lgres) = 16.800 coups.

200 x 4 (pices lourdes) = 800 coups.

Le total pour les 8 divisions serait:

134.400 coups de pices lgres pesant 1.500.000 kilos;

6.400 coups de pices lourdes, pesant 130.000 kilos.

Pour transporter ces munitions d'artillerie, il fallait 3.260 voitures.

D'autre part, on peut admettre qu'un homme consommait 50 cartouches dans
un petit combat et 100 cartouches dans une bataille. En supposant que
chaque soldat bulgare ait t engag dans deux combats et dans une
bataille, il aura consomm 200 cartouches. Soit, pour l'arme, 36
millions de cartouches pesant un million de kilos et formant le
chargement de 2.000 voitures.

Rcapitulons. Le ravitaillement de l'arme de la Maritza exigeait:

                                            Voitures.

        Pour les vivres.                    12.800

        Pour les munitions d'artillerie.     3.260
        Pour les munitions d'infanterie.     2.000

        Ensemble.                           18.060

De son ct, l'arme d'Andrinople demandait environ 5.000 voitures.

Soit un total de 23.060 voitures avec 46.120 animaux.

Cette masse de vhicules occuperait sur une route une longueur de 230
kilomtres, soit la distance de Paris  Maubeuge.



LES ACCIDENTS DU TRAVAIL EN FRANCE.

Le nombre des accidents du travail, depuis l'anne 1904, a subi une
progression rgulire qui peut sembler trange et excessive:

        En 1901......    229.162 accidents.

        En 1902......    223.286

        En 1903......    212.753

        En 1904......    222.124

        En 1905......    259.882

        En 1906......    306.860

        En 1907......    359.747

        En 1908......    354.027

        En 1909......    383.249

Ainsi, de 1904  1909, dans l'espace de cinq annes seulement, le nombre
des accidents a presque doubl.

Il est remarquable d'ailleurs que cette augmentation (qui de 1908  1909
est de 8,25 %) affecte toutes les catgories professionnelles sauf deux,
celle des tailles de pierres prcieuses et celle de la manutention.

L'Inspection du travail attribue cet accroissement  une reprise
gnrale de l'activit commerciale et industrielle.

Il serait facile de dmontrer que les deux courbes ne sont nullement
parallles.

Il semblerait plus logique de voir dans ce mouvement le rsultat d'une
ducation spciale des intresss. Pendant les quatre premires annes,
le nombre des accidents reste stationnaire. Les intresss connaissent 
peine la loi, et ne savent pas s'en servir. Ils l'tudient. Mais, ds
1905, ils la connaissent, et s'en servent.



LA PRVISION DES TREMBLEMENTS DE TERRE.

On sait qu'un sismologiste anglais, M. H. E. Reid, a propos un moyen de
prvoir les tremblements de terre consistant  dresser des piliers en
ligne faisant l'angle droit avec un dbut de faille. Si, aprs avoir
bien repr ces piliers, on continue  les surveiller, on discernera de
petites modifications rsultant de petits mouvements insensibles qui
prsagent et prcdent toujours des mouvements beaucoup plus forts.

Un autre sismologiste, M. C. Davison, propose une surveillance des
petites secousses dans le temps et dans l'espace, car elles en prsagent
toujours de plus violentes. Dans le cas du sisme de Mino-Owari, au
Japon, en 1891, il y a eu une augmentation marque de frquence des
chocs autour de la ligne de rupture, de la faille, pendant les quatre
annes prcdentes. Le grand dplacement d'o rsulte un tremblement de
terre a toujours besoin d'tre prpar: il faut que, les uns aprs les
autres, divers obstacles au glissement disparaissent. C'est cette
disparition progressive d'obstacles qui est cause des chocs
prliminaires, et qui, tout  coup, permet la catastrophe brusque et
considrable. Si donc, on observe avec soin, et si l'on porte sur la
carte l'indication des picentres des petites secousses ressenties, on
peut considrer la ligne qui runit ces picentres comme donnant
l'esquisse gnrale d'une faille qui se produira avant longtemps, de
faon subite. Dans le cas du Mino-Owari, il est trs visible que la
carte des failles qu'on pouvait prsager d'aprs les petites secousses
deux ans avant le sisme concide exactement avec la carte des failles
ralises lors de ce dernier.



UN ESSAI D'INDUSTRIE SUCRIRE EN ANGLETERRE.

L'Angleterre consomme une quantit norme de sucre qu'elle est oblige
d'importer de ses colonies et des pays trangers, car on admet
gnralement que le sol et le climat des les Britanniques ne comportent
point une culture rmunratrice de la betterave.

Des Hollandais, croyant cette opinion peu justifie, ont fait un essai
dans le comt de Norfolk; une premire rcolte de 3.000 tonnes de
betteraves a t envoye dans les sucreries du continent o elle a
fourni un pourcentage de sucre trs satisfaisant. En prsence des
rsultats obtenus, une socit a construit une usine  Cautley et elle a
mis en culture la surface ncessaire pour produire environ 40.000 tonnes
de betteraves  la rcolte prochaine.



LA DURET DE L'EAU ET LA DENTITION.

L'eau _dure_, c'est--dire tenant en dissolution beaucoup de sels et en
particulier des sels de chaux, est, en gnral, considre comme plutt
mauvaise pour la sant.

Or, d'aprs les observations d'un spcialiste allemand, le docteur Rose,
la beaut de la dentition serait en raison directe de la duret de l'eau
de boisson. Voici, en effet, le pourcentage de dentitions entirement
saines observ chez des milliers d'enfants habitant des localits
diffrentes o l'eau prsentait des degrs hydrotimtriques de duret
fort varis:

                                           Proportion.
        Duret de l'eau               de dentitions saines.

        Moins de  2  ...............      1,3 %

                  5  10..........        4,3 %

                 15  20..........        6,4 %

                 25  30...........      14,5 %

        Plus de  38................      20,2 %

Les meilleures dentitions se trouveraient dans les localits o, en plus
de la chaux, les eaux renferment de la magnsie qui durcit l'mail.

D'autre part, la chaux et la magnsie, en combattant l'acidit du sang,
empcheraient le rachitisme des enfants.

En fait, le nombre des jeunes gens aptes au service militaire augmente
dans les rgions o les eaux sont plus dures. Dans le dpartement de
Hohnstein, o les eaux ont 10 degrs hydrotimtriques, le nombre des
recrues est environ moiti moindre que dans les rgions o les eaux
atteignent 30 degrs.

Aussi, le professeur Hempel, de Dresde, blme les personnes qui
recherchent des eaux de boisson trs pures. Il recommande l'eau tendre
pour la baignoire et la chaudire, l'eau dure pour la carafe.

La course cycliste des six jours au Vlodrome d'Hiver.



UNE GRANDE PREUVE CYCLISTE A PARIS

Si l'on excepte les preuves mmorable; d'aviation, jamais peut-tre, 
Paris, une manifestation sportive n'attira la mme foule, ne suscita le
mme enthousiasme que la course cycliste des six jours, organise au
Vlodrome d'hiver. Imagine en 1896 par un Amricain, cette preuve
comportait  l'origine une course individuelle de six jours, soit cent
quarante-quatre heures; trois fois, elle fut dispute  New-York dans
ces conditions d'une svrit outrancire. Depuis plusieurs annes la
course a lieu par quipes de deux hommes ayant le droit de se relayer 
leur guise.

Seize quipes, la plupart franaises, quelques-unes belges, amricaines,
ou mixtes, prirent le dpart lundi 13 janvier,  6 heures du soir. Ce
nombre tait peu  peu rduit  six quipes qui, fait extraordinaire
mais s'tant dj produit, terminrent le parcours _ex-aequo_, aprs
avoir couvert exactement 4.467 kil. 580, ce qui reprsente 17.870 fois
le tour de la piste de 250 mtres. Pour stimuler l'ardeur des coureurs,
plusieurs spectateurs avaient eu l'ide d'offrir des primes de 100, 200,
500 francs--notre confrre l'_Auto_ alla jusqu' 1.000 francs--au
coureur terminant en tte tel ou tel tour de piste. Les primes
succdaient aux primes et,  la lueur de milliers de lampes lectriques,
l'preuve s'acheva dans un enthousiasme indescriptible. Mais le rsultat
tait nul. Une nouvelle course de vitesse, sur dix tours de piste, qui
donna lieu  une lutte passionnante entre les deux champions qui
tenaient la tte, le Franais Dupr et l'Australien Goullet, fit
attribuer la victoire  ce dernier.

La foule qui, au cours des six jours, a apport aux guichets du
vlodrome prs de 250.000 francs, acclama le vainqueur et sembla oublier
que, dans l'preuve relle des cent quarante-quatre heures, il y a six
ou plutt douze vainqueurs qui firent preuve d'uni; endurance
mathmatiquement gale. Ne sommes-nous pas habitus, en effet,  voir
les grandes victoires sportives reposer sur des fractions de seconde?



LA CROIX DE Mme PAQUIN

Dans la promotion dite du 1er janvier, le ministre du Commerce vient de
dcorer Mme Paquin: en sa personne, la couture franaise, la rue de la
Paix tout entire a t justement honore.

Vice-prsidente de la Chambre syndicale de sa profession, directrice,
avec son frre, d'une maison fameuse Mme Paquin, dont le nom voque 
l'esprit des merveilles de luxe et de got, mritait  coup sr d'tre
choisie comme reprsentant d'une industrie qui a pris, depuis quelques
annes, une extension considrable. A toutes les expositions organises
 l'tranger depuis 1900,  celle de Turin, notamment, les pavillons de
la toilette fminine franaise ont constitu l'une des attractions les
plus courues.

[Illustration: Mme Paquin.--_Phot. Agi._]

Avec ses mules, plus qu'aucun autre peut-on dire, Mme Paquin a
contribu  cet clatant succs. Et elle a ainsi accru, au dehors, le
prestige de la mode franaise.



M. GUSTAVE HABERT

Un des plus parisiens et des plus distingus parmi les grands chefs de
la Compagnie P.-L.-M., dont il tait aussi un vtran, M. Gustave
Habert, vient de mourir  l'ge de soixante-dix ans.

[Illustration: M. Gustave Habert.--_Phot. Chusseau-Plaviens._]

Entr tout jeune  la Compagnie, en 1862, M. Habert s'tait fait
remarquer de bonne heure par une intelligence pleine de tact s'alliant 
une rare lvation de caractre. Aprs avoir franchi les divers chelons
de la hirarchie, il avait t appel au poste envi de secrtaire
gnral de la Compagnie; dans ces fonctions parfois difficiles, qui
exigent autant de doigt que de fermet, il sut, par sa bonne grce et
la sret de ses relations, se concilier toutes les sympathies.

Travailleur acharn, ayant conserv une verdeur que beaucoup envieraient
 un ge moins avanc, M. Habert s'tait dcid  prendre sa retraite,
il y a seulement quelques mois. Nomm secrtaire gnral honoraire, il
avait rsign ces fonctions,  la fin de 1911. Il avait t remplac par
M. Georges Goy, secrtaire gnral actuel, qui continue, avec d'aussi
prcieuses qualits, les traditions en honneur dans le haut commandement
du P.-L.-M.



_Huit pages non broches, dont quatre en couleurs, sur UN MOIS A PKIN
compltent ce numro._



[Illustration: POSTES-VIGIE, par Henriot.]



[Note du transcripteur: Les supplments mentionns en titre ne nous ont
pas t fournis.]










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1913, by Various

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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