Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3258, 5 Aot 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3258, 5 Aot 1905

Author: Various

Release Date: April 10, 2011 [EBook #35814]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3258, 5 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque







Avec ce Numro
_Une Gravure hors texte_
EN COULEURS.


[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


[Illustration: Supplment de ce numro: grande gravure hors texte en
couleurs: Une noce dans l'le de Marken, par Georges Scott.

        L'ILLUSTRATION
        _Prix du Numro: 75 Centimes._
        SAMEDI 5 AOUT 1905
        _63e Anne--N 3258_]

[Illustration: LA GAGNANTE DU PREMIER MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE
Mme Hofer, cantinire au 28e dragons,  Sedan, dans l'exercice de ses
fonctions, le lendemain du tirage. _Photographie de notre envoy
spcial, M. Abeniacar_]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

... Gare de Lyon. Un landau qui passe,  grande allure; des agents de
police affairs; des passants qui saluent. On entend: C'est lui...
L'avez-vous vu? O va-t-il? C'est M. Loubet qui part en vacances.

Je le regarde descendre de voiture, souriant, serrer des mains,
distribuer de bonnes paroles auxquelles rpondent d'autres sourires. Et
je pense  la chose exquise, ineffablement douce, que doit tre un mois
de repos  la campagne, quand on a t pendant onze mois monsieur
Loubet!

Le hasard et ma curiosit m'ont souvent mise, depuis quelque temps, sur
le chemin de M. Loubet. Je l'ai vu recevoir des rois, prsider des
revues, inaugurer des salons de peinture, assister  des ftes de
gymnastique, suivre des courses de chevaux  Longchamp, et des concours
d'animaux gras au Champ de Mars, et des concours culinaires aux
Tuileries; je l'ai rencontr dans des expositions de fleurs, dans des
expositions de chiens, dans des expositions de tout; et je pensais
souvent: S'amuse-t-il? Or, s'il s'ennuyait, c'tait merveille de voir
combien sincrement, en quelque lieu que ce ft, il avait l'air de
s'amuser, d'tre pris par l'intrt, grave ou lger, des choses qu'on
lui montrait. Je l'observais  distance. Il parlait. Et, qu'il s'agt de
peinture, d'levage, d'horticulture, d'art militaire, de politique,
d'hippisme, de mdecine, de gymnastique ou de charit, j'tais frappe
de voir combien ceux qui l'coutaient gotaient son loquence familire,
semblaient lui savoir gr d'tre venu leur dire prcisment les paroles
qu'il leur disait.

M. Loubet,  prsent, se repose sous les arbres. Il rve. Il jouit de la
volupt de ne rien inaugurer, de ne rien prsider, de ne rien clbrer,
de ne rien commmorer. Pour quelques semaines, il a reconquis le droit
de ne point sourire galitairement  tout le monde; il se sent libre de
biller, libre d'aimer ce qu'il aime et de ne pas aimer ce qu'il n'aime
pas. Ce sont l ses dbauches...

Nos potaches aussi sont heureux. Ceux qui ont bien travaill ont la
joie, en ce moment, de trouver leurs noms imprims dans la gazette... Et
cela nous fait, en vrit, des journaux trs ennuyeux, o s'alignent des
citations de discours de distributions de prix, en caractres
minuscules, et des noms, des noms, des noms... Je n'aperois pas
l'intrt de cette rclame, faite  de petits succs d'enfants, et
j'aimerais qu'on habitut les coliers  triompher de faon plus
modeste,  n'avoir pas, ds l'ge de huit ans, la proccupation de la
bonne presse. Cela vaudrait mieux pour eux, et pour la presse aussi.
Il en est un peu des journalistes comme des comdiens. Nous sommes, 
l'gard des gens de thtre, anims d'une curiosit folle, purile, un
peu maladive; nous n'entendons rien ignorer de leurs propos, de leurs
gestes, des plus secrets incidents de leur vie; et, comme si nous avions
conscience de ce qu'il y a d'inconvenant et de ridicule dans cette
curiosit-l, nous nous vengeons d'elle sur eux-mmes, en leur
reprochant de tenir trop de place chez nous et de s'imposer abusivement
 l'attention de la foule. Nous feignons d'oublier qu'il ne tient qu'
nous de ne point tant nous occuper d'eux et que, le plus souvent, il
leur serait fort agrable que notre badauderie les laisst en repos.

Les journalistes, de mme, ne tirent leur influence que de l'excs de
nos vanits. Nous nous plaignons d'tre  leur merci; mais les opinions
qu'ils expriment, leurs critiques, leurs louanges n'ont que l'importance
qu'il nous plat d'y attacher; et, si nous nous montrions moins
purilement proccups d'tre bien traits par la presse; si nous
savions opposer plus de sincre indiffrence  ses ddains,  ses
facties,  ses mauvais gestes, elle aurait tt fait de redevenir la
personne discrte que nous lui reprochons tant de ne pas tre...

Mais nous n'avons pas ce courage; ses caresses nous tentent et le
pouvoir dont elle jouit de nous distribuer un peu de gloire nous la rend
sacre. Nous pestons contre ses erreurs, ses injustices et l'normit de
sa puissance;--et nous nous tournons vers elle pour lui mendier un brin
de rclame en faveur du fils ou du neveu que nous avons ramen du lyce,
cette semaine, charg de couronnes. Ecorche-t-elle un nom? Vite, nous la
supplions de rectifier; elle rectifie, et nous sommes contents.

A qui la faute si, de temps  autre, tant de prestige la grise?

Aot... septembre... les deux mois de lthargie de Paris. Bruyamment,
mon Quartier latin se vide; mes amis se dispersent. Il y a bien encore,
a et l, des choses neuves  voir, d'amusants ou de beaux spectacles
grce auxquels on se rjouira d'avoir quitt Paris aprs les autres et
qu'on sera fiers d'avoir got dans une sorte d'intimit, de huis clos
parisien... Il y a les salles nouvelles du Petit Palais; il y a
l'exposition triomphale de Ziem; il y aura tout  l'heure le retour aux
Tuileries du pesant et ronflant cortge des vhicules industriels, qui
soulevrent, cette semaine, tant de poussire et firent un si beau bruit
sur nos routes; et il y a les trangers qui viennent voir Paris au
moment o nous l'abandonnons.

On les rencontre  l'heure de l'apritif, assis aux terrasses des
boulevards et, le soir,  la Comdie-Franaise,  l'Opra, ou, si la
chaleur est trop forte, aux cafs-chantants des Champs-Elyses, devant
le cinmatographe du Jardin de Paris, autour des tziganes dont ils
coutent rveusement les mlodies ou les cake-walks en buvant des choses
glaces au bout de longues pailles... Ils sont un spectacle pour nous,
ces trangers, et souvent un spectacle instructif. On reoit d'eux des
confidences amusantes et trs inattendues.

--Te doutais-tu, Sonia, me disait hier un vieux cousin d'Odessa que je
promne dans Paris depuis quelques jours, que cette ville-ci est, en
vrit, pleine de lacunes et d'incommodits que ses habitants ne
souponnent pas?

Et mon parent m'numrait, d'un ton doux, ses griefs. Il est accompagn
 Paris de ses deux filles, et il avait voulu, la veille au soir, les
conduire au concert. Son htelier lui apprit que la saison des grands
concerts tait close; qu'on ne chantait plus gure  Paris, depuis un
mois, qu'en plein vent, et qu'au surplus ce n'tait point  des oreilles
de jeunes filles que cette littrature foraine tait destine.

Mon cousin demanda:

--Y a-t-il du moins quelque endroit o d'honntes bourgeois puissent
s'assembler pour couter un orchestre supportable?

On lui rpondit qu'il y avait bien, dans Paris, des cafs o ces
auditions se donnaient, mais que de fcheux voisinages y taient 
craindre. On lui conseillait plutt le bois de Boulogne... Il rsolut de
s'y rendre et chercha, dans la rue, une voiture  quatre places pour s'y
faire conduire.

Un agent de police qu'il consultait lui dclara que ce genre de vhicule
n'existait point  Paris, et cet aveu stupfia mon parent.

Alors, l'agent bienveillant, lui signala l'omnibus qui le conduirait le
plus commodment vers la destination qu'il indiquait; il y fit monter sa
famille et fut surpris d'y devoir payer une somme triple de celle que
lui cote ordinairement une course en omnibus dans son pays.

Mon cousin se plaint de beaucoup d'autres choses: il lui dplat que nos
trottoirs s'encombrent de tant d'dicules dont la vue choque  la fois
le sentiment des convenances et celui de la beaut; ses yeux sont
excds par le dsordre de ces rclames lumineuses intermittentes qui
font, la nuit venue, succder sur les faades des maisons de nos
boulevards, sans rpit, des tristesses de tnbres  des surprises de
feu d'artifice et rendent sa chambre d'htel inhabitable. Il y aurait,
dit-il, sur les incommodits de ce Paris dont vous tes si fiers, un
petit livre bien amusant  crire.

Mais tout de mme il y vient, depuis trente ans, passer, chaque t, ses
vacances... Et c'est l la gloire de Paris. Cette ville pleine de
dfauts est ncessaire  tout le monde, on ne sait pourquoi; telles ces
femmes dont on mdit d'autant plus qu'on les aime davantage...

SONIA.



SUR LES PLAGES

(Voir les gravures des pages 96 et 97.)

Aot: la saison des bains de mer, suivant l'expression consacre, bat
son plein; l'exode en masse des villes vers les nombreuses stations du
littoral s'est accompli, et la vie parisienne elle-mme n'est autre, 
l'heure actuelle, que la vie des plages  la mode.

Mais, en dehors de la mode et de ses aimables tyrannies subies par tant
de gens empresss  lui payer un tribut volontaire; en dehors des
casinos, avec leurs spectacles et leurs concerts; des promenades
d'apparat, avec leurs lgances, la villgiature maritime offre de
multiples agrments, gots surtout des amis du plein air, des sains
exercices, du repos rparateur: la pche aux coquillages et aux
crevettes, facile et pourtant non dpourvue d'motions; les libres bats
des gentils bambins barbotant  plaisir dans des lacs minuscules ou
construisant de fragiles ouvrages; la lutte vaillante de la charmante
baigneuse contre la vague; le farniente somnolent des paresseux,
mollement tendus sur un tapis de sable fin, que sais-je encore?...

Les malheureux citadins que l'austre devoir ou quelque motif d'ordre
conomique retiennent attachs, non pas mme au rivage, mais trs loin
du rivage, en sont parfois rduits, par ces jours caniculaires, 
attendre de leur imagination l'illusoire sensation d'un peu de fracheur
et recherchent volontiers des images suggestives, dussent-elles exciter
leur lgitime envie.

C'est  ceux-l, plus particulirement, que nous ddions cette srie de
photographies de saison, dont certaines, prises au moyen du
cerf-volant--curieux procd expliqu dans _L'Illustration_ du 18
octobre 1902--donnent d'amusants effets de perspective panoramique et de
raccourci.



NOTRE GRAVURE EN COULEURS

UNE NOCE DANS L'ILE DE MARKEN

Nous avons reproduit rcemment (n du 8 avril 1905) une aquarelle de
Georges Scott reprsentant _le Coche d'eau d'Edam  Volendam, en
Hollande._ Nous lui donnons aujourd'hui un pendant, avec _Une noce dans
l'le de Marken_, du mme artiste. Comme Volendam, Marken est bien connu
des touristes qui, partant d'Amsterdam, visitent les ctes du Zuiderze.
Ces deux villages de pcheurs sont voisins: de Volendam on aperoit
nettement l'le de Marken. Mais les costumes et les types des habitants
sont tout diffrents. Les femmes de Marken se distinguent d'une faon
toute spciale par deux grosses mches de cheveux, non nattes, qui
sortent de leur coiffe et leur encadrent le visage. D'un attachement
opinitre  leur pass, les treize cents habitants de l'le se marient
entre eux. Tous ou  peu prs sont parents ou allis, et une noce est
une fte gnrale pour la population entire.



[Illustration: Comment Mme Hofer, cantinire au 28e dragons, est devenue
millionnaire,  9 h. 22 du matin, le 1er aot. _(Photographie
instantane prise dans le grand hall des tirages du Crdit Foncier.)_]

LE PREMIER MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE

Le premier tirage de la grande loterie autorise au profit des caisses
de retraite des Associations de la Presse fut un des notables vnements
de la semaine.

Le Crdit Foncier tant l'organisateur de la loterie, l'opration eut
lieu  l'htel de la rue des Capucines, sige de cet tablissement
financier. A neuf heures prcises, on ouvrait au public matinal, dj
rassembl dans la cour, les portes du hall situ  droite du
rez-de-chausse. Une salle assez vaste, bien claire; au fond, une
longue table recouverte d'un tapis vert; devant cette table, les roues
de la Fortune,--car, pour la circonstance, elle en avait deux, de
diamtres ingaux, contenant, l'une 100 numros de srie, l'autre les
15.000 numros dont chacune des sries se compose.

Bientt prenaient place au bureau, sous la prsidence de M. Morel,
gouverneur du Crdit Foncier: MM. Olagnier, administrateur; Touchard,
secrtaire gnral; Leblanc, censeur, et M. Alfred Mzires, de
l'Acadmie franaise, snateur, prsident de l'Association des
journalistes parisiens. Aprs les formalits et vrifications
prliminaires d'usage, des employs de l'administration mirent les roues
en mouvement; la tche d'en extraire les tuis tait confie, suivant la
tradition,  deux jeunes pupilles de l'Assistance publique. Au milieu
d'un silence solennel, o l'attention se mlait d'anxit, on entendit
proclamer le numro 2.174 (srie 77), gros lot de _un million_.

Ds ce moment, curiosit naturelle et phnomne d'altruisme impulsif,
chez les assistants, l'amertume de la dception, vite oublie, faisait
place  une proccupation unique, obsdante, qui, tout  l'heure, au
dehors, allait s'emparer des acheteurs de listes et mme des gens
n'ayant pas pris de billet: quel tait l'heureux gagnant du gros lot?

La Fortune, on ne tarda pas  l'apprendre, avait favoris Mme Hofer,
cantinire au 28e dragons, en garnison  Sedan, laquelle avait pris
trois billets--et qui, dj, n'tait pas sans une certaine fortune. Ne
 Coulanges, en Lorraine, mais leve  Paris--o elle va revenir--Mme
Hofer, dont nous donnons le portrait, est une accorte brune de
trente-huit ans, veuve depuis un an, sans enfants. Devenue millionnaire
du jour au lendemain, ce coup du sort ne parat pas lui avoir tourn la
tte, qu'elle a solide, et, doue d'un bon coeur, elle projette, tout en
vivant dsormais de ses rentes, de faire du bien autour d'elle. Son
premier acte de largesse, est-il besoin de le dire, a t de rgaler son
rgiment.



[La salle de la manufacture de Svres. AU PALAIS DES BEAUX-ARTS DE LA
VILLE DE PARIS.]

LES NOUVELLES SALLES DE "SVRES", DE DALOU ET DE ZIEM

Le Petit Palais, muse des beaux-arts de la ville de Paris, vient
d'ouvrir trois nouvelles salles, consacres respectivement  Svres, au
sculpteur Dalou et au peintre Ziem.

Svres est reprsent par des spcimens typiques de ses principaux
produits, nagure admirs  l'Exposition de Saint-Louis.

Du regrett Dalou, on a runi ce qui restait dans son atelier,  sa
mort, et qu'il avait lgu  l'Orphelinat des arts: quelques morceaux
achevs, et surtout quantit de maquettes, prcieux documents attestant
avec quelle conscience le noble artiste tchait  raliser ses
conceptions.

Quant  Ziem, cinquante-six tableaux, soixante-quatorze tudes, quarante
et une aquarelles, constituent sa contribution  cette exposition
permanente, vraiment digne de la faveur du public.

[Illustration: 1. Galerie des bustes de Dalou.--2. Bacchanale, haut
relief du Fleuriste de la Ville, par Dalou.]

[Illustration.]



LE PEINTRE ZIEM CHEZ LUI

Comme on le mentionne d'autre part, le muse de la ville de Paris, au
Petit Palais des Champs-Elyses, vient de s'enrichir d'une importante
collection d'oeuvres de Ziem; il convient d'ajouter que, cette bonne
fortune, il la doit  la libralit du matre. De pareils cadeaux sont
le plus souvent posthumes; en effet, pour les offrir de son vivant, il
faut que le donateur ait pleine conscience de la conscration de sa
renomme avant le verdict dfinitif de la postrit. Or, tel est, sans
conteste, le cas du peintre des splendeurs lumineuses de Venise.

[Illustration: Le peintre Ziem dans son jardin.]

[Illustration: Dans son atelier.]

M par un sentiment de respectueuse curiosit, j'ai ambitionn l'honneur
d'tre admis en prsence de ce notoire contemporain. Des gens soi-disant
avertis m'avaient object la tmrit de mon dessein: Ziem,
assuraient-ils, est un original peu sociable; depuis des annes il mne
une existence d'ermite au fond de sa retraite de Montmartre et l'on
n'entre pas chez lui comme au proche Moulin de la Galette. Baste!
pensai-je, risquons toujours l'aventure!

Donc, me voici devant le numro 72 de la rue Lepic, tirant timidement le
fil de fer qui sert de cordon de sonnette. Certes, la maison est
d'aspect peu engageant: un cube massif de briques rouges, aux baroques
adjonctions parasitaires, aux troites fentres, la plupart masques
d'auvents, une porte de prison. Ouverture pralable d'un judas,
pourparlers, entre-billement de l'huis, introduction. Ds l'entre du
jardin foisonnant de folles verdures, le pied se heurte  un sarcophage
de pierre et  des fragments de sculpture antique, tandis que la tte
s'incline instinctivement sous la menace illusoire d'un norme crocodile
empaill pendu au toit. Cela sent dj l'alchimie, la sorcellerie; que
sera-ce quand on pntrera dans les tnbres de l'antre mystrieux?
Mais un octognaire de belle prestance, d'une verdeur extraordinaire,
parat sur le seuil, et la lgende s'vanouit. Le sorcier se contente
d'tre un magicien de la palette; le prtendu misanthrope rbarbatif est
un homme d'un accueil avenant, prt  faire au visiteur, avec une
exquise courtoisie, les honneurs de ses deux ateliers, de son
capharnam, trange ple-mle d'oripeaux fans, de bibelots prcieux,
de bouquins rares, o se complat son recueillement. Causeur disert, le
matre parle d'une voix trs douce: un susurrement musical, o revient
souvent le mot superbe, qualifiant les ralits pittoresques, sujets
de son enthousiasme, et que l'auditeur, lui, applique aux tableaux
qu'elles ont inspirs  son prestigieux pinceau. Et enfin, souligne
d'un geste large vers une esquisse toute nouvelle, une phrase ayant
l'loquente concision d'une devise lapidaire: Travailler jusqu'au
bout!...

Deux heures aprs, je sortais de la sombre maison, foyer de radieuse
lumire, emportant la certitude d'avoir approch et entendu non
seulement un incomparable virtuose, mais encore un trs grand artiste.

EDMOND FRANK



[Illustration: Photographe A. Giraudon. Liseuse. DEUX OEUVRES DE DALOU
EXPOSES AU PALAIS]

[Illustration: Boulonaise allaitant. Photographie A. Giraudon. DES
BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS (PETIT PALAIS)]



[Illustration: SUR LES PLAGES
_Photographies instantanes.--Voir l'article, page 90._]



[Illustration: Un raidillon sur le parcours de la premire tape, de
Lyon  Lagneu.]

[Illustration: Le lieutenant de Benoist descendant le col du Crucifix.]

[Illustration: Le capitaine Deremetz traversant Montalieu.]

[Illustration: Une douche rafrachissante donne au cheval du lieutenant
de Gironde par le lieutenant Degorge.]

Pour la troisime fois, le raid hippique organis par la revue _Arme et
Marine_ vient d'tre couru du 26 au 28 juillet. Les prcdentes
preuves, Paris-Deauville et Lyon-Vichy, furent disputes sur route; le
programme de celle-ci portait que la course s'effectuerait en terrain
vari,  travers champs et bois, afin de rendre l'exprience plus
dmonstrative. Trois tapes: 1 Lyon  Lagneu, 55 kilomtres; 2 Lagneu
 La-Tour-du-Pin, 65 kilomtres; 3 La Tour-du-Pin  Lyon, 55
kilomtres. Sur 47 partants, 24 concurrents sont arrivs, le premier
ayant accompli le parcours total en 10 heures 32 minutes.

[Illustration: Le passage du gu de l'Ain.]

[Illustration: Le lieutenant d'Humires dans le gu de l'Ain.]

[Illustration: Le saut d'un foss en plein champ par le capitaine
Bontemps, les lieutenants Barrire, Bruyas et Lignon.]

[Illustration: Les vainqueurs: les capitaines Champsavin, 1er (28e
dragons); Bucaut, 2e (11e chasseurs); Deremetz, 3e (31e dragons).]

LE RAID HIPPIQUE LYON-AIX-LES-BAINS.



[Illustration: Phot. Paul Boyer. Mme JULIA BARTET, chevalire de la
Lgion d'honneur.]

Mme Bartet, doyenne de la Comdie-Franaise, vient d'tre nomme
chevalire de la Lgion d'honneur. L'minente artiste appartient  la
Maison de Molire depuis vingt-cinq ans; elle y compte  peu prs une
gale dure de socitariat et, en y accomplissant la plus brillante
partie d'une carrire dramatique de plus de trente ans, elle en est
devenue incontestablement une des gloires.

Si tous ceux qui l'ont admire et applaudie avaient eu  trancher par
voie de rfrendum la question: Mme Bartet mrite-t-elle la croix? le
rsultat du vote n'et pas t douteux, tant donn que la
toute-puissance du talent n'est point seulement du ct de la barbe et
qu'aujourd'hui, dans les arts comme dans la littrature, la suprme
distinction honorifique a cess d'tre un privilge exclusivement
masculin. Or, le public n'eut pas voix au chapitre; l'affaire
ressortissait au gouvernement et  la grande Chancellerie et, pour ces
deux hautes autorits, soucieuses du formalisme, la question
prjudicielle se posait ainsi: Pouvait-on dcorer Mme Bartet? Pourquoi
pas? Il y avait deux prcdents: l'un rcent, celui de Mme Adelina
Patti; l'autre datant d'une dizaine d'annes, celui de Mme Marie
Laurent. Mais, objectait-on, la clbre cantatrice a, suivant des
conventions admises, bnfici de sa qualit d'trangre et la populaire
actrice reut le ruban rouge comme fondatrice de l'Orphelinat des arts,
tandis que, s'agissant simplement d'une grande comdienne, le cas tait
grave. Fort heureusement ces chinoiseries n'ont pas prvalu; on a opt
pour la solution la plus juste et la plus lgante. Voil comment Mme
Bartet a la fortune, que sa modestie avre n'ambitionnait probablement
pas, d'tre la premire artiste femme dcore au seul titre de
comdienne et de voir son nom attach  une petite rvolution de
palais--et de thtre.



[Illustration: 1. Sur la plage: un sauveteur et un groupe de naufrags
prs de la pirogue qui les a transbords (au fond, le _Chodoc_
chou).--2. Les prparatifs d'un campement provisoire. 3. La promenade
des passagres  travers le camp improvis, pendant l'installation des
tentes--4. Devant le photographe... en attendant le
rapatriement.--ROBINSONS MODERNES: LES PASSAGERS DU "CHODOC", NAUFRAGS
SUR LA COTE DES SOMALIS, A LA POINTE EXTRME-ORIENTALE DE L'AFRIQUE (CAP
GUARDAFUI). _Photographies instantanes communiques par un des
naufrags._]

En mentionnant (n du 29 juillet) l'chouement, dans les parages du cap
Guardafui, du _Chodoc,_ paquebot de la Compagnie des Chargeurs-Runis,
venant d'Extrme-Orient, nous avons dit le concours prcieux, sinon
dsintress, apport par les indignes de la cte au sauvetage des
passagers.

Dbarqus sur le rivage, les naufrags, au nombre d'environ six cents,
durent, bon gr mal gr, rester l jusqu'au dnouement problmatique de
leur fcheuse aventure. Ils installrent donc un campement dont les
intressants documents photographiques reproduits ici montrent l'aspect,
d'autant plus pittoresque et curieux que l'on comptait cent cinquante
femmes et enfants parmi les htes accidentels des Somalis. Ceux-ci,
d'ailleurs, profitant d'une rare aubaine, ne pratiqurent nullement
l'hospitalit  l'cossaise: non contents de vendre aux voyageurs
jusqu' l'eau potable, ils ne se firent pas faute de les allger de
leurs bagages.

Aussi, pendant un jour et demi d'attente, les victimes de cette
robinsonnade force, les yeux anxieusement fixs vers l'horizon,
multiplirent-elles les signaux de dtresse. On juge avec quelle joie
elles salurent l'apparition du bateau sauveur, le vapeur russe
_Smolensk_, quel empressement elles quittrent une plage n'ayant rien
des commodits ni des agrments des plages mondaines dsignes d'autre
part.



[Illustration: Prince Dolgoroukof. Comte Heyden. LE CONGRS DE MOSCOU
(19-21 juillet).--Une des sances de l'assemble gnrale des
reprsentants des zemstvos, prside par le comte Heyden, chez le prince
Paul Dolgoroukof.]

[Illustration: APRS LE CONGRS (22 juillet).--Sance supplmentaire
chez M. Novosiltsef pour la formation d'un parti
constitutionnaliste-dmocratique.--_Photographies Smirnoff._]

EN RUSSIE: LA LUTTE POUR LA CONSTITUTION _(Voir l'article, page 101)._

[Illustration: Exposition des vhicules automobiles industriels dans le
jardin des Tuileries (au premier plan: des fourgons militaires).]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE CONCOURS DES POIDS LOURDS.

L'Automobile-Club de France a eu l'excellente et trs louable ide
d'organiser, du 28 juillet au 8 aot, un concours de vhicules
automobiles industriels et de fourgons militaires.

Voici assurment une manifestation sportive toute nouvelle dans son
genre. Il ne s'agit plus, cette fois, de procurer des sensations
indites  des sportsmen fortuns, amoureux de vitesse, ni de consacrer
 nouveau la renomme de professionnels dont, en leur temps, nous avons
apprci les exploits.

Les poids lourds ne disputeront point aux vhicules lgers la coupe
Gordon-Bennett. Ils ont des ambitions plus modestes... et moins
dangereuses. En leur faisant parcourir des pays agricoles et
industriels, leurs constructeurs veulent surtout affirmer la supriorit
incontestable de ces moyens de transport en commun sur tous les autres
modes par traction animale. De cette trs intressante et trs utile
exprience, dont l'ide premire appartient  M. de Dion, il rsultera,
nous n'en doutons pas, un mouvement favorable  l'extension de notre
industrie automobile en France et  l'tranger.

Cinquante-cinq vhicules de tous ordres, et dont plusieurs sont
extrmement ingnieux, ont pris part au concours.

UN PONT DANS LA SANE.

Un de ces accidents que les progrs de la construction mtallique
rendent de plus en plus rares vient de se produire  Gureins, dans
l'Ain. Un pont mixte, destin  la fois au passage des voitures et des
pitons, entre Gureins et Belleville, et  l'tablissement d'une ligne
projete entre Beaujeu et Chtillon-sur-Chalaronne, a plong par une de
ses extrmits dans la Sane. Aprs l'achvement des soutiens de
maonnerie, on avait voulu, selon l'usage, faire glisser de pile  pile,
jusque sur l'autre rive, la partie du tablier du pont qui devait y
trouver sa place dfinitive. Pour attnuer la trop grande _porte 
vide_ du pont avant qu'il atteignt les piles, on l'avait muni d'un
_avant-bec_ de texture plus lgre, qui viendrait reposer d'abord sur
les galets du soutien et servir de conducteur  la trave. L'opration
commena dans ces conditions. Mais  peine le bec se fut-il appuy sur
la premire pile qu'il se rompit, au cours d'un violent orage. Le pont,
priv de son soutien, plongea du nez dans la Sane  une profondeur de 4
mtres. Il faudra, dit-on, plus de six mois pour rparer l'accident.

LE PRIX DU BL DEPUIS CENT ANS.

M. Bla Foelder, professeur  l'universit de Budapest, vient de publier
une tude sur le prix de l'hectolitre de bl, depuis le commencement du
dix-neuvime sicle, pour la France, l'Angleterre, la Prusse, l'Italie,
la Belgique et l'Autriche-Hongrie; et M. Levasseur, notre minent
conomiste, a eu l'heureuse ide de traduire ces chiffres en un
graphique qu'il a prsent  la Socit de statistique.

Sur ce graphique, on distingue trois priodes bien tranches: de 1800 
1850, il y a un grand cart d'une courbe  l'autre; le prix est
constamment plus lev en Angleterre, surtout de 1801  1812, pendant
les guerres de l'Empire. En Hongrie, le prix est trs bas et descend
jusqu' 3 francs l'hectolitre en 1826.

Dans la seconde moiti du dernier sicle, la vapeur diminue les frais de
transport et le tlgraphe facilite les relations; le commerce
s'organise et l'on voit ces courbes se rapprocher les unes des autres
jusqu'en 1870.

[Illustration: Un pont tomb dans la Sane, pendant son lancement, 
Gureins (Ain). _Phot. comm. par M. Duquaire_]

[Illustration: Un des omnibus automobiles destins  la ville de
Londres.]

[Illustration: Un projecteur lectrique de campagne install sur un
camion automobile.]

Mais, en 1870, la relation change. La courbe de l'Angleterre descend
au-dessous de celle de la France et de nouveaux carts apparaissent, qui
rsultent vraisemblablement des droits de douane.

La France et l'Italie deviennent les pays o le prix moyen de
l'hectolitre de bl est le plus lev. L'Angleterre, la Belgique et la
Prusse deviennent les pays d'importation o il est le plus bas.

Il est bas aussi, naturellement, dans les, pays d'exportation, comme la
Hongrie et surtout les tats-Unis.

A QUEL AGE LE CERVEAU DE L'HOMME PERD-IL SA VALEUR?

La presse jaune des tats-Unis a men grand bruit, ces temps derniers,
 propos d'une confrence qui a t faite par un mdecin anglais, M.
Osier, et au cours de laquelle ce dernier aurait dclar tout simplement
qu'aprs soixante ans le cerveau humain est sans valeur et que tout
sexagnaire devrait tre doucement limin au moyen du chloroforme. M.
Osier n'a rien dit de pareil. Ce qu'il a dit, c'est que le meilleur de
l'oeuvre intellectuelle des hommes qui travaillent du cerveau se fait
avant quarante ans, et qu'aprs soixante ans, leur production devient
trs infrieure. Goethe avait dj dit qu'on n'acquiert plus d'ides
nouvelles aprs quarante ans. Mais Macaulay a fait observer que, si de
belles oeuvres ont t faites avant quarante ans, les plus grandes et
les plus belles sont dues  des cerveaux de plus de quarante ans.
L'affirmation de M. Osier est trs discutable. Peut-tre est-elle exacte
pour certains genres de travaux intellectuels, et trs inexacte pour
d'autres.

Aussi Macaulay tait-il d'avis que les 19 vingtimes des meilleurs
livres sont l'oeuvre d'hommes ayant plus de quarante ans. Et
certainement, si l'on y rflchit, on pensera, comme lui, que le cerveau
n'est pas du tout condamn  donner, aprs quarante ans, des oeuvres
infrieures  celles qu'il produisait avant cet ge.

PRGRINATIONS D'PAVES.

Dans toute mer o il y a de la navigation, il y a des paves aussi, des
navires qu'il a fallu abandonner, mais qui, avant de se briser et de
couler, peuvent encore faire de longs voyages, ballotts par le vent et
les courants. Dans l'Atlantique, il y en a bon nombre: ce sont surtout
des vaisseaux en bois, chargs de bois. Les vaisseaux en fer coulent
vite; ceux en bois peuvent flotter longtemps encore. On connat les
exploits de certains de ces derniers: le service de la navigation aux
tats-Unis se fait sans cesse renseigner sur les paves qui ont t
rencontres et, par la comparaison des observations, il tablit la route
et la dure de la course de l'pave Une de celles-ci, _l'Alma-Cummings_,
un schooner, a couru l'Atlantique pendant 587 jours et fait un trajet de
8.000 kilomtres. Cette barque avait pris un chargement de bois 
Port-Royal pour Boston, en 1895, au mois de janvier; en fvrier, elle
fut assaillie par un _blizzard_ qui est  juste titre rest fameux. Ses
mts se brisrent et, pendant quelques jours, l'quipage fut en grand
pril. La tempte s'tant calme, les hommes purent tre recueillis par
un vapeur. Mais la barque continua  flotter. Plusieurs grands vaisseaux
l'aperurent et la signalrent. L'un deux, pour dbarrasser la
navigation de ce danger, y mit le feu; mais elle ne put brler que
superficiellement: le pont tait tremp et la cargaison de bois aussi.
On la rencontra pour la dernire fois sous l'quateur; quelques mois
aprs, les courants l'avaient pousse sur la cte de Colon o les
Indiens la mirent en pices. Une autre barque, la _Fannie G. Wolston_, a
fait mieux. Elle s'est promene pendant quatre ans dans l'Atlantique, y
faisant 15.000 kilomtres. Abandonne le 15 octobre 1891, au cap
Hatteras, elle monta vers le nord avec le Gulf-Stream. Puis, une tempte
la chassa jusque dans la mer des Sargasses, o elle est reste deux ans.

De la mer des Sargasses elle fut porte sur la cte de Floride, puis
vers le Nouveau-Jersey, o elle a d tre dtruite, car on n'a plus eu
de ses nouvelles. Moins longue a t la carrire d'une autre pave de
nom inconnu, mais plus tragique. Car le bateau qui la dcouvrit trouva
un timonier  la roue: un matelot s'tait attach  celle-ci et il tait
mort  son poste. Son cadavre restait en place, les mains sur les
rayons, les yeux vides semblant chercher  voir encore ce que devenait
la tempte. On fit sauter cette barque-fantme, et son conducteur alla
trouver, au fond de la mer, le repos. Une autre pave curieuse est celle
qui, il y a quelques annes, traversa les bancs de Terre-Neuve. Elle
tait juche au sommet d'un iceberg et entoure de glace. La barque
avait donn sur de la glace qui s'tait dtache de la cte et avait t
entrane par le courant. La pluie et la neige, se changeant en glace,
la fixrent sur sa banquise, et c'est ainsi qu'elle vint se montrer aux
pcheurs du Grand-Banc, traversant avec pompe la flotte des morutiers
effars.

LA GRAPHOLOGIE AU JAPON.

L'tude du caractre par l'criture tend de plus en plus  se
gnraliser.

La graphologie, invente et propage par un Franais, l'abb Michon,
date chez nous d'une cinquantaine d'annes  peine; mais, au Japon, on
retrouve la preuve certaine que la graphologie y a t connue de tous
temps. Au pays du Soleil Levant, nous crit M. Albert de Rochetal,
directeur de la _Revue graphologique_,  qui nous devons le curieux
document ci-joint, elle est pratique depuis des sicles. Tous les gens
qui tirent la bonne aventure par la physionomie, les lignes de la main
et autres moyens plus ou moins mystrieux, ont l'habitude de faire
_tracer par leurs clients une ligne ou barre sur une feuille de papier_,
et voient ainsi l'ensemble de son temprament. Vous comprenez bien: un
simple trait suffit aux sorciers japonais pour juger le caractre;
combien de nos graphologues europens pourraient en faire autant?

Voici les principales formes de barres qui leur servent de types:

Ces barres sont ici reprsentes en tenant compte des proportions, car
les Japonais crivent avec un pinceau, ce qui fait que le trait est
beaucoup plus gros, surtout les formes 1, 2, 3, 4. De plus, elles sont
horizontales, bien que l'criture japonaise, tire de la chinoise, soit
trace de haut en bas. Pour les barres verticales, les significations
sont les mmes.

_Barre mince, rigide et courte_ (fig. 1), signifie esprit net, dcid.

_Barre mince et rapide, plus ou moins horizontale, comme un trait de
plume_ (fig. 2), signifie vivacit, gaiet, volont faible.

_Barre fine et trace lentement_ (fig. 3), signifie dlicatesse de gots
et de sentiments, caractre un peu manir.

_Barre rapide, en coup de plume, recourbe_ (fig. 4), signifie vivacit,
violence, despotisme.

Barre courte et appuye (fig. 5), signifie volont forte et nette,
franchise.

_Barre longue et appuye_ (fig. 6), signifie volont forte, initiative,
franchise.

_Barre lente et massive_ (fig. 7), signifie sensualisme, gots un peu
vulgaires.

_Barre informe_ (fig. 8), signifie nonchalance et paresse, mensonge.
Cette barre affecte toutes les formes.

_Barre termine par un crochet_ (fig. 9), signifie tnacit, caractre
crochu.

_Barre termine en massue_ (fig. 10), signifie franchise, violence.
-Barre termine en pointe (fig. 11), a deux significations, selon
qu'elle est mince o paisse au dbut: _mince_, elle signifie colre,
mchancet; _paisse_, elle signifie esprit rus.

_Borne en fuseau, ou  renflements multiples_ (fig. 12), signifie
sensualisme raffin.

La direction du trait a aussi son importance. Avant tout, et quelle que
soit leur forme, lorsque les barres sont _ascendantes_, les sorciers
japonais voient l'activit, la gaiet; au contraire, lorsqu'elles sont
_descendantes_, c'est--dire _qu'elles tombent_, ils conjecturent la
maladie, le dcouragement ou la mollesse.

Ne trouvez-vous pas curieuse cette, faon d'interprter l'criture
rduite  sa plus simple expression: le trait. Mais il y a mieux: c'est
que toutes ces explications, si brves et un peu vagues, correspondent 
nos propres principes graphologiques. En un mot, c'est la quintessence
de la graphologie devine et applique de temps immmorial par l'esprit
subtil des Asiatiques.

M. Albert de Rochetal a donn ici les principales formes, car il y a
autant de faons de tracer une ligne qu'il y a d'individus.

Les Japonais attachent une importance norme  la dlicatesse des traits
ou plutt  l'originalit artistique. Ils disent d'une belle criture
qu'elle est _sainte, sacre_. Il y a des Japonais qui passent toute leur
vie  perfectionner leur criture, non pas d'aprs les rgles
calligraphiques, mais d'aprs certaines formes qu'ils jugent belles.
Nous avons, en France, l'quivalent, lorsque nous disons de certaines
critures d'artistes _qu' elles ont du cachet_.

[Illustration: Les diffrentes formes de traits qui servent  dterminer
le caractre humain d'aprs la graphologie japonaise.]

Les Japonais savent distinguer les moindres nuances, d'autant mieux que
le consultant manie _le pinceau_ sous leurs yeux et qu'il se trahit
ainsi par ses gestes plus ou moins vifs, hardis, calmes ou hsitants.
Peu de nos graphologues europens, avec leurs mthodes dtailles,
seraient capables de pareils tours de force...



LA NAGEUSE ANNETTE KELLERMANN

A peu prs chaque anne, des champions de l'un et de l'autre sexe
tentent d'galer le record du capitaine anglais Webb, en renouvelant la
traverse  la nage du dtroit du Pas-de-Calais.

Ces derniers jours, trois concurrents srieux, deux Anglais, MM. Heaton
et Thomas Burgess, et une jeune Australienne, Mlle Annette Kellermann,
venaient prendre position  Douvres. Heaton et Mlle Kellermann se sont
mis  l'eau le 26 juillet, Burgess a pris la mer le 27, mais aucun des
trois n'a pu s'loigner  plus d'une douzaine de milles de la cte.

On dit que Burgess recommencera le 8 aot. Mlle Kellermann, un peu
fche de son chec, qu'elle attribue  la houle trop forte et  la
brume trop intense, boude les lments. C'est, d'ailleurs, son droit de
jolie femme. Les photographies que nous publions tmoignent, en effet,
que Mlle Kellermann est une fort gracieuse Australienne; elles font, en
tout cas, un contraste amusant avec l'instantan qui reprsente la jeune
femme, affuble d'normes lunettes, coiffe d'un casque, utile mais
inesthtique, le visage protg par un enduit huileux, dfigure, enfin,
ainsi qu'il sied  une nageuse intrpide  la conqute du championnat de
la Manche.

[Illustration: Coiffe pour le bal.--Coiffe pour la mer. La toilette
avant une sance d'entranement en mer. En costume de championnat.]

UNE CHAMPIONNE DE LA NATATION: Mlle ANNETTE KELLERMANN, QUI A TENT LA
TRAVERSE DE LA MANCHE.



[Illustration: Le palais de Portsmouth (tats-Unis), o les
plnipotentiaires russes et japonais vont se rencontrer pour traiter de
la paix.]

[Illustration: Copyright Underwood and Underwood. La villa Sagamore,
o M. Roosevelt, en villgiature  la baie des Hutres, a reu le baron
Komura et M. Witte.]

LES PLNIPOTENTIAIRES RUSSES ET JAPONAIS EN AMRIQUE

C'est, on le sait,  Portsmouth (tats-Unis), ville du New-Hampshire,
situe au nord de Boston, que vont se runir les plnipotentiaires
russes et japonais, appels  discuter les conditions de la paix. Le
gouvernement amricain a mis  leur disposition le btiment affect au
magasin d'quipement de la marine, dont les bureaux ont t amnags en
vue des sances peut-tre nombreuses qu'ils y tiendront.

En attendant leur sjour plus ou moins prolong dans la maison o se
dcidera la paix, les plnipotentiaires ont reu l'accueil le plus
hospitalier du prsident Roosevelt dans sa maison d't de Sagamore, 
Oyster-Bay, prs de New-York.



LES SOLDATS MOISSONNEURS

De tout temps il a t d'usage,  l'poque de la moisson, de mettre  la
disposition des cultivateurs des travailleurs militaires, choisis de
prfrence parmi les hommes originaires de la campagne. L'utilit de ce
renfort s'est fait sentir plus particulirement cette anne; en effet,
de frquents orages, de violents ouragans, ont vers une partie des
bls, ce qui rend l'emploi des faucheuses mcaniques presque impossible
et ncessite le travail  la main. Or, l'agriculture manquant de bras,
le ministre de la Guerre, afin de lui en fournir, a donn aux chefs de
corps des instructions en consquence. C'est ainsi que, dans les champs
de la banlieue parisienne, la plupart borns par de noires
usines--notamment entre Saint-Denis et Aubervilliers--on pouvait voir,
ces jours derniers, des quipes de soldats vtus de treillis manier la
faucille et lier les gerbes avec la mme activit qu'ils apportent 
leurs exercices habituels.



LE SCULPTEUR ARMAND SEVEEL

Nos artistes s'en vont. Aprs un peintre, cet admirable Henner, dont le
dernier numro de _L'Illustration_ reproduisait les traits vnrables,
voici le sculpteur Seveel--un autre vieillard tout blanc--qui vient de
disparatre.

[Illustration: La moisson faite par des soldats dans les bls couchs
par l'orage, aux environs de Paris (entre Saint-Denis et
Aubervilliers).]

Armand Seveel tait n  Bricquebec, dans la Manche, il y a prs d'un
sicle, exactement en 1820. Tout le monde connat et admire sa
magnifique statue de Napolon Ier, qui s'lve  Cherbourg au milieu de
la place d'Armes. C'est galement  Seveel que la ville d'Orlans doit
sa Jeanne d'Arc questre.

Le sculpteur disparu aimait avec passion l'art des sicles passs. Il
avait des collections prcieuses de porcelaines anciennes. L'une de ces
collections fut cde au muse de Cluny, o elle figure en bonne place;
une autre est, croit-on, lgue  la ville de Cherbourg, o l'minent
artiste fut l'objet d'un culte lgitime et o il vient de s'teindre
tout doucement ces jours derniers.

Armand Seveel tait chevalier de la Lgion d'honneur.

[Illustration: Le sculpteur Armand Seveel. _Phot. Desrez._]



LE CONGRS DES ZEMSTVOS A MOSCOU

Le caractre et l'importance du mouvement politique et social en Russie
se sont affirms de nouveau par le Congrs des dlgus des zemstvos et
doumas, qui s'est tenu  Moscou le mois dernier.

Malgr l'interdiction de l'autorit, le 19 juillet, les congressistes se
runissaient chez le prince Paul Dolgoroukof, marchal de la noblesse et
chambellan de la cour, celui-ci ayant mis  leur disposition une vaste
salle de son palais; 225 dlgus, reprsentants des zemstvos et des
doumas de toutes les villes peuples de plus de 50.000 habitants, et un
nombre  peu prs gal de membres des mmes institutions, venus
spontanment, sans mandat, composaient une runion de plus de 400
personnes. Une intervention de la police pour la dissoudre, comme
illgale, resta sans effet, aprs avoir soulev de vives protestations
et quelques incidents dont un photographe avis eut le temps de fixer la
physionomie; la sance suivit son cours, sous la prsidence du comte
Heyden, marchal de la noblesse du district d'Oponetz et membre du
zemstvo de Pskof. Continues le 20 et le 21, les dlibrations
aboutirent au vote de diverses rsolutions relatives  l'obtention des
rformes constitutionnelles les plus librales.

Le 22, eut lieu chez M. Novosiltsef, sous la prsidence de M. Ptrov
Solovov, une runion supplmentaire o fut dcide la formation d'un
parti constitutionnaliste-dmocratique.



NOTES ET IMPRESSIONS

En diplomatie, adhrer en principe est une manire polie de refuser.
PRINCE DE BISMARCK.

                                 *
                                * *

Ne rien dfinir et laisser tout esprer, c'est le prestige des
rvolutions. LAMARTINE.

                                 *
                                * *

Dans les pays apathiques, le pouvoir tend  passer aux mains des bavards
dclasss. H. TAINE.

                                 *
                                * *

Les vocations des enfants sont d'ordinaire simple affaire
d'amour-propre; ils en ont souvent trop pour en avoir une.

                                 *
                                * *

Ne rien savoir est le secret de ne douter de rien. G.-M. VALTOUR.



[Illustration: LES INTRUS, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)_

NOUVEAU FILTRE PERFECTIONN

Dans les priodes de chaleur o l'eau est une cause de maladies graves,
nous croyons intresser nos lecteurs en leur signalant le nouveau type
de filtre perfectionn de M. Malli, dont les avantages se rsument en
deux mots: grand dbit et strilisation complte.

Ce nouveau filtre, avec sa grande surface de filtration, prsente,
l'avantage de pouvoir donner une carafe d'eau absolument strilise en
moins d'une minute et supprime ainsi l'usage du tonneau servant de
rservoir dans lequel l'eau parfois se rchauffe avant de servir  la
consommation.

[Illustration: Fig. 1.--Le nouveau filtre Malli.]

Grce  un robinet spcial plac en-dessous du filtre on peut laisser
couler un instant l'eau non filtre pour la rafrachir; l'eau vient
passer sur les parois extrieures de la bougie, la nettoie et chasse en
mme temps les impurets qui s'amassent entre la bougie et l'enveloppe
mtallique. Ce filtre a donc besoin d'tre dmont pour le nettoyage
bien moins souvent qu'un autre.

[Illustration: Fig. 2.--La bougie Malli.]

Ce filtre se pose de deux manires diffrentes: avec un support qui le
tient loign environ de 10 centimtres du mur contre lequel il est
plac, ou avec un support et un collier; il est alors plac le plus prs
du mur possible (fig. 1), environ  2 centimtres.

Un autre type de filtre se plaant, comme le filtre prcdent,  l'aide
d'un support et d'un collier, prsente l'avantage d'avoir au milieu un
robinet ordinaire pour prendre l'eau non filtre; un autre robinet plac
au-dessus et portant la mention: _eau filtre_, permet de prendre
celle-ci.

L'arrive d'eau se fait par le robinet du bas.

Le dbit est considrablement augment par ce fait que la bougie est
moule en forme de poche intrieure (fig. 2) et prsente ainsi une
surface de filtration presque double.

Les filtres de la maison Malli sont en porcelaine d'amiante; les pores
trs rguliers et trs abondants de cette matire permettent un
coulement trs rapide de l'eau tout en la dpouillant entirement de
tout microbe et de toute impuret solide, en raison de leur extrme
finesse.

Pour le nettoyage, il suffit de dvisser la partie suprieure du filtre:
on retire alors la bougie sans difficult, il suffit de la brosser 
l'eau chaude de prfrence.

Pour tous renseignements, prire de s'adresser  _M. Malli, 155,
faubourg Poissonnire, Paris._


GARROT "AMRICAIN"

En particulier pendant les chaleurs, les chevaux ont  souffrir de
blessures occasionnes par le collier. Notre figure reprsente au
lecteur le Garrot amricain, appareil susceptible, au dire de
l'inventeur, d'viter les blessures du garrot et mme de gurir celles
dj survenues.

Cet appareil est fait en zinc et de telle faon qu'il maintient le
garrot du cheval constamment frais. Des essais faits sur des chevaux
auxquels on tait oblig de mettre des colliers spciaux ont permis de
juger que cet appareil pouvait gurir les chevaux blesss sans
interrompre leur travail. Au cours de ces essais, plusieurs animaux
assujettis  certaines blessures du cou en ont t prservs par
l'emploi de cet instrument. Il est admissible, en effet, que la prsence
d'un mtal sur la peau la maintienne en tat de fracheur. Le prix de
l'appareil tant d'ailleurs fort modique, il peut tre de l'intrt des
cultivateurs possdant un ou plusieurs chevaux de se munir de cet
appareil, qui s'adapte  tous les genres de colliers sans prparation ni
difficults.

[Illustration: Garrot amricain.]

Le Garrot amricain se trouve en vente chez _M. Feret, 27, place de la
Bonneterie, Troyes._

Il se fabrique en trois tailles; petit, au prix de 5 francs; moyen et
grand, au prix de 6 francs. Ajouter 0 fr. 60 pour le port.







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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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