The Project Gutenberg EBook of Observations critiques sur l'archlogie
dite prhistorique, spcialement en ce qui concerne la race celtique (1879), by Flix Robiou

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Title: Observations critiques sur l'archlogie dite prhistorique, spcialement en ce qui concerne la race celtique (1879)

Author: Flix Robiou

Release Date: March 2, 2010 [EBook #31475]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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OBSERVATIONS CRITIQUES SUR L'ARCHLOGIE DITE PRHISTORIQUE,
SPCIALEMENT EN CE QUI CONCERNE LA RACE CELTIQUE

PAR

FLIX ROBIOU
Professeur d'histoire  la Facult de Rennes.

(Extrait des _Mmoires de la Socit Archologique d'Ille-et-Vilaine_.)

PARIS
DIDIER, LIBRAIRE-DITEUR

1879




Congrs international d'Anthropologie et d'Archologie prhistorique:
sessions de Paris, de Norwich, de Bologne et de Bruxelles.--Alex.
Bertrand, _Archologie celtique et gauloise_.--De Sacken, _Das Grabfeld
von Hallstatt_.--Desor, _Les Palafittes du lac de
Neufchtel_.--Fergusson, _Les Monuments mgalithiques_.--_Matriaux pour
l'Histoire primitive de l'Homme_, 1875, 1876.




TABLE DES MATIRES

CHAPITRE I.--Observations prliminaires

CHAPITRE II.--Distinction des Gaulois et des Celtes.--L'ge du fer chez
les Gaulois

CHAPITRE III.--Transition de l'ge du bronze  celui du fer, chez la
race celtique

 1.--La Haute-Italie

 2.--Bassin du Rhne; stations Illustres; le bronze des Celtes

CHAPITRE IV.--Le bronze et le fer dans le bassin du Danube

 1.--Le site et les spultures de Hallstatt

 2.--Les armes et les ustensiles de Hallstatt

CHAPITRE V.--L'introduction du bronze dans l'Europe moyenne

CHAPITRE VI.--L'ge du bronze et de la pierre polie, dans la Gaule
occidentale, centrale et septentrionale

CHAPITRE VII.--(Appendice.)  quelle race appartenaient les hommes des
dolmens? Que sait-on des premiers habitants de la Gaule?

 1.--Opinions diverses sur l'ethnographie et l'poque des constructeurs
de dolmens

 2.--Examen de ces opinions

 3.--Les prdcesseurs des hommes des dolmens en Gaule




CHAPITRE PREMIER

OBSERVATIONS PRLIMINAIRES


La science de l'antiquit a certainement accompli, au XIXe sicle, des
progrs que personne, en Europe, n'et os seulement rver, il y a cent
ans. Elle a reconstitu, dans une assez large mesure et sur des
documents parfaitement authentiques, l'histoire politique des Pharaons
et celle des vieux rois de Ninive et de Babylone. Elle a fait plus et
mieux encore, en abordant, sur pices originales, l'histoire des
croyances, des coutumes et des arts de ces vieilles populations, et
mme, en ce qui concerne l'gypte, l'histoire des lettres dans ces temps
reculs. Elle a pu aussi aborder, dans les conditions d'une critique
srieuse,  l'aide surtout de documents archologiques, l'histoire des
premiers rapports tablis par voie maritime entre l'Asie occidentale et
l'Europe mridionale.

Mais, en mme temps, on a voulu faire autre chose. On a voulu rechercher
l'histoire de l'tat social des diverses contres europennes, dans des
temps pour lesquels il n'existe ni document crit, ni tradition,
concernant les peuples qui les habitaient. On l'a tent, en se fondant
uniquement sur les vestiges de leur industrie. L'entreprise tait
hardie, audacieuse mme; pourtant, il serait tmraire de soutenir
qu'elle tait impraticable. Mais _plus_ elle _sortait des donnes
communes_ de la critique historique, _plus_ elle devait _s'attacher
scrupuleusement_ aux lois de la logique, dans l'tablissement des
principes critiques qui allaient tre les siens; or, malheureusement,
elle s'est dispense de le faire. Elle a dbut, comme avaient dbut
presque toutes les sciences d'observation, la physique, la chimie, la
gologie, la linguistique elle-mme, par des assertions hypothtiques
poses en principes indiscutables; elle s'est lance  l'aventure, au
risque de drailler grandement et pour longtemps.

Les doctrines de la nouvelle science, dite _archologie prhistorique_,
se rfraient implicitement  une hypothse premire, bien trangre aux
donnes de l'archologie et de l'histoire, et sur laquelle il convient
de s'expliquer avant tout. La pense de beaucoup d'adeptes de ces
nouvelles tudes tait celle-ci: Le genre humain est parti de cette
condition, dcrite par Lucrce et rsume par quelques vers d'Horace,
dans laquelle il n'aurait connu ni socit, ni famille, ni penses mme,
hors celles qui rsultent directement de la plus grossire impression
des sens, et par consquent ni arts ni industrie d'aucune espce;
seulement, la ncessit de pourvoir aux besoins matriels de chaque jour
aurait fait sentir confusment d'abord, plus distinctement ensuite, la
ncessit de perfectionner les instruments, cailloux ou branches
d'arbres, tombs d'abord sous la main de ces hommes, dont le mot TAT
SAUVAGE n'exprimerait que trs-imparfaitement la situation. De mme
aussi, le besoin instinctif de se grouper pour trouver quelque scurit
contre les hommes et les animaux, dont on craignait les dents et les
ongles, aurait lev graduellement le genre humain  la condition des
castors, puis  celle des tribus australiennes d'aujourd'hui; la
puissance suprme et fatale du progrs l'ayant amen enfin de sicle en
sicle, ou de myriades de sicles en myriades de sicles, de l'tat des
animaux infrieurs  celui des contemporains de Pricls.

Parmi ceux qui adoptent, en histoire, des consquences de cette
hypothse, tous, sans doute, ne la formulent pas expressment; tous
n'ont pas conu nettement cet enchanement d'ides. Et quant  ceux
mmes qui ont admis le plus rsolument cette thorie, il serait souvent
difficile de discerner les causes qui l'ont produite dans l'esprit de
chacun. Chez les uns, ce pouvait tre l'influence des souvenirs
classiques, malgr l'ignorance profonde et bien dmontre des Grecs et
des Latins sur les questions d'origine, ignorance pousse  tel point,
qu'il a fallu tenir pour non avenu, quand on a connu les faits, tout
l'ensemble de l'histoire pharaonique, dans Hrodote lui-mme, si exact
observateur de ce qu'il a pu connatre; dans Diodore, venu aprs plus de
deux sicles d'tudes alexandrines. Horace, que je rappelais
tout--l'heure, a montr la mme ignorance des origines dans l'histoire
littraire elle-mme, dans celle du thtre athnien, tel qu'il tait un
sicle avant Sophocle. Les dductions implacables d'un matrialisme
formel, ou l'instinct de la haine contre la doctrine qui assigne au
genre humain une trs-haute origine et par suite une trs-haute
responsabilit, doivent aussi avoir t de puissantes causes
d'garement, mme dans l'ordre scientifique. Enfin, plusieurs ont pu
tre domins par le ftichisme du progrs, considr comme une puissance
aveugle et absolue, telle que le _fatum_ antique, et dont la
souverainet sera d'autant plus glorifie que l'on concevra la race
humaine comme partie de plus bas, comme primitivement incapable de se
proposer  elle-mme un but lev. Certes, il y a dans cette pense
quelque chose de bien humiliant pour qui la prend au srieux; et
pourtant, c'est un fait incontestable que beaucoup de gens la caressent
avec orgueil, se complaisant surtout  se croire isols de toute action
divine qui impose la loi du devoir  l'intelligence et  la volont.
Aussi, lorsque des investigations se sont diriges vers les temps que
l'on nomme prhistoriques, on a t domin par la pense d'y trouver des
traces de la condition originaire que l'on avait suppose.

Htons-nous d'ajouter qu'un certain degr de bonne foi dans cette
croyance a t longtemps entretenu par un certain nombre de faits, en
partie bien constats, et par leur classement chronologique au moins
apparent. Les antiquits prhistoriques des diffrentes contres
_europennes_ se composent d'instruments de pierre simplement taille,
de pierre polie, de bronze, et enfin de fer, indiquant, en gnral, le
passage de nos anctres  travers divers degrs de culture, en partant
d'un tat rellement misrable. Il est d'ailleurs certain que la faune
de l'Europe a notablement chang dans les rgions de latitude moyenne,
depuis le temps o furent crs les premiers instruments de l'industrie
dans ces contres, ainsi qu'il rsulte de la nature des ossements mls
 ces dbris dans les stations nombreuses o ils se rencontrent; en
sorte que la diffrence des espces animales est un moyen de classement
pour la chronologie de ces objets, aussi bien que la situation des
terrains o ils se rencontrent, et les indices d'un changement dans le
climat.

Voici sur quelle srie d'hypothses on s'est appuy pour dduire des
faits observs les affirmations thoriques dont j'ai parl. Mettons
d'abord de ct (au moins pour le moment) les faits trs-disputs
relatifs  l'homme de la priode gologique antrieure  la ntre, homme
n'ayant laiss nulle trace de son existence, si ce n'est des cailloux,
qu'il est extrmement difficile, quand on en examine la reproduction
fidle, de regarder comme ayant subi  un degr quelconque la marque
d'un travail humain. cartons ce qui tient aux discussions gologiques,
sur lesquelles,  l'exemple d'un savant archologue[1] dont je voudrais
ici faire connatre et apprcier le rcent ouvrage, je dois me rcuser
pour cause de trop faible comptence, ayant soin toutefois de faire
observer, avec le P. de Valroger[2]: 1 que certains dbris de
squelettes peuvent tre anatomiquement confondus avec ceux d'espces
trs-diffrentes; 2 que, s'il s'agit d'une priode gologique
absolument diffrente de la ntre, aucune raison de l'ordre moral ou
mtaphysique ne nous interdit de penser qu'une race plus ou moins
intelligente a pu prcder le genre humain actuel. Tous ces faits sont
trangers  la science historique, et ils flottent dans un ensemble
d'incertitudes qui ne permet pas de les considrer comme formant une
science. Ce que nous avons  tudier ici, c'est la condition variable de
nos anctres aux temps prhistoriques, les lois de son dveloppement et
les questions de chronologie qui peuvent s'y rattacher.

Eh bien, dans cet ordre d'ides et de faits, voici ce qu'ont _suppos_
jusqu'ici un grand nombre d'archologues et d'anthropologistes. Voici ce
qu'il faut accepter, sans preuves ni apparence de preuves, pour affirmer
la concordance des faits avec la thorie gnrale nonce plus haut.
D'abord cette hypothse, que la marche de la civilisation primitive a
t la mme dans tous les pays; que la succession des ges de la pierre
clate, de la pierre taille, de la pierre polie, du bronze et du fer,
est universelle et fatale. Puis, que chaque progrs est l'effet d'un
effort local, continu et spontan; que les peuples qui l'ont accompli
n'ont pas antrieurement subi une dcadence et n'ont pas t relevs par
le contact d'une race plus heureuse. De plus, que ces ges se sont
trouvs spars en priodes chronologiques tranches, de telle sorte que
la prsence d'instruments de pierre dans un gisement constate qu' cette
poque l'usage des mtaux tait ignor. Enfin, que le classement des
dpts dans les diverses couches de terre en tablit la chronologie, que
l'ge de chacun peut tre mesur par sa profondeur, et que nulle
mutation n'a t opre par des causes naturelles ou artificielles, et
que, l o les dpts sont intacts, l'ordre en est toujours le mme.
_Toutes_ ces conditions sont _ncessaires_ (sinon suffisantes) pour que
l'on puisse conclure des faits archologiques  la ralit d'une
transition graduelle et force de l'tat de bestialit  celui de
civilisation parfaite, transition opre par voie d'un progrs longtemps
inconscient et rclamant un nombre indfini de sicles. Toutes ces
conditions seraient ncessaires, dis-je, et pourtant de rcents travaux
sont venus dmontrer que _toutes_ sont _en contraction avec les faits_.

Il est d'abord _une loi gnrale de l'histoire_ qui aurait d tre
observe depuis bien longtemps et mise en lumire par des partisans si
dclars de la mthode d'observation, de l'induction baconienne
elle-mme, s'ils taient fidles  leurs propres doctrines quand elles
conduisent  contredire les consquences auxquelles ils sont rsolus
d'arriver. C'est que l'histoire des sicles _accessibles  nos tudes_
ne prsente _pas un seul exemple_ d'un peuple qui soit pass _par
lui-mme_ de l'tat sauvage _ l'tat de civilisation_. Poser comme
universelle et indiscutable une loi _en contradiction avec tous les
faits connus_, c'est la plus trange des tmrits; et pourtant, qu'on y
regarde de prs, et l'on verra clairement que c'est l ce qu'aujourd'hui
l'cole anti-chrtienne appelle _la science_.

Il y a d'ailleurs une rgle critique  laquelle on aurait d songer pour
crer la science nouvelle de l'archologie prhistorique, c'est celle
qui prescrit de passer du connu  l'inconnu. On aurait d tablir la
chronologie des traces les plus rcentes de l'industrie humaine dans les
sicles antiques, et remonter de priode en priode avant de se
prononcer sur l'ensemble. Or, c'est ce que donne le moyen de faire le
trs-intressant volume publi en 1876 par M. Alexandre Bertrand, et
dans lequel il a runi un grand nombre d'tudes dtaches, soumises par
lui, pour la plupart, dans le cours des quinze annes prcdentes, 
l'Acadmie des Inscriptions,  la Socit des Antiquaires,  la Socit
d'Anthropologie, etc., ou insres dans des publications scientifiques;
tudes rdites avec des notes qui les mettent au niveau des plus
rcentes dcouvertes et relies entre elles par une excellente
prface[3]. Le compte-rendu de ce volume me servira le plus souvent de
cadre et de guide dans ma tentative pour exposer et la situation
prsente de ces tudes, et les rgles de saine critique qui doivent leur
tre appliques, spcialement en ce qui concerne l'histoire de nos
aeux.




CHAPITRE II.

DISTINCTION DES GAULOIS ET DES CELTES.--L'GE DE FER CHEZ LES GAULOIS.


L'ordre dans lequel sont disposs les nombreux articles qui composent le
volume de M. Bertrand n'est pas celui de leur composition successive,
mais bien celui des temps auxquels ils se rapportent[4]. Pour une
lecture suivie, cet ordre est sans doute le meilleur; mais pour un
compte-rendu critique, fond sur la mthode que je viens de rappeler, je
crois devoir adopter l'ordre inverse. Il conviendra d'aborder en premier
lieu une question qui parat, au premier aspect, trangre aux temps
prhistoriques, mais qui correspond au titre du volume, et que nous
verrons bientt tre d'une importance considrable pour l'archologie
prhistorique elle-mme. Qu'taient-ce que les Gaulois? taient-ils
distincts des Celtes? L'auteur n'a publi dans son livre qu'un compte
rendu analytique de sa dissertation sur cette matire; mais on la trouve
tout entire dans la _Revue Archologique_ de janvier, fvrier et mars
1876, et il a joint au _tir  part_ la reproduction _in extenso_, en
original, de plus de cinquante des textes anciens auxquels il renvoie.
C'est l que nous trouverons le point de dpart des prsentes tudes sur
la race celtique.

M. Bertrand tablit que Polybe reconnaissait parfaitement la diffrence
des deux appellations [Grec: Keltoi] et [Grec: Galatai][5], comme
correspondant  une distinction relle. Il connaissait la rpartition
gographique des tribus qu'il comprenait sous ces dsignations et la
diffrence de leurs habitudes. Les mots Celtes, Celtique, Celtie,
Galates, Galatie se trouvent, dit M. Bertrand, deux cent vingt-sept fois
dans ce que nous possdons de cet historien, le plus savant critique de
l'ancienne Grce; toutes ces mentions ont t, l'une aprs l'autre,
examines par notre compatriote, et _pas une seule_ n'indique que
l'auteur ait confondu les deux peuples. Les Celtes sont pour lui les
peuples du bassin du P et ceux du Sud-Est de notre Gaule, sauf les
Boens parmi les premiers et les Allobroges parmi les seconds, qu'il
range au nombre des Galates. Au contraire, tous les peuples appels
Gaulois, comme les premiers, par les traducteurs, et qui habitaient le
bassin du Danube, ainsi que les tribus ou bandes tablies en Orient,
sont _constamment_ nomms Galates par Polybe, dans les _trs-nombreux
passages_ o il a occasion d'en parler[6]. C'est aux bassins de la Sane
et de la Marne que, selon M. Bertrand[7], on peut porter l'extrme
limite Nord-Ouest des Galates ou Galli, dans le sens o l'entendait
Polybe, l'archologie compare permettant d'tendre leur domination 
des contres que Polybe ne leur attribuait pas encore, et sur la
topographie desquelles il se dclarait incomptent. Cette conclusion,
l'auteur franais la tire de _milliers_ de rsultats partiels, fournis
par plus de _trois cents_ correspondants, isolment consults pour la
carte des antiquits de la Gaule[8]. La rpartition des antiquits qui
caractrisent les pays gaulois comme distincts des pays celtes, dans le
sens le plus restreint de ce dernier mot, n'est pas moins accentue dans
les autres contres de l'Europe[9]. L'auteur constate en outre[10] que
le druidisme, dont l'organisation puissante et la profonde influence
prouvent certainement l'origine trs-ancienne dans la race celtique,
parat avoir t, sinon toujours inconnu des tribus galates, ou, comme
il les appelle, des tribus _gauloises_, du moins totalement oubli chez
elles, sans doute  cause de leur caractre moins sdentaire et bien
plus exclusivement belliqueux.

Il est vrai, M. Bertrand signale quelques exceptions apparentes au
classement qu'il a fait d'aprs les textes de Polybe concernant ces
peuples, pour l'poque la plus ancienne, celle qui nous intresse le
plus en ce moment. Le nom de Galates est quelquefois donn  tous les
Celtes de la Cisalpine, et particulirement  l'arme qui prit la ville
de Rome vers 390. Mais l'auteur franais explique cette anomalie, en
faisant observer que certaines tribus ou bandes de vritables Gaulois
avaient pris  cette guerre une part considrable, dominante mme, et
que leur caractre essentiellement guerrier, leur armure distincte
avaient spcialement attir l'attention des Romains[11]. Les Boens
d'ailleurs, nous l'avons vu, taient, selon lui, de vritables Gaulois;
et ce furent eux qui, en Cisalpine, firent aux Romains la rsistance la
plus acharne: elle dura jusqu' la douzime anne aprs la bataille de
Zama, et elle contribua peut-tre  faire donner le nom _administratif_
de Gaule  la Cisalpine tout entire, quand elle fut rduite en province
romaine, autre cause d'quivoque et d'erreur, quand on ne regarde pas de
prs  l'usage fait de ce terme dans chacun des cas o il est employ
par l'historien grec; il l'emploie galement toujours quand il rappelle
les _coutumes militaires_ ou les armures importes au-del des monts par
ces hardis aventuriers[12]. Mais leur venue dans cette rgion n'tait
pas fort ancienne, tandis que bien auparavant, nous le verrons, des
populations celtiques avaient disput victorieusement le bassin du P 
des colonies trusques. Peut-tre mme, du moins M. Bertrand incline 
le croire[13], faut-il rattacher au mme groupe les Ombriens, qui
s'tendaient le long de l'trurie, jusqu' une faible distance de Rome,
et auxquels les trusques avaient disput le bassin du P. Strabon
affirme que, mme aprs la conqute romaine, on pouvait distinguer, dans
cette contre, des Ombriens et des trusques, comme des Ligures et des
Celtes[14].

La distinction des Galates et des Celtes, nonce aussi par Diodore de
Sicile, ne doit pas d'ailleurs, M. Bertrand le reconnat, empcher
d'admettre leur commune origine affirme par Plutarque, apparemment
d'aprs une tradition ancienne. Quelque peu avancs que les anciens
fussent en ethnographie, ils ont parfois, comme les modernes, donn le
nom de Celtes  la race tout entire; et la linguistique a proclam de
nos jours la trs-troite parent de presque tous les peuples anciens de
notre Gaule aussi bien que des Iles Britanniques, bien que l'archologie
seule la confirme en ce qui concerne le bassin du Danube. Je reviendrai,
avant de terminer ce travail, sur la question ethnographique dans ses
rapports avec celle de l'ge de la pierre. Je me borne pour le moment 
signaler la question historique claircie par le savant directeur du
Muse de Saint-Germain, comme tant la clef de toute l'histoire des
rgions qui s'tendent de la mer Noire au golfe de Gascogne, durant
plusieurs sicles avant la conqute romaine, et des questions que doit
se poser la science, si elle veut rattacher par des liens solides
l'archologie prhistorique  l'histoire elle-mme. Comment l'auteur de
l'_Archologie celtique et gauloise_ est parvenu  rejoindre les termes
extrmes de la srie, c'est ce qu'il faut lire dans son ouvrage. Je ne
prtends ici qu'en donner une ide exacte mais sommaire, et la confirmer
par un ensemble de faits emprunts  d'autres travaux.

Rappelons-nous d'abord que les tribus _gauloises_ se trouvaient en
gnral, d'aprs Polybe, fixes en Europe plus  l'Est que les peuples
celtes proprement dits. Or, ce sont elles qui, selon M. Bertrand, ont
_apport_ dans l'Europe centrale et occidentale, sinon la premire
connaissance, du moins l'usage habituel du fer, et particulirement des
armes en fer. C'est ce qui rsulte des observations innombrables faites
en France et ailleurs et brivement signales plus haut; c'est ce que
l'auteur met directement en lumire dans les paragraphes I, II et V de
la IIIe partie de son livre. Dans le premier[15] de ces morceaux, il se
borne  constater en peu de mots les caractres distincts, limits, dans
notre Gaule,  la _rgion orientale_, qui dterminent l'ge dit
prhistorique du fer; 1 Prdominance de ce mtal, qui fait disparatre
l'pe de bronze; 2 inhumation sous tumulus ou en pleine terre,
remplaant l'inhumation sous les dolmens; 3 premire apparition de la
_fibule_ ou agrafe; 4 changement dans le style de la cramique; 5
premire apparition d'une monnaie plus ou moins nationale[16].

Les dtails sur les types de cet ge gaulois du fer abondent dans le
Mmoire de M. Bertrand sur les _Tumulus gaulois de la commune de
Magny-Lambert_[17] (Cte-d'Or), situs prcisment  la limite de la
rgion gauloise proprement dite. On voit nettement rsulter de cette
tude, non-seulement le caractre distinct de ces nombreuses antiquits,
si on les compare  celles de la Gaule occidentale, mais les analogies
frquentes qu'elles offrent avec celles de contres plus orientales et
mme de certains peuples appartenant  l'histoire classique.

Nous avons devant nous, dit l'auteur[18],  ct de l'pe, du bracelet
et du vase en argile gaulois, une ciste ou seau et une coupe de bronze,
pour ne parler que de ces objets, d'une industrie et d'un art qui
forcent immdiatement  tourner les regards du ct de la valle du
Danube ou de la Haute-Italie. La mince feuille d'or repouss du tumulus
de la Combe-Bernard et la perle maille nous rappellent les les de la
Grce, Chypre, Rhodes ou la Crime. L'anneau de jambe  enroulements
trouve ses analogues en Hongrie, en Mecklembourg et en Danemark. La
Gaule,  l'poque o nos tertres ont t levs, tait donc en relation
avec des contres trs-diverses, et particulirement avec le monde grec
et trusque, c'est--dire avec une civilisation qui n'est pas
enveloppe, comme celle de la Gaule, d'un voile pais, mais qui au
contraire est de bonne heure, et plus de cinq cents ans avant notre
pays, en pleine lumire.

Les pes de Magny-Lambert ne doivent pas tre signales seulement pour
la matire qui les compose, le fer, matire qu'on ne rencontre pas dans
les spultures trs-anciennes de la Gaule occidentale, non plus que du
Nord de l'Europe[19], mais aussi pour leur longueur et pour les
_dtails_ de leur forme[20], dtails qui se retrouvent dans d'autres
tumulus du mme dpartement[21], neuf en tout, sans parler de quelques
autres pes provenant d'autres contres, mais appartenant presque
toutes  la _Gaule orientale_[22]; les rares exceptions peuvent
s'expliquer aisment par des imitations, des exportations ou des
voyages. Les analogies, ou plutt les ressemblances, ce n'est presque
jamais en France qu'il faut les chercher; c'est dans les tats
autrichiens, dans le bassin du Danube et aussi en Suisse[23]; en un mot,
c'est dans les rgions indiques par Polybe comme habites par des
Galates ou Gaulois que se retrouve le type des pes gauloises et non
pas proprement celtiques. Les tumulus de Magny-Lambert ont aussi fourni
des rasoirs presque tous de bronze, ceux de fer tant faciles  dtruire
par l'oxydation, puisque la lame de ces instruments ne peut tre que
fort mince. Ils sont nombreux, quoique _non universellement rpandus_,
dans les tombes de caractre gaulois; ce qui, comme le fait observer M.
Bertrand[24], rappelle un passage o Diodore signale l'usage de cet
instrument comme appartenant, dans la race gauloise,  la seule
aristocratie.

Parmi les nombreux objets d'archologie galate trouvs dans la France
orientale, le casque ne figure que par un spcimen unique, le _casque de
Berru_,  la forme trs-allonge, qui a t dcouvert dans le
dpartement de la Marne. On connat d'ailleurs, dans le mme
dpartement, un certain nombre de cimetires gaulois, d'poque
comparativement rcente, puisque la longue pe  pointe mousse avait
alors disparu pour faire place  une autre pe, galement en fer aussi
bien que les lances, mais de forme diffrente et de dimension beaucoup
moindre[25]. Le casque de Berru, formant exception, ne peut servir par
lui-mme  caractriser le monument funraire o il a t dcouvert;
mais il n'en offre pas moins un intrt trs-rel, non-seulement parce
qu'il a t fabriqu au _martelage_, ainsi que des centaines de vases
mtalliques fournis par les cimetires gaulois dans les valles du
Danube et du Rhin[26], non-seulement aussi parce que son ornementation
nous reporte dans la mme direction[27], mais encore et surtout, parce
qu'il ressemble aux _casques assyriens_ sculpts  Khorsabad, et usits
encore aujourd'hui dans le Kourdistan[28].

Or ceci concorde, accessoirement, j'en conviens, avec un fait capital,
celui de l'importation tardive du fer, en dehors du bassin de la
Mditerrane, par un peuple _arriv de l'Orient, longtemps aprs_ le
gros de la race celtique, et communiquant  _ses frres de l'Europe
centrale et occidentale l'usage de ce prcieux mtal_. Ce moyen de
progrs dans la civilisation matrielle a donc t d, chez les Celtes,
 une colonisation nouvelle, et non  l'action spontane d'un progrs
indigne. Ceci ne veut pas dire que les Celtes, dj en possession du
bronze, et _qui n'taient point des sauvages_, n'auraient _pu_ accomplir
ce progrs par leurs propres efforts; mais qu'_en fait_, dans les
contres qui fournissent  l'archologie prhistorique la plupart des
objets de ses recherches[29], la succession des deux ges du bronze et
du fer ne s'est pas opre de la faon qu'on l'avait conue, quand on a
formul les principes hypothtiques de cette science. Tel est le fait
que nous avons maintenant  tudier dans ses dtails et sa chronologie,
en nous rendant un compte aussi exact que possible de la distribution et
de l'ge, relatif ou absolu, des stations dans lesquelles on reconnat
la substitution graduelle du fer au bronze; seulement, ne perdons jamais
de vue cette loi physique trop souvent oublie et que M. de Longprier a
si nettement rappele au Congrs de Paris[30], que, si quelques
localits de l'Europe ont _conserv parfaitement_ des _armes_ ou des
_ustensiles en fer_, elles doivent ce _privilge_  la nature de leur
sol. Mais il ne serait pas prudent, ajoute-t-il, de croire que ce mtal
n'a pas t employ du tout dans les contres o l'on n'a pas constat
sa prsence d'une manire aussi satisfaisante... Le fer se dtruit
trs-rapidement; en certains terrains, il ne peut pas rsister un
demi-sicle. Les dpts oxyds ont t ngligs longtemps, et, parmi
ceux qu'on a enfin recueillis, il en est qui sont de beaucoup
antrieurs  ce qu'on est _convenu_ d'appeler l'ge du fer. C'est donc
l'ensemble seulement que j'ai ici en vue, sans nier des importations
partielles, d'autre origine que celle des Gaulois.




CHAPITRE III

TRANSITION DE L'AGE DU BRONZE  CELUI DU FER CHEZ LA RACE CELTIQUE


 1er.--_La Haute-Italie_.

La _transition_ du bronze au fer, dans les pays occups par les Celtes,
et en gnral les _relations_ entre peuples divers, durant la priode o
elle s'est produite, sont relativement claircies aujourd'hui, mme au
point de vue chronologique, par suite des dcouvertes multiples et
varies de nature et de provenances, qui ont t faites, dans ces
dernires annes, des deux cts de la chane des Alpes. Dans la
Haute-Italie, en effet, Celtes et Gaulois, nous l'avons vu, se sont
trouvs en contact avec la civilisation et la race des trusques, dont
la chronologie est loin d'tre compltement obscure, surtout en ce qui
concerne leurs monuments archologiques. De plus, les stations lacustres
de la Suisse et de la Savoie[31] nous montrent des vestiges de la mme
priode trs-varis, trs-nombreux, et dans un tat de conservation
satisfaisant. Enfin, la magnifique dcouverte de Hallstatt nous a mis
sous les yeux un centre de commerce, sinon d'industrie, riche en objets
appartenant aussi  la priode de transition. Une observation
trs-curieuse d'archologie compare, faite par M. de Longprier, peut
galement avoir une importance considrable pour la chronologie des
dpts dits prhistoriques. Dans quelques tombes de Hallstatt, dit-il,
ont t recueillies des pes  poignes d'ivoire d'une forte dimension.
Or, les peintures de vases  figures noires, appartenant au Ve sicle
avant notre re, nous montrent des pes dont la lourde poigne  gros
pommeau est peinte en blanc. Cette couleur n'est employe par les
artistes de cette poque que suivant certaines rgles et avec un grand
discernement. Le blanc sert  exprimer l'ivoire, quand il est appliqu
aux lyres[32]. Les tombes o ces armes ont t trouves ne sont donc
probablement pas antrieures au Ve sicle ou mme au IVe, temps des
invasions gauloises dans la pninsule. Et comme, d'autre part, il n'y a
l aucune trace de monnaie, bien que le numraire ait commenc dans le
IIIe sicle  circuler et mme  tre fabriqu dans le bassin du
Danube[33], nous avons peut-tre une indication approximative du temps
o le canton de Hallstatt fut tmoin de ce mouvement commercial. Sans
doute, comme le dit au mme lieu le savant archologue, en Italie, dans
la Gaule, en Grce, on a souvent ouvert, sans y rencontrer une seule
monnaie, des tombes appartenant notoirement  des poques o le
numraire tait abondant. Mais autre chose est une tombe, autre chose
est une station.

Commenons par l'Italie, qui nous servira de raccordement pour la
chronologie de ces diffrentes stations entre elles et avec l'histoire
des peuples classiques, puisque nous trouvons l des objets dont la date
est susceptible d'un _maximum_ parfaitement historique.

La station de Marzabotto[34],  27 kilomtres de Bologne, a t l'objet
d'un rapport dtaill, fait au Congrs de cette ville en 1871, par un
archologue clbre, M. le comte Conestabile, l'un des hommes assurment
qui connaissent le mieux l'trurie antique. Il a constat que ce riche
dpt d'objets qu'on a l'habitude d'appeler _prhistoriques_, appartient
 une poque _trs-postrieure  l'tablissement du gouvernement
rpublicain dans Rome_. On y trouve, en effet, l'_oes rude_, dont on n'a
rencontr, en trurie, aucun exemplaire plus ancien que le Ve sicle de
Rome, c'est--dire que le temps des guerres contre les Samnites et la
Confdration trusque elle-mme; or, les objets d'art de Marzabotto
appartiennent incontestablement  la civilisation de l'trurie; trois
d'entre eux portent mme des inscriptions trusques[35]. Il est  peine
besoin d'ajouter que le fer n'est pas rare dans ce dpt[36]. Il pouvait
y provenir indistinctement, soit du Sud par les trusques, soit du Nord
par les Gaulois; car M. Bertrand signale avec assurance[37] le mlange
d'objets franchement gaulois, et spcialement d'pes et de lances,
rappelant les formes trouves dans les cimetires de la Marne, avec les
antiquits trusques de Marzabotto; et le fait se conoit  merveille,
puisque, ds le IVe sicle de Rome, les Boens avaient opr leur
invasion au Sud du P[38]. M. Bertrand signale encore,  Marzabotto, une
fibule d'argent de forme tout  fait semblable  celles des fibules
qu'on a runies au Muse national de Saint-Germain[39], ce qui fournit
un tmoignage frappant du mlange des deux peuples opr dans le
Bolonais; mlange fort ingal, parat-il, car,  Marzabotto, le mode de
spulture trusque  cette poque peu recule, c'est--dire
l'_incinration_, domine manifestement; on trouve aussi, au Nord des
Alpes, dans des cimetires _ inhumation_, et par consquent celtiques
ou gaulois[40], des objets appartenant  l'art trusque. L'un et l'autre
mlange constate galement les relations entre les deux races, fait peu
connu jusqu'ici, d'un grand intrt par lui-mme, en ce qu'il nous ouvre
une vue nouvelle sur l'histoire de l'Europe centrale aux temps anciens,
et qui, dans la question prsente, sert de point de dpart  l'tude
d'un change de produits industriels avec des nations dont l'histoire ne
parlait, il y a dix ans, que pour indiquer leurs exploits guerriers. On
trouve mme,  Marzabotto, l'un des types les plus lgants des fibules
ou agrafes trouves  Hallstatt, dans la Basse-Autriche[41], et par
consquent aussi, selon toute apparence, chez les Galates du Danube. M.
Desor avait signal au mme Congrs[42] la trace manifeste, dans ce
dpt septentrional, de populations opulentes, en relation avec les
centres industriels d'alors, mais ne possdant pas elles-mmes les
ressources d'une puissante industrie; car l, comme en Suisse et en
Franche-Comt, on n'a trouv de moules indiquant la fabrication locale
que pour les formes les plus simples. L'industrie des peuples Galates
tait, en effet,  peu prs nulle, aussi bien dans la Gaule que dans la
valle du Danube; et M. Bertrand fait remarquer  ce sujet[43] que la
cuiller ou _simpulum_ trouve au Monceau-Laurent, dans la commune de
Magny-Lambert, avait t, aprs un accident, rpare avec une
_inhabilet_ remarquable. Ces tribus presque nomades, qui ne
connaissaient d'arts que ceux de la guerre, savaient se procurer, par
des expditions de pillage, les produits d'une industrie trangre, mais
ne savaient pas les imiter et les multiplier chez elles. Telle est
l'origine que l'auteur assigne aux vases vraiment trusques qu'on a
dcouverts, non-seulement en Suisse et dans l'Allemagne du Sud, mais
dans la Bavire-Rhnane et en Champagne, vases constamment associs 
des pes ou  des fibules en fer, dans des stations qui remontent,
parat-il,  une priode s'tendant du Ve au IIe sicle avant notre re,
c'est--dire  peu prs au temps qui s'coule entre les grandes guerres
contre Vies et la ruine de Carthage. En d'autres termes, cette priode
est la mme que celle des invasions gauloises, tant en Orient qu'en
Occident, dans l'Italie, la Grce et l'Asie-Mineure, et spcialement des
luttes diverses de ces peuples contre les Romains, luttes dont le
thtre fut habituellement l'trurie proprement dite, et celle du
P[44]. M. Bertrand remarque mme[45] que les vases trusques trouvs au
Nord des Alpes appartiennent surtout  la valle de la Sarre, et que
Csar (I, 31) indiquait le voisinage du Rhin comme la partie la plus
riche de la Gaule, enrichie par le pillage, bien entendu. C'tait, en
effet, la rgion qu'habitaient les vritables Gaulois.

Ainsi, tous les arguments historiques et archologiques concordent pour
tablir ce fait que, vers le IVe sicle avant l're chrtienne, vers le
temps fort historique de la prise de Rome par les Gaulois, et de la
prise de Vies par les Romains, ou, si l'on veut, de l'arrive des
plbiens aux grandes dignits de la Rpublique, des relations
trs-intimes furent tablies et gnralement, sinon toujours, imposes
par la force, entre les Gaulois, alors seuls possesseurs du fer dans
l'Europe centrale, et les populations de l'Italie suprieure; relations
qui comprenaient, dans une certaine mesure, les Gaulois du bassin du
Rhin comme ceux de la valle du Danube. Mais, parmi les traces
matrielles de ce grand fait, l'un des plus intressants  tous gards
est le vase trouv  Graeckwyl, prs de Berne, dans un tumulus
renfermant trois couches de dpts, toutes trois contenant des objets en
fer. La dernire, c'est--dire celle d'en haut, appartenant  la priode
carolingienne[46], ne doit pas nous occuper ici; la premire ne
contient, au milieu d'objets en bronze, qu'un fer de cheval, introduit
apparemment par un remaniement du terrain[47]. C'est donc seulement la
couche intermdiaire qui doit attirer ici notre attention.

Or, on y a dcouvert des fragments d'une coupe en bronze, portant des
figures qui, sans nul doute, sont des monuments d'une religion
totalement trangre  la Gaule, et sont faciles  reconnatre comme
provenant de l'trurie, probablement des territoires de Clusium ou de
Prouse. M. Bertrand, qui ajoute ce dernier dtail, incline fort  en
rapporter l'importation au-del des Alpes  la grande expdition que je
viens de rappeler et qui commena, chacun le sait, par le sige de
Clusium[48]. Ce qui, du moins, ne peut tre mconnu, au premier coup
d'oeil jet sur le dessin de ce vase, c'est que le type de la divinit
qui s'y trouve reprsente appartient  l'Asie occidentale et aux
monuments primitifs de l'trurie, si fortement empreints d'une influence
asiatique, comme les belles tudes de M. Raoul Rochette[49] l'ont
surabondamment dmontr. La tradition rapporte par Hrodote (I, 94),
touchant l'migration tyrrhnienne, explique d'ailleurs ce fait autant
au moins que l'extension du commerce phnicien. Quant aux imitations de
l'art grec, qui se multiplirent dans de vastes proportions sur les
vases fabriqus en trurie, elles ne _commencrent_  s'y produire,
d'aprs toutes les vraisemblances, que vers la fin du IIe sicle de Rome
ou le commencement du IIIe[50]; et l'on ne peut admettre qu'elles se
soient de longtemps substitues en masse aux productions de l'art
vritablement national. Celui-ci ne pouvait tre oubli  l'poque du
sige de Clusium, et surtout les monuments n'avaient pu en disparatre.
Les miroirs  scnes hroco-mythiques ne se rencontrent nulle part 
Marzabotto[51]; au contraire, la Minerve aile de Marzabotto est un type
trusque bien connu.

Mais la desse du vase de Graeckwyl, la desse aux ailes de cette forme
spciale qui caractrise l'art proto-trusque, et tenant des animaux
dans une attitude propre aux reprsentations de l'Asie occidentale,
n'est pas le seul monument d'origine italique que renferme, avec des
objets en fer, la mme couche du tumulus bernois. On y a trouv une
fibule en bronze,  col de cygne, dont le type appartient aux antiques
cimetires de Villanova (prs de Bologne) et de Golasecca (prs du lac
Majeur). Il en est de mme d'une urne funraire du mme dpt[52]. Des
fibules semblables ont t trouves en Alsace, en Franche-Comt, en
Souabe, pays qui taient minemment gaulois dans les derniers sicles
avant l're chrtienne[53]. Or, des types de Villanova se retrouvent
encore  Marzabotto, dont la cramique descend jusqu'au IIIe sicle[54],
c'est--dire jusqu'au temps des premires guerres puniques, tandis que,
nous venons de le voir, les armes gauloises trouves dans le dpartement
de la Marne ont une forme identique  celles de la mme ncropole, et
par consquent n doivent pas appartenir  une priode bien loigne. Et
ce qui est plus frappant encore, la mme forme se retrouve, d'une part
dans le dpt de notre Alise, le dernier boulevard de l'indpendance
gauloise contre Csar; de l'autre, dans la _station lacustre_ de la Tne
(lac de Neuchtel), et dans celle de Tiefenau, galement en Suisse[55].
Tout cet ensemble caractrise donc une priode comprenant  la fois la
dure du Ve au IIIe sicle avant notre re, dans une partie de l'Italie,
et la priode gauloise dans la Gaule orientale, _en y comprenant_ la
dernire station lacustre du lac de Neuchtel. La ncropole de
Marzabotto n'appartient pas d'ailleurs, du moins en totalit,  l'poque
la plus rcente de cette priode, car, selon M. Conestabile[56], les
statuettes mythologiques qu'il renfermait ont un caractre archaque
bien prononc, et l'absence de miroirs  mythes hellniques nous reporte
au-del du IIIe sicle,  en juger par les rapprochements avec les
dpts de l'trurie et du Latium[57]. L'_oes rude_  36% de plomb y est
peu abondant encore; on n'y a trouv qu'un seul morceau d'_oes signatum_,
et pas une seule monnaie rgulire[58]. Mais cette circonstance ne
drange point les limites chronologiques indiques  la formation de ce
dpt, puisque l'_oes rude_ lui-mme ne parat s'tre rpandu en trurie
qu'au Ve sicle de Rome[59]. La persistance  Marzabotto d'un type
antrieur trouv  Villanova confirme donc la conclusion facile  tirer
de ces diverses donnes, savoir: que le dpt italique tudi dans les
pages prcdentes appartient  un ge de transition.

Nous aurons  examiner en dtail ce qu'taient les dpts de Villanova
et de Golasecca. Mais auparavant, et afin de ne ngliger aucun lment
de cette histoire, si nouvelle pour la science, disons, d'aprs M.
Conestabile, quelques mots d'un dpt moins ancien, celui de la Certosa,
 un kilomtre et demi de Bologne, dpt tudi par ce savant
archologue dans la deuxime partie de son rapport au Congrs de 1871.
L on trouve des cistes funraires en bronze presque semblables  celles
de Marzabotto[60], et une autre semblable  celles de l'trurie
proprement dite[61]; des stles funraires analogues  celles de l'autre
cimetire, avec un mlange d'incinration et d'inhumation[62]; des vases
peints reprsentant des scnes de la vie domestique et sociale, mais
aussi des mythes _hellniques_, avec des poteries d'un trs-beau travail
et revtues de vernis[63]; des fibules d'un got lgant et d'une grande
varit de types, dont quelques-uns rappellent, de toute vidence, les
bronzes de Hallstatt[64]; enfin et surtout, puisque nous cherchons avec
soin des indications de dates relatives, on y a dcouvert une grande
abondance d'_oes rude_[65], destin probablement, selon l'auteur,  payer
le passage dans l'autre vie, et, de plus, une monnaie l'_oes grave
oncial_, postrieur, en consquence,  l'an 537 de Rome (bataille de
Cannes), date de la premire fabrication d'une monnaie de cette valeur
intrinsque, tandis que le caractre archaque d'une _situla_, les
animaux fantastiques qui la dcorent et la comparaison de cet objet avec
d'autres monuments de l'art trusque permettent de faire remonter
au-del du IIIe sicle de Rome, vers l'poque des Tarquins,
l'_ouverture_ de cette ncropole[66]. L aussi furent ensevelis, ou
plutt incinrs, des tmoins de l'invasion boenne.

Mais Villanova, qui, comme la Certosa, fut une ncropole de la Bologne
primitive, c'est--dire de Felsina, nous reporte beaucoup plus haut dans
l'histoire de cette cit[67], au _commencement_ de l'ge de
_transition_.  Villanova, dit M. Conestabile, presqu'aucune trace de
statuettes ou de figures humaines quelconques, sauf une idole fminine
en bronze, avec un cercle et deux oiseaux sur la tte et deux autres sur
les hanches, et sauf certaines figures symboliques ou de convention,
rencontres sur une des bandes qui ornent la surface d'un ossuaire en
terre cuite. L'_ornementation_ des objets prsente gnralement des
mandres, des disques, des cercles concentriques ou remplis par une
croix, des animaux de diffrentes espces, tels que canards, oies,
serpents.  Villanova, _aucune_ trace de bas-reliefs en pierre, _aucun_
objet d'orfvrerie, _aucune_ inscription, _aucun_ stylet  crire, _pas
une_ ciste en bronze... La composition chimique du bronze de l'_oes rude_
parat plus ancienne qu' Marzabotto et  la Certosa... Enfin, 
Villanova, _aucun_ indice, _aucun_ fragment de vase peint, et le fer
_trs-rarement_ employ[68]. En consquence de ces preuves ngatives,
et malgr des points de rapprochement nombreux avec les dpts dj
mentionns, spcialement quant  la forme et  l'ornementation des
fibules, l'auteur croit pouvoir tablir[69] que les spultures de
Villanova, ou du moins les plus anciennes de ces spultures, peuvent
remonter  neuf ou dix sicles avant l're chrtienne, environ deux
sicles avant la date communment accepte pour la fondation de Rome. Ce
maximum approximatif, nous verrons tout--l'heure sur quoi il peut tre
logiquement fond.

Le savant archologue fait remarquer, au mme endroit, que, par
l'ornementation, les types et la composition chimique de ses bronzes, la
station de Villanova se rapproche notablement de celle de Hallstatt,
comme certaines fibules de cette station danubienne d'un type de
Marzabotto. Faut-il en conclure que le dpt de Hallstatt ait commenc 
tre form bien avant la fondation de Rome et se soit prolong jusqu'au
temps d'Annibal ou mme plus loin? La conclusion ne serait pas encore
rigoureuse. S'il fut un produit d'importations trangres, par suite de
pillages ou autrement, il aurait pu recevoir, au IVe sicle, des objets
fabriqus dans le VIIIe; les modes de Clusium n'taient pas suivies jour
par jour dans la valle du Danube. Nous aurons donc  tudier Hallstatt
en dtail. Quant  Villanova elle-mme, quand nous trouvons que l'usage
du fer y est tout  fait exceptionnel, dans un temps probablement assez
voisin de la fondation de Rome, il est curieux de rapprocher de ce fait
les preuves incontestables de l'usage systmatique du bronze, et mme de
la pierre, dans les rites religieux de l'ancienne Rome[70], rites dont
l'origine fut sans doute en partie latine et sabine, mais qui furent
coordonns, complts et rforms sous l'influence de l'trurie, et qui
en maintinrent svrement la tradition. Il en rsulte que, mme dans
l'Europe mridionale, l'ge du fer proprement dit n'appartient pas  une
poque bien recule, ce que d'ailleurs Homre nous apprenait dj pour
la Grce[71].

L'antiquit du dpt de Villanova, par rapport  l'ge brillant de la
civilisation trusque, se dmontre encore par une autre voie. On a
trouv  Poggio-Renzo, prs de Chiusi (Clusium, et plus anciennement
Camars), un certain nombre d'urnes cinraires, dont la composition et
l'ornementation fort simple, forme surtout, comme  Villanova, de
lignes gomtriques, constitue un groupe distinct parmi les antiquits
de l'trurie centrale[72], avec certaines poteries de Coer (l'ancienne
ville plasgique d'Agylla), dans l'trurie du Sud, et d'Albano, dans le
Latium[73], c'est--dire dans un pays qui parat avoir t aussi habit
par la race plasgique. La disposition la plus originale de ces lignes
se trouve encore  Cumes, _au-dessous_ des dbris hellniques[74], et
elle s'est galement retrouve  Hissarlik, sur le terrain de l'ancienne
Troie[75]. De plus, comme l'a expos M. le chanoine Broggi, dans une
lettre  l'auteur de l'_Archologie celtique_[76], les urnes de
Poggio-Renzo taient _recouvertes_ par les dblais de chambres
funraires trusques, et par consquent leur taient antrieures. Or,
ajoute-t-il, tous ces vases _n'ont qu'une anse_;  ceux qui
primitivement en avaient deux, l'une a t, non pas casse par accident,
mais _systmatiquement ampute_. Cette _mme particularit_,
continue-t-il, a t remarque  Villanova sur des _vases parfaitement
semblables_. Divers objets avaient t dposs dans les urnes de
Poggio-Renzo; ces objets ont _galement_ le plus grand rapport avec les
objets trouvs  Villanova.--Il faut ajouter, dit en note M. Bertrand:
_et_ avec les objets trouvs dans les urnes cinraires de Golasecca.
Enfin, selon une communication de M. Conestabile, une forme spciale de
rasoirs, trouve aussi  Poggio-Renzo, est exclusivement propre aux plus
anciens dpts dcouverts en Italie[77]. Ces antiquits peuvent donc
tre appeles pr-trusques, comme le dit l'auteur de l'_Archologie
celtique_; peut-tre mme doit-on les dsigner par l'appellation de
plasgiques; les constructions plasgiques de l'Italie centrale sont
d'ailleurs trop reconnaissables et trop nombreuses pour qu'on puisse
nier le fait, affirm par Denys d'Halicarnasse et confirm par la
linguistique, d'anciennes migrations de cette race dans la pninsule.
Comme d'ailleurs la tradition des Hellnes n'accordait pas aux Plasges
un bien grand nombre de gnrations avant les temps hroques, et qu'ils
ont d s'tendre dans la Grce bien avant de passer en Italie, les vases
de Poggio-Renzo et de Villanova, ceux de Cumes et le fragment troyen
dont j'ai, parl, ne doivent pas avoir une date fort loigne des temps
homriques, ce que nous ont dj induit  penser d'autres faits
archologiques concernant les ncropoles de Villanova et de Golasecca.
Or, nous sommes l en plein ge de bronze, au temps de la premire et
rare apparition du fer dans le bassin du P, o il ne dominera peut-tre
qu'aprs l'arrive des Gaulois. Ce serait donc, approximativement, du Xe
au Ve sicle avant l're chrtienne que la transition se serait opre
dans l'Italie suprieure; or, c'est vers le VIIIe que M. Bertrand[78]
croit devoir placer la premire introduction du fer dans notre Gaule,
ainsi que dans la rgion comprise entre le Danube et les Alpes. Mais, 
cette poque, il est loin d'tre rpandu dans toute la Gaule; il parat
encore ignor, ou peu s'en faut, des Celtes proprement dits.


 2.--_Bassin du Rhne;--stations lacustres;--le bronze des Celtes_.

Il est un autre fait, dont j'ai dit  peine un mot en passant, et qui
pourtant mrite une trs-srieuse attention; c'est l'existence d'un ge
du fer dans les stations lacustres ou palafittes. L'existence, bien
constate en divers lieux, de ces habitations singulires semblait
donner raison  nos adversaires, en nous montrant les populations de
certaines contres occidentales rduites  vivre en quelque sorte comme
des castors, pour se mettre  l'abri ou d'animaux dangereux, ou de
voisins plus dangereux encore, et par suite, vivant dans une condition
analogue  celle qu'a cre l'imagination de Lucrce. Il est vrai que
l'on ne dut pas tarder  modifier ces premires impressions, quand, ds
le mois de janvier 1860, M. Troyon signala aux lecteurs de la _Revue
Archologique_ les habitations lacustres de la Suisse, chelonnes
gographiquement dans ce pays depuis le lac de Genve jusqu' celui de
Constance, et chronologiquement depuis le temps des instruments de
pierre jusqu' celui de la _domination romaine_. La station de Concise
(canton de Vaud), qu'il tudiait spcialement dans cet article, offrait,
avec de nombreux instruments de silex et des poteries d'un art peu
dvelopp, un certain nombre d'objets en bronze, et par consquent un
premier indice de synchronisme entre les instruments forms de ces
matires diverses. De plus, loin d'indiquer un plus urgent besoin
d'isolement, les stations de l'ge de la pierre sont moins loignes du
bord que celles de l'ge du bronze; celle de Wangen, dans le lac de
Constance, offre des traces manifestes de la culture des crales.
D'autre part, Eschyle nous apprend que, _de son temps_, ce mode de
construction tait usit dans le voisinage de la Thrace[79], et Hrodote
le dcrit avec plus de prcision, en l'attribuant, prcisment dans
cette rgion,  une partie des Poniens[80], _lors de l'invasion de
Xerxs_, c'est--dire au temps o crivait Eschyle, dans la premire
moiti du Ve sicle avant notre re.

L'existence d'une station lacustre _durant l'ge du fer_, en Occident,
et par consquent dans une _priode bien peu recule_ de l'antiquit
classique (ainsi que nous l'avons reconnu dans les pages prcdentes), a
d'ailleurs t signale avec beaucoup de dtails, en 1865, par M. Desor
dans son tude sur _Les Palafittes du lac de Neuchtel_. Il y a
constat, en tudiant la station de la Tne, la seule qui contienne
_exclusivement_ des objets de l'ge du fer: 1 que les fers de lance et
les javelots trouvs dans cette station _ressemblent_ aux fers de lance
et aux javelots, assurment bien gaulois, qu'on a trouvs dans les
fosss d'Alise[81]; 2 que les lames d'pes sont ouvrages avec _plus
de soin et d'art_ que celles d'Alise[82], qui appartiennent pourtant au
dernier sicle avant l're chrtienne; 3 que quelques fourreaux sont
orns de dessins au repoussoir, dont l'un reprsente l'emblme
caractristique des _Gaulois_, savoir le cheval cornu, tel qu'il se
retrouve aussi sur les _monnaies_ de la Tne[83]; 4 que la distinction
de la _faux_, destine  recevoir un manche, et de la _faucille_  main
parat indiquer l'existence et de la vie agricole et de la possession du
btail, auquel est destin le fourrage. Quant aux fibules en fer
trouves  la Tne, elles sont de formes trs-varies; mais toutes
appartiennent  la catgorie des fibules  ressort en boudin[84], qui
est en gnral celui des fibules de l'Europe mridionale[85].

Cette station, ces habitations lacustres sont donc contemporaines du
temps o florissait la civilisation gauloise proprement dite, celle des
Gaulois-Galates de M. Bertrand, arrivs dans notre Europe bien aprs les
Celtes de la Gaule occidentale. Rien d'ailleurs n'est plus significatif
 cet gard que les monnaies de la Tne. Non-seulement on a dcouvert l
_cinq monnaies gauloises_ proprement dites, mais _une de l'empereur
Claude_[86]; et d'ailleurs, comme nous l'avons vu plus haut, les
monnaies gauloises elles-mmes sont toutes imites de monnaies grecques
ou romaines bien connues, en sorte qu'il est impossible de rapporter,
pour ce peuple,  une poque vraiment antique ce signe manifeste d'une
civilisation assez avance. Il y a plus encore: les palafittes du lac de
Paladin, prs de Voiron (Isre), ont fourni des objets _semblables_ 
ceux qu'on trouve _associs  des monnaies carlovingiennes_, dans un
tumulus du centre de la France, ainsi que M. Chantre l'a rapport au
Congrs de Bologne[87].

Revenant, en 1867, dans le Congrs de Paris, sur les trouvailles de la
Tne, M. Desor nonait la pense que cette station, avec ses pes 
deux tranchants, ses fibules  ressort et ses monnaies gauloises,
appartient encore au premier ge du fer, ainsi que certains _tumuli_ o
le fer se trouve ml au bronze, et spcialement celui de Tiefenau, prs
de Berne, qu'il croit, d'aprs son contenu, tout  fait contemporain de
la station lacustre. Il tient l'un et l'autre dpts pour purement
gaulois, et par consquent antrieurs  d'autres antiquits dites, en
Allemagne, de l'poque franque, et, en Suisse, de l'poque
helvto-burgonde, caractrise par le scramasax des Germains; il les
tient pour antrieurs encore  d'autres spultures de l'ge de fer, avec
pes  deux tranchants et agrafes incrustes, situes, en Suisse, sur
des coteaux[88], bien que, dans celui de Vauroux en particulier, le fer
ne paraisse qu' titre d'exception[89]. L'auteur tablit[90] la mme
distinction entre les tombelles d'Alaise, dont les antiquits sont
analogues  celles de Vauroux, et les tombelles d'Alise, qui sont
nettement gauloises. Il souponne que les premires pourraient remonter
plus haut que la fondation de Rome; mais il est loin d'en dire autant de
l'ge du fer proprement dit dans la Gaule, mme orientale. Ceci, on le
voit, est parfaitement d'accord avec les conclusions de M. Bertrand, qui
admet la _connaissance_ du fer en Gaule ds une poque assez ancienne,
par suite des relations avec les Phniciens, avec les Grecs, puis avec
la valle du Danube, mais ramne  des temps bien postrieurs  la
fondation de Rome _l'emploi dominant_ du fer en de du Rhin.

Arrivons maintenant aux rsultats obtenus par l'tude des dpts
contenus dans le bassin du Rhne, touchant l'poque o l'usage du bronze
parat tre devenu dominant dans cette partie de la Transalpine, la plus
voisine des stations de la Haute-Italie tudies plus haut. Des
renseignements nombreux et varis ont t fournis sur ce point par M.
Costa de Beauregard au Congrs de Paris, il y a dj une dizaine
d'annes, et peu aprs dans les _Mmoires de la Socit franaise de
Numismatique et d'Archologie_ (1870); M. Chantre a fait de l'ge du
bronze dans le bassin du Rhne l'objet d'une tude spciale et
dtaille, dans une des sances du Congrs de Bologne; enfin M. Bertrand
y est revenu dans plusieurs parties de son volume; on peut d'ailleurs y
rattacher la partie relative  l'ge du bronze dans le travail de M.
Desor, puisque le lac de Neuchtel, bien qu'appartenant au bassin du
Rhin, est dans la rgion comprise entre le Jura et les Alpes[91]. Ce
sont les consquences logiques du rapprochement de ces travaux que je
voudrais surtout mettre en ce moment sous les yeux du lecteur, du moins
en ce qui concerne la transition du bronze au fer.

M. Chantre appelle, ds le dbut de son Mmoire, notre attention sur ce
fait, que la valle du Rhne tait le centre naturel des plus anciennes
relations commerciales de la Gaule avec le bassin de la Mditerrane,
l'Italie et les rgions septentrionales[92]; il considre les
trouvailles faites dans les environs de Lyon, ainsi que dans les plaines
du Dauphin, comme comprenant les plus anciens instruments de bronze
dcouverts dans cette contre, tandis que les chanes secondaires des
Alpes et les stations lacustres de la Suisse et de la Savoie offrent, du
moins en gnral et sous toute rserve pour les exceptions, des
spcimens d'un art plus avanc, les gisements archologiques du haut
Dauphin, de la Maurienne et de la Tarentaise, nous amenant  l'ge de
l'introduction du fer[93]. Si ce classement chronologique est exact, il
indique, pour l'industrie du bronze aussi bien que pour celle du fer,
une importation trangre, propage dans les plaines plus accessibles
avant de pntrer dans les districts montagneux et chez les populations
plus isoles qui occupaient les habitations lacustres; importation
opre l, qu'on le remarque bien, avant d'atteindre les districts dans
lesquels dbouchent les cols du Petit-Saint-Bernard, du Mont-Cenis et du
Pas-de-Suze. Ainsi, cette industrie n'a pas d pntrer d'abord de notre
ct des Alpes par une extension successive, partie des colonies
trusques de la valle du P; mais ces districts ont pu, les premiers,
recevoir par cette voie la connaissance de l'industrie du fer, lorsque
celle du bronze dominait encore dans tout le pays. Ainsi encore, le
bronze a d se rpandre dans le bassin du Rhne soit par le commerce
phnicien ou hellnique de la Mditerrane, soit par l'arrive des
Celtes proprement dits, suivant la classification de M. Bertrand, dans
le Sud-Est de la Transalpine; dans tous les cas, ceux-ci, nous le
verrons, sont bien distincts par la civilisation, sinon par l'origine,
des peuples qui, occupant les contres de l'Ouest et au Nord,
remplissaient les deux tiers de la Gaule transalpine au temps de Csar:
Mais _le fait de l'importation trangre_, mme pour les types les plus
anciens, et par consquent la communication de cette industrie par un
peuple nouveau, dj en possession d'une civilisation assez puissante,
c'est--dire la grande loi historique sur laquelle j'ai appel
l'attention au commencement de ce travail, ressort ici de la prsence
d'un art trs-accus, de l'_absence de toute forme_ qu'on puisse appeler
_rudimentaire, mme_ dans les dpts o l'on ne trouve ni le verre, ni
l'ambre, _mme_ dans ceux o le bronze est ml  des objets de
pierre[94], et qui par consquent accusent la _transition_ d'un ge 
l'autre. Or, c'est cette transition qu'il nous importe surtout ici de
prendre sur le fait. Nulle part non plus on ne trouve, dans ces
stations, de moule prouvant une fabrication locale, mme imite de
modles trangers[95]. Il existe, ajoute M. Chantre, une ressemblance
extrme entre certains objets de cette catgorie (surtout les poignards
et les haches  ailerons) et des objets de mme nature trouvs dans les
Terramares du Rgionais et du Parmesan[96]. Il y a donc lieu de croire 
des communications fort anciennes entre ces contres; mais rien ne
prouve que ces communications fussent alors directes. Les objets des
deux groupes peuvent avoir simplement une origine, commune; et
d'ailleurs, pour des objets aussi simples, aussi indispensables que la
hache et le poignard, la ressemblance des formes n'est pas mme un
indice certain de communaut d'origine.

Il n'en est pas de mme pour des produits d'un art plus dlicat et plus
vari, qui se rencontrent dans les palafittes helvtiennes et
savoisiennes. M. Chantre[97] y reconnat un progrs si considrable et
si brusque sur ceux dont nous venons de parler qu'il croit  une
nouvelle priode d'importation,  des communications nouvelles avec
d'autres contres; d'autant plus qu'on y rencontre, non-seulement
l'ambre, ncessairement venu du Nord[98], et la verroterie, qui
appartient au bassin de la Mditerrane, mais l'emploi isol de l'tain,
qui certes n'appartient  aucun gisement mtallique de cette
contre[99]. Cette importation nouvelle pouvait donner matire  la
fabrication indigne du bronze, et, en effet, la station de Ralon a
fourni des pices trs-nombreuses, paraissant neuves encore et comme
destines  la vente, donnant ainsi l'ide d'un centre non-seulement de
commerce, mais peut-tre mme de fabrication. Or, Ralon est voisin du
mont Genvre, et, par consquent, de l'un des cols qui tablissent la
communication avec le Pimont; la ressemblance est grande entre des
objets de notre versant, surtout ceux des palafittes, et d'autres qu'on
a trouvs dans cette dernire contre; de plus, cette ressemblance ne
consiste pas seulement dans la forme, mais, ce qui est plus
significatif, dans la gravure elle-mme[100]. Nous pouvons donc y
reconnatre un indice de communications entre des peuples dont
l'histoire nous est inconnue, et spcialement de relations entre les
habitants des palafittes et ceux des cantons voisins. Enfin, des
conclusions intressantes peuvent ressortir de ce fait, que le troisime
groupe, propre  la rgion montagneuse, marque la transition  l'ge du
fer dans des spultures de la Maurienne, de l'Isre orientale et des
Hautes-Alpes, o le fer ne commence pas encore  se montrer, mais o les
types du bronze rappellent en partie ceux des rgions voisines
(Basses-Alpes et Tarentaise), dans lesquelles des fibules et le fer,
rare pourtant, font leur apparition ensemble, de mme qu'
Villanova[101].

Faut-il abandonner cet ensemble de considrations, par suite de
l'observation de M. Bertrand[102], que M. Chantre a abus de la
classification et transform  tort en subdivisions chronologiques les
groupes d'objets qui prsentent des caractres artistiques et
industriels diffrents. Certes, M. Bertrand a raison de dire qu'il ne
suffit pas d'un mrite suprieur dans le travail pour constituer un ge
nouveau. Il fait remarquer avec non moins de raison que l'usage dominant
du bronze est loin de dmontrer l'ignorance du fer, surtout quand le
contraire est dmontr par les faits dans la Germanie du Sud et dans
l'Italie du Nord[103]. Nous devons nous rappeler d'ailleurs la
judicieuse et trs-importante observation de M. de Longprier, que le
fer disparat trs-facilement de certaines stations par suite de
l'oxydation que produit l'humidit du sol ou du climat; il n'est
conserv, dans les stations dites prhistoriques de notre Europe, que
grce  des circonstances exceptionnellement favorables. M. Bertrand
signale encore, avec raison, comme fort tmraire, l'opinion qui
prtendrait affirmer que, dans l'industrie mtallique, la fonte a
ncessairement prcd le martelage, et que, par suite, l'absence de
moules aux temps antiques suppose ncessairement une importation
trangre; car, dit-il, les Grecs et les Latins avaient conserv un
souvenir tout oppos de la pratique de cet art chez leurs anctres[104].
Ces considrations combattent les consquences de dtail exagres que
l'on pourrait tirer des observations si varies et si curieuses de M.
Chantre; mais lui-mme avait fait des rserves formelles  cet gard, et
cette critique n'atteint pas, ce me semble, les conclusions d'ensemble 
tirer de ses rapprochements, conclusions dont M. Bertrand soutient
lui-mme la pense gnrale[105], c'est--dire le progrs de l'industrie
par la communication des races, pense qui est celle de son livre tout
entier. L'observation de M. Chantre, que les formes rudimentaires
manquent pour le bronze du Rhne, mme l o il se montre ml avec les
instruments de pierre, subsiste avec toute sa puissance.

Quant  la priode du bronze celtique, en gnral, M. Desor faisait
observer, en 1872[106], que la ressemblance entre les dessins des objets
de parure et entre les formes des fibules, dans les galgals de la
France, les tombelles de la Suisse et de la Savoie, les cimetires de
l'Allemagne et de l'Autriche, tmoigne hautement de relations antiques
tablies entre ces contres et de l'importation ou de l'art industriel
ou des objets manufacturs eux-mmes. Il fait remarquer aussi, en ce qui
concerne les populations lacustres, pour lesquelles les objets de
comparaison sont nombreux et bien conservs, que les faucilles  talon
de Gorgier (station terrestre du canton de Neuchtel) ont la mme
composition chimique que celles du lac, en ce sens du moins que nul
mtal ne s'y trouve alli au cuivre et  l'tain, quoique la proportion
de ceux-ci varie accidentellement dans les lacs de la Suisse[107]. Le
mme fait (bronzes  10% d'tain en moyenne, sans plomb ni zinc en
quantits apprciables) a t remarqu par M. Costa de Beauregard[108]
pour ce qui concerne les bronzes du lac du Bourget, en Savoie. Les
palafittes de ce lac datent d'une poque o l'tain pur et mme le fer
taient quelquefois employs, o l'on connaissait, en Savoie, une
verroterie perfectionne[109], o la fonderie des mtaux tait pratique
sur place, comme l'attestent des moules en grs et en terre rfractaire
trouvs dans quatre stations diffrentes, sans parler des preuves d'une
agriculture trs-varie et de l'emploi de nombreux animaux
domestiques[110], avec une vannerie trs-imparfaite[111] et une
cramique diverse de forme, de composition et de mrite[112]. Cet
ensemble de faits ne permet pas de prendre  la lettre l'opinion de M.
Chantre, quand il reportait au-del de l'introduction du fer en Savoie
les habitations lacustres de ce pays; mais la valeur de cette opinion
tait dj bien compromise par le principe qui vient d'tre rappel,
savoir qu'il est extrmement difficile de donner une date _maximum_ 
l'introduction partielle du fer dans une contre humide. Ce qui est fort
intressant, au contraire, c'est la multiplication des preuves d'une
civilisation relativement avance dans des tablissements lacustres;
c'est, par exemple, l'usage que leurs habitants faisaient des animaux
domestiques, et plus spcialement du cheval de selle, ou du moins du
cheval de main, usage attest par des _mors de bronze_ trouvs, l'un
dans la station de Moeringen (lac de Bienne), l'autre dans celle de
Vandrevanges[113]. La premire de ces stations a galement fourni deux
pes, l'une de bronze, l'autre de fer, fabriques _exactement sur le
mme modle_[114], et par consquent fixant la date de la fabrication 
une _poque de transition_ o le fer, quoique bien connu, tait encore
d'un usage exceptionnel, rserv sans doute  l'aristocratie locale,
peut-tre mme  une sorte de fodalit _gauloise_, au milieu d'une
population _celtique_, antrieurement tablie dans cette rgion. Disons,
pour terminer et pour rduire  ses vritables termes la classification
discute, que l'industrie la moins avance a pu et d subsister pour
l'usage commun  ct d'une industrie plus parfaite, rserve  ceux qui
pouvaient en payer les produits; mais qu'on doit pourtant considrer
comme antrieures sinon les stations o les produits grossiers se
rencontrent seuls, du moins celles o l'absence d'indices d'une
industrie locale permettrait de reconnatre l'usage _exclusif_
d'importations trangres, modles et mobiles des progrs que fera
ensuite la population du pays. Ajoutons enfin, avec M. Desor[115], que
les moules trouvs dans les palafittes de Suisse et de France ne
constituent pas une civilisation perfectionne; ils dnotent, au
contraire, ou les premiers essais d'imitation, ou les efforts imparfaits
de populations indigentes.




CHAPITRE IV

LE BRONZE & LE FER DANS LE BASSIN DU DANUBE


 1er.--_Le site et les spultures de Hallstatt._

Nous avons reconnu plus haut divers rapprochements  faire entre les
antiquits trouves dans l'trurie du P et l'trurie proprement dite,
et les antiquits de la station de Hallstatt. Il est temps d'aborder
l'tude spciale et dveloppe de celle-ci, tude indispensable  cause
de son extrme importance et rendue facile par le magnifique ouvrage
qu'a publi sur ce sujet M. de Sacken, conservateur du Muse des
Antiques et membre de l'Acadmie de Vienne. L'auteur, dpassant de
beaucoup son titre, n'a pas seulement dcrit avec dtail et reproduit
dans de riches gravures les objets trouvs dans ce cimetire; il a
tabli les rapports et les diffrences qui existent entre ces antiquits
diverses et celles des autres parties de l'Europe, surtout de l'Europe
centrale, occupe dans l'antiquit par les Celtes et les Germains.

Le cimetire de Hallstatt et le bourg de ce nom sont situs dans la
Haute-Autriche, sur la rive occidentale d'un lac d'o s'chappe, au
Nord, la rivire de Traun, pour aller rejoindre le Danube tout prs de
Lintz. On ne pouvait arriver  Hallstatt qu'en bateau ou  travers les
escarpements d'une montagne; dans les temps modernes seulement on a
pratiqu un sentier qui la tourne. Des chanes assez leves, qui se
rejoignent au Sud, sparent cette valle de la Styrie  l'Est et du pays
de Salzbourg  l'Ouest. Les maisons du bourg actuel sont places comme
des nids d'hirondelles sur la pente abrupte de la montagne, et plusieurs
sont prives de soleil pendant trois mois de l'anne[116].

On se dira sans doute qu'une semblable localit n'a gure pu tre
habite que comme lieu de refuge, dans les temps de pure barbarie ou
d'anarchie fodale; que sa population a d vivre misrable, sans
beaucoup de relations au dehors, et cependant il n'en est rien.
Hallstatt, mentionne dans une charte d'Elisabeth, femme de l'empereur
Albert Ier, jouissait, ds les premires annes du XIVe sicle, du droit
de march qu'elle possde encore, et, ds les temps prhistoriques de
cette contre, elle a t le sjour d'une population florissante par le
commerce et l'industrie. C'est que la montagne sur le flanc de laquelle
ce bourg est plac possde une mine de sel extrmement riche, portant
des traces incontestables d'une exploitation rgulire dans des temps
fort reculs[117]. C'tait l un trsor pour la contre, une source de
richesse pour la localit. Il est donc naturel de penser que l vcut,
durant des sicles, une population relativement nombreuse, gnralement
paisible, ayant des relations tendues, et que par consquent nous y
pourrons suivre, durant une longue srie de gnrations, l'tat de la
civilisation matrielle de cette contre, sinon mme de celles avec qui
elle entretint un commerce prolong.

Les tombes dcouvertes  Hallstatt de 1846  1864 sont au nombre d'un
millier environ[118], et cette station a livr  la science six  sept
mille objets de toute sorte, depuis les vases de terre jusqu'aux armes
de fer et de bronze, jusqu'aux parures en or. Une des premires
remarques  faire dans l'tude de ce cimetire, c'est le mlange des
tombes renfermant des squelettes avec les tombes renfermant les cendres
des morts[119], et aussi l'absence complte de tumulus[120]. M. de
Sacken fait remarquer que gnralement l'inhumation reprsente, dans
l'Allemagne mridionale et occidentale, une priode chronologique
distincte de celle de l'incinration et moins ancienne; que, si le
mlange des deux modes de spultures se prsente quelquefois, c'est dans
les cimetires  tumulus, et que Hallstatt est,  cet gard, une
exception unique[121]; que, d'ailleurs, les tombes sans tumulus sont
presque toujours, dans ces contres, des spultures germaniques,
c'est--dire appartenant  la population qui, au Sud du Danube, a
remplac trs-tard la race celto-galate; cette origine est constate par
la forme des armes et quelquefois aussi par le mlange d'lments
romains[122]. Le cimetire de Hallstatt, au contraire, bien que dpourvu
de tumulus, contient des antiquits semblables  celles que l'on a
trouves ailleurs dans les tombes qu'ils recouvrent, et l'auteur en
conclut qu'il doit appartenir  une priode de transition[123].

Il est possible pourtant que l'absence d'minences funraires ait eu
pour cause, dans cette localit exceptionnelle, la ncessit d'pargner
le terrain. Mais ce qui est trs-digne de remarque, c'est que des objets
appartenant  l'archologie d'une mme poque sont l indistinctement
rpartis dans les tombes  inhumations et avec les corps incinrs[124].
Ne faudrait-il pas y voir la trace de populations diverses, attires l
par le commerce, mais apportant chacune la tradition religieuse et
funraire qu'elle tenait de ses anctres? Si donc on voulait chercher 
retrouver, dans cette donne, une indication ethnographique ou
chronologique sur l'origine de cette station, il faudrait dterminer
quel tait le mode de spulture du peuple qui avait les relations les
plus frquentes avec Hallstatt, et prendre, parmi les deux modes
employs dans ce cimetire, celui que n'employait pas ce peuple
tranger. Mais, comme nous le verrons et comme nous l'avons dj
entrevu, la contre tant soit peu lointaine qui eut avec ce point les
relations les plus importantes parat avoir t l'trurie cisalpine, et
peut-tre mme l'trurie centrale; d'autre part, l'extension des Galates
dans tout ce pays n'est pas douteuse. Les trusques ont quelquefois
inhum leurs morts, mais les trs-vieux cimetires de Villanova et de
Golasecca sont forms de spultures  incinration[125]. Le dernier rite
est aussi le plus antique des deux chez les peuples anciens de
l'Allemagne du Sud, tandis que l'inhumation est partout le rite
galate[126]. Peut-tre donc faut-il conclure que les tombes  inhumation
sont  Hallstatt, sinon celles de Galates proprement dits, du moins
celles de populations celtiques ayant subi leur influence, tandis que
les corps incinrs seraient ceux des anciennes familles ayant conserv
la tradition du pays, et de marchands trusques, qui pouvaient, ds les
temps antiques, y faire de frquents sjours.


 2.--_Les armes et les ustensiles de Hallstatt._

Il serait curieux de savoir dans quel genre de spulture on a trouv les
dix-neuf pes de _fer_ et les six pes de bronze. Je n'ai pas aperu
de remarque au sujet de leur rpartition entre les tombes dans l'ouvrage
de M. de Sacken; mais il dit que _toutes_ ont des lames de la forme
propre  l'ge du bronze[127]. Cela donne lieu de penser que les
artisans du pays travaillaient pour des populations demeures
sdentaires, aprs comme avant l'arrive des Gaulois sur le haut Danube,
et que, sans changer les types, ils firent seulement usage d'une matire
meilleure, quand ils l'eurent plus facilement  leur disposition. Un peu
plus loin (p. 30), l'auteur dit que les armes courtes, poignards et
couteaux, taient presque toutes dans les tombes  incinration, et que
presque toutes aussi ont une lame de fer (p. 31). En tout (p. 115), M.
de Sacken compte dix-huit armes de bronze et cent soixante-cinq de fer
avec les corps inhums, quatre-vingt-onze de bronze et trois cent
quarante-huit de fer avec les corps brls. Il y a ici un exemple
intressant de la transition d'un mtal  l'autre; on a dj
observ[128] qu'en thse gnrale les antiquits de Hallstatt offrent un
mlange de bronze et de fer, et que ce mlange est rare dans l'Allemagne
du Sud, inconnu dans celle du Nord. Mais la proportion du fer l'emporte
de beaucoup, nous venons de le voir, en ce qui concerne les armes,
surtout dans les tombes  inhumation. Quant aux pointes de lances ou de
javelines en particulier, toutes sont en fer,  l'exception de deux; or
on en trouve dans _toutes_ les tombes que la forme du squelette ou la
prsence de quelque autre objet indique avoir t celle d'un homme; on
les trouve non-seulement dans les spultures des deux rites, mais dans
toutes les parties du cimetire[129], en sorte qu'il est constant que le
fer tait connu, et mme fort employ, dans le bassin suprieur du
Danube, pendant toute la dure de l'exploitation prhistorique de ces
ruines. M. de Sacken a mme remarqu que, si, dans son ensemble, la
forme et l'ornementation des objets trouvs  Hallstatt nous reportent 
l'ge du bronze, certaines nuances industrielles rappellent les
innovations de l'ge du fer[130]. Il ne se dissimule pas qu'on pourra
voir dans cette assertion un paradoxe, mais il soutient que ce paradoxe
n'est qu'apparent. En effet, dit-il, l'introduction de l'usage du fer a
t successive, non pas seulement dans les rgions diverses, mais dans
les localits diverses d'une mme rgion. Elle a commenc de bonne heure
 se produire dans l'Europe centrale, bien que l'usage dominant du fer
n'y ait compltement prvalu que trs-tard. L'emploi simultan des deux
mtaux s'est donc produit dans des proportions diffrentes et
ncessairement trs-variables, non-seulement d'un canton  l'autre, mais
d'une gnration  l'autre. Il a pu, comme nous le disait plus haut M.
de Longprier, se produire en beaucoup d'endroits o le fer n'a pas
laiss de traces,  cause de sa facile oxydation, surtout, ajouterai-je,
si ce mtal, n'tant pas encore employ en grande abondance, n'a pas
laiss de grands dpts d'oxydes, difficiles  dissoudre compltement.

Il y a donc, ajoute le judicieux conservateur du Muse de Vienne, une
grande imprudence dans ce procd d'archologie prhistorique (si
largement employ pourtant) qui fait reposer principalement sur la
matire employe la classification des ges. C'est le style de
l'ornementation, c'est la forme des objets industriels qui tablissent
surtout la marche des gnrations, la succession des races, leurs
influences diverses; tels sont les principes que proclame hautement M.
de Sacken[131] et qu'il a lui-mme appliqus avec fermet dans ses
conclusions. Il affirme d'ailleurs que, pour trouver _en Allemagne_ (au
moins dans le Sud) le vritable _ge du fer_, celui o l'emploi de ce
mtal a positivement domin, sans nanmoins exclure celui du bronze, il
faut _sortir des temps prhistoriques_, puisqu'il faut arriver  la
priode germanique, laquelle commence fort tard, _postrieurement 
l're chrtienne_, dans le bassin du Danube[132]. Ce n'taient pas sur
des Germains, mais sur des Celtes ou plutt sur des Gaulois que les
Romains avaient conquis cette rgion; c'est la grande invasion des
barbares, au IVe et au Ve sicle, qui a introduit les Germains entre ce
fleuve et les Alpes. M. de Sacken, traant, pour ainsi dire, ds 1866,
dans une simple note de la page 131, la voie que M. Al. Bertrand a si
largement dblaye, reconnaissait nettement comme _intermdiaire_ entre
l'ge du bronze proprement dit et celui du fer, dans cette partie de
l'Europe moyenne, le temps de la _fabrication gauloise_, dont les
spcimens indiscutables se retrouvent  Alise-Sainte-Reine et dans la
station lacustre de la Tne, et qui, dit-il, parat contemporaine de
l'imitation semi-barbare des _Philippes_ macdoniens et des monnaies de
Marseille, avec mlange accidentel de travail romain. Il en rsulte que
l'ge du bronze, antrieur  la priode galatique, pouvait subsister
encore au Ve sicle avant notre re.

Mais quel est ce style de l'ge du bronze, tel qu'il se prsente 
Hallstatt, o tous ses aspects se concentrent en quelque sorte  cause
de l'importance commerciale exceptionnelle que cette station possdait
aux temps barbares, par suite de l'exploitation du sel, du voisinage de
la Cisalpine, et aussi de sa communication facile, par la Traun, avec la
grande route de l'Europe centrale, c'est--dire avec le Danube? Celui-ci
lui ouvrait les plaines de la Pannonie et de la Moesie, remplies de
tribus celto-gauloises, tandis que Hallstatt elle-mme se trouvait dans
le Norique et par consquent chez le peuple celte des Taurisques[133].
D'un autre ct, les chemins de la Haute Italie taient ouverts au
commerce du Norique par la valle de l'Inn, qui aboutit  cinq cols des
Alpes, y compris celui de Brenner, origine de la valle de l'Adige,
laquelle conduit dans le Bolonais,  Villanova, comme celui de la Maloa
vers le lac de Cme et le lac Majeur,  l'immense dpt de
Golasecca[134]. Enfin par le haut Danube et le col de Zollhauss, dans
les Alpes de Constance, Hallstatt pouvait se mettre en rapport avec
l'Helvtie. Il n'y a donc pas trop d'exagration  dire que nous pouvons
tudier, dans l'archologie de ce centre commercial, comme un abrg de
l'histoire du commerce, durant un long ge archologique, pour d'assez
vastes rgions.

L'ge du bronze, tel que le dfinit M. de Sacken, est dtermin par les
pes en feuilles de roseau et  poignes en croissant, les poignards de
mme sorte, les palstabs et les celts, l'ornementation compose de
simples lignes, raies ou rubans, cercles et spirales varies, avec
absence totale de reprsentation vgtale[135]. Ces rgles ont t
rigoureusement observes  Hallstatt (sauf un seul vase, V. _infra_), o
d'ailleurs on reconnat aussi quelques figures trs-imparfaites
d'animaux parfois fantastiques[136], et des figures humaines[137]; mais
leur application s'tend bien au-del de l'Europe centrale: on les
retrouve en trurie, et _leur origine est asiatique_. Telle est
l'opinion nonce avec assurance par M. de Sacken[138]; elle touche  un
fait d'une trop haute importance pour que l'on ne doive pas chercher 
en runir toutes les preuves; mais, en ce moment, achevons d'examiner
les monuments de Hallstatt.

Le savant autrichien se prononce, avec non moins de certitude et plus de
rigueur encore, en faveur du double fait d'une importation trusque et
d'une fabrication locale, comme origines des nombreux objets d'art et
d'industrie rencontrs dans ce vaste dpt. Il y a, dit-il, une
connexion manifeste entre plusieurs de nos bronzes et l'industrie des
peuples civiliss du Midi[139]. Sans doute, le dessin des lignes simples
dans l'ornementation peut se retrouver partout,  titre de fait naturel
et en quelque sorte instinctif; mais la concordance a une tout autre
valeur, quand il s'agit de l'identit complte de productions marques
d'un caractre propre et spcifique. Or, plusieurs de ces ustensiles de
cuivre trouvent non pas seulement leurs correspondants, mais leurs
modles dans les spultures de l'Italie, et nous pouvons suivre une file
de magnifiques dpts d'un travail incontestablement trusque,  travers
le Tyrol (spcialement  Matrei), la Suisse (vase de Graeckwyl), la
Styrie (casque de Negau, trouvaille de Klein-Glein), la Carniole, le
Wurtemberg (tte de Pallas d'OEringen), la Hesse ( Borsdorf et 
Dskheim), le pays du Rhin, la Bohme et l'Allemagne du Nord jusqu'au
Danemark. Cette route commerciale servait aussi au transport de
l'ambre. Plusieurs objets de parure, particulirement des fibules,
offrent les mmes motifs de forme et de dcoration dans les anciennes
spultures de l'Italie et dans les pays du Nord, seulement plus orns et
plus lgants dans les premires, surtout quant aux reprsentations
figures, qui manquent presque totalement dans les autres (V.
_supra_)... Plusieurs de nos bronzes prsentent, quoique isolment, des
objets caractristiques frquents dans l'Italie moyenne[140].--Et plus
loin: Beaucoup d'objets nous indiquent l'Italie moyenne comme leur
patrie, aussi bien des armes que des ustensiles, spcialement le
couvercle d'un vase de bronze avec figures d'animaux, trs-diffrent des
autres antiquits de la mme classe; le style en est archaque et
svre, mais classique. En le comparant aux oeuvres trusques, on peut
l'attribuer  la main d'un artiste italien d'une bonne cole[141]. Ce
vase et son couvercle sont reproduits aux planches XX (fig. 4) et XXI
(fig. 1). On y trouve par exception quelques lments accessoires de
dcoration vgtale; mais,  la premire vue, on a peu de peine  y
reconnatre le vieux style trusque[142]. L'auteur signale encore, au
mme lieu[143], comme ayant leurs analogues  Hallstatt, des seaux de
Bologne entours de cercles (pl. XXII, 1,2) et des vases avec couronne
de rivets en forme de cnes (pl. XXII, 4; XXIII, 1,2), trouvs dans la
ncropole de Cervetri, et il ajoute que de semblables rapprochements
peuvent tre tablis avec presque tous, sinon tous les vases de bronze
de Hallstatt. Quelques-uns de ces objets sont mme dcors d'un paillon
de plomb, mtal que les trusques avaient connu de bonne heure, mais
qu'on ne trouve jamais ailleurs parmi les antiquits de Hallstatt, ni
pur ni  l'tat d'alliage. L'origine trangre se reconnat encore dans
une coupe de terre cuite  peintures (pl. XXVI, 3), oeuvre tout  fait
suprieure  tout le reste de la cramique de Hallstatt et en rapport
visible avec les coupes de bronze ornes; elle se reconnat aussi dans
une figure d'animal cisele sur une fibule d'or (pl. XIV, 3) et
probablement dans des anneaux de verre avec dcoration en forme de
perles et de boutons (pl. XXVI, 9), ainsi que dans la coquille de verre
qui reproduit un motif favori des temps classiques et spcialement de
l'art romain; elle se reconnat enfin dans des clochettes, qui nous
montrent l'art italien jusque dans ces dtails que l'imitation n'aurait
pas reproduits. Des fibules (pl. XIII, 14, 15; XIV, 1, 9), des
aiguilles, des bracelets sont au moins imits de l'art trusque[144].

Maintenant, avant de passer aux produits reconnus par M. de Sacken comme
tant,  Hallstatt, des oeuvres de l'industrie nationale, examinons, avec
M. Al. Bertrand, la question des seaux de bronze et des puisoirs[145],
et aussi celle des fibules.

Les seaux de bronze, _rivs et non souds_, qui ont, depuis quelques
annes seulement, attir l'attention des archologues, sont aujourd'hui
nombreux dans les collections europennes. Les savants qui les ont
signals ont partag d'abord l'opinion mise par M. de Sacken: ils les
ont considrs comme des produits industriels particuliers  l'Italie
suprieure, et spcialement  l'trurie circumpadane. C'est ainsi, fait
observer M. Bertrand, que s'exprimaient, au Congrs de Bologne, MM.
Conestabile et Gozzadini. Cependant, l'anne suivante, on en trouvait un
 Magny-Lambert (Monceau-Laurent), au milieu d'antiquits gauloises et
non romaines (tombe  inhumation, pes de fer, rasoir de bronze); la
Cte-d'Or, les environs de Berne, ceux de Mayence, le Hanovre, les
environs de Lbeck, en fournissaient  leur tour; Hallstatt, enfin, en a
donn six, dont un, dit M. Bertrand, est la reproduction presque
identique de notre seau du Monceau-Laurent, et les autres n'en diffrent
que par des dtails sans importance[146].

Ces faits doivent tre nots avec grand soin, mais ils ne sont pas
inconciliables avec l'ide d'une origine trusque. Il est certain
aujourd'hui[147] qu' une certaine poque, le commerce trusque s'est
tendu loin dans le Nord;  Lbeck mme, des objets de fabrique
italienne avaient pu tre changs contre de l'ambre, et un seau
dcouvert prs de Tongres a t omis tout--l'heure dans mon
numration, parce qu'il fallait signaler  part, comme indication  peu
prs certaine de provenance trangre, une circonstance trs-notable de
la trouvaille: Le mme tumulus, dit M. Bertrand, contenait une oenocho
en bronze  bec relev, _du travail trusque le plus prononc_. Enfin,
neuf cistes semblables ont t trouves dans le Bolonais, le Modnais et
le Parmsan, dont deux  Marzabotto et une autre  la Certosa. Ici, la
provenance directe est elle-mme italienne. De plus, deux portent des
caractres trusques; deux ou trois contenaient des vases peints, et une
autre, des miroirs  figures. Parmi ces faits donc, quelques-uns sont
favorables  l'origine trusque des seaux  rivets et  cercles,
d'autres ne le sont pas par eux-mmes, mais aucun d'eux ne permet
d'opposer  cette opinion une vritable fin de non-recevoir. L'absence
de soudure les reporte d'ailleurs, s'ils sont tous de fabrique
italienne, vers une antiquit assez haute, au moins au Ve sicle avant
l're chrtienne, selon notre savant compatriote. C'est  peu prs  la
mme conclusion que s'arrte, au sujet d'une ciste non soude du
Parmsan, un archologue italien, M. V. Poggi[148].

D'autre part, des puisoirs analogues aux _simpula_ romains, non souds,
 anse _rive_ et de formes varies (pl. XXIII, 1, 2, 3, 5, 6, 7; cf.
XXIV, 3, 4, 5, 8; et XXV, 4, 5, 11), ont t trouvs  Hallstatt, ainsi
que de petites coupes, pouvant servir au mme usage, quoique dpourvues
d'anses (pl. XXIII, 4; XXIV, 6, 7, 9; XXV, 1, 2, 3, 12,14, 15), et une
vritable cuiller (pl. XXV, 6). Ces petits vases sont fort rpandus dans
l'Allemagne, tant du Sud que de l'Ouest et du Nord: Hallstatt seul en a
fourni plus de cent; ils sont trs-nombreux en Irlande et trs-rares en
Italie; on en a trouv  Magny-Lambert. Or, M. Bertrand fait remarquer
que _toute cette vaisselle_ de bronze,  en juger par les dcouvertes
sur lesquelles nous avons quelques dtails, sort de fouilles du mme
ordre que nos fouilles de Magny-Lambert, et est partout associe  des
objets analogues... Ce qui est peut-tre encore plus frappant, c'est
que, dans les mmes spultures o sont placs les _vases de bronze 
rivure_, se fait remarquer l'absence des mmes ornements, des mmes
bijoux, des mmes armes, communs dans d'autres cimetires de caractre
diffrent. Les pes en bronze, par exemple, y sont excessivement rares
et du type le plus voisin des grandes pes en fer; les _torques_, si
frquents dans les cimetires gaulois du dpartement de la Marne, n'y
apparaissent que par exception. Les fibules y sont rares... Par ce que
l'on trouve aussi bien que par ce que l'on ne trouve pas dans ces
tombes, on est donc autoris  dire qu'elles appartiennent  une mme
phase de dveloppement des pays tant transalpins que cisalpins,
plusieurs sicles avant notre re[149].

C'est au temps o l'usage du fer se propageait au Nord et au Sud des
Alpes, que ces circonstances nous ramnent; c'est l un fait trs-utile
 noter pour la dtermination de la date relative des spultures de
Hallstatt et conforme  ce que nous avons vu plus haut, trs-utile aussi
pour l'histoire gnrale de la civilisation matrielle en Occident. Les
fibules de Hallstatt donneront-elles lieu  des conclusions semblables?

On en a trouv dans presque toutes les tombes de ce cimetire, souvent
plusieurs dans la mme tombe, et, l o se trouvaient des squelettes,
sur leur poitrine ou leur paule, le dfunt ayant t inhum avec ses
vtements[150]. Les formes en sont varies, pourtant avec ce caractre
commun que l'aiguille fait corps avec la pice principale,  laquelle
elle est quelquefois relie par un ressort[151]; il en est (pl. XIII,
9-10; XIV, 17) qui sont composes seulement de spirales et d'une
aiguille; il en est aussi (XIV, 15-17: XIV, 1, 2) qui sont dcores de
chanettes; il en est, enfin (XIV, 3; XV, 4-7), qui affectent des formes
d'animaux. Les fibules en spirales sont ici au nombre de plus de quatre
cents[152]; on les retrouve en divers lieux de l'Allemagne, en Suisse,
et, _par exception_, en Italie[153];  Marzabotto, c'est dans une tombe
 inhumation qu'on en a trouv, et la forme en est exactement la mme
que celle d'une fibule de la Marne[154]; l'origine trusque est donc ici
beaucoup moins vraisemblable que pour les cistes. Comme pour les coupes
 rivure, on est amen  la pense d'une fabrication transalpine, et,
pour Hallstatt au moins,  l'poque de l'usage habituel du bronze,
puisque _pas un seul_ des objets de parure, trouvs par milliers dans
cette station, n'est en fer[155]. En d'autres termes, l'influence
galatique s'y est exerce, mais le fond de la population _industrielle
et commerante_ parat avoir appartenu  la prcdente immigration de la
race celtique.

Oui, _industrielle_, car le moment est venu de pntrer plus avant,  la
suite de M. de Sacken, dans les habitudes domestiques de cette tribu
celtique et de mesurer de plus prs son tat de civilisation. Avant
tout, il a soin d'carter nettement l'hypothse d'une grossire
barbarie, d'une incapacit intellectuelle  travailler les mtaux,
barbarie que l'on pourrait avoir l'ide d'attribuer  ce pays, un
certain nombre de sicles avant la conqute romaine. L'exploitation des
mines en grand est dj une oeuvre de civilisation; or, outre
l'exploitation des salines de Hallstatt mme, on a des preuves que des
usines de cuivre voisines de l, dans la Styrie et dans le Tyrol, ont
t trs-anciennement en action[156]. Le cuivre est l'lment principal
du bronze; mais l'tain tait-il aussi  la disposition des Noriques?
Selon M. de Rougemont, les mines d'tain les plus voisines, celles de
Bohme et de Saxe, n'ont t ouvertes qu'au moyen ge[157], et les
auteurs anciens ne parlent jamais de l'tain gaulois[158], bien que dans
le dpartement de la Creuse il existe, selon cet auteur, des traces de
travail minier _pouvant_ remonter jusqu' l'ge gaulois. On a trouv des
outils de pierre et de bronze dans les galeries primitives des usines de
cuivre _ou d'tain_ de la France et des pays voisins[159]; au Congrs de
Bude, on a indiqu une exploitation de cassitrite opre  Massa par
les trusques[160]; mais nulle part les tmoignages de l'antiquit ne
permettent d'accorder une importance considrable  ces exploitations.
Il est donc peu probable que les Celtes du Danube aient pu tirer leur
tain de l[161]; moins probablement encore de la Lusitanie ou de la
Galloecie[162], que l'on ne supposera pas relies  Hallstatt par des
routes commerciales avant la conqute romaine. Il n'existe pas du tout
de mines d'tain dans l'Illyrie, ni dans l'Italie[163], ni dans la
Grce, ni dans la Thrace. Restent les mines fameuses des les Sorlingues
ou de la Cornouaille britannique, dont l'tain a t si longtemps
matire d'un grand commerce pour les Phniciens. Mais, comme M. de
Rougemont le faisait observer dj en 1866, le nom phnicien de l'tain,
_kasdir_ (que l'on retrouve dans le [Grec: Kassiteroz] des Grecs),
n'avait pas franchi l'Adriatique, et par consquent l'tain des bronzes
fabriqus auprs du massif des Alpes n'tait pas apport par les
Phniciens; il arrivait plutt de la Cornouaille par la Seine,
c'est--dire par l'intermdiaire des peuples de la Gaule; et par
consquent les routes fluviales de la Gaule s'ouvrirent de bonne heure
au commerce des peuples occidentaux. La Suisse occidentale, dit le mme
auteur, abonde en monnaies des Santons et des Caltes[164]; un commerce
actif exista donc entre elle et les bords de la Manche et de l'Ocan, au
temps des monnaies autonomes de la Transalpine. M. Franois Lenormant va
plus loin encore[165]: il croit que l'tain de Cornouaille vint
longtemps par la Seine, la Sane et le Rhne aux mains des Phniciens
eux-mmes, avant qu'ils eussent la hardiesse de se lancer dans l'Ocan.

Ce n'est l qu'une conjecture; mais ce qui n'en est pas une, c'est
l'observation emprunte par cet crivain  M. Pictet[166] que l'ancien
allemand, le lithuanien, le polonais et mme le latin ont reu le nom
donn par eux  l'tain des Celtes, qui le possdaient dans tous leurs
dialectes (cymrique, _ystaen_; cornique, _stan_; armoricain, _stan,
sten, stin_; erse _staouin_); mot explicable dans ces langues, puisque,
comme le dit M. Pictet, le cymrique _ystaen_ signifie _extension_, nom
qui convient  un mtal ductile, tandis que _stannum_ n'a pas
d'tymologie en latin. Les Romains ont donc d recevoir l'tain par
l'intermdiaire de la Gaule, comme les riverains du Weser, de la Vistule
et du Nimen le recevaient par la mer du Nord et la Baltique.

Dans tous les cas, Hallstatt a pu recevoir de bonne heure l'tain de
Cornouaille, et par consquent non-seulement forger le bronze, mais
encore le fabriquer. Elle recevait aussi l'ambre[167] de la Baltique,
qui n'est gure moins loigne. Peu importerait d'ailleurs, dit avec
raison M. de Sacken[168], en ce qui concerne la constatation d'une
civilisation assez avance, que les objets d'art fussent imports ou
excuts dans le pays; ni ceux qui les fabriquaient, ni ceux pour le
got desquels le commerce demandait des oeuvres dlicates et coteuses ne
peuvent avoir t des sauvages. Et les formes rudimentaires de certains
objets trouvs  Hallstatt ne prouvent rien en sens contraire,
non-seulement parce qu' des fortunes diverses il fallait alors, comme
aujourd'hui, des produits diffrents, mais parce que, dans tous les
temps aussi, la ciselure achve ce que la fonte a grossirement bauch,
et qu'il ne faut pas juger d'une industrie par des oeuvres
inacheves[169]. D'ailleurs, l'emploi des fibules semble indiquer des
vtements compliqus, et, autant qu'on en peut juger par leurs dbris,
les toffes de Hallstatt n'taient pas trop grossires. Le grand nombre
de faucilles qu'on y a trouves indique un usage tendu de
l'agriculture; des lingots de bronze et _des scories_, des limes et une
petite enclume constatent positivement l'existence locale de l'industrie
mtallique; et la fabrication locale du bronze lui-mme rsulte d'abord
d'une galette de _cuivre_ fondu, avec patine trs-ancienne, tandis qu'on
n'a trouv l _aucun_ objet _manufactur de cuivre_, puis de la
composition chimique de certains bronzes de cette station. Les
proportions du cuivre et de l'tain varient, bien qu'en gnral elles
soient les mmes que dans les autres pays (c'est--dire 90 % de cuivre);
mais un nombre considrable d'objets de parure, reconnaissables  leur
couleur ple et  leur patine grise, contiennent une fraction importante
de nickel, 2  8 %, destin  remplacer l'tain. Or, ce mtal, dont les
gisements sont rares, se trouve en grande abondance dans celui de
Schladming, en Styrie, _ quelques heures de Hallstatt_, o il est
encore exploit, et d'o l'on tire aussi du cuivre. De plus, le nickel,
qui se retrouve dans certains bronzes de la Suisse occidentale, parce
qu'on le tire du Valais, ne se rencontre _jamais_ dans ceux
d'trurie[170]. Enfin, la forme et l'ornementation d'objets d'argile,
sans doute fabriqus sur place, sont exactement les mmes que ceux des
objets de bronze de mme nature. Pour le fer aussi, la Styrie fournit la
matire en abondance, et celui des forges _noriques_ tait fort estim
des Romains[171]. L'industrie des Celtes Noriques ne peut donc pas plus
tre nie que leur commerce, pour des temps antrieurs  la conqute
romaine, car celle-ci, qui a laiss des traces dans le bassin de la
Traun, n'en a gure  Hallstatt mme[172], dont le sel put trouver une
concurrence redoutable dans celui de la mer, quand les grandes routes de
l'Empire furent tablies partout.

Nous avons vu que les inductions  tirer de faits divers nous reportent,
pour tablir une chronologie approximative de cette station, vers le
IIIe, le IVe et le Ve sicle avant notre re. M. de Sacken examine
sparment ce point avec sa rigueur ordinaire. Le cimetire de Hallstatt
est nettement distingu, dit-il, des cimetires alamans du IIe au Ve
sicle (aprs notre re) par l'absence totale de bijoux en fer et du
style germanique, ainsi que par l'usage des inhumations; il tient mme,
par un grand nombre de monuments,  la priode florissante de l'art
trusque, et, par le couvercle  figures d'animaux, au style archaque
de l'Italie moyenne, c'est--dire aux Ve et VIe sicles[173]; par les
seaux, au temps de la ncropole bolonaise, priode des lcythes 
figures noires (du VIe au IVe)[174]. M. de Sacken, d'ailleurs, se refuse
 fixer mme au IVe sicle la limite infrieure de ces monuments, comme
on l'a voulu faire  cause de l'absence de l'argent, ce qu'il ne tient
pas pour indication suffisante, et  cause de l'absence de monnaies
imites des philippes, l'usage de mettre des monnaies dans les tombes
paraissant n'avoir t introduit dans ces contres que par les Romains.
Sans doute, ajoute-t-il, l'usage de ce cimetire a dur longtemps:
plusieurs types, surtout pour les bijoux, appartiennent  des temps
divers; il y a l des pointes de lances qui ressemblent  celles des
dfenseurs d'Alesia, des vases de verre  ctes comme les Romains en ont
eu. En s'arrtant  la priode de cinq sicles qui prcde
l'tablissement de la domination romaine dans ce pays, on aura
l'approximation la plus juste  laquelle il soit possible de se
fixer[175].




CHAPITRE V

L'INTRODUCTION DU BRONZE DANS L'EUROPE MOYENNE


Revenons maintenant  la question plus gnrale de l'introduction du
bronze dans l'Europe moyenne, c'est--dire dans celle qui n'appartient
ni au bassin de la Mditerrane proprement dite, ni aux rgions
Scandinaves, ni au versant de l'Ocan glacial.

Disons-le d'abord: les anciens n'ont peut-tre pas compltement ignor
l'action exerce par la civilisation orientale sur les rgions
illyriennes. Ils nous ont transmis  cet gard des renseignements rares
sans doute, mais intressants, sinon  l'abri de toute critique, qui
sont rappels par M. de Sacken[176]. Hrodien (VIII, 3, 19), dit-il,
nomme _Bel_ le dieu ou un dieu des Illyriens; et Tertullien (_Apol._,
24) dit que les Noriques adoraient Belen. Un autel de Bellenus, ou
Bellinus, a t trouv prs de Klagenfurth avec une inscription
constatant sa ddicace: or, Bel est un dieu asiatique. M. de Sacken
rapporte d'ailleurs avec toute apparence au culte ancien du soleil
l'usage d'allumer, au solstice d't, les feux dits de la Saint-Jean,
retrouvant  la fois cet usage dans l'Irlande, la France[177], la
Haute-Autriche, la Carniole, l'Istrie, toute l'Allemagne du Sud, et,
enfin, la Petite-Russie (entre le Pripet et le Donetz). Il nie, contre
M. Nillson, que le sjour de quelques marchands phniciens ait pu
imprimer des traces vastes et profondes dans les croyances et les
habitudes religieuses de grandes populations; il ajoute qu'il s'en faut
de beaucoup que ces traces soient bornes aux rgions maritimes, et il
attribue cette communaut de coutumes  la communaut d'origine et de
croyance des populations elles-mmes, migres d'Asie dans l'Europe
moyenne[178].

Il est vrai, deux objections peuvent ici tre opposes: le nom de Bel
n'appartient point  la famille aryenne,  laquelle pourtant
appartiennent les populations celtiques, germaniques, scandinaves,
lithuaniennes et slaves, et, d'autre part, le culte du soleil se
retrouve chez tous les peuples paens.  celle-ci, la rponse est
facile: ce qui nous frappe ici, ce n'est pas la propagation du culte
solaire en lui-mme, c'est l'identit du rite accompli,  une mme date
solaire, chez des peuples de mme race, depuis la mer d'Azof jusqu'au
golfe de Galway. Ce n'est l, d'ailleurs, qu'un des mille et mille
faits, linguistiques ou autres, qui dmontrent d'une manire absolue que
la race celtique, aussi bien que les Germains et les Slaves, avait
apport d'Orient et qu'elle _n'a jamais perdu_ la connaissance des
lments de la civilisation matrielle et morale: c'est la conclusion
incontestable du livre entier de M. Pictet. Quant au nom de _Belen_,
retrouv aussi en Gaule, mais qui peut n'tre qu'une pithte, le
_dor_, pour signifier le soleil[179], ce n'est point au Bel assyrien
que le rapporte M. de Belloguet, mais bien au _Bhla_ sanscrit, un des
noms de cet astre dans le plus ancien idiome connu[180] de la race
aryenne. M. Pictet, auquel il renvoie, ajoute ici un dtail curieux:
c'est que l'irlandais a, seul de toutes les langues europennes,
conserv plusieurs des noms sanscrits du soleil[181], et parmi eux
_Bal_, reproduction exacte et sans nul suffixe du _Bhla_ oriental.

Mais, sans aller si loin, nous pouvons reconnatre la _marche continue
de la mme race_, emportant les traces d'une _mme civilisation_, depuis
le bassin du Dniper jusqu'aux rivages de l'Ocan[182]. Rien
d'invraisemblable en soi  ce que des usages de la vie matrielle se
soient conservs chez elle, d'tape en tape, aussi bien que des
croyances et des rites. En fait, ces demi-barbares du Centre et de
l'Ouest ont-ils constamment _pratiqu_ la mtallurgie, l'ont-ils _reue_
des trusques, ou bien encore l'ont-ils _retrouve_ depuis leur arrive
en Europe? Ce sont l des questions aussi dlicates qu'intressantes que
soulve le docte conservateur du Muse des Antiques de Vienne. Engags,
sur ses pas dans cette voie pleine d'attrait et de mystre, nous avons
reconnu,  l'aide de preuves certaines, le double fait d'une importation
mridionale et d'une fabrication locale dans le bassin du Danube
suprieur, mais sans tre amens peut-tre jusqu'au temps o la race
celtique s'y tablit: seulement nous allons voir bientt et nous avons
dj entrevu des motifs solides de croire que l'usage du bronze a t
directement apport dans l'Europe moyenne par des Celtes sinon par eux
seuls. Nous avons tudi aussi les plus anciens bronzes de la valle du
Rhne. Voyons maintenant  quelles conclusions il est possible d'arriver
en ce qui concerne l'ensemble de la Gaule.

M. Bertrand a intitul deux des fragments qui composent son livre: _Le
bronze dans les pays transalpins_[183].--_La Gaule et l'Italie ont-elles
eu leur ge de bronze[184]?_ La contradiction entre ces deux titres
n'est qu'apparente. L'auteur connat l'introduction trs-ancienne, mais
exceptionnelle, du fer parmi les bronzes italiens, et il ne met point en
doute la dcouverte de bronzes trusques en Bourgogne, en Suisse, en
Alsace, en Prusse rhnane, en Belgique[185]: dans le Wurtemberg, la
Bavire, l'Istrie, la Croatie, la Styrie, la Moravie et la Hongrie, M.
Bertrand n'ose affirmer qu'une certaine _analogie_ avec le style
trusque; il tend d'ailleurs cette observation  des _pays loigns_ du
parcours de l'migration celtique: la Lithuanie, le Mecklembourg, la
Scandinavie[186]. Il reconnat, d'autre part, qu'il existe, dans les
collections archologiques, des bronzes gaulois de travail barbare, et
il combat la pense du docteur Lindenschmidt et de son cole qui
attribue au commerce trusque, phnicien ou grec, l'importation de
_tous_ les objets de cette nature[187]. M. Bertrand ne pense pas que
l'influence grecque ait jamais dpass, chez les Gaulois, le bassin du
Rhne, et il appuie son opinion sur le plus sr des arguments, le style
des objets nombreux qu'on a rencontrs dans les fouilles.  plus forte
raison, ajoute-t-il, les Phniciens et les trusques, moins
avantageusement placs que les Ioniens de Marseille pour exercer cette
influence, n'ont-ils pas d avoir une grande action sur le dveloppement
artistique et industriel de la Gaule centrale ou septentrionale[188]. Il
croit donc  une industrie du bronze vraiment nationale chez nous;
seulement, nous le verrons bientt, il en restreint beaucoup
l'importance dans l'histoire gnrale de notre pays.

 bien plus forte raison encore rejette-t-il la pense d'une action
antique, puissante et continue du commerce phnicien  l'gard des
peuples du haut et du moyen Danube, de la Bohme, du Mecklembourg, de la
Lithuanie et des presqu'les Scandinaves, mais il est bien loin de nier
toute influence orientale. Sa pense  cet gard m'avait dj
singulirement frapp quand je l'avais entendu lire cette note 
l'Acadmie des Inscriptions (3 octobre 1873). Elle n'est rien moins, 
mon avis, qu'une des ides les plus fcondes de la science moderne;
c'est la rponse  la grande question pose par M. de Sacken et que je
rappelais tout--l'heure.

Il s'agit, dit M. Bertrand, dans la prface de ce morceau[189], de
savoir si, _en dehors du monde classique_, il a exist, oui ou non, _ds
l'antiquit la plus recule_, une _civilisation_, autre sans doute, mais
 bien des gards trs-dveloppe, qui a fait sentir son influence sur
une _tendue de pays presque gale au monde connu des anciens_. Or,
l'existence de ce monde nouveau, _civilis  sa manire, ne parat plus
contestable_. La civilisation qu'il reprsente, bien que plongeant,
comme la civilisation classique; ses _principales racines_ en Orient,
n'a que de trs-lointains rapports avec l'art hellnique ou trusque, et
tout au plus dans la mesure de parent, qui unit entre eux les divers
idiomes indo-germaniques. Et dans la prface de son livre[190],
l'auteur, indiquant  l'avance l'_unit_ de cette civilisation trangre
aux donnes classiques, crivait ces mots: Les palafittes des lacs de
Genve, de Neuchtel, de Bienne et du Bourget semblent,  considrer la
similitude seule des objets, une colonie scandinave. Les armes ont la
mme dimension, la mme forme, les mmes poignes troites et souvent 
antennes. Les bijoux ont les mmes motifs de dcoration, les couteaux la
mme forme. La Suisse est mme, sous ce rapport, beaucoup plus prs du
Danemark que la Hongrie. L'or y est seulement moins, abondant; on
s'aperoit que ces populations ne sont plus  porte de l'Oural.

En prsence de cette immense et magnifique question, le devoir du
critique est tout trac. Il rsulte manifestement de l'importance et de
la nouveaut des aperus une ncessit pour la science de les rpandre
le plus promptement et le plus largement possible, avec les moyens d'en
mesurer la valeur; il nous faut, par consquent, analyser
scrupuleusement ce court travail, en citer frquemment le texte, puis
rechercher tout ce qui permettra d'en critiquer ou d'en confirmer les
aperus.

Un des grands arguments des partisans de la thse _phoenico_ ou
_grco-tyrrhnienne_, dit l'auteur, est la perfection de quelques-uns
des bronzes recueillis dans les stations ou sous les monuments les plus
incontestablement anciens des contres dont il s'agit. Ce n'est donc
pas, dit-on, chez ces peuples que cette industrie est ne... Or..., d'o
ces objets viendraient-ils, sinon du foyer de toute civilisation, du
bassin de la Mditerrane, de Sidon, de Tyr, de Chypre, d'Adria, de
Populonia ou de Marseille... Mais... soutenir que le problme n'a que
deux solutions possibles, la solution du bronze indigne et la solution
phoenico-trusque, est une erreur vidente. En dehors de la Phnicie, de
la Grce et de l'trurie, existaient, dans l'antiquit, plusieurs grands
centres de civilisation qu'il est plus que permis d'interroger, qu'il
faut interroger avant tout... Je veux parler des vastes contres dont le
Caucase est comme la tte[191]. L'auteur rappelle, alors que les Grecs
attribuaient aux peuples de l'Asie-Mineure la premire exploitation du
fer et du bronze; que Strabon indique comme un des centres
mtallurgiques les plus anciens le pays des Chalybes, dont Homre
vantait dj les mines d'argent; qu'zchiel signale le commerce des
vases d'airain envoys  Tyr par Tubal et Mosoch, c'est--dire par des
peuples voisins du Caucase[192], et il ajoute: Jetez maintenant un
regard sur une carte du monde connu des anciens. Demandez-vous quelle
est la route la plus courte, la plus naturelle, du pays des Chalybes ou
des montagnes de la Phrygie, soit aux bords de la Baltique, soit au pied
des Alpes; vous reconnatrez sans peine que c'est la valle du Danube
d'un ct, les valles du Dniper et de la Vistule de l'autre. M. A.
Maury a signal depuis longtemps, dans un cours malheureusement non
publi, ces deux grandes voies de commerce entre l'Asie et l'Europe,
suivies par toutes les migrations de peuples depuis les temps les plus
reculs. De nouvelles dcouvertes confirment chaque jour l'exactitude de
ces ides[193].

La date du _Xe sicle au moins_ avant notre re, que l'auteur indique
sommairement comme tant celle de la premire introduction dans diverses
rgions de l'Europe occidentale des armes, bijoux et ustensiles de
bronze[194], n'est pas contradictoire avec le rsultat auquel nous ont
conduit les fouilles de Hallstatt; l'ide gnrale de M. Bertrand est
d'ailleurs en parfait accord avec celle de M. de Sacken, qui reconnat
l'origine asiatique de l'industrie du bronze et mme des motifs
d'ornementation adopts par les peuples de l'Europe moyenne; seulement,
l'auteur allemand incline  croire que leurs relations avec les peuples
de la Mditerrane ne furent jamais compltement interrompues[195]. Mais
M. Bertrand, mettant  part les objets d'importation mridionale et
probablement moins ancienne, s'attache  suivre la trace de
l'ornementation spciale aux rgions indiques par lui, et il ajoute:
Ces divers objets ont un cachet vident d'origine commune,  ct de
diffrences galement sensibles, comme seraient les varits d'une mme
plante acclimate dans des contres diverses;--l'ornementation de ces
objets, qui n'admet que des lignes gomtriques,  l'exclusion de toute
reprsentation d'tre anim ou mme de plante, indique qu'ils venaient
tous d'un mme centre, ou que les pays o on les trouve pratiquaient des
religions analogues... Cette situation est tout  fait analogue  celle
qu'offre l'ensemble des langues indo-europennes, qui se montrent de
mme  nous, en Europe, avec tant de varits ressortant sur un fond
gnral uniforme[196].

L'auteur fait ensuite ressortir aux yeux mmes du lecteur, par des
rapprochements de dessins, la ressemblance d'ornementation entre des
colliers trouvs en Lithuanie et en Suisse, entre des pes de Suisse et
de Sude, comme de France et d'Irlande, entre des poignards de France et
du Mecklembourg[197]. Or, ajoute-t-il, de mme que les dialectes les
plus anciens sont ceux qui ont entre eux le plus d'lments communs, on
entrevoit que ce sont les bronzes des poques les plus recules qui nous
montrent les plus frappantes ressemblances et aux distances les plus
grandes, comme tant plus rapprochs de la source commune; tandis que
l'art trusque, soit hellnis, soit romanis, ne ressemble en rien aux
antiquits irlandaises, scandinaves ou lithuaniennes; et l mme o l'on
peut reconnatre une analogie avec l'art trusque, dans le bassin du
Danube et le voisinage de l'Adriatique, elle est d'autant moins sensible
que l'poque est moins ancienne[198]. Il invoque mme,  l'appui de ce
sentiment sur l'existence de l'art transalpin et son origine orientale,
l'opinion de M. Conestabile, l'archologue minent de l'trurie[199].

En mme temps que M. Bertrand lisait cette note  l'Institut, M.
Franois Lenormant achevait la rdaction ou commenait l'impression de
ses _Premires civilisations, tudes d'histoire et d'archologie_,
ouvrage dans lequel il fait ressortir[200] une pense du baron
d'Eckstein, dont le rapprochement avec les lignes prcdentes est digne
d'un vif intrt. Tous les peuples aryens, disait le savant danois,
depuis les Hindous jusqu'aux Celtes, en passant par les Germains, ont
attribu l'invention de la mtallurgie  des tres surnaturels,
diffrents de leurs divinits nationales et quelquefois mme considrs
comme malfaisants, tandis que ces deux derniers caractres ne se
retrouvent plus, quant aux gnies inventeurs de cet art, dans les
traditions des peuples appels Touraniens. Il y a l une indication
aussi vague que l'on voudra, mais probable, d'un emprunt de cette
industrie fait ou renouvel par les Aryens  une race trangre. Mais,
en ce qui concerne spcialement le bronze, la gographie est bien
autrement dcisive. La fabrication de cet alliage exigeait, nous l'avons
vu, des relations directes ou indirectes, mais permanentes, avec une
contre renfermant des mines d'tain, puisque l'emploi du zinc pour cet
usage n'existait pas durant ces temps reculs, ainsi que le dmontre
l'analyse des bronzes antiques[201]. Mais, comme les gisements d'tain
sont fort rares en Europe et ne s'y trouvent gure que dans l'extrme
Occident, comme des relations avec les les Sorlingues ne peuvent pas
tre supposes, lors de l'arrive des migrations aryennes dans les
bassins du Dniper et du Danube, il faut admettre que Celtes,
Lithuaniens et Scandinaves avaient conserv des relations commerciales
avec une rgion asiatique, au temps de leurs plus anciens bronzes, et
qu'ils taient encore, comme le tmoigne d'ailleurs l'identit
d'ornementation, sous l'influence d'une commune impulsion dans
l'exercice de cette mtallurgie; il fallait donc que cet exercice et
subsist sans interruption depuis leur sparation. C'tait donc la
civilisation de l'ge du bronze qu'ils _apportaient_ avec eux.
Seulement, il est trs-douteux que la fabrication mme de cet alliage
ft alors l'oeuvre des peuples europens; ils le tiraient plutt d'Asie
tout fait, soit ouvr, soit en lingots; les _noms_ germaniques,
celtiques, lithuaniens et polonais de l'_tain_ n'ont rien de commun
avec ses dnominations asiatiques[202], tandis qu'un nom sanscrit de
l'_airain_ se retrouve en irlandais, et qu'une mme racine verbale
(_bhrs_, luire) a pour drivs des noms de l'airain, en Scandinave, en
anglo-saxon, en anglais, en irlandais, en cymrique et mme en franais,
M. Pictet pensant, avec toute vraisemblance, que _bronze_ vient du
cymrique _prs_[203].

Quel tait ce centre asiatique de la fabrication du bronze, pour les
anciens peuples de l'Europe moyenne et septentrionale? M. de
Rougemont[204] signale l'existence d'un gisement d'tain dans le
district de Bamian, au milieu de l'Hindou-Kosch, l'ancien Paropamisus;
et il rappelle que Strabon (XVI, 2) constate l'existence de ce mtal
dans la mme contre. L fut sans doute exploit l'tain servant 
fabriquer le bronze dans la patrie commune des vieux Aryas, dans la
rgion voisine du plateau de Pamir. Il serait bien tmraire de dire
qu'il ft export de si loin vers le Dniper et le Danube; mais il n'y a
rien que de vraisemblable  penser, comme M. Bertrand, que le centre de
cette exportation tait au pied du Caucase, quand M. de Rougemont nous
assure[205] que la Gorgie contient des mines d'_tain_, ainsi que d'or,
d'argent, de fer et de _cuivre_. Il pense mme (p. 171) trouver une
trace du sjour d'migrs aryens dans ce pays, une preuve de ce fait
qu'une de leurs tribus s'y serait arrte pendant la marche, quand il
dit que les descendants de Tubal parlent, dans le Lazistan, une langue
voisine du gorgien, qui est, dit-il, une langue aryenne. Il est vrai
que le Tubal et le Mosoch bibliques sont issus de Japhet, comme les
Aryens; il est vrai encore que la langue caucasique nomme _ossthe_ est
reconnue pour aryenne. C'est donc sur un fait rel et important pour la
prsente question que M. de Rougemont appelle ici l'attention du
lecteur; seulement il en exagre les termes. Le gorgien proprement dit
est une langue  part, quoique son vocabulaire contienne beaucoup de
mots d'origine aryenne, et tel tait dj le cas de la langue parle en
Armnie, avant l'arrive peu ancienne des Armniens proprement dits, par
la population que M. Franois Lenormant nomme Alarodienne, et que
l'arrive des nouveaux envahisseurs refoula vers la Gorgie et le
Lazistan. C'est ce qu'il expose dans la deuxime de ses _Lettres
assyriologiques_[206], et ce qui peut nous suffire ici. Nous en
conclurons, en effet, que cette rgion a t rellement le sjour
antique de populations aryennes, dont les soeurs, connues sous les noms
de tribus moschienne et tibarnienne, y ont, comme nous l'avons vu, fix
leur demeure et se sont appliques  l'exploitation des mtaux,
peut-tre d'aprs les leons donnes par les premiers habitants du pays,
tandis que la chasse, la guerre, l'amour des aventures entranaient vers
l'Occident Slaves et Lithuaniens, Germains et Celtes; mais ils
conservaient avec ceux-l, grce  la communaut originaire du langage,
et  une parent non encore oublie, les relations commerciales dont les
migrants ne pouvaient mconnatre la ncessit, puisqu'ils taient
accoutums  l'usage du bronze, et qu'il leur tait alors _impossible_
de le fabriquer dans leurs nouvelles patries, o l'tain n'existait
pas[207]. Graduellement chelonns le long des grands fleuves de
l'Europe occidentale, qui leur offraient une route facile, non-seulement
de migration, mais de commerce, les nouveaux habitants du continent
europen entretenaient avec la cte Sud de la mer Noire des relations
permanentes, directes pour les habitants des bouches du Danube et du
Dniper, indirectes pour les autres, mais par l'intermdiaire de peuples
d'une mme race et d'idiomes voisins. Ce commerce des mtaux tait
incomparablement plus utile que celui de l'ambre, dont pourtant
l'existence aux temps prhistoriques de l'Europe centrale a laiss des
traces incontestes; et qui sait si des relations incessantes de cette
nature n'ont pas contribu grandement  maintenir, dans le cours des
sicles, la parent si prochaine des idiomes slaves avec le lithuanien,
pour le bassin du Dniper, et, pour les bassins du Danube, de l'Oder et
de la Baltique, la parent non moins troite des idiomes germaniques et
Scandinaves.




CHAPITRE VI

L'GE DU BRONZE & DE LA PIERRE POLIE DANS LA GAULE OCCIDENTALE, CENTRALE
& SEPTENTRIONALE.


L'assemblage des deux parties de ce titre devra paratre un paradoxe 
ceux qui n'ont encore appris  connatre l'archologie prhistorique que
par les assertions gratuites admises  circuler dans le monde sous le
nom de principes de cette science. Pourtant, je n'ai fait, en
l'crivant, qu'indiquer les conclusions de M. Bertrand dans son fragment
intitul: _De l'expression: ge de bronze, applique  la Gaule_,
communication au Congrs de Stockholm, qui forme les pages 206-14 de
l'_Archologie celtique et gauloise_. J'ai dj parl des premires
pages de cette note en rendant compte d'une tude de M. Chantre sur les
bronzes de la valle du Rhne; je me bornerai donc ici  la question
capitale de l'union ou de la sparation, chez nos anctres, de l'emploi
de la pierre et de l'emploi du mtal.

La pense de l'auteur, dans le paragraphe en question, est, en effet,
surtout de combattre un prjug trs-rpandu et trs-funeste au progrs
de la vritable science, le prjug qui suppose que les ges de la
pierre, du bronze et du fer se sont produits spontanment et suivant un
ordre fatal, dans le genre humain en gnral et dans chaque pays en
particulier. Bien au contraire, en Grce, en Italie, et, nous l'avons
vu, dans la valle du Danube, l'usage du fer a t successivement
rpandu par des migrations venues de l'Orient[208]; nulle part, au Sud
du Danube, on n'a trouv la _preuve_ qu'une contre tant soit peu
tendue ait jamais connu et gnralement employ le bronze  l'exclusion
_absolue_ du fer[209], tandis que dans les contres du Nord et de
l'Ouest de l'Europe l'usage du fer a t inconnu ou repouss jusqu' des
temps trs-voisins de l're chrtienne[210]. Qu'un ge du bronze
proprement dit ait exist chez les Scandinaves, cela n'est pas contest;
mais il n'en est pas de mme pour la Gaule, o, malgr la connaissance
et l'usage du bronze, l'usage des instruments de pierre a subsist
jusqu' l'poque, peu antrieure  notre re, o le fer y a _supplant_
le bronze, sinon mme encore par-del.

La priode du bronze,  supposer qu'il y en ait eu une, disait M.
Bertrand dans sa prface[211], n'a donc t ni longue ni gnrale en
Gaule... Une couche indigne d'origine inconnue, au-dessus de laquelle
se sont superposes les tribus, de type septentrional, selon toute
probabilit[212], qui enterraient leurs chefs sous les dolmens, tel
parat avoir t, en Gaule, jusqu' l'arrive des bandes armes de
l'pe de fer, le _substratum_ humain. Il ne faut faire exception que
pour les contres qui furent plus tard l'Helvtie et la Narbonnaise, o
des groupes plus civiliss s'taient tablis de bonne heure. Ces groupes
paraissent avoir fourni, en France, une aristocratie restreinte... En
somme, l'_poque de transition_ sparant, en Gaule, l'ge de la pierre
polie de l'ge dfinitif du fer, deux ges trs-nettement caractriss
par un ensemble de faits archologiques incontestable, est  la fois
_trs-obscure_, mal dfinie, mal limite.

Quelle tait cette civilisation antique de la Gaule, civilisation
antrieure  l'arrive dans le Sud-Est des tribus auxquelles M. Bertrand
rserve spcialement le nom de celtiques, et qui, durant des sicles, y
ont vcu,  ct des anciens habitants? La rponse trs-incomplte, il
est vrai, mais non pas incertaine et confuse,  cette question d'un si
vif intrt pour nous, puisqu'il s'agit de nos anctres, sera fournie
surtout par une cinquantaine de pages[213] du livre de M. Bertrand,
intitules: _Monuments dits celtiques_. Elles contiennent les
conclusions d'un Mmoire couronn en 1862 par l'Acadmie des
Inscriptions, et entr presque tout entier[214] dans divers articles du
_Dictionnaire d'Archologie_ (poque celtique), que publie la
_Commission de la topographie des Gaules_. Il convient d'ajouter  ce
paragraphe ceux qui ont pour titres: _De la distribution des dolmens sur
la surface de la France_[215], et: _Un mot sur l'origine des dolmens et
alles couvertes_[216]. La question qui nous occupe en ce moment est l
en partie rsolue par le rsum de faits positifs presque innombrables,
qui ont enfin permis  la science de sortir du domaine des conjectures,
d'carter dfinitivement des hypothses tmraires ou mme
insoutenables, qui avaient usurp son nom pour crer de toutes pices
une _archologie celtique imaginaire_. Dblayer un pareil terrain,
c'tait certes beaucoup dj, mais M. Bertrand a commenc  y
construire. Il y a trac les grandes lignes d'une _archologie
vritable_, mritant le nom d'histoire dans le sens large qu'on attribue
maintenant  ce mot.

Nanmoins, il n'y a pas lieu pour nous, du moins en ce moment, d'tudier
l'ensemble de ce travail. Ce que nous nous proposons dans le prsent
paragraphe, c'est de reconnaitre, sur notre territoire, la transition de
la pierre au bronze: les spultures seules doivent nous fournir ici les
lments d'une rponse. Nous ne parlerons donc pas des menhirs isols,
puisqu'on n'a jusqu'ici trouv  leurs pieds ni dbris humains ni
instruments de mtal ou de pierre. Si quelques-uns, comme il est
probable, furent levs en mmoire de morts illustres, on ne peut, en
gnral, les distinguer des bornes de proprits ou des blocs
erratiques[217]; Mais, au contraire, _les dolmens_, auxquels d'ailleurs
sont quelquefois associs des menhirs, furent gnralement, sinon
universellement des _tombeaux_, et ces tombeaux caractrisent par leur
contenu la civilisation de leur poque.

Sous les dolmens non viols autrefois et demeurs intacts jusqu' nos
jours, disait l'auteur[218], les instruments de _pierre_ dominent; le
_bronze_ est trs-rare; le _fer_ n'apparat jamais. Il ajoute, il est
vrai, en note (1er fvrier 1876): Depuis cette poque, _quelques_ faits
nouveaux portent  croire que cette affirmation est _trop absolue_.
Mais ceci n'a point d'importance pour la question de l'ensemble. Que
cinq ou six spultures de l'ge des dolmens aient ou non contenu des
objets en fer, cela ne peut indiquer que des actes isols de volont
individuelle, puisqu'il est certain que le fer tait _connu_ dans la
valle du Rhne  l'poque o l'usage habituel du bronze se rpandit sur
cette frontire. Plus loin[219], M. Bertrand disait encore: Les objets
dposs sous les dolmens _avec les squelettes_[220] sont, en grande
majorit, des armes et ustensiles en silex; le bronze y apparat
rarement, l'or  peine, le fer jamais. C'est l'indice d'un tat social
tout  fait primitif et bien infrieur  celui que nous dpeignent les
rcits des Grecs et des Romains, en nous parlant des Celtes et des
Gaulois. Aussi regarde-t-il l'ge des dolmens comme antrieur aux temps
celtiques, du moins dans le sens qu'il donne  ce dernier mot, mais
cette conclusion ne signifie pas du tout qu'il les reporte  une
antiquit bien haute.

Les _tumulus_ isols ou agglomrs sont aussi, le plus souvent, des
spultures, mais avec cette distinction que les tumulus isols, aussi
bien que les dolmens qu'ils recouvrent quelquefois, sont rencontrs
surtout dans la rgion Ouest et Nord-Ouest de la Gaule, celle qui nous
occupe en ce moment. Ils contiennent gnralement des galeries et des
chambres, et la proportion des substances composant les objets qui s'y
trouvent enfouis diffre trs-notablement de celles que nous
prsentaient les dolmens apparents. Les tumulus contiennent plus
d'objets en bronze que d'instruments de pierre (2/5 seulement pour
ceux-ci); le fer s'y montre, quoique dans une faible proportion[221].
Dans l'Ouest comme dans l'Est, l'incinration est l'exception et
l'inhumation la rgle pour les spultures recouvertes par des
tumulus[222].

Trois conclusions d'une importance extrme rsultent directement de ces
faits: 1 la connaissance et mme l'usage du bronze coexistent, au temps
des dolmens, avec l'usage dominant des instruments de pierre; 2 le mme
fait existe au temps des spultures sous tumulus, mais avec des
proportions tout autres, quoique ce ne soit pas une proportion inverse,
puisque les tumulus contiennent encore 40 % d'objets en pierre, et que
ce chiffre est fort loin d'tre atteint par le bronze des dolmens; 3 de
cette diffrence rsultent logiquement une diffrence de temps et mme
une distinction ethnographique, puisqu'on ne remarque pas de transition
insensible entre l'une et l'autre espce de dpts, comme elle aurait d
se produire dans le cas d'un simple progrs. C'est ce que l'auteur
exprime en disant: Les dolmens sont pr-celtiques; les tumulus sont
celtiques[223]. En d'autres termes, le genre de civilisation qui
dominait  Villanova,  Golasecca, dans la valle du Rhne et dans
certaines habitations lacustres de cette dernire rgion a pntr
tardivement, pniblement, imparfaitement dans la Gaule centrale et
occidentale, o se trouvait une population compacte, en possession d'une
civilisation tout  fait distincte et appuye sur un ensemble de graves
enseignements religieux, le systme des druides, reconnu pour immmorial
par les habitants du pays, et profondment enracin dans leurs moeurs
publiques et prives, tandis qu'il tait ignor des Gaulois  l'Est du
Rhin. Les Celtes de M. Bertrand ont pu dominer la Gaule entire et y
former cette classe des nobles que dcrit Csar, mais ils n'en ont
certainement pas renouvel la population, qui leur a, parat-il,
communiqu ses croyances; ils lui ont apport l'usage, mais non pas 
beaucoup prs l'usage exclusif du bronze (le fer, ou tout au moins
l'usage commun du fer, n'tant arriv que par les Gaulois proprement
dits). Cet usage du bronze, les Celtes nouveaux venus semblent l'avoir
plus encore conserv que communiqu  l'ancienne population, puisque les
_tumulus_, sous lesquels on le rencontre en proportions considrables,
ne peuvent avoir t que des spultures aristocratiques.

De tout ceci il rsulte que, jusqu' un temps voisin de Jules Csar, les
instruments de pierre furent d'un usage habituel dans la moiti
occidentale de la Gaule, sinon dans les deux tiers; je pourrais et
devrais mme dire que l'usage en tait dominant, car si le bronze
l'emporte dans une _faible proportion_ seulement, en ce qui concerne le
_mobilier des chefs_ ensevelis sous les tumulus, la consquence
naturelle est que _l'usage des mtaux_ tait _exceptionnel_ encore pour
la masse de la population, pour les descendants des anciens indignes,
lesquels, d'ailleurs, ont sans nul doute conserv pour eux-mmes l'usage
des spultures sous dolmens[224]. La simultanit des dolmens et des
tumulus isols de l'Ouest rsulte d'ailleurs, ce semble, du fait signal
plus haut que, si ces tumulus renferment souvent des galeries et
chambres funraires, ils recouvrent quelquefois de simples dolmens. Ce
seront, si l'on veut, les tombeaux des membres d'une seconde
aristocratie, appartenant  la race vaincue.

 ce point de vue, nulle partie de la France peut-tre n'offre plus
d'intrt  l'archologue que celle qui a form les dpartements du Lot,
de l'Aveyron et de la Lozre. Ces dpartements ne contiennent pas,  eux
trois, moins d'un millier de dolmens[225], et, pour l'_Aveyron_ en
particulier, des faits d'un extrme intrt ont t produits aux Congrs
de Paris et de Norwich, entre la rdaction du Mmoire de M. Bertrand
(1861) et la publication de son volume. Dans le Congrs de 1867, en
effet, M. E. de Cartailhac, en signalant le nombre considrable de
monuments en pierre brute que prsentent ce dpartement et les
dpartements voisins[226], ajoutait d'abord, pour en faire connatre le
caractre, que les dolmens de l'Aveyron, quelquefois, mais non toujours
recouverts d'un tumulus, paraissent avoir t des spultures de famille,
puisqu'on a souvent trouv, sous un seul d'entre eux, une vingtaine de
squelettes, hommes, femmes et enfants; que les haches en pierre polie,
bien que frquemment rencontres dans ce pays, et spcialement dans les
cavernes, n'y sont presque jamais dcouvertes dans les spultures, mais
bien des pointes en silex finement tailles et barbeles; que des corps
incinrs s'y trouvent, quoique  l'tat d'exception; que les ossements
d'espces migres y manquent absolument, et que le _mtal_ constitue la
matire de prs d'un cinquime des objets trouvs sous ces _dolmens_.
Puis il insistait avec grande raison sur ce fait, si grave pour l'tude
des temps de transition auxquels nous ramenaient assez manifestement les
observations prcdentes: Ce mtal est du bronze, dit-il. Encore rare
et prcieux, il n'est employ que pour des bijoux  peu prs
exclusivement, et la plupart de ces pices copient exactement les perles
rondes et longues des pendeloques en pierre,  un point qui ne peut
laisser aucun doute sur le fait que les _hommes des dolmens_,  l'apoge
de l'industrie de la pierre polie, font pour la premire fois usage du
bronze, qu'ils n'avaient pas d'ailleurs invent. Si l'on veut tenir
compte de l'impossibilit de trouver du premier coup l'alliage; si l'on
remarque la _perfection_ de certains anneaux, bracelets orns de
spirales et double hlice... on ne peut douter que la multitude n'ait, 
ce moment, _reu_ le bronze d'un peuple qui lui _envoyait_ des lingots
et ses propres produits... Tout semble attester la lenteur avec laquelle
la pierre a fait place au mtal[227]. C'est  la race aryenne que
l'auteur attribue la transmission du bronze  nos contres occidentales;
il ne parat pas croire que les hommes des dolmens lui aient eux-mmes
appartenu[228].

Un an plus tard,  Norwich, M. E. de Cartailhac revenait sur ce sujet
avec des preuves nouvelles. Un dolmen sous tumulus de l'Aveyron, fouill
par M. l'abb Crs, avait donn des ossements brls, des fragments
d'anneaux en bronze et des grains de collier en fer, poss sur la table
mme, tandis que, dans l'intrieur du dolmen, tous les objets taient en
pierre[229]. Dans un autre tombeau, fouill aussi par M. Crs, on
trouva _ple-mle_ des _pointes en silex_, quelques morceaux de bois de
cerf, travaills au moyen d'un instrument tranchant, des tessons de
poterie grossire, quatre _morceaux de fer_... et une centaine de grains
de collier en calcaire, jais, coquille, os, bronze et fer... Ce fait est
fort important, ajoute M. de Cartailhac, et, s'il tait admis sans
contestation[230], il faudrait presque renoncer  l'ge du bronze dans
notre Aveyron, puisque les hommes des _dolmens_ y auraient vu l'aurore,
non-seulement de l'ge du bronze, mais encore, peu de temps aprs, de
l'ge du fer. Il est de fait que les objets en bronze sont extrmement
rares chez nous, et que les muses en possdent bien peu[231].

On le voit, des observations faites dans une des rgions les plus
abondantes en dolmens prludaient par des conclusions locales  celles
de M. Bertrand. Mais est-il possible d'aller plus loin et d'atteindre
ici, au moins comme limites, des dates chronologiques absolues? Ni M. de
Cartailhac, ni M. Bertrand ne l'auraient os encore au printemps de
1876; nous paraissons devoir tre plus heureux aujourd'hui, grce  la
dcouverte de M. Kerviler, que l'auteur de l'_Archologie celtique_ me
signalait un mois ou deux aprs la publication de son volume, et dont
l'importance le frappa davantage encore quand il se fut rendu sur les
lieux, dcouvertes que je vais analyser brivement ici. Je rsume les
trois articles dans lesquels M. Kerviler lui-mme a dcrit et interprt
cette dcouverte[232]. Elle a soulev de vifs dbats, dont il est
indispensable de bien connatre le point de dpart.

Le bassin  flot de Saint-Nazaire, qui fut cr il y a vingt-cinq ans,
enferme par une digue une anse de la Loire, immdiatement au-dessus de
la ville. Les travaux faits en cet endroit pour enlever les alluvions
vaseuses n'avaient donn lieu  aucune dcouverte intressante; mais
pour le bassin de Porhot, compris entre la pointe de ce nom et celle de
la Ville-Halluard, qui termine le premier bassin, il n'en a point t de
mme: des sondages rcemment oprs y ont fait reconnatre une ancienne
valle trs-profonde  versants rocheux. En tudiant la direction
gnrale de ces versants rocheux, dit M. Kerviler, je fus bientt
trs-frapp de voir qu'elle correspondait  peu prs exactement avec
celle de la petite rivire du Brivet... qui, par un caprice bizarre, se
dtourne brusquement  quelques kilomtres de Saint-Nazaire, pour
revenir presque sur ses pas et se jeter en Loire prs du village de
Mans. J'eus aussitt la pense que cette brusque dviation du Brivet ne
devait tre qu'un accident... Les sondages minutieux ncessaires aux
travaux ne tardrent pas  venir confirmer mes prvisions. Je reconnus,
en effet, que les deux versants rocheux ne se rencontrent qu' un niveau
infrieur de 30 mtres  celui des basses mers... tandis que le Brivet
actuel coule aujourd'hui  Mans sur un lit rocheux dont le niveau est 
peu prs celui des basses mers. Les eaux de la rivire n'ont donc,
selon toute apparence, t reportes par dessus cette espce de seuil
que par un long envasement. Toute espce de doute a disparu, d'ailleurs,
quand, par le forage d'un puits artsien, on a retrouv, dans son lit
aujourd'hui combl, les eaux de l'ancien Brivet, le niveau de ce puits
tant suprieur  celui des hautes mers et se trouvant ainsi form par
la pression d'eaux suprieures[233]. C'tait  cette embouchure que se
trouvait le _Brivates portus_ des anciens[234].

C'est dans cet ancien lit, au fond du nouveau bassin de Porhot, qu'on a
trouv des dbris du plus puissant intrt, et qu'on les a trouvs,
circonstance _capitale_ en ce qui concerne la _chronologie_ soit
absolue, soit relative des antiquits, dans des _dpts si parfaitement
rguliers_ qu'il est impossible de supposer un remaniement, un
boulement, un dplacement quelconque des couches d'alluvion et des
antiquits elles-mmes. Voici maintenant quelles sont, avec quelques
crnes trouvs  la fin de 1874 et prsentant des caractres analogues 
ceux des crnes trouvs dans les dolmens de la France
septentrionale[235], les antiquits trouves  quatre mtres en
contre-bas de la basse mer:

1 Deux _pes de bronze_  deux tranchants et  lger renflement,
ressemblant beaucoup  celles des cits lacustres de la Suisse et 
celles qu'on a trouves dans quelques rivires de la Gaule et dans
quelques tumulus; 2 un poignard, galement en bronze; 3 une aiguille
en os; 4 une douille de hache en _corne de cerf_, avec son manche en
bois[236]; 5 un grand nombre d'andouillers de bois de cerf, tous
dtachs de la mme faon du tronc principal (et par consquent 
dessein) et paraissant avoir servi, les uns de bouts de lance, les
autres d'instruments aratoires, socs de petites charrues ou sarcloirs:
comme ils sont fort uss  la pointe, la destination _agricole_ est la
plus vraisemblable; 6 des poteries fort grossires, avec un trs-petit
nombre d'objets en pte plus fine, noire et vernisse en noir; 7 des
pierres de mouillage, remplaant les ancres chez des peuples
demi-barbares, les unes cylindriques, en granit du pays, les autres
triangulaires, formes d'une roche trangre  la localit, ayant sans
doute appartenu  des navires trangers, en sorte que cet usage devait
tre alors rpandu sur la cte de l'Ocan; 8 des ossements d'animaux,
appartenant tous  la _faune actuelle_ de la Gaule, sauf l'_aurochs_,
qui vivait encore dans nos forts _sous les Romains_ et mme depuis; 9
enfin, des troncs d'arbres grossirement quarris[237].

De tout cela, ajoute M. Kerviler, rsulte la prsence incontestable,
dans ces parages, alors que le fond de la baie tait  quatre mtres
au-dessous de la basse mer, de peuplades se servant d'objets absolument
semblables  ceux qu'on dsigne sous le nom de contemporains de l'ge du
bronze[238]. Ajoutons qu'il s'agit bien, on nous le dit ici, du temps
des _tumulus_ gaulois et du bronze des _cits lacustres_, en d'autres
termes, de l'tablissement en Gaule du peuple celte proprement dit.
C'est donc, l'extension de sa domination ou de son influence jusqu'aux
bords de l'Atlantique qui est constate ici; mais l'usage des douilles
non mtalliques pour les bches, des instruments aratoires en corne de
cerf, et celui des ancres de pierre avait continu  prvaloir. Le mtal
est connu, il est employ, mais l'usage n'en domine pas: c'est la
conclusion que nous ont dj fournie les fouilles faites dans les
dolmens. Maintenant, peut-on savoir  quelle priode de la _chronologie
historique_ appartient cet tat de choses, dans notre pays?

La masse argileuse comprise entre les versants rocheux de cet ancien lit
du Brivet est forme, nous l'avons vu, de couches d'alluvions
parfaitement stratifies. Des divisions, distantes de 10  20
centimtres l'une de l'autre, et formes par des files de coquilles,
paraissent au savant ingnieur correspondre aux priodes irrgulires
des grandes crues de la Loire, et des couches de sable de 1  10
centimtres d'paisseur, assez loignes l'une de l'autre,  de grandes
et rares perturbations de mme nature. C'est, ajoute-t-il, dans une de
ces couches, situe  2 m 50 de hauteur _maxima_ au-dessus de la
prcdente (c'est--dire de celle o ont t trouvs les vestiges d'un
ge du bronze), et par consquent  1 m 50 au-dessous des basses mers,
que les ouvriers trouvrent, au mois d'aot dernier (1876), des
fragments de _poterie rouge_ prsentant les caractres incontestables de
l'_industrie gallo-romaine_. Des _anses d'amphores_ suivirent bientt,
puis de la _poterie brune_  filets creux rguliers, et enfin, pour
_fixer exactement la date_ de cette couche, un petit bronze assez
fruste, mais encore _trs-lisible_, de l'_empereur Tetricus_. D'o il
rsulte que, dans la seconde moiti du III e sicle _aprs_
Jsus-Christ, le fond de la baie tait encore  plus d'un mtre en
contre-bas des basses mers[239].

Les 6 mtres de vase _rgulirement stratifie_ qui recouvrent ces
dbris ont donc mis 1,600 ans  se former, ce qui donnerait 37
centimtres et demi par sicle, si la formation avait t uniforme
jusqu' nos jours. En fait, il parat impossible de nier que le dpt
ait t plus rapide, puisqu'il n'y a plus l de courant et mme depuis
un temps assez long; mais l'importance de ces calculs rside uniquement
dans la mesure du temps coul entre le dpt dtaill ci-dessus et le
dpt gallo-romain, mesure qui, comme le dit l'auteur, permet de trouver
enfin un de ces chronomtres naturels dont M. de Quatrefages avouait que
l'apprciation avait toujours jusqu'ici chapp  la vritable science.

Si l'on admet le _maximum_ extrme de seize sicles pour le dpt de 6
mtres d'alluvions et la proportionnalit du temps pour la distance
entre les deux couches, on devra reporter la plus ancienne  une date de
_six  sept_ sicles avant Tetricus, c'est--dire  peu prs au
commencement du IVe sicle avant notre re, au temps, pour l'Italie, de
la prise de Rome par les Gaulois, et, pour la Grce, de la premire
jeunesse de Dmosthnes, poque nullement prhistorique, comme on le
voit. Mais faut-il admettre cette _proportionnalit_? coutons les
raisons allgues par M. Kerviler:

Au-dessus du niveau des basses mers, les eaux charges de vase n'ont
plus t en permanence  la mme lvation. Mais cette objection perd
son importance devant un examen attentif des envasements dans les
petits golfes chelonns le long de nos rivires.--On connat cette
loi d'hydraulique gnrale qui veut que, dans tout liquide en mouvement,
contenant des matires solides en suspension, s'il y a diminution de
vitesse, il y ait aussitt dpt. C'est l, ajoute-t-il, la cause des
barres qui se forment l o le courant des rivires rencontre la mare,
et le dpt s'opre surtout dans les anfractuosits des rivires, o la
vitesse de l'eau n'est pas comparable  celle du chenal. L'observation
constate que l'lvation de la mare n'est presque pour rien dans les
dpts de cette dernire espce. Il est vrai, dit encore M. Kerviler,
que plus l'alluvion augmente de hauteur, moins longtemps elle reste
soumise  l'action des eaux vaseuses; mais aussi la compression par
tassement devient videmment beaucoup moindre. Des calculs que l'on
devra rechercher dans l'original, et o l'auteur fait entrer le nombre
des heures de flot et la pese des cubes d'un mme volume de vase, pris
dans la partie suprieure du dpt et  9 mtres au-dessous, l'amnent 
affirmer que le calcul direct par la proportionnalit des paisseurs
conduit  un rsultat voisin de la vrit absolue.

Mais il a trouv une dmonstration plus saisissante dans l'observation
d'une coupure verticale de la vasire et de ses _stratifications_, faite
par lui-mme en compagnie de M. Paul du Chastellier. Sur 2 mtres de
hauteur, dit-il, o nous les observmes au-dessus de la couche sableuse
des dbris de l'ge de bronze, elles paraissaient avoir 3 millimtres
d'paisseur; entre la plupart on apercevait trs-nettement de minces
couches noires, qui se dcomposaient au toucher en _dbris vgtaux_
trs-aplatis. L'ordre rgulier et presque invariable des couches est
sable, argile, dbris vgtaux, ceux-ci reprsentant le dtritus annuel
de l'automne. L'paisseur de chaque couche varie sensiblement; mais, _en
prenant les moyennes_ entre les chiffres extrmes donns par M.
Kerviler, on arrive  un peu plus de 4 millimtres pour les trois dpts
d'une mme anne, ou de 40 centimtres par sicle, qui, pour 2 mtres et
demi (distance entre les deux dpts historiques), donneraient six
sicles environ. L'auteur, qui avait le dpt sous les yeux, et qui par
consquent pouvait mieux juger dans quel sens il devait forcer la
moyenne, s'arrte  35 centimtres pour l'paisseur d'un dpt
sculaire, y compris l'paisseur supplmentaire des grosses couches de
gravier, ce qui donne sept sicles pour le total, c'est--dire  peu
prs le rsultat du premier calcul, avec quelque chose en plus, et nous
reporte seulement  une poque contemporaine de la lgislation
dcemvirale pour les Romains, au _sicle de Pricls_ pour l'histoire de
la grande civilisation hellnique. Si les prises de moyennes laissent
toujours dans l'esprit un certain degr d'incertitude sur les
conclusions gnrales, l'accord de ce rsultat avec le prcdent doit
produire une forte impression.

Du reste, il faut le dire une bonne fois, l'usage des _instruments de
pierre_ n'est pas par lui-mme une preuve de la haute antiquit d'une
station. Cet usage _existe encore_ aujourd'hui, _dans la Grce_
elle-mme, pour les instruments d'agriculture appels _alostra_,
signals par M. Emile Burnouf  l'Acadmie des Inscriptions. Le
cimetire _mrovingien_ de Caranda, dans l'Aisne, a prsent un mlange
considrable d'objets de pierre et de mtal. Si leur rpartition entre
les tombes est mal connue[240], ce sont l pourtant des faits qu'il faut
rappeler pour arrter l'archologie dite prhistorique dans la voie
tmraire o elle s'tait engage. Il n'en est pas moins vrai que l'ge
des dolmens, identique en Gaule  celui de la pierre polie
habituellement employe, a prcd, chez nos aeux, l'emploi ordinaire
ou mme frquent des mtaux quels qu'ils soient. Mais l'existence, mais
la nature mme des monuments mgalithiques suppose une _socit
rgulire_, employant des forces runies considrables pour les honneurs
religieux  rendre  ses morts, et plus particulirement, semble-t-il,
aux morts des familles qui les gouvernaient et qui s'taient illustres
chez elles. La domestication des animaux, l'agriculture, l'horticulture,
le tissage de lin, une cramique assez avance taient d'ailleurs, au
temps de la pierre polie, des arts communment pratiqus en Gaule[241].

On ne construit pas, dit encore M. Bertrand, on n'entretient pas des
stations sur pilotis, sans une forte institution communale... La
prsence du jade, de la jadite, de la calais, de l'ambre, dans des pays
qui ne produisent aucune de ces matires, prouve l'tendue du
commerce... La force des traditions clate dans l'homognit des
monuments et dans la constance de certains dtails... On a cru que l'ge
de la pierre polie reprsentait une des phases normales et ncessaires
du dveloppement de l'humanit dans la voie du progrs, quelque chose
d'analogue  ce qu'est, en gologie, un tage bien tranch dans la
succession des terrains antrieurs  l're rcente. Ce point de vue ne
peut qu'garer. Le perfectionnement du travail de la pierre chez les
populations septentrionales et occidentales de l'Europe tient uniquement
 leur isolement. Il est synchronique et mme postrieur au
dveloppement bien suprieur de populations du Midi qui n'ont point
travers d'tapes semblables[242].

Ces lignes, consignes par M. Bertrand dans la Prface o il rsume les
rsultats de ses longues annes d'investigations, devraient tre
dsormais l'pigraphe de tous les travaux relatifs  ce qu'on appelle
l'ge ou les ges de la pierre.

 quelle race appartenaient les hommes des dolmens? N'avaient-ils pas
t prcds sur notre sol par une race diffrente? Ce sont l deux
questions souleves par l'tude du livre de M. Bertrand et que lui-mme
n'a pas ngliges, mais qui n'appartiennent pas compltement peut-tre 
l'objet de la prsente tude. Cependant elles y tiennent de trop prs et
sont trop intressantes en elles-mmes pour ne pas attirer notre examen.




CHAPITRE VII

(APPENDICE)

 QUELLE RACE APPARTENAIENT LES HOMMES DES DOLMENS?--QUE SAIT-ON DES
PREMIERS HABITANTS DE LA GAULE?


La question ethnographique concernant les hommes des dolmens, cette
question que nos pres avaient  peine pose, tant alors elle paraissait
simple, a t vivement agite dans ces dernires annes, o des
documents nouveaux ont t produits en nombre considrable. On a mme
soulev hardiment la question de l'antiquit relle des dolmens, au-del
ou en de de la limite des temps classiques, dans notre Occident
lui-mme. Rsumons d'abord les opinions rcemment produites, et nous
chercherons ensuite ce que chacune peut contenir de vrit. Avant tout,
voyons ce qu'a dit M. Bertrand, dans le volume qui a t l'occasion de
ce Mmoire.


1.--_Opinions diverses sur l'ethnographie et l'poque des constructeurs
de dolmens_.

M. Bertrand a fait remarquer, non-seulement que les dolmens se trouvent
presque tous en dehors du territoire gaulois proprement dit[243], mais
encore qu'ils se trouvent en dehors des contres dsignes comme
celtiques par les anciens (avant Csar), et spcialement en dehors des
routes commerciales, indiques par Strabon comme traversant la France
actuelle[244]. Il fait aussi observer que, contrairement  ce qui s'est
pass dans les contres Scandinaves, l'inhumation tait le mode habituel
de spulture dans notre pays, aussi bien sous les tumulus que sous les
dolmens[245]. D'autre part, nos dolmens sont quelquefois recouverts par
des tumulus[246], ce qui peut indiquer la pntration rciproque des
deux civilisations; et la transition d'une priode historique  une
autre est l d'autant mieux marque que le fer, le bronze et la pierre
se trouvent tous les trois sous les tumulus, quoique dans des
proportions fort ingales, signalant d'une part la prdominance des
Celtes, _plus nouveaux venus_, sur les anciens habitants, de l'autre des
relations encore trs-limites avec les _derniers arrivs_, les Gaulois
arms de fer. M. Bertrand est d'ailleurs dispos  croire que, l o les
tumulus sont isols dans les rgions  dolmens, la civilisation celtique
a plutt t apporte par le contact que par l'invasion[247]. Il
s'agirait ainsi du simple ascendant d'une civilisation suprieure,
exerc par les Celtes du Sud-Est sur les populations de la Transalpine
occidentale.

Les dolmens, ajoute M. Bertrand[248], se trouvent dans les les, sur
les ctes septentrionales et occidentales de la Gaule,  partir de
l'embouchure de l'Orne jusqu' l'embouchure de la Gironde. Ils se
groupent surtout sur les points et caps s'avanant dans la mer. Dans
l'intrieur, on les rencontre en majorit  proximit des cours d'eau
navigables; et l'on remarque qu'ils sont plus nombreux gnralement 
mesure que l'on s'approche de nos principales rivires et de leurs
affluents. Les populations qui ont lev les dolmens doivent donc,
ajoute-t-il, avoir remont les fleuves sur des radeaux ou des barques,
ou suivi leurs rives. Cette loi est gnrale, ou du moins les exceptions
sont si rares qu'elles peuvent tre ngliges. L'auteur numre, un peu
plus loin[249], les contres septentrionales, trangres  la Gaule, o
l'on trouve des dolmens _nombreux_, appartenant en consquence  une
civilisation _indigne_. Cette numration nous prsente deux groupes
assez bien lis: Hollande, Hanovre, Oldenbourg, Holstein, Sleswig,
Jutland, Mecklembourg, province de Magdebourg, Prusse occidentale, Sude
mridionale, le de Seland; puis: les de l'Ecosse occidentale, le
d'Anglesey, pays de Galles, partie Sud de l'Angleterre et cte, surtout
orientale, de l'Irlande. L'auteur indique rapidement les dolmens trouvs
en Asie[250] et consacre un paragraphe spcial  ceux de la province de
Constantine[251]; mais il regarde tous ceux-l comme en dehors de ses
conclusions, en ce qui concerne la race qui a lev les ntres. Sa
conclusion, du moins celle qu'il adoptait en 1861, lorsqu'il rdigeait
son Mmoire sur les _Monuments dits Celtiques_, tait que les dolmens de
l'Occident sont l'oeuvre de populations de race incertaine, nomme par
lui hyperborenne[252], populations arrives de la Baltique dans les
les Britanniques; de l elles taient venues s'abattre sur l'Armorique
et avaient pntr dans l'intrieur du pays, en remontant le cours des
rivires qui s'y jettent[253]. Mais il ajoutait en note, au 1er fvrier
1876: Nous croyons aujourd'hui que la civilisation de la pierre polie a
bien suivi cette route; mais nous serions moins affirmatifs sur la
migration des populations. Nous ne croyons plus  une race des dolmens.
Et quelques mois plus tard (7 novembre 1876) il crivait  l'auteur du
prsent Mmoire, qui lui avouait se sentir enclin  reconnatre, dans
les auteurs des dolmens, des tribus appartenant  la race celtique: Tu
as raison pour les Hyperborens. Le Hurou disait dj qu'il prouverait
quelque jour que les Celtes et les Hyperborens se confondaient sous
bien des rapports. Tu vois aussi que, sur ma carte, ils sont tous
reprsents par une mme teinte jaune. Mon article _Celtes_[254] ne
porte que sur les premires tribus celtiques connues des Grecs de
Marseille. Tu peux donc dvelopper ton ide: tu ne feras que tirer les
consquences lgitimes contenues dans les faits. Je suis bien aise de te
voir  ce point de vue.

J'ai d citer cette communication d'Alexandre Bertrand pour _prendre
date en son nom_, et constater ainsi qu'il avait d'avance donn en
quelque sorte satisfaction  notre confrre, M. l'abb Hamard, lequel,
dans la _Prface_ de sa traduction de J. Fergusson[255], s'attache 
revendiquer nos dolmens pour la race celtique. Voyons rapidement comment
M. Hamard appuie sa pense.

Il accorde sans peine au savant directeur du Muse de Saint-Germain que
les dolmens n'appartiennent nullement aux tribus gauloises proprement
dites, et que l'on doit expliquer ainsi leur absence presque totale des
dpartements orientaux de la France. Mais il fait observer avec raison
que l'on en trouve partout dans le reste de la Celtique de Csar, et
spcialement un grand nombre dans le coeur de cette Celtique, dans le
centre religieux de la Gaule druidique, c'est--dire dans le pays des
Carnutes, et cela malgr les progrs considrables de l'agriculture, qui
a d en dtruire beaucoup. L'auteur ajoute que, les Celtes de la
Transalpine centrale et occidentale n'ayant t connus des Romains que
fort tard, on ne peut pas juger d'aprs les historiens de Rome de ce
qu'tait la civilisation celtique durant les premiers sicles de son
tablissement dans nos contres. Il ajoute mme, _ l'encontre_ de la
construction des dolmens par une race qui serait _venue du Nord
s'tablir chez nous en remontant les fleuves_: 1 que toutes les
populations, toutes les races ont une inclination bien naturelle  se
grouper le long des cours d'eau; 2 que la rgion montagneuse de la
Celtique contient beaucoup de ces monuments.

Puis, quittant le terrain des objections et arrivant aux preuves
directes, M. Hamard nonce ce fait, que les dolmens se trouvent (en
Europe) surtout l o les langues celtiques se sont conserves jusqu'
nos jours; que la tradition les rapporte aux Celtes; que les figures
graves sur la cramique des dolmens sont analogues  celles des plus
anciennes _monnaies_ trouves dans le mme pays et spcialement _dans
les dolmens d'Arzon_. Il dit encore, sur le tmoignage de M. H. Martin,
que des _inscriptions_ en caractres _ogham_ ont t trouves en Irlande
dans l'intrieur de certains dolmens, et que, pour l'une d'elles, les
lignes de caractres se trouvant engages entre les pierres du monument,
il est impossible de la supposer postrieure au monument lui-mme.
Enfin, ajoute M. Hamard, si les dolmens ne sont pas celtiques, que
sont-ils? Avant les Celtes, les Ibres, que l'on croit de race finnoise,
ont occup une partie de nos contres; or, ni les Ibres, ni les
Finnois, n'ont lev de dolmens dans les contres qu'ils continuent
d'occuper.

M. Fergusson, l'auteur anglais que M. l'abb Hamard a traduit, va plus
loin et cherche  tablir les dates, approximatives sans doute, mais non
pas seulement relatives, de la construction des dolmens, tant
armoricains que britanniques: il les croit postrieurs  l'tablissement
de l'Empire romain. Comment est-il parvenu  une conclusion si
radicalement oppose  tous les sentiments qui avaient t conus
jusqu'ici?

Une observation importante, plus frappante selon moi que tout son
systme, l'a conduit  penser, indpendamment de tout calcul de sicles,
que l'rection de ces dolmens n'occupe pas une place recule dans
l'ordre des migrations successives des populations europennes. Il dit,
en effet, qu'un seul groupe de 'monuments mgalithiques existe, en
Angleterre (dans le Kent),  l'Est d'une ligne qui serait trace de
l'embouchure de l'Humber  la baie de Southampton, c'est--dire dans les
pays jadis peupls par les Belges[256], et que pas un seul monument de
cette nature n'existe dans le pays des anciens Belges continentaux[257].
Comme les dolmens sont trs-nombreux  l'Est et au Sud-Ouest de cette
dernire rgion, l'auteur conclut que les constructeurs de dolmens
furent _coups en deux_ par l'invasion des Belges avant l'poque o ils
se livrrent  ce genre de constructions, puisque, dit-il, s'il en tait
autrement, il serait demeur, dans le territoire occup par les nouveaux
arrivants[258], des monuments de cette espce, antrieurs  l'occupation
belge. C'est dans le mme ordre d'ides que s'est plac le traducteur
quand il a dit[259]: Selon toute apparence, les Celtes ne
construisaient pas encore de dolmens lorsque les Gaulois les expulsrent
de l'Est de la Gaule; autrement on et trouv, dans ces rgions, des
restes de ces monuments. Rduites  ces termes, les observations des
deux archologues doivent tre prises en srieuse considration.

Mais l'auteur anglais ne s'en tient pas l. Il croit que le contact et
l'exemple des Romains ont seuls donn aux habitants de l'Armorique
l'ide d'lever des monuments de pierre, au lieu d'employer seulement la
terre ou le bois, les Armoricains n'ayant eu d'ailleurs aucun penchant 
imiter le style architectural des conqurants, avec lesquels leur
contact ne fut jamais bien intime, pas plus que les Indiens
d'aujourd'hui n'ont l'ide d'imiter l'architecture anglaise[260]. Le
silence complet de Csar et de Pline sur les monuments mgalithiques lui
persuade qu'il n'en existait pas de leur temps, dans nos contres[261];
et, selon lui encore, la prsence d'une croix sur le demi-dolmen de
Kerland, en Bretagne, est une preuve que le monument lui-mme fut lev
aprs la prdication du christianisme[262]. Ce qui est plus frappant,
c'est la trouvaille de _tuiles gallo-romaines_ et de produits de la
crmation, _avec des ttes de flches en pierre, sans nulle trace de
mtal_, dans un dolmen sous tumulus,  Crubelz[263]; c'est encore la
trouvaille, faite dans un tumulus peu loign de ce dolmen, de deux
statuettes de Latone, en terre cuite, et de _monnaies_ de Constantin II
(347-40),  30 centimtres _au-dessous_ du dpt ordinaire d'objets en
pierre[264]. _Beaucoup_ d'autres _monnaies romaines_, ajoute
l'auteur[265], ont t dcouvertes dans les monuments franais; mais on
ne tient aucun compte de leur tmoignage. Dans celui de _Mann er
Hrok_,...  800 mtres environ de Locmariaker, l'on a trouv, prs de
la surface, onze mdailles romaines, depuis Tibre jusqu' Trajan, et
cela sans aucune trace de spulture secondaire. Cet usage se rapportait
sans doute  des rites superstitieux, et l'auteur fait observer  ce
sujet qu'on ne trouve, parmi les monnaies ainsi enfouies, aucun type
appartenant ni aux peuplades gauloises ou bretonnes, ni  l'poque
purement chrtienne, ce qui et d arriver, semble-t-il, si leur
prsence (celle des monnaies) tait vraiment accidentelle[266]. La date
de ces monnaies, appartenant toutes au temps de l'Empire romain, est
certainement un indice prcieux. Enfin, il existe 
Saint-Germain-sur-Vienne, prs de Confolens (Charente), un dolmen de
grande dimension, reposant sur des colonnes de style roman, composes
chacune de trois parties spares et appartenant manifestement, d'aprs
leur ornementation, au XIe et au XIIe sicle. Alors encore les habitants
de cette contre avaient donc eu l'ide ou d'lever ou tout au moins de
dcorer un dolmen[267].

Il est vrai et mme manifeste que c'est l une exception. Mais l'auteur
croit pouvoir gnraliser sa pense et attribuer les dolmens  l're
chrtienne, en comparant ceux de notre Bretagne avec ceux des les
Britanniques et surtout de l'Irlande. Il y a, selon lui, une
ressemblance frappante entre les spultures du Mann-Lud et de
Gavr'innis (Morbihan) et celles de certains monuments irlandais[268]. Et
comme il est certain, ajoute-t-il, que les monuments de la Boyne ont
t rigs dans les quatre premiers sicles de l're actuelle, il
s'ensuit que ceux de Locmariaker ne peuvent pas appartenir  une poque
notablement diffrente[269].

Il semble qu'on doive conclure de ces observations que M. Fergusson
attribue les dolmens aux Celtes. Il n'en est rien cependant, parce qu'il
croit reconnatre la trace d'une rac diffrente dans la concidence
frquente entre la prsence des dolmens et la finale _ac_ des noms
topographiques, tant dans la France occidentale que dans l'Ouest de
l'Angleterre[270], Il dit que, dans ce dernier pays, les dolmens,
presque tous runis dans le Cornouailles, le pays de Galles et les les
d'Anglesey et de Man, appartiennent  la race des anciens Silures, qu'il
considre comme ibrienne[271]; en Irlande aussi, il croit  l'existence
d'une ancienne, migration espagnole[272]; et, quant  la France, il
pense qu'entre la basse Loire et les Cvennes cette race, trangre aux
Celtes, a conserv, pendant tout le moyen-ge, un got artistique d'un
caractre spcial, d'aprs le style de ses glises[273].


2.--_Examen de ces opinions_.

Il est clair que la question serait grandement simplifie dans son
ensemble, s'il fallait accepter les conclusions chronologiques qui
viennent d'tre exposes; mais il s'en faut bien qu'elles soient
dmontres. Si, en effet, on tudie les divers passages o l'auteur
cherche  dcouvrir la date approximative des monuments irlandais[274],
on reconnatra le vague singulier de ses raisonnements, l'incertitude
extrme de ses hypothses, plus ou moins directement tablies sur ce que
le traducteur appelle l'inextricable fouillis des annales de
l'Irlande[275]. Reste, il est vrai, le fait, mentionn plus haut, d'une
inscription en caractres ogham engage dans un monument mgalithique de
ce pays. M. Fergusson dit, en effet[276], que cette criture
alphabtique, bien rudimentaire, ne peut gure tre regarde comme ayant
exist beaucoup avant l're chrtienne, au IIIe sicle de laquelle
l'criture alphabtique proprement dite a pntr dans ce pays, bien
que, jusqu'au VIe au moins, elle y ait t fort peu usite[277]. Tout
cela est encore assez vague; puis M. Fergusson, qui s'intresse beaucoup
aux monuments irlandais et parle avec dtail de ceux du Nord-Ouest, ne
dit pas un mot du fait rapport par M. H. Martin; et M. Brash, auteur
d'une dissertation spciale sur les inscriptions en ogham au Congrs de
Norwich, n'en avait pas parl davantage. Il semble donc qu'il convienne
d'apporter ici une certaine rserve, en considrant que la nature mme
de ces caractres peut quelquefois faire illusion  l'aspect de
capricieuses entailles ou d'ingalits naturelles dans les pierres en
question. Je suis aussi trs-ingalement frapp des ressemblances entre
certaines sculptures rudimentaires, bretonnes et irlandaises, qui ont
t mentionnes par M. Fergusson; nulle part cette ressemblance n'est
manifeste et dcisive.

Peu importe, d'ailleurs, tel ou tel fait particulier, puisqu'il est bien
constat, nous l'avons vu tout--l'heure, que le dolmen de Crubelz a t
rig au temps de l'Empire romain. Je n'en dirai pas autant du
demi-dolmen de Kerland: la prsence d'une croix ne signifie
trs-probablement pas autre chose que la prise de possession par le
christianisme d'un monument paen; c'est au XIXe sicle, si je ne me
trompe, qu'une croix a t place sur le grand menhir du Champ-Dolent,
prs de Dol. Le fait du dolmen de Confolens est plus significatif en
lui-mme; mais, encore une fois, il est tellement exceptionnel dans
l'ge fodal, qu'on n'en peut tirer aucune conclusion gnrale. Le
silence de Csar et de Pline, outre que c'est un argument purement
ngatif, appartient  des temps incomparablement moins curieux que le
ntre de ce qui concernait les races alors appeles barbares. Celles-ci
n'intressaient Csar qu'au point de vue politique; Pline avait une
vraie curiosit d'rudit, mais il n'avait pas, que je sache, voyag
lui-mme dans les pays  monuments mgalithiques; or ses compatriotes
s'en proccupaient fort peu.

On doit donc conclure de tout ceci que, si l'usage d'riger des dolmens
n'avait pas disparu sous la domination romaine, rien ne prouve qu'il
n'ait pas exist avant elle et mme longtemps avant elle. Rien
absolument ne permet de donner une date au commencement de cet usage;
mais tait-il celtique, et quel tat social supposait-il? Voil ce qu'il
s'agit maintenant d'examiner.

_Divide, defini, concede, negato, probato_,

disait la logique des coles. Ces cinq lments essentiels d'une
discussion serre seront tous ncessaires dans la _dmonstration_ 
faire; car il faut s'entendre sur ce qu'on doit _appeler_ des Celtes,
bien _distinguer_  quels Celtes on veut attribuer des dolmens, afin
d'viter tout malentendu sur la concession que l'on rclame et
l'_erreur_ qu'on veut carter. Personne ne le conteste, en effet: les
tribus celtiques que M. Bertrand nous montre apportant l'usage du bronze
dans la Transalpine, vers le temps de la fondation de Rome, ont trouv
ce pays peupl; mais rien ne prouve que des _tribus de mme race_ ne les
aient pas prcdes dans cette rgion, comme elles-mmes y prcdrent
les Gaulois, qui taient aussi [Grec: Keltichou ganous], dit
Plutarque[278], et que les anciens finirent par confondre avec les
Celtes proprement dits.

Ce qui donne lieu de penser qu'il y eut effectivement, en Gaule,
plusieurs migrations successives de diverses tribus d'une mme race,
c'est que les Celtes se sont conservs purs jusqu' nos jours,
prcisment dans les contres o durent subsister en grand nombre les
anciens habitants du pays, les invasions ultrieures ne pouvant les
refouler plus loin:

_Sistimus hic tandem_ NOBIS _ubi defuit orbis_,

c'est--dire dans la presqu'le de Bretagne, dans la partie occidentale
de la Grande-Bretagne, qu'on appelle trs-improprement pays de Galles,
puisqu'elle n'a jamais t peuple de Galli, et dans l'Irlande (sauf les
colons anglo-cossais des temps modernes); ajoutons-y l'Ecosse du
Nord-Ouest et du Nord, o les Scots d'Irlande ont migr en grand nombre
dans le commencement du moyen-ge, et dont on ne reconnat plus les
anciens habitants, les Pictes. L'troite communaut de langage entre les
habitants de l'Irlande et ceux des Highlands, la fraternit certaine de
langage entre eux et les indignes des deux Bretagnes, l'invraisemblance
extrme d'une invasion _ultrieure_ de tous ces pays par une _mme_
population qui aurait _partout_ tabli l'usage _exclusif_ de sa langue,
ne permettent pas de dnier  tous ces peuples l'appellation de Celtes,
dans le sens non-seulement linguistique, mais ethnographique du mot.
Pour rejeter cette conclusion, il faudrait refuser le nom de Celtes aux
Irlandais et aux Bretons eux-mmes, en d'autres termes nier leur
communaut de race avec les populations celtiques de la Cisalpine et du
bassin du Rhne; il faudrait, par consquent, nier que les noms
gographiques de ces dernires contres et les mots conservs de leur
ancien langage doivent s'expliquer par ce que nous appelons aujourd'hui
les langues celtiques[279], si non mme exclure de la famille ainsi
appele tous les noms qui indiquent la prsence des Gaulois proprement
dits, depuis la mer Noire jusqu' la Marne. Il n'est pas un linguiste
qui ne recule devant des consquences telles que celles-l.

Chez nous donc,  l'Ouest de la Seine et des. Cvennes, on peut admettre
que, depuis les premiers temps de la pierre polie en Occident, le _fond_
de la population n'a pas t renouvel. Les hommes du bronze y purent
obtenir, par la supriorit de leurs armes, de leurs connaissances ou de
leurs croyances, une prdominance inconteste; mais ils se fondirent
plus ou moins avec des hommes issus de la mme race et dont la langue ne
diffrait pas compltement de la leur. C'est cet ordre de rapports que
nous avons cru reconnatre dans la distinction entre les tombes
aristocratiques et plbiennes de la Gaule occidentale. C'tait
probablement des rites de l'ancienne race que provenait l'usage
d'ensevelir, avec les morts, des _armes de pierre_, usage dont nous
avons cru reconnatre encore la trace _vers la fin de l'Empire romain_.
De mme, l'usage de l'ensevelissement sous les dolmens subsista dans
cette rgion; s'il est trs-exceptionnel en cosse et dans l'Angleterre
proprement dite, o il ne se rencontre d'ailleurs que dans les comts
occidentaux[280], c'est que les Scots migrs, devenus chrtiens,
changrent leur mode de spulture, et que les plus anciens habitants de
l'Angleterre avaient t de bonne heure refouls vers l'Ouest par les
Belges, qui n'levaient pas de dolmens, pas plus que n'en avaient lev
les Pictes. Que des coutumes considres comme sacres aient subsist,
malgr les modifications successives apportes par des vnements
politiques  la condition du pays, depuis des temps inconnus jusqu'au
commencement du Bas-Empire, il n'y a l rien de surprenant[281]. Le
changement complet des rites funraires par suite de la prdication de
l'vangile y a seul mis fin; ainsi s'expliquent  la fois la trs-longue
dure possible de l'rection des dolmens et le caractre primitif de la
plupart des objets qu'ils recouvrent. Mais la dcouverte de
Saint-Nazaire ne permet pas d'tendre cette remarque jusqu' nier la
prolongation de l'usage commun d'instruments non mtalliques, jusqu' un
temps peu loign de l'arrive des Romains en de des monts.

Maintenant faut-il admettre que la race celtique a occup tous les pays
 dolmens? C'est une question bien diffrente de la premire, bien plus
complique et dont l'affirmative est beaucoup moins vraisemblable. Ce
n'est pas, en effet, seulement dans l'Europe occidentale et dans le Nord
de l'Europe centrale que se trouvent ces monuments. C'est _par milliers_
qu'on les rencontre en Algrie[282]; ils se retrouvent en Asie[283], et
_jusque dans l'Inde_, o l'on en construit _encore aujourd'hui_[284]. Ne
faut-il pas ds lors renoncer  soutenir que des races diverses n'ont pu
se rencontrer, sans le savoir, pour imaginer et employer une telle forme
de spulture, bien simple aprs tout, bien peu difficile  imaginer,
provenant du type naturel de la chambre spulcrale, imitation
rudimentaire de l'habitation des vivants[285], et qui fut souvent
recouverte d'un tumulus[286]? De mme, les cercles de pierre se
retrouvent  la fois dans l'Afrique franaise et dans les les
Britanniques[287], bien qu'on n'en voie  peu prs nulle part dans les
contres intermdiaires. Il y a plus: on trouve  la fois en Danemark et
en Algrie des _ensembles_ de monuments mgalithiques singulirement
semblables entre eux[288].

La question _gnrale_ de l'origine des dolmens parat donc tre
insoluble et  jamais insoluble, si l'on veut en faire une question
d'ethnographie spciale. Il n'est pas mme dmontr que ceux de
l'Allemagne du Nord et ceux de l'Europe occidentale appartiennent  une
mme race; aussi l'opinion que l'arrive des Belges a coup cette race
en deux avant qu'elle ait commenc  lever de tels monuments[289]
n'est-elle rien moins que dmontre. Il serait trange qu'aprs avoir
t dfinitivement spares les unes des autres, les populations
voisines de la Baltique et de la mer du Nord et celles des bords de
l'Ocan eussent sparment conu de semblables crations, uniquement
parce qu'elles formaient, quelques gnrations auparavant, une
population de mme race et contigu. Mais, d'autre part, rien ne prouve
que les Celtes arrivs les premiers dans l'extrme Occident, les
populations _proto-celtiques_, si l'on veut employer ce mot, de
prfrence  celui de _prceltiques_, ne soient pas venues d'Orient par
le versant de la Baltique et de la mer du Nord, comme ceux qui nous
apportrent le bronze vinrent par le bassin du Danube. Peut-tre aussi
furent-elles rellement spares en deux groupes au temps o l'usage des
dolmens _commenait_  se rpandre chez elles; de l les dolmens trouvs
dans les montagnes du Luxembourg, au coeur du pays belge. Dans tous les
cas, une grande rserve nous est prescrite par la saine critique.
Gardons-nous des erreurs, si nous ne pouvons, avec certitude, arriver
ici  la pleine vrit.


3.--_Les prdcesseurs des hommes des dolmens, en Gaule_.

Dans tous les cas, la priode des plus anciens dolmens ne peut remonter,
dans nos contres, plus loin que l'usage de la pierre polie, et M. Al.
Bertrand dmontre qu'il y a eu solution de continuit, tout au moins en
Gaule, entre cet ge et celui de la pierre taille[290]. Nulle part, en
effet, le mlange ou la ressemblance des instruments de l'une et de
l'autre catgorie ne correspond au mlange ou  la ressemblance des
instruments de bronze avec ceux de pierre polie; nulle part on ne trouve
un indice de la transition suppose[291]. D'autre part, l'instinct de
l'art, le talent merveilleux avec lequel les hommes de la pierre taille
reproduisaient, sur des os ou des bois de renne, des figures du rgne
organique, la figure du renne lui-mme, comme l'auteur en met sous nos
yeux des exemples saisissants, montrent chez eux l'existence d'une
civilisation relle, quoique trs-diffrente de celle qui existait dans
la Gaule au temps des guerres puniques[292]. Peut-tre est-ce par le
fait d'une tradition doctrinale, comme l'a pens M. Bertrand, que les
Celtes de la pierre polie n'ont laiss aucun monument des arts
reprsentant la vie organique[293]; d'autre part, les contemporains de
l'ge du renne[294] dans nos contres ne paraissent avoir connu ni
l'agriculture, ni l'usage de nos animaux domestiques. Sans doute, ces
conditions d'existence, applicables seulement  des populations errantes
et peu nombreuses, puisqu'elles vivaient de chasse, ont amen, bien plus
facilement que pour des populations compactes, o leur disparition, ou
leur complte et rapide absorption par les proto-Celtes,--si mme on ne
doit les considrer comme antdiluviennes.

Nous ne chercherons donc pas ici  reconnatre une transition que tout
indique n'avoir point exist. Il y a eu assurment un progrs accompli
d'une poque  l'autre, mais non pas un progrs rsultant du
dveloppement spontan d'une mme race. Alors, comme aux temps
postrieurs, une population plus civilise a apport, par voie de
migration, un tat meilleur; seulement, elle ne l'a probablement cette
fois apport que pour elle-mme, tandis que la civilisation du bronze a
t communique  une population antrieurement existante au lieu
d'arrive de l'migration. Mais, dans l'un et l'autre cas, la lumire
est venue d'un foyer toujours allum et situ vers l'Orient; nulle part
nous ne pouvons apercevoir des hommes de l'ge de pierre passant par
leurs propres efforts  l'ge des mtaux, et ce rsultat ngatif, mais
si important, est en effet la conclusion suprme du livre entier de M.
Bertrand.

Nous ne voyons, d'ailleurs, aucun moyen de dterminer l'poque o l'une
des civilisations de la pierre s'est substitue  l'autre; rien mme ne
dmontre que l'usage de la pierre polie ait exclu chez une mme
population celui de la pierre habilement taille, pour les instruments
dont l'emploi ne rclamait pas l'une plutt que l'autre, pas plus que la
connaissance du bronze n'a subitement exclu l'usage de la pierre. Si la
pierre polie se trouve seule dans les dolmens, c'est que les dolmens
taient la spulture de personnages d'une certaine importance, et qu'on
y enterrait avec les morts des objets d'une destination sacre[295].

Terminons enfin par un dernier appel  la prudence, puisque nous avons
vu combien est fausse la voie dans laquelle on s'est longtemps obstin,
et dans laquelle plusieurs s'obstinent encore  maintenir les
investigations de la science.  l'exemple de M. Al. Bertrand, je
m'imposerai une extrme rserve sur tout ce qui touche aux relations
qu'on a voulu tablir entre l'archologie prhistorique et la gologie;
comme lui, plus que lui peut-tre, je serais trop peu comptent pour
m'tendre sur une pareille matire, me bornant  rappeler que les
savants sont encore assez loin de s'entendre tous sur les volutions
climatologiques de la priode prsente, sur les conditions de la
prsence du rhinocros et du renne dans nos contres. M. Bertrand
incline mme  croire, d'aprs des observations modernes faites dans la
grande presqu'le scandinave, que le dpart de ce dernier animal
pourrait bien avoir eu pour cause la propagation de la race bovine[296];
et M. l'abb Hamard a cit un passage de Csar qui constate l'existence
du renne, dans le bassin du Rhin, au temps de la conqute des
Gaules[297]. Ceci ne veut pas dire que les glaciers n'aient pas eu en
Europe, depuis mme qu'elle est peuple[298], beaucoup plus d'extension
qu'aujourd'hui, mais seulement qu'il faut se garder avec soin de
conclusions qui ne drivent pas _rigoureusement_ des faits observs.
Qu'on me permette donc d'noncer ici quelques principes auxquels il est
ncessaire d'tre fidle.

Le premier et le plus important peut-tre, c'est d'exclure de toute
argumentation archologique tout objet qui peut absolument sans doute
tre considr comme un caillou faonn par l'homme, mais qui peut tout
aussi bien, sinon mieux, avoir conserv sa forme naturelle ou avoir
clat par suite de causes purement physiques. Le second c'est que,
reconnt-on pour des pierres tailles  clats non-seulement
quelques-uns des types, mais tous les types proposs, il faudrait encore
refuser nettement d'en tirer la consquence qu'on a voulu induire du
rapprochement de ces types, savoir qu'ils se seraient succd l'un 
l'autre dans un ordre invariable, et cela dans tous les pays. Il n'y a
l ni un fait acquis (bien au contraire), ni mme, disons-le bien haut,
une hypothse vraisemblable. Il faudrait soumettre l'homme  un instinct
de dveloppement rigoureusement fatal, analogue  l'instinct permanent
des animaux, pour admettre _ priori_ que les diffrentes familles
humaines ont successivement et paralllement donn  la pierre chacune
des formes signales, sans franchir d'intervalle, ou sans admettre une
transition en sens contraire, parfois au moins aussi naturelle que
l'autre, ou enfin sans arriver de plein saut  une forme moins
grossire. Et pour entrer plus avant dans la question, ft-on, ce qui
n'est pas, dpourvu de toute donne historique sur l'origine du genre
humain, de tout souvenir de son premier ge; ft-on rduit  raisonner
sur de simples analogies, il faudrait encore reconnatre cette vrit:
Si les populations atteintes par les tmoignages de l'histoire ou
accessibles dans leurs migrations  ceux de l'archologie ont march
d'Orient en Occident, pourvues dj d'une civilisation relle, quoique
imparfaite; si la connaissance et le got de l'imitation de la nature
par l'art sont manifestes chez celle mme que nulle tradition historique
ne nous laissait entrevoir, il n'existe aucune raison de croire qu'un
tat compltement diffrent, dpourvu des lumires de l'intelligence et
des conditions de la socit, ait jamais t celui des premiers
habitants de nos contres ou de toute autre. Si un type d'instruments
est parfaitement grossier, j'allais dire informe, il n'existe aucune
raison d'affirmer qu'il soit l'oeuvre d'tres humains; s'il porte des
traces certaines d'une industrie intelligente, on n'a pas le droit de le
rapporter  un tat bestial. Ce qu'on peut et doit admettre, c'est que
les premiers migrs en Europe trouvrent, dans un climat relativement
svre et probablement beaucoup plus svre qu'aujourd'hui,  cause des
forts qui la couvraient, des _obstacles_ considrables  la
_conservation_ de la civilisation matrielle qu'ils apportaient avec
eux. Ils furent, en consquence, obligs d'employer  lutter contre ces
obstacles et  conserver leur vie la presque totalit de leur
intelligence et de leur activit. Leur course aventureuse, rapide
peut-tre, peut bien n'avoir pas laiss d'tablissements derrire elle;
on n'a pas ici des stations chelonnes comme celles du bronze; ces
hommes avaient perdu toute communication avec la mre-patrie orientale,
toute tradition mtallurgique aussi, car, nous l'avons vu, la
fabrication du bronze fut longtemps lie par une ncessit rigoureuse 
des communications directes ou indirectes, mais incessantes avec l'Asie,
qui contient les seules mines d'tain alors connues: l'exploitation de
celles de Cornouailles ne put exister qu'aprs la dcouverte de l'art si
difficile, si laborieux  conqurir, de la navigation maritime. Une fois
perdue, l'industrie du mtal ne fut jamais retrouve dans l'Europe
occidentale par cette premire race, ni mme par celle qui la suivit,
jusqu' l'arrive des Phniciens et des trusques d'un ct, des Celtes
proprement dits de l'autre. Les Phniciens furent peut-tre les premiers
auteurs de l'exploitation des mines d'tain britanniques; les Celtes
introduisirent l'tain asiatique dans la valle du Danube et peut-tre
aussi dans celle de l'Oder.

Ainsi deux mots rsument, en ce qui concerne l'histoire gnrale des
origines, les conclusions qu'on peut raisonnablement tirer des faits
tablis. L'homme est un tre social: c'est la maxime d'Aristote; l'homme
est un tre enseign: c'est une maxime plus moderne, mais non moins
gnrale dans son application. Si nos tudes, bien diriges, apportent
un solide appui  ces deux grands principes d'observation philosophique,
les esprits les plus svres ne pourront dsormais les considrer comme
des amusements frivoles. Qu'il me soit permis, en terminant, de leur
adresser un appel, pour qu'ils apportent en plus grand nombre un
concours actif  nos tudes d'observation et  nos efforts pour en tirer
de solides consquences.




NOTES

[1: M. Alexandre Bertrand, directeur du Muse de Saint-Germain.]

[2: _Revue des Questions historiques_, avril 1875.]

[3: Ds 1877, la premire dition tait puise.]

[4: Sauf l'ordre respectif des deux premiers; mais cette anomalie
apparente rsulte des questions d'ensemble traites dans le premier et
qui en font une sorte d'introduction  tout l'ouvrage.]

[5: Forme grecque du nom des _Galli_.]

[6: _De la valeur des expressions_ [Grec: Keltoi] _et_ [Grec: Galatai],
_dans Polybe_, p. 10-20.]

[7: Voyez _Arch. celt. et gaul._, p. 288, 298, 332-3, 393-4.]

[8: Ibid., p. 414, 417.]

[9: Ibid., p. 418.]

[10: Ibid., p. 407-12.]

[11: _De la valeur des expressions_, etc., p. 21-3; cf. _Arch. celt. et
gaul._, p. 396-7.]

[12: _De la valeur des expressions_, etc., p. 24-8.]

[13: Ibid., p. 23.]

[14: Strabon, V, 1 (t. I, p. 342, 349-50 de l'dition Tauchnitz); cf.
Scylax, cit par Kaempf, _Umbricorum specimen_, p. 30.]

[15: Pages 267-71.]

[16: Je dis _plus_ ou _moins_ nationale, parce que l'auteur fait
observer plus loin (p. 401-2) que _toutes_ les monnaies gauloises sont
de grossires imitations de types connus, grecs ou romains. C'est ce que
M. Charles Lenormant avait dj signal, du moins pour certaines d'entre
elles.]

[17: Tumulus de Monceau-Laurent, de la Vie-de-Bagneux, de la
Combe-Bernard, de la Combe--la-Boiteuse. Le tumulus du bois de Langres,
prcdemment fouill, est dans le mme dpartement.]

[18: _Arch. celt. et gaul._, p. 283; cf. 284.]

[19: Ibid., p. 418-9.]

[20: Ibid., p. 286, 288-9.]

[21: Ibid., p. 390-91.]

[22: Ibid., p. 291-2.]

[23: Ibid., p. 293-7.]

[24: Ibid., p. 398-301, 304-5.]

[25: Ibid., p. 369, cf. 332.--La Marne est en dehors des premires
limites de l'occupation galate.]

[26: Ibid., p. 381.]

[27: Ibid., p. 382.]

[28: Ibid., p. 381.]

[29: L'introduction de l'usage du fer dans les pays scandinaves ne
remontant qu' l're chrtienne ou environ, nous n'avons pas  nous en
occuper ici.]

[30: Pages 296-7.]

[31: C'est--dire les dbris de la civilisation des tribus ou des
familles qui vivaient dans des habitations leves sur des pilotis
plongeant dans l'eau de ces lacs,  peu de distance de la rive.]

[32: _Congrs de Paris_, p. 307.]

[33: Ibid., p. 305-6.]

[34: Le comte Gozzadini la considre comme un cimetire, et M. l'abb
Chierici comme une ville; le comte Conestabile hsite entre les deux
opinions, faisant observer qu'on y a trouv des traces d'inhumation,
mais en nombre fort restreint.--Voyez _Congrs de Bologne_, p. 260-2,
278-80, 281-7.]

[35: _Congrs de Bologne_, p. 250-1, 253, 258.]

[36: Ibid., p. 253.]

[37: _Arch. celt. et gaul._, p. 359, 362-3; cf. Conestabile, _Rapport au
Congrs de Bologne_, p. 250.]

[38: _Congrs de Bologne_, p. 249.]

[39: _Arch. celt. et gaul._, p. 363.]

[40: Ibid., p. 360 et 364-5; cf. _Congrs de Bologne_, p. 255.]

[41: _Congrs de Bologne_, p. 245.--Nous reviendrons plus loin sur
l'importance de cette station.]

[42: Page 198.]

[43: _Arch. celt. et gaul._, p. 335; cf. note de la page 275.]

[44: Ibid., p. 334-5, 340.]

[45: Ibid., p. 335-6.]

[46: Ibid., p. 338 et 351.]

[47: Ibid., p. 339 et 351.]

[48: Ibid., p. 335; cf. 350.]

[49: _Journal des Savants_, mars 1829 (o l'auteur ttonnait encore),
avril 1830, mars et mai 1834, juin 1836, Juin 1841, mai, juillet et
septembre 1843, octobre 1844.--Voyez aussi Longprier, _Journal
Asiatique_ d'octobre-novembre 1855, sur l'art de l'Asie occidentale, et
surtout la deuxime partie de l'article de M. de Vogu, dans le mme
recueil, aot 1867. N'oublions pas non plus le type tout asiatique de
l'homme combattant un monstre debout, signal  Marzabotto, _Congrs de
Bologne_, p. 252.]

[50: Voyez Ch. Lenormant, _Introduction  l'tude des vases peints_,
pages 60-63.]

[51: _Congrs de Bologne_, p. 244.]

[52: _Arch. celt. et gaul._, p. 339, 351; cf. 229.]

[53: Ibid., p. 342.]

[54: Ibid., p. 364-5.]

[55: Desor, _Discussion au Congrs de Bologne_, p. 278 des Mmoires du
Congrs.]

[56: _Rapport au Congrs de Bologne, ibid_., p. 246-7.]

[57: Ibid., p. 244]

[58: Ibid., p. 251]

[59: Desor, _Rapport au Congrs de Bologne, ibid._, p. 251.]

[60: Conestabile, _Rapp. au Cong. de Bologne_, p. 264 des Mm. du
Congrs.]

[61: Ibid., p. 267.]

[62: Ibid., p. 264-5; cf. p. 265, 268-72.]

[63: Ibid., p. 266; cf. 268.]

[64: Ibid., p. 267.]

[65: Ibid., p. 265.]

[66: Ibid., p. 272-4 du Congrs.]

[67: Ibid., p. 190 et 274-5.]

[68: Ibid., p.275.]

[69: Ibid., p. 275-6.]

[70: La charrue  soc d'_airain_, servant  tracer l'enceinte sacre des
villes (Plut., _Quest. rom._, 27); cf. Varron, _De lingua lat._, V, 143,
et Tite-Live, I, 50-1; II, 14); usage d'un instrument de _pierre_, dans
les rites des fciaux (T.-L., I, 24); horreur du fer, dans ceux des
frres Arvales (Marini, _Gli atti e monumenti de' fratelli Arvali_,
proemio, p. XXXI-II, et Tav. XXIII, XXXII, XXXIX, XLIII.]

[71: Dans les pomes homriques, le fer est connu, mais fort rarement
employ: le bronze le remplace, mme  la guerre. Ces pomes portent
d'ailleurs, dans leur contexte, des preuves d'une tradition
scrupuleusement conserve; et, si l'on rapportait au temps de leur
rdaction l'tat de choses qu'ils reprsentent, on ferait descendre
_bien plus bas_ encore que le XIIe sicle l'ge du bronze parmi les
Grecs. Sur l'antiquit du dpt de Villanova (Xe sicle), la valeur
artistique et industrielle de ses bronzes et la transition  l'ge de
fer, on peut lire, dans _Les Matriaux pour l'Histoire de l'Homme_, 1876
(p. 321-339), l'analyse d'un ouvrage de M. Gozzadini.]

[72: _Arch. celt. et gaul._, p. 231-5, 241.]

[73: Ibid., p. 242-4.]

[74: Ibid., p. 245.]

[75: Ibid., p. 246.]

[76: Ibid., p. 232-5.]

[77: Ibid., p. 236-8.]

[78: Ibid., p. 209; cf. 220.]

[79: _Les Perses_, vers 850-5.]

[80: Livre V, ch. 16.--Cit par M. Weil dans son dition d'_Eschyle_.]

[81: _Les Palafittes ou Constructions lacustres du lac de Neuchtel_, p.
79-80, 86-7, 105, 127.]

[82: Ibid., p. 81-4.--M. Gozzadini dit au sujet des _mors_ italiques:
En gnral, plus l'ornementation des montants est ouvrage, plus les
mors sont anciens. (_Matriaux_, etc., 1876, p. 334.)]

[83: Ibid., p. 85 et 98-9.]

[84: Ibid., p. 93-4.]

[85: _Congrs de Bologne_, p. 215.]

[86: _Les Palafittes_, etc., p. 99-100.]

[87: _Congrs de Bologne_, p. 356.]

[88: _Congrs de Paris_, p. 292-3.]

[89: Ibid., p. 293.]

[90: Ibid., p. 295, note.]

[91: M. Desor est revenu brivement, mais nettement, sur cette question
au Congrs de Bruxelles, p. 506-9. Je n'ai malheureusement pu consulter
son rcent ouvrage, intitul: _Le bel ge du Bronze_.]

[92: _Congrs de Bologne_, p. 343-4.]

[93: Ibid., p. 345; cf. 352.]

[94: Ibid., p. 345-6.]

[95: Ibid., p. 346.]

[96: On appelle Terramares, dit M. Desor (_Palafittes_, etc, p. 116),
de petites collines... sur les flancs desquelles on exploite une terre
ammoniacale mle de cendres, appele _terra mara_, qui sert d'engrais
pour les prs. Les dpts qu'on y trouve, avec des pilotis supportant
des planchers, comme dans les stations lacustres, sont gnralement de
l'ge du bronze.--Voy. aussi _Congrs de Bologne_, p. 178-80, 197,
284-6.]

[97: _Congrs de Bologne_, p. 348-50.]

[98: L'ambre jaune venait de la mer Baltique; mais on a reconnu des
gisements d'ambre roussaire et rouge dans des contres plus voisines ou
plus accessibles de celle-l, en Sicile, dans le Liban et mme dans le
Bolonais. Voyez les comptes-rendus du Congrs de Bude dans les
_Matriaux pour l'Histoire de l'Homme_, nov. 1876 (p. 465-6; cf.
541-2).]

[99: On a signal (_ibid_., p. 445) la dcouverte rcente, auprs de
Massa, d'un filon de cassitrite exploit par les trusques, mais sans
indication de l'poque  laquelle cette exploitation serait attribue.]

[100: Voyez Chantre, _ubi supra_, p. 348-50.]

[101: Ibid., p. 350-4.]

[102: _Arch. celt. et gaul._, p. 207.]

[103: Ibid., p. 209-10.]

[104: Ibid., p. 208.]

[105: Ibid., p. 210-11.]

[106: _Congrs de Bruxelles_, p. 507.]

[107: Desor, _Les Palafittes_, etc., p. 55-7, 118-9; cf. 62-3, 72-3.]

[108: _Habitations lacustres du lac du Bourget_, dans les _Mmoires de
la Socit Franaise de Numismatique et d'Archologie_, p. 14 du _tir 
part_.]

[109: _Ibid_., p. 21.]

[110: Ibid., p. 22 du _tir  part_.]

[111: _Ibid_., p. 21.]

[112: _Ibid_., p. 9-10.--Il en est de mme pour la cramique du lac de
Neuchtel. Voyez Desor, p. 30-4.]

[113: Voyez _Arch. celt. et gaul_., p. 215-36.--M. Gozzadini considre
les mors de Moeringen et de Vandrevanges comme une imitation relativement
tardive de ceux de la Haute-Italie ou de l'trurie. (Voy. dans les
_Matriaux_, etc., aot 1876, l'analyse faite par M. Flouest de
l'ouvrage du savant italien sur _Quelques mors de cheval italiques_.)]

[114: _Ibid_., p. 198, 223.]

[115: _Congrs de Bruxelles_, p. 506.]

[116: _Das Grabfeld von Hallstatt_, von Dr Ed. von Sacken, mit xxvi
Tafeln (Wien 1866), p. 1.]

[117: Ibid., etc., p. 1.]

[118: Ibid., p. 3-5.]

[119: Ibid., p. 6-13, 128.]

[120: Ibid., p. 128.]

[121: Ibid., p. 128-9, 132.]

[122: Ibid., p. 129.]

[123: Ibid., p. 129, 132.]

[124: Ibid., p. 128.]

[125: V. _supra_,--et Al. Bertrand, _Arch. celt. et gaul._, p. 229.]

[126: Al. Bertrand, Ibid., p. 267, 340, 360.]

[127: Sauf pourtant la pointe d'un certain nombre, qui se termine
brusquement par un angle trs-ouvert.

De Sacken, _ubi supra_, p. 26.--Quelques-unes ont des lames de fer et
des poignes de bronze; le mme fait est signal en Hongrie.]

[128: Ibid., p. 129.]

[129: De Sacken, _ubi supra_, p. 35-6.]

[130: _Ibid_., p. 130-1.]

[131: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 130, 134.]

[132: _Ibid_., p. 190-1.]

[133: Voy. Strabon, l. VII, cit par M. Conzen (_die Wanderungen der
Kelten_), p. 60-1. Cf. Pline et Ptolme, _ibid_. Voy. aussi de Sacken,
p. 146-9, et Al. Bertrand, p. 258-9, 294. Ce dernier insiste (p. 293,
295-6, 313-5, 324, 329) sur le caractre _galatique_ des antiquits de
Hallstatt. On a vu que je ne le nie pas; je nie seulement qu'il soit
exclusif.]

[134: Voy. dans la _Revue archologique_ (dc. 1873, p. 370, p. 8 du
_tir  part_) l'article intitul: _Note sur quelques bronzes trusques
de la Cisalpine_.]

[135: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 130; cf. 138.]

[136: Ibid., pl. VIII, IX, XI, XIV, XV, XVIII, XX-XXIV.]

[137: Ibid., pl. XI, XVIII.]

[138: Ibid., p. 130-1, 137-8.]

[139: Ibid., p. 132.]

[140: Ibid., p. 138-9.--Pour la Bohme, figures de bronze avec ornements
en plaqu, licornes coules et figure aile  l'anse, dans un tumulus
prs de Hraditscht. (Note 1 de la p. 139.)]

[141: Ibid., p. 142-3.]

[142: Cf. Micali, _Storia degli antichi popoli italiani_, monumenti,
tav. XVII, 6; XX, 10, 16.]

[143: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 143.]

[144: Ibid., p. 143.]

[145: _Revue arch._, juin 1873; article reproduit avec quelque
modification dans le choix des dtails ou des expressions, dans
l'_Archologie celtique et gauloise_, p. 309-22.]

[146: Voyez dans la _Revue archol., ubi supra_, les pl. XII, XIII, fig.
1 et 8, _Arch. celt. et gaul._, pl. VII, fig. 7, et _Das Grabfeld von
Hallstatt_, pl. XXII, fig. 2; le seau de Hallstatt a en plus (et M.
Bertrand ne l'a pas oubli) de petites figures d'oiseaux. Pour les seaux
_ ctes_, voyez fig. 1 de cette planche XXII et toutes les cistes
dessines dans la _Revue_.]

[147: V. _supra_, p. 50-1.]

[148: _Bulletino dell'Instituto di Correspond. Archeol._, 1875, p.
144-5.--Sur la correspondance des cistes  cordons avec la premire
poque de Villanova, voyez le mme Bulletin, p. 49, 50, 179, 181; cf.
212-4.]

[149: _Arch. celt. et gaul._, p. 320-1.]

[150: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 58.]

[151: Ibid., pl. XIII, 10-15; XIV, 1-17; XV, 1-7, 17.]

[152: Ibid., p. 60.]

[153: Ibid., p. 60.]

[154: _Arch. celt. et gaul._, p. 360-4.]

[155: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 115.]

[156: Ibid., p. 141-2.]

[157: _L'ge de bronze_, p. 90.]

[158: Ibid., p. 90.]

[159: Voy. _Matriaux pour l'histoire de l'homme_, 1875, fvrier, _sub
fine_.]

[160: Mme recueil, 1876, p. 445.]

[161: M. de Sacken (p. 134) parle d'un gisement d'tain aux environs de
Bordeaux; c'est peut-tre le mme que celui dont parlait M. de
Rougemont.]

[162: Sur l'existence de l'tain dans ce pays, connue au temps de
l'Empire romain, voy. Pline, XXXIV, 16, dans Pictet (_Les origines
indo-europennes_,  25); cf. de Sacken, p. 134; et de Rougemont, p.
88.]

[163: Ibid., de Rougemont; sauf pourtant  Massa (V. _supra_); mais
cette indication est vague et sans dsignation de temps.]

[164: Ibid., p. 114, les Caltes  l'embouchure de la Seine, les Santons
limitrophes des Lmovices, chez qui pouvaient avoir t ouvertes les
mines de la Creuse.]

[165: _Les premires civilisations_, I, p. 156.]

[166: Ibid., note de la page 148.--_Les Orig. indo-eur._,  25.]

[167: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 134.]

[168: Ibid., p. 133, 134.]

[169: Ibid., p. 133; cf. 141.]

[170: Ibid., p. 141-2.]

[171: Ibid., p. 142.]

[172: Ibid., p. 149-53; cf. 144.]

[173: Ibid., p. 144.]

[174: Ibid., p. 145.]

[175: Ibid., ibid.]

[176: _Ubi supra_, note de la p. 137.]

[177: Et spcialement dans la partie de la France qui a le moins prouv
le contact des Romains et des Germains.]

[178: _Ubi supra_, ibid.]

[179: V. Roget de Belloguet, _Ethnognie gauloise_, t. II, sect. III, 
22.]

[180: Avec le bactrien.]

[181: _Les Origines indo-europennes_,  388.]

[182: Remarquons, comme rserve d'un bon exemple, que M. de Sacken se
refuse (p. 137)  reconnatre des indices d'une religion solaire dans
les figures du cercle ou de la roue qui se retrouvent souvent dans
l'ornementation de l'ge du bronze. Ce sont, dit-il avec raison, des
formes si simples, qu'elles rsultent naturellement d'un caprice
instinctif du dcorateur.]

[183: _Arch. celt. et gaul._, p. 189-202.]

[184: Ibid., p. 203-214.]

[185: Ibid., p. 190.]

[186: Ibid., p. 191--Et aussi le Hanovre, o des bronzes trusques
pourraient tre venus par la Gaule.]

[187: Ibid., p. 101.]

[188: Ibid., p. 192.]

[189: Ibid., p. 189.--Voy. aussi les p. XX-XXIV de la prface du
volume.]

[190: Page XX.]

[191: Ibid., p. 192-3.]

[192: Les Tibarniens et les Moschiens des Grecs, dans le voisinage des
Chalybes. Voyez Hrodote, III, 94, et, pour la topographie, Strabon,
XII, 3. Le savant gographe, n lui-mme dans le Pont, place le peuple
tibarnien dans la rgion montagneuse qui domine la cte de Trbizonde,
et il dit que les monts Moschiques dominent la Colchide, c'est--dire
qu'il les identifie soit avec la chane du Kolova et du Perenga, soit
avec celle du Tholgom et de l'Arsian, un peu au Sud-Est, soit avec
toutes les deux ensemble. Mais la grande inscription historique de
Tglatphalasar Ier, vers le XIIe sicle avant notre re, traduite par M.
Oppert dans les _Annales de Philosophie chrtienne_ (mars et avril
1865), nous apprend que les Muskaya (Mosques) vivaient alors dans un
pays peu loign des sources du Tigre, probablement dans la Moxone des
Grecs, au Sud du lac de Van, pays auquel ils auraient laiss leur nom
avec une lgre mtathse. Il est  croire qu' cette poque ancienne
ils s'tendaient sur un pays assez tendu, puisque la Gense les indique
comme une des souches primitives de la population japhtique.]

[193: _Arch. celt. et gaul._, p. 194.]

[194: Ibid., p. 195.]

[195: _Das Grabfeld von Hallstatt_, p. 140.]

[196: _Arch. celt. et gaul._, p. 195.]

[197: Ibid., p. 196-9.]

[198: Ibid., p. 200.]

[199: Ibid., p. 201.--La ressemblance avec les types communs originaires
ne parat pas avoir subsist longtemps dans la Suisse actuelle. Si, en
effet, M. douard Flouest, analysant, dans les _Matriaux pour
l'histoire naturelle et primitive de l'homme_ (1875, p. 254), le _Bel
ge du bronze lacustre en Suisse_, de M. Desor, y signale des armes du
type primitif qui a prvalu en Europe pendant des sicles, il signale
aussi (p. 266-7) le dfaut _ordinaire_, quoique non universel, de
ressemblance entre les pes de ces dpts et celles qui se retrouvent
uniformment et en Autriche, et en Allemagne, et en Italie, et en
Danemark. La fabrication locale fut d'ailleurs restreinte, dans la
Suisse lacustre, aux objets les plus simples (p. 254); d'autres
paraissent  l'auteur appartenir aux types de Villanova et Golasecca.
Dans le fascicule prcdent, M. Montelius, exagrant peut-tre la pense
nonce plus haut, nous dit (Ibid., p. 333) que les antiquits de l'ge
du bronze trouves en Hongrie et dans les pays avoisinants _ressemblent
 un haut degr_  celles du _commencement de l'ge de bronze dans la
Scandinavie_, tandis que ce n'est pas le cas des antiquits provenant de
l'_Europe occidentale_.--Cf. 1876, p. 451.]

[200: T. I, p. 139-41; cf. 115.--Il mentionne la note de M. Bertrand
dans une note de la p. 157.]

[201: Voy. Fellenberg, cit par M. Desor (_ubi supra_, p. 72). M. de
Rougemont (_ubi supra_, p. 165) dit que la plus ancienne trace connue de
l'emploi du zinc en Grce remonte au VIe sicle; mais M. de Fellenberg
ne reporte qu'au IIIe, postrieurement  la mort d'Alexandre, le plus
ancien usage de la cadmie naturelle (alliage de cadmium avec l'oxyde de
zinc) pour la formation d'un compos du cuivre.]

[202: Pictet,  25.]

[203: Ibid.,  24.]

[204: _L'ge du bronze_, p. 86.]

[205: Ibid., p. 87; cf. 168 et 170-1.--L'auteur ajoute, un peu plus loin
(p. 176): La _route du Danube_ nous expliquerait comment, pendant l'ge
du bronze, l'art de rduire le mtal en lames au moyen de cylindres
tait  _la fois_ connu sur les rives de nos _lacs romands_ et en
Crime. Mais je n'ai pu retrouver ni dans Pictet, ni dans Boetticher
(_Arica_) ce que M. de Rougemont dit de l'tain: que son nom ibrien
(_osstke?_) s'est rpandu au loin.]

[206: T. I, p. 127-9.]

[207: M. de Mortillet (_Origine du bronze_, p. 6) fait observer que, si
le minerai d'tain existe dans la Saxe et la Bohme, c'est presque
toujours  l'tat de minerai de roche, dont l'exploitation tait alors
presque impossible, tandis que, dans le Cornouaille anglais, on le
rencontre souvent dsagrg dans des alluvions. Il est compltement
favorable  l'origine asiatique des plus vieux bronzes de nos contres
et va jusqu' reporter dans l'Inde le centre de cette exploitation,
faisant observer que les poignes indiennes et certaines antiquits
bouddhistes sont les seuls similaires orientaux des petites poignes de
l'ge du bronze et d'instruments  anneaux mobiles trouvs dans des
stations lacustres de la Suisse et de la Savoie (p. 8-9, 12-15).]

[208: _Arch. celt. et gaul._, p. 209-11.]

[209: On ne trouve pas de fer dans la partie infrieure des Terramares
(Ibid., 210); mais on ne peut tirer d'un si petit nombre de faits
ngatifs une conclusion gnrale.]

[210: Ibid., p. 211-12.]

[211: Page XXIII-IV de l'_Arch. celt. et gaul_.]

[212: Nous examinerons ce dernier point dans l'Appendice.]

[213: _Arch. celt. et gaul._, p. 82-131.]

[214: Ibid., note des pages 82-3.]

[215: Ibid., p. 132-64.]

[216: Ibid., p. 175-81.]

[217: Ibid., p. 84.]

[218: Ibid., p. 85.]

[219:  la p. 107.]

[220: Les corps placs sous les dolmens n'taient pas brls.--_Ibid_.]

[221: _Arch. celt. et gaul._, p. 85 et 109.]

[222: Ibid., p, 86.]

[223: Ibid., p. 88.]

[224: Voy. le paragraphe suivant.]

[225: Voyez la pl. IV du volume de M. Bertrand.]

[226: Ibid., et _Congrs de Paris_, p. 170-9.--Ceux que j'ai nomms, car
il y a peu de dolmens dans le Cantal.]

[227: _Congrs de Paris_, p. 185-90.]

[228: Ibid., p. 192.]

[229: _Congrs de Norwich_, p. 354.]

[230: Je ne sache pas qu'on en ait jamais lev aucune.--Voyez
d'ailleurs la prsence d'armes de bronze et de silex signale, dans
quelques dolmens du mme pays, par M. Lalanne (_Matriaux_, etc., 1875,
p. 375-6). Cependant l'auteur de la note ne dit pas expressment
qu'elles soient mles dans les mmes spultures.]

[231: Ibid., ibid.]

[232: Dans la _Revue archol_., mars, avril et mai 1877.]

[233: Kerviler, _Revue archol._, mars 1877,  I].

[234: Kerviler, _Revue archol._, mai 1877.]

[235: Mars 1877.]

[236: Plus d'autres manches trouvs sans leur douille.--Voy. aussi la
note 239 ci-dessous.]

[237: Avril 1877.]

[238: Ibid.]

[239: _Revue archol._, mai 1877.--M. Kerviler a trouv depuis, dans les
travaux de Saint-Nazaire, un _celt_ emmanch dans une douille en bois de
cerf, dont le creusement ne s'explique pas sans l'emploi d'un instrument
de mtal. Il a t trouv dans une couche _suprieure_ de prs d'un
mtre  une autre o a t dcouverte une petite pe de bronze. (_Rev.
arch_., mars 1878.)]

[240: Il est possible et mme probable que les objets en silex trouvs
dans ce cimetire (except ceux de la chambre funraire mgalithique)
aient eu une destination superstitieuse. (Voy. _Matriaux_, etc., 1875,
p. 108-10, 221-3; cf. 291, et 1876, p. 158.) Mais la persistance de ces
dpts, avec le maintien du choix de la matire communment employe
quand la coutume s'en tablit, peut faire hsiter, dans d'autres
stations, sur l'antiquit relle de ces objets, surtout quand ils sont
trop petits pour avoir eu un emploi dans la vie domestique.--Il y a
aussi,  Caranda, quelques dbris des temps gaulois et gallo-romains.
(Voy. _Le Cimetire de Caranda_, par M. Millescamps, 1875.) L'auteur
cite d'ailleurs d'autres ncropoles des temps mrovingiens o des faits
semblables ont t signals.]

[241: Voy. Al. Bertrand, _Arch. celt. et gaul_., prface, p. XII et
XIII.--Voyez, sur ces derniers faits, les dtails tendus et prcis que
donnent M. Troyon dans la _Revue archologique_ de janvier 1860,
touchant la station lacustre de Concise, et M. Desor (_Palafittes du lac
de Neuchtel_, ge de la pierre, p. 24-5).]

[242: _Arch. celt. et gaul_., prface, p. XII-XIV.]

[243: Il doit y avoir deux ou trois fautes d'impression dans
l'numration de la p. 91; voyez la rectification implicite de la p.
108.]

[244: _Arch. celt. et gaul_., p. 92, 108.]

[245: Ibid., p. 97-8, 103.]

[246: Ibid., p. 85, 103.]

[247: Ibid., p. 109.]

[248: Ibid., p. 107-8.]

[249: Ibid., p. 116-21.]

[250: Ibid., p. 123-7.]

[251: Ibid., p. 148-64.]

[252: Terme classique qui ne dsignait rien autre chose que le sjour
dans le Nord de l'Europe.]

[253: _Arch. celt. et gaul._, p. 128.]

[254: Ibid., p. 248-64.]

[255: _Les Monuments mgalithiques de tous pays_, p. XXII-XXXII.]

[256: Ainsi qu'il rsulte de l'identit de plusieurs noms de tribus.]

[257: _Les Monum. mgalith._, p. 129, et 337-8, 341.--On trouve pourtant
quelques dolmens dans la partie montagneuse du Luxembourg, mais ils
peuvent appartenir  une autre race. (Ibid.)]

[258: _Les Monum. mgalith._, p. 338; cf. 317, 333-7, 358.]

[259: Note de la p. 347.]

[260: _Les Monum. mgalith._, p. 388-9.]

[261: Ibid., p. 392.]

[262: Ibid., p. 363.]

[263: Ibid., p. 353.]

[264: Ibid., p. 355.]

[265: Ibid., p. 355-6.]

[266: Ibid., p. 356.]

[267: Ibid., p. 352-4.]

[268: Ibid., p. 379, 381.]

[269: Ibid., p. 388.]

[270: Ibid., p. 345-7.]

[271: Ibid., p. 174, 403.]

[272: Ibid., p. 402-4.]

[273: Ibid., p. 348.]

[274: Ibid., p. 240, 243-5, 246.]

[275: Ibid., p. 187, note.]

[276: Ibid., p. 208.]

[277: Ibid., p. 209.]

[278: V. supra, chap. II.]

[279: Voyez, dans la _Revue archologique_, avril, mai, juin, juillet
1867, les articles de MM. d'Artois de Jubainville et Adolphe
Pictet.--Voyez aussi les pages 1-7, 9, 16-18 de l'article sur les
Ligures, insr par M. Alfred Maury en tte du trente-cinquime
fascicule de la _Bibliothque de l'cole des hautes tudes_ (1878).]

[280: _Les Monum. mgalith._, p. 129-30, 134-5, 153-4, 159-61, 173,
253-4, 287.]

[281: Voyez Rosenzweig, _Notice sur les monuments funraires du
Morbihan_, p. 3 et 6, o l'on voit l'incinration introduite en Bretagne
et la prsence d'lments gallo-romains sous plusieurs dolmens.]

[282: Voy. _Congrs de Norwich_, p. 194-99, 304-15; _Arch. celt. et
gaul_., p. 148-164; _Les Monum. mgalith._, p. 417-434.]

[283: _Arch. celt. et gaul_., p. 133-4; _Les Monum. mgalith._, p.
462-479.]

[284: Ibid., p. 125-6; ibid., p. 480, 489-90, 493-96, 499.]

[285: Cf. Michel de Rossi, _Congrs de Bologne_, p. 450, 459-60, et
_Arch. celt. et gaul._, p. 175-81.]

[286: Voy. supra.]

[287: _Congrs de Norwich_., p. 30-83; _Arch. celt. et gaul._, p.
150-51; _Les Monum. mgalith._, p. 55-58, 69-125, 134-9, 165-72, 189-90,
422-4.]

[288: _Arch. celt. et gaul._, p. 150-53.]

[289: _Les Monum. mgalith._, p. 337-8; cf. 315.]

[290: _Arch. celt. et gaul._, p. 71-73.]

[291: Si ce n'est peut-tre  Caranda; mais l le mlange s'tend  des
objets de fabrication manifestement mrovingienne, et s'est le cas de
dire que qui prouve trop ne prouve rien. Il faudrait avant tout savoir
au juste comment les objets taient rpartis entre les spultures et les
couches de terrain.]

[292: _Ubi supra_, p. 63-71.]

[293: Sauf deux monuments irlandais, peut-tre des temps chrtiens.
(_Les Monum. mgalith._ p. 220, 224.)]

[294: Je dis de l'ge du renne et non de l'existence du renne, car il
parat qu'il en est demeur trs-longtemps quelques individus sons nos
climats.]

[295: Voyez ce que dit sur ce point M. l'abb Hamard, aux pages
xxxvi-viii de la prface de sa traduction de Fergusson.--Ces
observations permettent d'expliquer la perfection de certains
instruments de pierre polie: c'est qu'on s'est apparemment servi
d'outils de mtal pour les faonner.]

[296: _Arch. celt. et gaul._, p. 31-33.--Cependant, M. de Morlillet
(_Matriaux_, etc., 1876, p. 526) signale un fait en sens contraire
appartenant  notre temps, en ce qui concerne l'Engadine, et constate,
que les ossements des deux espces ont t trouvs ensemble dans des
cavernes.]

[297: _Gisement du Mont-Dol_, p. 74.]

[298: Cf. _id_., p. 73; et _Gol. et Rvl._, p. 75-76, 415.]






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l'archlogie dite prhistorique, spcialement en ce qui concerne la race celtique (1879), by Flix Robiou

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     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
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     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
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is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at https://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit https://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     https://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
