Project Gutenberg's Posies choisies de Andr Chnier, by Andr Chnier

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Title: Posies choisies de Andr Chnier

Author: Andr Chnier

Editor: Jules Derocquigny

Release Date: March 2, 2006 [EBook #17899]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POSIES CHOISIES DE ANDR CHNIER ***




Produced by Charles Aldarondo, Renald Levesque and the
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                     OXFORD HIGHER FRENCH SERIES
                      EDITED BY LEON DELBOS, M.A.


                          POSIES CHOISIES
                                 DE
                            ANDR CHNIER



                             EDITED BY
                         JULES DEROCQUIGNY
            PROFESSEUR ADJOINT A LA FACULT DES LETTRES DE LILLE

                              OXFORD
                      AT THE CLARENDON PRESS
                               1907



                        HENRY FROWDE, M.A.
               PUBLISHER TO THE UNIVERSITY OF OXFORD
                        LONDON, EDINBURGH
                      NEW YORK, AND TORONTO

                           H.F. XVII




                           GENERAL PREFACE


Encouraged by the favourable reception accorded to the 'Oxford Modern
French Series,' the Delegates of the Clarendon Press determined, some
time since, to issue a 'Higher Series' of French works intended for
Upper Forms of Public Schools and for University and Private Students,
and have entrusted me with the task of selecting and editing the various
volumes that will be issued in due course.

The titles of the works selected will at once make it clear that this
series is a new departure, and that an attempt is made to provide
annotated editions of books which have hitherto been obtainable only
in the original French texts. That Madame de Stal, Madame de Girardin,
Daniel Stern, Victor Hugo, Lamartine, Flaubert, Gautier are among the
authors whose works have been selected will leave no doubt as to the
literary excellence of the texts included in this series.

Works of such quality, intended only for advanced scholars, could not be
annotated in the way hitherto usual, since those for whom they have been
prepared are familiar with many things and many events of which younger
students have no knowledge. Geographical and mythological notes have
therefore been generally omitted, as also historical events either too
well known to require elucidation or easily found in the ordinary books
of reference.

By such omissions a considerable amount of space has been saved which
has allowed of the extension of the texts, and of their equipment with
notes less elementary than usual, and at the same time brighter and
more interesting, whilst great care has been taken to adapt them to the
special character of each volume.

The Introductions are also a novel feature of the present series.
Originally they were to be exclusively written in English, but as it
was desired that they should be as characteristic as possible, and not
merely extracted from reference books, but real studies of the various
authors and their works, it was decided that the editors should write
them in their own native language.

Whenever it has been possible each volume has been adorned with a
portrait of the author at the time he wrote his book.

In conclusion I wish to repeat here what I have said in the General
Preface to the 'Oxford Modern French Series,' that 'those who speak a
modern language best invariably possess a good literary knowledge of
it.' This has been endorsed by the best teachers in this and other
countries, and is a generally admitted fact. The present series by
providing works of high literary merit will certainly facilitate the
acquisition of the French language--a tongue which perhaps more than any
other offers a variety of literary specimens which, for beauty of style,
depth of sentiment, accuracy and neatness of expression, may be equalled
but not surpassed.

LEON DELBOS.
OXFORD, _December_, 1905.




                            INTRODUCTION

                                 I


C'est  Galata, faubourg de Constantinople, et d'une mre grecque que
naissait, le 30 octobre 1762, celui qui devait tre surtout connu et
aim comme pote grec en franais. Il est vrai qu'il ne vit jamais la
Grce et qu'il quitta Galata ds l'ge de deux ans et demi. Cependant
ces circonstances de son origine et de son lieu de naissance ont leur
importance, ne ft-ce que celle qu'il y attachait lui-mme. Il a, en
effet, aim  les rappeler. 'Salut,' s'crie-t-il lorsqu'il pense tre 
la veille d'aller visiter la Grce.

  'Salut, Thrace ma mre et la mre d'Orphe,
  Galata, que mes yeux dsiraient ds longtemps;
  Car c'est l qu'une Grecque, en son jeune printemps,
  Belle, au lit d'un poux nourrisson de la France,
  Me fit natre Franais dans les murs de Byzance.'

Et l'on peut se demander si, parce qu'il se sentait dans les veines
du sang hellne et que le hasard l'avait fait natre 'dans les murs de
Byzance,' il ne s'est pas cru dsign particulirement pour ressusciter
l'hellnisme. Il convient d'ailleurs de reconnatre tout de suite que
cette suggestion pouvait lui venir d'un autre ct. Il vivait en effet
au milieu d'un mouvement puissant de retour  l'antique.

'avait t d'abord le comte de Caylus qui, entre 1753 et 1767, avait
publi les sept volumes de son _Histoire de l'Art_. En mme temps, entre
1757 et 1766, on traduisait en franais les travaux de Winckelmann sur
les fouilles d'Herculanum et son _Histoire de l'Art ancien_. L'_Essai_
de R. Wood sur le gnie original d'Homre et sur ses crits, paru 
Londres en 1775, fut ensuite presque aussitt traduit. Entre 1772
et 1776 paraissaient  Strasbourg les trois volumes de Brunck,
les _Analecta veterum poetarum graecorum_, anthologie des potes
alexandrins. Ds 1757 l'abb Barthlemy travaille  son _Voyage du jeune
Anacharsis en Grce_, o, s'inspirant des rcentes dcouvertes et les
fondant, il s'attache  voquer,  faire vivre comme des cratures de
chair et de sang, les Athniens d'autrefois, jusque-l demeurs un peu
trop  l'tat d'ides abstraites. Un voyageur, Guys, publiera, ds
avant 1789, le premier volume de son _Voyage littraire de la Grce_ ou
_Lettres sur les Grecs anciens et modernes, avec un parallle de leurs
moeurs_. L'antiquit dborde du domaine des archologues et des rudits.
La peinture se fait grecque avec David; grecques deviennent et la
dcoration des appartements et la toilette des femmes. Tout, au moins,
s'unissait pour pousser Andr Chnier vers l'hellnisme.

Est-on en droit d'attribuer  l'origine d'Andr Chnier une influence
plus profonde? Faut-il crire, avec M. Faguet, que le sang oriental qui
coulait dans ses veines peut expliquer cette fougue, cette vhmence en
amour du pote lgiaque, s'il est vrai que ces traits sont peu communs
dans le temprament franais, si encore Andr Chnier n'a pas pris cette
fougue et cette vhmence dans ses modles grecs et latins, chez Sapho
et chez Catulle? Ce sont l problmes obscurs. Il faut se contenter de
les poser sans prsumer de les rsoudre.

Quoiqu'il en soit, cette mre grecque,--elle s'appelait lisabeth
Santi Lomaca, et Louis Chnier, consul de France, l'avait pouse 
Constantinople en 1755--c'est  ct d'elle seule que l'enfant Andr
grandit, puisque son pre, rentr  Paris en 1765, repartait ds 1767
pour un sjour de dix-sept ans  Sal, au Maroc, o il tait consul
gnral. Elle dut d'ailleurs tre trs Parisienne. Femme intelligente et
mondaine, elle avait un salon trs frquent. Artistes et littrateurs y
taient assidus, et Andr connut l les peintres Cazes, Mme Vige Lebrun
et David--et Andr s'essaiera  peindre; Florian, Mencievicz, Alfieri,
avec qui il aura commerce de vers ou de lettres; Brunck,  l'anthologie
de qui il doit tant; l'abb Barthlmy; Guys, qui insra dans son
ouvrage sur la Grce deux lettres de Mme Chnier sur les enterrements et
sur les danses en Grce, parues d'abord dans le _Mercure de France_; Le
Brun enfin, Le Brun-Pindare, dont l'influence sur son futur mule n'est
malheureusement que trop palpable.

On ne sait o Andr Chnier fit ses premires tudes. On sait seulement
que, tout enfant, il fit de longs sjours dans le Languedoc, chez une
tante maternelle. Des notes de lui nous le montrent pieux--il sera
plus tard athe 'avec dlices'--et recevant une impression profonde de
certain paysage de montagne.

Vers 1773, c'est--dire vers l'ge de quinze ans, il est au collge de
Navarre, o il fait de brillantes tudes, obtenant un premier prix de
discours franais au concours gnral en 1778, o, de plus, il forma
d'ardentes et solides amitis, plus tard inspiratrices de mles vers,
avec Abel de Malartic, les frres de Pange et les frres Trudaine.

Ds le collge il dut savoir par coeur les plus beaux passages des
auteurs anciens. Dj il rimait, et ses premiers vers, imits de
l'_Iliade_, sont, par leurs enjambements, par une certaine hardiesse de
langue, dj caractristiques de sa manire:

  Faible,  peine allum, le flambeau de ses jours
  S'teint: dompt d'Ajax, le guerrier sans secours
  Tombe, un sommeil de fer accable sa paupire;
  Et son corps palpitant roule sur la poussire.

En 1781 (on ne sait s'il quitta le collge en 1780 ou 1781) il avait
commenc  couvrir de commentaires les marges de son Malherbe. En 1782
une note d'une lgie date du 23 avril 1782 nous le montre ayant dj
adopt sa manire d'imiter l'antiquit. Il dclare en effet que le fond
de son lgie est d  Properce: 'mais, ajoute-t-il, je ne me suis point
asservi  le copier. Je l'ai souvent abandonn pour y mler, selon ma
coutume, tout ce qui me tombait sous la main, des morceaux de Virgile,
et d'Horace et d'Ovide--Et quels vers! (s'crie-t-il, en citant Virgile)
et comment ose-t-on en faire aprs ceux-l!'

Il lui fallut penser  une profession. De ses trois frres, l'an,
Constantin, tait entr dans les consulats. Comme ses deux autres
frres, Sauveur et Marie-Joseph, on le fit entrer, lui, dans l'arme.
Il partit donc en 1783 pour Strasbourg en qualit de cadet-gentilhomme
attach  un rgiment d'infanterie, le rgiment d'Angoumois. Au bout
de six mois il abandonnait le service. A Strasbourg un commun amour des
lettres l'avait rapproch du marquis de Brazais, capitaine au rgiment
de Dauphin-Cavalerie,  qui il adressa une de ses premires productions,
l'_ptre sur l'Amiti_ (p. 78). Revenu  Paris, souffrant dj d'un
mal qui lui arrachera des plaintes frquentes (p. 61, l. 19--p. 66. ll.
33-4), la gravelle, trs affect mme (p. 51, III, p. 65, XI), il saisit
avec joie une offre qui vient l'arracher  lui-mme, l'offre que lui
font ses amis les Trudaine de l'emmener faire un voyage de deux annes.
Il dit en effet dans ses adieux aux frres de Pange:

  Si je vis, le soleil aura pass deux fois
  Dans les douze palais o rsident les mois,
  D'une double moisson la grange sera pleine
  Avant que dans vos bras la voile me ramne

On devait visiter la Suisse, l'Italie et la Grce, Andr vit la Suisse.
Il fit un long sjour  Rome. Sinon la Rome chrtienne, du moins la
Rome antique l'merveilla. Les Romaines, s'il avait prolong ce
sjour, auraient pu,  en croire ses vers (p. 72, XV), tout comme
les Parisiennes, lui inspirer des lgies amoureuses. Il pousse de l
jusqu' Naples, puis brusquement, souffrant sans doute, il interrompt
son voyage, sans aller voir la Grce, et reprend le chemin de Paris.

Ici se placent trois annes selon le coeur d'Andr Chnier, trois
annes de vie intense, faites d'alternatives de solitude studieuse et
de plaisirs. Ces trois annes, 1785, 1786, 1787, il les passe  Paris,
coupes de sjours  la campagne,  Montigny (p. 58, l. 16) chez les
Trudaine, ou  Maroeuil (p. 68, ll. 17-18) chez les de Pange. Il fait de
sa vie deux parts, l'une donne au travail, l'autre  la socit,  la
politique, aux plaisirs. Il se mle au milieu intellectuel de son temps.
Il est par consquent encyclopdiste et philosophe, il a le culte de la
raison; il est athe--et c'est l l'inspiration de son _Herms_ et de
son _Amrique_. Il mne--et c'est l, avec l'imitation des lgiaques
de l'antiquit, l'origine de ses lgies qui sont ses confessions
amoureuses--la vie dissipe et voluptueuse de cette socit licencieuse
et sceptique du XVIIIe sicle. Il fut des soupers joyeux de Grimod de la
Reynire. Il aima Glycre et autres beauts faciles. Il eut des amours
plus releves. Il aima Mme de Bonneuil, femme distingue originaire de
l'le Bourbon, et la chanta sous le nom de Camille. Il aima Mrs. Cosway,
Irlandaise ne sur les rives de l'Arno, musicienne et peintre, femme
d'un miniaturiste anglais, qu'il rencontra dans l'hiver de 1785-6 et
qui fut la belle D. R. des lgies. Il aima et il fut aim. Car, malgr
qu'il ft fort laid, avec sa tte norme, ses cheveux rares sur le
devant, son teint bilieux et olivtre, ses traits gros, ses yeux petits,
il avait de la vivacit dans le regard, bref, il tait 'rempli de
charmes.' C'est une femme, Mme Hocquart, qui nous le dit. Nous avons
aussi le rapport d'un homme, Lacretelle, qui le vit plus tard  la
tribune des Feuillants et fut frapp de l'impression de force qui se
dgageait de cette figure 'athltique.' La fougue que Lacretelle lui vit
 la tribune, Andr Chnier dut l'avoir en amour. Cela parat assez dans
ses lgies et, s'il s'y montre parfois sensuel et mignard, comme les
lgiaques de son temps, cette note domine, et, jointe aux retours de
mlancolie profonde o il songe  la mort, aux rveries potiques, aux
aspirations  la solitude studieuse et aux demandes de consolation 
l'amiti, marque ces pices, d'une criture d'ailleurs si prcise, comme
trs diffrentes des productions d'un Parny.

Et la mme ardeur que cet homme, vraiment homme, apportait au plaisir,
il l'apportait aussi  l'tude. A vrai dire on se demande si jamais
pote fut plus industrieux. Il lit dans toutes les directions et la
plume  la main--d'abord, peut-tre, pour le dsir de savoir et parce
que, tant bien de son temps, il avait l'me d'un encyclopdiste--tant
d'avis aussi que 'savoir lire et savoir penser' sont le 'prliminaire
indispensable de l'art d'crire,'--mais surtout pour faire provision de
matriaux  utiliser et parce que, en lisant, les ides lui venaient. Il
lit donc les _Analecta_ de Brunck, son livre de chevet; il lit Homre,
Hsiode, Platon, Aristophane, Callimaque, Thocrite, Mlagre, Catulle,
Lucrce, Virgile (Virgile est partout dans son oeuvre), Horace, Tibulle,
Properce, Tacite, Salluste, Cicron, le _Florilegium_ de Stobe,
Ptrarque, Sannazar, Rabelais, Montaigne, Ronsard, Malherbe, qu'il
commente et admire fort, Pascal, qu'il juge durement, Molire,
Corneille, Racine, qu'il cite souvent, Voltaire, qu'il aime peu et
n'estime gure, Montesquieu, J.-J. Rousseau, Raynal, Condorcet, Mably,
Buffon, Lebrun. Il lit Shakespeare dont il imite deux passages (p. 39,
XIX) et pour lequel son frre Marie-Joseph lui reprochera d'tre trop
indulgent, Milton ('le grand Milton,' 'grand aveugle dont l'me a su
voir tant de choses'), le _bon_ Suisse Gessner, comme il l'appelait, qui
lui suggre, entre autres choses, Pannychis (p. 31), et que parfois il
traduit (p. 43, XXVI), Richardson, dont il aime les douces hrones,
Clarisse et Clmentine (p. 57, ll. 67-72), Thomson (p. 44, XXX), Ossian
(p. 59, l. 55). Il lit la Bible, dont il tire un pome, _Suzanne_, et
qu'il imite parfois (p. 37, XVI). Il lit des auteurs chinois, notant
son regret que davantage ne soit point traduit de cette littrature.
Il crit des pages de prose qui le rvlent moraliste  la faon de La
Bruyre. Surtout, sous l'aiguillon de la lecture, il compose ses vers,
et, ce qu'il y a d'extraordinaire, il gardait tout en portefeuille,
nullement press de rien publier, se rservant de revoir tout,
d'amliorer tout, jamais prt  rien lire  ses amis (p. 60, l. 80; p.
85, ll. 64-9) dans ce petit cnacle littraire, prsid par Lebrun
et dont taient Brazais, les deux Trudaine, les deux de Pange, et son
frre, Marie-Joseph Chnier.

Ses oeuvres, toutes posthumes, sauf deux, o l'inachev coudoie
l'achev, nous admettent dans le secret de cet atelier. Nous y voyons
Andr Chnier, lecteur industrieux, butinant, faisant des extraits,
mettant en rserve mots, tournures, images, qu'il compte utiliser dans
un pome futur. Ce sont, par exemple, des canevas avec l'indication des
textes  imiter:

    'Il faut en faire une (une bucolique) sur les Tritriques, en
    Botie, et imiter d'une manire bien antique tout ce qu'il y a
    de bien dans le _Penthe_ d'Euripide, vers 13, etc.... ce qu'il
    chante, au choeur des femmes, au _thiasus_, pour l'exciter, vers
    55. Tout le choeur. Toute la scne du bouvier, vers 659. Voir la
    traduction des vers 693 et suivants, mls avec les vers 142 et
    suivants, dition de Brunck, etc.

Ce sont des vers ou des expressions  placer: 'en commencer une
(bucolique) par ces vers... en commencer ou en finir une ainsi...'

Dans une _Histoire de la Chine_ il rencontre deux pices traduites du
Chi-King, le livre des vers. Il se promet de faire entrer cela dans ses
_Bucoliques_. Le mme feuillet souvent nous offre un fragment d'lgie,
une note pour son _Herms_, une remarque philologique, quelques vers
indiquant un projet d'glogue, une citation de Tibulle, etc.

Ainsi il accumulait les matriaux que sa fin prmature ne lui a pas
laiss le temps d'exploiter, qu'il n'aurait sans doute pas utiliss tous
au cours d'une longue vie. Il l'a dit lui-mme (ptre II, v. 47-92), il
commenait cent choses  la fois. Sans compter les projets de 'quadri,'
dont on ne sait pas s'ils dsignaient un tableau qu'il aurait peint ou
une idylle.

Voil donc la vie, complte rellement, que mne Andr Chnier durant
ces annes de Paris. En 1787, c'est--dire alors qu'il a vingt-cinq ans,
il est probable que la plus grande partie de ses oeuvres potiques sont
dj excutes. C'est alors qu'il est nomm secrtaire d'ambassade 
Londres.

Il se rendit  son poste en dcembre 1787 (p. 74, XIX). Il se dplut
 Londres (p. 75, XX), soit qu'il se sentt humili dans une situation
dpendante (p. 68, XIII), soit que, peu muni d'argent, il ft rduit
 faire pauvre figure au milieu d'une socit aristocratique riche et
volontiers ddaigneuse, soit plutt que, comme jadis  Strasbourg, comme
peut-tre en Italie, il ft pris de la nostalgie de son Paris et de ses
habitudes faciles.

La littrature anglaise, malgr 'l'indulgence' que, selon Marie-Joseph,
il avait pour Shakespeare, ne parat pas lui avoir inspir grand
enthousiasme, peut-tre parce que, connaissant insuffisamment l'Anglais,
il lui tait assez difficile de l'apprcier. Il a mme sur les potes
anglais un jugement assez dur et fort injuste,  peine adouci par cette
concession malgracieuse que 'quelquefois, dans leurs crits nombreux'
ils sont 'dignes d'tre admirs par d'autres que par eux.' Sans doute,
remarque M. Faguet, Andr Chnier songeait-il  Young, trs en faveur 
cette poque, et on aime  le supposer avec lui.

Ce sjour  Londres de trois ou quatre ans (jusqu'au milieu de 1790 ou
l't de 1791) fut d'ailleurs, surtout vers la fin, coup de tant de
voyages  Paris, qu'Andr Chnier finit par tre plus souvent  Paris
qu' Londres.

Rentr  Paris, il y fait la connaissance de Mme Necker, de M. et Mme
de Montmorin, de Mme de Stal, toute jeune encore. Il s'occupe plus que
jamais de politique. Ds 1789 il fait partie de la _Socit Trudaine_,
cercle d'amis qui accueille la Rvolution avec transport et devient la
_Socit de 1789_, puis la _Socit des amis de la Constitution_. Il
entre dans la politique militante par son _Avis au peuple franais sur
ses vritables ennemis_ insr dans le _Journal de la Socit de 1789_,
le 28 aot 1790, pour lequel il reut du roi de Pologne une mdaille
accompagne d'une lettre flatteuse. En avril 1791 il publie une
brochure, _L'Esprit de parti_. Il crit _Le Jeu de Paume_, o il trace
 grands traits la naissance de l'Assemble nationale et un programme
politique, la premire oeuvre potique qu'il livre au public,
compose dans le got des odes pindariques de Lebrun, mythologique,
priphrastique et oratoire. Il crit vingt et un articles (de novembre
1791  juillet 1792) dans le _Journal de Paris_, rdig par les _Amis
de la Constitution_ ou _Feuillants_. Il publie, le 15 avril 1792, ses
premiers _ambes_, l'_Hymne sur l'entre triomphale des Suisses rvolts
du rgiment de Chteauvieux_ (p. 123), la deuxime et dernire oeuvre
potique qu'il ait jamais imprime.

Lors du procs de Louis XVI il crit pour le malheureux roi quatre
plaidoyers divers. Peu en sret  Paris, malade de corps et d'me,
aprs l'excution du roi, il se retire  Versailles. L, dans sa
retraite de la rue de Satory (n 69), il retourne sans doute  son
_Herms_, et, sous l'influence du sentiment tendre que lui inspire
Mme Lecoulteux (Fanny) qu'il voyait  'Luciennes,' c'est--dire
Louveciennes, chez sa mre, Mme Pourrat, il produit ses dernires
posies amoureuses et les plus pures, comme son _Ode  Versailles_ (p.
116; voir aussi p. 75, XXII) et les lgies  Fanny. C'est l aussi
qu'il crivit son _Ode  Charlotte Corday_ (p. 118), si diffrente
d'ailleurs d'inspiration et plus semblable  la posie officielle du
temps.

De retour chez son pre, rue de Clry,  l'automne de 1793, au plus fort
de la Terreur, il se trouve le 7 mars 1794  Auteuil, chez Mme Pastoret,
ne Piscatory, lorsque les commissaires chargs, en excution d'un ordre
du Comit de sret gnrale, d'arrter cette femme, se prsentent sans
la trouver et l'arrtent, lui, comme suspect. Il est men  Saint-Lazare
(la lettre d'crou est date du 9 mars), o il devait rester quatre
mois et treize jours. En prison il se trouve en compagnie de Roucher,
l'auteur des _Mois_, son collaborateur au _Journal de Paris_, de ses
amis les Trudaine, qui vinrent bientt l'y rejoindre, et du peintre
Suve, qui, le 29 messidor, fit le portrait du pote dans sa cellule.

C'est en prison qu'il crit l'_Ode  Marie-Joseph_, rang en politique
dans le camp adverse, cet adieu si triste qui sonne comme une rupture,
o il dit  ce frre:

                             ...mes amis, ma famille,
  Sont tous les opprims, ceux qui versent des pleurs.

C'est en prison qu'il compose ses _ambes_ vengeurs (pp. 124-7) et sa
touchante _Jeune Captive_ (p. 120), inspire par une de ses compagnes
d'infortune, la duchesse de Fleury, ne de Coigny.

Nous approchons maintenant du triste dnouement. Les prisons
regorgeant de monde, le Comit de sret gnrale dcouvre--ou
invente--la 'Conspiration des prisons,' vaste complot d'vasion. C'tait
l'occasion pour la justice d'tre expditive. Andr Chnier comparut
le 7 thermidor devant le tribunal rvolutionnaire avec vingt-six autres
victimes, dont Roucher. L'acte d'accusation--tellement tait grande
l'incurie de cette soi-disant justice--reprochait  Andr des faits
concernant son frre Sauveur, galement arrt et intern dans une autre
prison! Quand on se fut aperu de cette confusion, on ne prit mme pas
la peine de rayer de l'acte d'accusation d'Andr ce qui s'appliquait
 Sauveur. Andr Chnier fut condamn et excut le soir mme,  six
heures, sur la place du Trne[1]--et non sur la place de la Rvolution
comme A. de Vigny le dit par erreur dans son roman de _Stello_. Sa mort
prcda de vingt-quatre heures celle des frres Trudaine. Deux jours
plus tard Robespierre tombait et les excutions cessaient.

[Footnote 1: Pendant la Terreur cette place prit le nom de place du
Trne-Renvers, et elle fut le thtre de nombreuses excutions. On
l'appelle actuellement la place de la Nation.]




                                II [A]

L'oeuvre d'Andr Chnier resta inconnue jusqu'en 1819,  l'exclusion
de quelques pomes ou fragments de pomes publis successivement en
1794[2], 1801[3], 1802[4], 1814-16[5] et 1816[6].

En 1819 enfin, H. de Latouche[7],  qui Daunou, qui les tenait de
Marie-Joseph Chnier, mort en 1811, avait confi une partie des
manuscrits, donna la premire dition, forcment incomplte, infidle
mme, puisque l'diteur, qui tait lui-mme un pote, faisait  et l
des retouches, discrtes d'ailleurs, ainsi que des suppressions et des
coupures.

La critique de 1819 fut unanime  reconnatre en Chnier un pote. Elle
fut unanime aussi  reprocher  ce pote ses innovations en langue et en
versification.

Chnier a, selon Npomucne Lemercier[8], des 'incorrections sans
nombre.' Il supprime les articles et les liaisons grammaticales. Il
'dnature le sens des mots.' Il embarrasse sa phrase de 'trop d'incises'
et 'tourmente ses priodes.'

[Footnote A: The notes constitute a Bibliography in order of dates,
of which only those with reference numbers relate to the text of the
Introduction.]

[Footnote 2: LA JEUNE CAPTIVE, publie dans la _Dcade philosophique_ du
20 nivse, an iii (dcembre 1794).]

[Footnote 3: LA JEUNE TARENTINE, publie par le _Mercure de France_ du
1er germinal, an ix.]

[Footnote 4: ACCOURS, JEUNE CHROMIS... et SOUVENT LAS D'TRE SEUL...
dans le _Gnie du Christianisme_ de Chateaubriand, note 15 des
_claircissements_, 1802.]

[Footnote 5: FRAGMENTS DE L'AVEUGLE dans une note des _lgies_ de
Millevoye, 1814-16.]

[Footnote 6: FRAGMENTS DU MENDIANT dans _Mlanges littraires, composs
de morceaux indits de Diderot, Caylus, Thomas, Rivarol_, ANDR CHNIER,
par Fayolle, Paris, Pouplin, 1816.]

[Footnote 7: OEUVRES POTIQUES D'ANDR CHNIER, publies par H. de
Latouche. Paris, Beaudoin frres, Foulon et Cie, 1819. (A la fin du
volume Latouche donne MLANGES DE PROSE, articles publis du vivant de
l'auteur, et quelques morceaux et fragments posthumes.) (Rimpressions
en 1820 et 1822.)]

[Footnote 8: _Revue encyclopdique_, octobre 1819, compte rendu par
Npomucne Lemercier.]

Il fait une 'imitation outre des formules et des tours antiques.' Il
multiplie les csures et rompt ses vers par de brusques enjambements.
Et toute cette 'tmrit systmatique' vient de ce qu'il est 'agit
du dsir d'innover partout.' Il a d'ailleurs 'des beauts parses mais
clatantes,' des 'expressions trouves,' une 'tendance  traduire
les ides en figures,' enfin un 'abandon, un naturel exquis.' Dtail
caractristique, Lemercier admire la priphrase:

      Dans les douze palais o rsident les mois,

comme 'une lgante circonlocution.'

Incorrections de style et de construction, dplacement des csures,
voil les dfauts que dplore aussi Charles Loyson[9]. Son admiration va
aux lgies et aux idylles. C'est l seulement que l'on trouve ce que le
talent d'Andr 'a de beau, d'heureux et d'original,' c'est l seulement
qu'il se montre 'vrai, naturel et touchant.'

[Footnote 9: _Lyce Franais_, tome ii, 1819, quatre articles par
Charles Loyson.]

Les 'imperfections de style et la versification brise' frappent
galement Raynouard[10]. Andr Chnier 'dcline les participes
prsents.' Il 'donne aux adjectifs des rgimes inusits.' Il a des
mtaphores incohrentes. La csure de son vers est brise 'd'une manire
qui choque l'oreille et le got.' De ces coupes pourtant il a parfois
tir 'de trs saisissants effets,' mais il en fait une habitude presque
constante. Raynouard admire fort le _Jeune Malade_ et reconnat que
Chnier, qui 'a vis  l'originalit' dans le choix des sujets, dans le
style, dans la versification, a dploy 'une vritable originalit dans
l'idylle.'

[Footnote 10: _Journal des Savants_, article sur les oeuvres compltes
d'Andr Chnier par Raynouard, 1819.]

Style incorrect, parfois barbare, ides vagues et incohrentes, manie
de mutiler la phrase et de la tailler  la grecque, coupes bizarres,
prononce Victor Hugo[11]. 'Chacun de ces dfauts du pote, ajoute-t-il,
est peut-tre le germe d'un perfectionnement pour la posie.' Victor
Hugo voit dans l'oeuvre de Chnier une posie nouvelle. Il y trouve mme
fracheur d'ides, mme luxe d'images que dans Lamartine.

[Footnote 11: _Littrature et philosophie mles_, par Victor Hugo,
dition _ne varietur_, Hetzel-Quantin, 1882--t. i: _Sur Andr de
Chnier_ (1819); _Sur un pote apparu en 1820_--c'est--dire Lamartine
(1820).]

On voit donc que les premiers critiques d'Andr Chnier reconnaissent en
lui un novateur et que, mme, leurs habitudes sont vivement heurtes par
ses innovations.

En 1828--aprs une nouvelle dition[12], augmente de quelques morceaux
indits, mais qui altre souvent le texte,--c'est encore la nouveaut
de l'oeuvre que constate Villemain[13]. Chnier a 'une manire neuve
de sentir et de rendre l'antiquit.' Il a fait pour la posie ce que
Bernardin de Saint-Pierre avait fait pour la prose; il lui a rendu le
coloris par la simplicit.

[Footnote 12: OEUVRES POSTHUMES D'ANDR CHNIER, dition nouvelle publie
par D. Charles Robert, Paris, Guillaume, 1824-26, 2 volumes avec un
facsimil.]

[Footnote 13: _Tableau de la Littrature du XVIIIe sicle_, par Villemain
(1828), 3e dition, Didier, 1841 (tome iv, leons 58, 59, 60).]

En cette mme anne Sainte-Beuve, dans son _Tableau de la Posie
franaise au XVIe sicle_[14], donne Andr Chnier, avec les hommes de la
Pliade: Ronsard, Du Bellay, etc., comme anctre aux romantiques. Andr
Chnier ouvre une poque[15]. Il a retremp le vers flasque du XVIIIe
sicle. Son alexandrin n'est celui ni de Racine ni de Delille, mais
celui de Ronsard, de Baf et de Rgnier[16]. Sainte-Beuve se passionne
pour Andr Chnier. Il ne cesse plus de s'occuper de lui. Aprs
les fragments indits donns par H. de Latouche[17] et sa nouvelle
dition[18], Sainte-Beuve lui-mme publie de nouveaux fragments[19],
insrs dans l'dition cliche de 1839[20]; il entreprend de corriger
les ditions de H. de Latouche, se met en rapport avec Gabriel de
Chnier (fils de Sauveur Chnier) et publie une importante tude sur
Andr Chnier[21], o, examinant l'_Herms_ et corrigeant son impression
premire, il prononce que celui qu'il revendiquait nagure comme un
prcurseur du romantisme tait 'un homme aussi pleinement et chaudement
de son sicle  sa manire que pouvait l'tre Raynal ou Diderot.'

[Footnote 14: _Tableau de la posie franaise au seizime sicle_, par
Sainte-Beuve, 1828.]

[Footnote 15: _Mathurin Rgnier et Andr Chnier_, par Sainte-Beuve
(aot 1829), dans _Portraits Littraires_, tome i, pp. 159-75.]

[Footnote 16: _Vie, posies et penses de Joseph Delorme_, par
Sainte-Beuve, 1829.]

[Footnote 17: FRAGMENTS D'ANDR CHNIER, publis par H. de Latouche dans
la _Revue de Paris_, dcembre 1829, mars 1830.]

[Footnote 18: ANDR CHNIER, POSIES POSTHUMES ET INDITES publies par
H. de Latouche, Paris, Charpentier et Randuel, 1833, 2 vol. _Revue des
Deux Mondes_, 15 juin 1838, article de G. Planche.]

[Footnote 19: FRAGMENTS DE CHNIER, publis par Sainte-Beuve dans la
_Revue des Deux Mondes_, 1er fvrier 1839, sous le titre _Quelques
documents indits sur Andr Chnier_.]

[Footnote 20: POSIES D'ANDR, prcdes d'une notice par M. Henri de
Latouche, suivie de notes et fragments, etc. Nouvelle dition. Paris,
Charpentier, 1839.]

[Footnote 21: _Portraits littraires_, par Sainte-Beuve, t. i,
pp. 176-208 (1er fvrier 1839). OEUVRES EN PROSE D'ANDR CHNIER,
_augmentes d'un grand nombre de morceaux indits et prcdes de toutes
les relatives  son procs devant le tribunal rvolutionnaire_... Paris,
Ch. Gosselin, 1840.]

Andr Chnier, que l'on vient de voir revendiquer un moment comme
anctre du romantisme, sera plus tard proclam prcurseur de l'cole
parnassienne. Il est donc curieux d'enregistrer l'apprciation que fit
de lui en 1840 le jeune Leconte de Lisle[22]: 'La facture de son vers, la
coupe de sa phrase pittoresque et nergique, ont fait de ses pomes une
oeuvre nouvelle et savante d'une mlodie entirement ignore, d'un clat
inattendu.'

[Footnote 22: _Andr Chnier_, par Leconte de Lisle, article publi dans
la _Varit_, Rennes, 1840-41.

_Posies de Franois Malherbe avec un_ COMMENTAIRE _indit par_ ANDR
CHNIER, publies par M. de Latour, Paris, Charpentier, 1842.]

En avanant dans cette revue de la critique qu'a provoque l'oeuvre
d'Andr Chnier, il semble qu'on s'enfonce dans un fourr d'opinions
contradictoires. Voici Saint-Marc Girardin[23] pour qui rien, chez Andr
Chnier, ne laisse prvoir le romantisme, et qui, tout en dclarant,
avec une apparente contradiction, que sa posie annonce Lamartine, lui
attribue une mlancolie uniquement littraire. Voici Nisard[24] pour qui
Andr Chnier ne fut point de son temps et a gal ses matres antiques.

[Footnote 23: _Cours de littrature dramatique_, par Saint-Marc
Girardin, Paris, Charpentier, 1843, 5 volumes in-12(t. IV, ch. liv).]

[Footnote 24: _Histoire de la littrature franaise_, par D. Nisard,
Paris, Firmin Didot, 1844. 4 vol. _La Vrit sur la famille de Chnier_,
par L.J.G, de Chnier, Avocat, Paris, Dumaine, 1844.]

Voici un autre critique[25] qui accuse Andr Chnier d'avoir, en les
traduisant et en les imitant, communiqu aux potes grecs l'affectation
et le faux got du XVIIIe sicle, prtention que combat Sainte-Beuve[26]
par une analyse du pome de _L'Aveugle_.

[Footnote 25: _Andr Chnier et les potes grecs_, par Arnould Frmy,
dans la _Revue indpendante_ du 10 mai 1844.]

[Footnote 26: _Portraits contemporains_, par Sainte-Beuve (t. v: _Un
factum contre Andr Chnier_, juin 1844). _Causeries du Lundi_, par
Sainte Beuve (t. iv, pp. 144-64, _Andr Chnier, homme politique_.)]

Pendant tout ce temps on n'avait pas encore d'dition correcte de
Chnier. Gabriel de Chnier, qui dtenait cette partie des manuscrits
que n'avait pas eue H. de Latouche, ds 1844 en annonait une qui ne
devait paratre que trente ans plus tard. Becq de Fouquires[27], sans
les manuscrits, s'tait acharn  constituer un texte pur,  retrouver
les nombreuses sources du pote et, enfin, en 1862, il donnait son
dition critique, dont la deuxime dition, donne en 1872, reste encore
aujourd'hui la plus prcieuse  consulter--en la contrlant par
les ditions plus rcentes-- cause de son introduction et de son
commentaire continu.

[Footnote 27: POSIES D'ANDR CHNIER. dition critique, publie par Becq
de Fouquires, Paris, Charpentier, 1862.]

Mais continuons notre audition des tmoignages contradictoires sur
Andr Chnier. Pour Egger[28] Andr Chnier se distingue des lgiaques
vulgaires par 'de nobles retours de tristesse et de svrit.'

[Footnote 28: _L'Hellnisme en France_, par E. Egger, Paris, Didier,
1869, 2 vol. (Leons 31 et 32).

POSIES D'ANDR CHNIER. dition critique, par Becq de Fouquires,
deuxime dition, Paris, Charpentier, 1872.

OEUVRES EN PROSE D'ANDR CHNIER, _Nouvelle dition; revue sur les
textes originaux, prcde d'une tude sur la vie et les crits
politiques d'Andr Chnier et sur la conspiration de Saint-Lazare,
accompagne de notes historiques_, par Becq de Fouquires, Paris,
Charpentier, 1872.

OEUVRES POTIQUES D'ANDR DE CHNIER, publies par Gabriel de Chnier,
Paris, Lemerre, 1874, 3 vol. (Collection elzvirienne.)

_Documents nouveaux sur Andr Chnier_, par Becq de Fouquires, Paris,
Charpentier, 1875.

_Leons nouvelles et Remarques sur le texte de divers auteurs, Mathurin
Rgnier, Andr Chnier, Ausone_, par R. Dezeimeris, Bordeaux, Vvo Paul
Chaumas, 1876.

OEUVRES EN PROSE D'ANDR CHNIER, _prcdes d'une notice sur le procs
d'Andr Chnier et des actes de ce procs_, nouvelle dition, mise en
ordre et annote par Louis Moland, Paris, Garnier, 1879.]

Pour Caro[29], il est le dernier des classiques et 'un vritable ancien
dans une langue moderne.'

[Footnote 29: _La fin du XVIIIe sicle_, par E. Caro, 1880. 2 vol. Tome
ii, pp. 206-378.

POSIES D'ANDR CHNIER, par Becq de Fouquires, Paris, Charpentier,
1881.

POSIES CHOISIES D'ANDR CHNIER, _ l'usage des classes_, publies
avec une notice biographique et des notes par Becq de Fouquires, Paris,
Delagrave, 1881.

_Lettres critiques sur la vie, les oeuvres, les manuscrits d'Andr
Chnier_, par Becq de Fouquires, Paris, Charavay, 1881.]

Pour Lo Joubert[30], il est 'un des matres de la posie de
notre temps.'--'Il fit driver les genres vers une forme nouvelle; chez
lui l'idylle tourne au tableau pique, l'lgie tend  la mditation
potique.'

[Footnote 30: ANDR CHNIER. POSIES. dition nouvelle, avec une notice
biographique et des notes par Lo Joubert, Paris, F. Didot, 1883.

OEUVRES POTIQUES D'ANDR CHNIER, prcdes d'une tude sur Andr
Chnier par Sainte-Beuve, nouvelle dition, complte en un volume, par
Louis Moland, Paris, Garnier, 1884.]

Pour Eugne Manuel[31], ce qui survit d'abord en lui, c'est le pote
bucolique et lgiaque qui parlait une langue toute nouvelle. Il ne
ressemble  personne dans notre littrature. Il forme la transition
entre deux priodes littraires.

[Footnote 31: OEUVRES POTIQUES D'ANDR CHNIER, publies avec une
introduction et des notes, par Eugne Manuel, Paris, Jonaust Flammarion,
librairie des Bibliophiles, n. d. (1884).]

Pour Fournel[32], c'est un mle et hardi gnie.--La complexit de sa
posie est extrme, ses copies sont des crations. Tout en gardant 'une
horreur du nologisme' il sait renouveler le style par 'des alliances,
des combinaisons empruntes au gnie des langues classiques et de notre
vieille langue.' Vers la fin, lanc dans la mle politique, sa langue
se teinte de ralisme. Lui qui avait us de la priphrase, il ne craint
plus l'image triviale et cynique.

[Footnote 32: _De Jean-Baptiste Rousseau  Chnier_, par V. Fournel,
Paris, F. Didot, 1886.

OEUVRES POTIQUES D'ANDR CHNIER, _avec les tudes de Sainte-Beuve
sur Andr Chnier, les mlanges littraires, la correspondance et une
notice bibliographique_, par Louis Moland, Paris, Garnier, 1889. 2 vol.
(Chefs-d'oeuvre de la littrature franaise.)]

Pour Pellissier[33], il faut compter Chnier parm les prcurseurs du
XIXe sicle, parce que les chefs de la jeune cole romantique l'ont
considr comme tel. Il est au fond un homme du XVIIIe sicle. On relve
bien encore chez lui des vestiges du style noble, 'mais on peut en
dire autant des dbuts de V. Hugo et d'A. de Vigny.' Le premier, depuis
Ronsard, il ressuscite la posie d'images. Il est mu; son _Herms_ mme
affecte des allures d'pope.

[Footnote 33: _Le Mouvement littraire au XIXe sicle_, par G.
Pellissier, Paris, Hachette, 1889.]

Pour Anatole France[34], personne ne fut moins novateur.

[Footnote 34: _La vie littraire_, par Anatole France, Paris, C. Lvy,
1889-97. 4 vol. (t. ii, 1890).]

Il fut la 'dernire expression d'un art expirant.' Il 'rsume le style
Louis XVI et l'esprit encyclopdique,' et son influence 'n'est sensible
chez aucun des potes de ce sicle.'

Pour E. Faguet[35], c'est un homme de la Pliade en retard. Il est plus
grec que latin. Les petites pices font songer aux frises, aux groupes
lgers, sans profondeur, sans vigoureux relief... mais d'un dessin net,
d'une prcision lgante. Dans les _lgies_, on retrouve la rhtorique
laborieuse, la fadeur, l'abus de l'esprit, tous dfauts du temps. Il a
t crateur en fait de style. Les _Idylles_ et les fragments piques
sont d'une nouveaut et d'une fracheur merveilleuses. Le principal
mrite de cette langue est la qualit du son. Il a le secret des vers
'amis de la mmoire,' comme dit Sainte-Beuve, et c'est 'parce qu'ils
sont amis de l'oreille.' En versification, pour la libert des coupes,
il remontait  la Pliade. L'abus rapproche parfois ses vers de la
prose.--C'est un isol.

[Footnote 35: _Le XVIIIe sicle_, par E. Faguet, Paris, Lecne et Oudin,
1890.]

Pour Haraszti[36], il n'a imit que les potes de la dcadence grecque,
ou mme plutt les imitateurs romains de la posie alexandrine. 'Il
transforme inconsciemment tous ses emprunts selon le got de son temps.'
Le critique voit une trace de l'esprit gaulois dans le sensualisme,
c'est--dire le caractre rotique de sa posie. Andr Chnier a
la sentimentalit du XVIIIe sicle. Il ne se dfend pas assez de la
mignardise. Ses paysages, il va les chercher dans les parcs. Il est le
pote de l'art pur. Le critique n'est pas tendre pour Chnier. Il lui
reproche son absence d'originalit et son excs d'imitation. Il fait
une analyse svre de sa langue, de sa versification, de ses procds de
style.

[Footnote 36: _La posie d'Andr Chnier_, par Jules Haraszti, professeur
 l'cole-rale du VIe arrondissement de Buda-Pest; traduit du Hongrois
par l'auteur, Paris, Hachette, 1892.]

Pour Brunetire[37], Andr Chnier est un homme de la fin du XVIIIe
sicle, admirateur de Buffon et contemporain de Parny. Seulement il se
spare de son poque par ses rares qualits d'artiste.

[Footnote 37: _Le XVIIIe sicle_, par E. Faguet, Paris, Lecne et Oudin,
1890.]

Pour P. Morillot[38], c'est un grand artiste, un Ronsard moderne,
avec plus de got, plus de science, et l'exprience de Boileau et de
Voltaire.

[Footnote 38: _Andr Chnier_, par Paul Morillot, Paris, Lecne et Oudin,
1894 (Classiques populaires).]

Pour Louis Bertrand[39], c'est un dilettante, avec le sens esthtique
plus dvelopp que le sens potique. Il a le got du dessin, mme de la
couleur. C'est un dilettante  qui le don de l'invention a manqu; un
humaniste opprim par ses souvenirs classiques.

[Footnote 39: _La fin du classicisme et le retour  l'antique dans la
seconde moiti du XVIIIe sicle et les premires annes du XIXe en
France_, par Louis Bertrand, Paris, Hachette, 1897.]

Pour Henri Potez[40], il y a dans les _lgies_ du Dorat, du Parny,
du Bertin, et une inspiration plus sincre dans les passages o Andr
Chnier chante l'amiti que dans sa note amoureuse.

[Footnote 40: _L'lgie en France avant le Romantisme, de Parny 
Lamartine_ (1778-1820), par Henri Potez, Paris, C. Levy, 1898.]

Pour Petit de Julleville[41], les _Bucoliques_ sont 'des rcits
pathtiques enferms dans un cadre antique.'

[Footnote 41: _Histoire de la Langue et de la Littrature franaises_,
par Petit de Julleville, Paris, A. Colin, 8 vol. (t. vi, 650-78, par
Petit de Julleville).]

Pour Brunetire[42], que nous retrouvons jugeant Andr Chnier, Andr
Chnier est artiste, dilettante, autant que pote: ides ou sentiments
n'ont pour lui de valeur que revtus d'une forme somptueuse. Il a
contribu  la dformation de l'idal classique[43]. C'est 'un Ronsard
qui aurait lu Voltaire, Montesquieu, Buffon.'

[Footnote 42: _Revue des Deux Mondes_, 15 mars 1898. _Classique ou
Romantique?_ (non sign).]

[Footnote 43: _Manuel de l'histoire de la littrature franaise_, par F.
Brunetire, Paris, Delagrave, 1898 (pp. 367-72, 375-9).]

On a vu comme avait t successive et chelonne sur de longues annes
la rvlation de l'oeuvre d'Andr Chnier. En 1874 seulement avait paru,
donne par le dtenteur des manuscrits, l'dition qu'on pouvait croire
complte et dfinitive. Mais l'on sait aussi combien cette oeuvre
laisse en portefeuille tait demeure fragmentaire.

Or, l'diteur de 1874 n'avait pas publi tous les fragments. Sa veuve,
qui tait reste en possession des manuscrits, les lgua  sa mort  la
Bibliothque Nationale avec cette clause qu'on ne pourrait les consulter
qu'en 1899. Cette date venue, M. Abel Lefranc exhuma ces reliques. Ce
furent d'abord des fragments d'une Histoire gnrale des Littratures
rve par A. Chnier[44], puis une oeuvre politique et sociale,
intitule _Apologie_[45], enfin des Notes philologiques et littraires
sur la littrature chinoise, des fragments sur l'histoire du
christianisme, des projets et plans de posies et des 'quadri[46].'

[Footnote 44: _Revue de Paris_, 19 octobre, 1er novembre 1899. OEUVRES
INDITES D'ANDR CHNIER. SUR LA PERFECTION DES ARTS, publi avec un
avant-propos, par M. Abel Lefranc.]

[Footnote 45: _Revue bleue (Revue politique et littraire)_, 5 mai 1900.
APOLOGIE; UNE OEUVRE INDITE D'ANDR CHNIER, publie par M.A. Lefranc.]

[Footnote 46: _Revue d'Histoire littraire de la France_, avril-juin
1901. FRAGMENTS INDITS D'A. CHNIER, publ. par A. Lefranc.]

En 1902 M. Paul Glachant[47] donnait une trs ample bibliographie
d'Andr Chnier o nous avons puis largement. La mme anne M. Faguet
[48] revenait  Andr Chnier dans une charmante biographie littraire.
Il distingue assez subtilement les trois ou mme quatre manires
(simultanes plutt que successives) du pote: la premire exquise
et qui est reste pour tout le monde la caractristique mme du gnie
d'Andr Chnier, o il ralise le rve de tous les humanistes franais
depuis Ronsard: se faire une me antique, penser, sentir, tre mu et
voir mme comme un ancien, manire concise o il semble qu'il ait voulu
lutter de prcision nergique avec les bas-reliefs antiques, o, d'un
mot choisi, court et juste, il suggre un infini de tristesse, de
mlancolie, de rverie souriante ou de volupt, manire que, du reste,
il n'abandonna jamais. La deuxime manire, celle des lgies, qui n'a
plus la sobrit, la finesse, la ligne prcise, l'arrt net des pomes
antiques, mais abandonne, sans diffusion, oratoire, sans dclamation,
manire qui va d'une ardeur lascive qui rappelle Catulle  une
mlancolie profonde et tendre qui  la fois rappelle La Fontaine et
annonce Lamartine, non sans quelque contagion de ce got faux ou de
ce got fade qui tait celui du temps o il vivait. Enfin aprs le
Chnier-Ronsard, le Chnier-Tibulle, voici le Chnier-Lucrce avec
l'_Herms_ et surtout le Chnier personnel, lyrique, qu'annonce le
morceau _Oh ncessit dure_ et qui s'affirme dans l'_Ode  Versailles_
et les vers lgers et ariens, aux sonorits chantantes, au rythme de
vol d'oiseau, des pices  Fanny, et dans les _ambes_. M. Faguet met en
dehors les morceaux comme _le Jeu de Paume_ et peut-tre aussi _l'Hymne
de Chteauvieux_ et _A Charlotte Corday_, guinds et pompeux, dignes
de Lefranc de Pompignan, de Lebrun et de Marie-Joseph Chnier, et qui
n'appartiennent  aucune de ses manires.

[Footnote 47: _Andr Chnier critique et critiqu_, par Paul Glachant,
Paris, A. Lemerre, 1902.]

[Footnote 48: _Andr Chnier_, par E. Faguet, Paris, Hachette, 1902 (Les
grands crivains franais).]

Nous voici en 1905.

Jos-Maria de Hrdia, qui est mort avant d'avoir pu raliser son projet
d'une dition des Bucoliques, en avait crit la prface, qui parut
dans la _Revue des Deux Mondes_[49]. Selon lui les lgies, les Pomes,
l'_Herms_, sont l'oeuvre du plus grand des potes du XVIIIe sicle; les
Hymnes, les Odes, les ambes, du seul grand pote de la Rvolution,
et les Bucoliques d'un grand pote de tous les ges. Andr Chnier
renouvelle dans la posie franaise le sentiment de la nature que le
seul La Fontaine n'avait pas entirement mconnu. Il voit, il sent la
beaut multiple des choses, il en coute la musique et les traduit en
des vers d'une harmonie et d'une couleur jusqu'alors ignores. Son gnie
est essentiellement objectif et dramatique. Le paysage, quelque
sommaire qu'il soit, participe  l'action. Sa vision premire est toute
plastique. Il se plat aux brusques dbuts, et cette allure soudaine,
qui prcipite en plein drame, prte aux gestes, aux paroles et aux
sentiments qu'ils expriment toute la force, le charme saisissant de
la vie. Hrdia admire la souplesse du vers d'Andr Chnier dans
les quarante-quatre vers du combat des Lapithes et des Centaures de
_L'Aveugle_. Le vers y va par bonds, heurts, chocs et soubresauts.
Il s'arrte, il reprend brusquement. Et, par son allure haletante,
saccade, en une suite de traits o sont accumuls et varis les
artifices du plus admirable mtier, il fait percevoir du mme coup 
l'oeil,  l'oreille et  l'esprit tout le dsordre furieux de cette
hroque mle. Hrdia note encore les ellipses violentes, les
latinismes hardis, les souples inversions, les drglements de syntaxe
o le libre gnie de Chnier s'irrite et se joue.

[Footnote 49: _Revue des Deux Mondes_, 1er novembre 1905. _Le manuscrit
des Bucoliques_, par Jos Maria de Hrdia.]

Nous voici au terme de notre enqute. Aprs les multiples contradictions
parmi lesquelles elle nous a promen, elle nous a ramen  notre point
de dpart. Pour Hrdia, comme pour les critiques de 1819, c'est surtout
le pote des bucoliques ou idylles qui est original. Pour lui, comme
pour eux, la langue et la versification sont trs caractristiques.
Seulement l o ils se rcriaient, traitant Andr Chnier de barbare,
lui, il admire. C'est donc que l encore Andr Chnier tait original et
d'une originalit tellement hardie qu'il a fallu tout ce long temps et
toutes les audaces du romantisme pour nous y accoutumer.

JULES DEROCQUIGNY.
LILLE, _mars 1907_.




NOTE.

L'diteur reconnat avec gratitude sa grande obligation, pour beaucoup
de notes,  l'dition critique de Becq de Fouquires; pour la seconde
partie de l'introduction et la bibliographie, au livre de M. Paul
Glachant, _Andr Chnier critique et critiqu_.



                        TABLE DES MATIRES




  GENERAL PREFACE
  INTRODUCTION
  BIBLIOGRAPHIE
  BUCOLIQUES. IDYLLES ET FRAGMENTS D'IDYLLES.
      I. L'AVEUGLE
     II. LE MENDIANT
    III. LA LIBERT
     IV. LE MALADE
      V. HYLAS
     VI. LA JEUNE TARENTINE
    VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE.
   VIII. PASIPHA
     IX. PANNYCHIS
      X. DRYAS
     XI. BACCHUS
    XII. LE CHNE DE CRS
   XIII. HERCULE
    XIV. RICHTHON
     XV. NRE
    XVI. MON VISAGE EST FLTRI
   XVII. O JEUNE ADOLESCENT!
  XVIII. LA NYMPHE L'APEROIT
    XIX. CHANSON DES YEUX
     XX. LES ESCLAVES D'AMOUR
    XXI. A VESPER
   XXII. BLANCE ET DOUCE COLOMBE
  XXIII. LE SATYRE ET LA FLTE
   XXIV. DE NUIT, LA NYMPHE ERRANTE
    XXV. L'IMPUR ET FIER POUX
   XXVI. MA MUSE FUIT LES CHAMPS
  XXVII. MES CHANTS SAVENT TOUT PEINDRE
 XXVIII. LE LYS EST LE PLUS BEAU
   XXIX. A L'HIRONDELLE
    XXX. AH! PRENDS UN COEUR HUMAIN
   XXXI. FILLE DU VIEUX PASTEUR
  XXXII. TOUJOURS CE SOUVENIR M'ATTENDRIT
 XXXIII. MNAS
  XXXIV. LES JARDINS
   XXXV. INVOCATION  LA POSIE
  XXXVI. A LA SANT

  LGIES. FRAGMENTS D'LGIES.

     I. JEUNE FILLE, TON COEUR AVEC NOUS
    II. AH! JE LES RECONNAIS
   III. AUX FRRES DE PANGE
    IV. AU CHEVALIER DE PANGE
     V. O MUSES, ACCOUREZ
    VI. O JOURS DE MON PRINTEMPS
   VII. L'ART, DES TRANSPORTS DE L'ME
  VIII. RESTE, RESTE AVEC NOUS
    IX. TEL J'TAIS AUTREFOIS
     X. FUMANT DANS LE CRISTAL
    XI. SOUFFRE UN MOMENT ENCOR
   XII. NON, JE NE L'AIME PLUS
  XIII. O NCESSIT DURE!
   XIV. AUX DEUX FRRES TRUDAINE
    XV. O DLICES D'AMOUR
   XVI. SOUVENT LE MALHEUREUX
  XVII. JE T'INDIQUE LE FRUIT
 XVIII. TOUT HOMME A SES DOULEURS
   XIX. AINSI, LORSQUE SOUVENT
    XX. SANS PARENTS, SANS AMIS
   XXI. LE DOUX SOMMEIL HABITE
  XXII. SUR LA MORT D'UN ENFANT
 XXIII. LE COURROUX D'UN AMANT
  XXIV. ALLEZ, MES VERS, ALLEZ
   XXV. EH BIEN! JE LE VOULAIS

  PITRES.

      I. A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS
     II. AMI, CHEZ NOS FRANAIS

  POMES.

      I. L'INVENTION
     II. HERMS.
         "      II
         "     III
    III. L'AMRIQUE. I. LE POTE DIVIN
         "      II. SALUT,  BELLE NUIT
     IV. L'ART D'AIMER. I. AH! TREMBLE
         "      II. QUE SERT DES TOURS
         "     III. AUX BORDS
      V. LA RPUBLIQUE DES LETTRES

  POSIES DIVERSES.

      I. HYMNE  LA JUSTICE
     II. ... TERRE, TERRE CHRIE
    III. LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS
     IV. LA FRIVOLIT
      V. LE POTE

  ODES.

      I. A VERSAILLES
     II. A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY
    III. LA JEUNE CAPTIVE

  AMBES.

      I. HYMNE
     II. QUAND AU MOUTON BLANT
    III. COMME UN DERNIER RAYON

  NOTES





                         POSIES CHOISIES
                                DE
                           ANDR CHNIER




                             BUCOLIQUES

                   IDYLLES ET FRAGMENTS D'IDYLLES


                                 I

                             L'AVEUGLE

  'Dieu dont l'arc est d'argent, dieu de Claros, coute;
  O Sminthe-Apollon, je prirai sans doute,
  Si tu ne sers de guide  cet aveugle errant.'

  C'est ainsi qu'achevait l'aveugle en soupirant,
  Et prs des bois marchait, faible, et sur une pierre              5
  S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette terre,
  Le suivaient, accourus aux abois turbulents
  Des molosses, gardiens de leurs troupeaux blants.
  Ils avaient, retenant leur fureur indiscrte,
  Protg du vieillard la faiblesse inquite;                      10
  Ils l'coutaient de loin, et s'approchant de lui:
  Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui?
  Serait-ce un habitant de l'empire cleste?
  Ses traits sont grands et fiers; de sa ceinture agreste
  Pend une lyre informe; et les sons de sa voix                    15
  meuvent l'air et l'onde, et le ciel et les bois.'

  Mais il entend leurs pas, prte l'oreille, espre,
  Se trouble, et tend dj les mains  la prire.
  'Ne crains point, disent-ils, malheureux tranger,
  Si plutt, sous un corps terrestre et passager,                  20
  Tu n'es point quelque dieu protecteur de la Grce,
  Tant une grce auguste ennoblit ta vieillesse!
  Si tu n'es qu'un mortel, vieillard infortun,
  Les humains prs de qui les flots t'ont amen
  Aux mortels malheureux n'apportent point d'injures.              25
  Les destins n'ont jamais de faveurs qui soient pures.
  Ta voix noble et touchante est un bienfait des dieux;
  Mais aux clarts du jour ils ont ferm tes yeux.

  --Enfants, car votre voix est enfantine et tendre,
  Vos discours sont prudents plus qu'on n'et d l'attendre;       30
  Mais, toujours souponneux, l'indigent tranger
  Croit qu'on rit de ses maux et qu'on veut l'outrager.
  Ne me comparez point  la troupe immortelle:
  Ces rides, ces cheveux, cette nuit ternelle,
  Voyez, est-ce le front d'un habitant des cieux?                  35
  Je ne suis qu'un mortel, un des plus malheureux!
  Si vous en savez un, pauvre, errant, misrable,
  C'est  celui-l seul que je suis comparable;
  Et pourtant je n'ai point, comme fit Thamyris,
  Des chansons  Phoebus voulu ravir le prix;                      40
  Ni, livr comme Oedipe  la noire Eumnide,
  Je n'ai puni sur moi l'inceste parricide;
  Mais les dieux tout-puissants gardaient  mon dclin
  Les tnbres, l'exil, l'indigence et la faim.

  --Prends, et puisse bientt changer ta destine!'                45
  Disent-ils. Et tirant ce que, pour leur journe,
  Tient la peau d'une chvre aux crins noirs et luisants,
  Ils versent  l'envi, sur ses genoux pesants,
  Le pain de pur froment, les olives huileuses,
  Le fromage et l'amande et les figues mielleuses;                 50
  Et du pain  son chien entre ses pieds gisant,
  Tout hors d'haleine encore, humide et languissant,
  Qui, malgr les rameurs, se lanant  la nage,
  L'avait loin du vaisseau rejoint sur le rivage.

  'Le sort, dit le vieillard, n'est pas toujours de fer;           55
  Je vous salue, enfants venus de Jupiter;
  Heureux sont les parents qui tels vous firent natre!
  Mais venez, que mes mains cherchent  vous connatre;
  Je crois avoir des yeux. Vous tes beaux tous trois.

  Vos visages sont doux, car douce est votre voix.                 60
  Qu'aimable est la vertu que la grce environne!
  Croissez, comme j'ai vu ce palmier de Latone,
  Alors qu'ayant des yeux je traversai les flots;
  Car jadis, abordant  la sainte Dlos,
  Je vis prs d'Apollon,  son autel de pierre,                    65
  Un palmier, don du ciel, merveille de la terre.
  Vous crotrez, comme lui, grands, fconds, rvrs,
  Puisque les malheureux sont par vous honors.
  Le plus g de vous aura vu treize annes:
  A peine, mes enfants, vos mres taient nes,                    70
  Que j'tais presque vieux. Assieds-toi prs de moi,
  Toi, le plus grand de tous; je me confie  toi.
  Prends soin du vieil aveugle.--O sage magnanime!
  Comment, et d'o viens-tu? car l'onde maritime
  Mugit de toutes parts sur nos bords orageux.                     75

  --Des marchands de Cym m'avaient pris avec eux.
  J'allais voir, m'loignant des rives de Carie,
  Si la Grce pour moi n'aurait point de patrie,
  Et des dieux moins jaloux, et de moins tristes jours;
  Car jusques  la mort nous esprons toujours.                    80
  Mais pauvre et n'ayant rien pour payer mon passage,
  Ils m'ont, je ne sais o, jet sur le rivage.

  --Harmonieux vieillard, tu n'as donc point chant?
  Quelques sons de ta voix auraient tout achet.

  --Enfants! du rossignol la voix pure et lgre                   85
  N'a jamais apais le vautour sanguinaire;
  Et les riches, grossiers, avares, insolents,
  N'ont pas une me ouverte  sentir les talents.
  Guid par ce bton, sur l'arne glissante,
  Seul, en silence, au bord de l'onde mugissante,                  90
  J'allais, et j'coutais le blement lointain
  De troupeaux agitant leurs sonnettes d'airain.
  Puis j'ai pris cette lyre, et les cordes mobiles
  Ont encor rsonn sous mes vieux doigts dbiles
  Je voulais des grands dieux implorer la bont,                   95
  Et surtout Jupiter, dieu d'hospitalit,
  Lorsque d'normes chiens  la voix formidable
  Sont venus m'assaillir; et j'tais misrable,
  Si vous (car c'tait vous), avant qu'ils m'eussent pris,
  N'eussiez arm pour moi les pierres et les cris.                100

  --Mon pre, il est donc vrai: tout est devenu pire,
  Car jadis, aux accents d'une loquente lyre,
  Les tigres et les loups, vaincus, humilis,
  D'un chanteur comme toi vinrent baiser les pieds.

  --Les barbares! J'tais assis prs de la poupe.                 105
  "Aveugle vagabond, dit l'insolente troupe,
  Chante, si ton esprit n'est point comme tes yeux,
  Amuse notre ennui; tu rendras grce aux dieux."
  J'ai fait taire mon coeur qui voulait les confondre:
  Ma bouche ne s'est point ouverte  leur rpondre;               110
  Ils n'ont pas entendu ma voix, et sous ma main
  J'ai retenu le dieu courrouc dans mon sein.
  Cym, puisque tes fils ddaignent Mnmosyne,
  Puisqu'ils ont fait outrage  la muse divine,
  Que leur vie et leur mort s'teignent dans l'oubli,             115
  Que ton nom dans la nuit demeure enseveli!

  --Viens, suis-nous  la ville; elle est toute voisine,
  Et chrit les amis de la muse divine.
  Un sige aux clous d'argent te place  nos festins;
  Et l les mets choisis, le miel et les bons vins,               120
  Sous la colonne o pend une lyre d'ivoire,
  Te feront de tes maux oublier la mmoire.
  Et si, dans le chemin, rapsode ingnieux,
  Ta veux nous accorder tes chants dignes des cieux,
  Nous dirons qu'Apollon, pour charmer les oreilles,              125
  T'a lui-mme dict de si douces merveilles.

  --Oui, je le veux; marchons. Mais o m'entranez-vous?
  Enfants du vieil aveugle, en quel lieu sommes-nous?

  --Syros est l'le heureuse o nous vivons, mon pre.

  --Salut, belle Syros, deux fois hospitalire!                   130
  Car sur ses bords heureux je suis dj venu:
  Amis, je la connais. Vos pres m'ont connu.
  Ils croissaient comme vous; mes yeux s'ouvraient encore
  Au soleil, au printemps, aux roses de l'aurore;
  J'tais jeune et vaillant. Aux danses des guerriers,            135
  A la course, aux combats, j'ai paru des premiers.
  J'ai vu Corinthe, Argos, et Crte et les cent villes,
  Et du fleuve Egyptus les rivages fertiles;
  Mais la terre et la mer, et l'ge et les malheurs,
  Ont puis ce corps fatigu de douleurs.                        140
  La voix me reste. Ainsi la cigale innocente,
  Sur un arbuste assise, et se console et chante.
  Commenons par les dieux: "Souverain Jupiter,
  Soleil qui vois, entends, connais tout, et toi, mer,
  Fleuves, terre, et noirs dieux des vengeances trop lentes,      145
  Salut! Venez  moi, de l'Olympe habitantes,
  Muses! vous savez tout, vous, desses, et nous,
  Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous."'

  Il poursuit; et dj les antiques ombrages
  Mollement en cadence inclinaient leurs feuillages;              150
  Et ptres oubliant leur troupeau dlaiss,
  Et voyageurs quittant leur chemin commenc,
  Couraient. Il les entend prs de son jeune guide,
  L'un sur l'autre presss, tendre une oreille avide;
  Et nymphes et sylvains sortaient pour l'admirer,                155
  Et l'coutaient en foule, et n'osaient respirer,
  Car en de longs dtours de chansons vagabondes
  Il enchanait de tout les semences fcondes,
  Les principes du feu, les eaux, la terre et l'air,
  Les fleuves descendus du sein de Jupiter,                       160
  Les oracles, les arts, les cits fraternelles,
  Et depuis le chaos les amours immortelles;
  D'abord le roi divin, et l'Olympe, et les cieux,
  Et le monde branl d'un signe de ses yeux,
  Et les dieux partags en une immense guerre,                    165
  Et le sang plus qu'humain venant rougir la terre,
  Et les rois assembls, et sous les pieds guerriers
  Une nuit de poussire, et les chars meurtriers,
  Et les hros arms, brillant dans les campagnes
  Comme un vaste incendie aux cimes des montagnes,                170
  Les coursiers hrissant leur crinire  longs flots,
  Et d'une voix humaine excitant les hros;
  De l, portant ses pas dans les paisibles villes,
  Les lois, les orateurs, les rcoltes fertiles;
  Mais bientt de soldats les remparts entours,                  175
  Les victimes tombant dans les parvis sacrs,
  Et les assauts mortels aux pouses plaintives,
  Et les mres en deuil, et les filles captives;
  Puis aussi les moissons joyeuses, les troupeaux
  Blants ou mugissants, les rustiques pipeaux,                   180
  Les chansons, les festins, les vendanges bruyantes,
  Et la flte et la lyre, et les noces dansantes.
  Puis, dchanant les vents  soulever les mers,
  Il perdait les rochers sur les gouffres amers;
  De l, dans le sein frais d'une roche azure,                   185
  En foule il appelait les filles de Nre,
  Qui, bientt  ses cris s'levant sur les eaux,
  Aux rivages troyens parcouraient les vaisseaux.
  Puis il ouvrait du Styx la rive criminelle,
  Et puis les demi-dieux et les champs d'asphodle,               190
  Et la foule des morts: vieillards seuls et souffrants,
  Jeunes gens emports aux yeux de leurs parents,
  Enfants dont au berceau la vie est termine,
  Vierges dont le trpas suspendit l'hymne.

  Mais,  bois,  ruisseaux,  monts,  durs cailloux!            195
  Quels doux frmissements vous agitrent tous,
  Quand bientt  Lemnos, sur l'enclume divine,
  Il forgeait cette trame irrsistible et fine
  Autant que d'Arachn les piges inconnus,
  Et dans ce fer mobile emprisonnait Vnus,                       200
  Et quand il revtait d'une pierre soudaine
  La fire Niob, cette mre thbaine;
  Et quand il rptait en accents de douleur
  De la triste Adon l'imprudence et les pleurs,
  Qui d'un fils mconnu martre involontaire,                     205
  Vola, doux rossignol, sous le bois solitaire!
  Ensuite, avec le vin, il versait aux hros
  Le puissant npenths, oubli de tous les maux;
  Il cueillait le moly, fleur qui rend l'homme sage;
  Du paisible lotos il mlait le breuvage:                        210
  Les mortels oubliaient,  ce philtre charms,
  Et la douce patrie et les parents aims.
  Enfin l'Ossa, l'Olympe et les bois du Pne
  Voyaient ensanglanter les banquets d'hymne,
  Quand Thse, au milieu de la joie et du vin,                   215
  La nuit o son ami reut  son festin
  Le peuple monstrueux des enfants de la nue,
  Fut contraint d'arracher l'pouse demi-nue
  Au bras ivre et nerveux du sauvage Eurytus.
  Soudain, le glaive en main, l'ardent Pirithos:                 220
  'Attends; il faut ici que mon affront s'expie,
  Tratre!' Mais avant lui, sur le centaure impie
  Dryas a fait tomber, avec tous ses rameaux,
  Un long arbre de fer hriss de flambeaux.
  L'insolent quadrupde en vain s'crie; il tombe,                225
  Et son pied bat le sol qui doit tre sa tombe.
  Sous l'effort de Nessus, la table du repas
  Roule, crase Cymle, vagre, Priphas.
  Pirithos gorge Antimaque et Ptre,
  Et Cyllare aux pieds blancs, et le noir Macare,                230
  Qui de trois fiers lions, dpouills par sa main,
  Couvrait ses quatre flancs, armait son double sein.
  Courb, levant un roc choisi pour leur vengeance,
  Tout  coup, sous l'airain d'un vase antique, immense,
  L'imprudent Bianor, par Hercule surpris,                        235
  Sent de sa tte norme clater les dbris.
  Hercule et la massue entassent en trophe
  Clanis, Dmolon, Lycotas, et Riphe
  Qui portait sur ses crins, de taches colors,
  L'hrditaire clat des nuages dors.                           240
  Mais d'un double combat Eurynome est avide,
  Car ses pieds, agits en un cercle rapide,
  Battent  coups presss l'armure de Nestor;
  Le quadrupde Hlops fuit; l'agile Crantor,
  Le bras lev, l'atteint; Eurynome l'arrte;                     245
  D'un rable noueux il va fendre sa tte,
  Lorsque le fils d'ge, invincible, sanglant,
  L'aperoit,  l'autel prend un chne brlant,
  Sur sa croupe indompte, avec un cri terrible,
  S'lance, va saisir sa chevelure horrible,                      250
  L'entrane, et, quand sa bouche, ouverte avec effort,
  Crie, il y plonge ensemble et la flamme et la mort.
  L'autel est dpouill. Tous vont s'armer de flamme,
  Et le bois porte au loin des hurlements de femme,
  L'ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris,           255
  Et les vases briss, et l'injure, et les cris.

  Ainsi le grand vieillard, en images hardies,
  Dployait le tissu des saintes mlodies.
  Les trois enfants mus,  son auguste aspect,
  Admiraient, d'un regard de joie et de respect,                  260
  De sa bouche abonder les paroles divines,
  Comme en hiver la neige aux sommets des collines.
  Et, partout accourus, dansant sur son chemin,
  Hommes, femmes, enfants, les rameaux  la main,
  Et vierges et guerriers, jeunes fleurs de la ville,             265
  Chantaient: 'Viens dans nos murs, viens habiter notre le;
  Viens, prophte loquent, aveugle harmonieux,
  Convive du nectar, disciple aim des dieux;
  Des jeux, tous les cinq ans, rendront saint et prospre
  Le jour o nous avons reu le grand HOMRE.'                    270


                                II

                           LE MENDIANT

  C'tait quand le printemps a reverdi les prs.
  La fille de Lycus, vierge aux cheveux dors,
  Sous les monts Achens, non loin de Cryne,
  . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .
  . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .
  Errait  l'ombre, aux bords du faible et pur Crathis,
  Car les eaux du Crathis, sous des berceaux de frne,              5
  Entouraient de Lycus le fertile domaine.
  . . . . . . . . . . Soudain,  l'autre bord,
  Du fond d'un bois pais, un noir fantme sort,
  Tout ple, demi-nu, la barbe hrisse:
  Il remuait  peine une lvre glace,                             10
  Des hommes et des dieux implorait le secours,
  Et dans la fort sombre errait depuis deux jours;
  Il se trane, il n'attend qu'une mort douloureuse;
  Il succombe. L'enfant, interdite et peureuse,
  A ce hideux aspect sorti du fond des bois,                       15
  Veut fuir; mais elle entend sa lamentable voix.
  Il tend les bras, il tombe  genoux; il lui crie
  Qu'au nom de tous les dieux il la conjure, il prie,
  Et qu'il n'est point  craindre, et qu'une ardente faim
  L'aiguillonne et le tue, et qu'il expire enfin.                  20

  'Si, comme je le crois, belle ds ton enfance,
  C'est le dieu de ces eaux qui t'a donn naissance,
  Nymphe, souvent les voeux des malheureux humains
  Ouvrent des immortels les bienfaisantes mains,
  Ou si c'est quelque front porteur d'une couronne                 25
  Qui te nomme sa fille et te destine au trne,
  Souviens-toi, jeune enfant, que le ciel quelquefois
  Venge les opprims sur la tte des rois.
  Belle vierge, sans doute enfant d'une desse,
  Crains de laisser prir l'tranger en dtresse:                  30
  L'tranger qui supplie est envoy des dieux.'

  Elle reste. A le voir, elle enhardit ses yeux,
  .  .  .  .  .  .  .  . et d'une voix encore
  Tremblante: 'Ami, le ciel coute qui l'implore.
  Mais ce soir, quand la nuit descend sur l'horizon,               35
  Passe le pont mobile, entre dans la maison;
  J'aurai soin qu'on te laisse entrer sans mfiance.
  Pour la douzime fois clbrant ma naissance,
  Mon pre doit donner une fte aujourd'hui.
  Il m'aime, il n'a que moi: viens t'adresser  lui,               40
  C'est le riche Lycus. Viens ce soir; il est tendre,
  Il est humain: il pleure aux pleurs qu'il voit rpandre.'
  Elle achve ces mots, et, le coeur palpitant,
  S'enfuit; car l'tranger sur elle, en l'coutant,
  Fixait de ses yeux creux l'attention avide.                      45
  Elle rentre, cherchant dans le palais splendide
  L'esclave prs de qui toujours ses jeunes ans
  Trouvent un doux accueil et des soins complaisants.
  Cette sage affranchie avait nourri sa mre;
  Maintenant sous des lois de vigilance austre,                   50
  Elle et son vieil poux, au devoir rigoureux,
  Rangent des serviteurs le cortge nombreux.
  Elle la voit de loin dans le fond du portique,
  Court, et, posant ses mains sur ce visage antique:
  'Indulgente nourrice, coute: il faut de toi                     55
  Que j'obtienne un grand bien. Ma mre, coute-moi;
  Un pauvre, un tranger, dans la misre extrme,
  Gmit sur l'autre bord, mourant, affam, blme...
  Ne me dcle point. De mon pre aujourd'hui
  J'ai promis qu'il pourrait solliciter l'appui.                   60
  Fais qu'il entre: et surtout,  mre de ma mre!
  Garde que nul mortel a'insulte  sa misre.
  --Oui, ma fille; chacun fera ce que tu veux,
  Dit l'esclave en baisant son front et ses cheveux;
  Oui, qu' ton protg ta fte soit ouverte,                      65
  Ta mre, mon lve (inestimable perte!),
  Aimait  soulager les faibles abattus;
  Tu lui ressembleras autant par tes vertus
  Que par tes yeux si doux et tes grces naves,'
  Mais cependant la nuit assemble les convives:                    70
  En habits somptueux, d'essences parfums,
  Ils entrent. Aux lambris d'ivoire et d'or forms
  Pend le lin d'Ionie en brillantes courtines;
  Le toit s'gaye et rit de mille odeurs divines.
  La table au loin circule, et d'apprts savoureux                 75
  Se charge. L'encens vole en longs flots vaporeux:
  Sur leurs bases d'argent, des formes animes
  lvent dans leurs mains des torches enflammes;
  Les figures, l'onyx, le cristal, les mtaux
  En vases hrisss d'hommes ou d'animaux,                         80
  Partout, sur les buffets, sur la table, tincellent;
  Plus d'une lyre est prte; et partout s'amoncellent
  Et les rameaux de myrte et les bouquets de fleurs.
  On s'tend sur les lits teints de mille couleurs;
  Prs de Lycus, sa fille, idole de la fte,                       85
  Est admise. La rose a couronn sa tte.
  Mais, pour que la dcence impose un juste frein,
  Lui-mme est par eux tous lu roi du festin.
  Et dj vins, chansons, joie, entretiens sans nombre,
  Lorsque, la double porte ouverte, un spectre sombre              90
  Entre, cherchant des yeux l'autel hospitalier.
  La jeune enfant rougit. Il court vers le foyer,
  Il embrasse l'autel, s'assied parmi la cendre;
  Et tous, l'oeil tonn, se taisent pour l'entendre.

  'Lycus, fils d'vmon, que les dieux et le temps                 95
  N'osent jamais troubler tes destins clatants!
  Ta pourpre, tes trsors, ton front noble et tranquille,
  Semblent d'un roi puissant, l'idole de sa ville.
  A ton riche banquet un peuple convi
  T'honore comme un dieu de l'Olympe envoy.                      100
  Regarde un tranger qui meurt dans la poussire,
  Si tu ne tends vers lui la main hospitalire.
  Inconnu, j'ai franchi le seuil de ton palais:
  Trop de pudeur peut nuire  qui vit de bienfaits.
  Lycus, par Jupiter, par ta fille innocente                      105
  Qui m'a seule indiqu ta porte bienfaisante!...
  Je fus riche autrefois: mon banquet opulent
  N'a jamais repouss l'tranger suppliant.
  Et pourtant aujourd'hui la faim est mon partage,
  La faim qui fltrit l'me autant que le visage,                 110
  Par qui l'homme souvent, importun, odieux,
  Est contraint de rougir et de baisser les yeux!

  --tranger, tu dis vrai, le hasard tmraire
  Des bons ou des mchants fait le destin prospre.
  Mais sois mon hte. Ici l'on hait plus que l'enfer              115
  Le public ennemi, le riche au coeur de fer,
  Enfant de Nmsis, dont le ddain barbare
  Aux besoins des mortels ferme son coeur avare.
  Je rends grce  l'enfant qui t'a conduit ici.
  Ma fille, c'est bien fait; poursuis toujours ainsi.             120
  Respecter l'indigence est un devoir suprme.
  Souvent les immortels (et Jupiter lui-mme)
  Sous des haillons poudreux, de seuil en seuil trans,
  Viennent tenter le coeur des humains fortuns.'
  D'accueil et de faveur un murmure s'lve.                      125

  Lycus descend, accourt, tend la main, le relve:
  'Salut, pre tranger; et que puissent tes voeux
  Trouver le ciel propice  tout ce que tu veux!
  Mon hte, lve-toi. Tu parais noble et sage;
  Mais cesse avec ta main de cacher ton visage.                   130
  Souvent marchent ensemble indigence et vertu,
  Souvent d'un vil manteau le sage revtu,
  Seul, vit avec les dieux et brave un sort inique.
  Couvert de chauds tissus,  l'ombre du portique,
  Sur de molles toisons, en un calme sommeil,                     135
  Tu peux ici, dans l'ombre, attendre le soleil.
  Je te ferai revoir tes foyers, ta patrie,
  Tes parents, si les dieux ont pargn leur vie.
  Car tout mortel errant nourrit un long amour
  D'aller revoir le sol qui lui donna le jour.                    140
  Mon hte, tu franchis le seuil de ma famille
  A l'heure qui jadis a vu natre ma fille.
  Salut! Vois, l'on t'apporte et la table et le pain:
  Sieds-toi. Tu vas d'abord rassasier ta faim.
  Puis, si nulle raison ne te force au mystre,                   145
  Tu nous diras ton nom, ta patrie et ton pre!'

  Il retourne  sa place aprs que l'indigent
  S'est assis. Sur ses mains, d'une aiguire d'argent,
  Par une jeune esclave une eau pure est verse.
  Une table de cdre, o l'ponge est passe,                     150
  S'approche, et vient offrir  son avide main
  Et les fumantes chairs sur le disque d'airain,
  Et l'amphore vineuse, et la coupe aux deux anses.
  'Mange et bois, dit Lycus; oublions les souffrances,
  Ami! leur lendemain est, dit-on, un beau jour.'                 155

  Bientt Lycus se lve et fait emplir sa coupe,
  Et veut que l'chanson verse  toute la troupe:
  'Pour boire  Jupiter, qui nous daigne envoyer
  L'tranger devenu l'hte de mon foyer.'
  Le vin de main en main va coulant  la ronde;                   160
  Lycus lui-mme emplit une coupe profonde,
  L'envoie  l'tranger: 'Salut, mon hte, bois.
  De ta ville bientt tu reverras les toits,
  Fussent-ils par-del les glaces du Caucase.'
  Des mains de l'chanson l'tranger prend le vase,               165
  Se lve et sur eux tous il invoque les dieux.
  On boit; il se rassied. Et jusque sur ses yeux
  Ses noirs cheveux toujours ombrageant son visage,
  De sourire et de plainte il mle son langage:

  'Mon hte, maintenant que sous tes nobles toits                 170
  De l'importun besoin j'ai calm les abois,
  Oserai-je  ma langue abandonner les rnes?
  Je n'ai plus ni pays, ni parents, ni domaines.
  Mais coute: le vin, par toi-mme vers,
  M'ouvre la bouche. Ainsi, puisque j'ai commenc,                175
  Entends ce que peut-tre il et mieux valu taire.
  Excuse enfin ma langue, excuse ma prire;
  Car du vin, tu le sais, la tmraire ardeur
  Souvent  l'excs mme enhardit la pudeur.
  Meurtri de durs cailloux ou de sables arides,                   180
  Dchir de buissons ou d'insectes avides,
  D'un long jene fltri, d'un long chemin lass
  Et de plus d'un grand fleuve en nageant travers,
  Je parais nerv, sans vigueur, sans courage;
  Mais je suis n robuste et n'ai point pass l'ge.              185
  La force et le travail, que je n'ai point perdus,
  Par un peu de repos me vont tre rendus.
  Emploie alors mes bras  quelques soins rustiques.
  Je puis dresser au char tes coursiers olympiques,
  Ou, sous les feux du jour, courb vers le sillon,               190
  Presser deux forts taureaux du piquant aiguillon.
  Je puis mme, tournant la meule nourricire,
  Broyer le pur froment en farine lgre.
  Je puis, la serpe en main, planter et diriger
  Et le cep et la treille, espoir de ton verger.                  195
  Je tiendrai la faucille ou la faux recourbe,
  Et devant mes pas l'herbe ou la moisson tombe
  Viendra remplir ta grange en la belle saison;
  Afin que nul mortel ne dise en ta maison,
  Me regardant d'un oeil insultant et colre:                     200
  O vorace tranger, qu'on nourrit  rien faire!

  --Vnrable indigent, va, nul mortel chez moi
  N'oserait lever sa langue contre toi.
  Tu peux ici rester, mme oisif et tranquille,
  Sans craindre qu'un affront ne trouble ton asile.               205
  --L'indigent se mfie.--Il n'est plus de danger.
  --L'homme est n pour souffrir.--Il est n pour changer.
  --Il change d'infortune!--Ami, reprends courage:
  Toujours un vent glac ne souffle point l'orage.
  Le ciel d'un jour  l'autre est humide ou serein,               210
  Et tel pleure aujourd'hui qui sourira demain.

  --Mon hte, en tes discours prside la sagesse.
  Mais quoi! la confiante et paisible richesse
  Parle ainsi!... L'indigent espre en vain du sort;
  En esprant toujours il arrive  la mort.                       215
  Dvor de besoins, de projets, d'insomnie,
  Il vieillit dans l'opprobre et dans l'ignominie.
  Rebut des humains durs, envieux, ingrats,
  Il a recours aux dieux qui ne l'entendent pas.
  Toutefois ta richesse accueille mes misres;                    220
  Et puisque ton coeur s'ouvre  la voix des prires.
  Puisqu'il sait, mnageant le faible humili,
  D'indulgence et d'gards temprer la piti,
  S'il est des dieux du pauvre,  Lycus! que ta vie
  Soit un objet pour tous et d'amour et d'envie!                  225

  --Je te le dis encore: esprons, tranger.
  Que mon exemple au moins serve  t'encourager
  Des changements du sort j'ai fait l'exprience.
  Toujours un mme clat n'a point  l'indigence
  Fait du riche Lycus envier le destin.                           230
  J'ai moi-mme t pauvre et j'ai tendu la main.
  Clotas de Larisse, en ses jardins immenses,
  Offrit  mon travail de justes rcompenses.
  "Jeune ami, j'ai trouv quelques vertus en toi;
  Va, sois heureux, dit-il, et te souviens de moi."               235
  Oui, oui, je m'en souviens: Clotas fut mon pre;
  Tu vois le fruit des dons de sa bont prospre.
  A tous les malheureux je rendrai dsormais
  Ce que dans mon malheur je dus  ses bienfaits.
  Dieux, l'homme bienfaisant est votre cher ouvrage;              240
  Vous n'avez point ici d'autre visible image;
  Il porte votre empreinte, il sortit de vos mains
  Pour vous reprsenter aux regards des humains.
  Veillez sur Clotas! Qu'une fleur ternelle,
  Fille d'une me pure, en ses traits tincelle;                  245
  Que nombre de bienfaits, ce sont l ses amours,
  Fassent une couronne  chacun de ses jours;
  Et quand une mort douce et d'amis entoure
  Recevra sans douleur sa vieillesse sacre,
  Qu'il laisse avec ses biens ses vertus pour appui               250
  A des fils, s'il se peut, encor meilleurs que lui.

  --Hte des malheureux, le sort inexorable
  Ne prend point les avis de l'homme secourable.
  Tous, par sa main de fer en aveugles pousss,
  Nous vivons; et tes voeux ne sont point exaucs.                255
  Clotas est perdu; son injuste patrie
  L'a priv de ses biens; elle a proscrit sa vie.
  De ses concitoyens ds longtemps envi,
  De ses nombreux amis en un jour oubli,
  Au lieu de ces tapis qu'avait tissus l'Euphrate,                260
  Au lieu de ces festins brillants d'or et d'agate
  O ses htes, parmi les chants harmonieux,
  Savouraient jusqu'au jour les vins dlicieux,
  Seul maintenant, sa faim, visitant les feuillages,
  Dpouille les buissons de quelques fruits sauvages;             265
  Ou, chez le riche altier apportant ses douleurs,
  Il mange un pain amer tout tremp de ses pleurs.
  Errant et fugitif, de ses beaux jours de gloire
  Gardant, pour son malheur, la pnible mmoire,
  Sous les feux du midi, sous le froid des hivers,                270
  Seul, d'exil en exil, de dserts en dserts,
  Pauvre et semblable  moi, languissant et dbile,
  Sans appui qu'un bton, sans foyer, sans asile,
  Revtu de rame ou de quelques lambeaux,
  Et sans que nul mortel attendri sur ses maux                    275
  D'un souhait de bonheur le flatte et l'encourage;
  Les torrents et la mer, l'aquilon et l'orage,
  Les corbeaux, et des loups les tristes hurlements
  Rpondant seuls la nuit  ses gmissements;
  N'ayant d'autres amis que les bois solitaires,                  280
  D'autres consolateurs que ses larmes amres,
  Il se trane; et souvent sur la pierre il s'endort
  A la porte d'un temple, en invoquant la mort.

  --Que m'as-tu dit? La foudre a tomb sur ma tte.
  Dieux! ah! grands dieux! partons. Plus de jeux, plus de fte!   285
  Partons. Il faut vers lui trouver des chemins srs;
  Partons. Jamais sans lui je ne revois ces murs.
  Ah! dieux! quand dans le vin, les festins, l'abondance,
  Enivr des vapeurs d'une folle opulence,
  Celui qui lui doit tout chante, et s'oublie, et rit,            290
  Lui peut-tre il expire, affam, nu, proscrit,
  Maudissant, comme ingrat, son vieil ami qui l'aime.
  Parle: tait-ce bien lui? le connais-tu toi-mme?
  En quels lieux tait-il? o portait-il ses pas?
  Il sait o vit Lycus, pourquoi ne vient-il pas?                 295
  Parle: tait-ce bien lui? parle, parle, te dis-je;
  O l'as-tu vu?--Mon hte,  regret je t'afflige.
  C'tait lui, je l'ai vu ........................
  .........................Les douleurs de son me
  Avaient chang ses traits. Ses deux fils et sa femme            300
  A Delphes, confis au ministre du dieu,
  Vivaient de quelques dons offerts dans le saint lieu.
  Par des sentiers secrets fuyant l'aspect des villes,
  On les avait suivis jusques aux Thermopyles.
  Il en gardait encore un douloureux effroi.                      305
  Je le connais; je fus son ami comme toi.
  D'un mme sort jaloux une mme injustice
  Nous a tous deux plongs au mme prcipice.
  Il me donna jadis (ce bien seul m'est rest)
  Sa marque d'alliance et d'hospitalit.                          310
  Vois si tu la connais.' De surprise immobile,
  Lycus a reconnu son propre sceau d'argile;
  Ce sceau, don mutuel d'immortelle amiti,
  Jadis  Clotas par lui-mme envoy.
  Il ouvre un oeil avide, et longtemps envisage                   315
  L'tranger. Puis enfin sa voix trouve un passage.

  'Est-ce toi, Clotas? toi qu'ainsi je revoi?
  Tout ici t'appartient. O mon pre! est-ce toi?
  Je rougis que mes yeux aient pu te mconnatre.
  Clotas!  mon pre!  toi qui fus mon matre,                  320
  Viens; je n'ai fait ici que garder ton trsor,
  Et ton ancien Lycus veut te servir encor;
  J'ai honte  ma fortune en regardant la tienne.'

  Et, dpouillant soudain la pourpre tyrienne
  Que tient sur son paule une agrafe d'argent,                   325
  Il l'attache lui-mme  l'auguste indigent.
  Les convives levs l'entourent; l'allgresse
  Rayonne en tous les yeux. La famille s'empresse;
  On cherche des habits, on rchauffe le bain.
  La jeune enfant approche; il rit, lui tend la main:             330
  'Car c'est toi, lui dit-il, c'est toi qui, la premire,
  Ma fille, m'as ouvert la porte hospitalire.'




                                   III

                               LA LIBERT

                         UN CHEVRIER, UN BERGER


  LE CHEVRIER

  Berger, quel es-tu donc? qui t'agite? et quels dieux
  De noirs cheveux pars enveloppent tes yeux?

  LE BERGER

  Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l'apprendre:
  Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre.

  LE CHEVRIER

  Quoi! tu sors de ces monts o tu n'as vu que toi,                 5
  Et qu'on n'approche point sans peine et sans effroi?

  LE BERGER

  Tu te plais mieux sans doute au bois,  la prairie;
  Tu le peux. Assieds-toi parmi l'herbe fleurie:
  Moi, sous un antre aride, en cet affreux sjour,
  Je me plais sur le roc  voir passer le jour.                    10

  LE CHEVRIER

  Mais Crs a maudit cette terre pre et dure;
  Un noir torrent pierreux y roule une onde impure;
  Tous ces rocs, calcins sous un soleil rongeur,
  Brlent et font hter les pas du voyageur.
  Point de fleurs, point de fruits, nul ombrage fertile            15
  N'y donne au rossignol un balsamique asile.
  Quelque olivier au loin, maigre fcondit,
  Y rampe et fait mieux voir leur triste nudit.
  Comment as-tu donc su d'herbes accoutumes
  Nourrir dans ce dsert tes brebis affames?                      20

  LE BERGER

  Que m'importe! est-ce  moi qu'appartient ce troupeau?
  Je suis esclave.

  LE CHEVRIER

                      Au moins un rustique pipeau
  A-t-il chass l'ennui de ton rocher sauvage?
  Tiens, veux-tu cette flte? Elle fut mon ouvrage.
  Prends: sur ce buis, fertile en agrables sons,                  25
  Tu pourras des oiseaux imiter les chansons.

  LE BERGER

  Non, garde tes prsents. Les oiseaux de tnbres,
  La chouette et l'orfraie, et leurs accents funbres,
  Voil les seuls chanteurs que je veuille couter;
  Voil quelles chansons je voudrais imiter.                       30
  Ta flte sous mes pieds serait bientt brise:
  Je hais tous vos plaisirs. Les fleurs et la rose,
  Et de vos rossignols les soupirs caressants,
  Rien ne plat  mon coeur, rien ne flatte mes sens.
  Je suis esclave.

  LE CHEVRIER

                   Hlas! que je te trouve  plaindre!             35
  Oui, l'esclavage est dur; oui, tout mortel doit craindre
  De servir, de plier sous une injuste loi,
  De vivre pour autrui, de n'avoir rien  soi.
  Protge-moi toujours,  libert chrie!
  O mre des vertus, mre de la patrie!                            40

  LE BERGER

  Va, patrie et vertu ne sont que de vains noms.
  Toutefois tes discours sont pour moi des affronts:
  Ton prtendu bonheur et m'afflige et me brave;
  Comme moi, je voudrais que tu fusses esclave.

  LE CHEVRIER

  Et moi, je te voudrais libre, heureux comme moi.                 45
  Mais les dieux n'ont-ils point de remde pour toi?
  Il est des baumes doux, des lustrations pures
  Qui peuvent de notre me assoupir les blessures,
  Et de magiques chants qui tarissent les pleurs.

  LE BERGER

  Il n'en est point; il n'est pour moi que des douleurs:           50
  Mon sort est de servir, il faut qu'il s'accomplisse.
  Moi, j'ai ce chien aussi qui tremble  mon service;
  C'est mon esclave aussi. Mon dsespoir muet
  Ne peut rendre qu' lui tous les maux qu'on me fait.

  LE CHEVRIER

  La terre, notre mre, et sa douce richesse,                      55
  Ne peut-elle, du moins, gayer ta tristesse?
  Vois combien elle est belle! et vois l't vermeil,
  Prodigue de trsors, brillants fils du soleil,
  Qui vient, fertile amant d'une heureuse culture,
  Varier du printemps l'uniforme verdure;                          60
  Vois l'abricot naissant, sous les yeux d'un beau ciel,
  Arrondir son fruit doux et blond comme le miel;
  Vois la pourpre des fleurs dont le pcher se pare
  Nous annoncer l'clat des fruits qu'il nous prpare.
  Au bord de ces prs verts regarde ces gurets,
  De qui les bls touffus, jaunissantes forts,                    65
  Du joyeux moissonneur attendent la faucille.
  D'agrestes dits quelle noble famille!
  La Rcolte et la Paix, aux yeux purs et sereins,
  Les pis sur le front, les pis dans les mains,                  70
  Qui viennent, sur les pas de la belle Esprance,
  Verser la corne d'or o fleurit l'abondance.

  LE BERGER

  Sans doute qu' tes yeux elles montrent leurs pas;
  Moi, j'ai des yeux d'esclave, et je ne les vois pas.
  Je n'y vois qu'un sol dur, laborieux, servile,                   75
  Que j'ai, non pas pour moi, contraint d'tre fertile;
  O, sous un ciel brlant, je moissonne le grain
  Qui va nourrir un autre, et me laisse ma faim.
  Voil quelle est la terre. Elle n'est point ma mre,
  Elle est pour moi martre; et la nature entire                  80
  Est plus nue  mes yeux, plus horrible  mon coeur
  Que ce vallon de mort qui te fait tant d'horreur.

  LE CHEVRIER

  Le soin de tes brebis, leur voix douce et paisible,
  N'ont-ils donc rien qui plaise  ton me insensible?
  N'aimes-tu point  voir les jeux de tes agneaux?                 85
  Moi, je me plais auprs de mes jeunes chevreaux;
  Je m'occupe  leurs jeux, j'aime leur voix blante;
  Et quand sur la rose et sur l'herbe brillante
  Vers leur mre en criant je les vois accourir,
  Je bondis avec eux de joie et de plaisir.                        90

  LE BERGER

  Ils sont  toi: mais moi, j'eus une autre fortune;
  Ceux-ci de mes tourments sont la cause importune
  Deux fois, avec ennui, promens chaque jour,
  Un matre souponneux nous attend au retour
  Rien ne le satisfait: ils ont trop peu de laine;                 95
  Ou bien ils sont mourants, ils se tranent  peine;
  En un mot, tout est mal. Si le loup quelquefois
  En saisit un, l'emporte et s'enfuit dans les bois,
  C'est ma faute; il fallait braver ses dents avides.
  Je dois rendre les loups innocents et timides!                  100
  Et puis, menaces, cris, injure, emportements,
  Et lches cruauts qu'il nomme chtiments.

  LE CHEVRIER

  Toujours  l'innocent les dieux sont favorables:
  Pourquoi fuir leur prsence, appui des misrables?
  Autour de leurs autels, pars de nos festons,                   105
  Que ne viens-tu danser, offrir de simples dons,
  Du chaume, quelques fleurs, et, par ces sacrifices,
  Te rendre Jupiter et les nymphes propices?

  LE BERGER

  Non; les danses, les jeux, les plaisirs des bergers
  Sont  mon triste coeur des plaisirs trangers.                 110
  Que parles-tu de dieux, de nymphes et d'offrandes?
  Moi, je n'ai pour les dieux ni chaume ni guirlandes;
  Je les crains, car j'ai vu leur foudre et leurs clairs;
  Je ne les aime pas: ils m'ont donn des fers.

  LE CHEVRIER

  Eh bien, que n'aimes-tu? Quelle amertume extrme                115
  Rsiste aux doux souris d'une vierge qu'on aime?
  L'autre jour,  la mienne, en ce bois fortun,
  Je vins offrir le don d'un chevreau nouveau-n.
  Son oeil tomba sur moi, si doux, si beau, si tendre!...
  Sa voix prit un accent!... Je crois toujours l'entendre.        120

  LE BERGER

  Eh! quel oeil virginal voudrait tomber sur moi?
  Ai-je, moi, des chevreaux  donner comme toi?
  Chaque jour, par ce matre inflexible et barbare,
  Mes agneaux sont compts avec un soin avare.
  Trop heureux quand il daigne  mes cris superflus               125
  N'en pas redemander plus que je n'en reus!
  O juste Nmsis! si jamais je puis tre
  Le plus fort  mon tour, si je puis me voir matre,
  Je serai dur, mchant, intraitable, sans foi,
  Sanguinaire, cruel, comme on l'est avec moi!                    130

  LE CHEVRIER

  Et moi, c'est vous qu'ici pour tmoins j'en appelle,
  Dieux! de mes serviteurs la cohorte fidle
  Me trouvera toujours humain, compatissant,
  A leurs justes dsirs facile et complaisant,
  Afin qu'ils soient heureux et qu'ils aiment leur matre         135
  Et bnissent en paix l'instant qui les vit natre.

  LE BERGER

  Et moi, je le maudis, cet instant douloureux
  Qui me donna le jour pour tre malheureux;
  Pour agir quand un autre exige, veut, ordonne;
  Pour n'avoir rien  moi, pour ne plaire  personne;             140
  Pour endurer la faim, quand ma peine et mon deuil
  Engraissent d'un tyran l'indolence et l'orgueil.

  LE CHEVRIER

  Berger infortun! ta plaintive dtresse
  De ton coeur dans le mien fait passer la tristesse.
  Vois cette chvre mre et ces chevreaux, tous deux              145
  Aussi blancs que le lait qu'elle garde pour eux;
  Qu'ils aillent avec toi, je te les abandonne.
  Adieu, puisse du moins ce peu que je te donne
  De ta triste mmoire effacer tes malheurs,
  Et, soign par tes mains, distraire tes douleurs!               150

  LE BERGER

  Oui, donne et sois maudit; car, si j'tais plus sage,
  Ces dons sont pour mon coeur d'un sinistre prsage:
  De mon despote avare ils choqueront les yeux.
  Il ne croit pas qu'on donne; il est fourbe, envieux;
  Il dira que chez lui j'ai vol le salaire                       155
  Dont j'aurai pu payer les chevreaux et la mre;
  Et, d'un si bon prtexte ardent  se servir,
  C'est  moi que lui-mme il viendra les ravir.

(_Commenc le vendredi au soir 16, et fini le dimanche au soir, 18 mars
1787._)




                                 IV

                              LE MALADE


  'Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystres,
  Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires,
  Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant,
  Prends piti de mon fils, de mon unique enfant!
  Prends piti de sa mre aux larmes condamne,                     5
  Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonne,
  Qui n'a pas d rester pour voir mourir son fils!
  Dieu jeune, viens aider sa jeunesse. Assoupis,
  Assoupis dans son sein cette fivre brlante
  Qui dvore la fleur de sa vie innocente.                         10
  Apollon! si jamais, chapp du tombeau,
  Il retourne au Mnale avoir soin du troupeau,
  Ces mains, ces vieilles mains orneront ta statue
  De ma coupe d'onyx  tes pieds suspendue;
  Et, chaque t nouveau, d'un jeune taureau blanc                 15
  La hache  ton autel fera couler le sang.

  Eh bien, mon fils, es-tu toujours impitoyable?
  Ton funeste silence est-il inexorable?
  Enfant, tu veux mourir? Tu veux, dans ses vieux ans,
  Laisser ta mre seule avec ses cheveux blancs?                   20
  Tu veux que ce soit moi qui ferme ta paupire?
  Que j'unisse ta cendre  celle de ton pre?
  C'est toi qui me devais ces soins religieux,
  Et ma tombe attendait tes pleurs et tes adieux.
  Parle, parle, mon fils! quel chagrin te consume?                 25
  Les maux qu'on dissimule en ont plus d'amertume.
  Ne lveras-tu point ces yeux appesantis?

  --Ma mre, adieu; je meurs, et tu n'as plus de fils.
  Non, tu n'as plus de fils, ma mre bien-aime.
  Je te perds. Une plaie ardente, envenime,                       30
  Me ronge; avec effort je respire, et je crois
  Chaque fois respirer pour la dernire fois.
  Je ne parlerai pas. Adieu; ce lit me blesse,
  Ce tapis qui me couvre accable ma faiblesse;
  Tout me pse et me lasse. Aide-moi, je me meurs.                 35
  Tourne-moi sur le flanc. Ah! j'expire!  douleurs!

  --Tiens, mon unique enfant, mon fils, prends ce breuvage;
  Sa chaleur te rendra ta force et ton courage.
  La mauve, le dictame ont, avec les pavots,
  Ml leurs sucs puissants qui donnent le repos;                  40
  Sur le vase bouillant, attendrie  mes larmes,
  Une Thessalienne a compos des charmes.
  Ton corps dbile a vu trois retours du soleil
  Sans connatre Crs, ni tes yeux le sommeil.
  Prends, mon fils, laisse-toi flchir  ma prire;                45
  C'est ta mre, ta vieille inconsolable mre
  Qui pleure, qui jadis te guidait pas  pas,
  T'asseyait sur son sein, te portait dans ses bras,
  Que tu disais aimer, qui t'apprit  le dire,
  Qui chantait, et souvent te forait  sourire                    50
  Lorsque tes jeunes dents, par de vives douleurs,
  De tes yeux enfantins faisaient couler des pleurs.
  Tiens, presse de ta lvre, hlas! ple et glace,
  Par qui cette mamelle tait jadis presse;
  Que ce suc te nourrisse et vienne  ton secours,                 55
  Comme autrefois mon lait nourrit tes premiers jours!

  --O coteaux d'rymanthe!  vallons!  bocage!
  O vent sonore et frais qui troublais le feuillage,
  Et faisais frmir l'onde, et sur leur jeune sein
  Agitais les replis de leur robe de lin!                          60
  De lgres beauts troupe agile et dansante ...
  Tu sais, tu sais, ma mre? aux bords de l'rymanthe ...
  L, ni loups ravisseurs, ni serpents, ni poisons ...
  O visage divin!  ftes!  chansons!
  Des pas entrelacs, des fleurs, une onde pure,                   65
  Aucun lieu n'est si beau dans toute la nature.
  Dieux! ces bras et ces flancs, ces cheveux, ces pieds nus
  Si blancs, si dlicats!... Je ne te verrai plus!
  Oh! portez, portez-moi sur les bords d'rymanthe,
  Que je la voie encor, cette vierge dansante!                     70
  Oh! que je voie au loin la fume  longs flots
  S'lever de ce toit au bord de cet enclos!
  Assise  tes cts, ses discours, sa tendresse,
  Sa voix, trop heureux pre! enchante ta vieillesse,
  Dieux! par-dessus la haie leve en remparts,                    75
  Je la vois,  pas lents, en longs cheveux pars,
  Seule, sur un tombeau, pensive, inanime,
  S'arrter et pleurer sa mre bien-aime.
  Oh! que tes yeux sont doux! que ton visage est beau!
  Viendras-tu point aussi pleurer sur mon tombeau?                 80
  Viendras-tu point aussi, la plus belle des belles,
  Dire sur mon tombeau: Les Parques sont cruelles!

  --Ah! mon fils, c'est l'amour, c'est l'amour insens
  Qui t'a jusqu' ce point cruellement bless?
  Ah! mon malheureux fils! Oui, faibles que nous sommes,           85
  C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes.
  S'ils pleurent en secret, qui lira dans leur coeur
  Verra que c'est toujours cet amour en fureur.
  Mais, mon fils, mais dis-moi, quelle belle dansante,
  Quelle vierge as-tu vue au bord de l'rymanthe?                  90
  N'es-tu pas riche et beau? du moins quand la douleur
  N'avait point de ta joue teint la jeune fleur!
  Parle. Est-ce cette Egl, fille du roi des ondes,
  Ou cette jeune Irne aux longues tresses blondes?
  Ou ne sera-ce point cette fire beaut                          95
  Dont j'entends le beau nom chaque jour rpt,
  Dont j'apprends que partout les belles sont jalouses?
  Qu'aux temples, aux festins, les mres, les pouses,
  Ne sauraient voir, dit-on, sans peine et sans effroi?
  Cette belle Daphn?....--Dieux! ma mre, tais-toi,              100
  Tais-toi. Dieux! qu'as-tu dit? Elle est fire, inflexible;
  Comme les immortels, elle est belle et terrible!
  Mille amants l'ont aime; ils l'ont aime en vain.
  Comme eux j'aurais trouv quelque refus hautain.
  Non, garde que jamais elle soit informe...                     105
  Mais,  mort!  tourment!  mre bien-aime!
  Tu vois dans quels ennuis dprissent mes jours.
  Ma mre bien-aime, ah! viens  mon secours.
  Je meurs; va la trouver: que tes traits, que ton ge,
  De sa mre  ses yeux offrent la sainte image.                  110
  Tiens, prends cette corbeille et nos fruits les plus beaux,
  Prends notre Amour d'ivoire, honneur de ces hameaux;
  Prends la coupe d'onyx  Corinthe ravie;
  Prends mes jeunes chevreaux, prends mon coeur, prends ma vie;
  Jette tout  ses pieds; apprends-lui qui je suis;               115
  Dis-lui que je me meurs, que tu n'as plus de fils.
  Tombe aux pieds du vieillard, gmis, implore, presse;
  Adjure cieux et mers, dieu, temple, autel, desse.
  Pars; et si tu reviens sans les avoir flchis,
  Adieu, ma mre, adieu, tu n'auras plus de fils.                 120

  --J'aurai toujours un fils, va, la belle esprance
  Me dit...' Elle s'incline, et, dans un doux silence,
  Elle couvre ce front, terni par les douleurs,
  De baisers maternels entremls de pleurs.
  Puis elle sort en hte, inquite et tremblante;                 125
  Sa dmarche est de crainte et d'ge chancelante.
  Elle arrive; et bientt revenant sur ses pas,
  Haletante, de loin: 'Mon cher fils, tu vivras,
  Tu vivras.' Elle vient s'asseoir prs de la couche,
  Le vieillard la suivait, le sourire  la bouche,                130
  La jeune belle aussi, rouge et le front baiss,
  Vient, jette sur le lit un coup d'oeil. L'insens
  Tremble; sous ses tapis il veut cacher sa tte.
  'Ami, depuis trois jours tu n'es d'aucune fte,
  Dit-elle; que fais-tu? Pourquoi veux-tu mourir?                 135
  Tu souffres. On me dit que je peux te gurir;
  Vis, et formons ensemble une seule famille:
  Que mon pre ait un fils, et ta mre une fille!'




                                 V

                               HYLAS

_Au chevalier de Pange._

  Le navire loquent, fils des bois du Pne,
  Qui portait  Colchos la Grce fortune,
  Craignant prs de l'Euxin les menaces du Nord,
  S'arrte, et se confie au doux calme d'un port.
  Aux regards des hros le rivage est tranquille;                   5
  Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile,
  Et va, pour leurs banquets sur l'herbe prpars,
  Chercher une onde pure en ces bords ignors.
  Reines, au sein d'un bois, d'une source prochaine,
  Trois naades l'ont vu s'avancer dans la plaine.                 10
  Elles ont vu ce front de jeunesse clatant,
  Cette bouche, ces yeux. Et leur onde  l'instant
  Plus limpide, plus belle, un plus lger zphire,
  Un murmure plus doux l'avertit et soupire.
  Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs;                 15
  Sa main errante suit l'clat de leurs couleurs;
  Elle oublie,  les voir, l'emploi qui la demande,
  Et s'gare  cueillir une belle guirlande.
  Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler.
  Sur l'immobile arne il l'admire couler,                         20
  Se courbe, et, s'appuyant  la rive penchante,
  Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.
  De leurs roseaux touffus les trois nymphes soudain
  Volent, fendent leurs eaux, l'entranent par la main
  En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles.                25
  Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles,
  Leur bouche, en mots mielleux o l'amour est vant,
  Le rassure et le loue et flatte sa beaut.
  Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine
  De la jeunesse en fleur la premire tamine,                     30
  Ou schent en riant quelques pleurs gracieux
  Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux.
  'Quand ces trois corps d'albtre atteignaient le rivage,
  D'abord j'ai cru, dit-il, que c'tait mon image
  Qui, de cent flots briss prompte  suivre la loi,              35
  Ondoyante, volait et s'lanait vers moi.'

  Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure,
  Va, vient, le cherche, crie auprs de l'onde pure:
  'Hylas! Hylas!' Il crie et mille et mille fois.
  Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix;                 40
  Et du fond des roseaux, pour le tirer de peine,
  Lui rpond une voix non entendue et vaine.

  De Pange, c'est vers toi qu' l'heure du rveil
  Court cette jeune idylle au teint frais et vermeil.
  Va trouver mon ami, va, ma fille nouvelle,                      45
  Lui disais-je. Aussitt, pour te paratre belle,
  L'eau pure a ranim son front, ses yeux brillants;
  D'une troite ceinture elle a press ses flancs;
  Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tte,
  Et sa flte  la main, sa flte qui s'apprte                   50
  A dfier un jour les pipeaux de Segrais,
  Seuls connus parmi nous aux nymphes des forts.




                                VI

                        LA JEUNE TARENTINE


  Pleurez, doux alcyons!  vous, oiseaux sacrs,
  Oiseaux chers  Thtis, doux alcyons, pleurez!

  Elle a vcu, Myrto, la jeune Tarentine!
  Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:
  L, l'hymen, les chansons, les fltes, lentement                  5
  Devaient la reconduire au seuil de son amant.
  Une clef vigilante a, pour cette journe,
  Dans le cdre enferm sa robe d'hymne,
  Et l'or dont au festin ses bras seraient pars,
  Et pour ses blonds cheveux les parfums prpars.                 10
  Mais, seule sur la proue, invoquant les toiles,
  Le vent imptueux qui soufflait dans les voiles
  L'enveloppe; tonne et loin des matelots,
  Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

  Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!                  15
  Son beau corps a roul sous la vague marine.
  Thtis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,
  Aux monstres dvorants eut soin de le cacher.
  Par ses ordres bientt les belles Nrides
  L'lvent au-dessus des demeures humides,                        20
  Le portent au rivage, et dans ce monument
  L'ont au cap du Zphyr dpos mollement;
  Puis de loin,  grands cris appelant leurs compagnes,
  Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes,
  Toutes, frappant leur sein et tranant un long deuil,            25
  Rptrent, hlas! autour de son cercueil:

  'Hlas! chez ton amant tu n'es point ramene;
  Tu n'as point revtu ta robe d'hymne;
  L'or autour de tes bras n'a point serr de noeuds;
  Les doux parfums n'ont point coul sur tes cheveux.'             30




                               VII

                SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE

_Des nymphes et des satyres chantent dans une grotte qu'il faut peindre
bien romantique, pittoresque, divine, en soupant, avec des coupes
ciseles; chacun chante le sujet reprsent sur sa coupe. L'un_:
tranger, ce taureau, _etc._; _l'autre_: Pasipha; _d'autres,
d'autres_...


  EUROPE

  tranger, ce taureau, qu'au sein des mers profondes
  D'un pied lger et sr tu vois fendre les ondes,
  Est le seul que jamais Amphitrite ait port.
  Il nage aux bords crtois. Une jeune beaut
  Dont le vent fait voler l'charpe obissante                      5
  Sur ses flancs est assise, et d'une main tremblante
  Tient sa corne d'ivoire, et, les pleurs dans les yeux,
  Appelle ses parents, ses compagnes, ses jeux;
  Et, redoutant la vague et ses assauts humides,
  Retire et veut sous soi cacher ses pieds timides.                10

  L'art a rendu l'airain fluide et frmissant,
  On croit le voir flotter. Ce nageur mugissant,
  Ce taureau, c'est un dieu; c'est Jupiter lui-mme.
  Dans ses traits dguiss, du monarque suprme
  Tu reconnais encore et la foudre et les traits.                  15
  Sidon l'a vu descendre au bord de ses gurets,
  Sous ce front emprunt couvrant ses artifices,
  Brillant objet des voeux de toutes les gnisses.

  La vierge tyrienne, Europe, son amour,
  Imprudente, le flatte; il la flatte  son tour;                  20
  Et, se fiant  lui, la belle dsire
  Ose asseoir sur son flanc cette charge adore.
  Il s'est lanc dans l'onde; et le divin nageur,
  Le taureau, roi des dieux, l'humide ravisseur,
  A dj pass Chypre et ses rives fertiles;                       25
  Il s'approche de Crte, et va voir les cent villes.




                               VIII

                             PASIPHA


  Tu gmis sur l'Ida, mourante, chevele,
  O reine!  de Minos pouse dsole!
  Heureuse si jamais, dans ses riches travaux,
  Crs n'et pour le joug lev des troupeaux!...
  Tu voles pier sous quelle yeuse obscure,                         5
  Tranquille, il ruminait son antique pture,
  Quel lit de fleurs reut ses membres nonchalants,
  Quelle onde a ranim l'albtre de ses flancs.
  'O nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crte,
  De ces vallons, fermez, entourez la retraite,                    10
  Si peut-tre vers lui des vestiges pars
  Ne viendront point guider mes pas et mes regards.'
  Insense!  travers ronces, forts, montagnes,
  Elle court. O fureur! dans les vertes campagnes,
  Une belle gnisse  son superbe amant                            15
  Adressait devant elle un doux mugissement.
  'La perfide mourra. Jupiter la demande.'
  Elle-mme  son front attache la guirlande,
  L'entrane, et sur l'autel prenant le fer vengeur:
  'Sois belle maintenant, et plais  mon vainqueur.'               20
  Elle frappe, et sa haine,  la flamme lustrale,
  Rit de voir palpiter le coeur de sa rivale.




                                IX

                            PANNYCHIS


_Plusieurs jeunes files entourent un petit enfant... le caressent..._

--_On dit que tu as fait une chanson pour Pannychis, ta cousine?_

--_Oui, je l'aime, Pannychis... elle est belle. Elle a cinq ans comme
moi... Nous avons arrondi en berceau ces buissons de roses... Nous nous
promenons sous cet ombrage... On ne peut nous y troubler, car il est
trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donn une statue de Vnus
que mon pre m'a faite avec du buis. Elle l'appelle sa fille, elle la
couche sur des feuilles de rose dans une corce de grenade... Tous les
amants font toujours des chansons pour leur bergre... Et moi aussi,
j'en ai fait une pour elle..._

--_Eh bien, chante-nous ta chanson et nous te donnerons des raisins et
des figues mielleuses..._

--_Donnez-les-moi d'abord et puis je vais chanter... Il tend ses deux
mains... on lui donne... et puis, d'une voix claire et douce, il se met
 chanter_:

  'Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes;
  Nous avons mme toit, nos ges sont les mmes.
  Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau.
  Hier je me suis mis auprs de mon chevreau;
  Par Pollux et Minerve! il ne pouvait qu' peine                   5
  Faire arriver sa tte au niveau de la mienne.
  D'une coque de noix j'ai fait un abri sr
  Pour un beau scarabe tincelant d'azur;
  Il couche sur la laine, et je te le destine.
  Ce matin, j'ai trouv parmi l'algue marine                       10
  Une vaste coquille aux brillantes couleurs;
  Nous l'emplirons de terre, il y viendra des fleurs.
  Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse,
  Lancer sur notre tang des corces d'yeuse.
  Le chien de la maison est si doux! chaque soir,                  25
  Mollement sur son dos je veux te faire asseoir;
  Et, marchant devant toi jusques  notre asile,
  Je guiderai les pas de ce coursier docile.'

_Il s'en va bien bais, bien caress... Les jeunes beauts le suivent de
loin. Arrives aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau sous
lequel elles les voient occups  former avec des buissons de myrte et
de roses un temple de verdure autour d'un petit autel, pour leur statue
de Vnus; elles rient. Ils lvent la tte, les voient et leur disent de
s'en aller. On les embrasse... En s'en allant, la jeune Myro dit:... O
heureux ge!... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments
de notre enfance... j'ai entour d'une haie, pour le conserver, le
jardin que j'avais alors... Une chvre l'aurait brout tout entier en
une heure... C'est l que je vivais avec...; il m'appelait dj sa femme
et je l'appelais mon poux... Nous n'tions pas plus hauts que telle
plante... Nous nous serions perdus dans une fort de thym... Vous y
verrez encore les romarins s'lever en berceau comme des cyprs autour
du tombeau de marbre o sont crits les vers d'Anyt... Mon bien-aim
m'avait donn une cigale et une sauterelle. Elles moururent, je leur
levai ce tombeau parmi le romarin. J'tais en pleurs... La belle Anyt
passa, sa lyre  la main..._

--_Qu'as-tu? me demanda-t-elle._

--_Ma cigale et ma sauterelle sont mortes..._

--_Ah! me dit-elle, nous devons tous mourir (cinq ou six vers de
morale)..._

_Puis elle crivit sur la pierre_:

  'O sauterelle,  toi, rossignol des fougres,
  A toi, verte cigale, amante des bruyres,                        30
  Myro de cette tombe lve les honneurs,
  Et sa joue enfantine est humide de pleurs;
  Car l'avare Achron, les Soeurs impitoyables
  Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables.'




                                 X

                               DRYAS


  'Tout est-il prt? partons. Oui, le mt est dress;
  Adieu donc.' Sur les bancs le rameur est plac;
  La voile, ouverte aux vents, s'enfle et s'agite et flotte;
  Dj le gouvernail tourne aux mains du pilote.
  Insens! vainement le serrant dans leurs bras,                    5
  Femme, enfants, tout se jette au-devant de ses pas;
  Il monte, on lve l'ancre. lev sur la poupe,
  Il remplit et couronne une cumante coupe,
  Prie, et la verse aux dieux qui commandent aux flots.
  Tout retentit de cris, adieux des matelots.                      10
  Sur sa famille en pleurs il tourne encor la vue,
  Et des yeux et des mains longtemps il les salue.
  Insens! vainement une fois averti!
  On dtache le cble; il part; il est parti!
  Car il ne voyait pas que bientt sur sa tte                     15
  L'automne imptueux amassant la tempte
  L'attendait au passage, et l, loin de tout bord,
  Lui prparait bientt le naufrage et la mort.
  'Dieux de la mer ge,  vents,  dieux humides,
  Glaucus et Palmon, et blanches Nrides,                        20
  Sauvez, sauvez Dryas. Dj voisin du port,
  Entre la terre et moi je rencontre la mort.
  Mon navire est bris. Sous les ondes avares
  Tous les miens ont pri. Dieux! rendez-moi mes lares!
  Dieux! entendez les cris d'un pre et d'un poux!                25
  Sauvez, sauvez Dryas, il s'abandonne  vous.'
  Il dit, plonge, et, perdant au sein de la tourmente
  La planche, sous ses pieds fugitive et flottante,
  Nage, et lutte, et ses bras et ses efforts nombreux...
  Et la vague en roulant sur les sables pierreux,                  30
  Blme, expirant, couvert d'une cume sale,
  Le vomit. Sa famille errante, chevele,
  Qui perait l'air de cris et se frappait le sein,
  Court, le saisit, l'entrane, et, le fer  la main,
  Rendant grces aux flots d'avoir sauv sa tte,                  35
  Offre une brebis noire  la noire tempte.



                                 XI

                               BACCHUS


  Viens,  divin Bacchus,  jeune Thyone,
  O Dionyse, van, Iacchus et Lne;
  Viens, tel que tu parus aux dserts de Naxos
  Quand tu vins rassurer la fille de Minos.
  Le superbe lphant, en proie  ta victoire,                      5
  Avait de ses dbris form ton char d'ivoire.
  De pampres, de raisins mollement enchan,
  Le tigre aux larges flancs de taches sillonn,
  Et le lynx toil, la panthre sauvage,
  Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage.                      10
  L'or reluisait partout aux axes de tes chars.
  Les Mnades couraient en longs cheveux pars
  Et chantaient vo, Bacchus et Thyone,
  Et Dionyse, van, Iacchus et Lne,
  Et tout ce que pour toi la Grce eut de beaux noms.              15
  Et la voix des rochers rptait leurs chansons,
  Et le rauque tambour, les sonores cymbales,
  Les hautbois tortueux, et les doubles crotales
  Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin
  Le faune, le satyre et le jeune Sylvain,                         20
  Au hasard attroups autour du vieux Silne,
  Qui, sa coupe  la main, de la rive indienne,
  Toujours ivre, toujours dbile, chancelant,
  Pas  pas cheminait sur son ne indolent.




                                XII

                        LE CHNE DE CRS


  Allons chanter, assis dans les saintes forts,
  Sous ce chne orgueilleux, favori de Crs,
  Qui loin autour de lui porte un immense ombrage,
  Tu vois, de tous cts pendant  son feuillage,
  Couronnes et bandeaux et bouquets entasss,                       5
  Doux monuments des voeux par Crs exaucs.

  A son ombre souvent les nymphes bocagres
  Viennent former les pas de leurs danses lgres;
  Pour mesurer ses flancs et leur vaste contour,
  Leurs mains s'entrelaant serpentent  l'entour:                 10
  Et, les bras tendus, vingt Dryades  peine
  Pressent ce tronc noueux et dont Crs est vaine.

(Tir d'Ovide, _Mt._, viii.)




                               XIII

                              HERCULE


  Oeta, mont ennobli par cette nuit ardente,
  Quand l'infidle poux d'une pouse imprudente
  Reut de son amour un prsent trop jaloux,
  Victime du centaure immol par ses coups;
  Il brise tes forts: ta cime paisse et sombre                    5
  En un bcher immense amoncelle sans nombre
  Les sapins rsineux que son bras a ploys.
  Il y porte la flamme; il monte, sous ses pieds
  tend du vieux lion la dpouille hroque,
  Et l'oeil au ciel, la main sur la massue antique,                10
  Attend sa rcompense et l'heure d'tre un dieu.
  Le vent souffle et mugit. Le bcher tout en feu
  Brille autour du hros, et la flamme rapide
  Porte au palais divin l'me du grand Alcide!




                               XIV

                            RICHTHON


  J'apprends, pour disputer un prix si glorieux,
  Le bel art d'richthon, mortel prodigieux
  Qui sur l'herbe glissante, en longs anneaux mobiles,
  Jadis homme et serpent, tranait ses pieds agiles.
  lev sur un axe, richthon le premier                            5
  Aux liens du timon attacha le coursier,
  Et vainqueur, prs des mers, sur les sables arides,
  Fit voler  grand bruit les quadriges rapides.

  Le Lapithe, hardi dans ses jeux turbulents,
  Le premier, des coursiers osa presser les flancs.                10
  Sous lui, dans un long cercle achevant leur carrire,
  Ils surent aux liens livrer leur tte altire,
  Blanchir un frein d'cume, et, lgers, bondissants,
  Agiter, mesurer leurs pas retentissants.

(Pris de Virgile.)




                                 XV

                                NRE


  Mais telle qu' sa mort, pour la dernire fois,
  Un beau cygne soupire, et de sa douce voix,
  De sa voix qui bientt lui doit tre ravie,
  Chante, avant de partir, ses adieux  la vie,
  Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort,                   5
  Ple, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort:

  'O vous, du Sbthus naades vagabondes,
  Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes.
  Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus,
  Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus.                   10
  O cieux,  terre,  mer, prs, montagnes, rivages,
  Fleurs, bois mlodieux, vallons, grottes sauvages,
  Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours
  Nre tout son bien, Nre ses amours;
  Cette Nre, hlas! qu'il nommait sa Nre,                      15
  Qui, pour lui criminelle, abandonna sa mre;
  Qui, pour lui fugitive, errant de lieux en lieux,
  Aux regards des humains n'osa lever les yeux.
  Oh! soit que l'astre pur des deux frres d'Hlne
  Calme sous ton vaisseau la vague ionienne;                       20
  Soit qu'aux bords de Pstum, sous ta soigneuse main,
  Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin;
  Au coucher du soleil, si ton me attendrie
  Tombe en une muette et molle rverie,
  Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi.                        25
  Je viendrai, Clinias; je volerai vers toi.

  Mon me vagabonde,  travers le feuillage,
  Frmira; sur les vents ou sur quelque nuage
  Tu la verras descendre, ou du sein de la mer,
  S'levant comme un songe, tinceler dans l'air,                  30
  Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive,
  Caresser, en fuyant, ton oreille attentive.'




                                XVI


  Mon visage est fltri des regards du soleil.
  Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil.
  J'ai suivi tout le jour le fond de la valle;
  Des blements lointains partout m'ont appele.
  J'ai couru: tu fuyais sans doute loin de moi:                     5
  C'taient d'autres pasteurs. O te chercher,  toi
  Le plus beau des humains? Dis-moi, fais-moi connatre
  O sont donc tes troupeaux, o tu les mnes patre,
  Pour que je cesse enfin de courir sur les pas
  Des troupeaux trangers que tu ne conduis pas.                   10

(Tir du _Cantique des cantiques_.)




                                XVII


  O jeune adolescent! tu rougis devant moi.
  Vois mes traits sans couleurs; ils plissent pour toi:
  C'est ton front virginal, ta grce, ta dcence;
  Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance.
  O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur                    5
  N'a pu de ton visage oublier la douceur.
  Bel enfant, sur ton front la volupt rside.
  Ton regard est celui d'une vierge timide.
  Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour,
  Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour.                     10
  Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre;
  Viens remettre en mes mains ton me vierge et tendre,
  Afin que mes leons, moins timides que toi,
  Te fassent soupirer et languir comme moi;
  Et qu'enfin rassur, cette joue enfantine                        15
  Doive  mes seuls baisers cette rougeur divine.
  Oh! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin
  Reposer mollement ta tte sur mon sein!
  Je te verrais dormir, retenant mon haleine,
  De peur de t'veiller, ne respirant qu' peine.                  20
  Mon charpe de lin, que je ferais flotter,
  Loin de ton beau visage aurait soin d'carter
  Les insectes volants dont les ailes bruyantes
  Aiment  se poser sur les lvres dormantes.




                               XVIII


  La nymphe l'aperoit, et l'arrte, et soupire.
  Vers un banc de gazon, tremblante, elle l'attire;
  Elle s'assied. Il vient, timide avec candeur,
  mu d'un peu d'orgueil, de joie et de pudeur.
  Les deux mains de la nymphe errent  l'aventure.                  5
  L'une, sur son front blanc, va de sa chevelure
  Former les blonds anneaux. L'autre de son menton
  Caresse lentement le mol et doux coton.

  'Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle,
  Toi si jeune et si beau, prs de moi jeune et belle.             10
  Viens,  mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi.
  Dis, quel ge, mon fils, s'est coul pour toi?
  Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire?
  Aujourd'hui, m'a-t-on dit, tes compagnons de gloire,
  Trop heureux, te pressaient entre leurs bras glissants,          15
  Et l'olive a coul sur tes membres luisants.
  Tu baisses tes yeux noirs? Bienheureuse la mre
  Qui t'a form si beau, qui t'a nourri pour plaire!
  Tu souris? tu rougis? Que ta joue est brillante!
  Que ta bouche est vermeille et ta peau transparente!             20
  N'es-tu pas Hyacinthe au blond Phoebus si cher?
  Ou ce jeune Troyen ami de Jupiter?
  Ou celui qui, naissant pour plus d'une immortelle,
  Entr'ouvrit de Myrrha l'corce maternelle?
  Ami, qui que tu sois, oh! tes jeux sont charmants:               25
  Bel enfant, aime-moi. Mon coeur de mille amants
  Rejeta mille fois la poursuite enflamme;
  Mais toi seul, aime-moi, j'ai besoin d'tre aime...'




                                XIX

                         CHANSON DES YEUX


  Viens: l, sur des joncs frais ta place est toute prte.
  Viens, viens, sur mes genoux viens reposer ta tte.
  Les yeux levs sur moi, tu resteras muet,
  Et je te chanterai la chanson qui te plat.
  Comme on voit, au moment o Phoebus va renatre,                  5
  La nuit prte  s'enfuir, le jour prt  paratre,
  Je verrai tes beaux yeux, les yeux de mon ami,
  En un demi-sommeil se fermer  demi.
  Tu me diras: 'Adieu, je dors, adieu, ma belle.
  --Adieu, dirai-je, adieu, dors, mon ami fidle,                  10
  Car le... aussi dort le front vers les cieux,'
  Et j'irai te baiser et le front et les yeux.

  Ne me regarde point; cache, cache tes yeux;
  Mon sang en est brl; tes regards sont des feux.
  Viens, viens. Quoique vivant, et dans ta fleur premire,         15
  Je veux avec mes mains te fermer la paupire,
  Ou, malgr tes efforts, je prendrai tes cheveux
  Pour en faire un bandeau qui te cache les yeux.

(Le commencement est imit de Shakespeare, _Henry IV_.)




                                XX


  'Les esclaves d'amour ont tant vers de pleurs!
  S'il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs!
  Qu'il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille,
  Les muses contre lui nous offrent un asile;
  Les muses, seul objet de mes jeunes dsirs,                       5
  Mes uniques amours, mes uniques plaisirs.
  L'amour n'ose troubler la paix de ce rivage.
  Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage,
  Fait fuir ce dieu cruel, leur lgitime effroi,
  Chastes muses, veillez, veillez toujours sur moi.'               10

  --'Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses.
  Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses.
  Le coeur qui n'aime rien a beau les implorer,
  Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer.
  Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire.                  15
  C'est ainsi que toujours elles montent ma lyre.
  Si je chante les dieux, ou les hros, soudain
  Ma langue balbutie et se travaille en vain.
  Si je chante l'amour, ma chanson d'elle-mme
  S'coule de ma bouche et vole  ce que j'aime.'                  20




                                XXI

                             A VESPER


  O quel que soit ton nom, soit Vesper, soit Phosphore,
  Messager de la nuit, messager de l'aurore,
  Cruel astre au matin, le soir astre si doux!
  Phosphore, le matin, loin de nos bras jaloux,
  Ta fais fuir nos amours tremblantes, incertaines,                 5
  Mais le soir, en secret, Vesper, tu les ramnes,
  La vierge qu' l'hymen la nuit doit prsenter
  Redoute que Vesper se hte d'arriver.
  Puis, au bras d'un poux, elle accuse Phosphore
  De rallumer trop tt les flambeaux de l'aurore,                  10
  Brillante toile, adieu, le jour s'avance, cours,
  Ramne-moi bientt la nuit et mes amours.




                               XXII


  Blanche et douce colombe, aimable prisonnire,
  Quel injuste ennemi te cache  la lumire?
  Je t'ai vue aujourd'hui (que le ciel tait beau!)
  Te promener longtemps sur le bord du ruisseau,
  Au hasard, en tous lieux, languissante, muette,                   5
  Tournant tes doux regards et tes pas et ta tte.
  Cach dans le feuillage, et n'osant l'agiter,
  D'un rameau sur un autre  peine osant sauter,
  J'avais peur que le vent dcelt mon asile.
  Tout seul je gmissais, sur moi-mme immobile,                   10
  De ne pouvoir aller, le ciel tait si beau!
  Promener avec toi sur le bord du ruisseau.

  Car, si j'avais os, sortant de ma retraite,
  Prs de ta tte amie aller porter ma tte,
  Avec toi murmurer et fouler sous mes pas                         15
  Le mme pr foul sous tes pieds dlicats,
  Mes ailes et ma voix auraient frmi de joie,
  Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie,
  Ces gardiens envieux qui te suivent toujours,
  Auraient connu soudain que tu fais mes amours.                   20
  Tous les deux  l'instant, timide prisonnire,
  T'auraient, dans ta prison, ravie  la lumire,
  Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau,
  Te promener encor sur le bord du ruisseau.

  Blanche et douce brebis  la voix innocente,                     25
  Si j'avais, pour toucher ta laine obissante,
  Os sortir du bois et bondir avec toi,
  Te bler mes amours et t'appeler  moi,
  Les deux loups souponneux qui marchaient  ta suite
  M'auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite,      30
  Et pour te dvorer eussent fondu sur toi
  Plutt que te laisser un moment avec moi.




                               XXIII

                       LE SATYRE ET LA FLTE


  Toi, de Mopsus ami! Non loin de Brcynthe,
  Certain satyre, un jour, trouva la flte sainte
  Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux
  Le cortge nerv de la mre des dieux.
  Il appelle aussitt du Sangar au Mandre                          5
  Les nymphes de l'Asie, et leur dit de l'entendre;
  Que tout l'art d'Hyagnis n'tait que dans ce bui;
  Qu'il a, grce au destin, des doigts tout comme lui.
  On s'assied. Le voil qui se travaille et sue,
  Souffle, agite ses doigts, tord sa lvre touffue,                10
  Enfle sa joue paisse, et fait tant qu' la fin
  Le buis rsonne et pousse un cri rauque et chagrin.
  L'auditoire tonn se lve, non sans rire,
  Les loges railleurs fondent sur le satyre,
  Qui pleure, et des chiens mme, en fuyant vers le bois,          15
  vite comme il peut les dents et les abois.




                                XXIV


  De nuit, la nymphe errante  travers le bois sombre
  Aperoit le satyre; et, le fuyant dans l'ombre,
  De loin, d'un cri perfide, elle va l'appelant.
  Le pied-de-chvre accourt, sur sa trace volant,
  Et dans une eau stagnante,  ses pas oppose,                     5
  Tombe, et sa plainte amre excite leur rise.




                                 XXV


  L'impur et fier poux que la chvre dsire
  Baisse le front, se dresse et cherche le satyre.
  Le satyre, averti de cette inimiti,
  Affermit sur le sol la corne de son pi;
  Et leurs obliques fronts, lancs tous deux ensemble,              5
  Se choquent; l'air frmit, le bois s'agite et tremble.




                                 XXVI


  Ma Muse fuit les champs abreuvs de carnage,
  Et ses pieds innocents ne se poseront pas
  O la cendre des morts gmirait sous ses pas.
  Elle plit d'entendre et le cri des batailles,
  Et les assauts tonnants qui frappent les murailles,               5
  Et le sang qui jaillit sous les pointes d'airain
  Souillerait la blancheur de sa robe de lin.

(Traduit de Gessner.)




                                XXVII


_Un berger pote dira:_

  Mes chants savent tout peindre; accours, viens les entendre.
  Ma voix plat, Astrie, elle est flexible et tendre.
  Philomle, les bois, les eaux, les pampres verts,
  Les muses, le printemps, habitent dans mes vers.
  Le baiser dans mes vers tincelle et respire.                     5
  La source aux pieds d'argent qui m'arrte et m'inspire
  Y roule en murmurant son flot lger et pur.
  Souvent avec les cieux il se pare d'azur.
  Le souffle insinuant, qui frmit sous l'ombrage,
  Voltige dans mes vers comme dans le feuillage.                   10
  Mes vers sont parfums et de myrte et de fleurs,
  Soit les fleurs dont l't ranime les couleurs,
  Soit celles que seize ans, t plus doux encore,
  Sur une belle joue ont l'art de faire clore.




                              XXVIII


  Le lys est le plus beau des enfants du zphire,
  Il lve un front superbe et demande l'empire.
  Des suaves esprits dans sa coupe forms,
  L'air, les eaux, le bocage, au loin sont embaums.
  Sous l'herbe, loin des yeux, plus aimable et moins belle,         5
  La violette fuit. Son parfum la rvle,
  Avertit qu'elle est l; que, voulant se cacher
  L, pour le sein qu'on aime, il faut l'aller chercher.




                               XXIX

                          A L'HIRONDELLE


  Fille de Pandion,  jeune Athnienne,
  La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine,
  Et nourrit tes petits qui, dbiles encor,
  Nus, tremblants, dans les airs n'osent prendre l'essor.
  Tu voles; comme toi la cigale a des ailes.                        5
  Tu chantes; elle chante.  vos chansons fidles
  Le moissonneur s'gaye, et l'automne orageux
  En des climats lointains vous chasse toutes deux.
  Oses-tu donc porter dans ta cruelle joie
  A ton nid sans piti cette innocente proie?                      10
  Et faut-il voir prir un chanteur sans appui
  Sous la morsure, hlas! d'un chanteur comme lui!

(Trad. d'vnus de Paros.)




                                XXX


  Ah! prends un coeur humain, laboureur trop avide,
  Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide
  De tes larges moissons vient, le regard confus,
  Recueillir aprs toi les restes superflus.
  Souviens-toi que Cyble est la mre commune.                      5
  Laisse la probit que trahit la fortune.
  Comme l'oiseau du ciel, se nourrir  tes pieds
  De quelques grains pars sur la terre oublis.

(Tir de Thomson.)




                               XXXI


  Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile
  Le soir emplis de lait trente vases d'argile,
  Crains la gnisse pourpre, au farouche regard,
  Qui marche toujours seule et qui pat  l'cart.
  Libre, elle lutte et fuit, intraitable et rebelle.                5
  Tu ne presseras point sa fconde mamelle,
  A moins qu'avec adresse un de ses pieds li
  Sous un cuir souple et lent ne demeure pli.

(Vu et fait  Catillon, prs Forges, le 4 aot 1792, et crit  Gournay
le lendemain.)




                              XXXII


  Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche,
  Quand lui-mme, appliquant la flte sur ma bouche,
  Riant et m'asseyant sur lui, prs de son coeur,
  M'appelant son rival et dj son vainqueur,
  Il faonnait ma lvre inhabile et peu sre                        5
  A souffler une haleine harmonieuse et pure;
  Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts,
  Les levaient, les baissaient, recommenaient vingt fois,
  Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,
  A fermer tour  tour les trous du buis sonore.                   10




                              XXXIII

                               MNAS


  'Bergers, vous dont ici la chvre vagabonde,
  La brebis se tranant sous sa laine fconde,
  Au dos de la colline accompagnent les pas,
  A la jeune Mnas rendez, rendez, hlas!
  Par Crs, par sa fille et la Terre sacre,                       5
  Une grce lgre, autant que dsire.
  Ah! prs de vous, jadis, elle avait son berceau,
  Et sa vingtime anne a trouv le tombeau.
  Que vos agneaux du moins viennent prs de ma cendre
  Me bler les accents de leur voix douce et tendre,               10
  Et patre au pied d'un roc o d'un son enchanteur
  La flte parlera sous les doigts du pasteur.
  Qu'au retour du printemps, dpouillant la prairie,
  Des dons du villageois ma tombe soit fleurie;
  Puis d'une brebis mre et docile  sa main                       15
  En un vase d'argile il pressera le sein;
  Et sera chaque jour d'un lait pur arrose
  La pierre en ce tombeau sur mes mnes pose.
  Morts et vivants, il est encor pour nous unir
  Un commerce d'amour et de doux souvenir.'                        20

_C'est en songe que la jeune Mnas est venue leur dire cela._

(Trad. de Lonidas de Tarente.)




                               XXXIV

                            LES JARDINS


  Secrets observateurs, leur studieuse main
  En des vases d'argile et de verre et d'airain
  Enferme la nature et les riches campagnes.
  Ce sont l leurs vallons, leurs forts, leurs montagnes.
  Barbares possesseurs, Procustes furieux,                          5
  Sous le niveau jaloux leur fer injurieux
  Mutile sans piti les plaintives dryades.
  Le plomb, les murs de pierre enchanant les naades,
  De bassins en bassins, de degrs en degrs,
  Guident leur chute esclave et leurs pas mesurs,                 10
  L, quelle muse libre et nave et fidle
  Peut natre? Loin du bois, comme si Philomle,
  Sous leurs treillages peints dont la main du sculpteur
  A cisel l'acanthe ou le lierre imposteur,
  Allait chercher ces sons dont le printemps s'honore,             15
  Dlices de la nuit, dlices de l'aurore!




                               XXXV

                       INVOCATION A LA POSIE


  Nymphe tendre et vermeille,  jeune Posie!
  Quel bois est aujourd'hui ta retraite choisie?
  Quelles fleurs, prs d'une onde o s'garent tes pas,
  Se courbent mollement sous tes pieds dlicats?
  O te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle:                  5
  Sur son visage blanc quelle pourpre tincelle!
  L'hirondelle a chant; Zphir est de retour:
  Il revient en dansant; il ramne l'amour.
  L'ombre, les prs, les fleurs, c'est sa douce famille,
  Et Jupiter se plat  contempler sa fille,                       10
  Cette terre o partout, sous tes doigts gracieux,
  S'empressent de germer des vers mlodieux.
  Le fleuve qui s'tend dans les vallons humides
  Roule pour toi des vers doux, sonores, liquides.
  Des vers, s'ouvrant en foule aux regards du soleil,              15
  Sont ce peuple de fleurs au calice vermeil.
  Et les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes,
  Lancent des vers brillants dans le fond des abmes.




                              XXXVI

                           A LA SANT


  Allons, muse rustique, enfant de la nature,
  Dtache ces cheveux, ceins ton front de verdure,
  Va de mon cher de Pange gayer les loisirs.
  Rassemble autour de toi tes champtres plaisirs;
  Ton cortge dansant de lgres dryades,                           5
  De nymphes au sein blanc, de foltres mnades.
  Entrez dans son asile aux muses consacr,
  O de sphres, d'crits, de beaux-arts entour,
  Sur les doctes feuillets sa jeunesse prudente
  Plit au sein des nuits prs d'une lampe ardente.                10
  Hlas! de tous les dieux il n'eut point les faveurs.
  Souvent son corps dbile est en proie aux douleurs.

  Muse, implore pour lui la Sant secourable,
  Cette reine des dieux sans qui rien n'est aimable,
  Qui partout fait briller le sourire, les jeux,                   15
  Les grces, le printemps. Qu'indulgente  tes voeux,
  Le dictame  la main, prs de lui descendue,
  Elle vienne avec toi prsenter  sa vue
  Cette jeunesse en fleur, et ce teint pur et frais,
  Et le baume et la vie pars dans tous ses traits.                20
  Dis-lui: 'Belle Sant, desse des desses,
  Toi sans qui rien ne plat, ni grandeurs, ni richesses,
  Ni chansons, ni festins, ni caresses d'amours,
  Viens, d'un mortel aim viens embellir les jours.
  Touche-le de ta main qui rpand l'ambroisie.                     25
  Ainsi tu nous verras, troupe agreste et choisie,
  Les hymnes  la bouche, entourer tes autels,
  Sant, reine des dieux, nourrice des mortels.'

  (Imit de l'Hymne d'Ariphron.)




                             LGIES

                       FRAGMENTS D'LGIES




                                I


  Jeune fille, ton coeur avec nous veut se taire.
  Tu fuis, tu ne ris plus; rien ne saurait te plaire.
  La soie  tes travaux offre en vain des couleurs;
  L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs.
  Tu n'aimes qu' rver, muette, seule, errante,                    5
  Et la rose plit sur ta bouche expirante.
  Ah! mon oeil est savant et depuis plus d'un jour;
  Et ce n'est pas  moi qu'on peut cacher l'amour.
  Les belles font aimer; elles aiment. Les belles
  Nous charment tous. Heureux qui peut tre aim d'elles!          10
  Sois tendre, mme faible; on doit l'tre un moment;
  Fidle, si tu peux. Mais conte-moi comment,
  Quel jeune homme aux yeux bleus, empress, sans audace,
  Aux cheveux noirs, au front plein de charme et de grce...
  Tu rougis? On dirait que je t'ai dit son nom.                    15
  Je le connais pourtant. Autour de ta maison
  C'est lui qui va, qui vient; et, laissant ton ouvrage,
  Tu vas, sans te montrer, pier son passage.
  Il fuit vite; et ton oeil, sur sa trace accouru,
  Le suit encor longtemps quand il a disparu.                      20
  Certe, en ce bois voisin o trois ftes brillantes
  Font courir au printemps nos nymphes triomphantes,
  Nul n'a sa noble aisance et son habile main
  A soumettre un coursier aux volonts du frein.


                                II

  Ah! je les reconnais, et mon coeur se rveille.
  O sons!  douces voix chres  mon oreille!
  O mes Muses, c'est vous; vous mon premier amour,
  Vous qui m'avez aim ds que j'ai vu le jour!
  Leurs bras,  mon berceau drobant mon enfance,                   5
  Me portaient sous la grotte o Virgile eut naissance,
  O j'entendais le bois murmurer et frmir,
  O leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir.
  Ingrat!  de l'amour trop coupable folie!
  Souvent je les outrage et fuis et les oublie;                    10
  Et sitt que mon coeur est en proie au chagrin,
  Je les vois revenir le front doux et serein.
  J'tais seul, je mourais. Seul, Lycoris absente
  De soupons inquiets m'agite et me tourmente.
  Je vois tous ses appas et je vois mes dangers;                   15
  Ah! je la vois livre  des bras trangers.
  Elles viennent! leurs voix, leur aspect me rassure:
  Leur chant mlodieux assoupit ma blessure;
  Je me fuis, je m'oublie, et mes esprits distraits
  Se plaisent  les suivre et retrouvent la paix.                  20
  Par vous, Muses, par vous, franchissant les collines,
  Soit que j'aime l'aspect des campagnes sabines,
  Soit Catile ou Falerne et leurs riches coteaux,
  Ou l'air de Blandusie et l'azur de ses eaux:
  Par vous de l'Anio j'admire le rivage,                           25
  Par vous de Tivoli le potique ombrage,
  Et de Bacchus, assis sous des antres profonds,
  La nymphe et le satyre coutant les chansons.
  Par vous la rverie errante, vagabonde,
  Livre  vos favoris la nature et le monde;                       30
  Par vous mon me, au gr de ses illusions,
  Vole et franchit les temps, les mers, les nations,
  Va vivre en d'autres corps, s'gare, se promne,
  Est tout ce qu'il lui plat, car tout est son domaine.

  Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin,                     35
  Je vais changer en miel les dlices du thym.
  Rose, un sein palpitant est ma tombe divine.
  Frle atome d'oiseau, de leur molle tamine
  Je vais sous d'autres cieux dpouiller d'autres fleurs.
  Le papillon plus grand offre moins de couleurs;                  40
  Et l'Ornoque impur, la Floride fertile
  Admirent qu'un oiseau si tendre, si dbile,
  Mle tant d'or, de pourpre, en ses riches habits,
  Et pensent dans les airs voir nager des rubis.
  Sur un fleuve souvent l'clat de mon plumage                     45
  Fait  quelque Lda souhaiter mon hommage.
  Souvent, fleuve moi-mme, en mes humides bras
  Je presse mollement des membres dlicats,
  Mille fraches beauts que partout j'environne;
  Je les tiens, les soulve, et murmure et bouillonne.             50
  Mais surtout, Lycoris, Prote insidieux,
  Partout autour de toi je veille, j'ai des yeux,
  Partout, sylphe ou zphyr, invisible et rapide,
  Je te vois. Si ton coeur complaisant et perfide
  Livre  d'autres baisers une infidle main,                      55
  Je suis l. C'est moi seul dont le transport soudain,
  Agitant tes rideaux ou ta porte secrte,
  Par un bruit imprvu t'pouvante et t'arrte.
  C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton coeur
  Mon nom et tes serments et ma juste fureur...                    60

  Mais prisse l'amant que satisfait la crainte!
  Prisse la beaut qui m'aime par contrainte,
  Qui voit dans ses serments une pnible loi,
  Et n'a point de plaisir  me garder sa foi!



                               III

                       AUX FRRES DE PANGE

  Aujourd'hui qu'au tombeau je suis prt  descendre,
  Mes amis, dans vos mains je dpose ma cendre.
  Je ne veux point, couvert d'un funbre linceul,
  Que les pontifes saints autour de mon cercueil,
  Appels aux accents de l'airain lent et sombre,                   5
  De leur chant lamentable accompagnent mon ombre,
  Et sous des murs sacrs aillent ensevelir
  Ma vie et ma dpouille, et tout mon souvenir.
  Eh! qui peut sans horreur,  ses heures dernires,
  Se voir au loin prir dans des mmoires chres?                  10
  L'espoir que des amis pleureront notre sort
  Charme l'instant suprme et console la mort.
  Vous-mme choisirez  mes jeunes reliques
  Quelque bord frquent des pnates rustiques,
  Des regards d'un beau ciel doucement anim,                      15
  Des fleurs et de l'ombrage, et tout ce que j'aimai.
  C'est l prs d'une eau pure, au coin d'un bois tranquille,
  Qu' mes mnes teints je demande un asile,
  Afin que votre ami soit prsent  vos yeux,
  Afin qu'au voyageur amen dans ces lieux                         20
  La pierre, par vos mains de ma fortune instruite,
  Raconte en ce tombeau quel malheureux habite;
  Quels maux ont abrg ses rapides instants;
  Qu'il fut bon, qu'il aima, qu'il dut vivre longtemps.
  Ah! le meurtre jamais n'a souill mon courage.                   25
  Ma bouche du mensonge ignora le langage,
  Et jamais, prodiguant un serment faux et vain,
  Ne trahit le secret recl dans mon sein.
  Nul forfait odieux, nul remords implacable
  Ne dchire mon me inquite et coupable.                         30
  Vos regrets la verront pure et digne de pleurs,
  Oui, vous plaindrez sans doute, en mes longues douleurs,
  Et ce brillant midi qu'annonait mon aurore,
  Et ces fruits dans leur germe teints avant d'clore,
  Que mes naissantes fleurs auront en vain promis.                 35
  Oui, je vais vivre encore au sein de mes amis.
  Souvent  vos festins qu'gaya ma jeunesse,
  Au milieu des clats d'une vive allgresse,
  Frapps d'un souvenir, hlas! amer et doux,
  Sans doute vous direz: 'Que n'est-il avec nous!'                 40

  Je meurs. Avant le soir j'ai fini ma journe.
  A peine ouverte au jour, ma rose s'est fane.
  La vie eut bien pour moi de volages douceurs;
  Je les gotais  peine, et voil que je meurs.
  Mais, oh! que mollement reposera ma cendre,                      45
  Si parfois, un penchant imprieux et tendre
  Vous guidant vers la tombe o je suis endormi,
  Vos yeux en approchant pensent voir leur ami!
  Si vos chants de mes feux vont redisant l'histoire;
  Si vos discours flatteurs, tout pleins de ma mmoire,            50
  Inspirent  vos fils, qui ne m'ont point connu,
  L'ennui de natre  peine et de m'avoir perdu!
  Qu' votre belle vie ainsi ma mort obtienne
  Tout l'ge, tous les biens drobs  la mienne;
  Que jamais les douleurs, par de cruels combats,                  55
  N'allument dans vos flancs un pnible trpas;
  Que la joie en vos coeurs ignore les alarmes;
  Que les peines d'autrui causent seules vos larmes;
  Que vos heureux destins, les dlices du ciel,
  Coulent toujours tremps d'ambroisie et de miel,                 60
  Et non sans quelque amour paisible et mutuelle;
  Et quand la mort viendra, qu'une amante fidle,
  Prs de vous dsole, en accusant les dieux,
  Pleure, et veuille vous suivre, et vous ferme les yeux.




                                 IV

                        AU CHEVALIER DE PANGE


  Quand la feuille en festons a couronn les bois,
  L'amoureux rossignol n'touffe point sa voix.
  Il serait criminel aux yeux de la nature
  Si, de ses dons heureux ngligeant la culture,
  Sur son triste rameau, muet dans ses amours,                      5
  Il laissait sans chanter expirer les beaux jours.
  Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mre,
  Dgot de poursuivre une muse trangre
  Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi,
  Tu t'es fait du silence une coupable loi!                        10
  Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage
  O des jeunes rosiers le balsamique ombrage
  Et redit tes doux sons sans murmure couts,
  T'en allais-tu chercher la muse des cits,
  Cette muse, d'clat, de pourpre environne,                      15
  Qui, le glaive  la main, du diadme orne,
  Vient au peuple assembl, d'une dolente voix,
  Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois?
  Que n'tais-tu fidle  ces muses tranquilles
  Qui cherchent la fracheur des rustiques asiles,                 20
  Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux,
  Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux?
  Viens dire  leurs concerts la beaut qui te brle.
  Amoureux, avec l'me et la voix de Tibulle
  Fuirais-tu les hameaux, ce sjour enchant                       25
  Qui rend plus sduisant l'clat de la beaut?

  L'amour aime les champs, et les champs l'ont vu natre.
  La fille d'un pasteur, une vierge champtre,
  Dans le fond d'une rose, un matin du printemps,
  Le trouva nouveau-n....                                         30
  Le sommeil entr'ouvrait ses lvres colores.
  Elle saisit le bout de ses ailes dores,
  L'ta de son berceau d'une timide main,
  Tout tremp de rose, et le mit dans son sein.
  Tout, mais surtout les champs sont rests son empire.            35
  L tout aime, tout plat, tout jouit, tout soupire;
  L de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux;
  L les prs, les gazons, les bois harmonieux,
  De mobiles ruisseaux la colline anime,
  L'me de mille fleurs dans les zphyrs seme;                    40
  L parmi les oiseaux l'amour vient se poser;
  L sous les antres frais habite le baiser.
  Les muses et l'amour ont les mmes retraites.
  L'astre qui fait aimer est l'astre des potes.
  Bois, cho, frais zphyrs, dieux champtres et doux,             45
  Le gnie et les vers se plaisent parmi vous.
  J'ai choisi parmi vous ma muse jeune et chre;
  Et, bien qu'entre ses soeurs elle soit la dernire,
  Elle plat. Mes amis, vos yeux en sont tmoins.
  Et puis une plus belle et voulu plus de soins;                  50
  Dlicate et craintive, un rien la dcourage,
  Un rien sait l'animer. Curieuse et volage,
  Elle va parcourant tous les objets flatteurs
  Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs
  Les zphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles,                 55
  Ou le baiser ravi sur des lvres vermeilles.
  Une source brillante, un buisson qui fleurit,
  Tout amuse ses yeux; elle pleure, elle rit.
  Tantt  pas rveurs, mlancolique et lente,
  Elle erre avec une onde et pure et languissante;                 60
  Tantt elle va, vient, d'un pas lger et sr
  Poursuit le papillon brillant d'or et d'azur,
  Ou l'agile cureuil, ou dans un nid timide
  Sur un oiseau surpris pose une main rapide.
  Quelquefois, gravissant la mousse du rocher,                     65
  Dans une touffe paisse elle va se cacher,
  Et sans bruit pier, sur la grotte pendante,
  Ce que dira le faune  la nymphe imprudente
  Qui, dans cet antre sourd et des faunes ami,
  Refusait de le suivre, et pourtant l'a suivi.                    70
  Souvent mme, coutant de plus hardis caprices,
  Elle ose regarder au fond des prcipices,
  O sur le roc mugit le torrent effrn
  Du droit sommet d'un mont tout  coup dchan.
  Elle aime aussi chanter  la moisson nouvelle,                   75
  Suivre les moissonneurs et lier la javelle.
  L'Automne au front vermeil, ceint de pampres nouveaux,
  Parmi les vendangeurs l'gar en des coteaux;
  Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine;
  Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine;               80
  Ou, s'ils pressent leurs vins, elle accourt pour les voir,
  Et son bras avec eux fait crier le pressoir.

  Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos muses t'attendent;
  Nos ftes, nos banquets, nos courses te demandent;
  Viens voir ensemble et l'antre et l'onde et les forts.          85
  Chaque soir une table aux suaves apprts
  Assoira prs de nous nos belles adores,
  Ou, cherchant dans le bois des nymphes gares,
  Nous entendrons les ris, les chansons, les festins;
  Et les verres emplis sous les bosquets lointains                 90
  Viendront animer l'air, et, du sein d'une treille,
  De leur voix argentine gayer notre oreille.
  Mais si, toujours ingrat  ces charmantes soeurs,
  Ton front rejette encore leurs couronnes de fleurs;
  Si de leurs soins pressants la douce impatience                  95
  N'obtient que d'un refus la ddaigneuse offense;
  Qu' ton tour la beaut dont les yeux t'ont soumis
  Refuse  tes soupirs ce qu'elle t'a promis;
  Qu'un rival loin de toi de ses charmes dispose;
  Et, quand tu lui viendras prsenter une rose,                   100
  Que l'ingrate tonne, en recevant ce don,
  Ne t'ait vu de sa vie et demande ton nom.




                                 V


  O muses, accourez; solitaires divines,
  Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines!
  Soit qu'en ses beaux vallons Nme gare vos pas;
  Soit que de doux pensers, en de riants climats,
  Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne;                 5
  Soit que parmi les choeurs de ces nymphes da Rhne,
  La lune sur les prs, o son flambeau vous luit,
  Dansantes vous admire au retour de la nuit;
  Venez. J'ai fui la ville aux muses si contraire,
  Et l'cho fatigu des clameurs du vulgaire.                      10
  Sur les pavs poudreux d'un bruyant carrefour
  Les potiques fleurs n'ont jamais vu le jour.
  Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre
  L'oisive rverie au suave dlire;
  Et les rapides chars et leurs cercles d'airain                   15
  Effarouchent les vers qui se taisent soudain.
  Venez. Que vos bonts ne me soient point avares.

  Mais, oh! faisant de vous mes pnates, mes lares,
  Quand pourrai-je habiter un champ qui soit  moi,
  Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi                20
  Dormir et ne rien faire, inutile pote,
  Goter le doux oubli d'une vie inquite?
  Vous savez si toujours, ds mes plus jeunes ans,
  Mes rustiques souhaits m'ont port vers les champs;
  Si mon coeur dvorait vos champtres histoires,                  25
  Cet ge d'or si cher  vos doctes mmoires,
  Ces fleuves, ces vergers, den aim des cieux
  Et du premier humain berceau dlicieux;
  L'pouse de Booz, chaste et belle indigente,
  Qui suit d'un pas tremblant la moisson opulente;                 30
  Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hlas!
  Ses dix frres pasteurs qui ne l'attendaient pas;
  Rachel, objet sans prix qu'un amoureux courage
  N'a pas trop achet de quinze ans d'esclavage.
  Oh! oui, je veux un jour en des bords retirs,                   35
  Sur un riche coteau ceint de bois et de prs,
  Avoir un humble toit, une source d'eau vive
  Qui parle, et dans sa fuite et fconde et plaintive
  Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux.
  L, je veux, ignorant le monde et ses travaux,                   40
  Loin du superbe ennui que l'clat environne,
  Vivre comme jadis, aux champs de Babylone,
  Ont vcu, nous dit-on, ces pres des humains
  Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints;
  Avoir amis, enfants, pouse belle et sage;                       45
  Errer, un livre en main, de bocage en bocage;
  Savourer sans remords, sans crainte, sans dsirs,
  Une paix dont nul bien n'gale les plaisirs.
  Douce mlancolie! aimable mensongre,
  Des antres, des forts desse tutlaire,                         50
  Qui vient d'une insensible et charmante langueur
  Saisir l'ami des champs et pntrer son coeur,
  Quand, sorti vers le soir des grottes recules,
  Il s'gare  pas lents au penchant des valles,
  Et voit des derniers feux le ciel se colorer,                    55
  Et sur les monts lointains un beau jour expirer,
  Dans sa volupt sage, et pensive et muette,
  Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tte.
  Il regarde  ses pieds, dans le liquide azur
  Du fleuve, qui s'tend comme lui calme et pur,                   60
  Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages,
  Et la pourpre en festons couronnant les nuages.
  Il revoit prs de lui, tout  coup anims,
  Ces fantmes si beaux  nos pleurs tant aims,
  Dont la troupe immortelle habite sa mmoire:                     65
  Julie, amante faible et tombe avec gloire;
  Clarisse, beaut sainte o respire le ciel,
  Dont la douleur ignore et la haine et le fiel,
  Qui souffre sans gmir, qui prit sans murmure;
  Clmentine adore, me cleste et pure,                          70
  Qui, parmi les rigueurs d'une injuste maison,
  Ne perd point l'innocence en perdant la raison;
  Mnes aux yeux charmants, vos images chries
  Accourent occuper ses belles rveries;
  Ses yeux laissent tomber une larme. Avec vous                    75
  Il est dans vos foyers, il voit vos traits si doux.
  A vos perscuteurs il reproche leur crime.
  Il aime qui vous aime, il hait qui vous opprime.
  Mais tout  coup il pense,  mortels dplaisirs!
  Que ces touchants objets de pleurs et de soupirs                 80
  Ne sont peut-tre, hlas! que d'aimables chimres.
  De l'me et du gnie enfants imaginaires.
  Il se lve, il s'agite  pas tumultueux;
  En projets enchanteurs il gare ses voeux.
  Il ira, le coeur plein d'une image divine,                       85
  Chercher si quelques lieux ont une Clmentine,
  Et dans quelque dsert, loin des regards jaloux,
  La servir, l'adorer et vivre  ses genoux.




                                VI


  O jours de mon printemps, jours couronns de rose,
  A votre fuite en vain un long regret s'oppose,
  Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs,
  Vous dont j'ai su jouir mme au sein des douleurs,
  Sur ma tte bientt vos fleurs seront fanes,                     5
  Hlas! bientt le flux des rapides annes
  Vous aura loin de moi fait voler sans retour.
  Oh! si du moins alors je pouvais  mon tour,
  Champtre possesseur, dans mon humble chaumire
  Offrir  mes amis une ombre hospitalire;                        10
  Voir mes lares charms, pour les bien recevoir,
  A de joyeux banquets la nuit les faire asseoir;
  Et l nous souvenir, au milieu de nos ftes,
  Combien chez eux longtemps, dans leurs belles retraites,
  Soit sur ces bords heureux, opulents avec choix,                 15
  O Montigny s'enfonce en ses antiques bois,
  Soit o la Marne lente, en un long cercle d'les,
  Ombrage de bosquets l'herbe et les prs fertiles,
  J'ai su, pauvre et content, savourer  longs traits
  Les muses, les plaisirs, et l'tude et la paix!                  20
  Qui ne sait tre pauvre est n pour l'esclavage.
  Qu'il serve donc les grands, les flatte, les mnage;
  Qu'il plie, en approchant de ces superbes fronts,
  Sa tte  la prire, et son me aux affronts,
  Pour qu'il puisse, enrichi de ces affronts utiles,               25
  Enrichir  son tour quelques ttes serviles.
  De ses honteux trsors je ne suis point jaloux.
  Une pauvret libre est un trsor si doux!
  Il est si doux, si beau de s'tre fait soi-mme;
  De devoir tout  soi, tout aux beaux-arts qu'on aime;            30
  Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses moeurs,
  D'avoir su se btir, des dpouilles des fleurs,
  Sa cellule de cire, industrieux asile
  O l'on coule une vie innocente et facile;
  De ne point vendre aux grands ses hymnes avilis;                 35
  De n'offrir qu'aux talents de vertus ennoblis,
  Et qu' l'amiti douce et qu'aux douces faiblesses,
  D'un encens libre et pur les honntes caresses!
  Ainsi l'on dort tranquille, et, dans son saint loisir,
  Devant son propre coeur on n'a point  rougir.                   40
  Si le sort ennemi m'assige et me dsole,
  On pleure; mais bientt la tristesse s'envole,
  Et les arts, dans un coeur de leur amour rempli,
  Versent de tous les maux l'indiffrent oubli.

  Les dlices des arts ont nourri mon enfance.                     45
  Tantt, quand d'un ruisseau, suivi ds sa naissance,
  La nymphe aux pieds d'argent a sous de longs berceaux
  Fait serpenter ensemble et mes pas et ses eaux,
  Ma main donne au papier, sans travail, sans tude,
  Des vers fils de l'amour et de la solitude.                      50
  Tantt de mon pinceau les timides essais
  Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succs.
  Ma toile avec Sapho s'attendrit et soupire;
  Elle rit et s'gaye aux danses du satyre;
  Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux,                    55
  Et pense voir et voit ses antiques aeux
  Qui, dans l'air appels  ses hymnes sauvages,
  Arrtent prs de lui leurs palais de nuages.
  Beaux-arts,  de la vie aimables enchanteurs,
  Des plus sombres ennuis riants consolateurs,                     60
  Amis srs dans la peine et constantes matresses,
  Dont l'or n'achte point l'amour ni les caresses,
  Beaux-arts, dieux bienfaisants, vous que vos favoris
  Par un indigne usage ont tant de fois fltris,
  Je n'ai point partag leur honte trop commune.                   65
  Sur le front des poux de l'aveugle fortune
  Je n'ai point fait ramper vos lauriers trop jaloux;
  J'ai respect les dons que j'ai reus de vous.
  Je ne vais point,  prix de mensonges serviles,
  Vous marchander au loin des rcompenses viles,                   70
  Et partout, de mes vers ambitieux lecteur,
  Faire trouver charmant mon luth adulateur.
  Abel, mon jeune Abel, et Trudaine et son frre,
  Ces vieilles amitis de l'enfance premire,
  Quand tous quatre, muets, sous un matre inhumain,               75
  Jadis au chtiment nous prsentions la main;
  Et mon frre et Lebrun, les muses elles-mmes;
  De Pange, fugitif de ces neuf soeurs qu'il aime:
  Voil le cercle entier qui, le soir, quelquefois,
  A des vers non sans peine obtenus de ma voix,                    80
  Prte une oreille amie et cependant svre.
  Puiss-je ainsi toujours dans cette troupe chre
  Me revoir, chaque fois que mes avides yeux
  Auront port longtemps mes pas de lieux en lieux,
  Amant des nouveauts compagnes de voyage;                        85
  Courant partout, partout cherchant  mon passage
  Quelque ange aux yeux divins qui veuille me charmer,
  Qui m'coute ou qui m'aime, ou qui se laisse aimer!




                                VII


  L'art, des transports de l'me est un faible interprte:
  L'art ne fait que des vers; le coeur seul est pote.
  Sous sa fcondit le gnie opprim
  Ne peut garder l'ouvrage en sa tte form.
  Malgr lui, dans lui-mme, un vers sr et fidle                  5
  Se teint de sa pense et s'chappe avec elle.
  Son coeur dicte; il crit. A ce matre divin
  Il ne fait qu'obir et que prter sa main.
  S'il est aim, content, si rien ne le tourmente,
  Si la foltre joie et la jeunesse ardente                        10
  talent sur son teint l'clat de leurs couleurs,
  Ses vers, frais et vermeils, ptris d'ambre et de fleurs,
  Brillants de la sant qui luit sur son visage,
  Trouvent doux d'tre au monde et que vieillir est sage.
  Si, pauvre et gnreux, son coeur vient de souffrir              15
  Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir;
  Si la beaut qu'il aime, inconstante et lgre,
  L'oublie en coutant une amour trangre;
  De sables douloureux si ses flancs sont brls,
  Ses tristes vers en deuil, d'un long crpe voils,               20
  Ne voyant que des maux sur la terre o nous sommes,
  Jugent qu'un prompt trpas est le seul bien des hommes.
  Toujours vrai, son discours souvent se contredit.
  Comme il veut, il s'exprime; il blme, il applaudit.
  Vainement la pense est rapide et volage:                        25
  Quand elle est prte  fuir, il l'arrte au passage.
  Ainsi, dans ses crits partout se traduisant,
  Il fixe le pass pour lui toujours prsent,
  Et sait, de se connatre ayant la sage envie,
  Refeuilleter sans cesse et son me et sa vie.                    30




                               VIII


  Reste, reste avec nous,  pre des bons vins!
  Dieu propice,  Bacchus! toi dont les flots divins
  Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore;
  Toi, devant qui I'amour s'enfuit et s'vapore,
  Comme de ce cristal aux mobiles clairs                           5
  Tes esprits odorants s'exhalent dans les airs.

  Eh bien! mes pas ont-ils refus de vous suivre?
  'Nous venons, disiez-vous, te conseiller de vivre.
  Au lieu d'aller gmir, mendier des ddains,
  Suis-nous, si tu le peux. La joie  nos festins                  10
  T'appelle. Viens, les fleurs ont couronn la table:
  Viens, viens y consoler ton me inconsolable.'

  Vous voyez, mes amis, si de ce noble soin
  Mon coeur tranquille et libre avait aucun besoin.
  Camille dans mon coeur ne trouve plus des armes,                 15
  Et je l'entends nommer sans trouble, sans alarmes;
  Ma pense est loin d'elle, et je n'en parle plus;
  Je crois la voir muette et le regard confus,
  Pleurante. Sa beaut prsomptueuse et vaine
  Lui disait qu'un captif, une fois dans sa chane,                20
  Ne pouvait songer... Mais, que nous font ses ennuis?
  Jeune homme, apporte-nous d'autres fleurs et des fruits.
  Qu'est-ce, amis? nos clats, nos jeux se ralentissent?
  Que des verres plus grands dans nos mains se remplissent!
  Pourquoi vois-je languir ces vins abandonns,                    25
  Sous le lige tenace encore emprisonns?
  Voyons si ce premier, fils de l'Andalousie,
  Vaudra ceux dont Madre a form l'ambroisie,
  Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux,
  Ou la vigne foule aux pressoirs de Cteaux.                     30
  Non, rien n'est plus heureux que le mortel tranquille
  Qui, cher  ses amis,  l'amour indocile,
  Parmi les entretiens, les jeux et les banquets,
  Laisse couler la vie et n'y pense jamais.
  Ah! qu'un front et qu'une me  la tristesse en proie            35
  Feignent malaisment et le rire et la joie!
  Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi;
  Son fantme attrayant est partout devant moi;
  Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille.
  Peut-tre aux feux du vin que l'amour se rveille:               40
  Sous les bosquets de Chypre,  Vnus consacrs,
  Bacchus mrit l'azur de ses pampres dors.
  J'ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance,
  Tous ces dieux malfaisants ne soient d'intelligence.
  Du moins il m'en souvient, quand autrefois, auprs               45
  De cette ingrate aime, en nos festins secrets,
  Je portais  la hte  ma bouche ravie
  La coupe demi-pleine  ses lvres saisie,
  Ce nectar, de l'amour ministre insidieux,
  Bien loin de les teindre, aiguillonnait mes feux.               50
  Ma main courait saisir, de transports chatouille,
  Sa tte noblement foltre, chevele.
  Elle riait; et moi, malgr ses bras jaloux,
  J'arrivais  sa bouche,  ses baisers si doux;
  J'avais soin de reprendre, utile stratagme!                     55
  Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-mme;
  Et sur ce sein, mes doigts gars, palpitants,
  Les cherchaient, les suivaient, et les taient longtemps.
  Ah! je l'aimais alors! Je l'aimerais encore,
  Si de tout conqurir la soif qui la dvore                       60
  Et flatt mon orgueil au lieu de l'outrager,
  Si mon amour n'avait qu'un outrage  venger,
  Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'teindre,
  Si je ne l'abhorrais! Ah! qu'un coeur est  plaindre
  De s'tre  son amour longtemps accoutum,                       65
  Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aim!
  Pourquoi, grands dieux! pourquoi la ftes-vous si belle?
  Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidle:
  Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,
  Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets;                  70
  Que tous deux en riant ils me nomment peut-tre;
  De ses cheveux pars qu'un autre soit le matre;
  Qu'un autre ait ses baisers, son coeur; qu'une autre main
  Poursuive lentement des bouquets sur son sein?
  Un autre! Ah! je ne puis en souffrir la pense!                  75
  Riez, amis; nommez ma fureur insense.
  Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brle, et je pars
  Me coucher sur sa porte, implorer ses regards;
  Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes;
  Et dans ses yeux divins, pleins de grces, de charmes,           80
  Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort,
  Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort.




                                IX


  Tel j'tais autrefois et tel je suis encor.
  Quand ma main imprudente a tari mon trsor,
  Ou la nuit, accourant au sortir de la table,
  Si Laure m'a ferm le seuil inexorable,
  Je regagne mon toit. L, lecteur studieux,                        5
  Content et sans dsirs, je rends grces aux dieux.
  Je crie: O soins de l'homme, inquitudes vaines!
  Oh! que de vide, hlas! dans les choses humaines!
  Faut-il ainsi poursuivre au hasard emports
  Et l'argent et l'amour, aveugles dits!                         10
  Mais si Plutus revient, de sa source dore,
  Conduire dans mes mains quelque veine gare;
  A mes signes, du fond de son appartement,
  Si ma blanche voisine a souri mollement:
  Adieu les grands discours, et le volume antique,                 15
  Et le sage Lyce, et l'auguste Portique;
  Et reviennent en foule et soupirs et billets,
  Soins de plaire, parfums et ftes et banquets,
  Et longs regards d'amour et molles lgies,
  Et jusques au matin amoureuses orgies.                           20




                                 X


  Fumant dans le cristal, que Bacchus  longs flots
  Partout aille  la ronde veiller les bons mots.
  Reine de mes banquets, que Lycoris y vienne;
  Que des fleurs de sa tte elle pare la mienne;
  Pour enivrer mes sens, que le feu de ses yeux                     5
  S'unisse  la vapeur des vins dlicieux.
  Amis, que ce bonheur soit notre unique tude;
  Nous en perdrons sitt la charmante habitude!
  Htons-nous, l'heure fuit. Htons-nous de saisir
  L'instant, le seul instant donn pour le plaisir.                10
  Un jour, tel est du sort l'arrt inexorable,
  Vnus, qui pour les dieux fit le bonheur durable,
  A nos cheveux blanchis refusera des fleurs,
  Et le printemps pour nous n'aura plus de couleurs.
  Qu'un sein voluptueux, des lvres demi-closes                    15
  Respirent prs de nous leur haleine de roses;
  Que Phryn sans rserve abandonne  nos yeux
  De ses charmes secrets les contours gracieux.
  Quand l'ge aura sur nous mis sa main fltrissante,
  Que pourra la beaut, quoique toute-puissante?                   20
  Vainement expose  nos regards confus,
  Nos coeurs en la voyant ne palpiteront plus.
  Il faudra bien qu'arms de la philosophie,
  Oubliant le plaisir alors qu'il nous oublie,
  La science nous offre un utile secours                           25
  Qui dispute  l'ennui le reste de nos jours.
  C'est alors qu'exil dans mon champtre asile,
  De l'antique sagesse admirateur tranquille,
  Du mobile univers interrogeant la voix,
  J'irai de la nature tudier les lois:                            30
  Par quelle main sur soi la terre suspendue
  Voit mugir autour d'elle Amphitrite tendue;
  Quel Titan foudroy respire avec effort
  Des cavernes d'Etna la ruine et la mort;
  Quel bras guide les cieux;  quel ordre enchan                 35
  Le soleil bienfaisant nous ramne l'anne;
  Quel signe aux ports lointains arrte l'tranger;
  Quel autre sur la mer conduit le passager,
  Quand sa patrie absente et longtemps appele
  Lui fait tenter l'Euripe et les flots de Male;                  40
  Et quel, de l'abondance heureux avant-coureur,
  Arme d'un aiguillon la main du laboureur.

  Cependant jouissons; l'ge nous y convie.
  Avant de la quitter, il faut user la vie.
  Le moment d'tre sage est voisin du tombeau.                     45
  Allons, jeune homme, allons, marche; prends ce flambeau.
  Marche, allons. Mne-moi chez ma belle matresse.
  J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse.
  Je veux que des baisers plus doux, plus dvorants,
  N'aient jamais vers le ciel tourn ses yeux mourants.            50




                                XI


  Souffre un moment encor; tout n'est que changement;
  L'axe tourne, mon coeur; souffre encore un moment.
  La vie est-elle toute aux ennuis condamne?
  L'hiver ne glace point tous les mois de l'anne,
  L'Eurus retient souvent ses bonds imptueux;                      5
  Le fleuve, emprisonn dans des rocs tortueux,
  Lutte, s'chappe, et va, par des pentes fleuries,
  S'tendre mollement sur l'herbe des prairies.
  C'est ainsi que, d'cueils et de vagues press,
  Pour mieux goter le calme, il faut avoir pass,                 10
  Des pnibles dtroits d'une vie orageuse,
  Dans une vie enfin plus douce et plus heureuse.
  La Fortune, arrivant  pas inattendus,
  Frappe, et jette en vos mains mille dons imprvus:
  On le dit. Sur mon seuil jamais cette volage                     15
  N'a mis le pied. Mais quoi! son opulent passage,
  Moi qui l'attends plong dans un profond sommeil,
  Viendra, sans que j'y pense, enrichir mon rveil.

  Toi, qu'aid de l'aimant plus sr que les toiles,
  Le nocher sur la mer poursuit  pleines voiles;                  20
  Qui sais de ton palais, d'esclaves abondant,
  De diamants, d'azur, d'meraudes ardent,
  Aux gouffres du Potose, aux antres de Golconde,
  Tenir les rnes d'or qui gouvernent le monde,
  Brillante dit! tes riches favoris                              25
  Te fatiguent sans cesse et de voeux et de cris:
  Peu satisfait le pauvre. O belle souveraine!
  Peu; seulement assez pour que, libre de chane,
  Sur les bords o, malgr ses rides, ses revers,
  Belle encor l'Italie attire l'univers,                           30
  Je puisse au sein des arts vivre et mourir tranquille!
  C'est l que mes dsirs m'ont promis un asile;
  C'est l qu'un plus beau ciel peut-tre dans mes flancs
  teindra les douleurs et les sables brlants.
  L j'irai t'oublier, rire de ton absence;                        35
  L, dans un air plus pur respirer, en silence
  Et nonchalant du terme o finiront mes jours,
  La sant, le repos, les arts et les amours.




                               XII


  Non, je ne l'aime plus; un autre la possde.
  On s'accoutume au mal que l'on voit sans remde.
  De ses caprices vains je ne veux plus souffrir:
  Mon lgie en pleurs ne sait plus l'attendrir.
  Allez, Muses, partez. Votre art m'est inutile;                    5
  Que me font vos lauriers? vous laissez fuir Camille.
  Prs d'elle je voulais vous avoir pour soutien.
  Allez, Muses, partez, si vous n'y pouvez rien.

  Voil donc comme on aime! On vous tient, vous caresse,
  Sur les lvres toujours on a quelque promesse!                   10
  Et puis... Ah! laissez-moi, souvenirs ennemis,
  Projets, attente, espoir, qu'elle m'avait permis.
  'Nous irons au hameau. Loin, bien loin de la ville,
  Ignors et contents, un silence tranquille
  Ne montrera qu'au ciel notre asile cart.                       15
  L son me viendra m'aimer en libert.
  Fuyant d'un luxe vain l'entrave imprieuse,
  Sans suite, sans tmoins, seule et mystrieuse,
  Jamais d'un oeil mortel un regard indiscret
  N'osera la connatre et savoir son secret.                       20
  Seul je vivrai pour elle, et mon me empresse
  piera ses dsirs, ses besoins, sa pense.
  C'est moi qui ferai tout; moi qui de ses cheveux
  Sur sa tte le soir assemblerai les noeuds.

  Sa table par mes mains sera prte et choisie;                    25
  L'eau pure, de ma main, lui sera l'ambroisie.
  Seul, c'est moi qui serai partout,  tout moment,
  Son esclave fidle et son fidle amant.'
  Tels taient mes projets qu'insenss et volages
  Le vent a dissips parmi de vains nuages!                        30

  Ah! quand d'un long espoir on flatta ses dsirs,
  On n'y renonce point sans peine et sans soupirs.
  Que de fois je t'ai dit: 'Garde d'tre inconstante,
  Le monde entier dteste une parjure amante;
  Fais-moi plutt gmir sous des glaives sanglants,                35
  Avec le feu plutt dchire-moi les flancs.'
  O honte! A deux genoux j'exprimais ces alarmes;
  J'allais couvrant tes pieds de baisers et de larmes,
  Tu me priais alors de cesser de pleurer:
  En foule tes serments venaient me rassurer,                      40
  Mes craintes t'offensaient; tu n'tais pas de celles
  Qui font jeu de courir  des flammes nouvelles:
  Mille sceptres offerts pour branler ta foi,
  Et-ce t rien au prix du bonheur d'tre  moi?
  Avec de tels discours, ah! tu m'aurais fait croire               45
  Aux clarts du soleil dans la nuit la plus noire.
  Tu pleurais mme; et moi, lent  me dfier,
  J'allais avec le lin dans tes yeux essuyer
  Ces larmes lentement et malgr toi sches;
  Et je baisais ce lin qui les avait touches.                     50
  Bien plus, pauvre insens! j'en rougis: mille fois
  Ta louange a mont ma lyre avec ma voix.
  Je voudrais que Vulcain, et l'onde o tout s'oublie,
  Et consum ces vers tmoins de ma folie.
  La mme lyre encor pourrait bien me venger,                      55
  Perfide! Mais, non, non, il faut n'y plus songer.
  Quoi! toujours un soupir vers elle me ramne!
  Allons! Hassons-la, puisqu'elle veut ma haine.
  Oui, je la hais. Je jure... Eh! serments superflus!
  N'ai-je pas dit assez que je ne l'aimais plus?                   60




                                XIII


  O ncessit dure!  pesant esclavage!
  O sort! je dois donc voir, et dans mon plus bel ge,
  Flotter mes jours, tissus de dsirs et de pleurs,
  Dans ce flux et reflux d'espoir et de douleurs!

  Souvent, las d'tre esclave et de boire la lie                    5
  De ce calice amer que l'on nomme la vie,
  Las du mpris des sots qui suit la pauvret,
  Je regarde la tombe, asile souhait;
  Je souris  la mort volontaire et prochaine;
  Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma chane;                10
  Dj le doux poignard qui percerait mon sein
  Se prsente  mes yeux et frmit sous ma main;
  Et puis mon coeur s'coute et s'ouvre  la faiblesse:
  Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse,
  Mes crits imparfaits; car,  ses propres yeux,                  15
  L'homme sait se cacher d'un voile spcieux.
  A quelque noir destin qu'elle soit asservie,
  D'une treinte invincible il embrasse la vie,
  Et va chercher bien loin, plutt que de mourir,
  Quelque prtexte ami de vivre et de souffrir.                    20
  Il a souffert, il souffre: aveugle d'esprance,
  Il se trane au tombeau de souffrance en souffrance,
  Et la mort, de nos maux ce remde si doux,
  Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous.




                                XIV

                     AUX DEUX FRRES TRUDAINE


  Amis, couple chri, coeurs forms pour le mien,
  Je suis libre. Camille  mes yeux n'est plus rien.
  L'clat de ses yeux noirs n'blouit plus ma vue;
  Mais cette libert sera bientt perdue.
  Je me connais. Toujours je suis libre et je sers;                 5
  tre libre pour moi n'est que changer de fers.
  Autant que l'univers a de beauts brillantes,
  Autant il a d'objets de mes flammes errantes.
  Mes amis, sais-je voir d'un oeil indiffrent
  Ou l'or des blonds cheveux sur l'albtre courant,                10
  Ou d'un flanc dlicat l'lgante noblesse,
  Ou d'un luxe poli la savante richesse?
  Sais-je persuader  mes rves flatteurs
  Que les yeux les plus doux peuvent tre menteurs?
  Qu'une bouche o la rose, o le baiser respire,                  15
  Peut cacher un serpent  l'ombre d'un sourire?
  Que sous les beaux contours d'un sein dlicieux
  Peut habiter un coeur faux, parjure, odieux?
  Peu fait  souponner le mal qu'on dissimule,
  Dupe de mes regards,  mes dsirs crdule,                       20
  Elles trouvent mon coeur toujours prt  s'ouvrir,
  Toujours trahi, toujours je me laisse trahir.
  Je leur crois des vertus ds que je les vois belles,
  Sourd  tous vos conseils,  mes amis fidles!
  Relev d'une chute, une chute m'attend;                          25
  De Charybde  Scylla toujours vague et flottant,
  Et toujours loin du bord jouet de quelque orage,
  Je ne sais que prir de naufrage en naufrage.

  Ah! je voudrais n'avoir jamais reu le jour
  Dans ces vaines cits que tourmente l'amour,                     30
  O les jeunes beauts, par une longue tude,
  Font un art des serments et de l'ingratitude,
  Heureux loin de ces lieux clatants et trompeurs,
  Eh! qu'il et mieux valu natre un de ces pasteurs
  Ignors dans le sein de leurs Alpes fertiles,                    35
  Que nos yeux ont connus fortuns et tranquilles!
  Oh! que ne suis-je enfant de ce lac enchant
  O trois ptres hros ont  la libert
  Rendu tous leurs neveux et l'Helvtie entire!
  Faible, dormant encor sur le sein de ma mre,                    40
  Oh! que n'ai-je entendu ces bondissantes eaux,
  Ces fleuves, ces torrents, qui de leurs froids berceaux
  Viennent du bel Hasly nourrir les doux ombrages!
  Hasly! frais lyse! honneur des pturages!
  Lieu qu'avec tant d'amour la nature a form,                     45
  O l'Aar roule un or pur en son onde sem.
  L, je verrais, assis dans ma grotte profonde,
  La gnisse tranant sa mamelle fconde,
  Prodiguant  ses fils ce trsor indulgent,
  A pas lents agiter sa cloche au son d'argent,                    50
  Promener prs des eaux sa tte nonchalante.
  Ou de son large flanc presser l'herbe odorante.
  Le soir, lorsque plus loin, s'tend l'ombre des monts,
  Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds,
  Leur chanterait cet air si doux  ces campagnes,                 55
  Cet air que d'Appenzell rptent les montagnes.
  Si septembre, cdant au long mois qui le suit,
  Marquait de froids zphirs l'approche de la nuit,
  Dans ses flancs colors une luisante argile
  Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille,               60
  Ou, brlant sur la cendre  la fuite du jour,
  Un mlze odorant attendrait mon retour.
  Une rustique pouse et soigneuse et zle,
  Blanche (car sous l'ombrage au sein de la valle
  Les fureurs du soleil n'osent les outrager),                     65
  M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger,
  Le lait, enfant des sels de ma prairie humide,
  Tantt breuvage pur et tantt mets solide,
  En un globe fondant sous ses mains paissi,
  En disque savoureux  la longue durci;                           70
  Et cependant sa voix simple et douce et lgre
  Me chanterait les airs que lui chantait sa mre.

  Hlas! aux lieux amers o je suis enchan,
  Ce repos  mes jours ne fut point destin.
  J'irai: Je veux jamais ne revoir ce rivage.                      75
  Je veux, accompagn de ma muse sauvage,
  Revoir le Rhin tomber en des gouffres profonds,
  Et le Rhne grondant sous d'immenses glaons,
  Et d'Arve aux flots impurs la nymphe injurieuse.
  Je vole, je parcours la cime harmonieuse                         80
  O souvent de leurs cieux les anges descendus,
  En des nuages d'or mollement suspendus,
  Emplissent l'air des sons de leur voix thre.
  O lac, fils des torrents!  Thun, onde sacre!
  Salut, monts chevelus, verts et sombres remparts                 85
  Qui contenez ses flots presss de toutes parts!
  Salut, de la nature admirables caprices,
  O les bois, les cits, pendent en prcipices!
  Je veux, je veux courir sur vos sommets touffus;
  Je veux, jouet errant de vos sentiers confus,                    90
  Foulant de vos rochers la mousse insidieuse,
  Suivre de mes chevreaux la trace hasardeuse;
  Et toi, grotte escarpe et voisine des cieux,
  Qui d'un ami des saints fus l'asile pieux,
  Vote obscure o s'tend et chemine en silence                   95
  L'eau qui de roc en roc bientt fuit et s'lance,
  Ah! sous tes murs, sans doute, un coeur trop agit
  Retrouvera la joie et la tranquillit!




                                 XV


  O dlices d'amour! et toi, molle paresse,
  Vous aurez donc us mon oisive jeunesse!
  Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts,
  Des Alpes vainement j'ai franchi les remparts;
  Rome d'amours en foule assige mon asile,                         5
  Sage vieillesse, accours!  desse tranquille,
  De ma jeune saison teins ces feux brlants,
  Sage vieillesse! Heureux qui, ds ses premiers ans,
  A senti de son sang, dans ses veines stagnantes,
  Couler d'un pas gal les ondes languissantes;                    10
  Dont les dsirs jamais n'ont troubl la raison;
  Pour qui les yeux n'ont point de suave poison;
  Au sein de qui jamais une absente perdue
  N'a laiss l'aiguillon d'une trop belle vue;
  Qui, s'il regarde et loue un front si gracieux,                  15
  Ne le voit plus, sitt qu'il n'est plus sous ses yeux!
  Doux et cruels tyrans, brillantes hrones,
  Femmes, de ma mmoire habitantes divines,
  Fantmes enchanteurs, cessez de m'garer.
  O mon coeur!  mes sens! laissez-moi respirer.                   20
  Laissez-moi dans la paix de l'ombre solitaire
  Travailler  loisir quelque oeuvre noble et fire
  Qui, sur l'amas des temps propre  se maintenir,
  Me recommande aux yeux des ges  venir.
  Mais, non! j'implore en vain un repos favorable;                 25
  Je t'appartiens, Amour, Amour inexorable!




                                XVI


  Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs,
  Et voit quelque plaisir natre au sein des douleurs.
  Sous ses hauts monts ainsi l'Allobroge recle,
  Sous ses monts, de l'hiver la patrie ternelle,
  Et les fleurs du printemps et les biens de l't.                 5
  Sur leurs arides fronts le voyageur port
  S'tonne. Auprs des rocs d'ge en ge entasse,
  En flots pres et durs brille une mer glace.
  A peine sur le dos de ces sentiers luisants
  Un bois arm de fer soutient ses pas glissants.                  10
  Il entend retentir la voix du prcipice.
  Il se tourne et partout un amas se hrisse
  De sommets ou brls ou de glace paissis,
  Fils du vaste mont Blanc sur leurs ttes assis,
  Et qui s'lve autant au-dessus de leurs cimes                   15
  Qu'ils s'lvent eux-mmes au-dessus des abmes.
  Mais bientt  leurs pieds qu'il descende;  ses yeux
  S'tendent mollement vallons dlicieux,
  Pturages et prs, doux enfants des roses,
  Trient, Cluses, Magland, humides lyses,                        20
  Frais coteaux, o partout sur des flots vagabonds
  Pend le mlze altier, vieil habitant des monts.




                               XVII


  Je t'indique le fruit qui m'a rendu malade;
  Je te crie en quel lieu, sous la route, est cach
  Un abme, o dj mes pas ont trbuch.
  D'un mutuel amour combien doux est l'empire!
  Heureux, et plus heureux que je ne saurais dire,                  5
  Deux coeurs qui ne font qu'un, dont la vie et l'amour
  N'auront, dans un long temps, qu'un mme dernier jour!
  Mais bien peu, qu'ont sduits de si douces chimres,
  Out fui le repentir et les larmes amres.
  O potes amants! conseillers dangereux,                          10
  Qui vantez la douceur des tourments amoureux,
  Votre miel dguisait de funestes breuvages;
  Sur les rochers d'Eube, entours de naufrages,
  Allumant dans la nuit d'infidles flambeaux,
  Vous avez gar mes crdules vaisseaux.                          15
  Mais que dis-je? vos vers sont tout tremps de larmes.

_Ce n'est pas vous qui m'avez perdu... Si je vous avais cru... C'est
moi-mme; c'est elle et ses yeux... et sa blancheur... et ses artifices
et ma... et ma..._




                               XVIII


  Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frres
  Chacun d'un front serein dguise ses misres.
  Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui
  Envie un autre humain qui se plaint comme lui,
  Nul des autres mortels ne mesure les peines,                      5
  Qu'ils savent tous cacher comme il cache les siennes;
  Et chacun, l'oeil en pleurs, en son coeur douloureux
  Se dit: 'Except moi, tout le monde est heureux,'
  Ils sont tous malheureux. Leur prire importune
  Crie et demande au ciel de changer leur fortune,                 10
  Ils changent; et bientt, versant de nouveaux pleurs,
  Ils trouvent qu'ils n'ont fait que changer de malheurs.




                                XIX


  Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile
  De Douvre ou de Tanger fend la route mobile,
  Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant
  Le passager languit malade et chancelant.
  Son regard obscurci meurt. Sa tte pesante                        5
  Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,
  Et son coeur nage et flotte en son sein agit
  Comme de bonds en bonds le navire emport.
  Il croit sentir sous lui fuir la planche lgre.
  Triste et ple, il se couche, et la nause amre                 10
  Soulve sa poitrine, et sa bouche  longs flots
  Inonde les tapis destins au repos.
  Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage:
  Stupide, il a perdu sa force et son courage.
  Il ne retrouve plus ses membres engourdis.                       15
  Il ne peut secourir son ami ni son fils,
  Ni soutenir son pre, et sa main faible et lente
  Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

_Fait en partie dans le vaisseau, en allant  Douvres couch et
souffrant, le 6. Ecrit  Londres, le 10 dcembre 1787._




                                XX


  Sans parents, sans amis et sans concitoyens,
  Oubli sur la terre et loin de tous les miens,
  Par les vagues jet sur cette le farouche,
  Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche.
  Auprs d'un noir foyer, seul, je me plains du sort.               5
  Je compte les moments, je souhaite la mort;
  Et pas un seul ami dont la voix m'encourage,
  Qui prs de moi s'asseye, et, voyant mon visage
  Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein;
  Me dise: 'Qu'as-tu donc?' et me presse la main.                  10

_Londres, dcembre 1787._




                                XXI


  Le doux sommeil habite o sourit la fortune,
  Pareil aux faux amis, le malheur l'importune.
  Il vole se poser, loin des cris de douleurs,
  Sur des yeux que jamais n'ont altrs les pleurs.




                               XXII

                     SUR LA MORT D'UN ENFANT


  L'innocente victime, au terrestre sjour,
  N'a vu que le printemps qui lui donna le jour.
  Rien n'est rest de lui qu'un nom, un vain nuage,
  Un souvenir, un songe, une invisible image.
  Adieu, fragile enfant chapp de nos bras:                        5
  Adieu, dans la maison d'o l'on ne revient pas.
  Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte
  La campagne d't rend la ville dserte;
  Dans l'enclos paternel nous ne te verrons plus,
  De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus,              10
  Presser l'herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine
  Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne.
  L'axe de l'humble char  tes jeux destin,
  Par de fidles mains avec toi promen,
  Ne sillonnera plus les prs et le rivage.                        15
  Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage,
  N'inquiteront plus nos soins officieux;
  Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux
  Les efforts impuissants de ta bouche vermeille
  A bgayer les sons offerts  ton oreille.                        20
  Adieu, dans la demeure o nous nous suivrons tous,
  O ta mre dj tourne ses yeux jaloux.




                               XXIII


  Le courroux d'un amant n'est point inexorable.
  Ah! si tu la voyais, cette belle coupable,
  Rougir et s'accuser, et se justifier,
  Sans implorer sa grce et sans s'humilier.
  Pourtant de l'obtenir doucement inquite,                         5
  Et, les cheveux pars, immobile, muette,
  Les bras, la gorge nue, en un mol abandon,
  Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon!
  Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche,
  Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche.                10




                               XXIV


  Allez, mes vers, allez; je me confie en vous;
  Allez flchir son coeur, dsarmer son courroux;
  Suppliez, gmissez, implorez sa clmence,
  Tant qu'elle vous admette enfin  sa prsence.
  Entrez:  ses genoux prosternez vos douleurs,                     5
  Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs;
  Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche,
  Que vous ne m'apportiez un pardon de sa bouche.




                                XXV


  Eh bien! je le voulais. J'aurais bien d me croire!
  Tant de fois  ses torts je cdai la victoire!
  Je devais une fois du moins, pour la punir,
  Tranquillement l'attendre et la laisser venir.
  Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience                 5
  Hier sut me contraindre  la fuite, au silence,
  Ce matin, de mon coeur trop facile bont!
  Je veux la ramener sans blesser sa fiert;
  J'y vole; contre moi je lui cherche une excuse.
  Je viens lui pardonner, et c'est moi qu'elle accuse.             10
  C'est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux:
  Je prends sur sa faiblesse un empire odieux.
  Et sanglots et fureurs, injures menaantes,
  Et larmes,  couler toujours obissantes!
  Et pour la paix il faut, loin d'avoir eu raison,                 15
  Confus et repentant, demander mon pardon.




                             PITRES



                                I

              A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS


  Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine,
  Quand un destin jaloux loin de toi nous enchane;
  Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appel,
  Sans qui de l'univers je vivrais exil;
  Depuis que de Pandore un regard tmraire                         5
  Versa sur les humains un trsor de misre,
  Pensez-vous que du ciel l'indulgente piti
  Leur ait fait un prsent plus beau que l'amiti?

  Ah! si quelque mortel est n pour la connatre.
  C'est nous, mes de feu, dont l'Amour est le matre.             10
  Le cruel trop souvent empoisonne ses coups;
  Elle garde  nos coeurs ses baumes les plus doux.
  Malheur au jeune enfant seul, sans ami, sans guide,
  Qui prs de la beaut rougit et s'intimide,
  Et, d'un pouvoir nouveau lentement domin,                       15
  Par l'appt du plaisir doucement entran,
  Crdule, et sur la foi d'un sourire volage,
  A cette mer trompeuse et se livre et s'engage!
  Combien de fois, tremblant et les larmes aux yeux,
  Ses cris accuseront l'inconstance des dieux!                     20
  Combien il frmira d'entendre sur sa tte
  Gronder les aquilons et la noire tempte,
  Et d'cueils en cueils portera ses douleurs
  Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs!
  Mais heureux dont le zle, au milieu du naufrage,                25
  Viendra le recueillir, le pousser au rivage;
  Endormir dans ses flancs le poison ennemi;
  Rchauffer dans son sein le sein de son ami,
  Et de son fol amour touffer la semence,
  Ou du moins dans son coeur ranimer l'esprance!                  30
  Qu'il est beau de savoir, digne d'un tel lien,
  Au repos d'un ami sacrifier le sien!
  Plaindre de s'immoler l'occasion ravie,
  tre heureux de sa joie et vivre de sa vie!

  Si le ciel a daign d'un regard amoureux                         35
  Accueillir ma prire et sourire  mes voeux,
  Je ne demande point que mes sillons avides
  Boivent l'or du Pactole et ses trsors liquides;
  Ni que le diamant, sur la pourpre enchan,
  Pare mon coeur esclave au Louvre prostern;                      40
  Ni mme, voeu plus doux! que la main d'Uranie
  Embellisse mon front des palmes du gnie;
  Mais que beaucoup d'amis, accueillis dans mes bras,
  Se partagent ma vie et pleurent mon trpas;
  Que ces doctes hros, dont la main de la Gloire                  45
  A consacr les noms au temple de Mmoire,
  Plutt que leurs talents, inspirent  mon coeur
  Les aimables vertus qui firent leur bonheur;
  Et que de l'amiti ces antiques modles
  Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidles.                  50
  Si le feu qui respire en leurs divins crits
  D'une vive tincelle chauffa nos esprits;
  Si leur gloire en nos coeurs souffle une noble envie,
  Oh! suivons donc aussi l'exemple de leur vie:
  Gardons d'en ngliger la plus belle moiti;                      55
  Soyons heureux comme eux au sein de l'amiti.
  Horace, loin des flots qui tourmentent Cythre,
  Y retrouvait d'un port l'asile salutaire;
  Lui-mme au doux Tibulle,  ses tristes amours,
  Prta de l'amiti les utiles secours.                            60
  L'amiti rendit vains tous les traits de Lesbie;
  Elle essuya les yeux que fit pleurer Cynthie.
  Virgile n'a-t-il pas, d'un vers doux et flatteur,
  De Gallus expirant consol le malheur?
  Voil l'exemple saint que mon coeur leur demande.                65
  Ovide, ah! qu' mes yeux ton infortune est grande!
  Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrits
  Agrer de tes vers les lches faussets;
  Je plains ton abandon, ta douleur solitaire.
  Pas un coeur qui, du tien zl dpositaire,                      70
  Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi,
  Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi!
  Ce n'est pas nous, amis, qu'un tel foudre menace.
  Que des dieux et des rois l'clatante disgrce
  Nous frappe: leur tonnerre aura tromp leurs mains;              75
  Nous resterons unis en dpit des destins.
  Qu'ils excitent sur nous la fortune cruelle;
  Qu'elle arme tous ses traits: nous sommes trois contre elle.
  Nos coeurs peuvent l'attendre, et, dans tous ses combats,
  L'un sur l'autre appuys, ne chancelleront pas.                  80

  Oui, mes amis, voil le bonheur, la sagesse.
  Que nous importe alors si le dieu du Permesse
  Ddaigne de nous voir, entre ses favoris,
  Charmer de l'Hlicon les bocages fleuris?
  Aux sentiers o leur vie offre un plus doux exemple,             85
  O la flicit les reut dans son temple,
  Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau,
  De leur double laurier su ravir le plus beau.
  Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir l'un et l'autre.
  Ils reurent du ciel un coeur tel que le ntre;                  90
  Ce coeur fut leur gnie; il fut leur Apollon,
  Et leur docte fontaine, et leur sacr vallon.
  Castor charme les dieux, et son frre l'inspire.
  Loin de Patrocle, Achille aurait bris sa lyre.
  C'est prs de Pollion, dans les bras de Varus,                   95
  Que Virgile envia le destin de Nisus.
  Que dis-je? ils t'ont transmis ce feu qui les domine.
  N'ai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine,
  Le Brun, faire gmir la lyre de douleurs
  Que jadis Simonide anima de ses pleurs?                         100
  Et toi, dont le gnie, amant de la retraite,
  Et des leons d'Ascra studieux interprte,
  Accompagnant l'anne en ses douze palais,
  tale sa richesse et ses vastes bienfaits;
  Brazais, que de tes chants mon me est pntre,                105
  Quand ils vont couronner cette vierge adore
  Dont par la main du temps l'empire est respect,
  Et de qui la vieillesse augmente la beaut!
  L'homme insensible et froid en vain s'attache  peindre
  Ces sentiments du coeur que l'esprit ne peut feindre;           110
  De ses tableaux fards les frivoles appas
  N'iront jamais au coeur dont ils ne viennent pas.
  Eh! comment me tracer une image fidle
  Des traits dont votre main ignore le modle?
  Mais celui qui, dans soi descendant en secret,                  115
  Le contemple vivant, ce modle parfait,
  C'est lui qui nous enflamme au feu qui le dvore;
  Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore;
  Lui qui trace, en un vers des Muses agr,
  Un sentiment profond que son coeur a cr.                      120
  Aimer, sentir, c'est l cette ivresse vante
  Qu'aux clestes foyers droba Promthe.
  Calliope jamais daigna-t-elle enflammer
  Un coeur inaccessible  la douceur d'aimer?
  Non: l'amour, l'amiti, la sublime harmonie,                    125
  Tous ces dons prcieux n'ont qu'un mme gnie;
  Mme souffle anima le pote charmant,
  L'ami religieux et le parfait amant;
  Ce sont toutes vertus d'une me grande et fire.
  Bavius et Zole, et Gacon et Linire,                           130
  Aux concerts d'Apollon ne furent point admis,
  Vcurent sans matresse, et n'eurent point d'amis.

  Et ceux qui, par leurs moeurs dignes de plus d'estime,
  Ne sont point ns pourtant sous cet astre sublime,
  Voyez-les, dans des vers divins, dlicieux,                     135
  Vous habiller l'amour d'un clinquant prcieux;
  Badinage insipide o leur ennui se joue,
  Et qu'autant que l'amour le bon sens dsavoue.
  Voyez si d'une belle un jeune amant pris
  A tressailli jamais en lisant leurs crits;                     140
  Si leurs lyres jamais, froides comme leurs mes,
  De la sainte amiti respirrent les flammes.
  O peuples de hros, exemples des mortels!
  C'est chez vous que l'encens fuma sur ses autels;
  C'est aux temps glorieux des triomphes d'Athne,                145
  Aux temps sanctifis par la vertu romaine;
  Quand l'me de Llie animait Scipion,
  Quand Nicocls mourait au sein de Phocion;
  C'est aux murs o Lycurgue a consacr sa vie,
  O les vertus taient les lois de la patrie.                    150
  O demi-dieux amis! Atticus, Cicron,
  Caton, Brutus, Pompe, et Sulpice, et Varron!
  Ces hros, dans le sein de leur ville perdue,
  S'assemblaient pour pleurer la libert vaincue.
  Unis par la vertu, la gloire, le malheur,                       155
  Les arts et l'amiti consolaient leur douleur.
  Sans l'amiti, quel antre ou quel sable infertile
  N'et t pour le sage un dsirable asile,
  Quand du Tibre avili le spectre ensanglant
  Armait la main du vice et la frocit;                          160
  Quand d'un vrai citoyen l'clat et le courage
  Rveillaient du tyran la souponneuse rage;
  Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat,
  taient pour l'apaiser l'offrande du Snat!
  Thrasas, Soranus, Sncion, Rustique,                          165
  Vous tous, dignes enfants de la patrie antique,
  Je vous vois tous amis, entours de bourreaux,
  Braver du sclrat les indignes faisceaux,
  Du lche dlateur l'impudente richesse,
  Et du vil affranchi l'orgueilleuse bassesse.                    170
  Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs,
  Garder une patrie, et des lois, et des moeurs;
  Traverser d'un pied sr, sans tache, sans souillure,
  Les flots contagieux de cette mer impure;
  Vous crer, au flambeau de vos mles aeux,                     175
  Sur ce monde profane un monde vertueux.

  Oh! viens rendre  leurs noms nos mes attentives,
  Amiti! de leur gloire ennoblis nos archives.
  Viens, viens: que nos climats, par ton souffle purs,
  Enfantent des rivaux  ces hommes sacrs.                       180
  Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse
  Descendre des Vertus la troupe radieuse,
  De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein,
  Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.
  Ranime les beaux-arts, veille leur gnie,                      185
  Chasse de leur empire et la haine et l'envie:
  Loin de toi dans l'opprobre ils meurent avilis;
  Pour conserver leur trne ils doivent tre unis.
  Alors de l'univers ils forcent les hommages:
  Tout, jusqu' Plutus mme, encense leurs images;                190
  Tout devient juste alors; et le peuple et les grands,
  Quand l'homme est respectable, honorent les talents.
  Ainsi l'on vit les Grecs prner d'un mme zle
  La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle;
  La main de Phidias cra des immortels,                          195
  Et Smyrne  son Homre leva des autels.
  Nous, amis, cependant, de qui la noble audace
  Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,
  Au rang de ces grands noms nous pouvons tre admis;
  Soyons cits comme eux entre les vrais amis.                    200
  Qu'au-del du trpas notre me mutuelle
  Vive et respire encor sur la lyre immortelle.
  Que nos noms soient sacrs, que nos chants glorieux
  Soient pour tous les amis un code prcieux.
  Qu'ils trouvent dans nos vers leur me et leurs penses;        205
  Qu'ils raniment encor nos muses clipses,
  Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour
  D'tre chez leurs neveux imits  leur tour.

(1782.)




                                 II


  Ami, chez nos Franais ma muse voudrait plaire;
  Mais j'ai fui la satire  leurs regards si chre.
  Le superbe lecteur, toujours content de lui,
  Et toujours plus content s'il peut rire d'autrui,
  Veut qu'un nom imprvu, dont l'aspect le dride,                  5
  gay au bout du vers une rime perfide;
  Il s'endort si quelqu'un ne pleure quand il rit.
  Mais qu'Horace et sa troupe irascible d'esprit
  Daignent me pardonner, si jamais ils pardonnent:
  J'estime peu cet art, ces leons qu'ils nous donnent             10
  D'immoler bien un sot qui jure en son chagrin,
  Au rire cre et perant d'un caprice malin.
  Le malheureux dj me semble assez  plaindre
  D'avoir, mme avant lui, vu sa gloire s'teindre
  Et son livre au tombeau lui montrer le chemin,                   15
  Sans aller, sous la terre au trop fertile sein,
  Semant sa renomme et ses tristes merveilles,
  Faire  tous les roseaux chanter quelles oreilles
  Sur sa tte ont dress leurs sommets et leurs poids.

  Autres sont mes plaisirs. Soit, comme je le crois,               20
  Que d'une dbonnaire et gnreuse argile
  On ait ptri mon me innocente et facile;
  Soit, comme ici, d'un oeil caustique et mdisant,
  En secouant le front, dira quelque plaisant,
  Que le ciel, moins propice, envit  ma plume                    25
  D'un sel ingnieux la piquante amertume,
  J'en profite  ma gloire, et je viens devant toi
  Mpriser les raisins qui sont trop hauts pour moi.
  Aux reproches sanglants d'un vers noble et svre
  Ce pays toutefois offre une ample matire:                       30
  Soldats tyrans du peuple obscur et gmissant,
  Et juges endormis aux cris de l'innocent;
  Ministres oppresseurs, dont la main dtestable
  Plonge au fond des cachots la vertu redoutable.
  Mais, loin qu'ils aient senti la fureur de nos vers,             35
  Nos vers rampent en foule aux pieds de ces pervers,
  Qui savent bien payer d'un mpris lgitime
  Le lche qui pour eux feint d'avoir quelque estime.
  Certe, un courage ardent qui s'armerait contre eux
  Serait utile au moins s'il tait dangereux;                      40
  Non d'aller, aiguisant une vaine satire,
  Chercher sur quel pote on a droit de mdire;
  Si tel livre deux fois ne s'est pas imprim,
  Si tel est mal crit, tel autre mal rim.

  Ainsi donc, sans coter de larmes  personne,                    45
  A mes gots innocents, ami, je m'abandonne.
  Mes regards vont errant sur mille et mille objets.
  Sans renoncer aux vieux, plein de nouveaux projets,
  Je les tiens; dans mon camp partout je les rassemble,
  Les enrle, les suis, les pousse tous ensemble.                  50
  S'garant  son gr, mon ciseau vagabond
  Achve  ce pome ou les pieds ou le front,
  Creuse  l'autre les flancs, puis l'abandonne et vole
  Travailler  cet autre ou la jambe ou l'paule.
  Tous, boiteux, suspendus, tranent; mais je les vois             55
  Tous bientt sur leurs pieds se tenir  la fois.
  Ensemble lentement tous couvs sous mes ailes,
  Tous ensemble quittant leurs coques maternelles,
  Sauront d'un beau plumage ensemble se couvrir,
  Ensemble sous le bois voltiger et courir.                        60
  Peut-tre il vaudrait mieux, plus constant et plus sage,
  Commencer, travailler, finir un seul ouvrage.
  Mais quoi! cette constance est un pnible ennui.
  'Eh bien! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui?
  Me dit un curieux qui s'est toujours fait gloire                 65
  D'honorer les neuf Soeurs, et toujours, aprs boire,
  tendu dans sa chaise et se chauffant les pis,
  Aime  dormir au bruit des vers psalmodis.
  --Qui, moi? Non, je n'ai rien. D'ailleurs je ne lis gure.
  --Certe, un tel nous lut hier une ptre!... et son frre        70
  Termina par une ode o j'ai trouv des traits!...
  --Ces messieurs plus fconds, dis-je, sont toujours prts.
  Mais moi, que le caprice et le hasard inspire,
  Je n'ai jamais sur moi rien qu'on puisse vous lire.
  --Bon! bon! Et cet HERMS, dont vous ne parlez pas,              75
  Que devient-il?--Il marche, il arrive  grands pas.
  --Oh! je m'en fie  vous.--Hlas! trop, je vous jure.
  --Combien de chants de faits?--Pas un, je vous assure.
  --Comment?--Vous avez vu sous la main d'un fondeur
  Ensemble se former, diverses en grandeur,                        80
  Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre?
  Il achve leur moule enseveli sous terre;
  Puis, par un long canal en rameaux divis,
  Y fait couler les flots de l'airain embras;
  Si bien qu'au mme instant, cloches, petite et grande,           85
  Sont prtes, et chacune attend et ne demande
  Qu' sonner quelque mort, et du haut d'une tour
  Rveiller la paroisse  la pointe du jour.
  Moi, je suis ce fondeur: de mes crits en foule
  Je prpare longtemps et la forme et le moule;                    90
  Puis, sur tous  la fois je fais couler l'airain:
  Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain.'

  Ami, Phoebus ainsi me verse ses largesses.
  Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses.
  Plus souvent leurs crits, aiguillons gnreux,                  95
  M'embrasent de leur flamme, et je cre avec eux.
  Un juge sourcilleux, piant mes ouvrages,
  Tout  coup  grands cris dnonce vingt passages
  Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant,
  Il s'admire et se plat de se voir si savant.                   100
  Que ne vient-il vers moi? je lui ferai connatre
  Mille de mes larcins qu'il ignore peut-tre.
  Mon doigt sur mon manteau lui dvoile  l'instant
  La couture invisible et qui va serpentant
  Pour joindre  mon toffe une pourpre trangre.                105
  Je lui montrerai l'art, ignor du vulgaire,
  De sparer aux yeux, en suivant leur lien,
  Tous ces mtaux unis dont j'ai form le mien.
  Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave,
  Tout ce que des Toscans la voix fire et suave,                 110
  Tout ce que les Romains, ces rois de l'univers,
  M'offraient d'or et de soie, est pass dans mes vers.
  Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse
  Plus fconds et plus purs fit couler dans la Grce;
  L, Promthe ardent, je drobe les feux                        115
  Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux.
  Tantt chez un auteur j'adopte une pense,
  Mais qui revt, chez moi, souvent entrelace,
  Mes images, mes tours, jeune et frais ornement;
  Tantt je ne retiens que les mots seulement:                    120
  J'en dtourne le sens, et l'art sait les contraindre
  Vers des objets nouveaux qu'ils s'tonnent de peindre.
  La prose plus souvent vient subir d'autres lois,
  Et se transforme, et fut mes potiques doigts;
  De rimes couronne, et lgre et dansante,                      125
  En nombres mesurs elle s'agite et chante.
  Des antiques vergers ces rameaux emprunts
  Croissent sur mon terrain mollement transplants;
  Aux troncs de mon verger ma main avec adresse
  Les attache, et bientt mme corce les presse.                 130
  De ce mlange heureux l'insensible douceur
  Donne  mes fruits nouveaux une antique saveur.
  Dvot adorateur de ces matres antiques,
  Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques.
  Dans leur triomphe admis, je veux le partager,                  135
  Ou bien de ma dfense eux-mmes les charger.
  Le critique imprudent, qui se croit bien habile,
  Donnera sur ma joue un soufflet  Virgile.
  Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi),
  Montaigne, il t'en souvient, l'avait dit avant moi.             140




                              POMES




                                I

                           L'INVENTION


  O fils du Mincius, je te salue,  toi
  Par qui le dieu des arts fut roi du peuple-roi!
  Et vous,  qui jadis, pour crer l'harmonie,
  L'Attique et l'onde ge, et la belle Ionie,
  Donnrent un ciel pur, les plaisirs, la beaut,                   5
  Des moeurs simples, des lois, la paix, la libert,
  Un langage sonore aux douceurs souveraines,
  Le plus beau qui soit n sur des lvres humaines!
  Nul ge ne verra plir vos saints lauriers,
  Car vos pas inventeurs ouvrirent les sentiers;                   10
  Et du temple des arts que la gloire environne
  Vos mains ont lev la premire colonne.
  A nous tous aujourd'hui, vos faibles nourrissons,
  Votre exemple a dict d'importantes leons.
  Il nous dit que nos mains, pour vous tre fidles,               15
  Y doivent lever des colonnes nouvelles.
  L'esclave imitateur nat et s'vanouit;
  La nuit vient, le corps reste, et son ombre s'enfuit.

  Ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise.
  Nous voyons les enfants de la fire Tamise,                      20
  De toute servitude ennemis indompts;
  Mieux qu'eux, par votre exemple,  vous vaincre excits,
  Osons; de votre gloire clatante et durable
  Essayons d'puiser la source inpuisable.
  Mais inventer n'est pas, en un brusque abandon,                  25
  Blesser la vrit, le bon sens, la raison;
  Ce n'est pas entasser, sans dessein et sans forme,
  Des membres ennemis en un colosse norme;
  Ce n'est pas, levant des poissons dans les airs,
  A l'aile des vautours ouvrir le sein des mers;                   30
  Ce n'est pas sur le front d'une nymphe brillante
  Hrisser d'un lion la crinire sanglante:
  Dlires insenss! fantmes monstrueux!
  Et d'un cerveau malsain rves tumultueux!
  Ces transports drgls, vagabonde manie,                        35
  Sont l'accs de la fivre et non pas du gnie;
  D'Ormus et d'Ariman ce sont les noirs combats,
  O, partout confondus, la vie et le trpas,
  Les tnbres, le jour, la forme et la matire,
  Luttent sans tre unis; mais l'esprit de lumire                 40
  Fait natre en ce chaos la concorde et le jour:
  D'lments diviss il reconnat l'amour,
  Les rappelle; et partout, en d'heureux intervalles,
  Spare et met en paix les semences rivales.
  Ainsi donc, dans les arts, l'inventeur est celui                 45
  Qui peint ce que chacun put sentir comme lui;
  Qui, fouillant des objets les plus sombres retraites,
  tale et fait briller leurs richesses secrtes;
  Qui, par des noeuds certains, imprvus et nouveaux,
  Unissant des objets qui paraissaient rivaux,                     50
  Montre et fait adopter  la nature mre
  Ce qu'elle n'a point fait, mais ce qu'elle a pu faire;
  C'est le fcond pinceau qui, sr dans ses regards,
  Retrouve un seul visage en vingt belles pars,
  Les fait renatre ensemble, et, par un art suprme,              55
  Des traits de vingt beauts forme la beaut mme.

  La nature dicta vingt genres opposs
  D'un fil lger entre eux chez les Grecs diviss.
  Nul genre, s'chappant de ses bornes prescrites,
  N'aurait os d'un autre envahir les limites,                     60
  Et Pindare  sa lyre, en un couplet bouffon,
  N'aurait point de Marot associ le ton.
  De ces fleuves nombreux dont l'antique Permesse
  Arrosa si longtemps les cits de la Grce,
  De nos jours mme, hlas! nos aveugles vaisseaux                 65
  Ont encore oubli mille vastes rameaux.
  Quand Louis et Colbert, sous les murs de Versailles,
  Rparaient des beaux-arts les longues funrailles,
  De Sophocle et d'Eschyle ardents admirateurs,
  De leur auguste exemple lves inventeurs,                       70
  Des hommes immortels firent sur notre scne
  Revivre aux yeux franais les thtres d'Athne.
  Comme eux, instruits par eux, Voltaire offre  nos pleurs
  Des grands infortuns les illustres douleurs;
  D'autres esprits divins, fouillant d'autres ruines,              75
  Sous l'amas des dbris, des ronces, des pines,
  Ont su, pleins des crits des Grecs et des Romains,
  Retrouver, parcourir leurs antiques chemins,
  Mais, oh! la belle palme et quel trsor de gloire
  Pour celui qui, cherchant la plus noble victoire,                80
  D'un si grand labyrinthe affrontant les hasards,
  Saura guider sa muse aux immenses regards,
  De mille longs dtours  la fois occupe,
  Dans les sentiers confus d'une vaste pope;
  Lui dire d'tre libre, et qu'elle n'aille pas                    85
  De Virgile et d'Homre pier tous les pas,
  Par leur secours  peine  leurs pieds leve;
  Mais, qu'auprs de leurs chars, dans un char enleve,
  Sur leurs sentiers marqus de vestiges si beaux,
  Sa roue ose imprimer des vestiges nouveaux!                      90
  Quoi! faut-il, ne s'armant que de timides voiles,
  N'avoir que ces grands noms pour nord et pour toiles,
  Les ctoyer sans cesse, et n'oser un instant,
  Seul et loin de tout bord, intrpide et flottant,
  Aller sonder les flancs du plus lointain Nre                   95
  Et du premier sillon fendre une onde ignore?
  Les coutumes d'alors, les sciences, les moeurs
  Respirent dans les vers des antiques auteurs.
  Leur sicle est en dpt dans leurs nobles volumes.
  Tout a chang pour nous, moeurs, sciences, coutumes.            100
  Pourquoi donc nous faut-il, par un pnible soin,
  Sans rien voir prs de nous, voyant toujours bien loin,
  Vivant dans le pass, laissant ceux qui commencent,
  Sans penser, crivant d'aprs d'autres qui pensent,
  Retraant un tableau que nos yeux n'ont point vu,               105
  Dire et dire cent fois ce que nous avons lu?
  De la Grce hroque et naissante et sauvage
  Dans Homre  nos yeux vit la parfaite image.
  Dmocrite, Platon, Epicure, Thals,
  Ont de loin  Virgile indiqu les secrets                       110
  D'une nature encore  leurs yeux trop voile.
  Torricelli, Newton, Kepler et Galile,
  Plus doctes, plus heureux dans leurs puissants efforts,
  A tout nouveau Virgile ont ouvert des trsors.
  Tous les arts sont unis: les sciences humaines                  115
  N'ont pu de leur empire tendre les domaines,
  Sans agrandir aussi la carrire des vers.
  Quel long travail pour eux a conquis l'univers!
  Aux regards de Buffon, sans voile, sans obstacles,
  La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles,          120
  Ses germes, ses coteaux, dpouille de Tthys;
  Les nuages pais, sur elle appesantis,
  De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre;
  Et l'hiver ennemi, pour envahir la terre,
  Roi des antres du Nord, et, de glaces arms,                    125
  Ses pas usurpateurs sur nos monts imprims;
  Et l'oeil perant du verre, en la vaste tendue,
  Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue,
  Aux changements prdits, immuables, fixs,
  Que d'une plume d'or Bailly nous a tracs;                      130
  Aux lois de Cassini les comtes fidles;
  L'aimant, de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes;
  Une Cyble neuve et cent mondes divers
  Aux yeux de nos Jasons sortis du sein des mers;
  Quel amas de tableaux, de sublimes images,                      135
  Nat de ces grands objets rservs  nos ges!
  Sous ces bois trangers qui couronnent ces monts,
  Aux vallons de Cusco, dans ces antres profonds,
  Si chers  la fortune et plus chers au gnie,
  Germent des mines d'or, de gloire et d'harmonie.                140
  Pensez-vous, si Virgile ou l'Aveugle divin
  Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main
  Ngliget de saisir ces fcondes richesses,
  De notre Pinde auguste clatantes largesses?
  Nous en verrions briller leurs sublimes crits;                 145
  Et ces mmes objets, que vos doctes mpris
  Accueillent aujourd'hui d'un front dur et svre,
  Alors  vos regards auraient seuls droit de plaire.
  Alors, dans l'avenir, votre inflexible humeur
  Aurait soin de dfendre  tout jeune rimeur                     150
  D'oser sortir jamais de ce cercle d'images
  Que vos yeux auraient vu trac dans leurs ouvrages.
  Mais qui jamais a su, dans des vers sduisants,
  Sous des dehors plus vrais peindre l'esprit aux sens?
  Mais quelle voix jamais d'une plus pure flamme                  155
  Et chatouilla l'oreille et pntra dans l'me?
  Mais leurs moeurs et leurs lois, et mille autres hasards,
  Rendaient leur sicle heureux plus propice aux beaux-arts.
  Eh bien! l'me est partout; la pense a des ailes.
  Volons, volons chez eux retrouver leurs modles;                160
  Voyageons dans leur ge, o, libre, sans dtour,
  Chaque homme ose tre un homme et penser au grand jour.
  Au tribunal de Mars, sur la pourpre romaine,
  L du grand Cicron la vertueuse haine
  crase Cthgus, Catilina, Verrs;                              165
  L tonne Dmosthne; ici de Pricls
  La voix; l'ardente voix, de tous les coeurs matresse,
  Frappe, foudroie, agite, pouvante la Grce.
  Allons voir la grandeur et l'clat de leurs jeux.
  Ciel! la mer appele en un bassin pompeux!                      170
  Deux flottes parcourant cette enceinte profonde,
  Combattant sous les yeux du conqurant du monde!
  O terre de Plops! avec le monde entier
  Allons voir d'pidaure un agile coursier,
  Couronn dans les champs de Nme et d'lide;                   175
  Allons voir au thtre, aux accents d'Euripide,
  D'une sainte folie un peuple furieux
  Chanter: _Amour, tyran des hommes et des dieux_;
  Puis, ivres des transports qui nous viennent surprendre,
  Parmi nous, dans nos vers, revenons les rpandre;               180
  Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs;
  Pour peindre notre ide empruntons leurs couleurs;
  Allumons nos flambeaux  leurs feux potiques;
  Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

  Direz-vous qu'un objet n sur leur Hlicon                      185
  A seul de nous charmer pu recevoir le don?
  Que leurs fables, leurs dieux, ces mensonges futiles,
  Des Muses noble ouvrage, aux Muses sont utiles?
  Que nos travaux savants, nos calculs studieux,
  Qui subjuguent l'esprit et rpugnent aux yeux,                  190
  Que l'on croit malgr soi, sont pnibles, austres,
  Et moins grands, moins pompeux que leurs belles chimres?
  Ces objets, hrisss, dans leurs dtours nombreux,
  Des ronces d'un langage obscur et tnbreux,
  Pour l'me, pour les sens offrent-ils rien  peindre?           195
  Le langage des vers y pourrait-il atteindre?
  Voil ce que traits, prfaces, longs discours,
  Prose, rime, partout nous disent tous les jours.
  Mais enfin, dites-moi, si d'une oeuvre immortelle
  La nature est en nous la source et le modle,                   200
  Pouvez-vous le penser que tout cet univers,
  Et cet ordre ternel, ces mouvements divers,
  L'immense vrit, la nature elle-mme,
  Soit moins grande en effet que ce brillant systme
  Qu'ils nommaient la nature, et dont d'heureux efforts           205
  Disposaient avec art les fragiles ressorts?
  Mais quoi! ces vrits sont au loin recules,
  Dans un langage obscur saintement recles:
  Le peuple les ignore. O Muses,  Phoebus!
  C'est l, c'est l sans doute un aiguillon de plus.             210
  L'auguste posie, clatante interprte,
  Se couvrira de gloire en forant leur retraite.
  Cette reine des coeurs,  la touchante voix,
  A le droit, en tous lieux, de nous dicter son choix,
  Sre de voir partout, introduite par elle,                      215
  Applaudir  grands cris une beaut nouvelle,
  Et les objets nouveaux que sa voix a tents
  Partout, de bouche en bouche, aprs elle chants.
  Elle porte,  travers leurs nuages plus sombres,
  Des rayons lumineux qui dissipent leurs ombres,                 220
  Et rit quand dans son vide un auteur oppress
  Se plaint qu'on a tout dit et que tout est pens.
  Seule, et la lyre en main, et de fleurs couronne,
  De doux ravissements partout accompagne,
  Aux lieux les plus dserts, ses pas, ses jeunes pas,            225
  Trouvent mille trsors qu'on ne souponnait pas.
  Sur l'aride buisson que son regard se pose,
  Le buisson  ses yeux rit et jette une rose.
  Elle sait ne point voir, dans son juste ddain,
  Les fleurs qui trop souvent, courant de main en main,           230
  Ont perdu tout l'clat de leurs fracheurs vermeilles;
  Elle sait mme encore,  charmantes merveilles!
  Sous ses doigts dlicats rparer et cueillir
  Celles qu'une autre main n'avait su que fltrir.
  Elle seule connat ces extases choisies,                        235
  D'un, esprit tout de feu mobiles fantaisies,
  Ces rves d'un moment, belles illusions,
  D'un monde imaginaire aimables visions,
  Qui ne frappent jamais, trop subtile lumire,
  Des terrestres esprits l'oeil pais et vulgaire.                240
  Seule, de mots heureux, faciles, transparents,
  Elle sait revtir ces fantmes errants:
  Ainsi des hauts sapins de la Finlande humide,
  De l'ambre, enfant du ciel, distille l'or fluide,
  Et sa chute souvent rencontre dans les airs                     245
  Quelque insecte volant qu'il porte au fond des mers;
  De la Baltique enfin les vagues orageuses
  Roulent et vont jeter ces larmes prcieuses
  O la fire Vistule, en de nobles coteaux,
  Et le froid Nimen expirent dans ses eaux.                      250
  L, les arts vont cueillir cette merveille utile,
  Tombe odorante o vit l'insecte volatile:
  Dans cet or diaphane il est lui-mme encor;
  On dirait qu'il respire et va prendre l'essor.

  Qui que tu sois enfin,  toi, jeune pote,                      255
  Travaille, ose achever cette illustre conqute.
  De preuves, de raisons, qu'est-il encor besoin?
  Travaille. Un grand exemple est un puissant tmoin.
  Montre ce qu'on peut faire en le faisant toi-mme.
  Si pour toi la retraite est un bonheur suprme;                 260
  Si chaque jour les vers de ces matres fameux
  Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux;
  Si tu sens chaque jour, anim de leur me,
  Ce besoin de crer, ces transports, cette flamme,
  Travaille. A nos censeurs c'est  toi de montrer                265
  Tous ces trsors nouveaux qu'ils veulent ignorer.
  Il faudra bien les voir, il faudra bien se taire
  Quand ils verront enfin, cette gloire trangre
  De rayons inconnus ceindre ton front brillant.
  Aux antres de Paros, le bloc tincelant                         270
  N'est aux vulgaires yeux qu'une pierre insensible.
  Mais le docte ciseau, dans son sein invisible,
  Voit, suit, trouve la vie, et l'me, et tous ses traits.
  Tout l'Olympe respire en ses dtours secrets.
  L vivent de Vnus les beauts souveraines;                     275
  L des muscles nerveux, l de sanglantes veines
  Serpentent; l des flancs invaincus aux travaux,
  Pour soulager Atlas des clestes fardeaux,
  Aux volonts du fer leur enveloppe norme
  Cde, s'amollit, tombe; et de ce bloc informe                   280
  Jaillissent, clatants, des dieux pour nos autels:
  C'est Apollon lui-mme, honneur des immortels;
  C'est Alcide vainqueur des monstres de Nme;
  C'est du vieillard troyen la mort envenime;
  C'est des Hbreux errants le chef, le dfenseur:                285
  Dieu tout entier habite en ce marbre penseur.
  Ciel! n'entendez-vous pas de sa bouche profonde
  clater cette voix cratrice du monde?

  Oh! qu'ainsi parmi nous des esprits inventeurs
  De Virgile et d'Homre atteignent les hauteurs,                 290
  Sachent dans la mmoire avoir comme eux un temple,
  Et sans suivre leurs pas imiter leur exemple;
  Faire, en s'loignant d'eux avec un soin jaloux,
  Ce qu'eux-mmes ils feraient s'ils vivaient parmi nous!
  Que la nature seule, en ses vastes miracles,                    295
  Soit leur fable et leurs dieux, et ses lois leurs oracles;
  Que leurs vers, de Tthys respectant le sommeil,
  N'aillent plus dans ses flots rallumer le soleil;
  De la cour d'Apollon que l'erreur soit bannie,
  Et qu'enfin Calliope, lve d'Uranie,                           300
  Montant sa lyre d'or sur un plus noble ton,
  En langage des dieux fasse parler Newton!

  Oh! si je puis un jour!... Mais quel est ce murmure?
  Quelle nouvelle attaque et plus forte et plus dure?
  O langue des Franais! est-il vrai que ton sort                 305
  Est de ramper toujours, et que toi seule as tort?
  Ou si d'un faible esprit l'indolente paresse
  Veut rejeter sur toi sa honte et sa faiblesse?
  Il n'est sot traducteur, de sa richesse enfl,
  Sot auteur d'un pome ou d'un discours siffl,                  310
  Ou d'un recueil ambr de chansons  la glace,
  Qui ne vous avertisse, en sa fire prface,
  Que, si son style pais vous fatigue d'abord,
  Si sa prose vous pse et bientt vous endort,
  Si son vers est gn, sans feu, sans harmonie,                  315
  Il n'en est point coupable: il n'est pas sans gnie;
  Il a tous les talents qui font les grands succs;
  Mais enfin, malgr lui, ce langage franais,
  Si faible en ses couleurs, si froid et si timide,
  L'a contraint d'tre lourd, gauche, plat, insipide,             320
  Mais serait-ce Le Brun, Racine, Despraux
  Qui l'accusent ainsi d'abuser leurs travaux?
  Est-ce  Rousseau, Buffon, qu'il rsiste infidle?
  Est-ce pour Montesquieu, qu'impuissant et rebelle,
  Il fuit? Ne sait-il pas, se reposant sur eux,                   325
  Doux, rapide, abondant, magnifique, nerveux,
  Creusant dans les dtours de ces mes profondes,
  S'y teindre, s'y tremper de leurs couleurs fcondes?
  Un rimeur voit partout un nuage, et jamais
  D'un coup d'oeil ferme et grand n'a saisi les objets;           330
  La langue se refuse  ses demi-penses,
  De sang-froid, pas  pas, avec peine amasses;
  Il se dpite alors, et, restant en chemin,
  Il se plaint qu'elle chappe et glisse de sa main.
  Celui qu'un vrai dmon presse, enflamme, domine,                335
  Ignore un tel supplice: il pense, il imagine;
  Un langage imprvu, dans son me produit,
  Nat avec sa pense, et l'embrasse et la suit;
  Les images, les mots que le gnie inspire,
  O l'univers entier vit, se meut et respire,                    340
  Source vaste et sublime et qu'on ne peut tarir,
  En foule en son cerveau se htent de courir.
  D'eux-mmes ils vont chercher un noeud qui les rassemble;
  Tout s'allie et se forme, et tout va natre ensemble.

  Sous l'insecte vengeur envoy par Junon,                        345
  Telle Io tourmente, en l'ardente saison,
  Traverse en vain les bois et la longue campagne,
  Et le fleuve bruyant qui presse la montagne;
  Tel le bouillant pote, en ses transports brlants,
  Le front chevel, les yeux tincelants,                        350
  S'agite, se dbat, cherche en d'pais bocages
  S'il pourra de sa tte apaiser les orages
  Et secouer le dieu qui fatigue son sein.
  De sa bouche  grands flots ce dieu dont il est plein
  Bientt en vers nombreux s'exhale et se dchane;               355
  Leur sublime torrent roule, saisit, entrane.
  Les tours imptueux, inattendus, nouveaux,
  L'expression de flamme aux magiques tableaux
  Qu'a tremps la nature en ses couleurs fertiles,
  Les nombres tour  tour turbulents ou faciles,                  360
  Tout porte au fond des coeurs le tumulte ou la paix;
  Dans la mmoire au loin tout s'imprime  jamais.
  C'est ainsi que Minerve, en un instant forme,
  Du front de Jupiter s'lance tout arme,
  Secouant et le glaive et le casque guerrier,                    365
  Et l'horrible Gorgone  l'aspect meurtrier.

  Des Toscans, je le sais, la langue est sduisante:
  Cire molle,  tout peindre habile et complaisante,
  Qui prend d'heureux contours sous les plus faibles mains
  Quand le Nord, s'puisant de barbares essaims,                  370
  Vint par une conqute en malheurs plus fconde
  Venger sur les Romains l'esclavage du monde,
  De leurs affreux accents la farouche pret
  Du Latin en tous lieux souilla la puret.
  On vit de ce mlange tranger et sauvage                        375
  Natre des langues soeurs, que le temps et l'usage,
  Par des sentiers divers guidant diversement,
  D'une lime insensible ont poli lentement,
  Sans pouvoir en entier, malgr tous leurs prodiges,
  De la rouille barbare effacer les vestiges.                     380
  De l du Castillan la pompe et la fiert,
  Teint encor des couleurs du langage indompt
  Qu'au Tage transplantaient les fureurs musulmanes.
  La grce et la douceur sur les lvres toscanes
  Fixrent leur empire; et la Seine  la fois                     385
  De grce et de fiert sut composer sa voix.
  Mais ce langage, arm d'obstacles indociles,
  Lutte et ne veut plier que sons des mains habiles.
  Est-ce un mal? Eh! plutt rendons grces aux dieux.
  Un faux clat longtemps ne peut tromper nos yeux;               390
  Et notre langue mme,  tout esprit vulgaire
  De nos vers ddaigneux fermant le sanctuaire,
  Avertit ds l'abord quiconque y veut monter
  Qu'il faut savoir tout craindre et savoir tout tenter,
  Et, recueillant affronts ou gloire sans mlange,                395
  S'lever jusqu'au fate ou ramper dans la fange.




                                 II

                               HERMS

                      _Pome en trois chants_.


FRAGMENT I.--PROLOGUE.

  Dans nos vastes cits, par le sort partags,
  Sous deux injustes lois les hommes sont rangs:
  Les uns, princes et grands, d'une avide opulence
  talent sans pudeur la barbare insolence;
  Les autres, sans pudeur, vils clients de ces grands,              5
  Vont ramper sous les murs qui cachent leurs tyrans.
  Admirer ces palais aux colonnes hautaines
  Dont eux-mmes ont pay les splendeurs inhumaines,
  Qu'eux-mmes ont arrachs aux entrailles des monts,
  Et tout tremps encor des sueurs de leurs fronts.                10

  Moi, je me plus toujours, client de la nature,
  A voir son opulence et bienfaisante et pure,
  Cherchant loin de nos murs les temples, les palais
  O la Divinit me rvle ses traits,
  Ces monts, vainqueurs sacrs des fureurs du tonnerre,            15
  Ces chnes, ces sapins, premiers-ns de la terre.
  Les pleurs des malheureux n'ont point teint ces lambris.
  D'un feu religieux le saint pote pris
  Cherche leur pur ther et plane sur leur cime.
  Mer bruyante, la voix du pote sublime                           20
  Lutte contre les vents; et tes flots agits
  Sont moins forts, moins puissants que ses vers indompts.
  A l'aspect du volcan, aux astres lance,
  Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pense.
  Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand!              25
  Seul, il rve en silence  la voix du torrent
  Qui le long des rochers se prcipite et tonne;
  Son esprit en torrent et s'lance et bouillonne.
  L, je vais dans mon sein mditant  loisir
  Des chants  faire entendre aux sicles  venir;                 30
  L, dans la nuit des coeurs qu'osa sonder Homre,
  Cet aveugle divin et me guide et m'claire.
  Souvent mon vol, arm des ailes de Buffon,
  Franchit avec Lucrce, au flambeau de Newton,
  La ceinture d'azur sur le globe tendue.                         35
  Je vois l'tre et la vie et leur source inconnue,
  Dans les fleuves d'ther tous les mondes roulants.
  Je poursuis la comte aux crins tincelants,
  Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;
  Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses.                  40
  Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux;
  Dans l'ternel concert je me place avec eux:
  En moi leurs doubles lois agissent et respirent:
  Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent;
  Sur moi qui les attire ils psent  leur tour.                   45
  Les lments divers, leur haine, leur amour,
  Les causes, l'infini s'ouvre  mon oeil avide.
  Bientt redescendu sur notre fange humide,
  J'y rapporte des vers de nature enflamms,
  Aux purs rayons des dieux dans ma course allums.                50
  coutez donc ces chants d'Herms dpositaires,
  O l'homme antique, errant dans ses routes premires,
  Fait revivre  vos yeux l'empreinte de ses pas.
  Mais dans peu, m'lanant aux armes, aux combats,
  Je dirai l'Amrique  l'Europe montre;                          55
  J'irai dans cette riche et sauvage contre
  Soumettre au Mananar le vaste Maragnon.
  Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom,
  Celui de cette Europe en grands exploits fconde,
  Que nos jours ne sont loin des premiers jours du monde.          60

FRAGMENT II

  Chassez de vos autels, juges vains et frivoles,
  Ces hros conqurants, meurtrires idoles;
  Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs,
  De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.
  Venez tomber aux pieds de plus nobles images:                    65
  Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,
  Hros dont les vertus, les travaux bienfaisants,
  Ont clair la terre et mrit l'encens;
  Qui, dpouills d'eux-mmes et vivant pour leurs frres,
  Les ont soumis au frein des rgles salutaires,                   70
  Au joug de leur bonheur; les ont faits citoyens;
  En leur donnant des lois leur ont donn des biens,
  Des forces, des parents, la libert, la vie;
  Enfin qui d'un pays ont fait une patrie.
  Et que de fois pourtant leurs frres envieux                     75
  Ont d'affronts insenss, de mpris odieux,
  Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,
  Comme dans leurs maisons ces animaux stupides
  Dont la dent mfiante ose outrager la main
  Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim!                  80
  Mais n'importe; un grand homme au milieu des supplices
  Gote de la vertu les augustes dlices.
  Il le sait: les humains sont injustes, ingrats.
  Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas;
  Qu'un jour entre eux et lui s'lve avec murmure                 85
  D'insectes ennemis une nue obscure;
  N'importe, il les instruit, il les aime pour eux.
  Mme ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux.
  Il sait que leur vertu, leur bont, leur prudence,
  Doit tre son ouvrage et non sa rcompense,                      90
  Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,
  De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau,
  An loin dans l'avenir sa grande me contemple
  Les sages opprims que soutient son exemple;
  Des mchants dans soi-mme il brave la noirceur:                 95
  C'est l qu'il sait les fuir; son asile est son coeur.
  De ce fate serein, son Olympe sublime,
  Il voit, juge, connat. Un dmon magnanime
  Agite ses pensers, vit dans son coeur brlant,
  Travaille son sommeil actif et vigilant,                        100
  Arrache au long repos sa nuit laborieuse,
  Allume avant le jour sa lampe studieuse,
  Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits,
  Indompt dans la guerre, opulent dans la paix,
  Son beau nom remplissant leur coeur et leur histoire,           105
  Les sicles prosterns au pied de sa mmoire.

  Par ses sueurs bientt l'difice s'accrot.
  En vain l'esprit du peuple est rampant, est troit,
  En vain le seul prsent les frappe et les entrane,
  En vain leur raison faible et leur vue incertaine               110
  Ne peut de ses regards suivre les profondeurs,
  De sa raison cleste atteindre les hauteurs;
  Il appelle les dieux  son conseil suprme.
  Ses dcrets, confis  la voix des dieux mme,
  Entranent sans convaincre, et le monde bloui                  115
  Pense adorer les dieux en n'adorant que lui.
  Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage.
  C'est alors qu'il a vu tantt  son passage
  Un buisson enflamm recler l'ternel;
  C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel,                120
  De la montagne ardente et du sein du tonnerre,
  La voix de Dieu lui-mme crite sur la pierre;
  Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois
  Une nymphe l'appelle et lui trace des lois,
  Et qu'un oiseau divin, messager de miracles,                    125
  A son oreille vient lui dicter des oracles.
  Tout agit pour lui seul, et la tempte et l'air,
  Et le cri des forts, et la foudre et l'clair;
  Tout. Il prend  tmoin le monde et la nature.
  Mensonge grand et saint! glorieuse imposture,                   130
  Quand au peuple tromp ce pige gnreux
  Lui rend sacr le joug qui doit le rendre heureux!

(Troisime chant.)

FRAGMENT III

  Du temps et du besoin l'invitable empire
  Dut avoir aux humains enseign l'art d'crire.
  D'autres arts l'ont poli; mais aux arts, le premier,            135
  Lui seul des vrais succs put ouvrir le sentier,
  Sur la feuille d'gypte ou sur la peau ductile,
  Mme un jour sur le dos d'un albtre docile,
  Au fond des eaux form des dpouilles du lin,
  Une main loquente, avec cet art divin,                         140
  Tient, fait voir l'invisible et rapide pense,
  L'abstraite intelligence et palpable et trace;
  Peint des sons  nos yeux, et transmet  la fois
  Une voix aux couleurs, des couleurs  la voix.

  Quand des premiers traits la fraternelle chane                145
  Commena d'approcher, d'unir la race humaine,
  La terre et de hauts monts, des fleuves, des forts,
  Des contrats attests garants srs et muets,
  Furent le livre auguste et les lettres sacres
  Qui faisaient lire aux yeux les promesses jures.               150
  Dans la suite peut-tre ils voulurent sur soi
  L'un de l'autre emporter la parole et la foi;
  Ils surent donc, broyant de liquides matires,
  L'un sur l'autre imprimer leurs images grossires,
  Ou celle du tmoin, homme, plante ou rocher,                    155
  Qui vit jurer leur bouche et leurs mains se toucher.
  De l dans l'Orient ces colonnes savantes,
  Rois, prtres, animaux peints en scnes vivantes,
  De la religion tnbreux monuments,
  Pour les sages futurs laborieux tourments,                      160
  Archives de l'tat, o les mains politiques
  Traaient en longs tableaux les annales publiques.
  De l, dans un amas d'emblmes captieux,
  Pour le peuple ignorant monstre religieux,
  Des membres ennemis vont composer ensemble                      165
  Un seul tout, tonn du noeud qui les rassemble:
  Un corps de femme au front d'un aigle enfant des airs
  Joint l'caille et les flancs d'un habitant des mers.
  Cet art simple et grossier nous a suffi peut-tre
  Tant que tous nos discours n'ont su voir ni connatre           170
  Que les objets prsents dans la nature pars,
  Et que tout notre esprit tait dans nos regards.
  Mais on vit, quand vers l'homme on apprit  descendre,
  Quand il fallut fixer, nommer, crire, entendre,
  Du coeur, des passions les plus secrets dtours,                175
  Les espaces du temps ou plus longs ou plus courts,
  Quel cercle troit bornait cette antique criture.
  Plus on y mit de soins, plus incertaine, obscure,
  Du sens confus et vague elle paissit la nuit.
  Quelque peuple  la fin, par le travail instruit,               180
  Compte combien de mots l'hrditaire usage
  A transmis jusqu' lui pour former un langage.
  Pour chacun de ces mots un signe est invent,
  Et la main qui l'entend des lvres rpt
  Se souvient d'en tracer cette image fidle;                     185
  Et sitt qu'une ide inconnue et nouvelle
  Grossit d'un mot nouveau ces mots dj nombreux,
  Un nouveau signe accourt s'enrler avec eux.

  C'est alors, sur des pas si faciles  suivre,
  Que l'esprit des humains est assur de vivre.                   190
  C'est alors que le fer  la pierre, aux mtaux,
  Livre, en dpt sacr pour les ges nouveaux,
  Nos mes et nos moeurs fidlement gardes;
  Et l'oeil sait reconnatre une forme aux ides.
  Ds lors des grands aeux les travaux, les vertus               195
  Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus.
  Le pass du prsent est l'arbitre et le pre,
  Le conduit par la main, l'encourage, l'claire.
  Les aeux, les enfants, les arrire-neveux,
  Tous sont du mme temps, ils ont les mmes voeux,               200
  La patrie, au milieu des embches, des tratres,
  Remonte en sa mmoire, a recours aux anctres,
  Cherche ce qu'ils feraient en un danger pareil,
  Et des sicles vieillis assemble le conseil.

(Troisime chant.)




                                III

                             L'AMRIQUE


FRAGEMENT I

_Il faut mettre ceci dans la bouche du pote (qui n'est pas moi)_:

  Le pote divin, tout esprit, tout pense,
  Ne sent point dans un corps son me embarrasse;
  Il va percer le ciel aux murailles d'azur;
  De la terre, des mers, le labyrinthe obscur.
  Ses vars ont revtu, prompts et lgers Protes,                   5
  Les formes tour  tour  ses yeux prsentes.
  Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts
  Tonnent prcipits en des gouffres profonds.
  L, des flancs sulfureux d'une ardente montagne,
  Ses vers cherchent les cieux et brlent les campagnes;           10
  Et l, dans la mle aux reflux meurtriers,
  Leur clameur sanguinaire chauffe les guerriers,
  Puis, d'une aile glace assemblant les nuages,
  Ils volent, troublent l'onde et soufflent les naufrages,
  Et rptent au loin et les longs sifflements,                    15
  Et la tempte sombre aux noirs mugissements,
  Et le feu des clairs et les cris du tonnerre.
  Puis, d'un oeil doux et pur souriant  la terre,
  Ils la couvrent de fleurs; ils rassrnent l'air.
  Le calme suit leurs pas et s'tend sur la mer.                   20


FRAGMENT II

_Le pote Alonzo d'Ercilla,  la fin d'un repas nocturne en plein air,
pri de chanter, chantera un morceau, astronomique._

  'Salut,  belle nuit, tincelante et sombre,
  Consacre au repos. O silence de l'ombre,
  Qui n'entends que la voix de mes vers, et les cris
  De la rive arneuse o se brise Tthys.
  Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre.                        25
  Lance-toi dans l'espace; et, pour franchir les airs,
  Prends les ailes des vents, les ailes des clairs,
  Les bonds de la comte aux longs cheveux de flamme.
  Mes vers impatients, lancs de mon me,                         30
  Veulent parler aux dieux, et volent o reluit
  L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit.
  Accours, grande nature,  mre du gnie;
  Accours, reine du monde, ternelle Uranie.
  Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion                      35
  Ou sur les triples feux du superbe Orion
  Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emporte,
  Tu suives les dtours de la voie argente,
  Soleils amoncels dans le cleste azur,
  O le peuple a cru voir les traces d'un lait pur,                40
  Descends; non, porte-moi sur ta route brlante,
  Que je m'lve au ciel comme une flamme ardente.
  Dj ce corps pesant se dtache de moi.
  Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus  toi.
  Terre, fuis sous mes pas. L'ther o le ciel nage                45
  M'aspire. Je parcours l'ocan sans rivage.
  Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur
  Entre le jour et moi l'impntrable mur.
  Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mle
  Dans les torrents profonds de lumire ternelle.                 50
  Me voici sur les feux que le langage humain
  Nomme Cassiope et l'Ourse et le Dauphin.
  Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase.
  Ici l'Aigle et le Cygne et la Lyre et Pgase.
  Et voici que plus loin le Serpent tortueux                       55
  Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux.
  Fconde immensit, les esprits magnanimes
  Aiment  se plonger dans tes vivants abmes,
  Abmes de clarts, o, libre de ses fers,
  L'homme sige au conseil qui cra l'univers;                     60
  O l'me, remontant  sa grande origine,
  Sent qu'elle est une part de l'essence divine...'




                                 IV

                            L'ART D'AIMER


FRAGMENT I

  Ah! tremble que ton me  la sienne livre
  Ne s'en puisse arracher sans tre dchire.
  Mme au sein du bonheur, toujours dans ton esprit
  Garde ce qu'autrefois les sages ont crit:
  'Une femme est toujours inconstante et futile,                    5
  Et qui pense fixer leur caprice mobile,
  Il pense, avec sa main, retenir l'aquilon,
  Ou graver sur les flots un durable sillon.'


FRAGMENT II

  Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible?
  Que servit  Juno cet Argus si terrible,                         10
  Ce front, de jalousie arm de toutes parts,
  O veillaient  la fois cent farouches regards?
  Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force,
  Quand nul don, nul appt, nulle mielleuse amorce
  Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois,                  15
  Et du Triple Cerbre assoupir les abois;
  On t'aime, garde-toi d'abandonner la place.
  Il faut oser. L'amour favorise l'audace.
  Si l'envie  te nuire aiguise tous ses soins,
  Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins?            20
  Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes;
  Attacher leurs soupons  de fausses alarmes;
  Semer toi-mme un bruit d'attaque, de danger;
  Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger.
  Et tandis que par toi leur prudence gare                       25
  Rit, s'applaudit de voir ton attente frustre,
  Aveugles, auprs d'eux ils laissent chapper
  Tes pas, qu'ils dfiaient de les pouvoir tromper.
  Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui le guide,
  Un fleuve,  pas secrets, des campagnes d'lide,                 30
  Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sr,
  Parmi les flots sals garde un flot doux et pur,
  Invisible, d'Enna va chercher le rivage,
  Et l'amer Tthys ignore son passage.


FRAGMENT III

  Aux bords o l'on voit natre et l'Euphrate et le jour,          35
  Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour.
  Aussi.................................................
  ......................................................
  ... Sans se pouvoir parler mme des yeux,
  On se parle, on se voit. Leur coeur ingnieux                    40
  Donne  tout une voix entendue et muette.
  Tout de leurs doux pensers est le doux interprte.
  Dsirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,
  Leurs dons savent tout dire; ils s'crivent des fleurs.
  Par la tulipe ardente une flamme est jure;                      45
  L'amarante immortelle atteste sa dure;
  L'oeillet gronde une belle; un lis vient l'apaiser.
  L'iris est un soupir; la rose est un baiser.
  C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse
  Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse.                    50
  Elle pare son sein de soupirs et de voeux;
  Et des billets d'amour embaument ses cheveux.




                                V

                   LA RPUBLIQUE DES LETTRES


Fragment

  Il n'est que d'tre roi pour tre heureux au monde.
  Bnis soient tes dcrets,  sagesse profonde!
  Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi,
  M'as fait dans mon asile et mon matre et mon roi.
  Mon Louvre est sous le toit, sur ma tte il s'abaisse;            5
  De ses premiers regards l'orient le caresse.
  Lits, siges, table y sont portant de toutes parts
  Livres, dessins, crayons, confusment pars.
  L, je dors, chante, lis, pleure, tudie et pense.
  L, dans un calme pur, je mdite en silence                      10
  Ce qu'un jour je veux tre; et, seul  m'applaudir,
  Je sme la moisson que je veux recueillir.
  L, je reviens toujours, et toujours les mains pleines,
  Amasser le butin de mes courses lointaines:
  Soit qu'en un livre antique  loisir engag,                     15
  Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyag;
  Soit plutt que, passant et vallons et rivires,
  J'aie au loin parcouru les terres trangres.
  D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel.
  Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel               20
  M'offrant quelque dpouille utile et prcieuse,
  Je remplis lentement ma ruche industrieuse.





                           POSIES DIVERSES




                                  I

                          HYMNE A LA JUSTICE

                             A LA FRANCE


  France!  belle contre,  terre gnreuse,
  Que les dieux complaisants formaient pour tre heureuse,
  Tu ne sens point du nord les glaantes horreurs,
  Le midi de ses feux t'pargne les fureurs.
  Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles;              5
  Ni des poisons pars dans tes herbes nouvelles
  Ne trompent une main crdule; ni tes bois
  Des tigres frmissants ne redoutent la voix;
  Ni les vastes serpents ne tranent sur tes plantes
  En longs cercles hideux leurs cailles sonnantes.                10
  Les chnes, les sapins et les ormes pais
  En utiles rameaux ombragent tes sommets,
  Et de Beaune et d'A les rives fortunes,
  Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrnes,
  Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux           15
  Des vins dlicieux mris sur leurs coteaux.
  La Provence odorante et de Zphire aime
  Respire sur les mers une haleine embaume,
  Au bord des flots couvrant, dlicieux trsor,
  L'orange et le citron de leur tunique d'or,                      20
  Et plus loin, au penchant des collines pierreuses,
  Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses,
  Et ces rseaux lgers, diaphanes habits,
  O la frache grenade enferme ses rubis.
  Sur tes rochers touffus la chvre se hrisse,                    25
  Tes prs enflent de lait la fconde gnisse,
  Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon,
  paissir le tissu de leur blanche toison.
  Dans les fertiles champs voisins de la Touraine,
  Dans ceux o l'Ocan boit l'urne de la Seine,                    30
  S'lvent pour le frein des coursiers belliqueux.
  Ajoutez cet amas de fleuves tortueux:
  L'indomptable Garonne aux vagues insenses,
  Le Rhne imptueux, fils des Alpes glaces,
  La Seine au flot royal, la Loire dans son sein                   35
  Incertaine, et la Sane, et mille autres enfin
  Qui, nourrissant partout, sur tes nobles rivages,
  Fleurs, moissons et vergers, et bois et pturages,
  Rampent au pied des murs d'opulentes cits
  Sous les arches de pierre  grand bruit emports.                40
  Dirai-je ces travaux, source de l'abondance,
  Ces ports o des deux mers l'active bienfaisance
  Amne les tributs du rivage lointain
  Que visite Phoebus le soir ou le matin?
  Dirai-je ces canaux, ces montagnes perces,                      45
  De bassins en bassins ces ondes amasses
  Pour joindre au pied des monts l'une et l'autre Tthys,
  Et ces vastes chemins en tous lieux dpartis,
  O l'tranger,  l'aise achevant son voyage,
  Pense au nom des Trudaine et bnit leur ouvrage?                 50

  Ton peuple industrieux est n pour les combats.
  Le glaive, le mousquet n'accablent point ses bras.
  Il s'lance aux assauts, et son fer intrpide
  Chassa l'impie Anglais, usurpateur avide.
  Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons,                   55
  Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons;
  Mais, faibles, opprims, la tristesse inquite
  Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette,
  Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,
  Renverse devant eux les tables des repas,                        60
  Fltrit de longs soucis, empreinte douloureuse,
  Et leur front et leur me. O France! trop heureuse
  Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux
  Des dons que tu reus de la bont des cieux!
  Vois le superbe Anglais, l'Anglais dont le courage               65
  Ne s'est sentais qu'aux lois d'un snat libre et sage,
  Qui t'pie, et, dans l'Inde clipsant ta splendeur,
  Sur tes fautes sans nombre lve sa grandeur.
  Il triomphe, il t'insulte. Oh! combien tes collines
  Tressailliraient de voir rparer tes ruines,                     70
  Et pour la libert donneraient sans regrets
  Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forts!

  J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misre,
  La mendicit blme et la douleur amre.
  Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureur,                   75
  D'un fisc avare et dur maudissant la rigueur,
  Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,
  Tout tremp de sueurs pour toi-mme infertiles,
  Dcourag de vivre, et plein d'un juste effroi
  De mettre au jour des fils malheureux comme toi.                 80
  Tu vois sous les soldats les villes gmissantes;
  Corve, impts rongeurs, tributs, taxes pesantes,
  Le sel, fils de la terre, ou mme l'eau des mers,
  Sources d'oppression et de flaux divers;
  Mille brigands, couverts du nom sacr du prince,                 85
  S'unir  dchirer une triste province,
  Et courir  l'envi, de son sang altrs,
  Se partager entre eux ses membres dchirs!
  O sainte galit! dissipe nos tnbres,
  Renverse les verrous, les bastilles funbres.                    90
  Le riche indiffrent, dans un char promen,
  De ces gouffres secrets partout environn,
  Rit avec les bourreaux, s'il n'est bourreau lui-mme,
  Prs de ces noirs rduits de la misre extrme,
  D'une matresse impure achte les transports,                    95
  Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.
  Malesherbes, Turgot,  vous en qui la France
  Vit luire, hlas! en vain, sa dernire esprance;
  Ministres dont le coeur a connu la piti,
  Ministres dont le nom ne s'est point oubli,                    100
  Ah! si de telles mains, justement souveraines,
  Toujours de cet empire avaient tenu les rnes!
  L'quit clairvoyante aurait rgn sur nous;
  Le faible aurait os respirer prs de vous;
  L'oppresseur, vitant d'armer d'injustes plaintes,              105
  Sinon quelque pudeur, aurait ou quelques craintes;
  Le dlateur impie, opprim par la faim,
  Serait mort dans l'opprobre, et tant d'hommes enfin,
  A l'insu de nos lois,  l'insu, du vulgaire,
  Foudroys sons les coups d'un pouvoir arbitraire,               110
  De cris non entendus, de funbres sanglots,
  Ne feraient point gmir les votes des cachots.

  Non, je ne veux plus vivre en ce sjour servile!
  J'irai, j'irai bien loin me chercher un asile,
  Un asile  ma vie en son paisible cours,                        115
  Une tombe  ma cendre  la fin de mes jours,
  O d'un grand au coeur dur l'opulence homicide
  Du sang d'un peuple entier ne sera point avide,
  Et ne me dira point, avec un rire affreux,
  Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux;     120
  O, loin des ravisseurs, la main cultivatrice
  Recueille les dons d'une terre propice;
  O mon coeur, respirant sous un ciel tranger,
  Ne verra plus des maux qu'il ne peut soulager;
  O mes yeux, loigns des publiques misres,                    125
  Ne verront plus partout les larmes de mes frres,
  Et la ple indigence  la mourante voix,
  Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

  Toi donc, quit sainte,  toi, vierge adore,
  De nos tristes climats pour longtemps ignore,                  130
  Daigne du haut des cieux goter le libre encens
  D'une lyre au coeur chaste, aux transports innocents,
  Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires,
  Flatter,  prix d'argent, des faveurs arbitraires,
  Mais qui rendra toujours, par amour et par choix,               135
  Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.
  De voeux pour les humains tous ses chants retentissent:
  La vrit l'enflamme, et ses cordes frmissent
  Quand l'air qui l'environne auprs d'elle a port
  Le doux nom des vertus et de la libert.                        140




                                II


                     ...Terre, terre chrie
  Que la libert sainte appelle sa patrie;
  Pre du grand snat,  snat de Romans,
  Qui de la libert jetas les fondements;
  Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence,              5
  Vienne; toutes enfin! monts sacrs d'o la France
  Vit natre le soleil avec la libert!
  Un jour le voyageur par le Rhne emport,
  Arrtant l'aviron dans la main de son guide,
  En silence, debout sur sa barque rapide,                         10
  Fixant vers l'Orient un oeil religieux,
  Contemplera longtemps ces sommets glorieux;
  Car son vieux pre, mu de transports magnanimes,
  Lui dira: 'Vois, mon fils, vois ces augustes cimes.'

_Au bord du Rhne, le 7 juillet 1790._




                                III

               LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS


  Un jour le rat des champs, ami du rat de ville,
  Invita son ami dans son rustique asile.
  Il tait conome et soigneux de son bien;
  Mais l'hospitalit, leur antique lien,
  Fit les frais de ce jour comme d'un jour de fte.                 5
  Tout fut prt: lard, raisin, et fromage, et noisette.
  Il cherchait par le luxe et la varit
  A vaincre les dgots d'un hte rebut,
  Qui, parcourant de l'oeil sa table officieuse,
  Jetait sur tout  peine une dent ddaigneuse.                    10
  Et lui, d'orge et de bl faisant tout son repas,
  Laissait au citadin les mets plus dlicats.

  'Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misre
  Vivre au dos escarp de ce mont solitaire,
  Ou prfrer le monde  tes tristes forts?                       15
  Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici prs:
  Festins, ftes, plaisirs y sont en abondance,
  L'heure s'coule, ami; tout fuit, la mort s'avance:
  Les grands ni les petits n'chappent  ses lois;
  Jouis, et te souviens qu'on ne vit qu'une fois.'                 20

  Le villageois coute, accepte la partie:
  On se lve, et d'aller. Tous deux de compagnie,
  Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs
  Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.
  La nuit quittait les cieux quand notre couple avide              25
  Arrive en un palais opulent et splendide,
  Et voit fumer encor dans des plats de vermeil
  Des restes d'un souper le brillant appareil.
  L'un s'crie, et, riant de sa frayeur nave,
  L'autre sur le duvet fait placer son convive,                    30
  S'empresse de servir, ordonner, disposer,
  Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser.

  Le campagnard bnit sa nouvelle fortune;
  Sa vie en ses dserts tait pre, importune:
  La tristesse, l'ennui, le travail et la faim.                    35
  Ici l'on y peut vivre; et de rire. Et soudain
  Des valets  grand bruit interrompent la fte;
  On court, on vole, on fuit; nul coin, nulle retraite.
  Les dogues rveills les glacent par leur voix;
  Toute la maison tremble au bruit de leurs abois.                 40
  Alors le campagnard, honteux de son dlire:
  'Soyez heureux, dit-il; adieu, je me retire,
  Et je vais dans mon trou rejoindre en sret
  Le sommeil, un peu d'orge et la tranquillit.'

(Trad. d'Horace.)




                                IV

                           LA FRIVOLIT


  Mre du vain caprice et du lger prestige,
  La fantaisie aile autour d'elle voltige,
  Nymphe au corps ondoyant, n de lumire et d'air,
  Qui, mieux que l'onde agile ou le rapide clair,
  Ou la glace inquite au soleil prsente,                         5
  S'allume en un instant, purpurine, argente,
  Ou s'enflamme de rose, ou ptille d'azur.
  Un vol la prcipite, ingal et peu sr.
  La desse jamais ne connut d'autre guide.
  Les Rves transparents, troupe vaine et fluide,                  10
  D'un vol tincelant caressent ses lambris.
  Auprs d'elle  toute heure elle occupe les Ris.
  L'un ptrit les baisers des bouches embaumes;
  L'autre, le jeune clat des lvres enflammes;
  L'autre, inutile et seul, au bout d'un chalumeau                 15
  En globe arien souffle une goutte d'eau.
  La reine, en cette cour qu'anime la folie,
  Va, vient, chante, se tait, regarde, coute, oublie,
  Et, dans mille cristaux qui portent son palais,
  Rit de voir mille fois tinceler ses traits.                     20




                                V

                            LE POTE



                              ... Pour lui
  L'ombre du cabinet en dlices abonde.
  S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde,
  Ou si, chez la beaut qui l'admit en secret,                      5
  Las de parler, enfin il demeure muet,
  Il regagne  grands pas son asile et l'tude:
  Il y trouve la paix, la douce solitude,
  Ses livres, et sa plume au bec noir et malin,
  Et la sage folie, et le rire  l'oeil fin.                       10




                              ODES




                               I

                          A VERSAILLES


         O Versaille,  bois,  portiques,
         Marbres vivants, berceaux antiques,
  Par les dieux et les rois lyse embelli,
         A ton aspect, dans ma pense,
  Comme sur l'herbe aride une frache rose,                        5
         Coule un peu de calme et d'oubli.

         Paris me semble un autre empire,
         Ds que chez toi je vois sourire
  Mes pnates secrets couronns de rameaux,
         D'o souvent les monts et les plaines                     10
  Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,
         Sous de triples cintres d'ormeaux.

         Les chars, les royales merveilles,
         Des gardes les nocturnes veilles,
  Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le sjour:                15
         Mais le sommeil, la solitude,
  Dieux jadis inconnus, et les arts, et l'tude,
         Composent aujourd'hui ta cour.

         Ah! malheureux!  ma jeunesse
         Une oisive et morne paresse                               20
  Ne laisse plus goter les studieux loisirs.
         Mon me, d'ennui consume,
  S'endort dans les langueurs. Louange et renomme
         N'inquitent plus mes dsirs.

         L'abandon, l'obscurit, l'ombre,                          25
         Une paix taciturne et sombre,
  Voil tous mes souhaits: cache mes tristes jours,
         Et nourris, s'il faut que je vive,
  De mon ple flambeau la clart fugitive
         Aux douces chimres d'amours.                             30

         L'me n'est point encor fltrie,
         La vie encor n'est point tarie,
  Quand un regard nous trouble et le coeur et la voix
         Qui cherche les pas d'une belle,
  Qui peut ou s'gayer ou gmir auprs d'elle,                     35
         De ses jours peut porter le poids.

         J'aime; je vis. Heureux rivage!
         Tu conserves sa noble image,
  Son nom, qu' tes forts j'ose apprendre le soir,
         Quand, l'me doucement mue,                              40
  J'y reviens mditer l'instant o je l'ai vue,
         Et l'instant o je dois la voir.

         Pour elle seule encore abonde
         Cette source, jadis fconde,
  Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux.                     45
         Sur mes lvres tes bosquets sombres
  Forment pour elle encor ces potiques nombres,
         Langage d'amour et des dieux.

         Ah! tmoin des succs du crime,
         Si l'homme juste et magnanime                             50
  Pouvait ouvrir son coeur  la flicit,
         Versailles, tes routes fleuries,
  Ton silence, fertile en belles rveries,
         N'auraient que joie et volupt.

         Mais souvent tes vallons tranquilles,                     55
         Tes sommets verts, tes frais asiles,
  Tout  coup  mes yeux s'enveloppent de deuil.
         J'y vois errer l'ombre livide
  D'un peuple d'innocents qu'un tribunal perfide
         Prcipite dans le cercueil.                               60




                                 II

                   A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY


  Quoi! tandis que partout, ou sincres ou feintes,
  Des lches, des pervers, les larmes et les plaintes
  Consacrent leur Marat parmi les immortels,
  Et que, prtre orgueilleux de cette idole vile,
  Des fanges du Parnasse un impudent reptile                        5
  Vomit un hymne infme au pied de ses autels.

  La vrit se tait! dans sa bouche glace,
  Des liens de la peur sa langue embarrasse
  Drobe un juste hommage aux exploits glorieux!
  Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie,              10
  Quand, sous un joug honteux, la pense asservie,
  Tremblante, au fond du coeur, se cache  tous les yeux?

  Non, non, je ne veux point t'honorer en silence,
  Toi qui crus par ta mort ressusciter la France
  Et dvouas tes jours  punir des forfaits.                       15
  Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,
  Pour faire honte aux dieux, pour rparer leur crime,
  Quand d'un homme  ce monstre ils donnrent les traits.

  Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,
  A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sre                20
  Le venimeux tissu de ses jours abhorrs!
  Aux entrailles du tigre,  ses dents homicides,
  Tu vins redemander et les membres livides
  Et le sang des humains qu'il avait dvors!

  Son oeil mourant t'a vue, en ta superbe joie,                    25
  Fliciter ton bras et contempler ta proie.
  Ton regard lui disait: 'Va, tyran furieux,
  Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.
  Te baigner dans le sang fut tes seules dlices,
  Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux.'                 30

  La Grce,  fille illustre! admirant ton courage,
  puiserait Paros pour placer ton image
  Auprs d'Harmodius, auprs de son ami;
  Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,
  Chanteraient Nmsis, la tardive desse,                         35
  Qui frappe le mchant sur son trne endormi.

  Mais la France  la hache abandonne ta tte.
  C'est au monstre gorg qu'on prpare une fte
  Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.
  Oh! quel noble ddain fit sourire ta bouche,                     40
  Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,
  Crut te faire plir aux menaces de mort!

  C'est lui qui dut plir, et tes juges sinistres,
  Et notre affreux snat et ses affreux ministres,
  Quand,  leur tribunal, sans crainte et sans appui,              45
  Ta douceur, ton langage et simple et magnanime
  Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime,
  Qui renonce  la vie est plus puissant que lui.

  Longtemps, sous les dehors d'une allgresse aimable,
  Dans ses dtours profonds ton me impntrable                   50
  Avait tenu cachs les destins du pervers.
  Ainsi, dans le secret amassant la tempte,
  Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprte
  A foudroyer les monts et soulever les mers.

  Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amene,                   55
  Tu semblais t'avancer sur le char d'hymne;
  Ton front resta paisible et ton regard serein.
  Calme sur l'chafaud, tu mprisas la rage
  D'un peuple abject, servile, et fcond en outrage,
  Et qui se croit alors et libre et souverain.                     60

  La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,
  Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire;
  Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains!
  Et nous, eunuques vils, troupeau lche et sans me,
  Nous savons rpter quelques plaintes de femme;                  65
  Mais le fer pserait  nos dbiles mains.

  Non, tu ne pensais pas qu'aux mnes de la France
  Un seul tratre immol sufft  sa vengeance,
  Ou tirt du chaos ses dbris disperss.
  Tu voulais, enflammant les courages timides,                     70
  Rveiller les poignards sur tous ces parricides,
  De rapine, de sang, d'infamie engraisss.

  Un sclrat de moins rampe dans cette fange.
  La Vertu t'applaudit; de sa mle louange
  Entends, belle hrone, entends l'auguste voix.                  75
  O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre,
  Est ton arme sacre, alors que le tonnerre
  Laisse rgner le crime et te vend  ses lois.




                                III

                         LA JEUNE CAPTIVE


  'L'pi naissant mrit de la faux respect;
  Sans crainte du pressoir, le pampre tout l't
          Boit les doux prsents de l'aurore;
  Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
  Quoi que l'heure prsente ait de trouble et d'ennui,              5
          Je ne veux point mourir encore.

  'Qu'un stoque aux yeux secs vole embrasser la mort,
  Moi je pleure et j'espre; au noir souffle du nord
          Je plie et relve ma tte.
  S'il est des jours amers, il en est de si doux!                  10
  Hlas! quel miel jamais n'a laiss de dgots?
          Quelle mer n'a point de tempte?

  'L'illusion fconde habite dans mon sein.
  D'une prison sur moi les murs psent en vain,
          J'ai les ailes de l'esprance;                           15
  chappe aux rseaux de l'oiseleur cruel,
  Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
          Philomle chante et s'lance.

  'Est-ce  moi de mourir? Tranquille je m'endors,
  Et tranquille je veille, et ma veille aux remords                20
          Ni mon sommeil ne sont en proie.
  Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux;
  Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux
          Ranime presque de la joie.

  'Mon beau voyage encore est si loin de sa fin!                   25
  Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
          J'ai pass les premiers  peine.
  Au banquet de la vie  peine commenc,
  Un instant seulement mes lvres ont press
          La coupe en mes mains encor pleine.                      30

  'Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson;
  Et comme le soleil, de saison en saison,
          Je veux achever mon anne.
  Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,
  Je n'ai vu luire encor que les feux du matin:                    35
          Je veux achever ma journe.

  'O mort! tu peux attendre; loigne, loigne-toi;
  Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi,
          Le ple dsespoir dvore.
  Pour moi Pals encore a des asiles verts,                        40
  Les Amours des baisers, les Muses des concerts;
          Je ne veux point mourir encore!'

  Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois
  S'veillait, coutant ces plaintes, cette voix,
          Ces voeux d'une jeune captive;                           45
  Et secouant le faix de mes jours languissants,
  Aux douces lois des vers je pliai les accents
          De sa bouche aimable et nave.

  Ces chants, de ma prison tmoins harmonieux,
  Feront  quelque amant des loisirs studieux                      50
          Chercher quelle fut cette belle:
  La grce dcorait son front et ses discours,
  Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours
          Ceux qui les passeront prs d'elle.

_Saint-Lazare._




                            AMBES




                              I

                            HYMNE
                  SUR L'ENTRE TRIOMPHALE
       DES SUISSES RVOLTS ET AMNISTIS DU RGIMENT
                      DE CHATEAUVIEUX


  Salut, divin triomphe! entre dans nos murailles;
      Rends-nous ces guerriers illustrs
  Par le sang de Dsille et par les funrailles
      De tant de Franais massacrs.
  Jamais rien de si grand n'embellit ton entre;                    5
      Ni quand l'ombre de Mirabeau
  S'achemina jadis vers la vote sacre
      O la gloire donne un tombeau;
  Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie
      Rentrrent aux murs de Paris,                                10
  Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie
      Prosterns devant ses crits.
  Un seul jour peut atteindre  tant de renomme,
      Et ce beau jour luira bientt:
  C'est quand tu conduiras Jourdan  notre arme,                  15
      Et Lafayette  l'chafaud.
  Quelle rage  Coblentz! quel deuil pour tous ces princes,
      Qui, partout diffamant nos lois,
  Excitent contre nous et contre nos provinces
      Et les esclaves et les rois!                                 20
  Ils voulaient nous voir tous  la folie en proie.
      Que leur front doit tre abattu!
  Tandis que parmi nous quel orgueil, quelle joie
      Pour les amis de la vertu,
  Pour vous tous,  mortels, qui rougissez encore                  25
      Et qui savez baisser les yeux,
  De voir des chevins que la Rpe honore
      Asseoir sur un char radieux
  Ces hros que jadis sur les bancs des galres
      Assit un arrt outrageant,                                   30
  Et qui n'out gorg que trs peu de nos frres
      Et vol que trs peu d'argent!
  Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphes?
      Si sur la tombe des Persans
  Jadis Pindare, Eschyle, ont dress des trophes,                 35
      Il faut de plus nobles accents.
  Quarante meurtriers, chris de Robespierre,
      Vont s'lever sur nos autels.
  Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre,
       Htez-vous, rendez immortels                                40
  Le grand Collot d'Herbois, ses clients helvtiques,
      Ce front que donne  des hros
  La vertu, la taverne et le secours des piques.
      Peuplez le ciel d'astres nouveaux,
  O vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclide,            45
      C'est par vous que les blonds cheveux
  Qui tombrent du front d'une reine timide
      Sont tresss en clestes feux;
  Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes
      Flotte encor dans l'azur des airs.                           50
  Faites gmir Atlas sous de plus nobles htes,
      Comme eux dominateurs des mers.
  Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles,
      Et que le nocher aux abois
  Invoque en leur galre, ornement des toiles,                    55
      Les Suisses de Collot d'Herbois.

(_Journal de Paris_, 15 avril 1792.)




                                 II


  Quand au mouton blant la sombre boucherie
         Ouvre ses cavernes de mort,
  Ptres, chiens et moutons, toute la bergerie
         Ne s'informe plus de son sort.
  Les enfants qui suivaient ses bats dans la plaine,               5
          Les vierges aux belles couleurs
  Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine
          Entrelaaient rubans et fleurs,
  Sans plus penser  lui, le mangent s'il est tendre.
          Dans cet abme enseveli                                  10
  J'ai le mme destin. Je m'y devais attendre.
          Accoutumons-nous  l'oubli.
  Oublis comme moi dans cet affreux repaire,
          Mille autres moutons, comme moi,
  Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire,                15
          Seront servis au peuple-roi.
  Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chrie
          Un mot  travers ces barreaux
  Et vers quelque baume en mon me fltrie;
          De l'or peut-tre  mes bourreaux...                     20
  Mais tout est prcipice. Ils ont eu droit de vivre.
          Vivez, amis; vivez contents.
  En dpit de----soyez lents  me suivre.
          Peut-tre en de plus heureux temps
  J'ai moi-mme,  l'aspect des pleurs de l'infortune,             25
          Dtourn mes regards distraits;
  A mon tour, aujourd'hui; mon malheur importune:
          Vivez, amis, vivez en paix.

_Saint-Lazare._




                                III


  Comme un dernier rayon, comme un dernier zphyre
          Animent la fin d'un beau jour,
  Au pied de l'chafaud j'essaye encor ma lyre.
          Peut-tre est-ce bientt mon tour;
  Peut-tre avant que l'heure en cercle promene                    5
          Ait pos sur l'mail brillant,
  Dans les soixante pas o sa route est borne,
          Son pied sonore et vigilant,
  Le sommeil du tombeau pressera ma paupire.
          Avant que de ses deux moitis                            10
  Ce vers que je commence ait atteint la dernire,
          Peut-tre en ces murs effrays
  Le messager de mort, noir recruteur des ombres,
          Escort d'infmes soldats,
  branlant de mon nom ces longs corridors sombres,                15
          O seul, dans la foule  grands pas
  J'erre, aiguisant ces dards perscuteurs du crime,
          Du juste trop faibles soutiens,
  Sur mes lvres soudain va suspendre la rime;
          Et chargeant mes bras de liens,                          20
  Me traner, amassant en foule  mon passage
          Mes tristes compagnons reclus,
  Qui me connaissaient tous avant l'affreux message,
          Mais qui ne me connaissent plus.
  Eh bien! j'ai trop vcu. Quelle franchise auguste,               25
          De mle constance et d'honneur
  Quels exemples sacrs doux  l'me du juste,
          Pour lui quelle ombre de bonheur,
  Quelle Thmis terrible aux ttes criminelles,
          Quels pleurs d'une noble piti,                          30
  Des antiques bienfaits quels souvenirs fidles,
          Quels beaux changes d'amiti,
  Font digne de regrets l'habitacle des hommes?
          La peur blme et louche est leur Dieu,
  La bassesse, la honte. Ah! lches que nous sommes!               35
          Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu.
  Vienne, vienne la mort! que la mort me dlivre!...
          Ainsi donc, mon coeur abattu
  Cde au poids de ses maux!--Non, non, puisse-je vivre!
          Ma vie importe  la vertu.                               40
  Car l'honnte homme enfin, victime de l'outrage,
          Dans les cachots, prs du cercueil,
  Relve plus altiers son front et son langage,
          Brillant d'un gnreux orgueil.
  S'il est crit aux cieux que jamais une pe                     45
          N'tincellera dans mes mains,
  Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempe
          Peut encor servir les humains.
  Justice, vrit, si ma main, si ma bouche,
          Si mes pensers les plus secrets                          50
  Ne froncrent jamais votre sourcil farouche,
          Et si les infmes progrs,
  Si la rise atroce, ou plus atroce injure,
          L'encens de hideux sclrats,
  Ont pntr vos coeurs d'une large blessure,                     55
          Sauvez-moi. Conservez un bras
  Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge.
          Mourir sans vider mon carquois!
  Sans percer, sans fouler, sans ptrir dans leur fange
          Ces bourreaux barbouilleurs de lois!                     60
  Ces vers cadavreux de la France asservie,
          gorge!  mon cher trsor,
  O ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie!
          Par vous seuls je respire encor:
  Comme la poix brlante agite en ses veines                      65
          Ressuscite un flambeau mourant.
  Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines,
          D'esprance un vaste torrent
  Me transporte. Sans vous, comme un poison livide,
          L'invisible dent du chagrin,                             70
  Mes amis opprims, du menteur homicide
          Les succs, le sceptre d'airain,
  Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,
          L'opprobre de subir sa loi,
  Tout et tari ma vie, ou contre ma poitrine                      75
          Dirig mon poignard. Mais quoi!
  Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire
          Sur tant de justes massacrs!
  Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mmoire!
          Pour que des brigands abhorrs                           80
  Frmissent aux portraits noirs de leur ressemblance!
          Pour descendre jusqu'aux enfers
  Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance
          Dj lev sur ces pervers!
  Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice!         85
          Allons, touffe tes clameurs;
  Souffre,  coeur gros de haine, affam de justice.
          Toi, vertu, pleure si je meurs.

_Saint-Lazare._


FIN





                             NOTES[50]

[Footnote 50: N.B.--In the notes the student is occasionally referred to
the following works:--

AYER (C.). _Grammaire compare de la Langue franaise_, quatrime
dition, Paris, G. Fischbacher, 1885.

DARMESTETER (A.). _Cours de grammaire historique de la Langue
franaise_, ive partie: _Syntaxe_, pub. par les soins de M. Lopold
Sudre, 2e dition, Paris, Delagrave, n.d.

HAASE (A.). _Syntaxe franaise du XVIIe sicle_, traduite par M. Obit,
Paris, Alph. Picard, 1898.

MEYER-LBKE (W.). _Grammaire des Langues romanes_, traduction franaise
par A. Doutrepont et G. Doutrepont, t. iii: _Syntaxe_, Paris, H. Welter,
1900.]




                            BUCOLIQUES.

                           I. L'AVEUGLE.


L. 1._Iliad_, i. 37: 'Hear, thou god that bear'st the silver bow, O
Smintheus.'--CHAPMAN.

L. 3. _cet aveugle_, meaning 'himself,' is a Greek, and also Latin,
idiom. Seneca, writing of himself, uses the phrase _in hoc sene_, which
Montaigne (_Ess._ II. XXXV. translates _en ce vieillard_, followed
by his own translator, Cotton, with: 'in this old fellow.' Corneille,
_Polyeucte_, V. iii: 'C'en est assez: Flix, reprenez ce courroux Et sur
_cet insolent_ i.e. _me_) vengez vos dieux et vous.'

L. 4. _C'est ainsi qu'achevait l'aveugle... Et prs des bois marchait._
The inversion is quite usual, but what is less so is the absence of a
subject before _marchait_. Here is, however, another instance of the
same construction from Racine, _Idylle de la Paix_: 'Dj marchait
devant les tendards Bellone, les cheveux pars et _se flattait_
d'terniser les guerres'...

L. 6. _S'asseyait._ A very happy _enjambement_. The rhythm also stops as
if for very weariness.

L. 18. _ la prire._ Is this a Latinism, a translation of the Latin _ad
preces_, or an extension of the use of _=pour_ so common in French? See
note to p. 3, l. 88.

L. 26. _pures_, i.e. _sans mlange_, 'unmixed, unalloyed.'

Ll. 27, 28. Cf. in the _Odyssey_ (viii. 64): Demodocus, 'the blind
singer, to whom, in recompense of his lost sight, the Muses had given an
inward discernment, a soul and a voice to excite the hearts of men and
gods to delight.'--Lamb, _Advent. of Ulys._, vii.

Ll. 31, 32. Menander in Stobaeus, _Florilegium_, xcvi.

Ll. 33-38. _Od._ vii. 208.

L. 39. _Thamyris._ The story is told in the _Iliad_ (ii. 594): 'the
muses.... Because he proudly durst affirm he could more sweetly sing
than that Pierian race of Jove.... Bereft his eyesight, and his
song that did the ear enchant, and of his skill to touch his harp
disfurnished his hand.'--CHAPMAN.

L. 45. _puisse... changer ta destine_, for _puisse ta destine
changer_. The same construction may be seen in: 'Puisse prir comme eux
quiconque leur ressemble.'--Racine, _Athalie_, IV. ii.

Ll. 46, 47. _ce que... tient la peau._ For the inversion of the
subject in relative clauses see Meyer-Lbke, iii.  751, and A.
Darmesteter-Sudre, _Syntaxe_,  492.

L. 48. _Ils versent..._ The verb _verser_, 'to cause a liquid to flow
out of a vessel,' is extended to solids, e.g. '_verser_ du bl dans un
sac' (LITTR).

Ll. 49, 50. _les olives huileuses,... et les figues mielleuses._ 'The
honied fig and unctuous olive smooth.'--Cowper, _Od._ vii. 139.

L. 56. _venus de Jupiter._ In the sense in which Nausicaa, _Od._
vi. 207, says: '_From Jove come_ all strangers, and the needy of a
home.'--CHAPMAN.

Ll. 57-67. _Od._ vi. 154.

L. 62. _ce palmier de Latone._ In Lamb's _Adventures of Ulysses_, the
hero says to Nausicaa: 'Lately at Delos (where I touched) I saw a young
palm which grew beside Apollo's temple; it exceeded all the trees which
ever I beheld for straightness and beauty: I can compare you only to
that.' Under this palm-tree Latona gave birth to Apollo and Diana.
See also _Solomon's Song_, vii. 7: 'This thy stature is like to a
_palm-tree_.'

L. 69. _aura vu..._ The future is here used in order to express an
hypothesis, as in this: 'Comment se fait-il qu'il ne soit pas encore
arriv?--Il _aura_ oubli.' See Ayer, _Gram. comp. de la langue
franaise_,  203. For another similar use of the future see p. 25, l.
95.

Ll. 73-5. _Od._ i. 169-73. But Telemachus addresses Athene in more nave
words, saying: 'I do not think thou couldst come to this island _on
foot_.'

L. 74. _Comment, et d'o viens-tu?_ Boldly elliptical for 'comment es-tu
venu ici et d'o viens-tu?' _l'onde maritime._ A rare use of the adj.
_maritime_. La Fontaine has an instance of it: _Ce maritime empire_,
VIII, ix; cf. 'la vague _marine_,' p. 29, l. 16.

Ll. 81, 82. _Mais pauvre... Ils m'ont... jet_: a bold ellipsis as in
'Je t'aimais _inconstant_, qu'aurais-je fait _fidle_!'--RACINE.

L. 88. _me ouverte  sentir._ There are numerous instances in Chnier
of the use of __ in the sense of _pour_, a somewhat archaic feature
which, no doubt, was one of the grounds on which his early critics based
their reproach of incorrectness. But this is really racy French. The
employment of _ = pour_ may be traced throughout French literature:
thirteenth century, 'Les dismes furent establies et dones anciennement
_a_ sainte glise _soustenir_'; fourteenth century, 'Amis leur sont
ncessaires _a_ leurs bonnes actions _acomplir_'; sixteenth century, 'Il
le somma de partir _ parlementer_'; seventeenth century, 'La couronne
n'a rien __ me _rendre_ content,' Molire, _D. Garc._ V. vi; '_A_ lui
_rendre_ service elle m'ouvre la voie,' Corneille, _Sertorius_, II. v.;
eighteenth century, '_A faire_ d'un tel gentilhomme un Achille au pied
lger, l'adresse de Chiron mme et eu de la peine  suffire,' J.-J.
Rousseau, _mile_, ii.; nineteenth century, 'Que cette place est bonne
__ le bien _poignarder_,' V. Hugo, _Cromwell_, V. iii; 'Il en faudrait
un monde _ faire_ un grain de sable,' Lamartine, _Jocelyn_, quatrime
poque (see the _Jocelyn_ of this series, p. 75, l. 308). It is not
strange that this should have been thought incorrect, when we see the
French Academy, in their judgement on the _Cid_, and Voltaire, in his
notes to Corneille, make the same mistake. See Haase,  124, 2, and
F. Godefroy, _Lexique compar de la Langue de Corneille_. For a similar
instance see p. 6, l. 183.

L. 93. _mobiles._ The epithet will be more easily understood if we think
of its contrary, 'inert'.

L. 98. _j'tais misrable..._ _Misrable_ is here used in the sense 'to
be pitied,' a sense frequent in the seventeenth century. _j'tais_, the
imperfect of the indicative for the conditional past, as in 'Hercule, ce
dit-il, tu _devois_ bien purger La terre de cette hydre,' La Fontaine,
_Fables_, VIII. v, or in 'Sans vous, _j'tais_ noy.'

L. 100. _N'eussiez._ The more usual French construction would be, with
repetition of the subject, '_vous_ n'eussiez.' _arm... les pierres et
les cris._ A favourite phrase with Chnier (see p. 112, l. 105, and in
_Le Jeu de Paume_, 'La tyrannie... _arme_... ses cent yeux...'). Racine,
_Les Frres Ennemis_, I. iii, speaks of '_armer_ et le fer et la faim'
against someone. An old translation of the Bible has '_J'armerai_ contre
eux les dents des btes farouches,' _Deut._ xxxii. 24. Thus in the
_Odyssey_, when the 'mastiffs' fly at Ulysses, the herdsman runs up, and
'his cry (with frequent stones flung at the dogs) repell'd this way and
that their eager course they held.'--Chapman, _Odyss._ xiv. ll. 49-51.

L. 110. _Ma bouche ne s'est point ouverte  leur rpondre._ See note to
p. 3, l. 88.

L. 119. _place_ is, of course, a subjunctive. The omission of _que_
before subjunctives expressing a wish was the rule in Old French.
The practice was still prevalent in seventeenth-century French. It is
exceptional now, as in: _Fasse le ciel! Puissiez-vous russir! Vive la
France!_

Ll. 119-121. _Un sige... sous la colonne._ Cf. _Odyss._ (Chapman's
transl., viii. p. 365): 'His place was given him in a chair all graced
With silver studs, and 'gainst a pillar placed;... The herald on a pin
above his head His soundful harp hung.'

L. 123. _Ingnieux_, here, seems to be used, not in its French sense of
'clever, having an aptitude for invention,' which would be but a poor
compliment paid to the great Homer, but with its Latin meaning of
'gifted with genius.'

L. 135. _vaillant._ I take it to mean, not 'courageous,' but 'vigorous
in body, robust, able-bodied,' a sense not recorded in Littr, though
well known in everyday French, the sense of English _valiant_ in 'the
sturdy and _valiant_ beggars' of the statute-book.

L. 140. _douleurs_, rheumatic pains.

Ll. 149-156. E. Faguet, in his _Chnier_, observes how like a picture
this is composed. In the foreground the blind man sitting under a
tree, with the shepherds and wayfarers pressing around him, while the
background displays the deserted flocks and roads, and the intervening
space is crowded with the attentive nymphs and sylvans enticed out of
their abodes.

Ll. 149, 150. Virgil, _Ecl._ vi. 28 'tum rigidas motare cacumina quercus
(videres).'

L. 157. _Car en de longs dtours..._ A long line. Its twelve syllables
certainly take more time in the delivery than any other twelve. Hence
the better adapted the line is to convey the poet's meaning.

L. 158. _Il enchanait._ The meaning is that he gave a _connected_
account of....

L. 162. _Les amours immortelles_ for _les amours des immortels_. Virgil,
_Georg._ iv. 347.

L. 164. _Iliad_, i. 528: 'He said; and his black eyebrows bent;... great
heaven shook.'--CHAPMAN.

L. 166. The war of the Titans.

L. 167. The Trojan war is here entered upon.

L. 168. Cf, Homer, _Iliad_, iii. 13; xiii. 336; Virgil, _Aeneid_, ix,
63, 64.

L. 170. _Iliad_, ii, 455: 'And as a fire upon a huge wood, on the
heights of hills; that far off hurls his light; so the divine brass
shined on these.'--CHAPMAN.

L. 172. _Iliad_, xix. 405, Xanthus, one of Achilles' horses ('twas
Juno's will to make vocal the palate of the one,' to use Chapman's
words), answers his master's charge to acquit himself well with a
prediction that 'not far hence the fatal minutes are Of _his_ grave
ruin.'

L. 177. _mortels aux pouses..._ This must be an instance of those
'rgimes inusits donns aux adjectifs' which Raynouard censured in
1819. This is once more __ in the sense of _pour_. 'Rechercher un
trpas si _mortel _ ma gloire,' Corneille, _Cid_, I. ii. But compare
the (perhaps) more modern construction: 'Cette mode durera peu; elle
est _mortelle pour_ les dents.'--Madame de Svign, 4 avril 1671 (in
LITTR).

L. 179. _Laetas segetes._ Virgil, _Georg._ i. I.

L. 182. Homer. _Iliad_, xviii. 491; Hesiodus, _The Shield of Hercules_,
274.

L. 183. _ soulever les mers._ _=pour._ See note to p. 3, l. 88.

Ll. 185, 186. _Il._ xviii. 35-70.

L. 189. Ulysses' descent to Hades, _Od._ xi.

L. 190. _les champs d'asphodle._ _Od._ xi, 539.

Ll. 191-194. _Od._ xi. 36. _Aeneid_, vi. 305. l. 192, and Dryden's
translation of the corresponding line of Virgil may be compared: 'And
youths entombed before their father's eyes.'

Ll. 197-200. _Od._ viii. 274. Ovid, _Metam._ iv. 175. _Inconnus_, here,
for _invisibles_. The stricture of the first critic of A. Chnier,
Npomucne Lemercier, that the poet 'dnature le sens des mots,' if
generally unjust, may apply to this instance.

L. 201. _il revtait d'une pierre soudaine_ is very happily said for _il
revtait soudainement de pierre_.

L. 202. _Il._ xxiv. 602.

L. 203. _Accents de douleurs_ would, in prose, be _accents de douleur_,
without the _s_, which is here put that, as _douleurs_ rhymes with
_pleurs_, the eye may be satisfied.

L. 204. _Od._ xix. 518; Virgil, _Ecl._ vi. 78.

L. 208. _Od._ iv. 220.

L. 209. _Od._ x. 304.

Ll. 210-212. _Od._ ix. 94. See Tennyson's _Lotos Eaters_.

L. 211. _ ce philtre charms_, an instance of __ denoting a relation
of cause--'Qui demeure surprise __ l'clat de ces lieux,' Molire,
_Psych_, III. i. 988. See Haase,  123.

L. 212. _Od._ ix. 54.

L. 214. _Od._ xxi. 295; _Il._ i. 266, ii. 742; Ovid, _Met._ xii. 210.
Chnier follows Ovid.

L. 217. _enfants de la nue._ The Centaurs were descended from Ixion and
Nephele, the cloud.

L. 221. _mon affront_, i.e. the affront offered me. This is a frequent
use. Thus Racine makes Athalie say: 'que je ne cherche point  venger
_mes_ injures,' i.e. the wrongs suffered by me.

L. 224. Ovid, _Met._ xii. 247.

L. 226. _Aen._ x. 730; _Od._ xviii. 99.

Ll. 241-252. E. Faguet in his _Chnier_ quotes this passage as an
instance of energetic precision. 'The problem, he writes, is to depict
this: A centaur (bear in mind that a centaur is a creature half-beast,
half-man, with the body of a horse, the bust and head of a man, four
feet, two arms, all this you must bear in mind), a centaur, with his
two fore-feet, is trying to bear down a man, while, with his right arm,
armed with a club, he seeks to brain another man. A third man leaps on
to the back of the centaur, whence, pulling back his enemy's head with
one hand, he thrusts a burning brand down his throat. The problem is to
put all this in clear, precise, energetic, picturesque lines, and in few
lines too. Chnier has succeeded in putting it in twelve times twelve
syllables, with the result that, as it is, it stands in sharp outline as
in a piece of sculpture.'

L. 246. _D'un rable noueux_, a club of maple. Dryden, _Aen._
'[Hercules] tossed about his head his _knotted oak_.'

L. 250. _chevelure horrible_, in the Latin sense of 'horrid, bristling.'

Ll. 254-256. _Et le bois porte au loin des hurlements... l'ongle
frappant...._ Of course, what the wood conveys far away are such sounds
as the trample of hoofs, the cries of the wounded warriors, the crash of
the broken vessels, &c.

L. 255. _l'ongle_, Lat. _ungula_, stands for _le sabot_. Cf. _Aen._
viii. 596 'quatit _ungula_ campum.'

Ll. 260, 261. _Admiraient... abonder les paroles._ This use of _admirer_
followed by a pure infinitive, though, so far as we know, unprecedented,
has nothing shocking in it and tends to make the line more concise.
The construction is on the analogy of that which is customary with such
verbs as _voir_, _entendre_, and 'admiraient abonder' is here said for
'voyaient avec admiration abonder.' Everything here is striking in the
matter of language. _Admirer_ is somewhat archaic and means 'to
wonder.' 'Abonder de sa bouche' is anything but a hackneyed phrase. The
etymological meaning of _abonder_, Lat. _abundare_, to overflow, was
surely in the mind of Chnier when he wrote this. Such novelties as
these make his style exquisite. Some pains should be taken to make
something pass into English of the felicitous phrasing. Shall we presume
to submit this suggestion; 'they admired the divine words, how they
flowed from his lips'?

L. 262. _Comme en hiver la neige..._ _Il._ iii. 221, 'And words that
flew about our ears, like drifts of winter's snow.'--CHAPMAN.

Ll. 263-265. Cf. Homer, _Hymn to Apollo_, 514.

L. 268. _Convive du nectar_ (table-companion of the gods--Horace's
'Conviva Deorom,' _Od._ i. 28--at their nectar) is a novel collocation
of words, and, though of difficult analysis, grammatically speaking, is
perfectly satisfactory as being easily understood, 'Partaker of nectar'
would be an easy English rendering.

L. 269. _prospre_ renders the _laetus_ of Virgil, _Aen._ i. 732. The
English equivalent might be 'blest.' Chnier liked the word, as appears
from his Commentary on Malherbe.

L. 270. _Homre._ The name of the blind bard, which, ever since the
first lines of the poem, has been a mystery for no reader, has been kept
for the last word of the poem.




                         II. LE MENDIANT.

In this piece, illustrative of the rites of hospitality in ancient
Greece, Chnier has drawn much of his inspiration from the arrival
of Ulysses in Phaeacia; as it is described in the sixth book of the
_Odyssey_. The reader will also notice, from the gaps in the text and
unfinished lines, that the poem had not reached the stage of completion.
Chnier, who himself published none but two of his poems, was prevented
by death from giving the finishing touch to this and many other pieces.

L. 8. _Od._ 127, 137; _Aen._ iii. 590.

L. 15. _Aspect_, in the sense of 'apparition, ghost,' is a Latinism. Yet
it is quite an allowable concretisation of the word, as in French and
English 'apparition, vision,' in English 'sight' and in English 'aspect'
itself, which we find used with the meaning of 'a thing seen' in the
_N.E.D._

L. 21. _Od._ vi. 150.

Ll. 23, 24. _les voeux des... humains Ouvrent des immortels les
bienfaisantes mains._ If the maid is a goddess indeed, the beggar
entertains some hopes of her mercy, for, says he, 'oftentimes have
the prayers of the unfortunate opened the bountiful hands of the
immortals--obtained of those hands that they should "open their bounty"
(_Henry VIII_, iii. 2. 184) to them.'

Ll. 25, 26. _quelque front... qui te nomme_, one of those incoherent
metaphors which our (in this respect) delicate taste demurs at,
but which the old writers--Shakespeare being among the greatest
sinners--indulged in freely.

These two lines display imperfect rimes, the _o_ in _couronne_ being
short, whilst the _o_ in _trne_ is long.

L. 34. _Tremblante._ The 'rejet' helps the meaning. The reader's voice,
arrested by the unavoidable pause at the end of the preceding line, is
forced into imitating the hesitation that he is told was discernible
in the maid's utterance. But perhaps this is more perceptible to a
Frenchman used to more rigidity in the rimed versification of his great
classics than to an Englishman with the freedom of blank verse in his
ear.

L. 35. _quand la nuit descend_, the present for the future. See Haase, 
67, Remark I; Ayer, p. 466.

L. 42. _il pleure aux pleurs..._ This is neatly said. Notice the use of
the preposition __ expressing a relation of cause, as in '_A_ l'orgueil
de ce tratre, De mes ressentiments je n'ai pas t matre' (Molire,
_Tartufe_, v. 3. 1709). See Haase,  123. Cf. p. 7, l. 211.

Ll. 51, 52. _au devoir... Rangent... Ranger _ = _soumettre , rduire
._

L. 54. _ses mains sur ce visage._ This was one of the rites observed by
suppliants. See Euripides, _Hecuba_, 344.

L. 55. _Indulgente._ Becq de Fouquires remarks that the adjective is
used in its Latin sense of _complaisant_. This is the English meaning:
'disposed to gratify by compliance with desire or humour,' whilst the
French meaning is restricted to that of being 'ready to overlook or
forgive faults or failings.'

L. 58. _sur l'autre bord._ Across the bridge.

L. 62. _n'insulte  sa misre._ _Insulter _, still in use by the side
of transitive _insulter_, is the equivalent of obsolete English 'insult
over, on, at.'

L. 66. _mon lve_, not my 'pupil,' but my 'foster-child.' A farmer or a
nurseryman speaking of the cattle he breeds or the plants he raises will
say _mes lves_. But the term is here exceptionally applied to a human
being.

L. 74. _Le toit s'gaye et rit._ This line, criticized by Ponsard
(_tudes antiques_) as non-Homeric, is a translation of Catullus,
lxiv. 285 'queis permulsa domus iocundo _risit_ odore.' In fact, the
attribution of feelings to inanimate things is as old as poetry itself.
Countless instances in all languages might be adduced. For this use of
_laugh_ in English see _N.E.D._, s.v. laugh 1 c., and notice that Pope,
in translating the _Odyssey_, has made Homer say, 'In the dazzling
goblet _laughs_ the wine,' iii. 601.

L. 75. _au loin circule_, i.e. forms a long circle.

L. 77. _animes_, appearing alive, of course, like the 'animated marble'
of Pope, _Temple of Fame_, 73.

Ll. 77, 78. _Od._ vii. 100, 'Youths forged of gold, at every table
there, Stood holding flaming torches.'--CHAPMAN. Cf. Lucretius, ii. 24.

L. 84. _lits teints._ _Aen._ i. 708, which Dryden translates 'The
painted couches.'

L. 86. _Est admise_: exceptionally, for women, as a rule, did not sit at
the same table with the men.

L. 89. _Et dj vins_, &c. The ellipsis of the verb imparts greater
vivacity to the narrative. The unexpected interruption is therefore made
more abrupt.

L. 93. _s'assied parmi la cendre._ _Od._, vii. 153: '[Ulysses] went to
the hearth, and in the ashes sat,' CHAPMAN; 'as the custom was in those
days when any would make a petition to the throne,' adds Lamb by way of
commentary, _Adventures of Ulysses_, vi.

L. 94. _Od._ vii, 144, 145. '...His view With silence and with
admiration strook The court quite through.'--CHAPMAN.

Ll. 97-100. Hesiod, _Theog._ 84. _De l'Olympe envoy_, ibid. 97.

L. 98. _Semblent d'un roi._ Elliptical for _semblent tre d'un roi_.
_tre de_ itself is elliptical for _de tre celui, ceux_. The French
idiom has its English equivalent in 'My kingdom _is_ not _of_ this
world.'

L. 100. _Od._ xiv. 205; Hesiod, _Theog._ 97.

L. 102. _la main hospitalire_, with the definite article, not '_ta_
main...,' as has sometimes been printed, nor, as the more current
phrase runs, '_une_ main.' The beggar is then made to use, as it were,
a technical phrase, to name a well-known rite. In the same way we say
'_the_ kiss of peace,' '_the_ stirrup-cup.'

L. 104. _Od._ xvii 347: 'Bashful behaviour fits no needy man.'--CHAPMAN.

L. 110. _Theognis_, 649.

Ll. 111, 112. This seems to owe something to an extract from Menander
in the _Florilegium_ of Stobaeus, xcvi, which, together with a line
of _Theognis_, quoted under the same heading, has partly inspired the
following lines of Chnier, ll. 113, 114.

L. 115. _plus que l'enfer_, more than the gates of hell, is the phrase,
_Il._ ix. 312; _Od._ xiv. 156.

L. 116. _Le public ennemi_, i.e. _l'ennemi public_. The inversion is
awkward, as the collocation of the words is precisely that which would
express 'the hostile public.'

Ll. 122-4. _Od._ xvii. 485.

L. 123. _trans_, of course, goes with _haillons_.

L. 125. _Il._ l. 22.

L. 127. _et que puissent._ The more modern phrase would be _puissent tes
voeux_. Malherbe: '_que puisses-tu_, grand soleil de nos jours, Faire
sans fin le mme cours.' See Haase, 73 B.

Ll. 127, 128. _Od._ xvii. 354.

L. 134. For these details see _Od._ iv. 290.

L. 139. _nourrit un long amour_: a very happy phrase, recalling La
Fontaine's 'quittez le _long espoir_ et les vastes penses,' _Fables_,
XL viii. In Shakespeare's '_A long farewell_ to all my greatness.'
_Henry VIII_, iii. 2. 351, we have a similar use of 'long'. Such
epithets stand in lieu of a whole phrase.

L. 143. _Od._ vii. 174, 175: 'And there was spread A table, which the
butler set with bread,'--CHAPMAN.

L. 144. _Sieds-toi._ _Se seoir_, for instances of which we must go to
the seventeenth century, its uses being confined to the present of the
indicative, the imperative, and the infinitive, is an archaism. Such
archaisms, like _que puissent_ above, give more solemnity to the tone,
make the scene recede, as it were, into the past.

L. 150. _l'ponge._ _Od._ i. 111: 'Some... With porous _sponges_
cleansing tables.'--CHAPMAN.

L. 151. _S'approche_, i.e. 'is brought by the servants.' The stranger
does not sit at the common table, but, as when Ulysses is entertained by
Alcinous, a table is spread for him.

L. 152. _le disque_: _discus_, platter for meat, whence O.E. 'disc,' E.
'dish,' and German _Tisch_, a table. _d'airain_; cf. _Il._ xi. 630: 'a
brass fruit-dish.'--CHAPMAN.

L. 153. _l'amphore vineuse._ An epithet of nature. Chnier, it will be
noticed, used them freely, as the ancients did.

L. 155. _leur lendemain..._ A thought akin to that in Homer, _Od._ xv.
400: 'Betwixt his sorrows every humane joys.'--CHAPMAN.

Ll. 156-159. _Od._ vii. 178: '... command That instantly your heralds
fill in wine, That to the god that doth in lightnings shine We may
do sacrifice: for he is there Where these his reverend suppliants
appear.'--CHAPMAN.

L. 158. _Pour boire._ An unexpected passage from indirect to direct
speech, as in Homer, _Il._ xv. 348. The abrupt break in construction
is more telling in French than in English, where it is a more common
device.

L. 160. For this rite see _Od._ iii. 45.

L. 163, 164. _Od._ vii. 192.

L. 169. _De sourire et de plainte_ would be _de sourires et de plaintes_
in prose. But the two _s_'s of the plural would prevent the two _e_'s
from being elided and so give two syllables more.

L. 170. _tes nobles toits._ The plural for the singular, that the
form of the word, riming with _abois_, may satisfy the eye. A Latinism
besides.

Ll. 174-179. _Od._ xiv. 462. I cannot refrain from giving here Chapman's
quaint equivalent for _ce que... il et mieux valu taire_: 'strong
wine,' he makes Ulysses say, 'moves the wise to... prefer a speech to
_that were better in_.'

L. 184. See _Od._ viii. 136.

L. 185. _n'ai point pass l'ge_ 'o l'on est robuste' is understood.

L. 186. _La force et le travail, que je n'ai point perdus_, a hendyadis
for 'la force de travailler.'

Ll. 188 ff. In the same way Ulysses (_Od._ xv. 317) declares to Eumaeus
that he is ready to do all kind of menial work to earn a livelihood.

L. 194. _diriger_, train.

L. 195. _Et le cep et la treille._ The low vine-plant, such as is seen
in the vine-growing parts of France, and the espalier or trellis vine.

L. 196. _la faux recourbe._ One of those descriptive epithets so
frequent in primitive poetry.

Ll. 199-201. Hesiod, _Op. et Dies_, 307, 303-5.

L. 201. _ rien faire._ Some purists censure the use of _rien_ without
_ne_ on the ground that _rien_ of itself means _quelque chose_
(Lat. _rem_), as in: 'Pourquoi consentez-vous  _rien_ prendre de
lui?'--Molire, _Tartufe_, V. vii; but the abuse, if it is really to be
considered as one, is authorized by the best writers, Molire, Racine,
&c. In answers _rien_ is used by itself with the sense of 'nothing.' Add
to this the phrases _pour rien_, _rduire  rien_, _venir  rien_, _un
homme de rien_, _rien que cela_, _si peu que rien_, _moins que rien_,
where _rien_ actually means 'nothing'. Also the substantive: _un rien,
des riens_. Also _un vaurien_ (='un homme qui ne vaut rien'). The
objection to _rien_ in the present sentence would be just if the
omission of the negation _ne_ entailed the least ambiguity, but such is
not the case.

L. 202. _Od._ xix. 253 and 322.

L. 203. _lever sa langue_ for _lever la voix_ is decidedly
indefensible. But Chnier carefully avoids obvious alliances of words.
See note to p. 64, l. 4.

L. 205. _Sans craindre qu'un affront ne trouble._ The second negative
_ne_ had better have been left out. The strict rule is to omit it after
_sans_. Yet several instances of _sans que... ne_ and even _sans que...
ne... point_ occur in the seventeenth century, namely in Mme de Svign.
See Haase,  103 B.

L. 206. _L'indigent se mfie._ Menander in Stobaeus, _Florilegium_,
xcvi. _Od._ vii. 307.

L. 209. A reminiscence of Horace, _Od._ ii. 9. The same thought occurs
again at p. 66, l. 4.

L. 210. Propertius, ii. 28. 31; Theocritus, _Idyll._ iv. 4.

L. 211. _Et tel pleure._ Cf. 'Tel qui rit vendredi, dimanche
pleurera.'--Racine, _Plaideurs_, i. I. Observe the fitness of those two
forms of the same proverb to their several contexts. The _vendredi_ and
_dimanche_, humorous precisions, would never do here.

L. 212. _en tes discours prside_--not '__ tes discours.' Chnier
means, not 'wisdom presides over thy discourses,' but 'wisdom rules,
bears sway, prevails, is paramount in thy discourses,' Cf. _Od._ xix.
352; xx. 37.

Ll. 228-231. _Aen._ i. 628.

Ll. 229, 230. _n'a point  l'indigence fait..._, 'has not caused
indigence to envy the destiny of the wealthy Lycus,' The object of
_faire_, which is at the same time the subject of the infinitive
_envier_, is in the dative. See Littr, _Dict._, s. v. 'Faire,'
Remarques 1-5; also Haase, 390.

L. 235. _et te souviens._ This peculiar form of the imperative is used
only when another imperative goes before. Whereas in the ordinary form,
_souviens-toi_, the stressed form of the pronoun is used (as is the
rule when the pronoun is the object of an imperative or a prepositional
object: _cris-moi, nous avons song  lui_), in this construction
the pronoun preceding the verb follows the rule of all pronouns placed
before verbs and is in the unstressed form.

Ll. 250, 251. Hesiod, _Op. et Dies_, 285.

L. 260. _qu'avait tissus l'Euphrate._ _Tissu_ is the past participle of
the obsolete verb _tistre_, now replaced by _tisser_.

L. 264. _Seul maintenant_--a sort of ablative absolute.

L. 275. _Et sans que nul mortel._ _Nul_, though of itself a negative,
occurs after _sans_: 'Sans _nuls_ gards pour les petits.'--La Bruyre,
xiv. True it is that La Bruyre might have said, with Malherbe and La
Fontaine, '_sans point_ d'gards...,' which nobody would think of using
at the present day. 'Sans qu'_aucun_ mortel'--_aucun_=_aliquis unus_,
and so is no negative--would have been more logical, but harsh.

L. 282. By the device of concluding the long period with these three sad
syllables, the pathos of the statement is heightened.

L. 284. _a tomb._ _Tomber_, generally used with the auxiliary _tre_,
also admits of the auxiliary _avoir_. Littr, _Dict._, s.v. 'Tomber,'
61.

L. 287. _je ne revois._ The present used instead of the future tense
imparts more emphasis to the asseveration. See Ayer, p. 466.

L. 289. _vapeurs_, fumes.

L. 291. _Od._ xiv. 42.

L. 308. _au mme prcipice._ In Old French _ou_ (=_en le_) got confused
with _au_ (=_ le_), whence a constant substitution of _au_ for _ou_ in
the masculine, and, by extension, of _ la_ for _en la_ in the feminine.
See Meyer-Lbke,  417, and Haase,  120, and cf. p. 33, l. 4.

L. 317. _je revoi._ The Old French spelling (_voi_ from _video_) has
been retained in versification for rhyming purposes.

L. 323. _J'ai honte  ma fortune_, instead of: 'J'ai honte _de_ ma
fortune'; as Molire writes: 'J'aurais honte __ la prendre.'--_Le Dpit
amoureux_, I. ii.

L. 331. So Nausicaa does to Ulysses (_Od._ viii. 461).



                         III. LA LIBERT.

L. 1. _qui t'agite?_ _Qui_ here is a neuter and means 'what.' See
Darmesteter,  416.

L. 8. _parmi l'herbe._ Delicately archaic. Thus Corneille has '_parmi_
l'air,' _Mel._ IV. vi. and La Fontaine '_Parmi_ la plaine,' _Fables_,
XI. i. 4. See Haase,  131 A.

Ll. 12, 13. Notice the fine effect of imitative harmony in these
lines. They are as rough as the landscape they describe. Much of their
harshness is due to the predominance of the sound of _r_.

Ll. 36, 37. Euripides, _Hec._ 332.

L. 38. _rien  soi._ _Soi_, which is now more especially used when the
subject of the sentence is _on_, was formerly indiscriminately used with
_lui_ put for _lui-mme_. See note to p. 29, VII, l. 10.

L. 49. _Aen._ iv. 487.

L. 54. _les maux qu'on me fait._ The plural of _mal_ is not common with
the verb _faire_. There is an instance of it in Rgnier: 'sa barbe... o
certains animaux... luy faisoient mille _maux_,' _Satire_ x, 171-4.

L. 66. _De qui les bls._ This use of _de qui_, when the antecedent is
an inanimate thing, was condemned by Vaugelas, whose rule has prevailed.
Yet there is a tendency with many modern writers to return to the older
practice.

L. 72. The horn of plenty, or cornucopia, or Amalthaea's horn.

L. 73. _Sans doute que._ How are we to account for this _que_? The
phrase is the result of an ellipsis, and stands for 'il est sans doute
que.'

L. 75. _Je n'y vois._ _Y_ refers to _la terre_, l. 55.

L. 80. _Elle est pour moi martre._ _Martre_ is an adjective
here=inexorable.

L. 87. _Je m'occupe  leurs jeux._ For a distinction between _s'occuper
_ and _s'occuper de_ see Littr, _Dict._, s.v. 'occuper,' Remarque. The
meaning here is: I occupy my mind in seeing them play.

L. 88. _sur la rose et sur l'herbe brillante_, a hendiadys for _sur
l'herbe brillante de rose_.

L. 93. _Deux fois... promens._ An ablative absolute. _Promener_, of
course, is not the proper word for 'driving' a flock, but an expression
of angry contempt for the tedious and, as it were, unprofitable work.

L. 101. _injure_, in the singular, for the sake of the metre.

L. 107. _Du chaume._ Calpurnius, _Aegl._ viii. 66.

L. 117. _la mienne._ This syntactical incorrectness--for _la mienne_
cannot mean _ma vierge_--is in fact an elegance. The shepherd is full of
the idea of his love, and most naturally says _la mienne_, meaning _ma
bien-aime_. This neglect of strict logic is most natural.

Ll. 151, 152. Some writers have printed _si j'tais plus sage...,_ as if
the sentence were unfinished, and explain that 'I should not take
them' is understood. But the thought rather seems to be expressed
elliptically: Were I wiser, these gifts forebode no good to me (and I
should listen to these misgivings).

L. 156. _j'aurai pu._ The future expressing what is likely to have taken
place. See Ayer,  203.



                           IV. LE MALADE.

M. Dezeimeris (_Leons nouvelles et remarques sur le texte de divers
auteurs_, Bordeaux, 1879) has shown how much this poem owed to a Greek
versified romance by Theodoras Prodromus, entitled _The Adventures of
Rhodanthe and Dosicles_. To this very indifferent and cold production he
has traced both the scheme and most characteristic details of Chnier's
_Malade_. We have deemed it unadvisable to crowd our notes with the
numerous passages of the Byzantine writer which have inspired our poet.

Ll. 1-3. This invocation, a litany in form, may have been suggested by
the Orphic hymn to Apollo.

L. 6. _qui meurt abandonne_, i.e. _qui meurt si elle est abandonne_.

L. 7. _Qui n'a pas d rester_..., 'who surely has not been spared by
death that she might see her own son die.'

Ll. 8, 9. _Assoupis, assoupis..._ Frequent repetitions occur throughout
this piece, all with a most natural and pathetic effect. M. Dezeimeris
that Chnier took the hint from Prodromus, in whose poem, however, the
repetitions, for the most part irrelevant, are mere mannerism.

L. 15. _un jeune taureau blanc._ 'Iuvencum candentem,' _Aen._ ix. 627.

L. 22. _Aen._ x. 557.

Ll. 24, 25. _Il._ i. 362. Thetis says to Achilles; 'Why weeps my son?
what grieves thee? Speak, conceal not what hath laid such hard hand on
thee, let both know.'--CHAPMAN.

L. 34. See _tapes_ in A. Rich's _Dict. of Roman and Greek Antiq._

L. 36. _ douleurs!_ The _s_ is required by the rhyme rather than by the
sense.

L. 43. Euripides, _Hipp._ 135.

L. 44. _Sans connatre Crs._ 'Non _Cereris_ placuere dapes, non
pocula Bacchi' is Gaulmin's paraphrase of Prodromus (Paris, 1625). For a
similar use of 'Ceres,' see Ovid, _Met._ iii. 437. Milton has: 'A field
Of _Ceres_ ripe for harvest waving bends' (_Paradise Lost_, iv. 980,
981); and Byron: 'Beneath his ears of _Ceres_ groan the roads' (_Don
Juan_, XII. ix).

L. 46. _ta vieille inconsolable mre_, not _ton inconsolable vieille
mre_, which would be the more usual, but less forcible, order.

L. 48. _T'asseyait sur son sein._ _Sein_ (bosom) here stands for _giron_
(lap). This is the Latin phrase _in sinu_. The English Bible reads (Luke
xvi. 23): 'He (the rich man) seeth Abraham... and Lazarus in his bosom,'
whereas Langland, more explicit and accurate, says, 'Ich sauh hym
[Lazarus] sitte... in Abraham's _lappe_' (_P. Pl._, C. ix, 283).

L. 53. _presse de ta lvre._ She says this holding out the cup to him,
so that there is no need for her to express the word 'cup,' which is
therefore understood. Yet it appears that Chnier did not mean ll. 53,
54 to stand thus, as they are struck out in the MS. (Dezeimeris, p. 69).

Ll. 59, 60. _sur leur jeune sein... leur robe._ He says _leur_, as if
everybody ought to understand him, because his own thought is full of
them--those dancing fair ones mentioned in the following line. This, as
well as the preceding 'presse' and 'la mienne' higher up, is of those
true touches that carry us into the atmosphere of life.

L. 65. Reminiscences of Virgil, _Ecl._ v. 58; _Georg._ ii. 151.

L. 70. _cette vierge dansante._ The first editor had altered this into
'cette vierge _charmante_,' either because the epithet recurs at ll. 61,
89, or because he objected to this declension, or rather adjectival use,
of the past participle. For this syntactical feature see Darmesteter
et Hatzfeld, _Le seizime sicle en France_, 210; Haase, 91. See also
note to p. 62, l. 19.

L. 71. Pallas (_Od._ i. 58) represents Ulysses as longing to see 'His
country's smoke leap from her chimney tops.'--CHAPMAN.

L. 74. _enchante ta vieillesse._ An easy correction would be
_enchantent_, which would not spoil the metre, but, as a rule, Chnier
makes the verb agree with the last subject. See Ayer, 217.

Ll. 76, 77. Tibullus, i. 3. 8.

L. 80. _Viendras-tu point...?_ The omission of _ne_ in direct
interrogation, very frequent in the seventeenth century, is still to
be met with in modern poetry, e.g.: '_Viendras-tu pas_ voir mes
ondines?'--V. Hugo, _Ballades_, 4. (Haase, 101 A.)

L. 84. Racine, _Phdre_, I. iii: 'Ariane, ma soeur, de quel amour
_blesse_...'

L. 93. Virgil, _Ecl._ vi. 21 'Aegle naiadum pulcherrima...'

L. 95. _ne sera-ce point._ A future of doubt.

L. 103. Ovid, _Met._ i. 481.

L. 105. _garde que jamais elle soit_... _Ne_ was generally omitted in
the seventeenth century after expressions of fear and after _garde_,
_gardez_, _prenez garde_ (Haase, 104 B).

L. 109. _va la trouver._ Cf. the first scene of the third act of
Racine's _Phdre_. The entire poem is to some extent the counterpart of
Racine's play.

L. 126. _d'ge chancelante._ Cf. _Aen._ iv. 641.

L. 132. _L'insens._ In the sense, Becq de Fouquires remarks, not of
_demens_, but of _amens_, as in Ovid, _Am._ iii II. 25.



                             V. HYLAS.

The subject of the poem is taken from Theocritus, _Id._ xiii., and
Virgil, _Ecl._ vi.

L. 1. _Le navire loquent._ Argo, which Malherbe calls 'le navire qui
parlait,' Lebrun 'la nef  voix humaine,' and Chnier himself in a
fragment (XLIX., p. 118 of the first volume of the edition published in
1874 by G. de Chnier), 'le vaisseau parleur.'

L. 2. _Colchos._ This Colchos has never had any existence except in the
imagination of French poets. It is, in fact, the accusative of _Colchi_,
the Colchians, or inhabitants of Colchis, mistaken for the name of a
town.

Ll. 12-14. _Et leur onde... un... zphire, un murmure... 'l'avertit._
The verb is in the singular, agreeing with the last subject, as is the
constant practice with Chnier. Cf. note to p. 25, l. 74.

L. 14. _et soupire._ The first editor has corrected this into _et
l'attire_. But the nymph first attracts the attention of the boy and
then sighs out her desire (as again on l. 19).

L. 15. _jette des fleurs._ _Jeter_ is said of plants and trees (E.
_shoot_), whence _rejeton_ (E. _shoot_).

L. 20. _il l'admire couler._ See note to p. 8, l, 260.

L. 26. _Sur leur sein, dans leurs bras, assis_... Elliptical: 'he
sitting on their knees,' For this sense of _sein_ see note to p. 24, l.
48.

L. 29. _Leurs mains vont caressant._ _Aller_ with the gerund of a
verb was a periphrase much in vogue in the sixteenth and seventeenth
centuries, and meaning nothing more than the verb itself. It is now of
rare use, except in poetry (Haase, 70 A). Palsgrave says that 'que je
vous yraye devisant' amounts to 'que vous deviseroye,' Littr,
however, in his dictionary (s. v. 'aller,' 21), says that it expresses
continuity.

L. 30. _tamine._ This is, Sainte-Beuve observes, the _prima lanugine
malas_ of the Latins. Cf. 'Flaventem prima lanngine malas... 'Clytium,'
_Aen._ x. 324, 'downy-cheeked Clytius'; or 'Clytius in his beardless
bloom,' as Dryden, not very accurately, renders it. For _tamine_ see
note to p. 50, l. 38.

Ll. 38, 39. Virgil, _Ecl._ vi. 43.

Ll. 46-52. The syntax of this sentence would incur the blame of a
strict grammarian. He would first observe that in the wording, 'pour te
paratre belle, l'eau pure...,' it is pure water that is represented
as wanting to appear at its best, and that, in order to avoid this
absurdity, the author should have written 'pour te paratre belle, elle
(_the idyll_ a...)--in short, the construction that reappears in the
following clause, 'elle a press ses flancs....' Next he might perhaps
object to 'Et des fleurs sur son sein ... et sa flte  la main,' a
clause in which he would miss the verb. But say '_elle met_ des fleurs
sur son sein, etc., et _elle prend_ sa flte  la main,' and notice the
loss in vivacity. As the young person bustles, so does the sentence.

L. 51. _les pipeaux de Segrais._ Segrais (1624-1701) wrote idylls
praised by Boileau. He also had a hand in the composition of the two
novels of Mme de la Fayette, _Zade_ and _La Princesse de Clves_, and
gave a metrical translation of the _Aeneid_, now forgotten.

L. 52. _connus... aux nymphes._ Both _connu _ and _connu de_ are said,
though the latter is more common at the present day.



                     VI. LA JEUNE TARENTINE.

This touching elegy, Becq de Fouquires observes, was suggested to
Chnier by the following funereal epigram of Xenocritus of Rhodes in the
_Greek Anthology_: 'Thy locks are still dripping, unfortunate maid,
O Lysidice, poor shipwrecked creature, dead in the salt flood. As the
waves leapt wild, thou, dismayed by the violence of the sea, fellst out
of the ship; and now on a tombstone are read thy name and that of Cyme,
the place of thy birth, but thy remains have been washed to some chill
shore; a bitter grief to thy father Aristomachus, who, accompanying thee
to the house of thy husband, brought him neither a bride nor a corpse.'

L. 2. _Oiseaux chers  Thtis._ 'Dilectae Thetidi alcyones,' Virgil,
_Georg._ i. 399.

L. 3. _Elle a vcu._ A euphemism, adopted from the Latin, for _elle est
morte_, used in elevated style. Thus Corneille: 'Non, non; avant ce coup
Sabine _aura vcu_.'--_Horace_, II. vi.

L. 4. _Camarine_, a town in Sicily.

L. 5. _l'hymen_, the hymeneal song.

L. 8. _Dans le cdre_: an accurate detail. Cf. Euripides, _Alc._ 160.

L. 11. _invoquant les toiles._ A reminiscence, happily adapted, of
Virgil, _Aen._ vi. 338: 'Palinurus... who, while he steering viewed the
stars,... Fell headlong down.'--DRYDEN.

L. 13. _tonne._ _tonner_, whence E. _astun_, _stun_, _astony_,
_astonish_, _astound_, from L. _extonare_ class. L. _attonare_, to
strike with a thunderbolt, originally 'to strike senseless, powerless.'
It is here nearer this sense than weakened sense of 'to surprise'.

L. 21. _dans ce monument._ We here find that we are reading a 'funerary
epigram' or epitaph.

L. 22. _cap du Zphyr._ Cape Zephyrium at the southern end of Brutium.

L. 25. _tranant un long deuil._ Chnier thus renews, with advantage to
the meaning, the current phrase: 'mener (=_carry on_) un deuil,' to make
dole, mourn. This use of _mener_ (cf. L. _ducere_ in same sense) may be
paralleled in English by the _archaic_ 'lead great joy' (Caxton, _Sonnes
of Aymon_, xx. 446), 'lead sorrow,' _Partenay_, 3785 (_N.E.D._, s. v.
lead, 11 and 12 b).



              VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE.

This piece, Becq de Fouquires remarks, is imitated from an idyll of
Moschus (ii. 95 ff.).

L. 3. Anacreon, xxxv.

Ll. 5-7, Ovid, _Met._ ii. 874.

L. 7. _les pleurs dans les yeux._ The current phrase is _les larmes aux
yeux_.

Ll. 9, 10. Ovid, _Fast._ v. 611.

L. 10. _sous soi._ In _The Public School Elementary French Grammar_ by
Brachet we read (par. 96): 'In modern French, _soi_ is only used when
the subject is _on_, _tout le monde_, _chacun_, etc., or after an
impersonal verb.' But this is contradicted by the practice of the best
authors. See Littr, _Dict._, s. v. 'Soi,' Remarque; Haase, 13. Cf.
note to p. 19, l. 38.

L. 20. _le flatte._ This sense of F. _flatter_ was adopted in English,
but has long been obsolete. Under the date 1599 there is a curious
instance of this use in the _N. E. D._: 'Trout is a fish that loveth to
be _flattered_ and clawed in the water.'

L. 22. Ovid. _Met._ ii. 868.



                           VIII. PASIPHA.

Ll. 3-12. Virgil, _Ecl._ vi. 41 ff.

L. 4. Four lines are missing here, which, being omitted in most
editions, had escaped us. We here give them:

  Certe, aux antres d'Amnise, assez votre Lucine
  Donnait de beaux neveux aux mres de Gortyne;
  Certes, vous levez, aux gymnases crtois,
  D'autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.

L. 6. _son antique pture._ _Antique_ here means 'former' as in:
'Dieu de Sion, rappelle, Rappelle en sa faveur tes _antiques_
bonts,'--Racine, _Athalie_, III. vii. The same use of _antique_ occurs
in Chnier's prose.

Ll. 11. _Si peut-tre..._ Virgil's 'Si qua forte ferant oculis sese
obvia nostris Errabunda bovis vestigia' (_Ecl._ vi. 57)--i.e., that we
may see whether scattered traces will not meet our eyes.

Ll. 13-22. Ovid, _De Arte Am._ i. 313 ff.

L. 15. _superbe amant._ Virgil's 'superbos amantes,' _Georg._ iii. 217,
218.

L. 21. _ la flamme lustrale._ By the lustral or purificatory flame.



                           IX. PANNYCHIS.

This idyll is imitated from Gessner's _Clymene and Damon_ (or _Daphne
and Micon_ in some editions): 'Tell me, love, what wilt thou do with
this little altar?... Dost thou not remember that in the days of our
childhood it was our favourite resort? Then were we no taller than this
young columbine. About the altar will I plant myrtle and rose bushes. If
Pan protect them, their branches will soon overarch the altar and form a
small temple of verdure.... Dost thou see these bushes? they still grow
in the shape of an arbour, though untrimmed now; they were our bower. We
built the vault as high as we could reach.... Had I not planted a little
garden before the bower? Had we not hedged it in with rush? A sheep
might have browsed off the hedge in a moment, it was so large.... Thou
wast lucky to find a small mutilated image of Cupid. As a fond mother,
thou wouldst lavish care and caresses on him; a nutshell was his cradle,
where, lulled by thy songs, he would lie on rose leaves.' A cicada is
also mentioned, which gets hurt in flying away. Then Damon: 'Thus passed
the days of our childhood, when in our games thou wast my wife and I was
thy husband.'

L. 5. As in Ovid, _Met._ xiii. 841, the giant Polyphemus compares
himself to Jupiter, so here the child compares himself to his young
goat.

Ll. 19-24. A translation of the fourteenth epigram of Anytus, p. 200,
vol. i. [of the _Anthology_]. See also the twenty-ninth of Argentarius,
vol. ii, p. 273. (_Note of A. Chnier._) Anytus of Tegea lived 300 years
before the Christian era.

L. 20. _verte cigale._ The cicada is brown. Chnier is here thinking of
the large green grasshopper (_Locusta viridissima_).

L. 21. _les honneurs._ The honours of this tomb, that is, this tomb and
its adjuncts destined to honour thy memory.



                             X. DRYAS.

Andr Chnier had purposed to write sea-bucolics or idylls, which
his notes, in which he indicates the _genre_ of his poems by Greek
abbreviations, designate as [Greek: Bouk. enal.] (that is, [Greek:
Boukolika enalia]), [Greek: Eid. enal.] (i.e. [Greek: Eidullia enalia]).
Dryas is one of them. It appeared for the first time in G. de Chnier's
edition, 1874.

L. 4. _aux mains._ See note to p. 16, l. 308.

L. 6. _tout se jette._ _Tout_, i.e. _tout le monde_, as in 'Femmes,
moines, vieillards, _tout_ tait descendu.'--La Fontaine, _Fables_,
VIII. ix. 4. The verb agrees with _tout_, which sums up the enumeration.
Ayer, 217, 3 _b_.

L. 8. _Il remplit et couronne._ Not of course in the sense in which
Milton writes: 'Eve... their flowing cups With pleasant liquors
_crown'd'_ (_Paradise Lost_, v. 444). This sense is unknown in French.
But see Rich, _Dict. of Roman and Greek Antiq._, s.v. 'coronatus.'

L. 19. _dieux humides_, water-gods. Thus Boileau: 'Il [le Rhin] voit
fuir  grands pas ses naades craintives Qui toutes accourant vers leur
_humide_ roi...'--_Ep._ iv. This invocation is taken from Propertius,
III. vii. 57.

L. 23. _les ondes avares._ The greedy waves.

Ll. 29. _et ses efforts nombreux_... The sentence has been left
unfinished.

L. 36. Virgil, _Aen._ iv. 304.



                            XI. BACCHUS.

This piece is imitated from Ovid, _Met._ iv. II ff. It also contains
reminiscences of Ovid, _De Arte Am._ i. 541; Catullus, lxiv. 225.

L. 1. _Thyone_ Thyoneus, i.e. son of Thyone, another name of Semele.

L. 2. Dionysius, Evan, Iacchus, Lenaeus, names of Bacchus. The origin
of the first three is obscure, while Lenaeus is from [Greek: lmos], a
wine-press.

L. 9. _toil._ The fur of the lynx is spotted.

L. 11. _aux axes de tes chars._ Lat. _axis_ (Fr. _axe_) is properly
Fr. _essieu_ (from Lat. _axiculus_), Eng. _axle_ which has also been
sometimes replaced by _axis_. (The O. E. word was _ax_ (_x_), related
to Lat. _axis_.) But here _axe_ is used, as in Latin, for _roue_, i.e.
'wheel.' See also note p. 65, XI, l. 2.

L. 17. _Et le rauque tambour._ _Et_ does duty for _ainsi que_.

L. 18. _Les hautbois tortueux_--'tibia curva' Tibul, ii. I. 86.--_les
doubles crotales_:, crotals, or crotala, are a sort of castanets.
They are called _doubles_ because they consisted of _two_ little brass
plates, or rods.


                        XII. LE CHNE DE CRS.

This short fragment is taken from Ovid, _Met._ viii. 743.

L. 3. _porte un immense ombrage._ I am under the impression that this
happy use of _porter_ has been suggested to Chnier by the term used
in painting of _ombre porte_, defined by Littr (s.v. _port_), 'ombre
qu'un corps projette sur une surface.' Chnier frequented painters, and
himself painted.

L. 5. _bandeaux_, fillets. See _vittae_ in Rich, _Dict. of Roman and
Greek Antiq._


                            XIII. HERCULE.

Ll. 2-4. Imprudent in being too credulous, Dejanira became the innocent
cause of Hercules' death; for, fearing his infidelity, she sent her
husband a robe or shirt that the Centaur Nessas had given her, and which
he had said would preserve her husband's love to her. No sooner had
Hercules put on the garment his wife gave him than he suffered terrible
agony, under which he ordered a funeral pile to be kindled, and placed
himself in its flames, thus falling a victim to the Centaur, Nessus,
whom he had slain. Hercules killed Nessus because, carrying Dejanira
over a river, he attempted to run away with her.

Ll. 5, 6. _ta cime... amoncelle._ Literally, 'thy top heaps up,' for
'thy top is heaped up with.'

L. 9. _du vieux lion_, the Nemean lion.


                         XIV. RICHTHON.

L. 2. _richthon._ Erichtonius, fourth king of Athens, son of Vulcan
and the Earth, was a cripple, invented chariots, and, after his death,
became the constellation of Auriga, or the Waggoner.

L. 5. _axe_, for _char._ See note to p. 65, XI, l. 2. For this line and
the following see Virgil, _Georg._ iii. 113 ff.

Ll. 11-14. Virgil, _Georg._ iii. 191, 192.

L. 14. _Agiter... leurs pas._ Hurry (cf. _agitato_, in music=hurried)
their pace, in opposition to _mesurer_, 'compose, moderate.'



                           XV. NRE.

L. 1.... _Mais_... This beginning shows that the piece is only a
fragment. For this comparison see Ovid, _Heroid._ vii. 1, 2.

L. 7. _Sbthus_. The river Sebetus runs through Campania. It is often
mentioned by Sannazaro in his elegies, from which Chnier has borrowed
the idea.

Ll. 9, 10. _moi, celle qui te plus, moi, celle qui t'aimai._ In this
instance the agreement of the verbs with _moi_ is condemned by modern
grammarians. It would occur in the older language, and Bossuet himself
has said, speaking of God, 'Je suis celui qui suis' (Lat. _sum qui sum_,
Eng. 'I am that am,' Wyclif, _Ex._ iii. 14). See Littr, s.v. 'celui,'
Rem. 4.

L. 16. A reminiscence of Catullus, lxiv. 117 ff.

L. 19. _l'astre pur des deux frres d'Hlne._ It is the 'fratres
Helenae, lucida sidera' of Horace (_Od._ i. 3), namely Castor and
Pollux. The constellation was said to be propitious to seafarers.

L. 21. _Pstum._ A town in Lucania famous for its roses. See Virgil,
_Georg._ iv. 118, 119.


L. 29. _du sein de la mer._ _Il._ i. 359-361. Thetis 'instantly appeared
up from the grey sea like a cloud.'--CHAPMAN.

L. 30. _comme un songe._ In the _Odyssey_ (xi. 207) the soul of Ulysses'
mother vanishes (like a dream). Also _Aen._ vi. 702.



                                XVII.

L. 1. _Song of Solomon_, i. 6.

Ll. 7-10. _Song of Solomon_, i. 7.



                                XVIII.

L. 8. _le mol et doux coton._ Cf., in _N.E.D._, _Cotton_. 'Down or
soft hair growing on the body.' _Obs. rare_ so F. _coton_=_poil_, 1615,
Crooke, _Body of man_, 65: '_Pubes_ doeth more properly signifie the
Downe or _cotton_ when it ariseth about those parts.'

L. 11. Ovid, _Heroid._ xv. 93-95.

L. 22. _ce jeune Troyen_, Ganymede.


L. 23. Adonis, whose mother, Myrrha, had before his birth been turned
into a tree that distilled myrrh.


                                XIX.

Ll. 1-8. Shakespeare, _I Henry IV._ iii. l. 214-222. That Chnier
was sensible to the magic of this passage argues that, in spite of
prejudices, he would recognize beauty wherever he found it.

L. 11. _Car le_... Becq de Fouquires conjectures that the poet would
have written 'car le _bel Endymion_...,' or rather 'car le _dieu
d'amour_...,' but was prevented by the metre.

L. 13. The song at the beginning of the fourth act of _Measure for
Measure_ gave Chnier the idea of these lines.


                                XX.

Ll. 11-20. An imitation of Bion, _Idyll_ iv.

L. 15. _et sa voix_... _Et_ here introduces a consequence, as in: 'Plus
je vous envisage, _Et_ moins je me remets, monsieur, votre visage,'
Racine, _Plaideurs_, II, iv; or in 'give him an inch, _and_ he take an
ell.' Cf. p. 63, IX, l. 1.

L. 20. _tu fais mes amours._ _Faire_ here is synonymous with _tre_ as
in '_faire_ l'admiration de tous.'

L. 28. _Te bler mes amours._ For another instance of this transitive
use of _bler_ see p. 46, XXXIII, l. 10.

L. 32, _Plutt que te laisser._ After _que_ following a comparative,
modern visage prefers _de_ before the infinitive. See Haase,  88.


                    XXIII. LE SATYRE ET LA FLTE.

L. 1. _Toi, de Mopsus ami!_ Ironical. 'That thou never wast!' This
beginning shows that these lines were meant as part of an eclogue: the
subject to be two shepherds disputing the prize of singing. Mopsus is an
excellent singer and poet mentioned in Virgil, _Ecl._ v. Berecynthus is
a mountain in Phrygia on which the mysteries of Cybele were celebrated.

L. 3. _Hyagnis._ According to Apuleius, _Flor._ iii, Hyagnis was the
father and teacher of Marsyas, the flute-player.

L. 4. _nerv_, emasculate. '_Semiviro_ Cybeles cum _grege_ iunxit
iter,' Martial, iii. 91.

L. 7. _dans ce bui._ _Bui_ is spelt thus in order to rhyme for the eye
with _lui_. 'Buis' for 'flute'; a metonymy.

L. 15. _des chiens mme._ In poetry the adjective _mme_ often remains
uninflected. 'Les immortels _eux-mme_ en sont perscuts,' Malherbe, i.
279, 26, _d. des Grands crivains_. 'Un clat qui le rend respectable
aux dieux _mme_,' Racine, _Esther_, II. vii. 678, same edition. Haase,
 53, C.


                               XXIV.

This fragment is taken from the twenty-third idyll of Gessner.

L. 1. _errante  travers._ This inflected present participle is an
archaism. See Haase,  91. See also note to p. 25, l. 70, as well as p.
24, l. 61; p. 56, l. 8; p. 62, l. 19.

L. 4. _Le pied-de-chvre._ The poets of the Pliade used the compound
_chvre-pied_.

L. 6. _leur rise._ But only _one_ nymph has been mentioned. It is
understood that she meant to provide sport for her companions.


                                XXV.

L. 1. _L'impur et fier poux._ Becq de Fouquires remarks that the
he-goat is frequently designated by a periphrasis in Greek and Latin
literature.

L. 3. _averti de_, aware of.


                               XXVI.

This fragment is a translation of the first idyll of Gessner.



                              XXVII.

L. 6. _La source aux pieds d'argent._ Cf. 'La nymphe aux pieds
d'argent,' p. 59, l. 47. Cf. also Milton's '_silver-buskined_ Nymphs,'
_Arcades_, 33.



                      XXIX. A L'HIRONDELLE.

These lines are imitated from an epigram of Evenus of Paras.

L. 1. _Fille de Pandion._ Pandion, son of and king of Athens, had two
daughters, Procne and Philomela. Procne was ultimately turned into a
swallow and Philomela into a nightingale. See Ovid, _Met._ vi. 412 ff.

L. 10. _A ton nid._ _Nid_ for _niche_: 'Et portant  son bec son
modeste butin, De son _nid_ babillard revient calmer la faim.'--Delille,
_En._ xii (in LITTR). In the same way 'nest,' in English, is used for
'brood.' Cf. Virgil, _Georg._ iv. 17, and La Font., _Fables_, X. vii.
17.



                                XXX.

These lines are imitated from Thomson, _Autumn_, 167-174.



                               XXXI.

Becq de Fouquires observes that when Andr Chnier composed this
short bucolic fragment the revolutionary storm was raging. Chnier, a
_suspect_, threatened with arrest, was sick in body and mind, and had
gone to the waters at Forges for a few days' rest.

L. 8. _lent_. _Lent_, in the sense of 'supple, flexible,' is a Latinism
twice or thrice used by Chnier, and perhaps nowhere else to be found in
French literature. The second instance occurs in his _Art d'aimer_, the
third (doubtful) on p. 75, l. 17. 'Un cuir souple et _lent_ thus forms a
pleonasm which mars this piece otherwise so neat.


                             XXXII.

L. 10. The subject might tempt a sculptor.


                         XXXIII. MNAS.

A translation of the ninety-eighth epitaph of Leonidas of Tarentum,
_Anal._ t. i, p. 246 (note of Andr Chnier). The abbreviation means:
_Analecta veterum poetarum_, published by Brunck, in three vols.

L. 4. _rendez_, grant. E. _render_ once had this sense. _N.E.D._, s.v.
7.

L. 5. _Par Crs._ Only women swore by Ceres. Spanheim in
_Callimachus_, p. 655 (note of Andr Chnier).

L. 6. _lgre_, slight.

L. 10. _Me bler les accents...._ Cf. note to p. 41, l. 28.

L. 16. _le sein._ _Sein_ is said of a woman, _mamelle_ of an animal. The
word _pis_ (Lat. _pectus_, E. _dug_) would be the proper word here.

L. 17. _Et sera...._ This inversion following the conjunction _et_ was
very frequent in the older language. In the seventeenth century it is
to be met with only, and but seldom, in Malherbe and La Fontaine.
See Haase,  153 B. Andr Chnier is right in reviving old forms of
expression when they come in handy. And here it cannot be denied that
there is a gain in solemnity. Cf. note to p. 64, IX, l. 17.



                        XXXIV. LES JARDINS.

L. 1. _Secrets observateurs._ Prying into the secrets of nature.

L. 7. _les plaintives dryades._ Is this mere poetic diction, as when
Byron writes: 'the palm, the loftiest _dryad_ of the woods,' _Island_,
II, xi. 17. Though the garden described is one seen by a Frenchman
of the eighteenth century, yet it is viewed with the eyes of a Greek
pantheist.

L. 11. _fidle._ True to nature.

L. 12. _Loin du bois, comme si...._ The uninverted order would be:
'Comme si Philomle allait, loin du bois, chercher.'

L. 15. _dont le printemps s'honore_, which Spring boasts.



                     XXXV. INVOCATION A LA POSIE.

L. 5. _O te faut-il chercher?_ Understand 'O faut-il te chercher?' The
construction is ambiguous, and the sentence might be misunderstood as:
'where is it necessary for thee to seek?'

L. 5. _la saison nouvelle._ The _renouveau_, as our Old poets used
to say, i. e. 'Spring.' So, in English, the '_new_ moon' (= F. la
_nouvelle_ lune), and Tennyson speaks of 'the _new_ sun' (_Geraint_,
70).

Ll. 6-10. Petrarch, _The Return of Spring_, cclxix.

L. 11. _gracieux._ Not 'graceful' but '_gracious_'--in my opini on at
least.

L. 14. _liquides._ A very felicitous qualificative, apposite to both
water and verse. Was Chnier the first of French poets to employ the
phrase 'vers _liquides_'? Littr at least does not exemplify the use.
It will hardly seem a novelty to the English student who has read of
'_liquid_ notes, cadences,' &c.

Ll. 15, 16. _Des vers... sont ce peuple de fleurs._ An inversion in
which the verb agrees with the predicate. See Ayer,  212, 2.


                          XXXVI. A LA SANT.

Ll. 1-3. Compare these opening lines with the envoy or concluding part
of _Hylas_, p. 28, l. 43.

L. 9. _jeunesse prudente._ In the sense of Latin _prudens_, 'wise.'
Prudence is generally considered as an attribute of old age. 'La
_prudence_ est le fruit de la longue vie,' says the French (Sacy's)
translation of the Bible, where the English Bible has: 'In length of
days (is) understanding,' Job xii. 12.

L. 10. _Plit._ _Plir sur des livres_ is a French idiom whose English
equivalent would be 'to pore over books.'

L. 23. _caresses d'amours._ The s in _amours_ is for the rime.




                             LGIES.



                                I.

Ll. 1-4. Horace, _Od._ iii, 12.

Ll. 7, 8. Tibulius, I. viii. 7.

L. 20. _Le suit encor._ This hyperbole, frequent in poetry, Chnier
seems to have been particularly fond of. Cf. note to p. 62, l. 39.

L. 22. _nymphes._ _Nymphe_, as well as _coursier_ (l. 24), belonging to
the poetic diction of those days, strike us as blemishes. But if we were
to demur at such details we could hardly read anything written in the
now accepted style.


                                 II.

Ll. 1-8. Imitated from Horace, _Od._ iii. 4.

L. 13. _Seul_ Elliptical: 'when I am alone.'

L. 19. _distraits_, diverted from their uneasy, anxious thoughts.

Ll. 21-28. Imitated from Horace, _Od._ III. iv.

Ll. 23. _Catile._ Catilus and Tibur are one and the same place, now
Tivoli (l. 26): _Moenia Catile_ in Horace.

L. 24. _Blandusie._ Horace, _Od._ iii. 13, celebrates its fountain.

L. 26. _Tivoli_, i.e. Tibur, where Horace's villa stood.

L. 27. Horace, _Od._ II. xix.

L. 35. Theocritus, _Id._ iii. 12. _Bruyante abeille_ is of course a
nominative in apposition to _Je_. So with _rose_, &c.

L. 36. _les dlices_, the sweets.

Ll. 37. _Anthol._ v. 84.

L. 38. _tamine._ A. Chnier seems to have used _tamine_, properly
the stamen or male organ of flowers, for the pollen or fecundating dust
which is secreted by the stamen. Cf. note to p. 27, l. 30.

L. 47. Anacreon, _Od._ xx. The thought, as a lover's wish, is hackneyed.

L. 61. _prisse l'amant que satisfait la crainte!_ The meaning, not very
obvious, but explained by the following lines, is: Beshrew that lover
who is content to frighten his mistress into fidelity.



                     III. AUX FRRES DE PANGE.

The following desponding lines were written by Chnier just before
undertaking a journey to Switzerland and Italy. His friends, finding him
in a very bad state of health, prevailed upon him to accompany them.
His spirits seem to have been very low at that time, as appears from the
thoughts of death he gives expression to, and numerous are the passages
in which the melancholy mind of Chnier gloats upon death.

L. 1. _je suis prt  descendre._ Grammarians have long distinguished
between _prs de_ and _prt _, but writers never did, until lately,
when _prt _ was restricted to expressing 'ready to' and _prs de_ 'on
the point of.'

L. 3. _linceul._ In the _Dictionnaire des rimes franaises_, by Jean Le
Febvre, Paris, 1587, _linceuil_ and _linceul_ are given. Littr observes
that both pronunciations are heard.

L. 13. _reliques._ The English student is likely to overlook this word,
as English 'relics' means both (1) what remains as a memorial of a
departed saint, martyr, or other holy person, and (2) the remains of a
person, the body of one deceased. But this latter sense is of very rare
occurrence in French, and Chnier uses it because, being seldom used, it
is still all but novel. He thinks it 'fine and sonorous,' and proceeds
to observe that Racine has it twice. Alfred de Musset, after him,
employed _reliques_ figuratively in; 'Les morts dorment en paix dans
le sein de la terre; Ainsi doivent dormir nos sentiments teints; Ces
_reliques_ du coeur ont aussi leur poussire; Sur leurs restes sacrs ne
portons pas les mains.' Yet it is easy to see that in this instance both
senses are implied.

L. 24. _qu'il dut vivre longtemps._ All editions, and our present
selection after them, print _dut_ without a circumflex accent. _Dt_ is
in fact the imperfect of the subjunctive used, as was usual in the older
language and is still occasional in seventeenth-century French, for the
pluperfect of the subjunctive, as in: 'Mais puisque son ddain, au lieu
de le gurir, Ranime ton amour qu'il _dt_ faire mourir. Sers-toi de mon
pouvoir,' Corneille, _Clit._ II. iv. 484. So here _dt_ stands for _et
d = aurait d_. See Haase,  66 B.

L. 25. _le meurtre jamais n'a souill mon courage._ Tibullus, iii. 5. 5
ff. When Chnier speaks of murder he has duelling in his mind, which
he deprecated in his prose works. He also takes _courage_ in its older
sense, frequent in the great French classics, and the oldest sense,
recorded in English, of 'the heart as the seat of feeling, thought, &c.;
spirit, mind, disposition, nature.'--_N.E.D._

L. 44. _et voil que je meurs_, and behold I die: a Biblical term.

L. 49. _mes feux._ An instance of the conventional language of love, now
exploded, like F. _flamme_ and E. _flame_.

L. 52. _L'ennui._ _Ennui_ here says something more than its adoption
into English would suggest. The English student, in order to realize
its force, should refer to its earlier adoption represented by the form
_annoy_. The word originated, according to Diez, in the Latin phrase
_est mihi in odio_. For the weakened sense of _ennui,_ see p. 57, l. 41.

L. 53. __, for.

L. 56. _N'allument... un... trpas._ A bold phrase. The passage is from
'allumer une fivre,' through 'allumer une fivre mortelle,' to 'allumer
une mort.'

L. 61. _amour... mutuelle._ _Amour_ in the feminine is an archaism.
_Amour_, Lat. _amor_, was feminine in Old French, as all such
derivatives were and still are: _douleur_, _peur_, &c. Littr, s.v.,
Rem. 2; cf. p. 61, l. 18.



                    IV. AU CHEVALIER DE PANGE.

L. 27. Tibullus, ii. 1. 67.

L. 28. Becq de Fouquires, in his notes, gives an epigram of Julianus
(with the reference _Anth._, _Pl._ 588), which he observes has inspired
this thought.

L. 35. _Tout, mais surtout les champs sont rests._ _Tout_ and _les
champs_ really belong to different propositions and the verb agrees with
_les champs_. Cf. 'Somewhat, and in many cases a great deal, _is_ put
upon us.'--Butler, _Analogy_, Part I.

L. 44. _L'astre_, the sun, or Phoebus Apollo.

L. 92. _De leur voix argentine._ 'The silvery voice of glasses' is
pretty. Andr Chnier is depicting a true heathenish paradise.

L. 98. _ingrat ._ We should rather say now _ingrat envers_. Many
adjectives, Haase observes ( 125 B), now followed by _envers_, _pour_,
_avec_, _de_, &c., were constructed with __, e.g. 'A moins que d'tre
ingrate __ mon librateur.'--Corneille, _Andr._ v. 2, 1573.

L. 97. _Qu' ton tour_... May, in return for thy ingratitude, the fair
one...

L. 102. _Ne t'ait vu de sa vie._ May she pretend that she never saw you
before.



                                  V.

M. Dezeimeris (_Leons diverses et remarques sur le texte de divers
auteurs_) has shown that Chnier, in this elegy, had borrowed not a few
hints from Ausonius, _Epistola_ X.

L. 1. _solitaires divines._ Which is the noun, which the adjective?
_Solitaire_ must be the noun (though certain critics have expressed the
opinion that it is _divine_ which is the noun). Firstly, there is the
masculine noun 'un solitaire,' and it is hard to see why there should
not be a feminine, 'une solitaire.' Secondly, the subsequent lines show
that Chnier addresses the Muses as lovers of solitude, and it is more
logical that the predominant idea should be embodied in the noun, not in
the epithet.

L. 3. _Nme._ Nmes (earlier Nismes), in the dep. Gard. The final _s_
has been dropped to admit the elision of the _e_. 'Nmes gare' would
have sounded most unnatural.

L. 5. _aux bords de Loire._ The omission of the definite article
before Loire and Garonne is archaic. It was the current practice in
the sixteenth century, and still occurs occasionally in the
seventeenth.--Haase,  3 B. It is to be noticed that in the next line
Chnier writes 'ces nymphes _du_ Rhne,' and, in fact, the omission of
_le_ before _Rhne_ seems hardly possible. It is difficult to account
for such anomalies. A few individual relics of former usage have thus
survived. One of these is the phrase 'entre Sambre et Meuse.'

L. 7. _son flambeau vous luit._ Such constructions, where __ followed
by an indirect object, or implicitly contained in the dative of the
unstressed personal pronoun, where the present language uses _pour_,
were quite current formerly, and, though uncommon, may still be
used.--Haase,  125 B.

L. 8. _Dansantes._ The predilection of Chnier for the inflected present
participle has now been illustrated by many instances. See p. 24, l. 61;
p. 25, ll. 70, 89; p. 42, XXIV, l. 1.

Ll. 9-12. Cf. Cowley (_Essays: Of Agriculture_): 'One might as well
undertake to dance in a crowd, as to make good verses in the midst of
noise and tumult.'

  'As well might corn as verse in cities grow;
  In vain the thankless glebe we plough and sow,
  Against th' unnatural soil in vain we strive,
  'Tis not a ground in which these plants will thrive.'

L. 15. _les rapides chars._ Conventionally poetical for _carrosses_,
which, in those days, would have been the proper word. In the same way
_airain_ should have been _fer_ (_cercles_ = tires).

L. 17. _ne me soient point avares._ See note to p. 56, l. 7.

L. 21. _Dormir._ The more modern construction would be _de dormir_.
See Hasse,  87. An echo of La Fontaine, who divided his life into two
parts, spent 'L'une  dormir, et l'autre  ne rien faire.'

L. 22. _le doux oubli d'une vie._ Horace's _Oblivia vitae_.

L. 31. _dans Sichem._ This is the wording of the older translation of
the Bible. Ostervald's translation has '__ Sichem.'

L. 33. _un amoureux courage._ We here touch the point where _courage_ =
'l'ensemble des passions qu'on rapporte au coeur' merges into _courage_
= 'fermet qui fait supporter ou braver le pril, la souffrance,' as
Littr defines the two meanings.

L. 35. Horace's well-known wish (_Sat._ II. vi).

L. 42. _aux champs._ For the substitution of __ for _dans_ see note to
p. 16, l. 308.

L. 45. _Avoir amis, enfants, pouse._ The omission of the indefinite
article before _pouse_ is quite normal in an enumeration. It is a
feature of the old language. Besides 'avoir femme et enfant,' which is
also an enumeration, we still say 'prendre femme.'

L. 49. _aimable mensongre._ Chnier avails himself of a source of
derivation always open. He turns the adjective _mensonger_ into a noun.
This had already been done by Marot: 'De moi n'aura _mensonger_ ne
buveur Bien ne faveur,' iv. 308, in Littr, _Hist._

Ll. 49-62. In this passage, a critic observes, we have, as it were, an
earnest of the Lamartinian melancholy reverie.

L. 66. _Julie._ The heroine of Rousseau's _Nouvelle Hlose_.

L. 67. _Clarisse._ Clarissa Harlowe in Richardson's novel of this name.

L. 70. _Clmentine._ The Lady Clementina in Richardson's novel, _Sir
Charles Grandison_.




                    VI. O JOURS DE MON PRINTEMPS...

L. 1. _couronns de rose_; _rose_ for _roses_, for the sake of the
rhyme.

L. 16. _Montigny._ An estate belonging to the brothers Trudaine,
situated in Brie, eighteen leagues from Paris.

L. 17. _o la Marne._ At Maroeuil, where the family of his friend de
Pange had an estate.

Ll. 19, 20. A reminiscence of an epigram in the _Greek Anthology_
(_Analecta_, t. ii. p. 429, C. viii).

L. 22. _Qu'il... les mnage._ Let him humour them.

Ll. 23, 24. _Qu'il plie... sa tte  la prire, et son me aux
affronts_, is slovenly written, the preposition __ having a different
meaning in _ la prire_ (for which see note to p. 1, l. 18) and in _aux
affronts_.

Ll. 41-44. Amphis in Stobaeus, _Florilegium_, lx.

L. 42. _On pleure._ This _on_ where we should expect _je_ must have been
attracted by the _on_ in the sentence immediately preceding, and there
is a fine effect in its use instead of the invidious _I_. The avowal, in
this generalized shape, gains in discretion.

L. 51. _mon pinceau._ Chnier tried his hand at painting.

L. 57. __, by. See note to p. 7, l. 211. Here is a thirteenth-century
instance of __ in the sense of _by_: 'Me gardez que ne soie prise
__ beste cuiverte,' _Berte_ (in LITTR). Also this: '__ tous se fit
aimer,' _Berte_, where we find __ constructed with a passive infinitive
connected with _se laisser_ or _se faire_, a feature still extant in
the seventeenth century: 'Je _me laissai conduire _ cet aimable guide,'
Racine, _Iphig_. II. i. 501. See Haase,  125, Rem. ii. __ = _par_ has
lived on in such phrases as: faire faire un habit __ un tailleur, voir
dire, voir faire, entendre dire __ quelqu'un.

L. 71. _lecteur._ It was, in fact, with difficulty that Chnier was
prevailed upon to read out his poems. See below, l. 80, and p. 85, ll.
64-74.

L. 73. _Abel._ Abel-Louis-Franois de Malartic, Chevalier de Fondat,
1760-1804.

L. 76. _nous prsentions la main._ Juvenal, _Sat._ i. 15.

L. 77. _Et mon frre et Lebrun._ Marie-Joseph Chnier, 1764-1811,
adopted, like Andr, the military career, which he left after two years,
and wrote tragedies, lyrical poems, epistles and satires, and also a
few prose works, the most esteemed of which is his _Tableau de la
littrature franaise depuis 1789_, a posthumous work, published in
1815. He was but an indifferent poet.

Pierre-Denis-couchard Lebrun, called the French Pindar by his admirers,
1729-1807, a versifier of talent, wrote odes (in which he successively
sang Louis XVI, the Republic, and the Empire), elegies, epistles,
epigrams (in which he really excelled), and a poem on Nature.

L. 78. _fugitif de._ Becq de Fouquires sees a Latinism here, while
quoting two instances from Rousseau and Lebrun. But as Descartes,
Bossuet, and Voltaire might be adduced too (see LITTR), it is difficult
to accept his statement.




                 VII. L'ART, DES TRANSPORTS DE L'ME...

L. 2. Cf. Boileau: 'C'est peu d'tre pote; il faut tre amoureux'; and
Musset: 'Tu te frappais le front en lisant Lamartine. Ah! frappe-toi
le coeur; c'est l qu'est le gnie.' Cf. also Milton: 'Poetry should be
simple, sensuous, and _passionate_.'

L. 18. _une amour._ See note to p. 53, l. 61.

L. 19. _De sables douloureux_... Chnier suffered from gravel. Cf. p.
66, l. 34.

Ll. 21, 22. Theognis in Stobaeus, _Florilegium_, cxx.



                  VIII. RESTE, RESTE AVEC NOUS...

This elegy is imitated from Tibullus, III. vi, with perhaps a few
reminiscences of Propertius, III. xvii.

L. 15. _ne trouve plus des armes._ Why _des armes_ instead of _ne...
plus d'armes_? Because, says Ayer (p. 407), the negation does not bear
on the verb, while Haase ( 119 B., Rem. 1) will have it that it is
in order to mark that the negation falls more on the verb than on the
object. The latter explanation seems to us to be the correct one. The
idea here is: Camille _no longer_ finds in my heart what she was wont to
find there, namely, 'des armes.'

L. 19. _Pleurante._ One of those inflected present participles for using
which Chnier was censured by his early critics. Were they aware that
this particular one occurs twice in Racine? '_Pleurante_, aprs son char
voulez-vous qu'on me voie,' _Androm._ IV. v. 54; 'Que la veuve d'Hector
_pleurante_  vos genoux,' ibid. III. iv. 3. Cf. p. 24, l. 61; p. 25,
ll. 70, 89; p. 42, XXIV, l. 1; p. 56, l. 8.

L. 26. _le lige tenace._ One of those periphrases so much in vogue
in the eighteenth century. Yet, here, there might be an excuse in the
playful tone adopted by the poet. And certainly what follows is in the
same humorously dignified diction.

L. 30. _aux pressoirs._ See note to p. 16, l. 308.

L. 37. _je la voi._ See note to p. 17, l. 317.

L. 39. _Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille._ Chnier had
put the verb in the singular, as is his constant practice (see note
to p. 25, l. 74), and the correction was not necessary. This metaphor
Chnier seems to have delighted in. He repeats it in _Herms_: 'Autour
du demi-dieu, les princes immobiles Aux accents de sa voix demeuraient
suspendus, Et _l'coutaient encore quand il ne chantait plus_.' Cf.
Milton, _Par. Lost_, viii, 1-3.

L. 48, _ ses lvres saisie_, snatched from her lips.

L. 58. _longtemps._ _Longuement_ would be clearer, or _lentement_, as
below, l. 74.

L. 66. _n'aimer plus._ With an infinitive, the expletives _pas_,
_point_, and _plus_ come immediately after _ne: ne plus_ aimer. Yet
the construction we find here is also to be met with, though not so
frequent: 'ils s'enveloppaient l-dedans, bien dcids  _ne_ penser
_plus_.'--MICHELET. Ayer, p. 563; Haase,  156, Rem, ii.

L. 71, _en riant_, deriding me.



                     IX. TEL J'TAIS AUTREFOIS...

L. 1. _et tel_... See note to p. 40, l. 15.

L. 2. _Quand ma main_... A quaint periphrasis for 'When I am out of
cash.'

L. 4. _m'a ferm le seuil._ Chnier had first written, 'Je vois qu'on
m'a ferm la _porte_ inexorable.' On reconsidering it, he must have
thought _fermer le seuil_ a more novel alliance of words, giving more
force to the whole group _fermer le seuil inexorable_. Cf. _lever sa
langue_ for _lever la voix_, p. 14, l. 203.

L. 7. _O soins_... Persius, _Sat._ i. 'O curas hominum! O quantum est in
rebus inane.'

Ll. 11-14. Persius, _Sat._ iii. 109-111; Horace, _Od._ i. 9. 21.

L. 15. _les grands discours._ Big words.

L. 16. _Et le sage Lyce, et l'auguste Portique_: the Lyceum, i.e. the
Aristotelian philosophy; the Porticus, i.e. the Stoic school.

L. 17. _Et reviennent_... See note to p. 46, l. 17.

L. 17. _et soupirs et billets_... This departure from current usage
in omitting the definite article, which gives more rapidity to an
enumeration, cannot be imitated in English. It is a feature of the
older syntax which has been most fortunately preserved. The use of the
definite article in Old and Middle French was much the same as in modern
English. It was often omitted (as also the indefinite article) before
_homme_, _chose_, _femme_, before nouns taken in a general sense and
abstract nouns. The English student knows that Old English said
_se mann_ for man (in general), _tha godan menn_ for _good men_ (in
general), _seo gesceadwisnes_ for _wisdom_ (even when personified).
Is it not likely that the present usage in English, established in the
Middle English period, was much influenced by contemporary French usage?



                      X. FUMANT DANS LE CRISTAL...

'The idea of this long fragment,' Chnier says, 'has been supplied me by
a fine piece of Propertius, book iv, elegy 3;' and he proceeds to state
that he has not servilely copied it, but, 'according to his wont,' mixed
in it passages from Virgil, Horace, and Ovid, and everything that came
to his hand, and frequently, too, 'following only himself.' He then
criticizes his own achievement, and we shall, in our notes, avail
ourselves of some of his remarks.

The first sketch of this piece was written on April 23, 1782, as appears
from a mention in the MS.

L. 3. _Reine de mes banquets_... Chnier had first ended this line
thus, 'que ma desse y vienne.' He observes, 'I know not whether the
arrangement of this line will be approved. To me it appears precise,
natural, and full of freedom.'

L. 4. _Que des fleurs de sa tte elle pare la mienne._ 'The pleasant
image offered by this line, Chnier observes, is drawn from a distich of
Propertius in an... elegy which is the third of the first book.' Here
it is: 'Et modo solvebam nostra de fronte corollas, Ponebamque tuis,
Cynthia, temporibus.'

L. 9. _l'heure fuit_, 'hora fugit.' No thought has been more hackneyed.
Chnier himself observes: 'The meaning of this piece is that of a
thousand passages in Ovid and Horace.'

L. 11. _Un jour, tel est_... This line and the following, Chnier
observes, are perhaps not, altogether, equal to the two lines of
Propertius: 'Atque ubi iam _Venerem gravis interceperit aetas_,
Sparserit et nigras _alba senecta comas_.'

Ll. 15, 16. Chnier says on these two lines: '_Voluptueux_ is not good.
There was needed an epithet to depict that fine palpitation which causes
a youthful breast to heave. _Des lvres demi-closes_ is scarcely better.
Unfortunately it is almost the only rhyme. The second line I think happy
on account of the breath ascribed to the palpitations of the breast. The
second hemistich of the first line makes this pass, for in poetry one
word will pass under favour of another.'

L. 17. _Phryn._ A Greek courtesan who sat to Praxiteles for his statues
of Venus.

Ll. 31, 32. 'I have,' Chnier observes, 'imitated as best I could
these divine lines of Ovid: "... nee brachia longo... margine terrarum
porrexerat Amphitrite"' (_Met._ lib. i).

L. 31. _sur soi._ See note to p. 19, l. 38.

Ll. 37-42. Virgil, _Georg._ i. 204-207, 252, Chnier, mentioning these
sources, exclaims, 'What verses! and how does one dare write any after
these! Mine, so petty and so inferior, have yet perhaps the advantage of
mentioning Euripus and Malea, places celebrated for shipwrecks.'

L. 40. _Euripe... Male_. Euripus separates Euboea from the mainland;
Malea is a promontory in Laconia.

L. 46. _jeune homme._ It is the Latin _puer_ (cf. obs. Eng. _boy_), a
servant.



                     XI. SOUFFRE UN MOMENT ENCOR...

L. 2. _L'axe_, the wheel. Thus Homer, _Il_. xvi. 378, uses [Greek: axn]
for [Greek: trochos], Chnier was particularly fond of this word, and
a note of his lets us into the secret of his affection for it. Having
written, in a sketch of another piece, 'Si d'un _axe_ brlant le soleil
nous claire,' he observes, 'I like _axe_ better than _char_. It is less
trivial. The Latins say it everywhere: "Volat vi fervidus _axis_," Virg.
(_Georg._ iii. 107); "Spoliis onerato Caesaris _axe_" Propert. (ii. 3.
13).' Anacreon, _Od._ iv, compares human life to a wheel. Cf. BUCOLICS,
XIV, p. 35, l. 5.

L. 4. Horace, _Od._ ii. 9: a reminiscence already met with, see p. 14,
l. 209.

Ll. 17, 18. _Moi qui...mon rveil._ Cf. this other instance occurring in
Chnier, 'Moi, l'esprance amie est bien loin de mon coeur.' As we say,
'mon coeur _ moi_,' for the sake of emphasis, we can also, somewhat
more disconnectedly; say '_moi_, mon coeur est sans espoir,' '_elle_,
son coeur est libre.' The thought expressed here is a reminiscence of La
Fontaine, _Fabl._ VII. xii.

L. 20. _Le nocher... Nocher_ (from Lat. _nauclerus_, Greek [Greek:
nauklros]), formerly a master's mate or a skipper, is, with
_nautonier_, a poetic word for _pilote_.

L. 21. _d'esclaves abondant._ _Abondant en esclaves_ would be more
accordant with modern usage. La Bruyre writes, 'Si les hommes abondent
_de_ biens' (in LITTR), and Haase,  114, illustrates the construction
with a quotation from a letter of La Fontaine.

L. 23. _du Potose._ Cerro de Potosi, a mountain of Bolivia, rich in
metallic ores.

L. 28. _libre de chane._ _Chane_ ought to have taken an _s_. But then
it would not have rhymed for the eye.

L. 34, _les sables brlants._ See note to p. 61 l. 19.

L. 37. _nonchalant du terme._ This use of _nonchalant de_ shows Chnier
to have been familiar with Montaigne, in whose writings it occurs
frequently, e.g. 'Je veux... que la mort me trouve plantant mes choulx,
mais _nonchalant d'elle_,' I. xix. _Nonchalant = non + chalant_, pres.
part. of _chaloir_ (Lat. _calere_, to be hot, hence, desire ardently),
an obsolescent verb now only used impersonally in the third person
singular of the present indicative: 'Il ne me chaut de cela.'



                     XII. NON, JE NE L'AIME PLUS...

Ll. 5-8. Tibullus, II. iv. 13 ff.

L. 9. _Voil donc comme on aime!_ This use of the indefinite _on_, at
the same time familiar and poetical, occurs in Corneille, _Pol._ II. i:
'Est-ce l comme _on_ aime?' And in Molire, _Tart._ II. iv: 'C'est donc
ainsi qu'_on_ aime?' The _nuance_ cannot pass into English.

L. 13. Tibullus, I. v. 21.

Ll. 14, 15. _Ignors et contents... notre asile...._ This abridged
construction, with the past participle or the adjective before which
_tant_ is understood, is neat when not equivocal, that is, when the
past participle or the adjective are clearly connected with a noun or
pronoun in the principal clause (_notre_, in the present case). Ayer, 
278, 3.

L. 30. _Le vent...._ Tibul. I. v. 36. A frequent image in Latin writers.
In French many are the variations on this original theme: 'Autant en
emporte le vent' (= so much breath is wasted). 'Ses paroles mielles
S'en tant aux vents envoles,' writes La Fontaine, _Fab._ X. xi, and
Bertin, _Am._ II. i, imitating the passage of Tibullus, has 'Les vents,
hlas! en tourbillons fougueux Sur l'ocan ont emport mes voeux' (a
sentence, by the bye, in which it is difficult to see the logic of 'en
tourbillons fougueux' and 'sur l'ocan').

Ll. 33-54. Tibullus, i. 9. 17.

L. 33. _Garde d'tre._ For _garde-toi d'tre_. In the older language
the pronoun object of reflexive verbs was frequently omitted. A trace of
this ellipsis is still extant with _faire_ followed by a reflexive verb
in the _infinitive_ (_faire taire_ = _faire se taire_). Haase,  61. We
still say _dpchons_, _arrtez_, for _dpchons-nous_, _arrtez-vous_.

L. 38. _J'allais couvrant._ See note to p. 27, l. 29.

L. 42. _Qui font jeu de..._, a simplification of the phrase 'se faire un
jeu de.'

L. 48. _avec le lin._ _Mouchoir_ would have appeared too prosaic in
those days.

Ll. 52. _a mont ma lyre avec ma voix._ Another instance of 'one word
passing under favour of another,' for a voice can hardly be said to be
_strung_. See note to p. 64, X, ll. 15, 16.

Ll. 53, 54. Vulcan, the god of fire, for 'fire'. _L'onde o tout
s'oublie_ is misleading as suggesting Lethe. _Consumer_, though
representing chiefly the action of fire, originally means 'to use up
destructively,' and so can apply to the action of water. (Cf. this
English instance: 'The horses were partly (the ships being broken)
_consumed_ in the sea.'--Usher, _Aun._ vi. 424, in _N.E.D._) The verb is
moreover in the singular according to Chnier's practice (see note to p.
25, l. 74).



                      XIII. O NCESSIT DURE!...

L. 3. _tissus._ See note to p. 15, l. 260.

L. 7. Voltaire, _Mrope_, II. ii: 'Il souffre le mpris qui suit la
pauvret.'

Ll. 14, 15. _Mes parents,... Mes crits imparfaits._ Elliptically
expressed, the thought understood being obviously: 'such are the
objections raised by my heart.' _Imparfaits_, of course, means
unfinished.'

Ll. 21. _aveugle d'esprance_, blinded by hope.



                    XIV. AUX DEUX FRRES TRUDAINE.

Ll. 7, 8. _Autant que l'univers... autant il a...._ _Autant que...
autant..._ was displaced by _autant... autant..._ only lately. See
Haase,  139, 4, and Littr. s.v., 4.

L. 9. _sais-je voir._ _Sais-je_ is here more expressive than _puis-je_
would be.

Ll. 15, 16. _Qu'une bouche... peut cacher un serpent  l'ombre d'un
sourire._ An incoherent metaphor.

L. 26. _vague._ _Vague_, in the sense of Lat. _vagus_, 'wandering,'
seems to have been of rare occurrence in French. There is only one
instance of it in Littr: '[Mose] qui, sage, commanda au _vague_ peuple
hbreu.'--RONSARD.

Ll. 37. _ce lac enchant._ The Lake of Lucerne or the Vierwaldstttersee
(the lake of the four forest cantons).

L. 38. _trois ptres_--Stauffacher, Walther Frst, and Arnold von
Melchthal.

L. 39. _leurs neveux._ Their descendants a sense which the English
'nephew' retained till the end of the seventeenth century.

L. 43. _Hasly._ A valley in Switzerland, to the S.E. of the canton of
Berne, through which the Aar runs.

L. 49. _ce trsor indulgent_, i.e. which she indulges them with: a
Latinism.

L. 52. _presser l'herbe._ One would vainly look for another instance of
the phrase in Littr, whereas the English '_press_ a couch, a bed,'
is very common (cf. bed-presser), which illustrates the difficulty of
realizing what is novel and invented in a foreign writer.

L. 53. Virgil, _Ecl._ i. 83.

L. 54. _Ma conque._ A wrong extension of the sense of 'conch,' the shell
given by mythology to the Tritons as a trumpet, to that of 'horn.'

L. 55. _cet air_, the _Ranz-des-Vaches_.

L. 62 ff. Cf. Horace, _Epod._ ii. 39 ff.

L. 73. _aux lieux amers._ England; where Chnier made a stay as
Secretary to the French Embassy. For _aux = en les_ see note to p. 16,
l. 308.

L. 79. _Arve._ The Arve (noisy water), a river in Haute-Savoie, waters
the valley of Chamouni and falls into the Rhne near Geneva. For the
omission of the article see note to p. 56, l. 5.

L. 80. _la cime._ Engelberg; in Unterwalden.

L. 85. _monts chevelus._ Dubellay has 'forts chevelues' and J.-B.
Rousseau 'monts chevelus,' Cf. Virgil, _Ecl._ v. 63.

Ll. 86. _Qui contenez._ In the sense which E. _contain_ formerly had, of
'to confine.'

L. 93. _grotte...._ The _Trou de Saint Bat_ or _Saint Bat_ by the Lake
of Thun, famous for its stalactites, where an English gentleman is said
to have ended his days in abstinence.



                         XV. O DLICES D'AMOUR!...

In the editions by G. de Chnier and Moland this piece appears among
the _lgies italiennes_, under the title _loge de la vieillesse_. A.
Chnier had marked it [Greek: Eleg. ital]. His design is here, as we are
told in one of his notes, to 'contredire pied  pied l'lgie contre la
vieillesse.' The poem has been left unfinished.

L. 5. _Rome d'amours...._ If we are to take this as a genuine
confession, A. Chnier would have been as sensible to the charms of
the Roman beauties as he is known to have been to those of the Parisian
belles.


                   XVI. SOUVENT LE MALHEUREUX SOURIT....

L. 3. _L'Allobroge_, the country of the Allobroges, now Savoy.


                     XVII. JE T'INDIQUE LE FRUIT....

This fragment Becq de Fouquires thought was meant as part of the _Art
d'aimer_, but G. de Chnier says that it is, in the MS., marked with the
sign _El._ (elegy).

L. 6. _qui ne font qu'un._ These words are struck out in the MS. No
doubt Chnier thought the phrase too hackneyed.

L. 14. _infidles._ Not to be trusted, treacherous, perfidious, as in
this line: 'Je n'ai que trop connu leurs larmes _infidles_,' Voltaire,
_Orph._ III. i.


                    XVIII. TOUT HOMME A SES DOULEURS....

L. 3. _ennui._ See note to p. 52, l. 52.

L. 10 ff. Cf. La Fontaine, _Fables_, VI. xi.


                     XIX. AINSI, LORSQUE SOUVENT....

L. 1. _Ainsi...._ This beginning shows that the fragment was meant as a
comparison to be used in some future piece.

Ll. 2. _Douvre._ Dover is, in French, Douvres, with an s, which has been
left out for the requirements of the metre.

L. 3. _noir_, dark.

L. 12. This periphrastic line is a blemish amidst the precision of the
rest. _Tapis_ did very well as a Latinism in the BUCOLICS. It is quite
out of place here.

L. 17. _sa main faible et lente...._ I should take _lente_ here as
meaning 'limp' in the same Latin sense in which we found it before. See
note to p. 45, XXXI, l. 8.


                   XX. SANS PARENTS, SANS AMIS....

L. 4. _sur ma bouche...._ The current phrase is _ la bouche_, sometimes
_dans la bouche_. _Sur_ is used in _sur les lvres_, _sur la langue_,
and in _avoir le sourire sur la bouche_.

L. 5. _noir_, dark, melancholy.


                    XXII. SUR LA MORT D'UN ENFANT.

L. 1. _L'innocente victime._ A child of Mme Laurent Lecoulteux, who,
living at Lucienne, was often visited by Andr Chnier during his stay
at Versailles in 1793, and sung by him under the name of Fanny; only a
fragment of the elegy is here given.

L. 6. _Adieu, dans la maison d'o l'on ne revient pas._ There is here
a bold ellipsis: 'Adieu, _toi qui es_ dans la maison....' _Maison_ is
Biblical; John xiv. 2. _D'o l'on ne revient pas_, cf. Job vii, 9.

L. 13. _L'axe de l'humble char._ For _axe_ see note to p. 65, xi, l. 2.
The phrasing now seems very old-fashioned indeed.

L. 22. _O ta mre..._ She died, in fact, an untimely death, after
having lost her children.


                   XXIII. LE COURROUX D'UN AMANT...

Becq de Fouquires' edition places this piece in the _Art d'aimer_.


XXIV. ALLEZ, MES VERS, ALLEZ..

This fragment, given by G. de Chnier and Moland under the heading
_lgie italienne_, was meant for the concluding lines of a poem.

L. 1. _je me confie en vous._ _Se confier_ is constructed with _en_,
_dans_, __, _sur_.

L. 4. _vous admette...  sa prsence._ _En sa prsence_ is generally
said.


                   XXV. EH BIEN! JE LE VOULAIS...

L. 6. _Hier_, a dissyllable. It was a monosyllable in the older
language, as indeed, etymologically, it should be.




                               PITRES.



                I. A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS.

L. 3._Brazais._ Andr Chnier, at the time he wrote this epistle, was
serving as _cadet gentilhomme_ in a regiment of infantry quartered at
Strasbourg, and the Marquis de Brazais was a cavalry officer in the same
garrison. The piece, elegant and delicate as it is, is therefore to be
ranked among the poet's _juvenilia_.

L. 5. _Pandore._ The fable of Pandora's box is too well known to need
relating.

L. 6. _trsor de misre._ A Biblical expression. Cf. Prov. x. 2 and
Jas. v. 3. In the latter passage the French translation by de Saci
has: 'C'est l le _trsor de colre_ que vous amassez pour les derniers
jours,' where the English Bible has: 'Ye have heaped treasure together.'

L. 13 ff. Imitated from Horace, _Od._ I. v.

L. 15. _d'un pouvoir... domin_, i.e. domin _par_ un pouvoir. Haase, 
113.

L. 18. _A cette mer trompeuse et se livre et s'engage._ The preposition
__ required by _se livrer_, is an archaism after _s'engager_. For
__=_sur_ see Haase,  130 B, and cf. note to p. 97, l. 383. It would
seem, at first sight, that _s'engager sur_ says less than _se livrer _,
but it makes the step more irretrievable.

Ll. 25 ff. _heureux dont le zle..._ Elliptical for 'heureux _celui_
dont le zle,' on the analogy of 'heureux _qui..._'

L. 27. _ses flancs._ The shipwrecked man's sides.

Ll. 28. _Rchauffer dans son sein._ The rescuer's bosom.

L. 29. _Et de soit fol amour._ The shipwrecked man's love. There
is throughout these lines a sad confusion due to a loose use of the
possessive, besides which _le zle_ (l. 25) is awkwardly made the
subject of the whole sentence.--_touffer la semence._ The same metaphor
occurs in La Fontaine, _Ode pour la paix_: '_touffe_ tous ces travaux
et leurs _semences_ mortelles,' and in Racine, _Alexandre_, VI. iii:
'_touffe_ dans mon sang ces _semences_ de guerre.'

L. 33. _Plaindre... l'occasion ravie._ _Plaindre_ = 'to lament, regret,'
as in 'Ce triste et fier honneur m'meut sans m'branler; J'aime ce
qu'il me donne et je _plains_ ce qu'il m'te,' Corneille, _Hor._ II.
iii.

Ll. 35 ff. Tibullus, III. iii.

L. 38. _l'or du Pactole._ The river Pactolus, in Lydia, was famed for
its golden sands.

L. 40. _mon coeur... prostern._ An incoherent metaphor.

L. 60. See Horace, _Od._ I. xxxiii.

Ll. 61. _Lesbie_, Lesbia, Catullus' mistress.

L. 62. _Cynthie_, Cynthia, Propertius' mistress.

L. 64. See Virgil, _Ecl._ x.

L. 66. Ovid was an exile at Tomi, in Scythia, whence he addressed much
base flattery to the emperor, and where he wrote his _Tristia_.

L. 73. _un tel foudre._ According to French grammars, _foudre_ is
generally feminine in its proper sense and masculine in its figurative
sense, when it designates a man: _La foudre_ a clat. C'est _un foudre_
de guerre. Ayer,  69. But see LITTR, where _foudre_, poetic for
'catastrophe, destruction,' appears as a masculine noun in two
quotations from Corneille (_Hor._ IV. v. and _Hracl._ I. iv.), and as a
feminine noun in Bossuet, _Mar.-Thr._

L. 93. _Castor_, son of Jupiter, was immortal. When his brother Pollux
died, Castor prayed Jupiter that Pollux might be made immortal. As the
prayer could not be granted entirely, immortality was divided among the
two, so that they lived and died alternately.

Ll. 95, 96. Virgil has celebrated them in his glogues. For the episode
of Nisus see _Aen._ ix.

L. 99. _Le Brun._ 'Son of the author of the poem _La Religion_, and
grandson of the great Racine; he died at Cadiz, at the time of the
disaster which destroyed Lisbon and shook all the coast of Portugal and
Spain.' (_Note of A. Chnier._)

L. 102. _leons d'Ascra_, Ascraean lessons. Hesiod was born at Ascra
in Boeotia. Hence Virgil calls his poem _Ascraeum carmen_, _Georg._ ii.
176.

L. 103. _Accompagnant l'anne en ses douze palais._ Chnier, in another
epistle, has written 'Si je vis, le soleil aura pass deux fois Dans
_les douze palais_ o rsident les mois.' The twelve mansions or houses
into which astrologers divided the sky. Chaucer uses 'palace' in the
same sense: 'Mars shal entre as fast as he may glyde In-to his next
_paleys_ to abyde,' _Compl. Mars_, 53. See _N.E.D._ Brazais had written
a poem, _L'Anne_, which never appeared in print.

L. 105. A paraphrase of a line of Brazais' unpublished poem: 'Vierge,
qui t'embellis par les rides du temps.' Friendship, of course, is meant.

L. 111. _tableaux fards_. Counterfeit, spurious. See the obs. verb
_fard_ in _N.E.D._

L. 128. _L'ami religieux._ The following quotation (from the _N.E.D._)
may serve for an explanation: 'A man devoted to a man, Loyal,
_religious_ in love's hallowed vows.' Porter, _Angry wom. Abingd._
(Percy Soc.), 37.

L. 130. Bavius, a Latin poetaster; see Virgil, _Ecl._ iii, 90. Zoilus,
the detractor of Homer. Gacou, a French satiric poet of the seventeenth
century, the libellous detractor of Boileau and J.-B. Rousseau. Linire,
another French satiric poet of the seventeenth century, the declared
enemy of Chapelain. (See Boileau, _Sat._ ix. 237.)

L. 147. Plutarch relates that Scipio would always take Lelius' advice,
which made him say that Lelius was the poet and Scipio the actor.
Plutarch, _An seni sit ger. resp._ xxvii.

L. 148. When Phocion, sentenced to death, was on the point of drinking
the hemlock, Nicocles besought the favour of drinking first, which
request his friend granted. Plutarch, _Phoc._ xxxvi.

L. 168. _faisceaux_, the fasces.

L. 201. _me mutuelle._ A new alliance of words, on the analogy of
_affection mutuelle_.

L. 202. Cf. Theocritus, _Idyll._ xii. 18.

Ll. 207, 208. _ils s'attendent... d'tre._ _S'attendre de_ is now of
rarer occurrence than _s'attendre _, but it was not so formerly. 'On
ne s'attendait gure _De_ voir Ulysse en cette affaire.' La Fontaine,
_Fab._ X. iii. See LITTR.



                     II. AMI, CHEZ NOS FRANAIS.

L. 16. _Sans aller_ refers to _me_, the object in the principal clause.
_Sans que j'aille_ would be better syntax. But the prepositional
infinitive was used in older French in a still more disconnected manner.
'Rends-le-moi _sans te fouiller_,' writes Molire, _L'Avare_ I. iii.,
could easily be more explicit, with: 'without _me_ or _my_ searching
you,' See Haase,  85 D.

Ll. 16-19. See Boileau, _Sat._ ix. 221-5, who is here excellently
satirized.

L. 28. An allusion to the fable of the Fox and the Grapes. La Fontaine,
_Fab._ III. xi.

L. 41. _Non d'aller._ An abrupt change in the construction. The meaning
is: 'But it is not useful to go...'

Ll. 47-60. The germ of all this development is in a letter of Chnier to
his friend de Pange: 'Tu sais combien mes muses sont vagabondes. Elles
ne peuvent achever promptement un seul projet; elles en font marcher
cent  la fois (a general marshalling his troops, ll. 49, 50). Elles
font un pied  ce pome et une paule  celui-l. Ils boitent tous
et ils seront sur pieds tous ensemble (The image of the sculptor, ll.
51-6). Elles les couvent tous  la fois; ils sortiront tous  la fois'
(the simile of incubation, ll. 57-60).

L. 59. _Sauront._ This use of _savoir_, as also that of _pouvoir_, so
frequent in French, in sentences where the English translation is fain
to omit them, is a French idiom, especially noticeable in the language
of the seventeenth century. An Englishman cannot help being made aware
of this feature when reading Molire, for instance.

L. 71. _des traits._ Whatever there is that is salient, striking,
brilliant, in a literary composition, LITTR says, s.v. 31: fine
touches.

Ll. 73. _inspire._ For the verb in the singular see note to p. 25, l.
74.

Ll. 79-92. Here the simile of the founder has displaced that of the
potter in the letter quoted above: 'L'argile que j'avais amollie et
humecte pour en faire un pot  l'eau, sous mon doigt capricieux,
devient une tasse ou une thire.'

L. 94. Cf. La Fontaine, _ptre  Mgr de Soissons_.

L. 96. _et je cre avec eux._ Thus happily does Chnier characterize his
attempt at _original imitation_. Another important declaration will be
found at ll. 117-9.

L. 105. _une pourpre...._ The _purpureus pannus_ or purple patch of
Horace, _Ars Poet._ 15.

L. 109. _brave_, bold.

L. 124. _fuit mes potiques doigts._ Once transformed by the poet's
hand, prose goes and dances and sings. An easy improvement would be to
delete the ';' after _doigts_ and the ',' after _dansante_.

L. 130. _Les attache_, i.e. _les greffe_, grafts them.

L. 140. _Montaigne...._ 'Je veulx qu'ils donnent une nazarde  Plutarque
sur mon nez,' _Ess._ I. x. 'I will have them wound Plutarch through my
sides,' Cotton's translation.



                              POMES.


                         I. L'INVENTION.

L. 1. _fis du Mincius_: Virgil, born at Mantua, on the banks of the
river Mincius (now Mincio).

L. 2. _peuple-roi_, Latin _populus-rex_, people-king.

L. 4. _l'onde ge._ Tibullus' _Aegeas undas_, i. 3.

L. 7. A most happy line. Cf. Horace, _Ep. ad Pis._, 323.

L. 9. Pope, _Essay on Criticism_, 181.

Ll. 20, 21. Pope, _Essay on Criticism_, 715.

Ll. 25-34. Horace, _Ep. ad Pis._, 1 ff.

L. 37. _D'Ormus et d'Ariman._ Ahriman, the spirit of darkness or evil
genius; Ormuzd, the spirit of light or good demon in Persian mythology.

L. 46. Cf. Boileau: 'Une pense neuve est une pense qui a d venir 
tout le monde et que quelqu'un s'avise le premier d'exprimer.'

L. 56. Xnophon, _Memorab._ iii. 10, makes Socrates set forth the same
theory.

L. 62. _Marot._ Clment Marot, a French poet of the sixteenth century,
who excelled in badinage.

Ll. 69. _Sophocle et Eschyle_--and Euripides, whom Chnier forgets.

L. 71. _Des hommes immortels_, Corneille and Racine.

L. 73. _instruits._ The _s_ of _instruits_ should be deleted.

L. 92. _pour nord._ _Nord_ here stands for _toile du nord_ or _toile
polaire._ 'Perdre la tramontane (the Mediterranean name of the Pole
Star), la boussole, le nord,' are familiar expressions, meaning 'to be
puzzled, not to know which way to turn, to lose one's head.'

L. 95. _du plus lointain Nre._ Poetical for _Ocan_. Nereus, an
ancient sea-god. Cf. _une Cyble neuve_ below, p. 91, l. 133.

L. 100. Horace, _Ep. ad Pis._, 156.

L. 130. _Bailly_, a French astronomer (1736-1793). He wrote an _Histoire
de l'Astronomie_.

Ll. 133. _Une Cyble._ Poetical for the earth, like _Nre_ the sea, p.
90, l. 95.

L. 138. _Cusco_ was once the capital of Peru. This shows that Chnier
was then meditating the poem _L'Amrique_, of which he wrote only
fragments.

L. 143. _Ngliget._ In colloquial French this would be, 'Pensez-vous
que leur main _ngligerait_...?' In the same way, 'je ne pense pas qu'il
vienne' or 'pensez-vous qu'il vienne' would be '... qu'il viendra.'

L. 163. All the following passage is imitated from Petronius, _Satyr_,
v.

L. 170. _bassin pompeux._ See A. Rich, _Dict. of Roman and Greek
Antiq._, under _Naumachia_.

L. 178. Lucian, _Quomod. hist. conser. sit_, i, speaks of a kind of
summer-madness which seized the inhabitants of Abdera. After witnessing
the exciting performance of an actor, named Archelas, in Euripides'
_Andromede_, they went about shouting out this line from the play, 'O
Love, thou tyrant both of men and gods.'

L. 184. _Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques_, i.e. let
us express modern, personal thoughts in a form worthy of antiquity.

L. 221. _son vide_, his empty mind.

L. 223, _jette une rose._ See note to p. 27, l. 15.

L. 243, Cf. Martial, VI. xv.

L. 248. _ces larmes..._ Ovid, _Met._ ii. 584, explains the formation of
amber by the tears the sisters of Phaeton shed.

L. 262. _et dressent tes cheveux._ G. de Chnier, in his edition, prints
_et dresser tes cheveux_. But the correction is unnecessary, as the same
transitive employment of the verb occurs in a fragment of Chnier: '[Il]
verse une sueur froide et _dresse ses cheveux_.'

L. 272. _le docte ciseau._ _Docte_, meaning 'scholarly,' rather than
'skilful,' is, in my opinion at least, not very apposite here.

L. 277. _flanes invaincus aux travaux_, i.e. _dans les_ travaux. See
note to p. 16, l. 308. An allusion to Hercules.

L. 282. Apollo Belvedere.

L. 283. The Farnese Hercules.

L. 284. The Laocoon group.

L. 285. Michael Angelo's Moses.

L. 294. _Ce qu'eux-mme._ See note to p. 42, l. 15.

L. 298. Bailly, _Hist. de l'Astronomie_: 'On ajoute qu'picure croyait
que le soleil s'allumait le matin et s'teignait le soir dans les eaux
de l'Ocan.'

Ll. 302. Bailly, _Hist. de l'Astronomie_: 'La posie, que nous appelons
le langage des Dieux, tait jadis la langue consacre aux merveilles de
la nature.'

Is it not illustrative of the force of habit that Chnier should
denounce the exploitation of Fable and gods by poets in the very
conventional language he might be expected to object to? In reading l.
297 one would think that he purposed to drop Tethys for ever, but then
come Apollo, Calliope, Urania!

L. 307. _Ou si._ A very quaint interrogative turn which one is surprised
to see Voltaire condemn in this line of Corneille: 'Tomb-je dans
l'erreur, _ou si_ j'en vais sortir?' _Heracl._ IV. iv. See LITTR _Si_,
17.

L. 309. _Il n'est sot traducteur..._ This is a feature of old syntax
still extant in modern French. La Fontaine, in the seventeenth century,
still writes, in accordance with older usage, '_Fille_ se coiffe
volontiers,' _Fabl._ IV. i. 39. We still omit the definite article after
_jamais_: 'Jamais _homme_ ne reut plus d'hommages.' Haase,  57.

L. 311. _ambr._ Perfumed with ambergris--in a figurative sense, of
course._...  la glace..._ '_tre  la glace_, LITTR (s.v. 5), is said
of such productions of the mind as the spectator or the reader, fail to
move him.' 'Si Corneille avait dans le Cid le plan de l'Acadmie, le Cid
tait _ la glace_.' Voltaire, _Lettre d'Argental_, 4 oct. 1760.

L. 313. _d'abord._ Synonyms: _au premier abord_, _de prime abord_, _ds
l'abord_. The original meaning is, 'as soon as you accost him or it,
at the first contact.' _D'aborde_ is thus explained by Cotgrave: 'At
first, at first sight; as soon as they touched, incountred, or came,
together.' A synonymous expression _d'arrive_, somewhat archaic.

L. 320. _contraint d'tre._ See note to p. 102, l. 146.

L. 322. _abuser._ Deceive, disappoint, baffle.

L. 323. _infidle_, an unfaithful interpreter of their meaning.

L. 327. _Creusant dans les dtours._ In a figurative sense, as in
'Les Anglais pensent profondment; Leur esprit, en cela, suit leur
temprament; _Creusant dans_ les sujets et forts d'expriences, Ils
tendent partout l'empire des sciences.' La Fontaine, _Fabl._ xii. 23.

L. 329. Cf. Horace, _Ep. ad Pis._, 40, 311; Boileau, _Art pot._, i.
147-154. _voit partout un nuage._ So Montaigne: 'Mes conceptions et
mon jugement ne marchent qu' tastons...; je veois encores du pas au
del, mais d'une veue trouble et _en nuage_, que je ne puis
desmesler.'--_Essais_, I. xxv.

L. 338. _l'embrasse._ The whole thought is wrapped or clasped by the
adequate expression.

L. 343. _D'eux-mme._ See note to p. 42, l. 15.

L. 346. _Io._ The daughter of the river Inachus. Zeus, having fallen
in no French reader of to-day would notice the word. It is a good old
French word. We are thus made aware that it had been falling into disuse
in the seventeenth century (when it occurs several times in La Fontaine
and others), and especially in the eighteenth. E. _reserene_ occurs in
Temple.



FRAGMENT II. This was to be an episode. Alonzo d'Ercilla was a Spanish
poet of the sixteenth century who, in a poem entitled _Araucania_, sang
the conquest, achieved by the Spaniards, of the country south of Chili.

Ll. 24. _arneuse_, an old, somewhat out-of-the-way word. It occurs in
Rabelais.

L. 28. A climax inspired by Virgil, _Aen._ v. 319.

L. 52. _le Dauphin._ The Dolphin, a northern constellation,
_Delphinius_.

L, 53. _la Couronne._ The crown, _Corona borealis_.



                       IV. L'ART D'AIMER.


Ll. 6, 7. _Et qui pense... Il pense..._ This is a feature of old syntax.
Instances of the construction occur in the seventeenth century: 'Qui
dit prude, _il_ dit laide,' LA FONTAINE. Sometimes the repetition may be
made with a demonstrative pronoun: 'Qui ne mourrait pour conserver son
honneur, celui-l serait infme, PASCAL.

L. 8. _un durable sillon._ Cf. '... having driven his plough through a
morass which must close again behind it.' Froude, _Oceana_, iii.

Ll. 29-34. Alpheus, in Elis (Peloponnesus), 'that renowned flood, so
often sung, Divine Alpheus, who, by secret sluice, Stole under seas to
meet his Arethuse.'--Milton, _Arcades_, 29 ff. The nymph Arethusa, one
of Diana's nymphs, was by the goddess changed into a fountain, to save
her from the pursuit of Alpheus, a hunter, while Alpheus himself became
a river. Enna is a town in Sicily. The fact that the river Alpheus ran
in a subterranean channel at several points in its course probably gave
rise to the myth.

L. 34. _amer_, an obvious misprint for _amre_. Besides, with _amer_ the
line is deficient by one foot.

L. 44. _ils s'crivent des fleurs._ This is as happy as it is bold.
As much may be said of: 'Lit en bouquet la lettre...,' l. 50. All this
fragment is gracefully ingenious.

L. 46. _sa dure._ The duration of the 'flame,' of course.



                   V. LA RPUBLIQUE DES LETTRES.

L. 1. _Il n'est que de = le mieux est de..._ _'Il n'est que de_ jouer
d'adresse en ce monde,' Molire, _Mal. Imag._, interm, l. sc. vi. _tre
roi_, king _over oneself_... as is explained at l. 4. Cf. Horace, _Sat._
1. iii. 132, and _Epist._ I. i. 106.

L. 5. _Mon Louvre._ Racan, _Stances_: '_Roy_ de passions,... Sa cabane
est _son Louvre_...'

L. 15. _engag_, having engaged in (as Thackeray writes: 'Mr. B.,...
engaging in a labyrinth of stables,' _Newcomes_, i. 127), i.e. having
penetrated into.



                           POSIES DIVERSES.


                        I. HYMNE A LA JUSTICE.

L. 5. Virgil, _Georg._ ii. 150 ff.

L. 14. _les hauts Pyrnes_, generally feminine, e.g. 'Pyrnes
_Orientales_.' But Chnier thinks of them as '_les Monts_ Pyrnes.'

L. 18. _Respire_, breathes (forth).

L. 19. _couvrant_, goes with _la Provence_.

L. 36. _Incertaine._ Because it shifts its channel.

L. 44. _Que visite Phoebus le soir ou le matin._ A poetic translation of
_Orient_ and _Occident_.

L. 47. _l'une et l'autre Tthys._ Catullus, 'Uterque Neptunus,' xxxi. 3.
Cf. notes to Nre, p. 90, l. 95, and Cyble, p. 91, l. 133.

L. 50. _Trudaine._ The grandfather of Chnier's friend, who was Director
of Public Works under Louis XV, and laid out the fine roads of France.

L. 54. _impie._ Not, of course, irreligious, but sacrilegious, as
invading the (to a Frenchman) sacred territory of France--in the course
of what Charles Lamb ironically calls 'the long, steady, deep-rooted,
_rational_ antipathies of the great French and English nations.'--_Mrs.
Battle's Opinions on Whist._ See another use of _impie_, p. 112, l. 107.

L. 83. _Le sel._ An allusion to the gabelle or salt-tax imposed before
the Revolution. This was written before 1789.

L. 85. _Mille brigands_, the _partisans_ or men who constituted _partis_
or societies for the levy of certain taxes.

L. 97. _Malesherbes, Turgot._ These Ministers retired in 1776, but
Malesherbes resumed office, only for a few months, in 1787.

L. 105. _armer d'injustes plaintes._ Cf. note to p. 4, l. 100.

Ll. 107. _impie._ Offending honour, considered as a religion. Cf. p.
110, l. 54.

Ll. 131, 132. _le libre encens d'une lyre au coeur chaste._ An
incoherent metaphor.


                    II. TERRE, TERRE CHRIE....


L. 3. _Romans_, a town in the department of Drme where the States
General of Dauphin were held in 1788 as a prelude to the Revolution.


             III. LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS.

Translated from Horace, _Sat._ II. vi. 80. Compare the much freer
imitation or rather adaptation of Pope, p. 444 of Globe edition.

L. 10. _une dent ddaigneuse._ Horace's 'Dente superbo.'

L. 16. _ici prs_, a feature of colloquialism very much in place. In the
same way does Molire use 'ici dessous, _L't._, I. iv., 'ici dedans,'
_Pr._ vii., 'ici autour,' _D. Juan_, III. ii.

L. 19. _Les grands ni les petits._ Grammarians find fault with sentences
in which _ni_ is not repeated before each of the subjects or objects,
but usage is against them. Haase,  140, Rem. iii. Ayer,  263, 3.
LITTR, _ni_, 1, observes that the instances he quotes are in verse,
but that they might be imitated in prose.

L. 22. _et d'aller._ For the French historic infinitive see Meyer-Lbke,
t, iii. p. 592, who does not think it a continuance of the Latin
historic infinitive, but a new thing, as the various Romance languages
follow in this sensibly different ways. Italian, Spanish, Portuguese
using the infinitive with the preposition __ (which occurs in quite
isolated cases in French: 'et bon prestre __ soy-retirer,' _Cent
Nouvelles nouvelles_) Is the verb 'to begin' understood? Meyer-Lbke
thinks that the infinitive with _de_ is used only because it was more
generally employed, at the time when this turn of phrase originated,
than the simple infinitive.

L. 31. _S'empresse de servir, ordonner, disposer._ Observe the rapidity
imparted to the sentence by the omission of _de_ before the last two
infinitives, a departure from the more common and regular practice.

L. 32. _excuser._ Used absolutely = 'be indulgent.'

L. 35. _La tristesse...._ This rapid review of the Country Rat's
grievances--all nouns and no verb--reminds one of a similar turn in La
Fontaine's _La Mort et le Bcheron_, when the poor wood-cutter sees at
a glance all his past life: 'Point de pain quelquefois, et jamais de
repos.'

L. 38, _et de rire._ See note to l. 22.


                         IV. LA FRIVOLIT.

L. 5. _la glace inquite._ The restless looking-glass, whose reflection
flits about.

L. 10. _fluide_, evanescent.


                            V. LE POTE.

This short fragment was first published in the edition of G. de Chnier,
1874, among a few others under the general heading of 'Satires.'




                                ODES.



                          I. A VERSAILLES.

L. 9. _Mes pnates secrets._ Chnier, in 1792, after the death of the
king, in whose defence he had written, almost despairing of the future
of his country, fallen into the hands of Robespierre, Collot d'Herbois
and Saint-Just, left Paris for Versailles, where his grief was somewhat
alleviated by his love for Fanny, Mme Laurent Lecoulteux. See note to p.
75, _Sur la mort d'un enfant_, l. 1.

Ll. 11. _Vont dirigeant._ See note to p. 27, l. 29.

L. 13. _Les chars._ See note to p. 56, l. 15.

L. 37. _rivage._ Not in the precise sense 'shore,' but, more vaguely,
'country,' 'place.' Thus F. _climat_ and E. _climate_ (or _clime_) have
had their meaning extended to that of 'region.'

L. 48. _Langage d'amour si des dieux._ Expressed archaically for
_langage de l'amour_.

L. 60. An allusion to the massacres of prisoners at Versailles in
September, 1792.


                  II. A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY.

L. 6. _hymne infme._ Many poems were written on the occasion of Marat's
death, among which one by Audouin, a deputy.

L. 9. _Drobe..._ Robs, frustrates, glorious deeds of their due praise.

Ll. 27-30. Aristophanes, _Thesmophoriazusae_, 667.

L. 32. _Paros._ One of the Cyclades, famed for its white marble (Parian
marble).

L. 33. _Harmodius... son ami._ Harmodius and Aristogiton, who conspired
with a few others to murder Hipparchus, younger brother of the tyrant
Hippias, and Hipparchus himself, but succeeded in slaying Hipparchus
alone. Harmodius was cut down on the spot by the guards, and Aristogiton
was soon captured and tortured to death. When Hippias was expelled,
Harmodius and Aristogiton became the most popular of Athenian heroes
(_Encyclopaedia Britannica_).

L. 57. Like Dido, when she has resolved to die. Virgil, _Aen._ iv. 475.


                        III. LA JEUNE CAPTIVE.

This celebrated poem was written in the _prison de Saint-Lazare_. _La
Jeune Captive_ was a Mademoiselle de Coigny. She had, at the age of
fifteen, married the Marquis de Rosset, later on Duc de Fleury. She was
twenty-five at the time of her imprisonment. She was set free after
the 9th of Thermidor. This poem first appeared in the _Dcade
philosophique_, hardly six months after the death of Chnier.

L. 11. Pindar, _Nem._ vii. 77.

Ll. 28-30. Cf. p. 52, ll. 43, 44.

Ll. 34, 35. Cf. p. 52, l. 42.

L. 36. Cf. p. 52, l. 41.

L. 39. _dvore._ For the verb in the singular see note to p. 25, l. 74.

L. 40. _Pals._ The goddess of shepherds. This mythological allusion
strangely mars this fine poem.

L. 43. _triste et captif._ A kind of ablative absolute.

Ll. 53, 54. This madrigal winding up this pathetic lyric is in poor
taste indeed.




                              AMBES.


     I. HYMNE SUR L'ENTRE TRIOMPHALE DES SUISSES DE CHATEAUVIEUX.

This poem first appeared in the _Journal de Paris_, on April 15, 1792,
the day of the festival. In 1790 the Swiss Regiment of Chateauvieux at
Nancy had mutinied, seized the military chest, and killed heroic young
Desilles, captain of the _Rgiment du Roi_, who was attempting to
prevent fratricide bloodshed. For these misdeeds they were condemned
to the galleys. In 1792 they were amnestied by a decree of the National
Assembly, and Collot d'Herbois, at the _Club des Jacobins_, carried a
motion that they should make a triumphal entry into Paris. See Carlyle,
_French Revol._, pt. ii, bk. ii, ch. vi, and bk. vi, ch. x.

Against this disgraceful resolution Chnier rose indignantly in several
letters to the editors of the _Journal de Paris_, in an _address_ to the
National Assembly, and in the present poem.

L. 8. _Dsille._ See the above introductory notice.

L. 6. The body of Mirabeau was transferred to the Pantheon on April 5,
1791.

L. 10. Voltaire died in Paris in 1778, but as the clergy had not been
called upon to assist him at his last moments his body was denied
sepulture in Paris, and was buried at the Abbey of Scellires, of which
a nephew of his was commendator. His remains, however, re-entered Paris
solemnly on July 11 of the same year, where they lie in the crypt of the
Pantheon.

L. 15, _tu conduiras Jourdan._ _Tu_ refers to _divin triomphe_. Jourdan,
nicknamed _Coupe-tte_, was at the head of the brigands of Vaucluse
during the disturbances in the South of France in October, 1791.

L. 17. _Coblentz._ The general quarters of the migrs.

L. 27. An allusion to a meal taken in common by Ption and his
colleagues of the Commune of Paris at a tavern, at La Rpe-Bercy, which
they had caused to be mentioned in newspapers belonging to their party
as something to be proud of.

L. 34. _Persans._ The appellation _Persans_ is generally reserved for
the Persians of to-day, the ancient Persians being designated as _les
Perses_.

L. 45. Eudoxus and Hipparchus, two celebrated ancient astronomers.

Ll. 46-8. Berenice's hair, a small northern constellation near the tail
of Leo. Berenice was the wife of Ptolemy Energetes, king of Egypt, _c._
248 B. C.

L. 49. Argo, a constellation in the Southern Hemisphere.

L. 55. _en leur galre._ 'The forty Swiss,' writes Carlyle, 'were
mounted into a triumphal car resembling a ship,' _Fr. Rev._ II. iii, x.


                     II. QUAND AU MOUTON BLANT....

The two following pieces, dated from St.-Lazare, were written in the
prison in a minute handwriting on small slips of paper concealed by
Chnier in the linen that was fetched home to wash.

L. 23. _Fouquier_. A blank in the MS. Fouquier-Tinville, the president
of the Revolutionary Tribunal.


                    III. COMME UN DERNIER RAVON....

Ll. 5-8. 'L'habitude est une seconde nature,' says a French proverb.
This elaborate periphrasis verifies it. And no doubt but Chnier
composed these lines in terrible earnest when he was daily expecting
death. How can we say after this that the far-fetched conceits of
Richard II in his prison (_K. Rich. II_, V. v.) are not what it was
likely he should indulge in, in his desperate situation?

L. 15. In the first edition the poem here came to an abrupt end. In that
of 1826 the fifteen lines were given as having been written by Chnier
but few moments before being taken to execution. The following nine
lines were altogether omitted, and the rest of the piece given as a
separate poem.

L. 35. Var.: _La bassesse, la feinte_--le _dsespoir_, la _honte_.

L. 58. _Mourir...!_ The infinitive used absolutely as an exclamation
(or interrogation) in order to express surprise or indignation: 'Moi,
me _taire_!' 'A qui _se fier_  prsent?' '_Offenser_ de la sorte une
sainte personne!'--MOLIRE. See Ayer,  209, 4: Mever-Lbke,  528.

L. 81. _noirs de leur ressemblance._ Black with their likeness
energetically expressed.

L. 83. _fouet._ A monosyllable, pronounced _fou_, and not _foi_, as
some will do.--LITTR.

L. 85. _cracher sur leurs noms._ Chnier does not mince it in these
_ambes_.






End of Project Gutenberg's Posies choisies de Andr Chnier, by Andr Chnier

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POSIES CHOISIES DE ANDR CHNIER ***

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